Latécouère à Maubourguet (H.-Pyr.), la répàladev

Jacques C. a été rejoint sur le podium des découvreurs de la bonne réponse à ma dernière devinette par TRS puis LGF. Félicitations à tous les trois !

Il fallait trouver Latécouère, un lieu-dit de Maubourguet au nord du département des Hautes-Pyrénées.

local-Maubourguet-

Latécouère

Le nom de Latécouère est issu, après agglutination de l’article la, de l’occitan tecouèro que F. Mistral (Trésor du Félibrige) traduit par « hameau ». Étymologiquement, tecouère est formé de l’occitan tec(t), « toit » (du latin tectum), accompagné du suffixe collectif –ère : il s’agit d’un ensemble de toits, comme une couvertoirade est un ensemble d’abris couverts.

D’autres étymologies ont été proposées comme celle faisant appel à l’oronyme pré-indo-européen *tukk, donnant un pré-latin *tukka, accompagné là aussi du suffixe collectif –ère (M.-T. Morlet, Dictionnaire étymologique des noms de famille, Perrin, 1991), mais on voit mal un ensemble de « sommets, mamelons, éminences » au lieu-dit Latécouère de Maubourguet. A. Pégorier (GDT*) après avoir mentionné tec, « toit », définit  técoère comme « monticule, petite hauteur à la cime arrondie », mais là non plus, je n’en vois pas à Maubourguet..

Capture Latécoère aérien

On a fait également un rapprochement avec la teissonièra, la « tanière », c’est-à-dire le gîte du blaireau (du latin taxo, « blaireau », donnant taxonaria) qui devient teissoèra en gascon après la chute du n intervocalique, d’où le nom de Tachoires (Gers) et le nom de famille Tichouère. Dans ces derniers exemples, on aura noté que le x du latin taxonaria est passé à s sourd puis à ch, ce qui n’est pas le cas pour le tec occitan, prononcé avec un c dur d’où Latécouère.

Ce nom de lieu a donné le nom de famille Latécoère porté entre autres par Pierre-Georges Latécoère, né à Bagnères-de-Bigorre, à cinquante kilomètres au sud de Maubourguet. Cet entrepreneur installera ses ateliers  d’assemblage d’hydravions à Biscarrosse, dont le lac constitue une base idéale. L’endroit choisi prendra le nom de son propriétaire, Latécoère. On y trouve aujourd’hui un musée de l’hydravion.

D’autres lieux portent un nom similaire : Lastecouéras à Banios (H.-P.), Técouère, Pont de la Técouère et le diminutif Técouèrot à Saint-Gor (Landes), un Abreuvoir de la Técouère et le Plateau de la Técouère à Bilhères (P.-A.) et enfin le Turon de la Técouère à Bielle (P.-A.).

Maubourguet

local précis maubourguet  E. Nègre (TGF*), s’appuyant sur le nom  Maubourguet  attesté dès le XVè siècle avec une variante Maleburget en 1496-9,  explique ce toponyme par le gascon mau, « mauvais, qui sait se défendre » et bourguet, « quartier fortifié dans les villes autrefois ». On trouve également les formes A Malborguet vers 1200, Malum Borgetum en 1265, Mau Borguet en 1429, etc. qui n’apportent rien de plus. On peut toutefois  se demander si cette interprétation martiale du toponyme – un bourg fortifié qui sait se défendre – convient bien à un village qui a été plus ou moins vidé de ses habitants en 1161, installés chez son voisin Saint-Martin-de-Celle qui en prendra le nom. Peut-être vaut-il mieux voir, avec J. Astor (NFLMF*) dans cet adjectif mau le sens d’« incommode » appliqué à une implantation qui sera abandonnée au profit d’une plus récente. Le « bourguet » n’aurait alors été qu’un petit bourg (latin burgittum) jugé « mal commode, mauvais » par ses habitants.

CPA.Maubourguet-rue-nationale

Biscarrosse

Le nom de cette commune des Landes s’explique par le basque bizkar, « crête allongée » et « échine, dos », accompagné du suffixe basco-aquitain –os. Il est probable que dans un pays plat comme les Landes ce nom devait désigner les dunes allongées qui bordent l’océan.

cdl a

Les indices

indice a 19 11 2022    On aura compris que Jean Mermoz était là pour faire penser aux hydravions Latécoère à bord d’un desquels, baptisé le Croix du Sud il s’abîma en mer le 07 décembre 1936.

indice-a-22-11-2022 Il fallait reconnaître la Croix du Sud, comme le Latécoère 300 à bord duquel etc.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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6 commentaires sur “Latécouère à Maubourguet (H.-Pyr.), la répàladev

  1. Il est donc temps de parfaire la culture bédéstique des topovédistes (cf. mon commentaire de cet après-midi sur le billet d’indices).

    Si vous parcourez une centaine de kilomètres plein nord à partir de La Couvertoirade (puisqu’il s’agissait du point de départ de la devinette de la semaine), vous parvenez à Marvejols.

    Il se trouve que cette ville et la ville (plus ou moins) voisine d’Espalion ont servi de cadre aux premières aventures des Petits Hommes, bande-dessinée de Seron créée à la fin des années 1960. Dans cette BD, une partie de la population de la commune fictive de Rajevols se retrouve réduite à une taille minuscule suite au contact d’une météorite bizarre (et du contact des personnes entrées en contact : une vraie pandémie). Ce groupe, mêlants scientifiques de pointe d’un laboratoire militaire installé dans la commune et habitant·e·s ordinaires avec compétences multiples, crée alors un village minuscule et dissimulé : Eslapion. Vous aurez bien sûr reconnu en Rajevols et Eslapion des décalques de Marvejols et Espalion, deux communes périphériques de la magnifique région de l’Aubrac.

    Incidemment, seules les premières aventures des Petits Hommes, longtemps introuvables en album car uniquement publiées dans le journal de Spirou (mais finalement publiées dans des éditions spéciales dans les années 1990), se déroulent dans ce pays d’Aubrac et des Causses. La première histoire longue (qui constitua le premier album publié : L’exode) les voit obligés de déménager et de s’installer dans Eslapion 2, ville futuriste établie dans des grottes en bord de mer — donc très éloignée du lieu initial. Il n’est ensuite plus jamais question de Rajevols et d’Eslapion 1.

    Pourquoi vous parlé-je de cette bande-dessinée, me demanderez-vous ? Eh bien parce que, outre la coïncidence d’un voisinage initial avec La Couvertoirade, cette série met en scène des engins futuristes (je rappelle qu’une partie de ces « petits hommes » était constituée d’une équipe de scientifiques de pointe). Ils ont non seulement élaborés une architecture originale puis des engins capables de voyager dans l’espace, mais surtout tout une panoplie d’avions, hélicoptères et appareils volants capables de vols stationnaires, verticaux et horizontaux nommés les… coléoptères.

    Je trouve dommage que ces engins volants, fort joliement conçus par Seron (pardon, par les scientifiques réduits par la météorite), soient si peu connus, car non seulement leur silhouette et leur fonctionnement supposé sont très réussis, mais de plus leur nom est une formidable trouvaille. Ces engins sont minuscules et peuvent faire penser à des insectes, et c’est donc une jolie inspiration de les avoir nommés par un détournement explicite des latécoères. Bel hommage aux pionniers français de l’aviation, tout en faisant preuve d’auto-dérision (de la part des petits hommes qui assument être au niveau du monde des insectes).

    Bref, quand je pense « latécoère », je pense un peu aux avions et hydravions des pionniers de l’aéropostale, mais aussi aux « coléoptères » des Petits Hommes.

    That’s all folks.

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  2. NB :

    Accessoirement, l’inspiration de Franquin est manifeste et assumée par Seron. D’une part les personnages de cette BD sont dessinés comme l’exigeait alors Charles Dupuis, c’est-à-dire « à la manière de Franquin » ; car Dupuis était très conservateur et un peu con, et pensait qu’il fallait que tout le monde soit dans la continuité stylistique de son auteur-vedette, au point de brider les talents et d’obliger à un mimétisme regrettable. D’autre part, et c’est là un choix personnel de Seron, les coléoptères, avec leurs tuyères mobiles permettant le vol stationnaire et leur couleur généralement rouge, sont inspirés des engins inventés par le formidable Zorglub dans le dyptique « Z comme Zorglub » / « L’ombre du Z » qui clos pratiquement les Spirou de Franquin.

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  3. Bonjour M Leveto
    nous voici en Savoie

    73 le beau village d’HAUTELUCE ( patrie de mon père )
    j’ai déjà maintes fois cherché le mot .

    je note que le groupe folklorique s’appelle les Voets d’ALTELOCE

    le village n’est quasiment plus connu que par sa station,
    LES SAISIES
    là aussi, divergence :
    1 ) saisie par les douaniers

    2) mais en fait , racine sax : rocher ( comme la belle colline inspirée , saxon-sion , par exemple)

    Je vous signale l’évolution de Casa en CHOZAL , puis l’évolution de chozal en STOZA.


    74 à viuz-faverges

    Les ESSERIEUX ( rio , ruisseau ? )
    essart ?

    SERRAVAL ( serre & val ? )

    le THOVEY

    Italie proche : glacier de PLAINPINCIEUX

    74 à thônes
    montagne de COTAGNE

    Les VôNEZIN

    et montagne de VAUNESSIN ( à Manigod)

    74

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  4. Pardon , je n’avais pas fini d’écrire ..
    —————————–
    74 MANIGOD
    ——————————-
    74 à la balme-de-THUY : THUY
    —————————–
    la pointe de TALAMARCHE
    ———————-
    74 aux Clefs : SULENS
    ——————–
    73 à ugine : les RAFFORTS

    Voici , c’est fini

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  5. Bonjour M Leveto
    nous voici en Savoie

    73 le beau village d’HAUTELUCE ( patrie de mon père )
    j’ai déjà maintes fois cherché le mot .

    je note que le groupe folklorique s’appelle les Voets d’ALTELOCE

    le village n’est quasiment plus connu que par sa station,
    LES SAISIES
    là aussi, divergence :
    1 ) saisie par les douaniers

    2) mais en fait , racine sax : rocher ( comme la belle colline inspirée , saxon-sion , par exemple)

    Je vous signale l’évolution de Casa en CHOZAL , puis l’évolution de chozal en STOZA.


    74 à viuz-faverges

    Les ESSERIEUX ( rio , ruisseau ? )
    essart ?

    SERRAVAL ( serre & val ? )

    le THOVEY

    Italie proche : glacier de PLAINPINCIEUX

    74 à thônes
    montagne de COTAGNE

    Les VôNEZIN

    et montagne de VAUNESSIN ( à Manigod)

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  6. lecteur

    ■ 73 le beau village d’HAUTELUCE ( patrie de mon père )
    j’ai déjà maintes fois cherché le mot .
    je note que le groupe folklorique s’appelle les Voets d’ALTELOCE

    La page wiki donne pourtant la solution : la paroisse ecclesia de Lucia est mentionnée pour la première fois vers 1170, du nom d’homme latin Lucius au féminin, sous-entendu villa. L’adjectif qualificatif apparaît au XIVè siècle, de Alta Locia , après que la partie haute s’est séparée de la paroisse originelle devenue Beaufort.

    le village n’est quasiment plus connu que par sa station,
    LES SAISIES
    là aussi, divergence :
    1 ) saisie par les douaniers
    2) mais en fait , racine sax : rocher ( comme la belle colline inspirée , saxon-sion , par exemple)

    Il s’agit en effet de la féminisation du patois saix, prononcé , issu de l’ancien français saxe, « rocher », du latin saxum de même sens. On connaît au singulier La Saisiaz à Collonges-sous-Salève (H.-Sav.)
     
    Je vous signale l’évolution de Casa en CHOZAL , puis l’évolution de chozal en STOZA.

    ■ 74 à viuz-faverges

    ♦ Les ESSERIEUX ( rio , ruisseau ? )
    essart ?
    Éssèr est en effet attesté en patois haut-savoyard avec le sens d’essart, de terrain défriché. Ce radical est ici suivi d’un suffixe de qualité ou collectif (i)eux ( du latin osu, osa, comme pour épineux ou caillouteux) : c’est l’« endroit des terrains essartés »
    Il s’agit du nom d’un lieu-dit passé au col et au torrent. Pas de ru, rieu ou ruisseau dans le toponyme .
    SERRAVAL ( serre & val ? )
    sans surprise, il s’agit en effet d’une « vallée resserrée ». Toponyme déjà étudié le 02 novembre 2022 …

    ♦ le THOVEY
    Dérivé avec suffixe collectif ey du patois toeu, theu , « tuf » (latin tofus, tophus )

    ■ Italie proche : glacier de PLAINPINCIEUX
    Il s’agit en fait de Planpincieux, un hameau de Courmayeur, qui a donné son nom au glacier qui le surplombe.
    Le premier élément de ce nom est sans aucun doute le plan désignant un endroit plat.
    Le deuxième élément fait difficulté. L’hypothèse la plus vraisemblable est celle d’un patronyme qui pourrait être une forme altérée de Pincé (du nom d’homme latin Pincius et acum).
    Des noms liés au « pin », au « pinson », à la « pointe » ou au « pic » ( pindzuen corse) ne sont que des hypothèses sans fondement basées sur une paronymie.
    Dernière minute : certains documents, dont celui-ci, montrent que le hameau (et donc le glacier) est aussi (ou était) appelé Planpansier ou Planpansière en français. Il s’agirait bien là d’un patronyme dérivé de « panse » , sobriquet donné à quelqu’un de pansu, de ventru.

    ■ 74 à thônes appelé Planpansier

    Je n’ai pas trouvé ce Planpansier appliqué à Thônes mais à Plainpincieux.

    ♦ montagne de COTAGNE

    Dérivé d´un ancien latin costanea (terra), « terre en pente, sise sur une côte », de costa , « flanc, paroi »

    ♦ Les VôNEZIN
    La ferme des Vônezin … trois occurrences sur Google !

    ■ et montagne de VAUNESSIN ( à Manigod)

    Sans aucune certitude, je rapprocherais ce nom, comme le précédent, du patois vaunaise, vouenézi, vounèze , qui désigne une mauvaise terre, trop humide et bourbeuse, un sol spongieux souvent bordé d´aulnaies fangeuses, une aulnaie très humide. On trouve quelques lieux-dits suisses nommés La Vounaise ou Les Vaunaises.
    Cependant j’ai trouvé ce texte< qui s’interroge sur le nom de la montagne :

    La chapelle de Vaunessin (Vaumessan?), dédiée à saint Jacques et saint Christophe, a été construite sur la montagne de ce nom, à peu de distance de la croix de Colomban, en 1656 par les soins de Révérend Jacques Avrillon et dotée par celui-ci de revenus devant aussi servir à l’entretien du premier professeur du collège (1670).

    Mais un éventuel nom Vaumessan ne m’aide pas plus.

    ■ 74 MANIGOD

    Toponyme déjà étudié le 09 septembre 2021 ! Vous devriez tenir un répertoire …
    Manigout en 1275, Manigot en 1290, Maningout en 1304, nom probablement issu de l´anthroponyme germanique Manigold, issu de *Manigwald, « celui qui règne sur la multitude », composé de l´ancien haut allemand manag, manîg, « beaucoup », et waltan, « régner, gouverner »
    ——————————-
    ■ 74 à la balme-de-THUY : THUY
    Du patois they, tey , etc., « tilleul », du diminutif latin populaire *tiliolus de *tilius .
    —————————–
    ■ la pointe de TALAMARCHE

    Il faut sans doute voir dans ce nom le gaulois tala, « soutien », souvent du registre militaire. Il est ici accompagné d’un autre mot celte, morga , « frontière ».
    La pointe de Talamarche est un endroit stratégique pour contrôler le passage de la vallée de la Thônes. Il s’agit donc d’un « soutien à la frontière ».
    Cf plus de détails ici :
    https://frwiki.fr/Lexique/Talloires#Toponymie

    ———————-
    ■ 74 aux Clefs : SULENS

    nom probablement d´origine burgonde, dérivé d´un primitif *Saudilingos , « chez les Saudilingi », nom formé sur le nom propre Saudila, diminutif de Saudha, accompagné du suffixe –ingo . Le nom désigne un alpage et est passé à la montagne de Sulens, 1839 m.
    ——————–
    ■ 73 à ugine : les RAFFORTS

    Forme patoise de l’ancien français rafour, « four à chaux, à briques, etc. » du bas latin rafurnus, raffurnum, hybride du celtique *ratis, « calcaire, chaux », et du latin furnus, « fourneau (pour fondre les minerais) » ou fornax (calcaria), « four (à chaux)».

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