Pelat, pelouse et pleu

Pellat et Pelé

En pays d’oc, notamment dans les Alpes, des lieux pelés, sans arbres ni gazon ont été appelés Pellas ou Pellat, du participe passé de l’occitan pelar, « enlever les poils, peler », employé par métaphore, du latin pilare.

On trouve ainsi des lieux-dits Le Pellas à Brizon (H.-Sav.) et Les Pellas à Pierre-Châtel (Is.), à Prémanon (Jura) et à Saint-Julien (Var) auxquels on rajoute le col des Pellas, sous le Mont Aiguille, à Saint-Michel-les-Portes (Is.).

On trouve encore le Pellat à Préchac (Gir.), à Saint-Paul-sur-Ubaye (A.-de-H.-P.) et à Verfeil (T.-et-G.) ainsi qu’un Pré Pellat à Monteynard (Is.). Des oronymes sont formés sur le même modèle, comme le Crêt de Pellat à Étaux (H.-Sav.), la Montagne Pellat à Crévoux (H.-A.), la Serre Pellat à Briançon (H.-A.), le redondant Soum de Monpelat à Vieille-Aure (H.-P.), le Peu Pelat (puy) à Saint-Goussaud (Cr.) … En Savoie, le nom prend la forme Pellaz, comme à Mont-Savonnex et à Serraval (H.-Sav.) ou à Villard-sur-Doron et à La Baume (Sav.).

Il convient toutefois de bien faire la distinction avec les oronymes issus du pré-indo-européen et ligure *pel– comme le mont Péla de la Bollène-Vésubie (A.-M.) ou le mont Pelat à Allos (A.-de-H.-P.) pour lequel on a une remotivation en pelat, « pelé », du nom occitan alpin lo Pela.

CPA-lac-allos-mont-pelat

Notons le composé Pellassiauve à Neuvic (Corrèze) avec l’occitan siavo, « calme, paisible, tranquille » (latin suavis).

À ce pelat occitan répond bien sûr le pelé de langue d’oïl qu’on retrouve dans quelques Mont Pelé (à Soudé, Marne ; à Saint-Maur-des-Bois, Manche, etc.), des Champ Pelé (à Mazeray, Ch.-M. etx.), Bois Pelé (à Saint-Plaisir, Allier, etc.), Côte Pelée (à Tilly, H.-M., etc.) et d’autres, sans oublier la Montagne Pelée de Martinique.

Pelouse

L’occitan pelhòs, « pelé, loqueteux », s’applique au contraire à une surface couverte d’herbe courte qui peut servir de pâturage. C’est le sens du nom de la commune Pelouse (Loz.) et du déterminant de Villy-le-Pelloux (H.-Sav.). On trouve de nombreux lieux-dits (Le) Peloux dont une quarantaine rien que dans l’Ain, quatre en Dordogne et autant dans les Bouches-du-Rhône plus cinq ou six autres, auxquels on peut rajouter le Pelous à Saint-Vivien-du-Médoc (Gir.), à Lasseubetat et à Escot (P.-A.) ou encore à Gap (H.-A.). Écrits avec deux l, on rencontre une quinzaine de noms de lieux-dits (le) Pelloux ou Les Pelloux, presque tous dans les Alpes.

Pelusegagne

Le français « pelouse » est emprunté à l’occitan pelós, pelosa (du latin pilosus, « velu ») au sens de gazon. Introduit tardivement, ce mot semble avoir commencé par désigner au XIIIè siècle une friche, par association d’idée avec quelque chose d’hirsute. On trouve ainsi de très nombreux lieux-dits (la)Pelouse ou (les) Pelouses répartis sur tout le territoire dont certains avec complément comme Pelouse de Batmale et Pelouse de Serre Sèque à Ferrère (H.-P.) ou la Pelouse de Taillebourse à Bouvante (Drôme), etc.

CPA-Chatillon-le-Duc-La-Pelouse

Mais il ne faut pas oublier le sens moderne de « surface gazonnée » et plus généralement de « jardin public » à l’origine des noms de la Pelouse de la Muette à Paris, de la Pelouse de la Reine Blanche à Fontenay-sous-Bois, etc.

CPA-pelouse-de-la-reine-blanche-1911

… en 1911

Pleu

Toujours issu du latin pilosus, l’ancien français disait peleus, peleux pour « garni de poils, velu ». Cela s’est dit, au masculin pleu (pluriel pleux), pour désigner une terre en friche, un pacage, une terre inculte couverte d’« une herbe courte et drue » (Le patois briard, A. Diot, rééd. Slaktine Reprints, 1979). On retrouve ce nom dans des toponymes principalement d’Île-de-France : Le Pleu à Neuilly-en-Thelle (Oise), Les Pleux à Fontainebleau (S.-et-M., Les Pelleux en 1515), La Fontaine aux Pleux à Gurcy-le-Châtel (S.-et-M.), etc.

CPA Les Pleux

 À Grandpuits-Bailly-Carrois (Seine-et-Marne)

index

 

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu de France métropolitaine. Ce nom, précédé d’un article, s’écrit en trois mots dont le troisième est lié au latin pilosus.

Cet endroit est situé dans une commune dont le nom rappelle qu’il s’agissait d’un lieu couvert de ronces.

Le nom du chef-lieu du canton où est située cette commune rappelle qu’il était placé sous la protection d’une auguste divinité.

Un indice, pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice-a-06-02-2022

(PS : la différence de police, indépendante de ma volonté, n’est pas un indice !)

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

 

5 commentaires sur “Pelat, pelouse et pleu

  1. Bonjour M Leveto

    Voici ma liste du 7 février.

    44 à NANTES
    l’île d’INDRET
    Aindrette
    & auparavant ANTRICIUM petit antre ?
    —————————-
    44 INDRE

    basse-indre , haute-indre

    ANTRICINUM ? île d’ANTRUM ?
    ————————

    36 département de l’Indre & rivière
    INNARA ? INN+ AAR ( selon ouiki )

    INN ( Inn , ain )
    AAR ou ISARA ( indo-européen heuis = bouger rapidement )

    ouiki à l’air de se perdre entre aar & isara

    —————
    26 à châtillon le plateau de TUSSAC ( vercors )
    ——————
    38 à la buissière
    chemin de PELLAFAUX

    ———
    38 PELLAFOL lien entre pellafol & pellafaux ??
    —————-
    38 pellafol , les PAYAS
    ———————
    38 à chichilianne le château des PASSIERES

    passe = moineau ( mais en saintonge ??? )
    passe = entaille ???
    —————-

    80 MENCHECOURT-LES-ABBEVILLE
    quel homme germanique ?

    80 et THUISON
    ( deux communes rendues célèbres par Jacques BOUCHER DE PERTHES)

    Espagne le PICO ANETO ( huesca)
    —————-
    le pic ou cylindre du MARBORé ( huesca)

    meci , bonne semaine.

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  2. L’ile d’Indret fait partie de la commune d’Indre avec trois autres iles : la Basse Indre, la Haute Indre et l’ile de a Motte. Ces trois dernières sont rattachées à la rive nord à la suite des comblements de la Loire tandis que l’ile d’Indret est rattachée maintenant à la rive sud.
    Il doit y avoir peu d’exemples de communes s’étendant de part et d’autre d’un fleuve d’autant plus que la commune est toute petite. Paris Lyon et …

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  3. Sur le Geoportail, afficher un plan et le cadastre. Faire un zoom pour n’avoir que les limites et noms de communes.
    En suivant les fleuves, on regarde si le lit fait limite ou pas.
    Exemple sur la Loire, St Just St Rambert, ou sur le Rhône, la Voulte, parmi d’autres… On voit aussi les anciens lits comme à Anthenon, ou les gravières qui ont modifié les lits (Miribel par ex.).

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  4. « aussi les anciens lits comme à Anthenon, ou les gravières qui ont modifié les lits »

    Tous ces lits qui nous convient au sommeil à l’heure (il est même bien tard ! ) où il faudrait sonner la diane !

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  5. lecteur

    ■ 44 à NANTES
    l’île d’INDRET
    Aindrette
    & auparavant ANTRICIUM petit antre ?

    Indret est attesté Antricinium au VIIè siècle. Selon E. Nègre, il s’agit d’un diminutif formé sur le nom Andra (cf. nom suivant) avec le suffixe icinum, remplacé plus tard par et
    —————————-
    ■ 44 INDRE
    basse-indre , haute-indre
    ANTRICINUM ? île d’ANTRUM ?

    Indre (L.-Atl.) est attesté Antrinsem monasterium en 840 puis Andra en 1144. E. Nègre y voit un nom de personne gaulois Anderus suffixé au féminin a dans la forme de 1144. La forme de 840 représente un *Ander-insem avec d(e)r passé à tr.
    ————————
    ■ 36 département de l’Indre & rivière
    INNARA ? INN+ AAR ( selon ouiki )
    INN ( Inn , ain )
    AAR ou ISARA ( indo-européen heuis = bouger rapidement )
    ouiki à l’air de se perdre entre aar & isara

    Le nom de la rivière apparaît pour la première fois chez Grégoire de Tours qui écrit fluvium Angerem en 587-93. E. Nègre et d’autres ont rattaché ce nom au germanique *anger, « prairie », tout en reconnaissant la difficulté à voir un nom commun germanique devenir hydronyme à si haute époque, et de toute façon inconnu du lexique galloroman. En fait, il faut aller chercher du côté de l’indo-européen *ankro, « courber », ici avec le suffixe féminin a, qui est aussi bien à l’origine de notre hydronyme que du nom commun germanique, anger désignant d’abord les terres fertiles des méandres comme le cambo celte. Le sens originel qui évoque les courbes de la rivière suffit à expliquer le nom de l’Indre sans passer par des dérivés sémantiques comme des noms de poisson (anguille, truite …) ou de terrain aqueux. Phonétiquement, l’affaiblissement de la gutturale g au sein du groupe consonantique ngr, a provoqué le passage de celui-ci à ndr, d’où le nom Endria apparu au XIè siècle .
    —————
    ■ 26 à châtillon le plateau de TUSSAC ( vercors )

    Le Dictionnaire topographique de la Drôme de Justin Brun-Durand (1891) ne donne pas de forme ancienne pour ce nom.
    En comparant avec les noms de Tussac (Vienne, Tiosac en 1291), Tuchan (Aude, Tusciano en 1119, suffixe anum) et Tusson (Char., Tucione en 1227, suffixe onem), on peut imaginer un dérivé du nom latin Tuscius avec suffixe acum
    ——————
    ■ 38 à la buissière
    chemin de PELLAFAUX

    Absent du Dictionnaire topographique de l’Isère. Il est difficile de se prononcer. Peut-être s’agit-il d’une déformation du nom suivant ?
    ———
    ■ 38 PELLAFOL lien entre pellafol & pellafaux ??

    Pellafol est attesté Pelafol au XIIè siècle. Il s’agit d’un sobriquet formé sur pelar au sens figuré de « ruiner, dépouiller de ses biens » qui peut évoquer l’usurier mais aussi le voisin de ferme, manigancier, rapace, prêt à tous les mauvais procédés. Pélafol est celui qui ruine le fou … qui l’écoute. Sur le même modèle ont été forgés d’autres sobriquets devenus patronymes : Pelevesy et Pelavezis (ruine voisin), Pèlebila (ruine vilain, paysan), Pélamourgue (ruine moine), etc. devenus toponymes pour certains.
    —————-
    ■ 38 pellafol , les PAYAS

    Le latin pagus désignait le bourg, le village, le hameau rural. Le paganus désignait aussi bien l’habitant du village que le campagnard ; les deux étant méprisés par l’urbanus, l’habitant de la ville où les mœurs étaient plus policées et les idées nouvelles mieux admises. D’où la distinction faite par l’Église entre les christiani et les pagani. Ainsi pagan et paian occitans, tout comme « païen » français, sont-ils nés de la supériorité accordée à l’urbanus au détriment du paganus.
    De ce paganus sont issus une grande variété de noms de famille : Pagan, Pagua (avec chute du n), Payan, Paya (avec la même chute du n), Paganis (relatinisé en is), Payand, Payant (avec des consonnes adventices), etc.
    Comme souvent, le patronyme est passé au nom de lieu.
    ———————
    ■ 38 à chichilianne le château des PASSIERES
    passe = moineau ( mais en saintonge ??? )
    passe = entaille ???

    Le château de Passière (au singulier dans le DTIsère) de Chichilianne est attesté Passia (mans.) (sans date), avec sans doute une idée de « pas, passage ». Cf. la définition donnée par Littré pour « passière » : « trou par lequel on peut passer ». On trouve aussi par exemple un chemin La Passière dans la commune de Quaix-en-Chartreuse.
    L’occitan passièro se dit d’un passage pratiqué dans les montagnes en un point difficile et/ou d’un passage pour les animaux.
    Issus du latin passer, l’occitan a passerat, passeron de même sens que le français « passereau ». Ces mots ont pu devenir noms de familles. Mais je n’ai pas trouvé d’attestation de « passière » avec un sens lié aux passereaux.
    —————-
    ■ 80 MENCHECOURT-LES-ABBEVILLE
    quel homme germanique ?

    Le Dictionnaire topographique de la Somme de Jacques Garnier, 1867-78, nous donne les formes anciennes suivantes.
    Demencecourt (1164.) ; Dominica curtis (1267.) ; Demenchecort (1269.) ; Demenchecourt (1657.) ; Mancours (1648.) ; Manchecour (1733.) et Menchecourt (1778.).
    Il s’agit donc d’une altération de dominicam cortem , soit *dimanche -court, « le domaine du seigneur », comme pour la commune Manchecourt du Loiret.

    ■ 80 et THUISON
    ( deux communes rendues célèbres par Jacques BOUCHER DE PERTHES)

    Le DTSomme nous montre plusieurs changements de nom successifs :
    Noviomum (1100.) ; Nouvion (1417.) ; Tournoyon (1260.) ; Thouvion (1301.) ; Touvoyon (1388.) ; Touvion (1301.) ; Thuyson ; Tuisson (1733.) ; Tuison-Beaulieu (1778.) ; Tuisson (1787.) ; Thuison (1836.) ; N.-D. de la Chapelle (1757.)
    Les deux premiers sont issus de l’évolution régulière du gaulois novio-magos, « nouveau marché », cf. Nouvion (Somme), les quatre Nouvion de l’Aisne et Nouvion-sur-Meuse (Ardennes), de même étymologie.
    Le second élément de Tournoyon (1260) est régulièrement issu lui aussi de noviomagos , comme pour Noyon (Oise). Il est ici précédé d’un élement Tour qu’il est tentant de rattacher au latin turris , « tour » : l’ensemble représenterait alors la « tour du nouveau marché ».
    Il semble qu’il y ait eu par la suite une hésitation entre *tour-nouvion et *tour-noyon.
    La suite est plus compliquée (un saut de quatre siècles !) : y a-t-il eu un passage régulier de Touvion à Thuyson explicable par la phonétique (je ne suis pas assez calé pour le savoir) ou bien y a-t-il eu un changement radical du nom ? La deuxième hypothèse impliquerait un nom d’homme latin comme Tutius accompagné du suffixe onem, mais il serait fort étonnant qu’on n’en ait gardé aucune trace écrite, notamment dans les archives de la Chartreuse.

    ■ Espagne le PICO ANETO ( huesca)

    Ah ben, dites donc !, on voyage avec vous !

    L’étymologie donnée dans wiki pour le nom du village Aneto, « lieu planté d’aneth, fenouil sauvage », n’est pas très convaincante. Elle est sans doute basée sur Déformation des noms de lieux pyrénéens par Em. Belloc en 1907 cf. pp. 85-6
    Mais si j’en crois ce document de 1961 ( page118 ), le nom d’Aneto serait attesté Asneto en 839.
    Il est donc sans doute préférable de voir dans le nom d’Aneto un dérivé d’assinetu lui-même:dérivé du bas-latin assis , terme servant à désigner les planchettes dont on couvraif les huttes et qui aurait ensuite, par évolution sémantique, servi à désigner aussi les schistes et ardoises destinés au même usage, les affleurements ardoisiers où l’on pouvait s’approvisionner prenant le nom d’ assinetu . (Francisco Marsa, Contribución a la etimologia de Aneto , 1954.)

    ■ le pic ou cylindre du MARBORé ( huesca)

    Le nom du Marboré de Gavarnie (comme celui du Marmuré, autre nom du pic du Balaïtous) fait penser au latin marmor, « marbre », soit qu’on pensait qu’il était fait de marbre soit par analogie de dureté ou de couleur.

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