Attention !

In Stephanum, comitem de Albermala, qui solus adhuc resistebat, exercitum rex aggregavit, et in loco qui Vetus Rotomagus dicitur, castrum condore cepit, quod Mataputenam, id est devinces meretricem, pro despectu comitisse nuncupavit.

« Contre Étienne, comte d’Aumale, le seul qui résistait encore, le roi concentra son armée et au lieu dit Vieux Rouen fit construire un fort qu’il appela Mataputenam, c’est-à-dire le fléau de la prostituée, pour bafouer la comtesse susdite. »

C’est Orderic Vital (1075-1143), dans son Histoire ecclésiastique, qui nous informe ainsi que le roi d’Angleterre et duc de Normandie Henri Ier Beauclerc, luttant en 1119 contre le comte Étienne d’Aumale qui seul lui résistait encore, fit construire, dans le Vieux Rouen (aujourd’hui Vieux-Rouen-sur-Bresle), un fort qu’il nomma Mateputain, pour bafouer la comtesse (comme quoi il n’est pas nouveau de traiter de putain la copine de celui qu’on veut atteindre).

Emprunté à la langue du jeu d’échecs, le verbe « mater » exprime l’idée de vaincre, dompter. Il a été utilisé, au Moyen Âge, par tel ou tel seigneur pour baptiser son château en montrant sa volonté de dompter son voisin qui était alors qualifié de « félon », c’est-à-dire de « méchant, cruel, violent » plutôt que de « traître ». On connait ainsi les lieux-dits Matefélon à Charroux (Vienne, Mathefelon en 1559) et Matheflon à Seiches-sur-Loire (M.-et-L., même nom en 1040), ainsi que le château de Mateflon ou Mathefélon à Savigny-en-Véron (I.-et-L., Matefelo et Matefelun en 1100 : c‘est au début du XIè siècle que Foulques Nerra, comte d’Anjou, donna le domaine de Mathefélon à Hugues, chevalier manceau, pour y édifier un château fort et mater les vassaux rebelles). Plus énergique à l’égard du félon, on relève le nom de Torchefélon (Isère, Torchifelloni au XIIè siècle) et le lieu-dit Torchefélon à Saint-Benoît ( A.-de-H.-P.). À Villars-les-Dombes (Ain), le Dictionnaire topographique de l’Ain (Édouard Philippon, 1911) signale une localité détruite qui portait elle aussi le nom de Torchefélon, attesté par celui de son occupant Hugoninus de Torchifelou (1299-1369).

Torchefelon-cpa

Torchefélon (Isère)

Hors de France, Richard Cœur de Lion éleva vers 1189 une forteresse hors les murs de Messine pour se défendre contre les attaques des Grecs. Au Moyen Âge, ces derniers étaient souvent appelés Griffons, d’où le nom Mategriffon qu’il donna à sa forteresse.

Le nom de Matafelon-Granges (Ain, Mathafelon en 1291) fait l’objet d’une controverse. Dauzat&Rostaing (DENLF*) reprennent pour ce nom le sens de « qui mate le félon », appliqué à un château fort. Cependant, Ernest Nègre (TGF*), l’éternel contradicteur, préfère y voir, comme pour Matheflon (à Seiches-sur-Loire, M.-et-L.) l’oïl matefelon, mateflon, nom de la fougère ophioglosse, « langue de serpent ». Il est suivi en cela par Roger Brunet (TDT*), même si le fait de baptiser un château du nom, au singulier, d’une fougère, fût-elle vulnéraire, peut sembler étrange et même si d’autres châteaux ont été ainsi baptisés, on l’a vu, pour « mater l’ennemi ». Chacun se fera son opinion. Quant à elle, la légende locale raconte l’histoire d’un certain Maté le Félon, surnom d’un sinistre sire d’Oliferne (le pic et le château d’Oliferne existent bel et bien), qui se serait livré impunément au rapt des femmes et des jeunes filles, dont il se débarrassait ensuite en les enfermant dans des tonneaux qu’il jetait dans l’Ain. Il fut finalement vaincu par le seigneur du lieu.

Dans le même ordre d’idée, on peut rappeler une tour construite sur le vieux pont de Saintes (Ch.-Mar.) pour défendre l’entrée de la ville et qu’on avait baptisée Mau s’y frotte, soit « mal à qui s’y frotte ». Il en est fait mention dans un acte d’arbitrage daté du 31 mai 1244 qui restitua au chapitre certaines parties de la ville dont le gouverneur militaire avait pris possession : … de ponte Xanctonensi, de turre mau s’y frotte super prædictum pontem constructa. Elle est mentionnée dans un autre acte de la même année : Turris quœ vocatur mausifrote. Malgré son nom rébarbatif, cette tour n’avait pourtant pas empêché Louis IX, deux ans auparavant, de s’emparer de Saintes au lendemain de la bataille de Taillebourg en 1242.

Toujours dans le même but de prévenir les éventuels assaillants qu’ils allaient « tomber sur un bec », et même sur un mauvais bec, certains ont baptisé Maubec leur forteresse. C’est le cas de trois communes appelées Maubec (Is., Malubeccum en 1200 ; Vauc., Malbec en 1269 ; T.-et-G.) et de plusieurs lieux-dits.

CPA Maubec 84

Maubec (Vaucluse)

L’utilisation de mal comme épithète dissuasive propre à inspirer le respect voire la terreur se retrouve également dans des noms comme Maumusson (T.-et-G. ; L.-Atl.), Maumusson-Laguian (Gers) et Baliracq-Maumusson (P.-A.) avec le sens de « mauvais museau » ou encore dans celui de Malagayte, un hameau de Mazet-Saint-Voy (H.-L.) qui n’est pas un mauvais guet mais un guet susceptible d’inspirer de la méfiance aux ennemis qui s’en approcheraient. Le nom Marchastel (Cantal et Lozère), du latin malus, « mauvais » et castellum, « château », signalait non pas un château mal bâti ou tombé en ruines mais plutôt un château difficile à attaquer. Il n’est pas interdit d’envisager sous le même sens d’épithète martiale les composés de mal avec mont ou roque, quand ces appellatifs signalent la présence d’un château, mais il faudrait alors examiner tous ces lieux les uns après les autres (et les Malmont, Maumont, Roquemale etc.  sont trop nombreux ! ) pour en savoir davantage. La même réflexion peut se faire à propos de noms comme Mauléon (D.-Sèv.), Mauléon-Barousse (H.-P.), Mauléon-Licharre (P.-A., Malléon en 1276), Mauléon-d’Armagnac (Gers, Malum Leonem au XIIIè siècle), Malléon Ariège) et une vingtaine de noms de hameaux similaires qui ne sont certainement pas tous dus à des « rochers en forme de lion » comme l’écrivent Dauzat&Rostaing (DENLF*) et E. Nègre (TGF*) – c’est fou le nombre de rochers en forme de lion qu’il y aurait dans nos campagnes ! – mais représentent plus vraisemblablement des « méchants »  ou « redoutables lions », surnom du propriétaire des lieux, que ce surnom ait été auto-décerné ou donné par les voisins.

Enfin, plusieurs localités portent des noms mettant le voyageur ou l’éventuel assaillant en garde contre le mauvais accueil qui lui serait fait. C’est ainsi qu’on trouve des lieux-dits Prends-Toi-Garde (Ardèche ; Dord. ; P.-de-D. etc.), Prends-Y-Garde (Allier ; Char. ; Dord. etc), Prends-Tu-Garde (Ch.-Mar. ; Dord. etc.), Prends-Garde-à-Toi (Indre, à Saint-Michel-en-Brenne, où on aime l’opéra) et quelques autres. En domaine occitan, apparaissent des noms comme Printegarde (Ardèche ; Cantal) et Printigarde (Landes).

Vale.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

index

La devinette

Il vous faudra chercher et, pourquoi pas ?, trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui porte un nom censé avertir les éventuels assaillants ou maraudeurs qu’ils seront mal reçus.

Il s’agit, comme les premiers et les derniers toponymes du billet, d’un nom à composante verbale.

Rien ne laisse penser, ni historiquement ni topographiquement, qu’il s’agissait d’épouvanter d’éventuels ennemis. Il s’agissait sans doute plutôt d’une rodomontade ou d’une appellation donnée par des voisins moqueurs ou échaudés par une mauvaise expérience.

Le nom de la commune où se trouve ce lieu-dit est issu de celui d’une plante fort banale dans nos campagnes. Je m’aperçois à ce propos que je n’ai pas consacré de billet à cette plante, qui n’est étudiée dans mon blog que pour un toponyme d’Afrique du Nord.

Le nom du chef-lieu de canton ne servira pas à proposer un indice, pour une raison qui semblera évidente une fois découverte la réponse.

♦ un indice pour le lieu-dit

indice a 04 09 2022

♦ un indice pour la commune

indice b 04 09 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

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22 commentaires sur “Attention !

  1. Bonjour m Leveto

    1 SOTTIZON à courzieu 69
    ———————————————
    2 le BITERNAY à courzieu 69 & à Thurins

    3—————————————————-
    MAROUé 22
    -marfirez grande-forêt ?
    -maro-o-ialos ?

    château de QUEFFERON ou de la
    CHARQUETIERE

    ——————————-
    4 AMBERT 63

    ———————————-
    5 ALLEGRE-LES-FUMADES 30
    & Allègre 43

    6 EFFIAT 63

    ———–
    7 CHAMBERY quartier du COVET
    avenue du covet couvent ?
    ——————–
    8 à Yzeron le ROZARD
    ——————————————————-
    9 à albiez-le-vieux

    hameau de GEVOUDAZ lieu d’origine de la famille OPINEL

    10 aux déserts
    bauges
    le mont REVARD
    ou ancien mont d’AZY
    Le mont rival le reva 1494 le revers 1855
    le revars 1873

    merci , bonne recherche.

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  2. Troublante énigme et qui ne nous rajeunit pas

    Tandis que nous affichions beaucoup moins de balais au compteur qu’aujourd’hui, mon membre et moé fûmes gagnés d’émotion devant une belle plante, plantureuse et genre Super Nana. Rousse de surcroît !… mais qui savait se tenir en toutes circonstances. – Rencontre-t-elle quelque difficulté avec l’arrimage de son soutien-gorge ?… – Pas de souci, la bretelle de son accordéon vient à la rescousse… et la pudeur est sauve :

    https://resize-parismatch.lanmedia.fr/r/343,514,FFFFFF,forcex,center-middle/img/var/pm/public/media/image/2022/03/01/13/Ve-ronique-Genest-1981-Photos-4.jpg?VersionId=fyWsTd_nRWAyRUg2ACIiN3egTz592kWN

    Par ailleurs, la Véronique est une plante tout à fait commune et, dans « Véronique », il y a … , tout comme dans « botanique ». La rencontre-t-on en Afrique du Nord ?- Oui, à Colomb-Béchar mais pas à Tizy-Ouzou… enfin, d’après les sources dont je dispose.

    Bref, le lieu-dit a dû être compris ainsi, sous la forme d’une semonce propre à épouvanter les plus audacieux des intrus :

    -Halte là ! Vilains bougres et vous tous, autres malfaisants, du balai ! Sinon, pour de VRAI, on vous NIQUE… sans délai ni lubrifiant !

    ____________

    Il existe une chanson traditionnelle archiconnue où, aux lyrics, on retrouve le « GARE » et le « MATE ». Une chanson à caractère héroï-comique… assez raccord avec l’esprit du billet.

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  3. ►Brosseur

    J’en viens à désespérer de vous et de tous vos goûts. Ce n’est certes pas à déverser en avalanche des vidéos hors-sujet que vous parviendrez à me rassasier, naïf shoeshiner .
    Au lieu de cela, prenez connaissance d’un passage de l’ouvrage que je compte faire éditer au plus tôt, sous le titre :
    «Des appétits vulgaires aux pures délices» – Traité de savoir-vivre à l’usage des indigents»

    Par temps de guerre, jusqu’à plus faim,
    Le Québécois, soir et matin,
    Fait rien qu’à becter sa poutine*,
    A la tétine ou en tartines !

    Ça laisse sans voix le Savoyard
    Retour de guerre et tête de lard.
    Qui pourtant reste bon enfant** :
    Il n’a faim que de MATAFAN* !

    Il vous fallait évidemment penser à GIRONFLA*, excellente chanson traditionnelle à caractère antimilitariste sous des dehors de farce. Un mieux équipé que vous aurait alors sorti sa CHIFONNIE* :

    Celui-là vous aurait aussi invité à ne pas confondre ce Gironfla-là avec le Giroflé/Girofla*, autre chant antimilitariste mais dont le propos est plus convenu… et qui, à proprement parler, n’est pas un traditionnel… bien que bâti sur une comptine.
    _____________

    NDLR : Pressé par le temps et les contingences, TRS a négligé de vous rappeler qu’à l’instar des toponymes qui n’font rien qu’à changer au fil du temps, les traditionnels sont sujets aux variations : variations de mode (mineur/majeur ou modal), variations de tempo, de genre (airs à danser, chants à répons, complainte/comptine… etc.)
    Il vous aurait alors infligé le pensum suivant : apprendre pour demain et savoir interpréter depuis votre confortable balcon montréalais, Le petit roy de Sardaigne.
    Tuto pour qu’à tue-tête vous répétiez :

    Il vous aurait également rappelé que Loreena McKennitt reste à ses yeux la plus épatante des Canadiennes qui font dans la musique… dans la musique et pas dans la marde à la Lise LeBlanc. Selon lui, méritent quand même un accessit : la Bolduc, Carole Laure, Louise Forestier ( à Outremont) et Edith Buttler ( de Paquetville).
    Alors, c’est pour quand une vidéo avec Loreena et Nigel Eaton à la manivelle ?…

    ►Leveto

    Vous me dites « très en forme » !… Mauvais diagnostic, Doc’.
    Je viens de me relire et je suis effondré quant à ceci, saugrenue manifestation de psittacisme:

    …nous comptions beaucoup moins de balais au compteur qu’aujourd’hui…

    En bon camarade et soucieux de sanitaire, vous aurez à cœur de remplacer « comptions » par « affichions »… Ça la ficherait moins mal et il en va de la bonne tenue de votre blog.
    Remerciements anticipés.
    _________

    * Tous les termes marqués par l’astérisque sont aisément accessibles (et documentés) sur la Toile. Une précaution cependant pour CHIFONNIE, à la fois un nom de scène et un instrument ancêtre de la vielle à roue.
    ** Avec « bon enfant », la liaison se fait et il est convenable de ne pas entamer une ancillaire liaison avec la « bonne d’enfants ».
    Quant aux Bons-Enfants, ceux du 04, je n’ai jamais fait que les traverser tandis que, depuis Sisteron, je roulais vers Peypin, localité marquée de « pines au podium », avec aussi Where did you sleep last night ?… In the pines ? (version unplugged) diffusé par le lecteur CD de ma fidèle diéselle.

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  4. Lecteur

    ■ 1 SOTTIZON à courzieu 69

    Le Dictionnaire topographique du Rhône n’existant pas (du moins en ligne), il faut se rabattre sur celui de l’Ain (Édouard Philippon, 1911) dans lequel on trouve quatre hameaux nommés Sottizon (à St-Jean-sur-Veyle, Confrançon, Meximieux et Peronnas). Le premier d’entre eux est attesté Souztison en 1243 et Sotison en 1443. Les autres formes anciennes n’apportent rien de plus.
    Il s’agit vraisemblablement d’un nom de lieu formé avec le latin vulgaire sobta, du bas latin subtus , « en-dessous ». accompagné d’un suffixe diminutif ou d’appartenance (désignant l’habitant).
    ———————————————
    ■ 2 le BITERNAY à courzieu 69 & à Thurins
    On trouve un hameau nommé Biternay à Gammond (Loire), attesté Juxta pratum Mathei Blaternay en 1383.
    Toujours dans la Loire, à St-Romain-la-Motte, un hameau aujourd’hui appelé Blétonée était Biternay en 1709, et Terra de la Bleternea en 1258.
    Le
    Glossaire des termes dialectaux de Pégorier nous apprend que dans les Alpes du Sud, le terme bléton désigne le mélèze, le blétonnet étant un peuplement de mélèzes. Ailleurs, blétonnée signifie « bois nouvellement planté »
    Si le nom Biternay du Rhône est bien l’équivalent, un peu déformé, de Blétonnée , nous avons notre réponse – avec aussi la possibilité que le toponyme soit devenu patronyme, qui expliquerait l’expansion du nom.

    ■ 3—————————————————-
    MAROUé 22
    -marfirez grande-forêt ?
    -maro-o-ialos ?

    Eccl. S. Petri de Maroio (en 1217) : du gaulois maro, « grand » et ialo, « clairière, champ » puis « hameau, village ».
    Phonétiquement Marfirez et Maroio sont incompatibles. En revanche, maro-ialo qui a ailleurs donné des Mareuil, des Mareau etc. aurait pu aboutir à ce nom-là. C’est en tout cas l’avis de Roger Brunet ( Trésor du terroir )

    ♦ château de QUEFFERON ou de la
    CHARQUETIERE

    ♦ Quefféron : peut-être du breton Ker «, maison », et du nom d’homme germanique Féron sur ferh vie ( cf. Férard, Féraud) ou Faron, évêque de Meaux.
    ♦ Charquetière (ou manoir de Kerosen) : probablement d’un patronyme Charquet. Ce dernier viendrait du romand charque, « vieux soulier » , charquâ , « traîneur de savates », lui-même de l’alémanique Tsarggen, Schlarggen , « vieille chaussure ».
    ——————————-
    ■ 4 AMBERT 63
    Du gaulois ambe, « ruisseau » (définition donnée dans le Glossaire de Vienne du Vè siècle) et ritos, « gué ».
    ———————————-
    ■ 5 ALLEGRE-LES-FUMADES 30
    & Allègre 43
    ♦ Comme pour Joyeuse (Ardèche), Allègre est une épithète devenue nom de lieu avec deux sens possibles : lieu de séjour agréable ou lieu solidement fortifié. C’est sans doute ce deuxième sens qu’il faut privilégier, les deux localités étant puissamment défendues au Moyen Âge, comme l’était aussi Montalègre (à Versols-et-Lapeyre, Aveyron), site d’un château médiéval.
    Pour l’aspect martial de joyeuse, il n’est qu’à se référer au nom de l’épée de Charlemagne et au cri de Monjoie ! qui célébrait une victoire.
    ♦ Fumades : pour comprendre ce nom il faut se souvenir des nuits de fumature, las nuèches de fumada en occitan qui, lors de l’estivage, consistaient à parquer les moutons sur des champs dont les propriétaires payaient le fumier répandu par les animaux. Quand plusieurs champs devaient être ainsi fumés, les claies (las clèdes) étaient déplacées plusieurs fois au cours de la nuit ; on appelait cela parguejar. Pratique exténuante pour le berger qui devait parfois changer cinq ou six fois de pacage au cours de la nuit tout en effrayant le troupeau afin qu’il produise plus encore de fumier. Cette pratique des nuits de la fumature est à l’origine de nombreux toponymes du type La ou Les Fumade(s), La Fumado, La Fumadette, Fumadel, Fumat etc. Si vous avez jadis eu un sac à dos ou une tente, vous serez peut-être surpris d’apprendre que Lafuma est d’abord un lieu-dit (avec agglutination de l’article et perte du d intervocalique de lafumada).

    ■ 6 EFFIAT 63

    dans cette région, le suffixe i-at est issu du latin i-acum qui accompagne le plus souvent un nom de personne. Dauzat & Rostaing parlent d’un nom d’homme germanique Eff- et, pour une fois, Nègre fait l’impasse.
    ———–
    ■ 7 CHAMBERY quartier du COVET
    avenue du covet couvent ?

    Il s’agit à l’origine d’un endroit creux, un site en forme de cuvette, nommé par métaphore, du bas latin cupa, « barrique, cuvier », du latin cupa , « grand vase en bois » – ici au diminutif.
    ——————–
    ■ 8 à Yzeron le ROZARD

    il s’agit vraisemblablement d’un patronyme, sobriquet pour un homme qui a le teint rouge, bien coloré, un rougeaud.

    ——————————————————-
    ■ 9 à albiez-le-vieux

    hameau de GEVOUDAZ lieu d’origine de la famille OPINEL
    Apud Givoudan en 1270, Mollar Givoudaz en 1585 puis Gevodaz en 1599, d´un patronyme ayant pu désigner une personne originaire du Gévaudan

    ■ 10 aux déserts
    bauges
    le mont REVARD
    ou ancien mont d’AZY
    Le mont rival le reva 1494 le revers 1855
    le revars 1873

    À propos du nom Revard, la rubrique wikipedia dit à peu près tout.
    J’ajouterai toutefois une hypothèse toute personnelle. Si le premier nom mentionné dans cette rubrique est bien attesté, à savoir Reva en 1494, on pourrait penser à un nom issu du germanique *hreuba, « revêche, d’aspect peu engageant » (cf. francique *hreubisck , français « revêche »), qui a pu se dire d’un lieu difficile d’accès, d’une montée rude, âpre. Mal compris par la suite, le nom a subi des modifications jusqu’à son orthographe actuelle.

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  5. @Brosseur

    Ainsi qu’attendu, votre dernière livraison (4 colis !) est décevante et ne répond pas à mes attentes. Tant pis, j’en ai pris mon parti.
    Mais il me faut quand même jacter un peu au sujet de la gravure de Nicolas de Larmessin (circa 1700) que vous me montrez. Ne comportant pas de représentation d’une vielle à roue, elle était évidemment hors-sujet.
    Néanmoins, quelques mots au sujet de la trompette marine que tient de sa main droite le personnage en surcharge pondérale musicale. Celle-ci nous est montrée frettée quand certaines ne l’étaient pas. Très bien… et maintenant me vient une anecdote que peut-être vous savourerez.
    Elle concerne un type* qui, au cours de ses études, avait acquis quelques notions de parasitologie. Autant vous dire qu’il en savait un rayon sur le ténia, qu’il le trouvait magnifique et tellement attendrissant… au point d’en faire une véritable fixation et de n’accorder que peu d’intérêt à d’autres domaines pourtant essentiels.
    Concernant la poésie, notamment, ce garçon avait un avis définitif : – Moi, je suis pour le vers solitaire !… aisé à mémoriser et qui, farouchement attaché à sa liberté, ne s’encombre pas d’une rime à traîner en fin de ligne suivante ! Quelle économie et quel sens de l’insoumission !…
    Il y allait alors de sa voix de stentor organologue ayant consommé trop d’Alcools :

    CHANTERELLE : Unique cordeau des trompettes marines

    C’est beau comme de l’Apollinaire !… à ceci près :

    1. Vous et moi, Brosseur, savons que la notion de « chanterelle » ne vaut que pour l’une (et une seule) des cordes d’un instrument qui en comporte d’autres, également vouées à la mélodie ou à l’accord. Exemples : E string – pour un violon- et E string aussi, pour une guitare.

    2. La tromba marina n’avait-t-elle qu’une corde (à offrir) à son arc(het) ?… -Alors ça, ça s’discute vraiment :

    Ce monocorde de grande taille est joué avec un archet. On a, à partir du seizième siècle, ajouté une deuxième corde mélodique et même « trois cordes plus courtes formant un bourdon sur la fondamentale »

    Guillaume était-il mal informé ?…ou alors a-t-il joué sur le subliminal : – A la manière des cordes (dissimulées dans la caisse) qui ne vibrent et ne sonnent que par « sympathie », le Poëte n’a-t-il pas toujours raison de donner à voir/entendre des images qui en disent bien davantage que si elles étaient prises au pied de la lettre. La chanterelle (sic) de la trompette marine, c’est la voix du poète/chantre et les cordes sympathiques s’en font l’écho discret.

    3. Si vous disposez d’un anagrammeur quelconque, alors passez le terme « CHANTRE » à la moulinette. Il en sortira le mot CHANTER… et un bilingue comme vous, féru de musique traditionnelle, aura aussitôt reconnu celui des tuyaux d’une cornemuse (ou autre bagpipe) qui est le seul à disposer de trous… lesquels sont indispensables à produire la ligne mélodique.

    4. Si vous avez, ce dont je doute, quelque talent de dessinateur et le goût de Magritte, alors prenez une feuille A4 et tracez d’un geste sûr un chanter de bonne facture. Juste en dessous, écrivez : -Ceci est une pipe !…
    Ensuite, au simple prétexte d’acheter un paquet d’Amsterdamer, allez montrer votre œuvre au dépanneur du coin. Sûr que vous ferez un tabac !

    5. Les grandes questions que l’on se pose à Machincourt :
    -Est-ce que l’unique cordeau d’un string ne serait pas une simple ficelle ?…

    https://www.seduiza.com/axami-string-ficelle-madamme.html

    Et, dans ces conditions délicates, comment la faire chanter ?… corde frottée ou corde pincée ?… et quid de la caisse de résonance ?… et les ouïes, faut-il les nettoyer à l’écouvillon** avant usage ?

    6. Est-ce que les ateliers de confection d’Epernay sont au string ce que Mirecourt et Jenzat sont, respectivement, au violon et à la vielle ?… en tout cas, si la CHANTERELLE a toujours cours dans ces dernières localités, c’est bien dans la Marne que marnent les petites mains salariées de chez CHANTELLE.
    Bien entendu, le lascif toponymiste que vous êtes n’ira pas jusqu’à confondre avec Chantelle, riante localité du 03.
    _________________

    * S’il me lit, sans doute se reconnaîtra-t-il.
    ** Leveto, grâce à vous et à votre devinette hebdomadaire, je viens de découvrir le sens vraisemblable d’un lieu-dit de la commune voisine et rivale de la mienne… -Genêts qu’un mot à vous dire : -Merci !
    ______________

    Maintenant contraint par les mesures restrictives en temps de guerre et rapport à la limitation de liens, je vous invite à me retrouver dans un instant.
    D’ici-là, munissez-vous de votre matos d’artiste et dirigez-vous vers votre table à dessin.
    La leçon du jour tiendra compte de tout ce qui précède et que l’on peut résumer ainsi : -Comment aller de l’aride organologie à la toponymie la plus picturale en passant par la case Alcools (qui tuent le ver(s).

    (à suivre)

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  6. @Brosseur encore

    Votre ambition de devenir un « créatif » en matière d’armes chantantes ne sera pas déçue… si toutefois vous vous appliquez avec le sérieux que réclame la chose… à vous proposée en peu d’étapes.

    1. Tracez à la main le contour d’un blason. Plutôt fastoche, non ?

    2. Ensuite, sur le haut, figurez 3 parasites. La représentation des strongles, des ascaris ou des oxyures n’est pas conseillée pour un débutant dans l’art armorial et, d’ailleurs, un quidam ordinaire aurait beaucoup de peine à les identifier.
    Je vous recommande donc le Ténia, plus rigolo. Vous pouvez le traiter « de chic* » si vous en avez les moyens.

    3. Sur la partie du bas, montrez un étron. J’imagine qu’un garçon comme vous est capable, sauf constipation malvenue, de produire quelque exemplaire/modèle bien conformé.
    L’Art armorial sait qu’il peut compter sur vous.

    4. Pour bien séparer ces deux catégories de meubles, installez entre eux une jolie onde d’azur. Faites au plus simple… d’autant que ce n’est pas obligatoire.

    5. Je n’ai malheureusement pas le loisir d’aller jusque chez vous pour vérifier la qualité de votre travail. Il vous suffira de me donner le code Insee de la localité et, bon prince, je vous donne les deux premiers chiffres : 80 …

    _____________________

    * « Dessiner de chic » signifie n’avoir pas recours à un modèle, être suffisamment habile pour s’en passer. Toutefois, on ne confondra pas « dessiner de chic » et dessiner « deux chiques ». Ces dernières, bien que parasites elles-aussi, appartiennent à une catégorie zoologique différente : Tunga penetrans

    _______________________

    Est-ce que ma générosité me perdra ou bien n’ai-je pas confiance en vous ?… Vaste débat.
    Voici donc, pour vous aider dans votre tâche, le portrait d’un ténia :

    Il a de beaux yeux, n’est-ce pas ?… et vous pouvez, par l’ajout d’une simple ligne courbe, le faire sourire.

    Et enfin, pour la selle telle qu’aisément identifiable par le public, je vous recommande ce modèle, de bon goût et homologué sur l’échelle de Bristol :

    https://encrypted-tbn0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQRIC6WUn1mdNipQuqTv0ze7tbgezzdKqi_Xw&usqp=CAU

    P.S : Dans ma situation, j’interdis à quiconque de me faire une remarque désobligeante à propos d’un simple détail de l’histoire. Si celui-ci s’la ramène, je lui dis : -Clinamen !

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  7. TRS

    Vous ne m’en voudrez pas si je donne ces indices supplémentaires, je suppose :
    Somme des chiffres du code INSEE = 25
    Somme des chiffres du code postal = 20

    Deux autres communes auraient pu s’honorer d’un étron sur leur blason…

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