Gratte

Deux remarques préliminaires : 

— parti, comme d’habitude, pour un petit billet, me voici arrivé, comme souvent, avec un long billet ;

— ceux qui attendaient de la guitare vont être déçus.

Les animaux signalaient leur présence dans nos campagnes de différentes façons et nos aïeux ont parfois utilisé ces comportements pour nommer des lieux. On connaît par exemple les nombreux noms composés avec les verbes chanter ou pisser, mettant souvent en cause le loup mais aussi bien d’autres animaux.

Le verbe gratter a été lui-aussi mis à contribution, souvent avec des animaux qui ont l’habitude de gratter le sol, que ce soit pour marquer leur territoire, creuser leur tanière ou chercher de la nourriture. Mais, là aussi, ce verbe a été utilisé avec d’autres sujets ou compléments, de manière plus ou moins métaphorique.

Le loup

À tout seigneur, tout honneur, place au loup qui apparaît dans le nom de Grateloup-Saint-Gayrand (L.-et-G., Gratelou en 1272) et dans de très nombreux lieux-dits, écarts ou hameaux nommés Gratte-Loup et Gratteloup ou Grate-Loup et Grateloup, et plus rarement au pluriel à Gratte-Loups (à Eus, P.-O. etc.) et à Grateleux (à Amblainville, Oise). Les mêmes noms se retrouvent en pays de langue d’oc sous les formes Grataloup et Gratalou, ou encore Grattaleu (un lac à Peisey-Nancroix, Sav.)

La femelle n’est pas en reste qui apparaît dans des noms comme Grattelouve, Grateloube, Gratteloube ou encore Gratelaube (Saint-Ybard, Corrèze).

CPA-grateloup

Les autres animaux

Très nombreux sont les Gratte-Chien et Grattechien mais plus inattendus sont les Gratte-Chat (à Brossac et à Rouillac, Char. etc.) et Grattechat (Saint-Seurin-d’Uzet, Ch.-Mar.)

Les autres mammifères ne sont pas oubliés. On trouve ainsi des Gratte-Chèvre et Gratte-Chièvre (à Lain, Yonne), des Gratte-Conil (Les Mées, A.-de-H.-P. conil, « lapin ») et Gratte-Counils (à Sigean, Aude), un Gratte-Lapin (à Saint-Christophe-de-Double, Gir.), deux Gratte-Lièvre, un Gratte-Rat (à Fouquebrune, Char.). À Bruniquel (T.-et-G.) on trouve un Gratebiau où c’est le bœuf qui gratte à moins qu’il ne s’agisse d’une ancienne peausserie où l’on grattait le cuir de bœuf, un nom que l’on pourrait alors rapprocher de celui de Grattelard (à la Chapelle-Saint-Mesmin, Loiret).

Les oiseaux qui grattent la terre à la recherche de nourriture sont représentés par quelques Gratte-Galine, Gratte-Géline et Gratte-Coq, un Gratte-Jaud (à Seigné, Ch.-Mar., avec jal, « coq »), un Gratte-Poule (à Liffol-le-Grand, Vosges), un Gratte-Poulet (à Salles-d’Angle, Char.), un Gratte-Pigeon (Beauville, H.-G.) et, plus inattendus, un Gratte-Grue (à Pont-sur-Seine, Aube), un Gratte-Merle (à Saix, Tarn), un Gratte-Perdrix (à la Bastide-de-Sérou, Ariège), un Gratte-Perlic (Grazac, Tarn, avec perlic pour « perdrix ») et un Gratelause (Parisot, Tarn, avec l’occitan alausa, «alouette »). Pour ces derniers, qui ne sont pas particulièrement des gratteurs de terre, sans doute s’agit-il simplement de désigner un lieu de prédilection, une niche écologique de tel ou tel oiseau.

Plus inattendu encore, le Gratte-Grelet au Thou (Ch.-Mar.) avec le poitevin grelet, « grillon ».

Les êtres humains

Grattepanche (Somme) est une appellation ironique pour une terre ingrate de peu de rapport où le paysan n’avait plus qu’à se « frotter la panse » (panche en picard). On trouve le même nom pour Gratepanche (à Vandeuil, Oise) et un Bois de Gratte-Panche (à Ferrières, Oise). L’assimilation de l’un ou l’autre de ces lieux avec le Bratuspantium de César, où se soumirent les Bellovaques en 57 av. J.-C., est « insoutenable tant du point de vue historique que philologique » nous expliquait déjà Longnon (Les noms de lieux de la France, 1923) – mais la discussion est toujours ouverte.

CPA-grattepanche

Le sens proprement dit de gratter, provoquer des démangeaisons, apparaît au Bois de Gratte-Poil (Bussière-Galant, Hte-Vienne), au Bois de Gratte-Pel (Auberive, Hte.-Marne), au Bois de Gratte-Peau (Santery, V.-de-M.) et au Bois de Grattepoil (Lieusaint, S.-et-M.). Ajoutons un Gratte-Pied (Colombier-en-Brionnais, S.-et-L.), un Gratte-Dos (Asnières-lès-Dijon, C.-d’Or) et un Grattedos (à Villiers-les-Aprey, Hte.-Marne), un Gratte-Oreille (Saint-Martin-de-Benegoue, D.-Sèv. – dans le Centre de la France, un gratte-oreille était un chemin dans lequel on hésitait à s’engager par peur d’un danger quelconque, comme de s’y embourber : on se grattait l’oreille par hésitation ), un Grattequina (à Blanquefort, Gir. – avec l’occitan esquina, « échine, dos ») un Gratte-Teste (à Caumont-sur-Durance, Vauc.), un Grattecuisse (Chemiré-sur-Sarthe, M.-et-L.) un Grattejambe (à la Tour-en-Jarez, Loire), un Gratte-Cambe (Lebrei, Lot – gascon cambe, « jambe ») et Castelnaud-de-Gratecambe (L.-et-G.). Vous l’attendiez tous et, oui, il y a bien des Gratte-Cul (à Gron, Yonne) et un ruisseau Grattecul (à Coutenay, Is.) gratte-cul désignant le fruit de l’aubépine, du houx ou de l’églantier. Et gardons le meilleur pour la fin : le bois de Gratte-MerdeSepteuil, Yv.).

L’église de Notre-Dame-de-Gratemoine (Séranon, A.-Mar.) était quant à elle dite de Sainte-Marie Gradecamunne en 1060 (Cartulaire de Lérins), ecc. Ste Marie Gradecamunde en 1110-25 (ib.), Grasacamogna en 1274 (Pouillés d’Aix, Arles et Embrun) et enfin Grata Moyna en 1351 (ib.). Ce nom viendrait de grada camina, « le chemin qui monte », lit-on ici. On est en droit de se poser des questions : le latin vulgaire avait en effet *caminus pour « chemin » et gradus pour « pas » ou « degré », mais il s’agissait de deux noms masculins. L’explication donnée par un panneau signalétique sur place (et reprise par wiki) est encore plus tordue : il s’agirait d’une déformation progressive du latin  gradiva  qui signifie « degré » et   caminus  qui signifie « chemin ». Ces termes feraient allusion à la situation de l’édifice bâti sur le seul point élevé de la plaine. Outre que gradiva signifie « celle qui marche » et pas « degré », on se demande comment ce mot, qui aurait dû perdre son d intervocalique, serait passé à grata.  Je préfère m’en remettre à Charles Rostaing (Essai sur la toponymie de la Provence, 1950, réed. Laffitte Reprints, 1973) qui voit dans la première partie de ce nom un dérivé en *gr-at(a), de la racine pré-indo-européenne *gar, « roche, caillou » (cf. le paragraphe suivant) et dans la deuxième partie la racine pré-indo-européenne à valeur oronymique *kam accompagnée d’un suffixe donnant *kam-unna/*kam-onna. Il rapproche ce dernier nom, justifié par la localisation du site à plus de 1000 m d’altitude, de celui des Cammunni ou Comoni, peuple réto-ligure, de Camundus qui désignait en 739 une ancienne localité de la Maurienne et de Camagna Monferrato, localité italienne du Piémont. Il ajoute, en note de bas de page : « Gratemoine est dû à un calembour que l’irrespect dont il témoigne à l’égard des moines peut faire dater du Moyen Âge ».

Signalons aussi un Gratte-Moine (Saint-Jean-d’Angély, Ch.-Mar.) sans explication convaincante. Il s’agissait du nom d’un monolithe sur lequel on disait peut-être que les moines venaient s’y gratter le dos.

Gratte employé seul

Le terme Gratte apparaît aussi seul dans quelques toponymes répartis sur tout le territoire sans qu’on soit bien sûr du sens à lui donner. E. Nègre signale par exemple le sens de « claie » en langue d’oïl, d’où le sens de « claie en pente » qu’il donne à Gratepanse ou Grattepanche vus plus haut. En région de langue d’oc, le terme grata désignait un terrain pierreux (en Aveyron, la grata est le nom d’un grès dur et siliceux) d’où la plaine de la Gratte à Clapiers (Hér.), La Gratade à Castanet (AV.), le Gratet (Saint-Martin-de-Londres, Hér.), la Gratisse (Marvejols, Loz.), etc.

Si on admet pour gratte le sens de « terrain rocailleux » (pré-indo-européen *gr-at(a), cf. le paragraphe précédent), alors le nom Gratecambe vu plus haut a pu être décrit (B. Boirye-Fénié, Dictionnaire toponymique des communes – Lot-et-Garonne, éd. Cairn, 2012) comme composé avec le gaulois camb-, « courbe », qui décrirait la forme arrondie de l’éperon rocheux sur lequel Castelnaud-de-Gratecambe est bâti, ce que la topographie des lieux est pourtant loin de confirmer.

Avec l’épithète occitane mala, on rencontre les noms Malagrate (Malons-et-Elze, Gard) et Malagratte (Prades, Loz. ; Saint-Étienne-de-Lugdarès, Ardèche) qui s’appliquent à la stérilité de la pierraille, des rochers et des galets. À ces noms répondent, en pays d’oïl, les Malgratte (àThénezay et à D’Assais-les-Jumeaux, D.-Sèv.), Maugrat (Saint-Amand-de-Boixe, Char.), la Maugratée (Saint-Gourgon, L.-et-C.), etc.

Les autres

Le travail du paysan était mis en valeur à l’Ancien Moulin de Gratte Paille (à Neussargues-Moissac, Cantal), à Gratte Paille (à Conchez, Eure), à Grattepaille (à Saint-Préjet-Amandon, H.-L.), à Grate Pailles (à Cruéjols, Av.), à la Grattepaillère (Coulonges-les-Sablons, Orne) qui désignaient l’aire à dépiquer ou le champ de blé. Le gratte-paille est aussi un des noms donnés à la fauvette d’hiver ou mouchet, mais on voit mal le nom de ce petit oiseau passé à tant de toponymes.

Le paysan sarclait la terre à Gratte-Champ (Freycenet-la-Cuche, H.-L.), Grattecap (Blanquefort, Gir. avec cap pour « champ »), Gratacap (saint-Martin-de-Maurs, Cant.), Gratte-Sol (Saint-Arcons-d’Allier, H.-L.) et aux Champs-Grattez (Martigny-le-Comte, S.-et-L.).

Le nom de Gratte Bousse (Sigalens, Gir.) vient de bousse, « buisson » et celui de Gratte-Bruyère (Veyrières, Gir.) évoque la végétation du lieu. Quant aux Gratte-Semelle (Tarascon, B.-de-R. ; Chanceaux-sur-Choisille, I.-et-L. ; un versant de la colline de Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille), ils désignent des chemins caillouteux.

Le nom de Gratte-Denier (Mazeray, Ch.-Mar.) fait-il allusion à un champ à gratter pour quelques deniers ou bien à un individu plutôt près de ses sous ?

Des noms comme Gratte-Bourse (à Faye-d’Anjou, M.-et-L.) et Gratte-Gousset (à Chatuzange-le-Loubet, Drôme) font sans doute allusion à des endroits fréquentés par des voleurs à la tire. Mais que dire de ces autres noms qui peuvent donner lieu à diverses explications : Gratte-Fer (Grisy-les-plâtres, Val-d’Oise ; Nîmes, Gard), Gratte-Sac (Courgeon, Orne ; Voutré, May.), Gratte-Pierre (Saint-Michel, Aisne ; le Cheylard, Ardèche), Gratte-Sel (Villefollet, D.-Sèv.)et, plus étonnants, Gratte-Vieille (Préaux, Ardèche) et Grattechef (Angoville-sur-Ay, Manche).

Et les faux amis

Le nom de Gratentour (H.-G.) que Dauzat & Rostaing voyaient, sans en connaître les formes anciennes, comme une appellation ironique, gratte entour, pour un terrain ingrat, est en réalité un ancien Garatentorn (1428) soit un « (lieu) protégé, réservé » (occitan garat) « tout autour » (occitan entorn) selon E. Nègre.

Les noms de Gratibus (Somme) et de Gratot (Manche) sont issus de celui d’un nom d’homme germanique, Crato, et du norrois bu, « ferme », pour le premier ou du scandinave topt, de même sens, pour le second. Il existe d’autres noms semblables qu’il serait trop fastidieux (déjà que …) de passer en revue ici.

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

La devinette.

Il vous faudra chercher le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine lié au mot du jour.

Ce toponyme concerne un animal dont le nom y est dit dans la langue traditionnelle régionale. En réalité, ce nom a pu désigner plusieurs espèces d’animaux d’une même famille, et s’ils sont tous gratteurs, c’est même, dans un sens, devenu proverbial pour l’un d’eux.

Il est situé dans une commune au nom classiquement formé de celui d’un homme latin accompagné du suffixe bien connu –acum. On compte deux communes parfaitement homonymes et une quinzaine d’autres portant le même nom accompagné d’un déterminant – sans compter une autre commune chez un de nos voisins.

Cette commune s’enorgueillit d’abriter un château du XVè siècle ayant appartenu au domaine royal et aujourd’hui propriété privée. Il est curieusement surnommé, par les habitants de la commune, de manière oxymorique.

Le chef-lieu du canton où est située cette commune porte un nom gaulois accompagné de celui de la rivière au nom pré-celtique.

Un indice :

indice a 11 09 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

6 commentaires sur “Gratte

  1. Bonjour m Leveto
    voici une liste de noms

    69 AINAY
    Athanas ?

    69 VAISE ou VAIZE

    69 L’ARBRESLE
    arbera albera ?
    ——————————
    69 VILLEURBANNE

    villa urbanus ?
    ESCALIER DE fonturbane

    69 PIERRE-SCIZE , scise, cise
    petra excisa pierre fendue, sciée , incisée ?
    ————————————-
    70 couthenans

    – germanique ?
    – nans : nant ?

    71 DICONNE
    —————————————————
    73 SONNAZ
    hameaux : AUTIGNY
    SERVENNAZ

    73 CHAMBERY
    le clos SAVOIROUX
    patronyme ?
    famille BRACORENS de SAVOIROUX ? ou autre ?
    ——————————————-

    73 Chambéry
    le Faubourg MACHé

    ( avec la célèbre fontaine des deux bourneaux )

    mala – casa ?
    ——————————-
    73 chambéry
    quartier de la CALAMINE
    usine de gaze de soie vers 1840

    73 à verrens-arvey
    le hameau de SAMUAZ

    Merci encore beaucoup.

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  2. lecteur

    ■ 69 AINAY
    Athanas ?

    Pour l’église Saint-Martin d’Ainay (à Lyon, Rhône), on trouve Athanaco au VIè siècle, du nom d’homme germanique Atalnus et suffixe acum.
    L’hypothèse d’un culte voué à la déesse Athéna, reprise par quelques érudits locaux, n’est malheureusement pas étayée. Une origine selon un nom d’homme d’origine grecque Athanacus (proposée par d’Arbois de Jubainville et reprise par d’autres) n’est pas plus étayée et serait un exemple unique. Un nom germanique (ou burgonde comme Athan), semble historiquement plus probable.

    ■ 69 VAISE ou VAIZE

    Attesté Veisia en 1247. Trois hypothèses (un peu plus sérieuses que celles citées par wiki)
    • nom de personne germanique Vitius/Vetius , au féminin, sous -entendu villa (E. Nègre, Toponymie générale de la France)
    • racine hydronymique pré-celtique * ves/vis (A.-M. Vurpas et C. Michel, Noms de lieux de la Loire et du Rhône , Bonneton,1997)
    • dérivé du latin vicus , qui a désigné le hameau à l’époque médiévale (G. Taverdet, Les Noms de lieux du Rhône ABDO, 1987)
    …à vous de voir.

    ■ 69 L’ARBRESLE
    arbera albera ?

    Attesté apud Arbra villam en 1173 puis eccl. Arbrelle en 1225. Il s’agit du francoprovençal ábro, èbro , « arbre » et suffixe diminutif féminin elle : « le petit arbre ».
    Certains auteurs émettent l’hypothèse que ce suffixe ait pu avoir une valeur de collectif.
    ——————————
    ■ 69 VILLEURBANNE
    villa urbanus ?

    ♦ Attestée immunitatem Villae Orbanae en 885 puis eccl. De Villa Urbana vers 1225. Du latin villa urbana, « maison de plaisance, résidence élégante du maître » selon E. Nègre. Mais une autre hypothèse (A.-M. Vurpas et C. Michel, op. cit) fait appel au cognomen Urbanus , au féminin pour villa.

    ESCALIER DE fonturbane

    Attestée sous le nom de Fons urbanus en 1341, soit la « source de la ville » car elle alimentait le quartier Saint-Jean, alors considéré comme une « ville ».

    ■ 69 PIERRE-SCIZE , scise, cise
    petra excisa pierre fendue, sciée , incisée ?

    N’ayant pas trouvé de forme ancienne à me mettre sous la dent, je ne peux que vous recopier ce que j’ai lu chez wiki : «  À l’époque romaine, on fit tailler le rocher de Thune, qui formait une avancée dans la Saône, afin d’aménager une voie sur la rive droite de la rivière. Ainsi le lieu fut-il appelé petra incisa, soit en français « pierre encize » ou « pierre scize ». Il s’agirait ainsi d’une taille volontaire de la roche, un vrai travail de Romain, donc …
    Mais je lis ici une autre explication : « Les quais doivent leur nom à l’imposant rocher sur lequel ils s’appuient et qui semble brisé en deux par le passage de la Saône : « scize » du latin scindere, scinder, diviser en deux parties. Dans l’histoire géologique de la région, il fut probablement un temps où cette barre de gneiss noir et dur, proche du granit et caractéristique des Monts de Lyonnais, formait un seul ensemble avec le rocher de Serin au nord-ouest et le Fort Saint-Jean. Celui-ci fit barrage à la Saône en l’obligeant à dévier son cours vers l’est. L’érosion et la main humaine auraient alors élargi ce qui n’était probablement qu’une légère crevasse en travers du rocher, donnant à celui-ci sa forme si particulière de « pierre scize ». » Un travail de la Nature, donc, avec finition humaine : voilà qui me semble plus convaincant.

    Quoi qu’il en soit, il s’agit bien d’une « roche incisée ».
    ————————————-

    ■ 70 couthenans
    – germanique ?
    – nans : nant ?

    Cothenans en 1257 et Quottenans en 1290. Du nom d’homme germanique Guttinus et suffixe ingos ( cf.ce billet pour les diverses finales issues de ce suffixe)

    ■ 71 DICONNE

    Curatus de Dygona (XIIe siècle) ; Ecclesia de Diycona (1362) ; Dicone (XIVe siècle) ; Dyconne (1454) ; Dicosne (1473) ; Diconne (1476) ; Diconne en Bresse (1578) ; Dicone (1666) et Diconne (1760)
    La finale onna fait bien entendu penser à l’hydronyme gaulois.
    Le premier élément est plus difficile à analyser sauf si on compare ce nom à Digoin (même département) qui est un ancien *diwontio, « lieu aux eaux sacrées » (comme Divonne) avec passage du w à g pour donner Deguntium à l’époque carolingienne. Cela expliquerait la forme Dygona du XIIè siècle.
    —————————————————
    Ah tiens ! revoilà la Savoie !

    ■ 73 SONNAZ
    hameaux :

    AUTIGNY : nom de domaine gallo-romain du type *Altiniacum, formé avec le suffixe acum sur le cognomen Altinius dérivé de Altinum, ville de Vénétie.

    SERVENNAZ
    du bas-latin silvinata, « forêt »

    ■ 73 CHAMBERY

    ♦ le clos SAVOIROUX
    patronyme ?
    famille BRACORENS de SAVOIROUX ? ou autre ?

    Savoiroux est le nom d’un hameau de Rumilly(H.-Sav.). On trouve également un ruisseau de Savoiroux à Massongy, (H.-Sav.), un lieu-dit Savoiroux à Hermillon (Sav.), des Champs-Savoiroux.à Albiez-le-Vieux (id, Champsavauraux au XVIIIè siècle) ) et un pré Savoirous à Valmeiner (id).Tous ces noms sont à rapprocher du Praz Savoureux (à Jarrier) et du Pré à Savoureux.(à Montvenier, Ain)),
    Ce sont des variantes de l’adjectif savoureux , de l’italien saporosa, du latin sapor, « saveur ». Ce qualificatif a été donné à des champs dont l’herbe était particulièrement savoureuse.
    On trouve également en Suisse des noms dérivés de l´ancien mot régional suisse romand saveur, « fines herbes, cerfeuil », qui désignaient des endroits où l´on cultivait ou récoltait ces plantes, noms formés avec des suffixes variés : Savoireu, Saverou, Savoireux …

    En ce qui concerne le clos Savoiroux de Chambéry, il s’agit en effet d’un nom d’homme attesté au XVIIIè siècle : J.-Jh. De Bracocorand, natif de Savoiroux, paroisse de Rumilly. Le nom du lieu-dit de Rumilly est donc devenu patronyme, transporté à Chambéry.

    ——————————————-
    ■ 73 Chambéry
    le Faubourg MACHé
    ( avec la célèbre fontaine des deux bourneaux )
    mala – casa ?

    Tirerait « son nom des marais qui l’environnaient autrefois et qui l’avaient fait appeler Maraisché, simplifié en Maché» écrivait le père Jean-Louis Rochex en 1670, repris par le chanoine Gros qui écrit à son tour : « Maché apparaît assez tard dans l’histoire, sans doute parce que c’était anciennement un fonds marécageux où il y avait peu d’habitations.» Il ajoute : « On a expliqué ce nom par marescum, « marécage », ce qui concorde bien avec l’emplacement mais ne s’accorde pas avec les formes anciennes : Machiacum en 1315, Porta Machiaci en 1371, Machiès et Machiez en 1382, versus Machiacum en 1417 » etc.
    Aucun gentilice Machius susceptible d’avoir donné Machiacum ne semble avoir existé. C’est pourquoi le chanoine Gros émet l’hypothèse de Mascius qui, en passant par Masciacum, a abouti à des noms comme Massy, Massé, Massieu et qui aurait pu passer en Savoie à Machy ou Maché.

    ——————————-
    ■ 73 chambéry
    quartier de la CALAMINE
    usine de gaze de soie vers 1840

    Le nom de Calamine était primitivement celui d’un pré où fut bâtie la maison dans laquelle M. Pierre-Marc Dupuis installa son usine en 1773 (après l’incendie de celle du Verney et un intermède de quelques années dans les bâtiments de la Charité).
    Le nom de Calamine est peut être un dérivé du celtique calm, « plateau rocheux » qui a donné calma s’appliquant d’abord au sommet plat d’une montagne puis, par dérivation de sens, au terrain pauvre, à la lande couverte de bruyère.
    Une autre possibilité est celle d’un anthroponyme dérivé du même calma mais au sens de chaume, de calame, d’où des noms comme Calame, Calamar, Calamel et bien d’autres pour désigner le scribe, l’écrivain public ou le joueur de flûte ( chalemie en ancien français, calamino en occitan, chalumeau). Le patronyme aurait pu passer au toponyme.
    NB un rapport avec la calamine, minerai de zinc, me semble difficilement soutenable.

    ■ 73 à verrens-arvey
    le hameau de SAMUAZ

    Attesté apud Samuar en 1255, sans doute une erreur d’écriture pour Samuaz.Un certain Pierre de Samuaz est attesté en 1317.
    Le toponyme est très certainement issu d’un nom d’homme Samua(z), variante abrégée de Samuel.

    _____________________________________________________

    Une question en passant : savez-vous combien de toponymes ai-je analysé pour vous depuis le 12 janvier 2021 ?

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  3. En Xaintonge (et autres lieux circonvoisins) le toponyme Gâte-Bourse est assez répandu.

    Gratte-Bourse et Gratte-Bousse n’en seraient-elles pas des formes corrompues?

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  4. TRA

    Gâte-Bourse : c’est en effet une des hypothèses données par P.-L. Augereau dans Les secrets des noms de communes du Maine-et-loire (éd. Cheminements, 2004) à propos du lieu-dit Gratte-Bourse de La Faye-d’Anjou.
    Pour Gratte-Bousse en Gironde, je suis plus dubitatif. Un boussat est bien attesté en gascon pour « fourré, buisson ».

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  5. Merci m Leveto Merci merci , merci, merci, merci…

    Vous êtes d’ailleurs libre d’interrompre vos recherches,
    mais je pense qu’elles vous font également plaisir , comme toponymiste passionné

    et qu’elles participent à augmenter les toponymes traités par vos écrits.

    Pour ma part , c’est très enrichissant .
    merci , merci merci , merci merci M leveto

    J’aime

  6. lecteur

    Je vous remercie pour vos « mercis ». Ça fait toujours plaisir à lire !

    Bien sûr que ça m’intéresse de faire toutes ces recherches et que j’y prends du plaisir. Croyez bien que si ça n’était pas le cas, j’aurais laissé tomber depuis longtemps.

    Puisque vous n’avez pas répondu à ma question, je vous donne la réponse : 1200 toponymes traités à ce jour (un fichier de 236 pages, plus un index de 12 pages, pour un total de 89 561 mots ).

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