Fache et banc

On a vu dans le précédent billet les mots faissa et bancarel employés en pays de langue d’oc pour désigner les murets de pierres sèches destinés à la culture en terrasses à flanc de coteau et, plus généralement, des terrains plus ou moins plats, des terrasses en hauteur. S’il est vrai que les grandes plaines agricoles des pays de langue d’oïl se prêtent moins à ce type de culture, on retrouve néanmoins des toponymes issus de mots similaires, pour désigner généralement des bandes de terre en longueur.

Issu, comme l’occitan faissa, du latin fascia, « faisceau, bande, ruban », le terme fache est à l’origine de nombreux toponymes dont près de cent dans le Nord, une vingtaine dans les Ardennes, et quelques autres dans les départements alentours. Dans ces régions, ce mot fache a pu simplement désigner une « étendue de territoire livrée à une culture déterminée », ou un « ensemble de parcelles de terre orientées dans le même sens », ce qui explique le grand nombre d’occurrences.

On comprend que pour singulariser ces parcelles il ait fallu les munir d’un déterminant : soit une épithète pour Grande Fache, Longue Fache etc., soit le nom du propriétaire, soit un élément topographique pour Fache de la Fontaine, de la Forêt, de la Motte, etc. Le diminutif Fachelle n’apparait qu’à de très rares exemplaires. Signalons des originalités comme la Fache de la Justice à Pont-sur-Sambre (Nord) où se tenaient les bois de justice, leurs suppliciés et leurs pendus ; la Fache de la Commune à Floursies (id.) ; une jolie Fache des Pâtures de l’Ange à Bavay (id.) ; la Fache des Pendantes à Saint-Rémy-du-Nord (id.) etc. Ajoutons à cette liste la Grange de la Faisse à Boyeux-Saint-Jérôme (Ain),  les Quatorze Faisses d’Obie (Nord) ainsi que quelques Faisses (à Romain, Doubs ; à Soulanges, Marne ; à Viry, Jura), qui rappellent les faissas occitanes et sont probablement de même étymologie. Au diminutif  –el donnant le pluriel –aux/-ault, on trouve le nom de Faissault (Ardennes). Une autre orthographe, connue aussi dans les Alpes, apparait dans les noms des Fesses (Angy, Oise ; Theuville, Val-d’Oise ; Tully, Somme etc.).

CPA Faissault

La commune du Nord appelée Faches-Thumesnil (Facis, Fachis en 1076 ) doit elle aussi son nom à ces bandes de terre mises en culture. La forme picarde fasque se retrouve dans le nom de Fasque, un lieu-dit de Verchocq (P.-de-C.) et, au diminutif, dans celui du Bois de Fasquelle de la même commune.

Ce même latin fascia est à l’origine de l’ancien français fesche qui a aussi donné des noms en Fâche, avec accent circonflexe, dont on trouve des exemples dans le Nord, les Ardennes, l’Aisne mais aussi en Côte-d’Or, en Vendée, en Charente et en Charente-Maritime. Certains de ces toponymes peuvent cependant être dus à des litiges de bornages, des fâcheries entre voisins, ce qui semble être particulièrement le cas des quelques Porte-Fâche des départements charentais.

Il convient  aussi d’éviter la confusion avec les Faches des Pyrénées et, plus généralement de Gascogne, qui désignent une « ceinture de rochers » comme au Pic de la Grande Fache au sud-ouest de Cauterets (H.-P.).

Les toponymes formés sur banc pour désigner une replat, une terrasse en pays montagneux sont bien entendu moins nombreux en pays de langue d’oïl (si, si, regardez une carte : il y a quand même moins de haute montagne en pays d’oïl qu’en pays d’oc).

Cpa-Douarnenez--Le-Banc

Dans ces régions-là, du moins sur les côtes maritimes, « banc » peut désigner le haut-fond naturel qui émerge parfois à marée basse : on trouve ainsi un Banc des Pourceaux et un Banc du Harbour face à Dinard (I.-et-V.), un Banc de la Carcasse à Ouistreham (Calv.), un Banc du Turc à Lorient (Morb.), un Banc d’Amfard au Havre (S.-M.) et bien d’autres. Un autre sens de « banc » est celui de digue, naturelle ou non, souvent de sable comme le Banc à Groseilles à Oye-Plage (P.-de-C, Banc des Cresseillers en 1774).

index

La devinette

Il vous faudra trouver le nom en trois mots (ou quatre pour ceux d’entre vous qui compteraient l’article initial) d’un lieu-dit d’une commune A, de France métropolitaine. Ce lieu-dit porte le nom de la voie qui a conservé celui, ancien, de la commune B à laquelle elle menait.

C’est cet ancien nom de la commune B, et donc celui du lieu-dit, qui sont liés à un des mots du jour.

Le nom de la commune A fait référence à la forme (ou à la décoration) d’un de ses points d’eau.

Le nom de la commune B fait référence à la qualité (d’un) de ses points d’eau.

Le chef-lieu de canton doit son nom à celui d’un homme latin accompagné, je vous le donne en mille, de l’inévitable suffixe acum.

Et l’indice du jour concerne ce chef-lieu de canton :

indice a 09 10 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

7 commentaires sur “Fache et banc

  1. Bonjour monsieur Lewwveto

    voici
    1 les mots en ECHENEAU

    échenal , escheneau < chenal, cheneau
    ———————————-
    70 ECHENOZ-LA-MELINE
    70 ECHENOZ-LE-SEC

    25 ECHENOZ à besançon in canali en 1218

    25 " en l'echenaux "
    Naisey-les-Granges

    71 l'echenaux à étang-sur-arroux

    38 route des échenaux à Bilieu

    73 les échenaux , à Saint-Pierre-de-Curtille ( chautagne)

    ———————————————–
    70 ETOBON

    homme germanique Stobbo / Stoppo ( E.Nègre) ?
    ————————————

    70 ESMOUTIERES

    monasterium ?
    ———————————-
    78 MAURECOURT

    1 homme latin Maurus ? ( dont site de la mairie)
    2 sur d'autres sites , homme germanique MORICHO ?
    ————————–
    88 à Autrey

    -colline de CHILIMONT

    -jardin de GONDREMER
    ————————————-
    73 AYN

    ( à noter le col du banchet : banc- bancarel ? )
    ——————————————
    19 AYEN

    occitan : aient /
    —————————
    75 19 ème Ardt : square FORCEVAL

    petite question : voici le site Crehangec , que l'on rencontre souvent lors de recherches.
    je pense qu'il y a beaucoup d'étymologies exactes , mais mélangées à des fausses.
    à propos de la picardie, département de la Somme, il y a toute une liste de mots venant de :

    ROSA ( terrain défriché )

    il y a aussi RAM forêt, bois
    et RENS habitation dans un bois
    HAL loge de branchages , palais
    FRIS = friche
    avez-vous déjà traité de ces Rosa Rens Ram Hal Fris ?
    Merci beaucoup

    http://crehangec.free.fr/pic.htm

    MERCI

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  2. lecteur

    ■ 1 les mots en ECHENEAU
    échenal , escheneau < chenal, cheneau

    Écheneau , de la famille de canal (latin canalis, français « chenal »), se dit pour une rigole, en Bourgogne, surtout en Morvan, comme pour l’Écheneault à Glux-en-Glenne (Nièvre). On trouve également des écheneaux en Berry qui désignent des gouttières, des rigoles dans les champs comme Les Écheneaux à Cluis ou L’Échineau à Giroux (Indre).
    ———————————-
    ♦ 70 ECHENOZ-LA-MELINE
    70 ECHENOZ-LE-SEC

    L’Échenoz ou la Méline, affluent gauche de la Colombine à Noisdans-lès-Vesoul passe à Échenoz-la-Méline. Les sources de l’Échenoz sont des résurgences de cours d’eau qui disparaissent dans des failles du plateau d’Échenoz-le-Sec. On trouve Escheno la Melinam en 1174 puis Eschenou en 1336 pour la première et Eschino sicco en 1174 puis Eschenod le Sec en 1672 pour la deuxième. Il s’agit de noms issus de l’oïl (e)chno, écheneau, acheneau , « canal, chenal ».

    ♦ 25 ECHENOZ à besançon in canali en 1218

    rien à ajouter.

    ♦ 25  » en l’echenaux  »
    Naisey-les-Granges
    71 l’echenaux à étang-sur-arroux
    38 route des échenaux à Bilieu
    73 les échenaux , à Saint-Pierre-de-Curtille ( chautagne)

    Cf. plus haut. Tous ces mots ont la même étymologie.
    ———————————————–
    ■ 70 ETOBON
    homme germanique Stobbo / Stoppo ( E.Nègre) ?

    E. Nègre se base en effet sur les formes Estobon (1246), Estoboin (1275) et Estaubon (1343) pour émettre l’hypothèse du nom d’homme germanique Steppo(n), qui est bien attesté (Les noms de personne sur le territoire de l’ancienne Gaule du VIè au XIIè siècle, M.-T. Morlet, 1968). Le nom *Stobo proposé par Dauzat et Rostaing n’est en revanche pas attesté (d’où l’astérisque qui précède ce nom dans leur Dictionnaire).
    ————————————
    ■ 70 ESMOU T LIERES
    monasterium ?

    Je suppose que vous voulez parler d’Esmoulières en H.-Saône. Dans ce cas, il s’agit d’un ancien les Moleres (1273) puis canton des Moulières (1772) : préposition ès, « en les » et pluriel de molière , « terre marécageuse ». Le Nouveau dictionnaire des communes de la Haute-Saône (1969-74) parle de « multiples étangs, terrains très humides » pour décrire l’environnement de la commune.
    ———————————-
    ■ 78 MAURECOURT
    1 homme latin Maurus ? ( dont site de la mairie)
    2 sur d’autres sites , homme germanique MORICHO ?

    Le nom Mauricuria attesté en 1209 laisse planer un doute : Dauzat et Rostaing pensaient à un nom d’homme latin ou germanique Maurus suivi du latin cortem, « domaine », tandis qu’Ernest Nègre préférait y voir le nom de personne germanique Moricho (attesté dans le dictionnaire de M.-T. Morlet, op. cit.).
    M. Mulon (Noms de lieux de l’Île-de-France, Bonneton, 1997) cite une forme ancienne datée de 710 (hélas non sourcée et que les précédents auteurs ne mentionnent pas) Mauri curtis qui serait le « domaine de Maurus », nom latin, ou « de Maur- », élément qui entre dans la composition de noms germaniques. Nous voilà bien avancés !
    On peut quand même rappeler que la très grande majorité des toponymes en court sont, dès les époques mérovingiennes puis carolingiennes, formés avec des noms germaniques.
    ————————–
    ■ 88 à Autrey

    ♦ -colline de CHILIMONT

    Per duos Chillimontes (1182) ; Chillimont (XVIIIe siècle) ; Chinimont (1826). Ces formes anciennes ne nous sont guère utiles : si on y reconnaît bien le latin montem, « mont, colline », le premier élément reste bien mystérieux (nom d’homme latin Callius comme pour Chilly des Ardennes et Chille du Jura ?).

    ♦ -jardin de GONDREMER

    Je rapprocherai ce nom de celui de Gondremeix (situé à Housseras dans le Dictionnaire topographique des Vosges , P. Marichal, 1941) qui était Gondremey en 1887 et de celui du Tournant de Gondrecourt à Vittel (id.). Ces toponymes sont tous deux formés sur un nom d’homme germanique Gunthar ou Gundulf.
    Comme celle de Gérardmer, la finale de Gondremer est sans doute issue du bas latin mansus, « demeure rurale », qui a subi l’attraction de l’oïl mer qui désignait un lac, un étang.
    ————————————-
    ■ 73 AYN

    Ainum en 1142 et Ayin au XIVè siècle. Dauzat et Rostaing, comme E. Nègre, rapprochent ce nom de celui d’Agen (L.-et-G.) qui était Aginnon au IIè siècle chez Ptolémée et Aginnum au siècle suivant dans l’Itinéraire d’Antonin. Ce nom est issu de la racine indo-européenne *ak, « aigu, pointu ; pierre », accompagnée du suffixe enno. Il désignait le premier habitat de la ville, c’est-à-dire l’oppidum dit aujourd’hui « de l’Ermitage » en raison de l’ermitage creusé au pied de la falaise au haut Moyen Âge.

    ( à noter le col du banchet : banc- bancarel ? )
    Banchet est en effet un diminutif de banc, « terrain en longueur, lisière ».
    ——————————————
    ■ 19 AYEN
    occitan : aient /

    Aen, Aent en 1025 et Agent en 1055, de même étymologie que le précédent.
    —————————
    ■ 75 19 ème Ardt : square FORCEVAL

    Les seigneurs de Forceval régnèrent sur Pantin jusqu’à la Révolution. Le premier de ces seigneurs était Jacques de Forceval, attesté en 1654, auquel succéda son fils Pierre.
    Je n’ai pas trouvé d’où leur venait ce nom, aucun toponyme correspondant ne figurant dans mes bases de données habituelles.
    S’il s’agit bien d’un ancien toponyme aujourd’hui disparu, ce pouvait être un ancien * Fortia vallis , la « vallée de Fortius ».

    ■ petite question : voici le site Crehangec , que l’on rencontre souvent lors de recherches.
    je pense qu’il y a beaucoup d’étymologies exactes , mais mélangées à des fausses.

    Créhangec est en effet à prendre avec des pincettes et, s’il peut parfois aider, il ne faut en tout cas pas s’en contenter et toujours vérifier ailleurs (« croiser ses sources ! »).

    à propos de la picardie, département de la Somme, il y a toute une liste de mots venant de :

    ♦ ROSA ( terrain défriché ) : l’explication donnée sur Créhangec n’est pas sourcée et c’est bien dommage. Je n’ai trouvé cette étymologie nulle part ailleurs (sauf dans un ouvrage intitulé Émigration picarde au Québec de Gérard Prétrot , 2017, qui ne cite pas plus sa source : se serait-il inspiré de Créhangec ? ) – mais je n’ai peut être pas tout vu. Les toponymes cités sont tous expliqués d’une manière différente dans mes dictionnaires de référence : rosa, la rose ; raus, le roseau ; noms de personne germaniques etc.

    ♦ il y a aussi RAM forêt, bois :
    des toponymes en ram peuvent en effet dériver de ramus, « branche, bois ». Mais Rambures et son diminutif Ramburelles sont plus probablement dérivés d’un nom d’homme germanique Hramus accompagné du germanique bûr, « habitation ». Chaque toponyme mériterait d’être étudié l’un après l’autre.

    ♦ et RENS habitation dans un bois .
    Même remarque que pour rosa. À vérifier au cas par cas.

    ♦ HAL loge de branchages , palais
    le français halle a en effet d’abord eu le sens de « grand abri , salle ». Là aussi une étude au cas par cas serait nécessaire.

    ♦ FRIS = friche
    L’oïl, frie peut être en effet à l’origine de toponymes comme pour Fricamps (Somme) mais Frières Faillouel est un ancien Ferrarie c’est-à-dire uneferrière, « lieu d’extraction, de fonte ou d’exploitation du fer » et Fricourt,Friuncourt au XIIè siècle est dérivé du nom de personne germanique Fridelo et latin cortem. Donc, une étude au cas par cas etc.

    ♦ avez-vous déjà traité de ces Rosa Rens Ram Hal Fris ?
    Non, pas de billet dédié à l’un ou l’autre de ces termes mais des apparitions ici ou là quand des toponymes correspondant sont étudiés.
    Merci beaucoup
    http://crehangec.free.fr/pic.htm

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  3. Merci beaucoup

    pour Rambures , j’avais déjà retenu une origine germanique
    ( château que j’ai visité pendant mes 16 années dans le Pas-de-Calais )

    idem , pour Rosa Fris Ram Rens, très surpris par le site créhangec
    ( et en désaccord )

    idem pour Gondremer ,je pensais à un nom germanique.
    Esmoulières , évidemment , tout s’explique , c’est donc une molière.

    merci , à lundi.

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