Gratte-Ouasse (répàladev)

TRA, TRS et LGF sont les trois découvreurs de la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Gratte-Ouasse, un lieu dit de la commune de Bussy, dans le canton de Dun-sur-Auron, dans le département du Cher.

local Bussy

Gratte-Ouasse : le nom de ce lieu-dit est de création sans doute récente, puisqu’il n’est pas cité dans le Dictionnaire topographique du département du Cher (Hippolyte Boyer et Robert Latouche, 1926). On y reconnaît sans difficulté le verbe « gratter » (cf. le billet dédié) ici accompagné du terme ouasse, qui dans les patois du centre de la France (notamment en Berry, Nivernais et Sologne) désigne un corvidé, plus particulièrement la pie ou le corbeau.

ouasse DicoCapture

Glossaire du Centre de la France par M. le Comte Jaubert, 2è édition, 1864

Ce terme ouasse est une déformation régionale du nom agace ou agasse donné dès le XIè siècle à la pie. Il s’agit d’un mot venu de l’ancien haut allemand, restitué d’après le gotique reconstruit *agatja et attesté agaza au XIIIè siècle. L’ancien provençal agassa, de même origine et de même sens, est attesté au XIIè siècle et a sans doute influencé la forme française. Que ce soit en langue d’oïl ou en langue d’oc, le nom, sa prononciation et son écriture ont subi la paronymie du verbe « agacer » , à l’origine d’une étymologie populaire qui fait de la pie un oiseau qui agace.

Bussy : les formes anciennes Buthiacum (1183) ; Buci (1208) ; Buissi (1216) ; Buciacum (1234) ; Buxiacum (1246) ; Bucy (1249) ; Buxy (1319) ; Buxi (1368) ; Bussi (1469) renvoient à un nom d’homme latin Buccius accompagné du suffixe –acum. La page wiki consacrée aux homonymes en signale plus d’une quinzaine, mais tous n’ont pas la même étymologie, certains pouvant venir du latin buxum, « buis ».

le château de Bussy, ancienne propriété royale bâtie au début du XVè siècle, est curieusement surnommé le Bourg, un nom généralement attribué à une agglomération rurale plutôt qu’à un château.

Dun-sur-Auron : les formes anciennes In centena Dunensi (880) ; Dunum (1012) ; [Odo] de Duno (1102) ; Dunum regium (1205) ; Duni castellania (1175) ; Dunum regis (1284) ; Dum le Roy (1380) montrent que cette ville doit son nom au gaulois dūnum , « citadelle fortifiée ». Il est ici accompagné du nom de la rivière, l’Auron, laquelle était aqua…Otrionis en 855, de l’hydronyme pré-celtique *aut(u)ra accompagné du suffixe gaulois ou roman –onem. Ce suffixe a remplacé définitivement en 1880 l’ancien suffixe -le-Roi qui était dû à son appartenance au domaine royal après le don fait en 1100, avant de partir en Croisade, par le vicomte de Bourges au roi de France. (Vous imaginez ça, vous, Bernard Arnault donnant toutes ses richesses à la République avant d’aller se battre pour l’Ukraine ? Moi non plus.).

CPA-Dun-18-1

cdl 1

Les indices

indice a 11 09 2022 ■ Ceux qui ont des dessins (on dit bien « avoir des lettres » pour ceux qui ont lu de nombreux livres, pourquoi ne dirait-on pas « avoir des dessins » pour ceux qui ont lu de nombreuses bandes dessinées ?) se souviennent que la coupable du vol des bijoux de la Castafiore était la pie qui, comme le dit sa réputation proverbiale, est voleuse – on pourrait dire, en argot, qu’elle gratte.

indice a 13 09 2022 ■ Cette gravure de Buffon concernait les corvidés, dont la pie. Le même Buffon, dans son Histoire naturelle des oiseaux, mentionne les différents noms donnés à la pie, parmi lesquels ouasse.

indice b 13 09 2022 ■ Il fallait reconnaître l’écu de Jacques Cœur, célèbre négociant originaire de Bourges, donc du Berry.

5 commentaires sur “Gratte-Ouasse (répàladev)

  1. Considérations dominicales :

    1. Est-ce que ce monde est sérieux ?… et l’Hippolyte B. associé au Robert L., ont-ils besoin de lunettes pour consulter le cadastre ?… et le Leveto a-t-il raison de s’aventurer sur le terrain à risques de la datation ?
    Ce dernier nous dit :

    Gratte-Ouasse : le nom de ce lieu-dit est de création sans doute récente, puisqu’il n’est pas cité dans le Dictionnaire topographique du département du Cher (Hippolyte Boyer et Robert Latouche, 1926).

    Tandis qu’Internet propose, pour pas cher, une avalanche de « Gratte-Machintruc », en Cher aussi :

    http://www.denisjeanson.fr/site_toponymie/lettre_g/lieux_gra/grangeal.html?string=le+pav%E9&submit=Recherche

    Bon, j’avoue que c’est écrit en toutes petites lettres et sans dessins de miquets pour la déco intérieure… mais, parfois, il faut savoir se faire violence quand l’enjeu en vaut la peine… et qu’il est impératif de savoir que le GRATTE-OUASSE de Bussy fut déjà collecté, en 1830, par les géomètres responsables du Cadastre Napoléon. Des gens sérieux, eux !

    Ajout au bestiaire berrychon avec datations :

    Grattouasse. Cne de Dun-sur-Auron. Gratoasse, 1469 (A.D. 18-20-G, chapitre de Dun-le-Roi) ; Le terrouer de Gratoys, 1556 (A.D. 18-4 H, abbaye Saint-Sulpice de Bourges) ; Le vignoble de la Gratouasse, 1613 (A.D. 18-8 G, chapitre Saint-Étienne de Bourges) ; Gratoas, Gratouasse, locatures, 1826 (Cadastre) ; Gratouasse, 1960 (Cadastre).
    18 Rue de Gratouasse. Cne de Dun-sur-Auron. Rue de Gratouasse, 1998 (Cadastre).

    Hélas, je n’ai pas trouvé de GRATTE-ZERBINETTE !

    2. En avoir ou pas ?
    Leveto, qui n’est pas avare de plaisanteries douteuses ni d’à-peu-près sémantiques, nous dit que lui il en a des dessins !… comme d’autres « ont des lettres ».
    -D’abord et vu de Machincourt, « avoir des lettres » ne signifie pas avoir lu (ou posséder) un max de bouquins. A ce compte-là, celle qui s’est tapé l’intégrale de chez Harlequin, elle en aurait à revendre des lettres.
    Plus sérieusement, cette expression peut se rapporter à quelqu’un qui serait plutôt à l’aise dans certains domaines immatériels.
    Elle correspond à « avoir un certain bagage », comme on disait chez Delsey (Montdidier-80) ou encore, comme l’on dit chez Bourdieu, «disposer d’un capital culturel ».
    En fait et pour ceux qui le subissent –j’vais pas vous faire un dessin- Leveto n’a de desseins à caresser que les plus noirs : après avoir sournoisement inoculé chez des personnes âgées le fâcheux virus de la toponymie pratiquée sur écran plat, il s’emploie à les maintenir dans un état de dépendance, d’addiction… alors qu’elles feraient mieux, ces vieilles gens, de se consacrer au salut de leur âme.–Ah que vienne le temps de la rehab !

    3. Buffon, qui avait des lettres et s’y connaissait un max en bestiaux divers, a-t-il seulement eu vent de ma licorne ?
    En cliquant sur le lien proposé, je lis en bas de page tout le vernaculaire attaché à pica pica.
    Comme attendu, on y trouve la Ouasse… et moi je n’y vois pas Margot, ce joli nom par lequel on désigne la pie… même si elle se montre grièche :

    Dans mon chemin j’ai rencontré / Une pie grièche
    Tout au bout d’un bâton plantée / Des clous dedans la tête
    Avecque par devant / Des petits enfants
    Monsieur l’curé derrière / Qui disait ses prières
    Margot, Margot
    Noire comme le charbon / Blanche comme le coton
    Margot…

    Visuellement, la scène est magnifique à se représenter et nul besoin d’être sous acide pour s’y trouver transporté… -Ah !, l’image christique de Margot portant sa couronne d’épines et crucifiée à la mode rurale…
    D’aucuns, n’en doutons pas, aimeraient « avoir assez de dessins » pour transposer la chose sur une planche de BD avec des bulles à la con pour y loger les paroles. Mais sûr que l’émotion n’y serait pas… tandis qu’en chanson :

    P.S N°1 : Comme l’honnêteté chez moi reprend toujours le dessus, je me dois de dire que Buffon n’a pas oublié de parler de Margot, en termes affectueux et quelques pages plus loin, page 120.

    P.S N°2, particulier et à l’adresse de Leveto, la plus dévouée des rescousses :
    Sachant que Jaquette est aussi une désignation de la pie, quid d’une certaine « Ruelle Jacquette » que je connais bien … et qui prête aux plaisanteries les plus lamentables, genre :

    -Tu reviens d’où, toi ?
    -De la Ruelle Jacquette
    -Hum, je vois…-Flottante, la jaquette ?

    Avec cette ambiguïté du C, placé ou non avant le Q, et de basques que le vent frivolant peut soulever à son gré, surtout s’il est d’humeur salaçocoquine.
    Au Québec, terres de misère, le frustre bûcheron n’a jamais eu à devoir choisir entre le queue-de-pie et la jaquette…Chez lui, c’est plutôt le voile qui volait, qui volait…

    Et quid de ce Clos MargoTTin qu’itou je connais bien ?

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  2. Bonjour m Leveto
    journée surtout vosgienne aujourd’hui

    88 DEYCIMONT decii mons Dei Jacum Coementium
    rocher de dieu ??

    88 ruisseau de l’ETRANGLIEUX
    fait très  » lieu de l’étrangleur » brrr .
    à..

    88 URIMENIL longue liste habituelle sur wiki , sans étymo
    probable homme germanique

    88 série des faings
    SARIFAING à arrentès-de-corcieux ( nom qui paraîtrait occitan )
    vallée de la corbeline Granges-sur-Vologne

    mais aussi SAURIFAING vallée de la Moselotte

    SAURIFAING à THIéFOSSE

    donc sari , sauri
    homme germanique ? RIEN à VOIR AVEC LES SAURIENS
    ——————————
    88 du coup , THIEFOSSE
    ——————-
    88 ruisseau du B’HEUMEY ( ou bheumey)
    Vienville , Yvoux
    —————————————

    88 mots : CORBELIN CORBELINE
    88 vallée de la Corbeline Granges-sur-Vologne

    mais aussi , hors des Vosges
    76 Touffreville-Corbeline
    58 château de la corbeline à La Chapelle-St-André 58
    38 CORBELIN

    Lieu des corvidés ?
    Homme : corbellios

    ———————–
    Enfin , au sud :
    12 La VIADENE
    dixième voie romaine ?

    Merci m Leveto , à bientôt.

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  3. TRS

    Je dois en effet faire mon mea culpa : le lieu-dit Gratte-Ouasse de Dun-sur-Auron est bien cité dans le Dictionnaire topographique du Cher mais sans trait d’union, à Grattouasse et attesté Grattoasse en 1469. Voilà qui n’en fait un toponyme des plus récents.
    Ça m’apprendra à lire trop vite !

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  4. Lecteur

    Pour les formes anciennes des toponymes vosgiens, je me suis référé au Dictionnaire topographique du département des Vosges de Paul Marichal publié en 1941. (abrégé DTV dans la suite)

    ■ 88 DEYCIMONT decii mons Dei Jacum Coementium
    rocher de dieu ??
    Attesté Decemont et de Deceimonte en 1232 puis Deicimont et Decimont en 1284 dans le DTV. Dauzat et Rostaing expliquent ce nom par celui de l’ ancien village Decei ( du nom d’homme latin Decius + acum) accompagné de « mont ». E. Nègre préfère y voir plus simplement le nom d’homme germanique Deotmund.

    ■ 88 ruisseau de l’ETRANGLIEUX
    fait très  » lieu de l’étrangleur » brrr .
    Le DTV donne Ruisseau des ÉTRANGLEUX ou du GRAND-MÉRY (qui est le nom d’un hameau où coule ce ruisseau)
    Aucune idée sur l’origine de ce nom.
    Anecdotiquement, on remarque que ce ruisseau longe à St-Laurent, sur sa rive gauche, les coteaux de l’Homme Mort – sans doute un « orme mort », comme souvent –, et sur sa rive droite, le bois de la Sauteuse …
    à..
    ■ 88 URIMENIL longue liste habituelle sur wiki , sans étymo
    probable homme germanique
    Heurimesnil en 1295, du nom d’homme germanique Uro + iacum, d’où Uri et mesnil, du latin mansionile, « ferme ».

    ■ 88 série des faings
    Pour les faings, je vous renvoie à ce billet

    De la terre ( sixième partie ) : la fagne et la fange.

    ♦ SARIFAING à arrentès-de-corcieux ( nom qui paraîtrait occitan )
    vallée de la corbeline Granges-sur-Vologne
    — Arrentès : attesté les Arrentez en 1711 : adjectif arrenté, composé de rente, qualifiant les habitants jouissant de privilèges juridiques particuliers (personnes franches soubz les haultz justiciers mesmes qui sont à S.A. [le duc de Lorraine] , 1628)
    — Sarifaing est attesté Saufaing en 1768, Sarefaing en 1845 et Sarrifaing en 1899.
    ♦ mais aussi SAURIFAING vallée de la Moselotte
    ♦ SAURIFAING à THIéFOSSE tel quel dans le DTV

    Plutôt qu’un nom d’homme germanique, je pencherais pour l’ancien français saur , qui, d’abord au sens de « sec » a aussi pu désigner un « jaune brun » (jauni par la fumée du séchage).

    donc sari , sauri
    homme germanique ? RIEN à VOIR AVEC LES SAURIENS
    ——————————
    ■ 88 du coup , THIEFOSSE
    Attesté Tierfosse en 1433 puis Theifosse en 1515, d’un nom d’homme germanique, Theotharius et latin fossa « fosse, fossé »
    ——————-
    ■ 88 ruisseau du B’HEUMEY ( ou bheumey)
    Vienville , Yvoux
    Le DTV donne ruisseau de B’Hueumez et renvoie à Behulmeix , sans plus de commentaire.
    On reconnaît dans le second terme de ce nom le dérivé meix du latin mansum, « maison, ferme isolée » (équivalent en langue d’oïl du mas occitan).
    Il est précédé ici du patronyme Behul (bien attesté) dont je ne connais pas le sens.
    —————————————
    ■ 88 mots : CORBELIN CORBELINE

    ♦ 88 vallée de la Corbeline Granges-sur-Vologne
    La forêt de la Corbeline (Arrentès de Corcieux ) est attestée Aux Corbelines en 1778, tandis que le hameau Corbelines (Jurasupt) est attesté sans forme ancienne.

    mais aussi , hors des Vosges
    ♦ 76 Touffreville-Corbeline In parrochia de Toufrevilla la Corbelin en 1225

    ♦ 58 château de la corbeline à La Chapelle-St-André 58 : il s’agit en fait de l’ancienne paroisse Corbelin, attestée Corbolanum en 1174 et Corbelain en 1689. cf. le suivant

    ♦ 38 CORBELIN attesté Corbelianum au XIè siècle. Du nom d’homme latin Corbellianus .
    Corbelin est devenu patronyme d’où le la Corbelin signifiant « celle de Corbelin » devenu « Corbeline » à propos de Touffreville.
    Lieu des corvidés ?
    Homme : corbellios
    ———————–
    Enfin , au sud :
    ■ 12 La VIADENE
    dixième voie romaine ?

    Accrochez-vous ! C’est un peu compliqué.
    Il faut partir du nom d’une circonscription du haut Moyen Âge dont le chef-lieu était l’actuelle Bez-Bédène (commune de Campouriez, Av.) Le nom de cette circonscription est une formation du haut Moyen Âge sur le nom ancien du village *Betone. Il apparaît sous trois formes : in vicaria Bethonice vers 990, muni du suffixe icu ; in vicaria Betonense en 1031-60, avec suffixe d’appartenance ense ; et enfin sous la forme simple et féminisée Bedena en 1162-78. C’est cette dernière forme qui est restée pour former le nom du pays Bodena en 1404.
    Le hameau de Bez-Bédène est perché sur un éperon rocheux et attesté Bes de Bodena en 1404. Dans le nom du village, Bez, on reconnaît le nom de personne germanique Beto (au cas sujet occitan issu de la forme latinisée Betus. Dans le nom du pays, Bodena, on reconnaît le nom du village mis au cas régime occitan (Bedon, cf. les deux premières formes citées) et mis au féminin. Il s’agit donc d’un nom redondant comme si on avait une ville nommée *Paris-Parisienne.
    La forme actuelle Viadène est dialectale, issue d’une hypercorrection de Bedene en Vedene attestée en 1781, et d’une diphtongaison tardive, attestée en français en 1802 (Viadène) et dans les formes dialectales Viadeno et Biodèno en 1886.
    (P.H. Billy, DNLF, cf. la bibliographie du blog)

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