Faissa et bancarel

Avec leurs mains dessus leurs têtes

Ils avaient monté des murettes

Jusqu’au sommet de la colline

À flanc de versant, ces murettes de pierre sèche retenaient une bande de terre en vue de sa mise en culture. Cette parcelle toute en longueur était appelée, dans le Midi, faissa, du latin fascia, « bande » ou bancèl, diminutif représentant un sens particulier de « banc, banquette ». Chacun de ces mots a fourni son lot de toponymes.

Il ne sera question dans ce billet que du domaine occitan, l’étude des toponymes de langue d’oïl de même étymologie étant prévue pour un prochain billet. Et les autres noms donnés à ces terrasses soutenues par des murets feront peut-être l’objet d’un troisième billet.

Faissa

Parmi les nombreuses représentations de ce toponyme, citons le col de Faisse ou des Faïsses à l’ouest de Barres-des-Cévennes (Loz.), le col des Faïsses dans le Dévoluy à Pellafol (Is.), Les Faisses au nord-ouest de Châteauvert (Var), Les Faïsses à Saint-Étienne-de-Gourgas (Hér.) et à Blandas (Gard) ou encore Les Faysses à Javols (Loz.), pour n’en citer qu’une poignée parmi les plus de quatre cents du même type recensés. Relevons toutefois les Faissas de Saint-Guilhem-le-Désert (Hér.) qui ont résisté à la francisation

les-faysses1

Les faysses à Ailhon (Ardèche)

On comprend bien que, pour les singulariser, certains de ces noms ont été accompagnés d’un déterminant faisant appel à la forme comme Faïsse Longue (le Tignet, A.-M.), Courte Faisse (Ambarès-et-Lagrave, Gir.) ou Faysse Courbe (Cardet, Gard), à la couleur de la terre comme la Faïsse Noire (le Cannet-des-Maures, Var) ou Faisse Blanche (Ségur, Av.), au propriétaire comme la Faïsse del Rey (Signes, Var) et la Faïsse Curèle (id.). On trouve également des diminutifs eneta ou –òla : la Faissette (Chorges, H.A. ; Balsièges, Loz.), Faissolle (Lapte, H.L. ; Entrepierres, A.-de-H.-P.), les Fayssettes (Saint-Georges-de-Luzençon, Av.), les Fayssolles (Octon, Hér.) etc.

Avec un phonétisme différent sont apparus d’autres noms comme le Pic de la Grande Fache près de Cauterets (H.-P.) et le Tuc de Feyches à Biert (Ariège) ; la Grande Feyche à Bonneval-sur-Arc (Sav.), la Feiche du Loup à Bessans (id.), etc. sans oublier les différents Fesse de la Maurienne : la Grande Fesse (Bessans, Sav.), la Fesse du Bas et la Fesse du Haut à Bramans (id.) et même la Fesse du Milieu à Lanslevillard (id.). Ces fesses ne sont pas exclusivement alpines, en témoignent la Fesse de Giraud au Collet-de-Déze en Lozère et les Fesses de Charlemagne à Lagrasse dans l’Aude.

Fesses-Rouges-Palavas

En gascon, où le f initial passe à h, on trouve la hècha, que Dauzat définit comme « gradin herbeux d’accès difficile », d’où le nom de Hèches (H.-P.). Dans de nombreux cas, le toponyme ne recouvre pas toujours le sens de culture en étage qu’il a le plus souvent ailleurs, mais désigne tout simplement un replat de versant, une plate-forme naturelle. C’est notamment le cas pour le pic de la Hèche (Argelès-Gazost, H.-P.), la Pène de la Hèche (Asson, P.-A.), le Tuc des Hèches (les Bordes-sur-Lez, Ar.) etc.

Le catalan a quant à lui fourni des noms comme les Feixes (une vingtaine, tous en P.-O.), la Feixa (quatre dans le même département) et le hameau des Feitges à Sauto (id.).

Bancel

Le nom de lieu Bancarel représente, on l’a dit, un sens particulier de « banc », proprement « banquette de terre, à flanc de versant, soutenue par une murette de pierres sèches ». Aujourd’hui, dans les lieux dont le nom évoque cette culture « en terrasse », il ne reste souvent plus grand-chose de cette murette. Seul le nom demeure pour témoigner de son ancienne présence.

C’est le cas pour Bans et Banquets à Saint-Côme-d’Olt (Av.), sur une pente supérieure ; le Col des Banquets à la Fraise (Hér.) ; La Montée des Bans à Saint-Beauzille-de-Montmel (Hér.), un chemin franchissant une croupe boisée, et bien d’autres.

Le nom est aussi resté à des hameaux situés en hauteur : Banc (Colombier-le-Jeune, Ardèche), Les Bancs (Veyras, id.), Bancel (Saint-Prix, id.),  Serre du Banc (le Monêtier-les-Bains, H.-A.), etc. On le retrouve comme déterminant pour Saint-Joseph-des-Bancs (Ardèche), où le col des Bancs domine le village. Le tourisme cévenol a bien fait connaître les bancèls du Gard, dont Bancels (à Quissac), nom d’un hameau au pied des escarpements de la Montagne des Issarts, offre un échantillon. Un diminutif apparait avec le nom de Le Bancillon (Saint-Ilpize, H.-L.), tandis que la palatalisation du c a donné en Savoie les noms de Le Banchet (Vérel-de-Montbel, Albiez-Montrond et Ayn).

Le toponyme Bancarel se retrouve tel quel à une vingtaine d’exemplaires principalement en Midi-Pyrénées mais aussi dans le Cantal.

Pour être tout-à-fait complet, il convient de signaler que certains de ces toponymes ont pu donner des noms de famille devenus à leur tour toponymes, ce qui explique qu’on peut trouver des lieux appelés Bancel ou Bancarel là où aucun muret de pierre n’a jamais été posé, mais où un nommé Bancel ou Bancarel a pu poser ses valises. Le nom de famille Bancel, s’il peut être issu d’un lieu éponyme, a aussi pu désigner un fabricant de bancs ou banquettes en bois.

Hotel Bancarel

L’ancien hôtel Bancarel, à Bertholène (Av.), aujourd’hui « Chez Eugène « 

rog

La devinette

Il vous faudra trouver le nom, en six lettres, d’un lieu-dit de France métropolitaine méridionale qui désignait à l’origine un lieu de culture en terrasses, à l’aide d’un des deux mots du billet.

La commune où se trouve ce lieu-dit porte un nom issu de celui d’un homme latin accompagné de l’inévitable suffixe –acum, tout comme le chef-lieu du canton.

Ce dernier est le lieu de naissance d’un président de la République.

Un indice ?

indice a 02 10 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

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3 commentaires sur “Faissa et bancarel

  1. Lundi
    bonjour m Leveto
    Semaine Ariège Aveyron
    ————————

    09 à MASSAT

    TOUROUNTIL

    LAOUZADEL

    CARBOUERES

    TACHOUNERES
    —————————–
    12 à mur-de-barrez

    BROMMAT

    MANHAVAL
    ——————————-
    12 à Laguiole

    PIGASSE ( pas Mathieu)

    ALCORN
    ————————————–
    09 ORUS

    lieu-dit ETAILLAPU
    ———————————
    09 Au Port

    OURTRIGOUS

    (las ortigas / ortrigons )
    ———————-

    09 à Ustou

    HECHEDECH Ichedetz

    ravin du HAUGA

    COULANTIC
    ———————————
    Merci ,Merci, bonne semaine

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  2. Pour ma question sur Hechedech ,
    je pense que la réponse est peut-être traitée pile dans l’ article de ce jour , à Faissa !

    sans le savoir , j’ai lu ce toponyme la semaine dernière !

    J’aime

  3. lecteur

    Ni l’Ariège ni l’Aveyron n’ont fait l’objet d’un Dictionnaire topographique qui nous permettrait d’avoir accès aux formes anciennes des noms. Des ouvrages plus récents ont été consacrés à la toponymie de ces départements mais, hélas, ils ne figurent pas sur mes étagères. Je ne peux donc m’appuyer que sur des ouvrages d’ordre général (et notamment celui de Jacques Astor, cf. la bibliographie du blog) et sur quelques ressources internet.
    Certaines des explications qui vont suivre sont donc à considérer comme de simples hypothèses.

    ■ 09 à MASSAT

    TOUROUNTIL
    Peut-être dérivé de l’occitan teron, « source, fontaine », donnant le diminutif terondèl (d’une racine hydronymique probablement gauloise toron, formée avec le suffixe onno sur une base pré-celtique tur, tor).

    LAOUZADEL
    Peut-être s’agit-là là aussi d’une variante d’un occitan lauzade bien connu par ailleurs.
    Lauzade est un nom formé avec le collectif ada sur le nom de la lausa, « la plaque de pierre, l’ardoise, le schiste, la dalle ». Ce nom a pu finalement désigner tout simplement un « terrain maigre et pierreux »;
    Laouzadel serait alors un diminutif destiné à le différencier de Laouze sur la même commune.

    ♦ CARBOUERES
    Occitan carbon, « charbon ». Carbouères peut aussi bien désigner un lieu d’exploitation de charbon qu’être un nom de famille désignant le charbonnier.
    Il y a un pic de Carbauère et d’anciennes mines de Carbauère sur la commune d’Ustou du même département.

    TACHOUNERES
    Il s’agit d’un dérivé de l’occitan teissonièra , formé sur taisson, teisson , blaireau » : c’est le gîte du blaireau, la tanière (taxonaria).
    —————————–
    ■ 12 à mur-de-barrez

    BROMMAT
    Attestée Brocmatum en 1383, cette localité doit son nom au torrent appelé Bromme. Le nom de ce torrent est une variante broma du gaulois broga, « limite ». Ce cours d’eau devait à l’origine marquer une frontière entre deux tribus gauloises.

    MANHAVAL
    De l’occitan manha, « grande », et val, « vallée ».
    ——————————-
    ■ 12 à Laguiole

    PIGASSE ( pas Mathieu)
    Il s’agit d’un anthroponyme, sobriquet de bûcheron formé sur le nom picassa, pigassa, désignant la hache.
    Étymologiquement, on reconnaît dans ces noms la racine *pikk, connue de toutes les langues romanes (sauf le roumain), des langues germaniques et du latin (picus, oiseau « pic »). Exprimant la piqûre, elle a donné son nom à la pioche au fer pointu, au pic, au piquet (pièce de bois taillée en pointe pour être plantée), etc. Par extension de sens, l’instrument pointu devient tranchant avec picassa, pigassa, « la hache ».

    ALCORN
    Il s’agit d’une butte basaltique isolée par l’érosion. Ce nom est à comprendre alt còrn, soit la « haute butte ». Le terme còrn est issu de la racine pré celtique *kor, elle-même dérivée du pré-indo-européen *kar.
    ————————————–
    ■ 09 ORUS

    ♦ lieu-dit ETAILLAPU
    Le CD de l’IGN listant les toponymes français mentionne bien le nom Etaillapu pour des ruines à Orus (Ariège), tout comme le site Géoportail et le site de la mairie.
    Mais le fichier Fantoir, censé être la référence, (et repris par le site Les Rues de France) écrit de son côté Entaillapu. C’est ce nom que l’on trouve écrit sur la carte d’état-major (1866), forme la plus ancienne du nom que j’ai pu trouver.
    On peut bien sûr penser à un dérivé d’« entaille » à valeur topographique, mais le suffixe est mystérieux.

    ———————————
    ■ 09 Au Port

    OURTRIGOUS
    (las ortigas / ortrigons )
    Du nom occitan de l’ortie, ortiga et suffixe collectif ós, osa (latin osu, osa )
    ———————-
    ■ 09 à Ustou

    HECHEDECH Ichedetz
    Il s’agit en effet d’un toponyme formé sur le dérivé gascon, avec h remplaçant le f initial, de faissa vu dans le billet.

    ravin du HAUGA
    Il s’agit là aussi de la forme avec h remplaçant le f initial de l’occitan falga, fauga qui désigne un lieu riche en fougères.
    Le latin classiquefilix, filicis a en effet donné un ancien occitan *felgue, *falgue, *faugue qui, accompagné du suffixe ar signifiant « lieu riche en », a donné falga, fauga, « lieu riche en fougères ».

    COULANTIC
    Ce toponyme est bien mystérieux. Si j’en crois GoogleMaps, ce nom désigne la portion assez sinueuse du GR T59 qui mène au cirque de Cagateille.
    Un diminutif en icde coulant, même s’il est linguistiquement possible (le suffixe ic, d’apparence très breton est aussi connu en ancien occitan et coulant est un nom donné à des canaux d’irrigation, mais principalement en langue d’oïl) serait un hapax plutôt incongru et topographiquement inexplicable.
    ———————————

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