Touge, touille et touya

Dans les pays de langue d’oc, et plus particulièrement dans le Sud-Ouest, les noms féminins touge et touille désignent l’ajonc, le genêt épineux et, plus généralement, toutes les plantes destinées à servir de litière d’hiver pour les animaux, comme les bruyères, fougères, ajoncs, genêts, brandes etc. qu’on appelle aussi tuie.  On en recouvrait le sol des bergeries pour le protéger de l’humidité. À la fin de l’hiver, décomposée et mélangée aux déjections animales, cette litière servait à fumer les champs.

Ces mots sont issus de l’occitan toja/ tolha (prononcés toujo/touyo) de même sens, qui a aussi donné tojar/tolhar, « lande couverte d’ajoncs » et, par extension, « terrain inculte », et le béarnais touja/touya de même sens. En sont issus les français régionaux touille et touyère et les collectifs touget et touyet. Ces mots sont aussi présents en espagnol (tojo), aragonais (toya/toyaga) et galicien (toxo) ce qui a permis d’envisager une origine ibère.

On retrouve ces termes dans plusieurs toponymes du Sud-Ouest.

Touge

Deux communes du Gers portent un nom issu de ce mot accompagné d’un suffixe collectif, désignant alors la lande à genêts : il s’agit de Touget, avec le suffixe collectif latin –etum et de Toujouse, avec le suffixe –osum. Dans la Haute-Garonne, ce mot apparaît au pluriel comme déterminant du nom de Pouy-de-Touges (avec Pouy, de podium) où passe le Touch, un affluent de la Garonne attesté infra flumina Togii en 1134, de même étymologie, qui donne son nom au pays qu’il traverse, le Tougès.

CPA Toujouse

Les micro-toponymes sont bien sûr plus nombreux comme les Touges à Lahage et Rieumes (H.-G.) et Touget à Projan (Gir.) ou encore Toujes à Fongrave (L.-et-G.) et Toujet à Lasseube (P.-A.). Notons, avec l’agglutination de l’article, le lieu-dit Latouje à Tonneins (L.-et-G.).

Quelques toponymes ont gardé la forme occitane d’origine : on trouve ainsi plusieurs lieux-dits appelés simplement Touja(s) dans le Gers, la Haute-Garonne et les Landes. On trouve également, formés avec un suffixe locatif, les noms de Toujacas à Preignan (Gers), Toujaga à Villeneuve-Lécussan (H.-G.) et Toujagues à Sabarat (Ariège) ou encore Toujan à Auribail (H.-G.). Cette forme béarno-gasconne toja désignait plus particulièrement un mélange d’ajoncs et de fougères, comme je le signalais naguère dans un billet consacré aux fougères.

Touille

Ce terme entre dans le nom de deux communes : Touille (H.-G.) et Latouille-Lentillac (Lot, avec Lentillac du nom d’homme gallo-romain Lentilius et suffixe –acum).

Plusieurs lieux-dits portent un nom attaché à ce même mot comme (La) Touille à Marcillac (Gir), à Saint-Julien-du-Serre (Ardèche), à Caumont (Ariège) etc.

CPA Touille

On trouve également des lieux-dits La ou Les Touillère(s) (à Juillaguet, Cant. ; à Talmont-Saint-Hilaire, Vendée ) qui sont à distinguer d’anciennes carrières de tuf comme à Dosches (Aube) ou à Charmoille (Jura, où le patois toulière est attesté dans ce sens).

Le collectif ou diminutif Touillet est devenu patronyme d’où le nom des Touillets à Châteauneuf-sur-Charente (Char.) et celui des Touillettes au Grand-Bornand (H.-Sav.) où le féminin qualifie les propriétés d’un certain Touillet.

Avec une orthographe un peu différente, on trouve la Touye à Bommes (Gir.), les collectifs Touyer à Chaptelat (H.-Vienne) et La Touyère à Marval (id.) ainsi que Touyet à Gan (P.-A.).

Touya

En Béarn, dans les Landes et la Gironde, l’ajonc nain, appelé toia, a longtemps été utilisé, du Moyen Âge et jusqu’à une époque récente, comme fourrage ou litière puis, réduit en cendre, comme engrais. La lande à ajoncs était appelée toiar.

C’est de ces mots que sont issus les noms de nombreux lieux-dits Tuyas, Touya et Touyas, principalement dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques. Quelques-uns sont suffixés comme Touyaga à Gan (P.-A.), Touyaret à Mesplède (id.) ou encore accompagnés d’un qualificatif comme Touyagrand à Sauveterre-de-Béarn (P.-A.).

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La devinette

 

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour.

Les noms de la commune où se trouve ce lieu-dit, comme celui de son chef-lieu de canton, sont basés sur des noms d’hommes latins suffixés différemment, tandis que le nom de la région est d’origine gauloise.

Le canton fut le théâtre d’un épisode de la Résistance qui s’acheva de manière dramatique par la mort d’un de ses jeunes héros.

Je vous proposerais bien une chanson picarde comme indice, mais autant faire entrer un éléphant dans un magasin de porcelaine. Alors, peut-être demain ou mardi…

Réponse attendue chez leveto@sfr

 

 

 

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3 commentaires sur “Touge, touille et touya

  1. Bonjour M Leveto , déjà lundi..
    —-
    38 à eybens

    CHAMP-FILA

    74 PERRIGNIER-DRAILLANT

    ( pârni; péregner)

    —–
    74 la ou le VUACHE
    —————–
    74 la nappe du GURNIGEL ( Suisse alémanique , jusqu’en haute-savoie)

    (FLYSCH ( des Voirons ) )
    ———————–
    74 SCIEZ sigiacum en 1018 : villages des pêcheurs , sur ouiki
    sig –isca ??
    ————–
    74 le mont VOUAN

    04 ALLOS ville des petits gaulois GALLITAE

    Focunates

    Gaulois ombriens , ombres , ambra ( les vaillants )
    ( ISOMBRIE insubrium exules°

    —————————–
    04 à allos

    montagne de la SESTRIERE ( plusieurs étymos sur ouiki)

    et SESTRIERES ( italie )


    55 HERMEVILLE homme germanique précis
    idem à celui d’hermeville 76 ?
    ——————————–
    SELLASIE selasia de Laconie ( antiquité)
    ( vallée de l’OENUS)
    ————————–
    Hongrie le Lac SOPHON ( sagesse ? Ou étymo magyare ? )

    ————————————–
    Irlande , county Clare :

    le site de PARKNABINNIA ( des wedge tombs)
    paire na binne
    parknabunna
    binne = bignon , bugnon ?

    merci , merci.

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  2. lecteur

    ■ 38 à eybens
    CHAMP-FILA

    En l’absence de formes anciennes, sans certitude : peut-être faut-il voir là un champ étiré en longueur (occitan fila , « filer, étirer »).

    ■ 74 PERRIGNIER-DRAILLANT
    ( pârni; péregner)

    ♦ Perrignier : Perrignie en 1225, Perrigny en 1299, Cura de Perrignier vers 1344, et enfin Pérignier au XIXè siècle. Les premières formes ne trompent pas : le suffixe est issu du suffixe gallo-romain acum qui accompagne ici un nom d’homme, sans doute Perrinius . Le suffixe moderne est dû à l’attraction des noms en ier mieux connus.

    ♦ Draillant : Drallens en 1227, Draillens en 1229, Drallyens en 1273, Prior de Dralliens vers 1344. Il pourrait s’agir d’un nom d´origine burgonde, dérivé de *Thragilingos , « chez les Thragilingi », nom formé, avec le suffixe ingos sur le nom propre Thragila ou Drogila, diminutif du germanique *þrag, « courir », cf. le burgonde *þregis, « rapide ». (Th. Perrenot, La toponymie burgonde , Payot, 1942)
    —–
    ■ 74 la ou le VUACHE

    ♦ le Mont Vuache : Vaschium en 1173-1178, Montagne aux Vaches sur la Carte de Cassini.
    ♦ Château du Vuache, autre nom du Château de Vulbens, fortis de Vaschio en 1296 et castrum de Vaschio en 1306.
    D’étymologie incertaine, ces noms sont peut-être à rapprocher du bas latin guachium, « sentinelle, veilleur ».
    —————–
    ■ 74 la nappe du GURNIGEL ( Suisse alémanique , jusqu’en haute-savoie)

    Selon certains documents rédigés en allemand (langue que je ne maîtrise pas, d’où mon recours à Google-traductions …), le nom de Gurnigel viendrait du latin curniculum, « petite corne ». L’origine latine du nom semble être confortée par la présence de vestiges romains trouvés là à plusieurs reprises. Le nom aurait d’abord désigné une colline, une montagne en forme de corne.

    (FLYSCH ( des Voirons ) )
    Quelle est votre question ? Cf wiki https://fr.wikipedia.org/wiki/Flysch
    ———————–
    ■ 74 SCIEZ sigiacum en 1018 : villages des pêcheurs , sur ouiki
    sig –isca ??

    Siciaco en 1026, Siez en 1275 etCura de Syer vers 1344, d’ un nom d’homme gallo-romain Sicius et suffixe acum ou, moins convaincant à cause du suffixe qui accompagne le plus souvent un nom gaulois ou gallo-romain, du nom d’homme germanique Sigo.
    ————–
    ■ 74 le mont VOUAN

    Ce nom est peut-être issu d’un ancien mot patois vouatte au cas régime. Ce terme désignait une prairie gazonnée humide. Il serait issu du germanique *vatan, vatar, « eau », lui-même de l’indo-européen *wodor, « eau ». Le nom aurait d’abord désigné un hameau (à Saint-André-de-Boëge) avant de monter au Mont de Vouan.

    ■ 04 ALLOS ville des petits gaulois GALLITAE
    Focunates
    Gaulois ombriens , ombres , ambra ( les vaillants )
    ( ISOMBRIE insubrium exules°

    Allos était ad Alodes en 1056, du pluriel de l’occitan alò, alòs, « alleu ».
    Allos avait été vu dans ce billet : https://vousvoyezletopo.home.blog/2021/04/26/les-terres-libres/

    —————————–
    ■ 04 à allos

    ♦ montagne de la SESTRIERE ( plusieurs étymos sur ouiki)

    La mesure agraire représentée par le latin médiéval seteria, superficie ensemencée avec un sétier de grains, est à l’origine de nombreux noms de lieux formés sur l’ancien occitan sestreria avec épenthèse du r. C’est le cas de Sistrières (à Montchamp, Cant.), du col de Sestrières dans les Alpes-de-H.-P., de Cistrières (à Lubilhac, H.-Loire) et de Sestrière à Barcelonnette (A.-Mar.).
    Je n’ai trouvé qu’une Tête de la Sestrière à Allos, vraisemblablement de même étymologie.

    ♦ et SESTRIERES ( italie )

    C’est sans doute la même étymologie qu’il convient d’appliquer. N’oublions pas que le nom du sétier (qui valait de 50 à 80 litres selon les régions et les produits mesurés ) est issu du latin sextarius , sixième partie du congius , donc un peu plus d’un demi-litre. Rien d’étonnant à trouver des toponymes identiques de part et d’autre des Alpes.

    ■ 55 HERMEVILLE homme germanique précis

    ♦ Herméville (Meuse) : Herminvilla en 707, du nom d’homme germanique Hermino + villa

    idem à celui d’hermeville 76 ?

    ♦ Hermeville (S-M.) : Hermodi villam à la fin du XIIè siècle, Hermevillam en 1189, Harmeville en 1210 et Hamervilla en 1240 : du nom d’homme germanique Hermodus + villa
    ——————————–
    ■ SELLASIE selasia de Laconie ( antiquité)
    ( vallée de l’OENUS)

    Aucun des ouvrages en ma possession ne m’est d’un quelconque secours pour en savoir plus sur l’origine de ces noms. J’ai fait un petit tour sur internet, mais la pêche n’a pas été plus fructueuse.
    Je vous laisse continuer, si le cœur vous en dit, en cherchant à votre tour notamment sur Google Livres en tapant par exemple « Sellasie toponymie » ou « Sellasie étymologie «  (sans oublier les guillemets) et vous souhaite bonne chance.
    ————————–
    ■ Hongrie le Lac SOPHON ( sagesse ? Ou étymo magyare ? )

    Même remarque que pour le toponyme précédent. Le peu que j’ai lu sur internet semble montrer que le nom Sophon n’est pas grec. Pour le reste, à vous de jouer.
    Désolé de ne pas pouvoir vous aider plus.
    ————————————–
    ■ Irlande , county Clare :
    le site de PARKNABINNIA ( des wedge tombs)
    paire na binne
    parknabunna
    binne = bignon , bugnon ?

    J’ai trouvé ça : Parknabinnia: Páirc na binne – the field of the summit.
    La suite est à lire en payant : https://www.jstor.org/stable/25549807
    Le gaulois bunia désignait une source jaillissante, d’où l’ancien français buignon de même sens, d’où sont issus bignon et bugnon. Le vieil irlandais a buinne, « jaillissement d’une source ». Mais la racine inclut aussi l’idée de renflement, de bosse (d’où bugne et beignet, et beigne au sens de bosse , coup sur la figure). La racine est indo-européenne.
    Cf. ce billet pour plus de détails  : https://vousvoyezletopo.home.blog/2021/07/27/beugnon-et-bignon/
    Donc dans Parknabinnia, la finale binnia pourrait en effet correspondre à « colline, sommet ».
    Le sens de páirc , « champ », est confirmé ici : https://www.google.fr/books/edition/The_Collected_Works_of_W_B_Yeats/kD2Ql_BV67QC?hl=fr&gbpv=1&dq=%22pdirc%22&pg=PA699&printsec=frontcover

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  3. Bonjour M le veto

    je vous remercie de vos réponses

    juste pour vous dire et vous rassurer :
    –  Sellasie toponymie » ou « Sellasie étymologie « (sans oublier les guillemets) et vous souhaite bonne chance :
    – Il n’ y a aucun mot proposé que je n’aie d’abord recherché avec les mots étymologie ( & même etymology , souvent plus performant) ou toponymie. Et en général , cherché aussi sur votre site
    ( mais celui-ci n’est pas toujours facile )
    pour Allos , j’avais déjà lu votre article ( comme 100% de vos nouvelles parutions ), mais j’étais tombé ( à propos d’une recherche sur les focuniates) , sur Allos, et j’ai préféré revérifier !

    Idem pour Parknabinnia c’est justement après avoir lu votre article ( et ouikki ), que j’ai évoqué cette hypothèse .
    Mais la racine inclut aussi l’idée de renflement, de bosse (d’où bugne et beignet, et beigne au sens de bosse , coup sur la figure). La racine est indo-européenne.
    Cf. ce billet pour plus de détails : https://vousvoyezletopo.home.blog/2021/07/27/beugnon-et-bignon/

    merci beaucoup , à lundi ( et entre-temps , pour moi , à samedi ou dimanche pour votre prochain article à lire)

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