Devinette ( complément )

Pour mémoire, voici l’énoncé de ma dernière devinette :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française qui fut la proie des flammes, selon son étymologie.

Après vous avoir laissé pêcher dans le brouillard, je resserre les mailles du filet :

■ le nom de la commune est en un seul mot, sans déterminant explicatif ;

■ il s’agit bien de flammes s’attaquant à la commune, à ses bâtiments, et non pas d’un feu volontaire de broussailles ou de forêt pour le défrichement ;

■ la fiche wiki de la commune, si elle cite bien quelques formes anciennes du nom mais sans les dater, n’en donne pas la signification ( ce qui devrait vous compliquer la tâche, ah ah ) ;

Voilà, à vous de jouer !

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Amazonie, Amazonia ( partie IV )

Ne le dites pas trop fort, mais elle brûle encore :

Les dernières données satellitaires de l’institut brésilien INPE confirment qu’avec quelque 131 600 incendies depuis janvier le Brésil, qui abrite 60 % de l’Amazonie, n’avait pas brûlé autant depuis sept ans.

Mais tout va bien, les méchantes flammes n’ont qu’à bien se tenir :

Lundi, à New York, Emmanuel Macron lancera, lors d’une réunion en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, « un appel à la mobilisation ».

( ici )

Continuons aujourd’hui, tant qu’il en reste, notre tour de l’Amazonie ( commencé ici, poursuivi et encore ) avec la première des trois « Guyanes ».

La première définition de Guyane qui fit consensus fut celle du capitaine de frégate Frédéric Bouvier qui écrivait en 1862 :

On donne le nom de Guyane à cette vaste contrée de l’Amérique équinoxiale qui est comprise entre l’Orénoque, l’Amazone, le Rio-Negro et la mer. Le Rio-Negro qui la limite à l’ouest, sert en même temps de trait d’union aux deux grands fleuves qui la bordent au nord et au sud.

On voit que la région en question dépasse largement les limites du Guyana, du Surinam et de la Guyane française.

L’étymologie de Guyane a fait couler beaucoup d’encre. Il a d’abord été question d’en faire le nom d’un peuple aborigène rencontré par les Espagnols, les Ouayanás ou Gouayanas, nom dans lesquels ont a cru reconnaitre ceux qu’on appelle aujourd’hui Wayanas ( H.-A. Coudreau, 1885). On sait aujourd’hui que ces derniers vivaient loin de la côte hors de portée des premiers marins européens et ne pouvaient pas être à l’origine du nom de la Guyane. On a donc proposé une autre étymologie selon un mot d’une langue amérindienne qui signifierait « la terre sans nom » (E. Lézy, 1989 ) mais sans préciser la langue ( il en existe ici au moins trois …). En réalité, si on remonte aux premières sources espagnoles, c’est à dire à Diego de Ordás qui atteint ce qu’il appelle la Province de Guayána peuplée par les Guayanos, expliquant que ces noms viennent de la langue des indigènes, on est amené à conclure que le nom Guyane s’est d’abord appliqué au territoire d’une tribu indienne du nord de l’Orénoque. La découverte de plusieurs hydronymes identiques appliqués à des cours d’eaux fort éloignés les uns des autres ouvrait la voie à une autre hypothèse : en comparant Wiana ou Guiana et wina et wini, racines linguistiques arawak désignant l’eau, on a fait de Guyane « le pays inondé » ( Rodway, 1904 ) ou « la terre aux nombreuses eaux », appuyé par le fait que les Espagnols avaient déjà parlé de Costa Anegada (« côte noyée »). Or, plusieurs témoignages indiquent que les Guayanos dont parlaient les Espagnols ne vivaient ni à proximité immédiate du littoral ni au bord de l’Orénoque et que les explorateurs eurent beaucoup de mal à les atteindre. Une dernière hypothèse ( Williams, 1923 ) a fait venir le nom de la Guyane de plus loin et plus haut : les tribus parties des pentes orientales des Andes péruviennes, en se déplaçant loin vers le Nord et en suivant les méandres des Amazones et de l’Orénoque, ont gardé en commun une racine (linguistique) qui, bien qu’ayant souffert de nombreuses altérations, s’est conservée aujourd’hui. C’est ce nom qu’ils auraient donné, avec quelques variations, successivement aux cours d’eau le long desquels ils s’installaient. Apparentés aux Caraïbes, il semble que ces indigènes aient eu un arbre totem, un palmier comme les Awara, Ouaï ou Gouaï voire Guyaï, d’où viendrait leur nom.

Les avancées de la recherche linguistique américaniste invitent pourtant aujourd’hui à préférer une étymologie renvoyant à un fleuve, comme pour le Surinam, du fleuve appelé Sulinaman en langue karib, ou comme la rivière de Cayenne appelée Kalani dans la même langue et notée cajane ou caiane par les premiers colons. Il reste toutefois indiscutable que des indigènes appelés Guayanos ou Guayanas, appartenant au groupe linguistique karib, vivaient sur les rives bordées de palmiers d’un affluent de l’Orénoque à l’arrivée des Européens

Je ne vous ai fait ici qu’un très bref résumé de ce que l’on sait aujourd’hui du nom de la Guyane. Pour en savoir plus ( et mieux ! ), vous pouvez lire avec profit ce document dont je me suis largement inspiré.

L’Amazonie guyanienne

Barima-Waini ( ou Nord-ouest ) doit son nom à celui, amérindien, de deux rivières. On reconnait dans celui de la Waini la racine vue plus haut pour Guyane. La capitale, Mabaruma, porte, elle aussi un nom amérindien.

Pomeroon-Supenaam : Pomeroon est le nom de la rivière au bord de laquelle les premiers Hollandais ont tenté de s’établir à la fin du XVIè siècle. Ils en furent chassés puis remplacés par les Espagnols vers 1650. Les Amérindiens s’étaient réfugiés plus à l’intérieur, à Essequibo. La colonie espagnole fut à son tour détruite par les Français en 1689. C’est au XVIIIè siècle qu’une troisième tentative fut la bonne. Le nom de la rivière est noté Pomerón par les colons espagnols qui reprenaient le nom indigène. Supenaam, de l’amérindien Supinaam, est le nom d’ une autre rivière. La capitale, Anna Regina, tiendrait son nom de la noyade accidentelle vers 1800 des deux filles d’un colon anglais qui venait de racheter la plantation aux Hollandais.

îles d’Essequibo-Demerara Occidental : Essequibo est le nom de la plus importante rivière de Guyana. Elle a été explorée pour la première fois par Juan de Esquivel, dont on lui a donné le nom, altéré par les prononciations des indigènes et des colons successifs. C’est son nom qui sera aussi donné par les Vénézuéliens à la Guyane Esequiba désignant le territoire frontalier contesté entre les deux pays. Demerara est une rivière dont le nom arawak Dumaruni, avec le suffixe uni, « eau », signifie « rivière de l’amourette ». Cette amourette est un arbre ( Brosinum guianense) aussi appelé lettre-mouchetée, caractérisé par un bois très dense dont on a fait des lettres d’imprimerie. La capitale Vreed-en-Hope porte le nom que les premiers colons, des Hollandais, lui avaient donné : « Paix et Espoir » ( ils ont pas été déçus !), nom que les Anglais ont conservé.

Demerara-Mahaica : Demerara a été expliqué plus haut. Sans surprise, Mahaica est le nom arawak d’une rivière dont je ne connais pas le sens. La capitale, Georgetown, s’est d’abord appelée Longchamps quand les Français s’y sont installés en 1782 après les Anglais et les Hollandais. Deux ans plus tard, les Hollandais en reprirent possession et l’appelèrent Stabroek, en l’honneur de Nicolaas Geelvink, lord de Stabroek, président en 1784 de la Compagnie néerlandaise des Indes Occidentales. Elle fut enfin appelée Georgetown en 1812 en l’honneur du roi George III du Royaume-Uni.

Mahaica-Berbice : Berbice est le nom d’une rivière issu de l’arawak beribishi, un type de bananier poussant abondamment sur ses rives. La capitale est Fort Wellington dont le nom fait référence à Arthur Wellesley qui fut fait duc de Wellington après sa victoire à Waterloo.

Berbice Oriental-Courantyne : la rivière Corantyne ( ou Courantyne ou Corantjin) doit son nom à l’arawak Corentini dans lequel on reconnait le suffixe ini/oni/uni , « eau » ( comme pour le Dumaruni vu plus haut et les noms suivants). La Courantyne a été appelée Rio Barbeiros par les Espagnols, soit la » rivière des ( punaises ) vinchucas ». La capitale, New Amsterdam, doit son nom aux premiers colons hollandais entre 1730 et 1740, et le conserva malgré sa prise par les Anglais en 1803.

Cuyuni-Mazaruni : les deux rivières qui donnent son nom à cette région ont des noms dérivés de l’arawak, reconnaissables à leur suffixe -uni, « eau ». La capitale, Bartica, porte le nom amérindien de la « terre rouge » ( latérite ) qui caractérise la région.

Potaro-Siparuni : la rivière Siparuni porte un nom arawak reconnaissable au suffixe -uni, « eau ». Le nom de la rivière Potaro reste mystérieux mais il est à l’origine de celui de la potarite, un amalgame de palladium. La capitale Mahdia a été fondée en 1884 par des Africains libérés de l’esclavage. L’orthographe avec un -hd – inhabituel en Guyana peut faire penser à un transfert du nom d’une ville maghrébine, mais cela reste très douteux.

Haut-Takutu-Haut-Essequibo : Takutu est un hydronyme sans aucun doute d’origine arawak qui signifierait « rivière noire », un synonyme de Rio Negro, si on croit l’explorateur Schomburgk. La capitale Lethem est nommée en hommage à Sir Gordon James Lethem, qui fut gouverneur de la Guyane Britannique de 1941 à 1947.

Haut-Demerara-Berbice : les deux toponymes ont déjà été expliqués, suivez un peu, quoi! La capitale est appelée Linden en l’honneur de Linden Forbes Sampson Burnham, le négociateur de l’indépendance du Guyana en 1966 et proclamateur de la république en 1970.

… et ce sera tout pour aujourd’hui !

L’inspiration commençant à faire défaut, je ne vous propose aujourd’hui qu’une toute petite devinette :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française qui fut la proie des flammes, selon son étymologie.

La forêt Charbonnière ( répàladev )

LGF s’est joint à TRA et TRS pour constituer le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver la forêt Charbonnière, une ancienne forêt sur le territoire belge actuel.

C’est Jules César qui nous en parle le premier, dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, mais sans la nommer. Elle faisait d’abord barrière entre la cité des Tongres et la cité des Nerviens, avant que les Romains n’en fassent la frontière entre la province de Gaule Belgique et la province de Germanie inférieure.

C’est dans la loi salique (IVe siècle) que le nom Carbonaria silva de la forêt apparait pour la première fois, quand il est précisé qu’elle marque la limite nord-est des possessions des Francs saliens. Elle servira plus tard à tracer la frontière entre les royaumes des Francs saliens et des Francs rhénans.

Disparue dans sa continuité depuis longtemps, il n’en reste plus aujourd’hui que des vestiges épars : le bois de Heverlee, le bois de LauzelleLouvain-la-Neuve), le bois de MeerdaalOud-Heverlee), la forêt de Soignes, le bois de Raspaille à Grammont, le Vrijbos (en partie préservé à Houthulst), le bois de Buggenhout, le bois de Hal, le bois de la Houssière et la forêt de Neigem.

Son nom provient à l’évidence du latin carbo, -ōnis, « charbon », accompagné du suffixe –aria, « lieu où on trouve » : la forêt était utilisée par ses riverains pour la production de charbon de bois.

François de Belleforest ( 1530 – 1583 ), un écrivain jugé « fécond mais peu exact » dans un dictionnaire critique du XIXè siècle, avait imaginé une étymologie selon le nom Cambron d’un supposé chef des Cimbres, voire selon le nom des Cimbres eux-mêmes qui se sont répandus en Europe en traversant le territoire belge actuel. Ce nom aurait donné un hypothétique Cambronière altéré plus tard en Charbonnière. C’est beau comme l’antique … mais c’est sans fondement.

Les indices :

■ un octogone :

il s’agissait avant tout d’une pièce de deux francs … censée représenter les Francs saliens et les Francs rhénans.

■ un cube :

il ‘agit d’une structure cubique centrée, comme la maille du cristal de fer alpha ( ferrite ) qui est représentée par le mal nommé Atomium de Bruxelles :

censé vous indiquer la piste belge.

Les indices du mardi 17/09/2019

Seuls TRA et TRS ont trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette que je recopie ici :

Il faudra trouver le nom d’une forêt antique qui servit de frontière entre deux cités, puis deux provinces et deux royaumes. Il n’en reste plus aujourd’hui qu’une dizaine de bois épars, tous situés dans le même pays.

On a proposé une étymologie basée sur la déformation du nom du chef d’un peuple antique ou de celui du peuple lui-même, mais il semble plus sûr d’y voir un rappel de l’usage qu’en faisaient ceux qui y avaient accès.

Je commencerai en rappelant aux retardataires que, comme les deux précédents, le toponyme à trouver s’inscrit dans un thème bien précis.

Les indices

■ un octogone :

■ un cube :

Amazonie, Amazonia ( partie III )

Tiens! L’Amazonie a disparu des unes de nos journaux … Elle n’ y aura tenu que quinze jours. Et pourtant, elle brûle toujours. Mais on s’en fout : le G7 a été un succès ( si, si ! ), on n’a plus le droit de traiter l’arbitre d’enculé ( même si c’est vrai ) et Balkany est en taule ( au moins quelques nuits ).

Allez, continuons la visite de la forêt, tant qu’il en reste encore un peu. ( La première partie est et la deuxième ici ).

L’Amazonie colombienne

La forêt tropicale occupe la quasi totalité de six départements colombiens qui sont, d’ouest en est : l’Amazonas, le Putumayo, le Caquetà, le Vaupés, le Guaviare et le Guaína.

Amazonas : on ne présente plus l’étymologie de ce nom ( cf. ici ). Sa capitale fut fondée en 1867 quand la région appartenait encore au Pérou et fut nommée San Antonio par le capitaine péruvien Benigno Bustamante le 27 avril. Le 15 décembre de cette même année, un notable de la ville, l’ingénieur Manuel Charón la renomma Leticia, en hommage à sa femme, Leticia Smith.

Putumayos : nommé d’après l’affluent de l’Amazone qui en marque la frontière sud. celui-ci s’appelle putu mayu en langue quechua, soit le « fleuve ( mayu ) des calebasses ( putu ) » ou, plus exactement « fleuve auprès duquel poussent les arbres qui donnent les fruits dans lequel on fait des récipients ». Sa capitale Mocoa a été fondée le 29 septembre 1563 par le capitaine Gonzalo H. de Avendaño sous le nom complet de San Miguel de Agreda de Mocoa, en souvenir de l’église Saint-Michel d’Agreda en Espagne ( Castille-et-León ). Mocoa est soit le nom de la tribu d’Amérindiens qui vivaient là quand les Espagnols sont arrivés, soit le nom qu’ils donnaient à la rivière qui baigne la ville ( et qu’elle porte encore) soit encore à une résine qu’ils exploitaient.

Caquetá : l’étymologie de ce nom — là aussi, celui des Amerindiens ou de la rivière — est mystérieuse. Sa capitale Florencia a été baptisée en souvenir de la ville italienne d’où était originaire Paolo Ricci le tenancier de l’épicerie-cave à vin de l’entreprise de caoutchouc autour de laquelle elle se développa. Plus moralement correct, on dit que le nom fut choisi par le père Doroteo de Pupiales, impressionné par les fleurs multicolores ( ça me rappelle un peu la Martinique, prétendue « île aux fleurs » ).

Vaupés : le nom de l’affluent du Rio Negro, Vaupés, n’a pas d’étymologie connue. C’est Alfred Wallace au XIXè siècle, qui donna le nom générique de Ouapés aux différentes tribus de la région. La dernière référence à ce supposé peuple fut faite par Agustín Codazzi en 1857. On ne parla plus ensuite que de différentes tribus en les appelant chacune par son nom. Toujours est-il qu’on ne connait pas la signification de ce nom, ni même s’il désignait tout un peuple ou seulement un supposé chef. La capitale Mitú doit son nom à un oiseau : en langue ñengatú du groupe tupi-guarani, mitú désigne le crax ou hocco.

Guaviare : le nom de l’affluent de l’Orénoque, passé au département, semble être un mélange ( involontaire de la part les explorateurs ? ) de celui des deux rivières qui lui donnent naissance, le Guyabero et l’Ariairi, sur les rives desquels vivent les Guyaberos. Mais cela ne nous en dit pas plus sur la signification de ce nom, qui reste mystérieuse. La capitale San José del Guaviare a été baptisée du nom du saint du jour, le 19 mars 1910, par les premiers colons ( Homero Benjumea, Dionisio Rodríguez, Pablo Espitia, Félix Restrepo, Carlos Durán et Nepomuceno González ) qui s’étaient fixés là, principalement pour le caoutchouc.

Guainía : ce département porte le nom que les Amérindiens donnaient au cours supérieur du rio Negro, l’affluent de l’Amazone au débit le plus puissant, et au territoire qu’il baignait. En langue ñengatú du groupe tupi-guarani ce nom signifie « terre des nombreuses eaux ». Le nom de sa capitale Inírida signifie « miroir du soleil » dans la langue indigène du groupe ethnique Puinave. Selon la légende, Inírida était une princesse qui est devenue la fleur d’Inírida, qui ne pousse que dans le milieu humide et sablonneux de la région, près des rivières Inírida et Guainia. C’est une fleur rouge à écailles blanches, semblable à un épi, mais vous le savez déjà si vous avez cliqué sur le lien précédent.

L’Amazonie vénézuélienne

Au Vénézuéla, la forêt amazonienne recouvre en gros la partie au sud de l’Orénoque, soit trois États : l’Amazonas, Bolivar et le Delta Amacuro.

Amazonas : inutile de revenir sur ce nom, déjà vu plusieurs fois. La capitale, fondée le 9 décembre 1924 par l’ingénieur-géologue Santiago Aguerreverre, est Puerto Ayacucho. Elle a été baptisée en commémoration de la bataille d’Ayacucho du 9 décembre 1824 qui vit la victoire définitive des indépendantistes sur l’Empire espagnol en Amérique du Sud. La péruvienne Ayacucho doit son nom à une guerre meurtrière que livrèrent les Huaris aux Incas de Viracocha qui venaient conquérir leur terre. En langue quechua, aya kuchu signifie « terre des morts » ou « lieu de repos des âmes ».

■ Bolivar : c’est à partir de la Constitution vénézuélienne de 1901 que l’ancien État de Guyana ( ce nom sera étudié dans la quatrième partie, patience!) prit le nom d’État de Bolivar, en hommage à Símón Bolivar qui avait fait d’Angostura ( l’actuelle capitale Ciudad Bolivar ) le pivot de ses actions qui allaient permettre de libérer les « nations bolivariennes » : Vénézuela, Colombie, Panamá, Équateur, Pérou et Bolivie. La future capitale fut fondée le 21 décembre 1595 par Don Antonio de Berrío, qui l’appela Santo Tomás de Guyana. Après avoir changé plusieurs fois d’emplacement au gré des batailles contre les Amérindiens caraïbes et les corsaires européens, parmi lesquels Walter Raleigh, elle fut fixée en 1764 à son emplacement actuel sur les rives de l’Orénoque, à un endroit où il est particulièrement étroit, d’où son nom de Santo Tomás de la Nueva Guyana de la Angostura del Orinico, simplifié en Angostura, « étroitesse ». c’est sous la présidence du général Carlos Soublette, en 1846, que le nom fut changé en Ciudad Bolivar

Delta Amacuro : le delta dont il est question dans le nom de cet État est celui de l’Orénoque, découvert dès 1499 par Alonso de Ojeda et qui servit de porte d’entrée aux Conquistadors à la recherche de l’Eldorado. Il fut incorporé à partir de 1568 dans la région nommée Nouvelle Andalousie. L’établissement de véritables colons ne débuta vraiment qu’en 1848 quand Julián Flores, Juan Millán, Tomás Rodríguez, Regino Suiva et d’autres fondèrent un hameau qu’ils appelèrent Cuarenta y Ocho, « Quarante-huit », et qui deviendra plus tard la capitale de l’État. En 1884 fut créé le Territoire fédéral du Delta qui sera supprimé en 1893 et incorporé à l’État de Bolivar, puis recréé en 1901 sous le nom de Territoire Fédéral Delta Amacuro, qui ne deviendra un État à part entière qu’en 1991. Le nom d’Amacuro est d’origine guarao et signifie « pays des perroquets ». La capitale, d’abord à San José de Amacuro, sera transférée en 1905 à Tucupita, à l’emplacement de Cuarento y Ocho, que Walter Waleigh avait déjà mentionné au XVIè siècle sous le nom de Tucupity village. En langue guarao, tucupita signifie « endroit où les objets cloués au sol bougent ». Il semble que les tremblements de terre soient assez courants dans la région, dont certains peuvent être relativement violents.

… et la suite est à venir.

La devinette

Il faudra trouver le nom d’une forêt antique qui servit de frontière entre deux cités, puis deux provinces et deux royaumes. Il n’en reste plus aujourd’hui qu’une dizaine de bois épars, tous situés dans le même pays.

On a proposé une étymologie basée sur la déformation du nom du chef d’un peuple antique ou de celui du peuple lui-même, mais il semble plus sûr d’y voir un rappel de l’usage qu’en faisaient ceux qui y avaient accès.

K’àak Chi’ ( répàladev)

TRA le premier, puis TRS, Un Intrus, LGF, etc. ont résolu ma dernière devinette.

Il fallait trouver K’àak Chi’, une cité maya qu’un jeune Canadien prétendait avoir découverte en 2016 grâce à des photographies prises par des satellites.

William Gadoury, un jeune Canadien de quinze ans, s’est étonné en constatant que les Mayas construisaient leurs cités loin des rivières, sur des terres insignifiantes ou dans les montagnes. Sachant qu’ils adoraient les étoiles, l’idée lui est venue que ces cités pouvaient être positionnées en fonction de constellations supposées du zodiaque maya. Il eut donc l’idée de vérifier sa théorie en comparant les images fournies par l’Agence spatiale canadienne à partir des données satellitaires de la NASA et de l’Agence spatiale japonaise, JAXA. Selon lui, les emplacements des 117 sites mayas connus correspondaient aux positions des étoiles dans 22 « constellations mayas ». Une nouvelle cité se trouverait à un endroit suggéré par une supposée 23è constellation de trois étoiles avec seulement deux sites connus correspondant sur le sol. Une image vue du ciel montrerait à l’emplacement de la troisième étoile les vestiges d’une pyramide — la 118è !

Les images satellitaires qui ont initialement fait penser à la présence d’une cité maya perdue. Elles semblaient accréditer la thèse du jeune William Gadoury. © Google Earth, CSA 

Il baptisa sa découverte Káa’k Chi’, « la bouche de feu » en langue maya. La presse s’en empara aussitôt et fut dithyrambique, comme le Journal de Montréal.

Hélas !, il fallut déchanter quelque temps plus tard quand des archéologues plus chevronnés, comme le Mexicain Rafael Cobos Palma, ont souligné que la zone de la prétendue découverte, qui était très proche de divers sites mayas déjà identifiés au sud de Campeche, avait été déjà largement explorée par les archéologues depuis les années 1930, sans avoir trouvé cette prétendue pyramide. Les mayanistes les plus réputés, comme David Stuart, ont identifié l’image satellitaire comme les vestiges d’un champ de maïs ou plutôt un milpa. D’autres, comme l’anthropologue et astronome Anthony Aveni ont fait remarquer que les constellations mayas étaient très mal connues et qu’il y a à ce sujet de multiples théories. Le mayaniste Francisco Estrada-Belli a fait remarquer quant à lui que même si un site maya se trouvait à l’endroit prévu, cela pourrait n’être qu’une coïncidence puisqu’il y a probablement des centaines de sites archéologiques mayas non encore découverts : il a fait remarquer que les probabilités étaient très élevées de poser son doigt n’importe où sur une carte de la région et de localiser un site maya.

Pour en savoir plus, on peut lire les articles d’Isabel Orpy ( Délit d’images ) ou de Laurent Sacco ( Futura Science ).

Azerbaïdjan ( répàladev)

Ma dernière devinette n’a pas fait long feu ( ah ah ) : TRA le premier, suivi de TRS, LGF, Un Intrus, … en sont venus rapidement à bout. C’est pourquoi j’en publie dès aujourd’hui la solution, sans passer par la case des indices du mardi, que les autres ne m’en veuillent pas.

Il fallait trouver l’ Azerbaïdjan.

Dans l’Antiquité, ce pays occupait le nord-ouest de la Médie. Après la mort de Darius III, dernier roi achéménide vaincu par Alexandre le Grand en 330 av. J.-C., le général mède Atropatès ( en grec Aτρoπάτης, en vieux-persan Atarepata ) se rallia à Alexandre. Cela lui valut, après la mort de celui-ci, lors du partage du pouvoir entre les diadoques, de garder le gouvernement du nord-ouest de la Médie : c’est pourquoi, dans la tradition grecque ( chez Diodore par exemple ), cette région fut appelée Atropatia Media ou Atropatēnē.

Ce dernier nom a survécu dans la nomenclature iranienne ultérieure avec une évolution phonétique ( je vous passe les détails, faites moi confiance) qui, en passant par le persan Āzarbayǰān, rend compte des formes du nom dans la nomenclature géographique moderne.

Le nom vieux perse que nous connaissons sous sa forme grecque Atropatès était probablement un titre religieux signifiant « maître ( pati ) du feu ( ātar ) » mais d’autres hypothèses optent pour le traduire par « protégé par le ( sacré ) feu » ou « pays du ( sacré ) feu ». C’est cette dernière hypothèse qui est à l’origine du surnom et de la devise actuels de l’Azerbaïdjan : le Pays du feu ou Land of fire en anglais. Certains voient là une allusion aux feux spontanés des gisements pétroliers ou gazeux que l’on peut voir dans le pays comme à Yanar Dag, « la montagne en feu » :

C’est cette même étymologie qui explique les armoiries modernes où le feu occupe la position centrale :

Le nom de la capitale Bakou est attesté Bādkouh dès le Xè siècle chez le géographe arabe Al-Mas’ûdî. On le croit d’origine persane et on y voit « la montagne ( kuh ) du vent ou des vents ( bād ) ». Il y souffle en effet, surtout en hiver, un violent vent du nord-ouest. Cette étymologie est confortée par l’attestation, chez des géographes arabo-persans médiévaux, d’une forme ancienne Bakuyah, où kuyah est un diminutif par ailleurs connu signifiant « petite montagne, colline ».

Vous ne pensiez tout de même pas vous en tirer à si bon compte, j’espère ?

La devinette

S’aidant de techniques d’investigation modernes, un archéologue amateur a fait part de la découverte des vestiges d’une ancienne ville qui avaient jusque là échappé à tout le monde. Sa démonstration, convaincante et preuves à l’appui, qui ouvrait en outre la voie à une nouvelle théorie concernant la localisation des villes du même peuple, a eu un certain retentissement dans la presse internationale … jusqu’à ce que des archéologues plus chevronnés ( et notamment ceux qui avaient fouillé la zone pendant des années ) aidés par des scientifiques de disciplines variées, ne la réduisent en miettes : il n’y avait jamais eu de ville à cet endroit-là et les « preuves » n’en étaient pas.

Le nom de cette ville ( ben oui, on lui a donné un nom, même si elle n’existe pas, sinon comment savoir de quoi on parle ? ) a quelque chose à voir avec le feu, bien sûr, sinon ça serait pas du jeu. Quel est-il ?