Poype

En Bresse, Lyonnais et Bas-Dauphiné, la poype était le nom donné à la motte castrale c’est-à-dire au tertre le plus souvent artificiel d’époque médiévale (IXè-XIè siècles) aménagé pour la défense. Ces poypes sont antérieures aux châteaux-forts et en représentent la forme primitive. On retrouve également ce nom, sous des formes variées, à quelques exemplaires dans le Sud-Ouest.

Étymologiquement, poype vient de l’ancien français poupe, « bout de sein, tette », cf. les deux sens de « mamelon » en français. Poupe est issu du latin pupa, « petite fille », qui, sous une forme expressive avec doublement de la consonne, puppa, a dû avoir le sens de « sein », attesté dans les langues romanes (italien poppa, occitan popa, « sein de femme » et popèl , « bout de sein ») avec lequel il a produit le verbe *puppare, « téter ».

Etym-Pupa

Dans son Mémoire pour servir à l’histoire de Dombes, Louis Aubret (1669-1748) écrit : « … les titres de Dauphiné donnent le titre de poipe pour synonyme à celui de château : poipia seu castrum. Il y a une grande quantité de ces poipes ou élévations dans la souveraineté de Dombes, au Franc-Lyonnois et en Bresse. Je crois qu’il y avait des maisons fortes sur toutes ces élévations où l’on trouve presque toujours des masures et des fondations de bâtiments. ».

Sans grande surprise, c’est dans l’Ain que l’on trouve le plus grand nombre d’occurrences de ces poypes. Le Dictionnaire topographique du département de l’Ain (Édouard Philipon, 1911) en mentionne dix-huit sous la forme simple La Poype, trois au pluriel Les Poypes, quatre sous la forme La Poipe et pas moins de quarante-neuf munies d’un déterminant, généralement le nom du propriétaire ou de la localité, dont je vous épargne la liste sans grand intérêt.

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Notons tout de même la Poype-de-Gravains « sur laquelle avait été construit l’ancien château de Gravains, dont il ne restait déjà plus que des ruines en 1523 » (op. cit.) et la Poype-de-Sachins « sur laquelle avait été construit le château-fort de Sachins (et qui) est aujourd’hui nivelée mais (dont) le souvenir nous a été conservé par le nom que porte la Terre de la Poype (…). Quant au château de Sachins, il était déjà détruit au XIVè siècle. » (id.). On trouve également une variante avec le nom du quartier de La Poëpe d’Ambérieu-en-Bugey, toujours dans l’Ain.

Plusieurs ouvrages (dont le Pégorier) signalent une forme poypi comme typiquement du Lyonnais, mais je n’ai trouvé aucun toponyme correspondant, sauf en tant que forme ancienne comme Li Poypi en 1311 pour La Poëpe à Ambérieu-en-Bugey (Ain).

Hors de ce département, on ne trouve des toponymes identiques qu’en Isère et dans le Rhône, comme La Poype à Rives (Is.), les Poipes à Marcilloles (Is.), le Crêt de la Poipe (Rhône) etc.

Ailleurs, ce sont des variantes de cet ancien français poupe qui apparaissent comme toponymes, mais parfois avec le sens premier de « tertre, petite colline » sans château forcément associé.

Comme noms de communes citons Rillieux-la-Pape (Rhône), avec son Île-de-la-Pape où était située la motte castrale (poype ayant ici subi l’attraction du français « pape » mieux compris, peut-être grâce à la proximité des papes d’Avignon), Saint-Cirq-Lapopie (Lot, Sent Circ de la Pòpia en occitan), Saint-Romain-de-Popey (Rhône) et Poupas (T.-et-G., avec le suffixe augmentatif –as).

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Les noms de lieux-dits sont tout aussi variés comme La Pape à Estrablin (Is.), La Popie à Saint-Ilpize (H.-L.) et à Saint-Julien-en-Quint (Drôme), La Popio (Dord., La Popia en 1351) à Saint-Avit-Senieur, où se trouvent les ruines d’un château sur une butte naturelle et quelques autres auxquels on peut ajouter des oronymes comme le Mont Popier à Saint-Étienne-sur-Chalaronne (Ain) ou le mont Poupet à Saint-Thiébaud (Jura) avec un ancien château, ce dernier étant un diminutif.

Certains autres concernent plus vraisemblablement de simples collines comme la Pupe à Vesseaux (Ardèche) qui est un sommet rond, la Poupoune à Saou (Drôme) qui est un diminutif, Poupéras à Saint-Romain-en-Viennois (Vauc.) qui est un augmentatif péjoratif et le ravin du même nom à Vaison-la-Romaine (Vauc.) ainsi que le rocher de Popa à Bigorno et la maison forestière de Poppaghia à Albertacce, tous deux en Haute-Corse.

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La devinette

Il vous faudra trouver un lieu de France métropolitaine dont le nom est issu du mot du jour.

Ce nom a d’abord désigné un relief avant de devenir celui d’un quartier et de deux voies d’une commune.

Ce relief était déjà aménagé à l’époque romaine, où il accueillait un ou plusieurs temples ou bien un oppidum – les avis divergent – avant qu’une forteresse n’y fût construite par les seigneurs de la région, qui sera détruite après les guerres de Religion et dont il ne reste plus que des vestiges. L’endroit est aujourd’hui consacré à la Vierge Marie.

Ce même nom se retrouve ailleurs, notamment comme déterminant du nom d’une autre commune du même département et comme nom de plusieurs lieux-dits. On le retrouve également, mais avec une toute autre étymologie, comme micro-toponyme à quelques exemplaires dans d’autres régions.

■ Un seul indice pour … le régional de l’étape :

indice c 31 10 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

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10 commentaires sur “Poype

  1. Entendons-nous bien, ce « POYPE » (dont hélas la prononciation n’est pas précisée dans le billet) désignerait quelque chose comme un « nichon avec implant mammaire »… soit une sorte de « tertre le plus souvent artificiel »… La chirurgie esthétique et le remblai au service des ambitions du moindre et du plus petiot châtelain de l’Ain !
    Cela me semble d’autant plus déprimant que la devinette en cours et les p’tits zhoms verts ne m’inspirent guère.
    Heureusement, my Sweet Shoeshiner est là, jamais décevant. Il mérite bien une image en partage… Pour lui, le sailor à la pipe, et pour mézigus, l’octopus :

    Une précaution avant de poursuivre : -Qu’il soit néanmoins, s’il le peut, aussi calme que moi, dans cette lecture que je me repens déjà de lui offrir, et que mon tendre chum ne rougisse pas à la pensée de ce qu’est le cœur humain.

    Par facétie, le Brosseur a donc greffé un E au Poype et obtenu POPEYE, à savoir une « structure/réseau/machin » qui s’occupe d’excroissances en milieu intime :

    https://www.reseau-gte.org/protocole/popeye/

    Au nombre de ces dernières, figure le POLYPE… dont il existe de savoureuses représentations shootées lors d’explorations coloscopiques et disponibles à l’œil -si je puis dire !- chez Google Images.
    Vous aurez noté, mon chum à moi, que j’ai viré votre E pour lui substituer un L du meilleur goût car, au cas où vous l’ignoreriez, j’ai depuis longtemps trouvé satisfaction à baffrer moult octopodes…
    -Mais peut-être n’étiez-vous pas encore né que l’encornet figurait déjà à mes menus…
    ______________

    Célébration du POLYPE et de ses ventouses innombrables qui sont autant de figurations (naturelles) de ces excroissances faites de terre rapportée aux terrains de l’Ain, ces dernières toutes médiévales, bien trop datées pour être comestibles :

    Ô poulpe, au regard de soie ! toi, dont l’âme est inséparable de la mienne ; toi, le plus beau des habitants du globe terrestre, et qui commandes à un sérail de quatre cents ventouses [….] pourquoi n’es-tu pas avec moi, ton ventre de mercure contre ma poitrine d’aluminium, assis tous les deux sur quelque rocher du rivage, pour contempler ce spectacle que j’adore et avant que je te dévore… à la cantine de Chez Maldoror*…etc.

    Allègre et à gué, passons des grands textes enivrants à la sécheresse didactique de la lexicographie :

    POLYPE n. m., écrit polipe (v. 1240), refait en polype au XVIe s. par conformation à l’étymologie, est emprunté au latin polypus « zoophyte » et aussi « tumeur molle (dans le nez) ». C’est un hellénisme, pris au grec polupous, polupodos « poulpe » et, par analogie de forme, « excroissance de chair, tumeur dans le nez », mot qui est à l’origine de poulpe et, indirectement, de pieuvre.

    Moralité :
    POLYPE a été introduit en français par les médecins du XIIIe siècle pour désigner une grosseur, une tumeur molle et charnue qui se développe dans les profondeurs de certaines cavités et POPEYE a été introduit ici par un Brosseur exotique, soucieux de l’intestinal et de l’épinard ferrugineux mis en can… quand moi, je serais plutôt pinard en boutanches qui étanche.

    * Le Poulpe, décliné adonf chez Baleine, a aussi sa cantine de prédilection : Le Pied de porc à la Sainte-Scholasse.
    J’imagine volontiers qu’il y eut, comme cela s’est fait un peu partout, une motte surgie de terre à Sainte-Scolasse, dans la Sarthe. Il y en a bien eu une à Machincourt, sans compter toutes celles (contemporaines) qui font rien qu’à émerger éterger, dès le printemps venu, sur mon gazon et dites « taupinières ».
    Mais alors, quid de ce lieu-dit LE MOTTE à Sainte-Scolasse (71 170) ?… une désignation transgenrée ?…

    La question est trop grave ; une consultation s’impose : -Allo, Doc Leveto…!

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  2. TRS

    Les toponymes Le Motte de Sainte-Scolasse (S.-et-L.), Frencq (P.-de-C.) et de Le Grais, Le-Ménil-de-Briouze, Montabard, Neuville-au-Houlme, Pacé (Orne) correspondent bien à des mottes (« tertre, monticule » mais pas forcément pourvu d’un château).
    Le genre masculin s’explique par une hésitation très ancienne sur le genre du mot. Si le dictionnaire dit de Godefroy indique bien que le substantif est féminin, il n’est qu’à lire les exemples cités pour constater qu’on trouve bien souvent « le motte ». Les toponymes qui ont gardé ce masculin sont donc des « fossiles ».
    On peut les rapprocher de noms de famille comme de Le Motte (cf. le poète Jean de le Mote et les hésitations sur son nom ou le peintre Jean-François de le Motte) ou Delemotte.

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  3. On peut préférer le pinard aux épinards.
    Pour cela, le cadre des années 50, oû se déroule la première aventure de Gil Jourdan convient très bien : « Popaïne et vieux tableaux ».

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  4. Qu’est-ce qui éclate en faisant pop ?
    Le pop-corn !
    La solution de l’énigme doit être située dans une zone de maïsiculture.

    (Pop-corn = un peu de douceur dans un monde de Brutus !)

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  5. Tout ça nous éloigne du sujet qui est en fait la pieuquette (dite aussi farlouse des prés) ou cujelier.
    Sans parler du bouton gênant qu’évoque la Bolduc :

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  6. « Pompeiacum fut depuis corrompu en Pompet, & Pompet en Poupet, & en Pipet »
    C’est quand même pas à raprocher de popeye …
    désolé de vous avoir induit en erreur TRS

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