Mas de (la) Vièio Danso (répàladev)

podium seul  TRA est resté seul découvreur de la solution de ma dernière devinette. Bravo à lui tout seul, donc.

Il fallait trouver le Mas de (la) Vieio Danso à Saint-Martin-de-Crau, arrondissement d’Arles dans les Bouches-du-Rhône.

local Saint-Martin-de-Crau

Mas de (la) Vièio Danso : il suffit de consulter le Trésor du Félibrige (F. Mistral, 1878-86 ) pour comprendre la signification de ce nom. Le mot vièio y est donné comme substantif féminin signifiant « vieille, femme âgée » et complété par La Vièio  : « nom par lequel le peuple de Provence désigne la nature ou l’antique Cybèle » et encore par La Vièio danso  : « se dit quand la chaleur fait vibrer l’air et produit le mirage de telle sorte que les objets placés à fleur de terre offrent l’aspect d’un tremblement continu ». Quand « dame Nature danse », jolie définition pour un mirage.

Pour Mas, reportez-vous à ce billet.

la Crau : cette région naturelle, caillouteuse et aride, entre les Alpilles et la mer Méditerranée, est d’abord attestée par le géographe grec Strabon, en 7 av. J.-C. : καλειταιι δε Λιθώδες. Il la décrit comme « une plaine de forme circulaire (…). On l’appelle La Pierreuse en raison de son aspect particulier. En effet, elle est recouverte de pierres grosses comme le poing …» – des galets alluviaux. En 77, Pline l’appellera Campi Lapidi, « champs de pierres », nom que Grégoire de Tours reprendra six siècles plus tard, mais au singulier Lapideum Campum, en 575-94. Le nom actuel n’apparaît pas avant le XIè siècle : Cravem en 1073 devenu en provençal Crau en 1094. Il est issu du pré-roman *kraw, « pierre ». D’autres lieux portant le même nom parsèment la Basse Provence et l’appellatif y est encore en usage, crau signifiant « lande couverte de cailloux ».

CPA saint-martin-de-crau

Arles : la ville est attestée Arelate chez César au milieu du Ier siècle av. J.-C., puis Arelata sur le quatrième Gobelet de Vicarello en 17 av. J.-C. L’hésitation chez les auteurs grecs jusqu’au IIè siècle entre l’accentuation gauloise sur l’antépénultième et latine sur la pénultième a fait émettre à Dauzat une hypothèse d’une racine pré-celtique *arel avec le suffixe gauloisate. Il ne semble toutefois pas nécessaire, ni très scientifique, d’inventer une racine ad hoc. Il existe une autre étymologie que la topographie de la ville rend plus probable : une formation gauloise, composée de are, « devant » et late, « marais ». Le déplacement de l’accent tonique sur la première syllabe se manifeste dès le VIIè siècle  en 660 (Chronique de Frédégaire) avec apud Arlato, tout en laissant subsister un accent secondaire sur l’avant-dernière ; celui-ci disparaîtra définitivement à l’époque romane, au début du bas Moyen Âge, mais une trace en subsistera en ancien provençal issu de la forme latine originelle : Arlet de Prohensa en 1385. La lettre finale –s du nom d’Arles est superfétatoire et non étymologique, comme dans bien d’autres exemples de la toponymie française ; elle apparaît dans les sources littéraires françaises au XIIè siècle.

cdl b

Les indices

indice-a-28-08-2022 ■ cette case de bédé extraite du Crabe aux Pinces d’or montrait le capitaine Haddock victime d’un mirage en plein désert. La case précédente aurait été sans doute plus explicite, mais bon, ce n’est pas à moi de faire tout le boulot.

haddock mirage

indice b 28 08 2022 ■ cette case de bédé de JacquesTardi devait rappeler l’explosion, le 3 juin 1918, d’un chargement de munitions qui tua 200 soldats, au parc de Baussenq à Saint-Martin-de-Crau. « Issues des régiments territoriaux d’infanterie, du 7ème Génie d’Avignon et de nombre de tirailleurs marocains, les victimes sont restés ignorées et 76 d’entre-elles, sans avoir pu être identifiées, dorment dans une sépulture commune au carré militaire du cimetière d’Arles ».

indice b 30 08 2022 ■ une vieille dame en train de danser … quoi d’autre ?

L’indice du mardi 30/08/2022

TRA, toujours lui, est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est formé de quatre mots (ou cinq, ça dépend des sources) :

  • le nom d’une habitation ;
  • une préposition (suivie ou non d’un article) ;
  • le nom d’un personnage substitut de dame Nature ;
  • un des trois verbes du billet à la troisième personne du singulier du présent de l’indicatif.

Comme si ce lieu-dit s’appelait *Château de (la) Nature Saute.

Dernière précision : ce toponyme est exprimé dans la langue régionale et, dans cette région, on utilisait ce syntagme « nature saute » pour décrire un phénomène atmosphérique bien précis.

Le nom de la commune, un hagiotoponyme, est complété par celui du pays, lequel signifie qu’il est particulièrement caillouteux.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement indique que son environnement était marécageux.

■ un indice pour le lieu-dit lui-même :

indice-a-28-08-2022

■ un indice pour un événement meurtrier peu connu qui a marqué la commune :

indice b 28 08 2022

Et je rajoute celui-ci :

indice b 30 08 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Eh bien, dansons !

C’est au mois d’août qu’on fait les fous dit la chanson … Il nous reste quelques jours, profitons-en pour aller danser !

Après avoir éliminé sauter (occitan saltar/sautar), hérité du latin classique saltare, « danser », l’ancien français baller (occitan balar), d’un bas latin ballare, fut lui-même remplacé dans la langue populaire par danser (occitan dansar) du francique *ditjan.

Ces trois verbes et leurs dérivés ont laissé des toponymes et des anthroponymes, les uns ayant pu être à l’origine des autres.

Sauter – saltar/sautar

L’individu qui aime « sauter », c’est-à-dire danser, dans l’ancienne langue, était le sauteur ou sautour mais aussi le sauterel  (sauterelle est la danseuse et le nom d’une danse chez Godefroy) ou sautarel. Ces quatre termes ont donné des anthroponymes qui ont pu à leur tour donner des toponymes.

Il est cependant mal aisé de faire la distinction entre les différents sens possibles de ces noms de famille qui peuvent désigner :

  • le danseur ;
  • le mi-larron mi-luron qui a pris l’habitude de passer par-dessus les murailles, le saute-barrière ;
  • celui qui fait profession de pratiquer, sur les foires, des acrobaties, c’est-à-dire le saltimbanque qui « saute sur un banc », c’est-à-dire « une estrade ».

Plusieurs lieux-dits dans le Midi sont appelés Sautarel, à Murs et Méthamis (Vauc.), Saint-Pastour (L.-et-G.), Betchat (Ariège) etc. et un ruisseau est joliment dit Sautarel à Puget-Ville (Var). En pays de langue d’oïl, nombreux sont les toponymes en Sauteur, Sauteuse (dont un Bois de la Sauteuse à Épinal, Vosges, que je ne pouvais pas sauter manquer), Sautereau, Sauterelle, etc. dont il est fort difficile de dire à quel champ sémantique ils se rapportent.

Avec le sens de « danseuse », c’est-à-dire qui bouge, branlante, on trouve une Pierre Sauteuse à Neauphle-le-Château (Yv, un menhir branlant aujourd’hui détruit.) à marier au Rocher Sauteur de Pégairolles-de-Buèges (Hér., peut-être un rocher qui a sauté/est tombé de la hauteur en surplomb). Le sens le plus répandu est celui de « sauter, bondir » qui accompagne souvent des noms d’animaux comme Saute-Loups (Chenôve, S.-et-L.), Saute-Loube (saint-Prix, Allier, « louve »), Saute-Bouc (Levignac-de-Guyenne, L.-et-G.), Saute-Chèvre (Les Cerqueux-sous-Passavant, M.-et-L.), Saute-Chien (Saint-Saturnin, Char.), Saute-Counil (Meussac, Ch.-Mar., « lapin »), Saute-Crabe (Frespech, L.-et-G., « chèvre »), Saute-Crapaud (Bannegon, Cher), Saute-Jau (Croignon, Gir., « coq »), Saute-Lièvre (Jouques, B.-du-R.), Saute-Perdrix ( Le Boulvé, Lot), Saute-Renard (Pineuilh, Gir.) et d’autres. Dans le Midi, on trouve un Saltebiquet (Vimenet, Av.) et un Saltebouc (saint-Étienne-Vallée-Française, Loz.). Les noms de personnes sont également présents comme Saute-Bedel (Condat, Cantal, « bedeau »), Saute-Bergère (Néré, Ch.-Mar., etc.), Saute-Grelet (Saint-Martin-de-Freigneau, Vendée), Saute-Ramond (Beaupuy, T.et-G.). N’oublions pas le Saute-en-l’Air (Saint-Pantaléon, Vauc.),  Saute-qui-Peut (Villegouge, Gir.), le Saute-Haie (Grandvilliers, Vosges) et le  Saute-Murots (Fondemand, H.-S.). Mention particulière pour Sautepaille (Petit-Bersac, Dord.) et Sauta-la-Paille (Aspiran, Hér.), où il s’agissait de faire « danser la paille » donc d’une aire de battage. Et que penser de Saute-aux-Prunes (Bazauges, Ch.-Mar.) ?

Il convient par ailleurs de ne pas tomber dans le piège des dérivés du latin saltus qui désignait une région de bois et de pacages ou encore, en montagne, un défilé forestier. Le mot s’est conservé en toponymie sous la forme saut ou sault  et dans  des anthroponymes comme Sautel, Saltel, Sautet, Saltet…

Baller – balar

Dès 1292, Étienne Boileau signale dans son Livre des Mestiers, le balland, le danseur et musicien qui accompagnait les fêtes, d’où le baladin. Des noms de famille sont formés sur ce thème, la langue d’oïl hésitant entre le simple et le double ll, tandis que la langue d’oc privilégie le simple l. On connaît ainsi des noms comme Baland, Balland, Balaire, Balarin, Balandier. La balade, occitan balada, séance de danse, est à l’origine de noms comme Baladié, Baladier  et des diminutifs Baladon, Baladou, au sens d’« amateur de ». On peut voir, dans l’ensemble de ces noms de famille, la représentation de l’état de baladin : au Moyen Âge, ceux-ci entrecoupaient leurs déclamations, de chansons de geste, de danses et de musique, sur les places des villes et villages et dans les grandes salles des châteaux. Tous ces noms ont pu donner des toponymes qu’il serait fastidieux de tous citer. Signalons toutefois la Ballanderie ancienne propriété d’un certain Balland à Tannerre-en-Puisaye (Yonne), les Balladins à Villard-Sallet (Sav., avec double ll), etc.

En langue d’oc, on connaît Baladou, nom d’une commune du Lot et de plusieurs lieux-dits ( Blanquefort-sur-Garonne, L.-et-G. ; Gouzens, Lot ; Le Garric, Tarn ; Belmont-Sainte-Foi, Lot) qui tous sont issus d’un bas latin *ballatorium, « endroit où on danse », c’est-à-dire espace plat et dégagé propre à l’implantation d’une ferme, d’un hameau. Sur le même modèle a été formé le nom de Baladour à Sainte-Anastasie dans le Cantal et à Naves en Corrèze (DENLF*, NFLMF*). L’hypothèse de Nègre (TGF*) qui voit dans le nom de Baladou (Lot) un diminutif de l’occitan valat, « fossé », et dans celui de Baladour (Cant.) un dérivé du verbe valadar, « munir de fossé », me semble moins convaincante : la présence de nombreux toponymes de ce type implique qu’on ait construit autant de fossés autour de lieux-dits (qui ne le méritaient pas tous, certains étant même en hauteur et inhabités) et que ces fossés aient eu une telle importance qu’ils leur ont laissé leur nom.

CPA Baladou

Notons enfin que Balanda qui est sans doute une graphie de balandar avec perte du r final de la prononciation et de la graphie a eu probablement le même sens que  Baladou, d’où le nom de famille Balanda et le nom du Mas Balanda à Perpignan (P.-O.).

Il convient, là aussi, d’éviter les pièges que sont les toponymes formés sur la racine pré-indo-européenne *bal, à valeur oronymique de « rocher escarpé, et, par extension, « cavité au pied d’un rocher », « grotte », ceux dérivés du nom du (genêt à) balai et du breton balan ou encore ceux dérivés d’anthroponymes gaulois (Balannus), latin (Ballius) ou germanique (Ballo).

Danser – dansar

Les dérivés de ces verbes, apparus dans la langue courante après les précédents, sont par conséquent plus modernes et de compréhension plus facile.

Les lieux-dits la (les) Danse(s) sont assez nombreux mais l’origine exacte de ces noms reste souvent mystérieuse, même si le nom est parfois précisé comme aux Belles Danses (Betz-le-Château, I.-et-L.). La légende locale est à l’origine de plusieurs Danse des Fées (Canon, Somme ; Auxi-le-Château, P.-de-C.). En Languedoc, dansadou, « le lieu où on danse », est à l’origine du Dansadou (Corbès, Gard) et des Dansadoux (Medeyrolles, P.-de-D.) auxquels répondent la Salle de Danse (Ménestreau-en-Villette, Loiret) et plusieurs Danseries (Artins, L.-et-C. ; Rémalard, Orne ; Oisseau, May. etc.).

Fort répandus sont les rochers branlants comme la Pierre qui Danse (Rouillac, Char. ; Le Theil, Allier ; Paladru, Is. ; Issoudun, Indre etc.), la Roque Danseuse (Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, Aude), la Pierre Danse (Limeyrat, Dord.) etc.  auxquels on peut ajouter Danseperré (Virelade, Gir.) et les Rocs Dansaïres (Névian, Aude).

Peu d’animaux entrent dans la danse sauf à Danse Vache (Belan-sur-Ource, C.-d’Or) et à la Danse au Lièvre (Chuisnes, E.-et-L.). Parmi les végétaux, si on excepte les quelques Bois de la Danse (Charmont-de-la-Beauce, Loiret etc.) et Champs de la Danse (Cherveux, D.-Sèv.), je ne trouve que le Chêne de la Danse (Champignelles, Yonne) et le Chêne à la Danse (Chezal-Benoît, Cher).

Restent Danse-l’Ombre (Vignevieille, Aude ; Curel, A.-de-H.-P.), Danselombre (Saint-Étienne-de-Puycorbier, Dord. ; Sauveterre-Saint-Denis, L.-et-G ; Layrac, L.-et-G.) et Dansalombre (Durban, P.-de-D.) pour lesquels je n’ai pas d’explication convaincante sauf à faire un rapprochement avec danso-à-l’oumbro, surnom donné à un fainéant selon F. Mistral.

NB les danses qui doivent leur nom à des toponymes ont fait l’objet d’un billet il y a déjà huit ans …

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette 

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est formé de quatre mots (ou cinq, ça dépend des sources) :

  • le nom d’une habitation ;
  • une préposition (suivie ou non d’un article) ;
  • le nom d’un personnage substitut de dame Nature ;
  • un des trois verbes du billet à la troisième personne du singulier du présent de l’indicatif.

Comme si ce lieu-dit s’appelait *Château de (la) Nature Saute.

Dernière précision : ce toponyme est exprimé dans la langue régionale et, dans cette région, on utilisait ce syntagme « nature saute » pour décrire un phénomène atmosphérique bien précis.

Le nom de la commune, un hagiotoponyme, est complété par celui du pays, lequel signifie qu’il est particulièrement caillouteux.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement indique que son environnement était marécageux.

■ un indice pour le lieu-dit lui-même :

indice-a-28-08-2022

■ un indice pour un événement meurtrier peu connu qui a marqué la commune :

indice b 28 08 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Bagne Rougne et Bènechèvre (les répauxdev)

TRA, une fois de plus, est le seul à m’avoir donné les réponses à mes deux dernières devinettes. Bravo à lui !

Il fallait trouver le ruisseau de Bagne Rougne à Castenau-de-Guers, canton de Pézenas, arrondissement de Béziers dans l’Hérault et le lieu dit Bènechèvre à Louville-la-Chenard, canton des Villages-Vovéens, arrondissement de Chartres en Eure-et-Loir.

Bagne Rougne

■ le ruisseau de Bagne Rougne porte un nom dérivé de l’occitan banh rohna , « bain (pour la) gale des animaux ». C’était un cours d’eau dans lequel les bergers avaient pour habitude de baigner leurs bêtes dans l’espoir, sinon de les guérir, du moins de les soulager de la gale.

Castelnau-de-Guers : attesté Castrum Novum, « château neuf » en 1069, le nom de cette commune a été complété au XIVè siècle par celui des barons de Guers, dont elle était le fief. Le nom de ces derniers est issu du germanique Werd, « guerre » et la généalogie en est accessible en suivant ce lien.

local-Castelnau-de-Guers-

Pézenas : la ville de Pézenas est traversée par la rivière dite la Peyne dont les sources se trouvent à côté du village appelé Pézènes. Les deux noms de lieux sont tirés de celui de la rivière, attestée in filo Pedene en 1225 et Peyne en 1643. Le nom du village Pézènes , attesté ad Padanam en 1184, Pezene en 1571, Pezennes en 1740-60 est le calque de l’hydronyme : l’un a évolué avec l’accent sur la deuxième syllabe (Pézènes), l’autre sur la première (Peyne). Quant à Pézenas, attesté villa Pedinatis en 990, il est également issu de l’hydronyme muni de suffixe locatif gaulois –ate mis au pluriel. En 77, Pline l’Ancien mentionne un lieu appelé Piscinae sur l’identification duquel tous les savants ne s’accordent pas. S’il s’agit bien de Pézenas, ce toponyme serait issu de l’indo-européen *pisk, « poisson », muni du suffixe –ena, qui serait le nom antique de la rivière transféré au lieu sis sur ses rives ; l’un et l’autre auraient été remplacés, entre le Ier et le Xè siècle, par l’indo-européen *pid, « source », muni du même suffixe ena. Si l’identification est fausse, le nom originel de la rivière et des lieux reste basé sur *pidena. (DNLF*)

Béziers : la ville est attestée Baeterras dès 17 av. J.-C. sur la quatrième Gobelet de Vicarello. Difficile à analyser, car rarissime, ce nom a donné lieu à diverses interprétations peu assurées comme le composé basque de bide, « route » et erri, « bourg » proposé par Henri Guiter (Autour de Béziers, 1963), repris par Franck R. Hamlin (Toponymie de l’Hérault, 2000) qui ne tiennent compte que des formes du nom connues les plus récentes comme Beteris sur la Table de Peutinger au IIè siècle. D’autres auteurs, sans doute plus proches de la vérité, ont fait le rapprochement avec l’ancien nom du Guadalquivir, Baetis, et le nom antique de la ville catalane Mataró, Baetulo : le radical bae– est bien attesté en zone ibérique, et le suffixe –err est lui aussi attesté dans l’antique Seterras, ville catalane non identifiée. Dans le nom Baeterras, le radical est un allongement en –to d’une racine ibérique *bai, apparentée à l’indo-européen *bei-, « clair, lumineux ». La forme latine, à l’ablatif pluriel Beterris, attestée au IIIè siècle dans l’Itinéraire d’Antonin, a donné l’occitane Beders en 1118 et sa variante Bezers en 1213 (La Chanson de la croisade albigeoise ), d’où la française Béziers attestée vers 1370.

Bagne Rougne

 Bagne-Rougne, Pinet et son Picpoul, Sète et son étang …

Les indices

■ l’étendoir des fées : « Cette formation géologique spectaculaire date de 50 millions d’années. De 200 m de long et 50 m de large, c’est une épaisse strate de grès rose lissée par l’érosion. Ses formes arrondies et ses couleurs tachetées originales en font un site particulier où, lorsque la pluie remplit d’eau les petites cuvettes, le ciel s’y reflète et illumine le site.
La légende prétend que les soirs de pleine lune, après la pluie, les fées viennent y laver leur linge et le sécher sur les rochers. » (source).

indice a 21 08 2022 ■ ce dessin informatif, destiné à la clientèle vétérinaire, devait orienter les recherches vers une maladie de peau d’origine parasitaire. Le dessin représente l’infestation d’un chien par des puces, ce qui m’a semblé suffisant – puisque je n’ai pas trouvé l’équivalent pour la gale qui est due à une infestation par des acariens.

Bènechèvre

Bènechèvre (le nom est écrit Bennechèvre sur certaines cartes IGN les plus récentes) : les formes anciennes du nom  Baigne-Chièvre (vers 1250), Balneum-Capre (1300), Boigne-Chièvre (1388), Bonnechièvre (1472), Bunechièvre (1413), Bonnechèvre (1589) et enfin Bonnechèvre (Cassini), ne laissent aucun doute : il s’agit bien d’un endroit où on baignait ou se baignaient les chèvres. Il n’y a en effet pas de cours d’eau mais une simple mare dans la propriété de Bennechèvre (merci à jsp pour ses judicieuses remarques) :

mare Bennechèvre

Louville-la-Chenard : attesté Loovilla vers 1120, Laudulvilla vers 1130 et Lodovilla  vers 1160, du nom de personne germanique Leodulfus accompagné du latin villa, « domaine agricole ». Le nom sera prolongé au XIIè siècle par celui des nouveaux seigneurs du lieu, les Chenard. Ce patronyme est attesté Philippus Chanardi de parochia Loville en 1101.

local-Louville-la-Chenard-

Villages-Vovéens : cette nouvelle commune, créée en 2016, doit son nom à l’ancienne Voves. Cette dernière est attestée Vovae en 1256, du celtique vidua, « forêt », au pluriel.

Chartres : la ville a d’abord porté le nom Αυτρικον, attesté chez Ptolémée au IIès siècle, qui repose sur celui de la rivière qui traverse la ville, l’Eure (Audura en 834-45) de l’indo-européen *Auduros, « eau », avec l’ajout du suffixe gaulois –ico. Comme d’autres villes de Gaule au IIIè-IVè siècle, Chartres a reçu pour nouveau nom celui du peuple dont elle était alors le chef-lieu. Ce peuple est celui des Carnutes, mentionné par César au milieu du Ier siècle av. J.-C.. Le nouveau nom de la ville apparait sous la forme Carnunti, au génitif locatif, en 374, un hapax formé par analogie avec la ville de Carnuntum en Pannonie. Le nom va se figer à l’ablatif pluriel de la première déclinaison, Carnutis vers 575, d’où les formes latines tardives, avec accent tonique à la gauloise sur la première syllabe, Cartis en 923-26 et Carntis à la fin du XIIè siècle. On s’attendrait à un nom *Chartes mais le nom est pourtant attesté Chartres en 1268, sans doute parce que le groupe consonantique rnt, sous l’accent tonique, est passé par métathèse à rtn, puis rtr.

Louville la Ch

L’indice

indice a 22 08 2022 Cette case de bédé extraite de la Chanson aigre-douce de Gotlib (Rubrique-à-Brac, tome II, pp. 58-59, 1969) montrait une chèvre mouillée. Bêêê oui.

Au bain !

bain cochons

 Après les avoir vus se noyer, allons les voir se baigner !

Les toponymes en rapport avec le bain (latin balneum) sont bien trop nombreux pour être passés en revue – qu’on pense seulement à toutes ces villes qui ont cru bon d’ajouter les-Bains à leur nom – d’autant plus qu’un aperçu en a été donné dans ce billet.

Il ne sera donc question ici que de toponymes mentionnant qui ou quoi prend un bain, comme on a vu dans le précédent billet qui se noyait.

Curieusement, le mot le moins utilisé dans ces conditions est « bain » que l’on ne trouve que pour le Bain de l’Ours, un alpage à Bozel (Sav.), le Bain des Corbeaux à Gommergnies (Nord), le Bain des Dames à Coucy-le-Château (Aisne), un ancien corps de ferme sur les bords de l’Ailette et le Bain des Pères à Rupt-sur-Saône (H.-Saône), auxquels on peut rajouter des noms moins officiels comme les nombreuses plages appelées Bains des Dames (à Marseille, Cognac, Châteauneuf-sur-Charente etc.) qui rappellent pour la plupart des lieux de baignade spécialement aménagés pour garder les dames à l’abri des regards.

On trouve bien entendu un plus grand nombre de toponymes formés avec le verbe « baigner » mettant le plus souvent en scène un animal. En voici une liste, certes non exhaustive, mais donnant quelques exemples parmi les plus fréquents :

  • Baigne-Jau : un étang à Mézières-en-Brenne (Indre) avec le dialectal jau, « coq » (cf. Baigne-Jean un peu plus loin) ;
  • Baigne-Chien : un lieu dit à Prahecq (D.-Sèv. ), une Fosse du Baigne-Chien à Neuvy-le-Roi (I.-et-L.), un lieu-dit Les Baigne-Chiens à Neuil (I.-et-L.), un Puits de Baignechien à Vaux (Vienne) ;
  • Baigne-Truie : un lieu-dit à Saint-Laurs (D.-Sèv., déjà Baigne Truye en 1547) et un ruisseau de la Fontaine de Baignetruie à Breuil-Barret (Vendée) ;
  • Baigne Bœuf : une fontaine et un ruisseau de Baigne-Bœuf à Argy (Indre), le Baignebœuf, un lac et affluent du Salleron à Latus (Vienne) et un étang de Baignebœufs à Marsat-la-Courrière (Creuse, déjà ce nom en 1657) ;
  • Baigne-Grole : un lieu-dit à Anglade (Gir.), avec grole de l’occitan graulo, « corneille » (eh non ! Ce n’est pas un bain de pied chaussé ! ) ;
  • Baigne-Chat : un ruisseau à Vouzailles (Vienne) ;
  • Baigneloup : un lieu-dit à Tremblay-le-Vicomte (E.-et-L.) et une vallée de Baigneloup à Danmarie (E.-et-L.) ;
  • Baignerenard : un ruisseau et un lieu-dit à Marches (Drôme) attesté Comba de Bani Regnart (1418).

Les animaux ne sont bien entendu pas les seuls à se baigner. On trouve ainsi un ruisseau et un étang Baigne-Jean à Mézières-en-Brenne (Indre, anciennement étang de Milleret, mais qui pourrait être, par corruption, le même que l’étang de Baigne-Jau vu plus haut – mes sources sont contradictoires, me voilà fort marri) et un quartier Baigne-Pieds à Avignon (Vauc., là ça va, je connais). Mais ce qui se trempe le plus souvent est quand même le cul, avec un lieu-dit Baigne-Cul à Tremblay-en-France (Indre) et à Saint-Julien-de-Concelles (L.-Atl.), un pont de Baigne-Cul à Jallais (M.-et-L.), un ruisseau de Baigne-Cul à Vaux-les-Prés (Doubs) et un ruisseau de Cul-Baigné à Saint-Gildas-des-Bois (L.-Atl.). On aura noté au passage que c’est dans le grand nord, c’est-à-dire au nord de l’Ardèche, qu’on aime se mouiller le derrière – si je prends l’Ardèche comme repère, c’est parce que sa source, à Astet, se situe un poil (si j’ose dire) au sud de Chaudes-Aigues (Cantal) où on trouve un lieu-dit Trempe-Cul (mais, dans des eaux chaudes, qui s’en priverait ? ). Et puisque nous en sommes à « tremper », notons que, hormis des Trempe ou des Trempettes sans mystère, peu de toponymes en sont dérivés sauf un ruisseau de Trempelou où on a vu le loup à Fraissinet-de-Lozère (Loz., ben oui) et une Font de Trempe-Soupes à Saint-Auban-d’Oze (H.-Alpes) pour laquelle je m’interroge : s’agissait-il de ramollir sa tranche de pain (étymologie de soupe) en la mouillant, d’y avoir des relations homosexuelles (mais ce sens argotique me semble peu probable ici) ou, plus vraisemblablement, d’y être trempé comme une soupe ?

J’ajoute une mention particulière pour Baigne-Cane, nom de trois lieux-dits dans les Deux-Sèvres à Prahecq, Frontenay-Rohan-Rohan et Granzay-Gript et un Baigne-Canne(s), nom d’un lieu-dit à Niort (même département). Il semble qu’il s’agisse là plutôt de canne au sens d’ajonc, roseau – mais je trouve aussi dans certains lexiques poitevin-saintongeais le sens de « canne de marche » pour cane … En l’absence de formes anciennes, hormis un Baignecannes à Saint-Florent, malheureusement non daté dans le Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres (B. Ledain, 1902), en l’absence de formes anciennes, donc, qui permettraient éventuellement d’exclure la quenne, « cane, femelle du canard », je reste dans le brouillard.

Bien entendu, des toponymes similaires existent en pays de langue d’oc, formés sur l’occitan bagna. C’est ainsi qu’on trouve :

  • Bagne-Chien : un lieu-dit à Espagnac (Corrèze) et à Auzon (H.-Loire) ;
  • Bagne-Lèbre : un lieu-dit de la Bastide-des-Jourdans (Vauc.) avec l’occitan lèbro, « lièvre » ;
  • Bagne Loup : un lieu dit à Brouzet-lès-Quissac (Gard) — et un lieu-dit à Fontenille-Saint-Martin d’Entraigues ( D.-Sèvres), avec bagne en poitevin-saintongeais, que je n’ai pas oublié ;
  • Bagnabou : à Saint-Étienne-de-l’Olm (Gard) avec bou, « bœuf » ;
  • Bagno Moutous : un lieu-dit à Alzonne (Aude), avec moutou, « mouton ».

Attention toutefois aux faux amis possibles issus de la racine oronymique pré-latine *ban qui est par exemple à l’origine de Bagnaloups à Usclas-du-Bosc (Hér.), la « hauteur du loup » (il n’y a qu’à y faire un tour pour se rendre compte qu’un loup aurait du mal à s’y baigner !) et de Bana Vieille à Sorbs (id.) où aucune personne âgée ne s’est sans doute jamais baignée mais où se trouve un dolmen peut-être à l’origine du qualificatif.

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Les devinettes

Une fois de plus, je n’ai pas pu choisir entre deux devinettes possibles …

1 Il vous faudra trouver un ruisseau dans lequel on baignait des animaux pour une raison bien particulière. Son nom est formé d’un dérivé du latin balneo, –are , « baigner », accompagné de la raison pour laquelle on y plongeait des animaux.

Sur un autre site de la même commune, la légende prétend que des femmes aux pouvoirs particuliers venaient se baigner et laver leur linge les nuits de pleine lune puis le faire sécher au soleil.

Le nom de la commune où coule ce ruisseau est formé de celui d’un nouvel établissement mentionné pour la première fois au début du XIè siècle et déterminé depuis le XIVè siècle par un patronyme d’origine germanique, celui des barons du lieu dont la lignée s’éteignit au XVIIè siècle.

L’origine du nom du chef-lieu d’arrondissement est pré-latine et pré-celtique, mais son sens est peu assuré. On a pu faire le rapprochement avec une racine indo-européenne signifiant « clair, lumineux ».

Le nom du chef-lieu de canton est sans doute issu de celui, d’origine pré-celtique, de la rivière qui l’arrose – mais cela n’empêcha pas la commune de faire figurer un animal dans son blason qu’elle pensait rendre ainsi « parlant ».

2  Il vous faudra trouver un lieu-dit dont le nom évoque le bain qu’on y faisait prendre à des animaux d’élevage.

Le nom de la commune où se trouve ce lieu-dit est formé de celui, attesté au début du XIIè siècle, du domaine agricole d’un homme germanique et complété un siècle plus tard par le patronyme du nouveau propriétaire des lieux.

Le chef-lieu d’arrondissement a pris le nom des Gaulois dont il était la capitale.

L’ancienne commune qui a donné son nom, sous forme adjectivale, aux villages qui ont formé la nouvelle commune chef-lieu de canton, portait un nom signifiant « forêt ».

cdl d

Je n’aurai probablement pas le temps d’écrire un billet avec les traditionnels indices du mardi. Je vous livre donc dès ce soir deux indices :

■ et d’un :

indice a 21 08 2022

■ et de deux :

indice a 22 08 2022

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Négogousses et Nègue-Guit (les répauxdev)

podium seul TRA est le seul à m’avoir donné les deux bonnes réponses à mes dernières devinettes. Bravo !

Il fallait trouver la rue Négogousses, à Toulouse (H.-G.), et le lieu-dit Nègue-Guit à Campsas, canton de Verdun-sur-Garonne, arrondissement de Montauban (T.-et-G.).

Lettrine-1- La rue Négogousses est mentionnée dans le Trésor du Félibrige (avec trait d’union Négo-Gousses) comme « nom d’une ancienne rue de Toulouse »,  traduit « où les chiens se noient ».

L’occitan gous, pluriel gousses, est issu d’une onomatopée fréquente dans de nombreuses langues basée sur les sons k et s, encadrant ou non une voyelle pour appeler ou exciter les chiens : en suisse-allemand ks-ks, en allemand kusch ou gusch, en espagnol cuz-cuz (d’où l’espagnol gozque, « chien » et le catalan gos), etc. Selon les endroits, l’occitan emploie cus-cuss, gous-gous ou encore guis-guis. On trouve le dérivé gos, gous, « sorte de chien », en wallon et picard d’un côté et en occitan principalement à l’ouest du Rhône.

F. Mistral était sans doute trop correct pour indiquer que l’explication véritable du nom de cette rue tenait au fait que les habitants venaient noyer leurs portées de chiots indésirables dans le ruisseau éponyme. C’est ce que nous apprend cet article – qui donne l’historique de cette rue.

Négogousses

■ Toulouse : au IIè siècle avant notre ère, le site gaulois est en place sur les hauteurs de la rive droite de la Garonne et la nouvelle ville se crée dès le début du Haut-Empire sur ses abords. Elle est attestée d’abord en latin chez César, au Ier siècle av. J.-C., Tolosa, puis en grec chez le géographe Strabon en 7 av. J.-C. Τoλωσσα. Au milieu du Ier siècle, Pomponius Mela l’accompagne d’un déterminant Tolosa Tectosagum, du nom du peuple gaulois des Volques Tectosages dont elle était la capitale. Le nom de la ville est formé de la racine pré-latine et pré-celtique, vraisemblablement ibère * tol, « hauteur » (cf. l’indo-européen *tulo, « renflement ») et du suffixe ibère –osa, probable variante du suffixe méditerranéen –ossa attesté chez Strabon.

Lettrine-2-233x300 Le nom du lieu-dit Nègue-Guit de Campsas signifie littéralement « noie canard ». Lou guit (ou guet) est en Languedoc, Quercy, Gascogne et Guyenne le nom du canard, nous apprend le Trésor du Félibrige. Après avoir mentionné l’expression es chop coumo un guit, « il est trempé jusqu’aux os », F. Mistral rapproche ce mot de l’anglais wet, « mouillé » et de l’italien guitto, « sale, vilain » (d’où le Vilain petit canard qu’Andersen a piqué sans vergogne à l’occitan, peu de gens le savent).

D’apparition récente, ce toponyme est sans doute une manière plaisante de décrire un terrain plus ou moins humide, sujet aux inondations le faisant ressembler plus à une mare aux canards qu’à un terrain agricole.

■ Campsas : les formes anciennes de ce toponyme nous font défaut, rendant son interprétation difficile. Dauzat & Rostaing (DENLF*) se contentent d’y voir un dérivé du latin campus, « champ », accompagné d’un suffixe obscur, tandis qu’Ernest Nègre (TGF*) émet l’hypothèse de l’occitan cance, « lisière d’un champ », avec suffixe augmentatif –as et attraction de l’occitan camp, « champ ».

Campsas église

Personne à l’église …

Campsas café

… tout le monde au café : j’aime bien ce patelin.

■ Verdun-sur-Garonne : attesté Verdun en 1188, du gaulois  ver-, particule intensive , et –dunum, « citadelle, enceinte fortifiée » : il s’agissait donc d’une « super-forteresse », comme je l’expliquais dans ce billet.

■ Montauban : attesté Montalba en 1144, du latin mons, « montagne », et albanus, « blanchâtre, clair », comme je l’expliquais dans ce billet. La ville a été fondée par le comte de Toulouse, Alphonse Jourdain, qui voulait contrer le pouvoir de l’abbaye de Montauriol (aujourd’hui Saint-Théodard) en y accueillant les habitants du village établi autour de l’abbaye. Dans la charte de fondation, il précise qu’avec son fils ils dederunt locum qui vocatur Montalba, quod ipse comes misit ei tale nomen. Il la fonde en opposition directe au bourg monastique de Montauriol, alors Monte Aurioli, c’est-à-dire « mont d’or » où l’or traduit la splendeur, la richesse et la perfection du monde divin, et la nomme donc dans le même esprit « mont blanchâtre, clair » aux connotations plus laïques, ne serait-ce que parce que ce nom traduit simplement la couleur de la roche calcaire locale (et non la candeur des intentions comtales).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

cdl a

Les indices

indice a 14 08 2022  ■ la rubrique du Canard enchaîné intitulée La mare aux canards devait inciter à chercher des lieux où pataugent des canards tandis que le sujet abordé, la SPA (parisienne), devait inciter à aller voir du côté des animaux de compagnie, dont les chiens.

■ on produit à Toulouse le Cachou Lajaunie, une petite pastille carrée noire, que Raoul Volfoni, un des Tontons flingueurs, offre à Fernand Naudin dans la célèbre scène de la cuisine :

indice d 14 08 2022 ■ Rantanplan réanimé par Lucky Luke après une noyade … Que dire de plus ?

■ On produit à Campsas un vin de l’AOP Fronton, dit aussi « vin des Toulousains ». La cuvée Inés a été championne du monde des rosés en 2008 et 2016. Inès comme inestimable, bien sûr.

indice a 15 08 2022  ■ Donald Duck sous l’eau … que dire de plus ?

■ enfin, je note que personne n’a relevé la couleur inhabituelle, rose, de ma signature leveto@sfr.fr. Il fallait y voir une allusion à l’École nationale vétérinaire de Toulouse, la ville rose.

Les indices du mardi 16 août 2022

podium vide  Personne ne m’a donné les réponses à mes dernières devinettes. Félicitations à leur auteur, donc !

En voici, pour les fatigués du clic, les énoncés :

Il vous faudra trouver les noms différents d’ un lieu-dit et d’une rue de France métropolitaine qui rappellent la présence d’eau où des animaux se noyaient. Ces deux endroits ne sont séparés que d’une cinquantaine de kilomètres, mais dans deux départements différents.

Lettrine-1- La rue est située non loin du centre d’une grande ville universitaire. La zone où elle a été tracée, à la fin du XIXè siècle, était particulièrement marécageuse et irriguée par de nombreux petits ruisseaux. Son premier nom, qui faisait allusion à la gare toute proche, a été changé au milieu du XXè siècle pour reprendre celui que les habitants avaient donné à l’un de ces ruisseaux où leurs animaux finissaient noyés.

Le nom de la ville est formé d’une racine et d’un suffixe prélatin voire préceltique et qui doit avoir le sens de « hauteur », la vieille ville ayant été bâtie sur un promontoire dominant le fleuve qui la baigne.

Lettrine-2-233x300 Le lieu-dit porte un nom qui peut sembler paradoxal dans la mesure où on ne s’attend pas à ce que les animaux dont il est question puissent se noyer. Ce toponyme est d’apparition récente puisqu’il ne figure pas encore sur la carte d’état major de 1869.

La commune sur le territoire de laquelle il se situe porte un nom d’étymologie obscure même si on peut y reconnaître un mot latin du domaine rural, hypothèse que le suffixe semble pourtant contredire : il pourrait alors s’agir d’un mot qui aurait été modifié par attraction dudit mot latin.

L’étymologie du nom du chef-lieu d’arrondissement où se situe cette commune a été révélée sur ce blog dans un billet concernant une couleur tandis que celle du chef-lieu de canton l’a été dans un billet concernant une hauteur gauloise.

Un indice qui fonctionne pour les deux lieux à trouver :

indice a 14 08 2022

auxquels je rajoute ces indices :

■ la commune où se trouve la rue à trouver produit, entre autres, une petite friandise carrée qui eut son heure de gloire grâce à un des oncles les plus célèbres du cinéma.

■ pour le nom de la rue à trouver – mais ce n’est plus un indice, c’est un cadeau ! :

indice d 14 08 2022

la commune où se trouve le lieu-dit à trouver produit un vin AOP nommé d’après la commune principale de l’aire de production mais bien connu aussi par le surnom de « vin des habitants de la commune où se trouve la rue à chercher ». Une cuvée inestimable d’un de ces vins a été élue deux fois championne du monde dans sa catégorie

■ pour le lieu-dit lui-même – mais ce n’est plus un indice, c’est un cadeau ! :

indice a 15 08 2022

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

On s’y noie !

Saucisson sec

Quand de nos rus les hauts lits sont secs, le moment est venu de témoigner, pour les générations futures, d’un temps, j’allais dire béni, où les bêtes pouvaient encore s’y noyer.

De cette époque où les ânes et les mulets étaient le moyen de transport le plus utilisé, les crues automnales et printanières des ruisseaux présentaient des obstacles majeurs à la progression des charrois et pouvaient provoquer des accidents.

Rien que dans l’Hérault, on relève trois ruisseaux appelés Nègue-Saume (à Buzignargues), Nègue-Saumes (à Florensac) et Néga-Saume (à Saint-Guiraud), de l’occitan nega sauma, « qui noie l’ânesse, la bête de somme » [occitan negar, du latin necare, « noyer » et sauma, du latin salma, « bête de somme, ânesse »]. On trouve aussi le ruisseau Négosaoumos à Montauban, un ruisseau de Nego Soume à Verfeil et deux autres de Nègue-Saume à Bruniquel (T.-et-G.) et à la Salvetat-Peyralès (Av.).

Si une partie de ces toponymes peut être attribuée à une volonté facétieuse de conjurer le sort, il faut malgré tout tenir compte de la dangerosité de certains de ces lieux, souvent des gués dont le nom a été étendu à l’ensemble du cours d’eau et même quelquefois au lieu-dit. C’est le cas de Négosaoumos à Montauban et du lieu-dit Negos-Saumos de Cugnaux (H.-G.), de Nègue-Saume à Puylaurens (Tarn) ou encore de Nègue-Saumes à Florensac et Loupian (Hér.)

En Lozère, Négazes (nega ases, « noie les ânes »), est un lieu-dit de Saint-Étienne-Vallée-Française qui a pris le nom de la confluence du Gardon de Saint-Martin-de-Lantuscle et du Gardon de Saint-Germain, où se trouve le pont de Négase. À Lavaur (Tarn) se trouve le lieu-dit Négolase.

pont négase

le pont de Négase à Saint-Étienne-Vallée-Française

Les bêtes de somme n’étaient pas les seules concernées, puisque les animaux d’élevage couraient les mêmes danger au passage des cours d’eau. C’est ainsi qu’on trouve des ruisseaux dont le nom appartient au type nega feda, « qui noie les brebis » (occitan feda, du latin feta, « matrice ») : un ruisseau de Nègue Fèdes à Puisserguier, des Nègues Fèdes à Colombiers et de Nègue Fédès à Capestang et Sauvian, tous trois dans l’Hérault, où les troupeaux de fedas sont en danger d’être noyés au passage de l’eau devenue torrentueuse à la saison des pluies. Le ruisseau de Puisserguier est déjà cité sous ce nom en 1251 : recum sive rivum qui dicitur de Negafedes alio nomine vocato delz Estagnols (« ruisseau ou rivière qu’on appelle de Negafedes autrement appelé des Estagnols » – diminutif de l’occitan estanh, « étang »). Pour rester dans les petits animaux d’élevage, notons le lieu-dit Crabo Négado de Laurabuc (Aude) et le ruisseau de Négocrabos à Montauban (T.-et-G.) où c’est la chèvre qui se noie (crabo, métathèse pour cabra, déjà vue à propos d’Escanecrabe dans ce billet) et ajoutons le ruisseau de Nèguebouc, limitrophe de Saint-Santin-de-Maurs et du Trioulou dans le Cantal, et les lieux-dits Nèguebouc à Préchac (Gers – cf. l’illustration ci-dessous), Nègue Bouc au Vigan (Lot) et Nègue-Bouc à Penne-d’Agenais (L.-et-G.), où c’est le bouc qui se noie, y a pas de raison #metoo.

Nèguebouc

En montant d’un cran dans la taille de l’animal d’élevage, on arrive aux bovins mis en péril par les crues comme au ruisseau de Nèguevaques qui se jette dans l’étang de Thau à Mèze (Hér., de Negavacas en 1152, aussi appelé Negabovis à une date indéterminée au Moyen Âge sans doute après une forte crue désastreuse) ou à Nègue-Vaques à Montagnac (Hér.), à Néga-Biou à Gaugeac (Dord.), à Négo Biau à Mireval-Lauragais (Aude) et à Saint-Antonin-Noble-Val (T.-et-G.). Dans les Pyrénées-Orientales, on trouve plusieurs Nègabous, dont le site archéologique de Perpignan, avec l’ancien occitan bou, « bœuf ». Près des Saintes-Maries-de-la-Mer (B.-du-R.) se trouve le lieu-dit le Pas de Nègue-Biou, où le biou est le taureau de Camargue, logiquement appelé ainsi puisqu’il s’agit en fait (attention, divulgâchage !) d’un bovin châtré. Après la vache et le bœuf, le veau n’était pas à l’abri, on s’en doute, d’où le Nègue Vedel à Gauré (H.-G., occitan vedel, du latin vitellus, « veau »). Notons, pour en finir avec les bovins, la combe de Nègre-Boeuf à La Vacquerie-Saint-Martin-de-Castries (Hér.) qui est notée Peguabuos (à lire Neguabuos) dans une copie en 1783 d’un manuscrit de 1268 et qui est sans doute une altération de *Nègue-Boeuf.

Outre ces bêtes d’élevage courant, il s’en trouvait d’autres à se noyer au passage de gués en crue. Ainsi du lieu-dit Nègueporc à Moissac (T.-et-G.), du Négo-Porc à Féneyrols (id.) et du Nègue-Porc à Lherm (H.-G.), quand le porc salue une dernière fois, et de Négogalinos à Portet-sur-Garonne (H.-G.) et du ruisseau de Nèguegalines à Villebramar (L.-et-G.), avec la poule à l’eau. Plus anecdotique, on trouve le ravin de Ratte Negada à Py (P.-A.), le Néguirat à Terrasson-Lavilledieu (Dord.) et le ruisseau de Négo Rattos à Gaillac (Tarn), où même les rats se noyaient lors des crues.

Une place particulière doit être réservée au Nègue-Poulin de Cuq (L.-et-G.), au mas de Nègue-Poulin de Bezouce (Gard) et au Nègue-Pouly de Vaïssac (T.-et-G., avec un y transcrivant la prononciation occitane non nasalisée) qui n’ont sans doute rien à voir avec le poulain. En latin, pullus et son dérivé diminutif pullinus s’appliquaient au petit de tout animal et particulièrement au poulet. Ce n’est que plus tard (on ignore l’époque, sans doute peu avant le XIè siècle) que pullinus se spécialisa au sens de progéniture du cheval. Comme sobriquet, l’occitan donne toujours, à côté du sens de « poulain », celui de « jeune homme », avec parfois une connotation de coureur de jupons.

Ailleurs, le ruisseau servait à la limitation des populations de chats : ainsi du Néga-Cats, lieu-dit de Lattes (Hér.), où coule le ruisseau du Noyer des Champs, belle euphémisation de son nom attesté rivum de Negacatz en 1272, qui se perd dans l’étang de Pérols où son nom originel (Neguacatos en 1166) et sa réputation n’ont pas été oubliés. Dans le même département, à Saint-Jean-de-la-Blaquière, on trouve également un lieu-dit Nègue-Cats. Héraultais par ma mère, je jure que je n’ai jamais tué de chats (sauf par obligation professionnelle mais jamais en les noyant – 3:57).

Plus facétieux sont Nèguevieille, ruisseau qui passe à Lamagistère (Tarn, Négo-Vièio, « où la vieille se noie »), le Nègue Vielle, ruisseau de la Gironde, affluent rive droite de la Garonne, celui de Nègue Vieille à Montcuq (Lot) et le lieu-dit Négobielle à Escatalens (T.-et-G.). Plutôt que d’un rappel d’un fait-divers qui aura marqué les esprits, peut-être ne s’agit-il que d’un appellatif, en ancien occitan nega vièlah, d’un vieux pont de planches branlantes ou d’un gué peu sûr. On peut rapprocher de ces noms celui du ruisseau Négodanos à Fauch (Tarn) et celui de la rue Nego-Danos à Albi, anciennement traversée par un ruisseau où les dames risquaient de se noyer (occitan negua donas, « où se noient les dames », avec une métathèse sans doute provoquée par le rapprochement avec le français « d’ânes »). À Saint-Agnan (Tarn), le lieu-dit Négo-Fillos, en occitan Nega fillas, garde probablement le souvenir d’un fait divers qui a durablement marqué les esprits. Mais que penser du ruisseau de Nègue-Capelan à Saussines (Hér.) où l’occitan capelan désigne le chapelain, le prêtre desservant une chapelle ? Héraultais par ma mère, je jure que, même si l’idée m’a parfois effleuré, je n’ai jamais noyé de curé.

Restent quelques noms plus mystérieux comme le lieu-dit Nègue-Jarriaux à Loupian (Hér.) ou encore les ruisseaux de Nègueboute à Saint-Hippolyte-du-Fort, de Nègue-Boutou à Muret (H.-G.) et de Nègue-Bouts à Vaïssac (T.-et-G.). Le premier concerne sans doute un nom de famille, altération de Jarriault bien attesté, tandis que les trois suivants sont peut-être à rapprocher de « bout, extrémité de terrain » (l’ancien occitan bou, « bœuf », attesté en Aveyron au XIIè siècle, n’explique pas le t final). Le premier élément nègue de ces toponymes aurait alors le sens de « (terre) noyée », ce qui nous permet de signaler d’autres lieux sujets à inondations ou bien encore dont le sol est mal drainé qui sont évoqués par des dérivés de negar, « noyer ». À Servian (Hér.), le Pech Négadié (Puech Negadi et Négadié en 1650 – avec pech du latin podium), hauteur entre deux ruisseaux, peut représenter un terrain sujet à être inondé. Le lieu-dit Négadis, limitrophe des communes de Paulhan et d’Usclas-d’Hérault (al Negadis au XVIè siècle), les Négadis de Draguignan (Var), au bord de la Nartuby connue pour ses débordements, et le Négadis, nom de ruisseau à Monze (Aude) représentent l’occitan negadis, terrain sujet à être submergé, champ marécageux. Un diminutif apparaît aux Négadous de Carcès (Var) et de Villeneuve-lès-Béziers (Hér.) comme aux Négadoux de Six-Fours-les-Plages (Var). La forme francisée apparaît aux Négades d’Orange et de Caderousse (Vauc.) et à la Passe de la Négade à Soulac-sur-Mer (Gir.). Le ruisseau de Peyre Negadouire, à Roquessels, comme le lieu-dit Negadouires de Candillargues, tous deux héraultais, ou encore le Lac des Négadouires à Bach (Lot), représentent un sens identique avec suffixe –oria.

Négadis draguignan

On aura été peut-être étonné, en lisant ce billet, de n’y trouver que des toponymes de l’aire occitane. L’explication tient sans doute au très grand nombre de cours d’eau aux crues soudaines, que ce soit dans les Pyrénées ou le Massif-Central, qu’on trouve dans le Midi mais il faut sans doute aussi la trouver dans le fait que, dans le domaine d’oïl, les dérivés du verbe latin necare, « noyer », peuvent se confondre avec ceux dérivés du latin nucarius, « noyer (l’arbre) » et ceux dérivés du gaulois nauda comme « noue » ou « noie ». Mais peut-être peut-on tout de même voir dans l’Étang Noie la Ratte à Esboz-Brest (H.-Saône) un équivalent du Négo Rattas de Gaillac (Tarn) ? En tout cas le doute n’est pas permis pour le Champ Noyé de Montgaudy (Orne) qui devait être particulièrement inondable.

Et voilà ! vous pouvez refaire surface et respirer.

index

Les devinettes

Avez-vous noté le pluriel ? Oui, il y en aura deux ! Il vous faudra trouver les noms différents d’ un lieu-dit et d’une rue de France métropolitaine qui rappellent la présence d’eau où des animaux se noyaient. Ces deux endroits ne sont séparés que d’une cinquantaine de kilomètres, mais dans deux départements différents.

Lettrine-1- La rue est située non loin du centre d’une grande ville universitaire. La zone où elle a été tracée, à la fin du XIXè siècle, était particulièrement marécageuse et irriguée par de nombreux petits ruisseaux. Son premier nom, qui faisait allusion à la gare toute proche, a été changé au milieu du XXè siècle pour reprendre celui que les habitants avaient donné à l’un de ces ruisseaux où leurs animaux finissaient noyés.

Le nom de la ville est formé d’une racine et d’un suffixe prélatin voire préceltique et qui doit avoir le sens de « hauteur », la vieille ville ayant été bâtie sur un promontoire dominant le fleuve qui la baigne.

Lettrine-2-233x300 Le lieu-dit porte un nom qui peut sembler paradoxal dans la mesure où on ne s’attend pas à ce que les animaux dont il est question puissent se noyer. Ce toponyme est d’apparition récente puisqu’il ne figure pas encore sur la carte d’état major de 1869.

La commune sur le territoire de laquelle il se situe porte un nom d’étymologie obscure même si on peut y reconnaître un mot latin du domaine rural, hypothèse que le suffixe semble pourtant contredire : il pourrait alors s’agir d’un mot qui aurait été modifié par attraction dudit mot latin.

L’étymologie du nom du chef-lieu d’arrondissement où se situe cette commune a été révélée sur ce blog dans un billet concernant une couleur tandis que celle du chef-lieu de canton l’a été dans un billet concernant une hauteur gauloise.

Un indice qui fonctionne pour les deux lieux à trouver :

indice a 14 08 2022

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

La Voireuze (répàladev)

LGF a rejoint TRA et TRS sur le podium des découvreurs de la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver la Voireuze, une rivière qui prend sa source dans le massif du Cézallier, sur la commune de Leyvaux (canton de Saint-Flour, Cantal), traverse Saint-Étienne-sur-Blesle avant de se jeter dans L’Alagnon à Blesle (canton de Sainte-Florine, arrondissement de Brioude, H.-Loire), quelque part par là :

Saint-Etienne-sur-Blesle(2)

… si, si, là, autour du point rouge.

Au sud du Signal du Luguet, point culminant du massif du Cézallier, le ruisseau de Vins-Haut et le ruisseau de Bostberty se rejoignent pour former le ruisseau du Barthonnet qui court sur 6 km sur les pentes du Cézallier avant de rejoindre le ruisseau de Leyvaux et de prendre alors le nom de Voireuze.

VOIREUZE CAPT

La toponymie

Voireuze : attesté aqua de Voyresa en 1306 puis vineam de Voireza, ce nom est issu de la racine hydronymique * vor, variante de * var, accompagnée du suffixe latin –esia. C’est une forme déjà rencontrée dans le nom de la Voroize iséroise. Notons que la rivière était appelée Voirèze dans le Dictionnaire topographique du département de la Haute-Loire (Augustin Chassaing et Antoine Jacotin, 1907) et que ce nom était encore utilisé avec parfois la graphie Voyrèze jusqu’à une date récente. Notons que si la racine originelle avait été conservée, nous aurions eu le nom *Vareuse, ce qui l’aurait fait unique (vidéo). Oui, je vous l’accorde, à une lettre près, elle pourrait aussi être foireuse, ce qui n’est pas impossible quand on sait qu’un de ses affluents est le Merdan.

  • ruisseau de Vins-Haut : le nom du hameau se comprend aisément, comme celui de Vins-Bas non loin de là. Les vignes qui y étaient plantées expliquent qu’on parlait déjà au XIVè siècle des vignes de la Voirèze (vineam de Voireza).
  • ruisseau de Bostberty ou Bostberthy : nom composé de bosc et du patronyme Berty. Introduite en Gaule avec les Grandes Invasions, la racine germanique *bosk, « buisson », a remplacé le français selve et l’occitan selva pour désigner un ensemble d’arbres de plus ou moins grande dimension. Dans bost, la présence du t qui remplace un c disparu de la prononciation est purement graphique et, localement, ne se prononce pas. Berty est un patronyme d’origine germanique sur la racine behrt, « illustre, brillant », avec suffixe diminutif –in prononcé i d’où la graphie en y.
  • ruisseau du Barthonnet :  variante du patronyme Berthonnet lui aussi d’origine germanique, diminutif de Berthon, sur la racine behrt-, « illustre, brillant », et suffixe diminutif on.
  • ruisseau de Leyvaux : cf. plus bas le nom de la commune.

Alagnon : attesté Ellenio en 823 puis Alanionem en 1095, de l’hydronyme pré-celtique *al et double suffixe roman anione. L’Alagnon se jette, en aval de Jumeaux, dans l’Allier qui est lui-même un affluent de la Loire.

Leyvaux : attesté Las Vals au XIVè siècle et Lesvaulx en 1401, le nom s’explique facilement par le paysage vallonné.

Saint-Étienne-sur-Blesle : Ecclesia S. Stephani en 1185 puis Ecclesia S. Stephani prope Blasiliam au XIVè siècle. Paroisse mise sous le vocable de saint Étienne, premier chrétien à avoir subi le martyre pour le Christ, lapidé en 36 ap. J.-C.. Le déterminant précédé de la préposition sur indique que ce village est situé en amont du suivant (et non pas que Blesle est un cours d’eau).

Blesle : le nom est attesté S. Petrus de Blasilla au XIè siècle. Il s’agit d’un dérivé du nom d’homme latin *Blasillus, dérivé de Blasius à rapprocher du surnom Blasio donné à un bègue. Le féminin en –a s’explique par un sous-entendu villa ou terra. C’est en tout cas l’hypothèse émise par A. Dauzat (DENLF*) et retenue par B. et J.-J. Fénié (TNO*) ainsi que par J. Astor (DNLFM*). E. Nègre (TGF*) et P.-H. Billy (DNLF*) rejettent cette hypothèse basée sur un nom non attesté et préfèrent faire appel au cognomen féminin Blaesilla, bien attesté celui-là.  La chute du s intervocalique et l’allongement du e conduit à la forme Bleele de 1321 et enfin Blesle en 1511, ainsi écrit par hypercorrection.

CPA Blesle

Le cavalier masqué de Blesle ou la naissance de la légende de Zorro

(peu de gens le savent, c’est cadeau).

Cézallier : le nom de cette région naturelle n’est pas attesté avant le XVIIIè siècle, montagne du Cézallier chez Cassini en 1769. Ses vastes étendues, aujourd’hui désertes et réservées à l’élevage d’estive, étaient au début du Moyen Âge fortement boisées, puis furent défrichées lors de la forte poussée démographique du milieu du bas Moyen Âge pour en faire de nouvelles terres cultivables. Le nom date probablement de cette époque et est formé sur l’ancien occitan seguel, « seigle » et le suffixe –ier (latin –ariu) pour désigner une terre à seigle. La graphie avec l géminé sert à marquer la palatalisation, sans doute par analogie avec le nom de la rivière Allier. Elle n’est cependant pas nécessaire et, depuis 1926, la graphie Cézalier est venue la concurrencer, mais sans grand succès.

Signal du Luguet : on reconnait dans ce nom une forme diminutive de luc, « bois », du latin lucus, à l’origine « bois sacré » ; il s’agit du nom d’un hameau situé sur son versant nord-est. Le terme « signal » est employé comme synonyme de « sommet » : le signal du Luguet est le point culminant du massif du Cézallier, à 1551 m.

Sainte-Florine : on ne sait rien d’autre de cette sainte que ce qu’en dit la légende et la trace de pas qu’elle aurait laissé à la Pezade (commune de Mazoires) après avoir franchi d’un bond les gorges de la Couze. Florina, nom latin qui veut dire « petite fleur », est un symbole de pureté et de beauté. Ne connaissant rien d’elle, on lui donna vraisemblablement ce nom après son martyre. (cf. ici).

Saint-Flour : S. Florus en 1004, du nom de Flour, premier évêque de Lodève. Selon la tradition, il quitta cette ville, guidé miraculeusement vers la haute Auvergne par une nuée le jour et une lueur la nuit. Arrivé au Mons Indiciacum, il trouva un quadrilatère dessiné sur le sol par les anges, lui indiquant l’emplacement de l’église à construire. Il se fixa en ces lieux d’où il évangélisa la haute Auvergne avant d’y mourir en 389. Son tombeau devint lieu de pèlerinages pendant plusieurs siècles et ainsi Indiciacum devint-il Saint-Flour. L’étymologie populaire fait d’Indiciacum « qui indique » (lat indicium, « révélation, signe »), pris comme une preuve des prodiges qui guidèrent le saint jusqu’au bout de son périple et de la marque laissée par les anges sur le sol. Assurément, l’étymologie populaire parait être pour beaucoup dans l’élaboration de ces miracles. En fait, Indiciacum est un nom de domaine gallo-romain formé sur le nom d’homme latin Indicius et suffixe –acum.

Brioude : attesté Brivas au Vè siècle puis Brivate au VIè siècle, du gaulois briva, « pont » et suffixe ethnique gaulois ate (« les habitants du pont »). L’actuel Brioude n’est pas sur l’Allier, c’est Vieille-Brioude, au sud-est, qui est à l’origine du toponyme.

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Les indices

■ l’abbaye pour femmes : « Blesle ne prend vraiment de l’importance qu’avec la fondation d’un monastère de femmes par Ermengarde, femme du comte d’Auvergne Bernard II Plantevelue et mère du duc d’Aquitaine Guillaume le Pieux, intervenue entre 845 et 889  » explique le site de la mairie.

indice a 07 08 2022 ■ la pierre : il fallait reconnaître de l’antimoine dont l’extraction à Blesle donna un coup de fouet à l’économie locale grâce notamment à Emmanuel Chatillon qui établit une fonderie d’antimoine à Blesle en 1886.

indice a 09 08 2022  ■ le portrait : il fallait reconnaitre le duc d’Aquitaine Guillaume le Pieux dont la maman etc. (cf. plus haut).

indice b 09 08 2022 ■ l’affiche : il s’agit d’une des affiches de La Nouvelle Guerre des boutons de Christophe Barratier, dont certaines scènes ont été tournées à Blesle. (je ne mets pas de lien, parce que.)

 *Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices du mardi 09/08/2022

TRA le premier et TRS le second m’ont déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations conjointes !

Pour les oublieux, j’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’un cours d’eau de France métropolitaine dérivé de la racine *var.

Les différents ruisseaux qui en forment le cours supérieur portent des noms différents sans lien avec cette racine. Le nom à trouver est celui du cours inférieur jusqu’à son embouchure avec un sous-affluent d’un fleuve.

Cette rivière prend sa source sur le territoire d’une commune vallonnée, comme l’indique son nom, dans une région où on cultivait du seigle, si on en croit son nom.

Elle court sur deux départements et traverse trois communes.

Selon wikipedia, la troisième commune, celle de l’embouchure, devrait son nom à un hypothétique nom d’homme latin. Il existe d’autres hypothèses, notamment celle d’un cognomen féminin.

La commune centrale porte le nom d’un saint complété par celui de la troisième commune.

Au IXè siècle, la mère d’un duc fonda dans cette troisième commune une abbaye pour femmes dont l’abbesse était seigneur de la ville avant qu’elle ne soit contrainte de la partager avec des barons, deux siècles plus tard.

Un seul indice :

indice a 07 08 2022

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Et je rajoute ces quelques indices :

■ le chef-lieu du canton où se situent les deux dernières communes porte le nom d’une sainte bergère dont la légende raconte que, pour échapper à un agresseur, elle franchit une rivière (mais pas celle qui nous intéresse) d’un bond prodigieux avec l’aide d’un ange et laissa l’empreinte de son pied sur l’autre rive. On construisit à cet endroit-là une chapelle à laquelle on donna un nom qui rappelle cet évènement.

■ le chef-lieu du canton où se situe la première commune porte le nom d’un saint qu’on pourrait prendre pour le grand frère de la précédente, mais il ne s’agit bien sûr de rien d’autre qu’une ressemblance entre leurs noms respectifs.

le chef-lieu de l’arrondissement où se situent les deux dernières communes doit son nom à un pont gaulois.

■ un portrait :

indice a 09 08 2022

■ une affiche :

indice b 09 08 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr