Montel-de-Gelat (répàladev)

podium seul 

Personne n’a rejoint TRA qui reste le seul « solutionneur » de ma dernière devinette. Bravo à lui tout seul, donc !

 

 

Il fallait trouver Montel-de-Gelat, un petit village de l’arrondissement de Riom, dans le Puy-de-Dôme.

local Montel-de-Gelat-x

L’origine du toponyme est expliquée par André-Georges Marty et Pierre-Français Aleil dans l’ Histoire des communes du Puy-de-Dôme : Arrondissement de Riom (éditions Horvath, 1987) et recopiée sans vergogne, sans même citer les auteurs, dans la notice wikipedia consacrée à l’histoire du village :

On trouve le nom du village sous les formes de Le Monteil (1224), Montelium Degelatum (1270), Le Monteilh Degelat (1456), peut-être faut-il voir là le sens de montagne gelée ou dégelée ?

Dans sa Toponymie française (Payot, 1960), Albert Dauzat écrivait déjà :

M Gelat Dauzat

Pas de forme ancienne disponible en 1960 ? On trouvait pourtant déjà, à la page 85 du Dictionnaire topographique des communes du département du Puy-de-Dôme publié en 1806, cet article  :

Montelium degetalum

Il est vrai que ce Montesium degelatum n’est, là, ni daté ni sourcé. Il est vrai aussi que cette forme n’est sans doute, comme souvent, qu’une traduction en latin de ce que le scribe comprenait à l’énoncé du nom de leur village par ses habitants. Et il est tout aussi vrai qu’Albert Dauzat ne disposait pas d’internet …

Quoi qu’il en soit, si le premier élément du nom ne fait pas de difficulté —  du latin montellum, « petit mont, colline » —, le second semble bien être dérivé du latin gelatum, « gelé ». Mais le sens exact de ce dernier est plus difficile à analyser. Soit on le lit en un seul mot, degelatum, et il faut traduire « colline dégelée » sans qu’on en comprenne bien la signification (elle doit bien geler tous les hivers et dégeler tous les ans au printemps, non ?), soit on le lit en deux mots et ce serait « la colline du gelé » à comprendre peut-être « où il fait froid, où il gèle », mais on s’attendrait plutôt à un *Montel-le-Gelat (comme on connait Frayssinet-le-Gélat dans le Lot). Ce sont bien ces explications contradictoires qui sont données par les auteurs cités plus haut et reprises par wikipedia  (et mentionnées dans l’énoncé de ma devinette).

Néanmoins, j’ajoute mon grain de sel (très bon antigel comme chacun sait) : peu satisfait par cette colline « dégelée » ou « du gelé », je suggère l’utilisation de Gelat comme un sobriquet devenu nom de personne. Ce nom (connu dans l’Aude et le Sud-Ouest et mentionné comme tel par J. Astor, DNFLMF*) a pu être donné à quelqu’un qui a toujours froid, un frileux, ou, métaphoriquement, à un pusillanime, un peureux.

CPA montel Gelat

 

Les autres indications de l’énoncé :

Montel-de-Gelat fut une baronnie qui passa par le jeu des alliances entre les mains de plusieurs familles dont les comtes de Clermont, puis les Ventadour, les Aubert, les Daillon et les Roquelaure.

Riom, chef-lieu d’arrondissement (et pas de canton) fut, au Moyen Âge, capitale de la Terre d’Auvergne puis du duché d’Auvergne.

60px-Asterism.svg

Les indices :

indice b 07 11 2021 ■ cette affiche représentant un croissant était « une question de langue » : il fallait penser au « croissant linguistique », où se mélangent langues d’oïl et d’oc. C’est dans cette zone que se trouve la Combraille, l’« autre pays du croissant » dont je parlais il y a sept ans (bigre!) et où se trouve Montel-de-Gelat.

indice a 07 11 2021 ■ ce portrait du pape Innocent VI, « pour l’église de la commune », était « une affaire de famille » : ce pape, né Étienne Aubert, aurait convaincu son frère Guillaume, alors seigneur de Montel-de-Gelat, d’y bâtir l’église Saint-Mamert.

■ la chanson Brocéliande (fausse piste !) était là pour son auteur-compositeur-interprète Alan Stivell, né Alan Cochevelou le à Riom (tu parles d’un Breton !) [oui, je sais, j’ai lu wiki comme tout le monde, c’est son grand-père qui portait un chapeau rond].

Les indices du mardi 09/11/2021

TRA est le seul à avoir trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette tout en me faisant remarquer une erreur, que j’ai corrigée hier par une mise à jour. Bravo et merci !

Voici l’énoncé (corrigé)

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine dont le déterminant est lié à un des mots étudiés dans le billet.

La notice consacrée à la toponymie sur sa page wiki est assez ambiguë, proposant tout et son contraire à propos de ce déterminant.

Elle fut le centre d’une baronnie tandis que le chef-lieu de l’arrondissement où elle se trouve fut capitale.

Deux indices :

■ une affiche :

indice b 07 11 2021

■ un portrait pour l’église de la commune :

indice a 07 11 2021

■ le premier indice est une question de langue ;

■ le deuxième indice est une affaire de famille ;

■ l’indice du mardi est une chanson :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Encore plus froid !

J’en termine aujourd’hui avec le thème du froid abordé dans ce billet en m’intéressant aujourd’hui aux toponymes liés au gel, à la glace, à la neige …

Le gel

Certains fonds de vallées et vallons à l’ombrée dont la situation topographique les prédispose aux atteintes prolongées des gelées ont reçu des noms en lien avec le gel. Nombreux sont les lieux-dits en Gelade ou Jalade en Auvergne, Limousin et plus au sud.

Citons par exemple la Gélade (à Aubagne, B-de-R ; à Mirepoix, Ariège ; à Villac, Dord. etc.), la Vaud Gélade (à Saint-Marc-à-Loubaud, Cr.), la Barthe Gélade (à Montbel, Ariège), Vaugelade (à La Trimouille, Vienne, à Tinsac et Châteauponsac, H.-Vienne), Vaugelas (à Meximieux, Ain ; à Laval-en-Belledonne, Isère ; à Alixan, Upie, Valdrôme, Drôme ; etc.), etc. auxquels il convient d’ajouter La Jalade (à Colombiès, et à La Fouillade, Av. ; au Béage, Ardèche, etc. ), la Ribière Jalade (à Sardent, Cr., où ribière, du roman ribièra, désigne ici un versant de colline et non une rivière), la Coste Jalade (à Caylus, T.-et-G.), Les Jallades (à Sainte-Eulalie, Ardèche), etc.

Dérivés avec le suffixe de qualité occitan -iu (du latin –ivus/-iva donnant –if/-ive en français), on trouve Jaladieu (à Castelnau-de-Brassac et à Mazamet, Tarn) et Le Jaladieu (à Saint-Sever-du-Moustier, Av.), avec le sens de gélif, exposé au froid. Ce nom a été francisé en Jaladif à Laval-sur-Doulon et à SaintVert (H.-Loire) . D’autres suffixes ont été utilisés comme pour Jaladis (à Lostanges, Cant. ; à Auzelles, P.-de-D. etc.), Jaladoux (à Védrines-Saint-Loup, Cant.).

La forme adjective occitane gelas a donné Gelas (Le Hougra, Pessan, Magnan, Gers, etc.), Vaugelas (à Meximieux, Ain, patrie du grammairien ; à Laval-en-Belledonne, Isère ; à Alixan, Upie, Valdrôme, Drôme ; etc.), Champ Gelas (à Vassieux-en-Vercors, Drôme.) et la cime du Gélas (3143m) à Saint-Martin-Vésubie (A.-Mar.) sur la frontière italienne.

CPA Vaugelas

E. Nègre (TGF*) cite La Géla, un torrent des Hautes-Pyrénées, qui sort d’un glacier et se réunit au Blavet pour former la Neste d’Aragnouet, dont il explique le nom par l’adjectif gascon gelan, « glacial », dont le féminin serait non gelante mais *gelane (aigue), « (eau) glaciale », ce *gelane devenant *gelaa puis Gela. Explication un peu compliquée qui oublie l’hydronyme pré-celtique *gela mentionné par … lui-même pour expliquer le nom de La Gèle, affluent droit de la Baïse à Condom (Gers) et de la Gélise, affluent gauche de la Baïse à Lavardac (L.-et-G.).

Selon J. Astor (DNFLMF*), les formes masculines Gellat, Jalat ou Jallat désigneraient les habitants de ces lieux « gelés » ; devenus patronymes, ils ont pu à leur tour désigner des fermes ou des hameaux. On trouve malgré tout  la commune de Frayssinet-le-Gélat (Lot), un Mont Gélat à Vieu-d’Izenave (Ain), un Pech Gelat à Cours (Lot) ou encore la Punta di Costa  Gelata à Foce_Bilzese (C.-du-Sud).

Notons pour terminer la présence de plusieurs Pou de Gel. Dérivé du latin puteus, « puits », l’occitan potz ou pou désigne des puits naturels, des trous dans le relief, qui ont pu être aménagés pour y conserver la glace ou la neige de l’hiver ou des aliments au frais. C’est par exemple le cas, dans les Pyrénées-Orientales, du Pou del Gel à Pollestres et à Ille-sur-Têt et des Pous del Gel à Bages et à Laroque-des-Albères (cf. ce site).

Impossible de quitter ce paragraphe sans regretter qu’Oncieu (Ain) et Gelles (P.-de-D.) ne soient pas plus proches l’un de l’autre : ça nous aurait fait un joli Oncieu-lez-Gelles.

La glace

Comme pour les Frédières vues dans le précédent billet, les toponymes du type Glacière ont pu désigner des lieux exposés au froid, aux gelées ou bien garder le souvenir de caves ou de citernes où l’on entreposait la glace en vue des jours chauds.  On trouve ainsi la Glacière à Esserval-Tartre (Jura), à Creissels (Av.), à Nissan-lez-Ensérune (Hér.), etc., la Grande Glacière à Avermoz (H.-Sav.), la grotte de la Glacière à Chaux-lès-Passavant (Doubs), les Glacières de Font Frège (source froide) à Mazaugues (Var), un col des Glacières et le Bau des Glacières à Plan-d’Aups-Sainte-Baume (Var, etc. Il en existe une petite vingtaine tout autour de Paris comme la Glacière à Gambais et à Rambouillet. (Yv.) ou l’ancien hameau de La Glacière sur la route de Gentilly qui a donné son nom à la rue et à la station de métro parisiennes, mais certaines de ces glacières peuvent désigner d’anciennes miroiteries. Une écriture légèrement différente a donné Les Glassières à Golinhac (Av.). Enfin, glacière a servi de déterminant à Saint-Eloy-la-Glacière (P.-de-D.).

CPA Glacière Pompadour

Le givre et la neige

Le givre apparait très peu souvent en toponymie (il convient de se méfier de noms issus d’anthroponymes comme Givray ou Givry), mais on peut néanmoins citer une Combe Givre à Rivières (Char.) et Saint-Sauveur-de-Givre-en-Mai (à Bressuire, D.-S.) qui a fait naguère l’objet d’une devinette.

L’occitan gibrat, « givré », se retrouve dans des noms comme Gibrat à Nomdieu (L.-et-G.) et à Lacapelle-Marival (Lot), Puech Gibrat à Millau (Av.), Latga Gibrat à Tanavelle (Av., avec lat-ga, « large gué »). En revanche, les noms en Gibret ou Gibrère qu’on trouve principalement en Aquitaine sont plus probablement issus de la forme gasconne gèbre du genévrier.

La neige a mieux marqué les esprits et est présente dans bien des noms qu’on ne s’étonnera pas de retrouver en pays de montagne. Le massif de Néouvielle (H.-Pyr.) fait apparemment référence à des neiges (néou en occitan) anciennes (bieilh, « vieille »), le Jura culmine au Crêt de la Neige et la Réunion au Piton des Neiges. Dans les Alpes, on trouve le Dôme de Neige des Écrins à Pelvoux (H.-A.) et un Dôme de Neige aux Comtamines-Montjoie (H.-Sav.). Citons encore le Col de la Neige à Arrens-Marsous (H.-P.), un Pont de la Neige à Gavarnie (H.-P.) et à Bonneval-sur-Arc (Sav.), un Creux de la Neige à Morzine et Lompnieu (Ain), une Croix des Neiges à Culoz (Ain.), etc. La Corse n’est pas en reste avec plusieurs noms de lieux en Nivala (à Cargiaca, C.-du-S., etc.), Nivalone (à Giuncheto, C.-du-S., etc.), Nivalella (à Conca, C.-du-S., etc.), ou encore Nivalaccia (à Figari, C.-du-S.).

CPA Néouvielle

Dans les Alpes et les Pyrénées, le mot sée ou seilh est employé pour désigner une accumulation de neige, un lieu de congères, un névé, voire une petit glacier comme le Seilh de la Baque (de l’ubac plutôt que de la vache) dans les Pyrénées luchonaises.  Plus bas dans les vallées le mot seilh a pu se heurter à des paronymes issus de la variante *sel du pré-indo-européen * sal à valeur hydronymique de cours d’eau, marécage » ou oronymique d’«pentes à éboulis, éboulis » comme à Seilh (H.-G.) où le -l final a été mouillé  en gascon.

Sée vient de l’occitan haut-alpin sèya ou sa variante séa, « souffler fort » (en parlant de la bise froide du nord qui chasse à ras le sol la neige qui tombe) d’où le patois vallouisien seio, « tourmente, vent de neige, amas de neige produit par le vent, congère ». On rattache ces mots à une racine pré-indo-européenne sir, sira .La Sée, au pied du Pelvoux, désigne donc un lieu où souffle la bise du nord et ou s’amassent les congères. On trouve aussi un Dessous la Séa à Saint-Sorlin-d’Arves (Sav.), un Plateau de la Séa à (Valloire, id.), des Mamelons de la Séa à Freissinières (H.-Alpes), etc.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine dont le déterminant est lié à un des mots étudiés dans le billet.

La notice consacrée à la toponymie sur sa page wiki est assez ambiguë, proposant tout et son contraire à propos de ce déterminant.

Elle fut le centre d’une baronnie tandis que le chef-lieu de canton de l’arrondissement où elle se trouve fut capitale. (màj du 08/11/2021 à23h – merci TRA!)

Deux indices :

■ une affiche :

indice b 07 11 2021

■ un portrait pour l’église de la commune :

indice a 07 11 2021

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Aroue-Ithorots-Olhaïby (répàladev)

Personne n’a rejoint TRA et TRS sur le podium des découvreurs de la solution de ma dernière devinette.

Il fallait trouver le village Aroue-Ithorots-Olhaïby du canton de Saint-Palais, dans les Pyrénées-Atlantiques.

La commune d’Ithorots absorbe sa voisine  Olhaïby entre1790 et 1794 pour former la nouvelle commune d’Ithorots-Olhaïby. Par arrêté préfectoral du la commune d’Aroue absorbe à son tour Ithorots-Olhaïby pour former la nouvelle commune d’Aroue-Ithorots-Olhaïby.

Un peu de toponymie ?

Aroue (basque Arüe) : les formes anciennes de ce nom — Aroe (1337), Aroa (1385), Aroe (1460, 1469, 1690) et Aroue (1690) — ne permettent pas de comprendre le sens de ce nom. Le mot basque aro, « temps », parait particulièrement inapte à la toponymie, une formation sur un anthroponyme n’est pas perceptible et aucun mot latin approchant n’est connu pour avoir donné des noms de lieux dans le secteur. Le sens du nom Aroue reste donc parfaitement inconnu et seules des attestations antérieures au XIVè siècle pourraient, peut-être, donner la réponse.

Ithorots (basque Ithorrotze) : on trouve les formes Ihorrodz (1337), Uthorrotz (1469), Uthurrotz (1480) et Yptorrotz etIptorrotz (1690) issues du basque ithurri-hotz, « source, fontaine froide ». C’est l’équivalent des Fontroide et autres toponymes romans du même type vus dans ce billet. Les cartes IGN signalent une « source captée » qui était peut-être déjà celle qui donna un jour le nom de la paroisse .

Olhaïby (basque Olhaibi): Olhaive (1308), Olfabie (1376), Olhaibie (1385), Olhabia (1407), Olhayvi (1496), Olhayby et Olhaybié (1690) : toutes ces formes anciennes renvoient au basque olha-ibi-a, « le gué des cabanes », qui n’a pratiquement subi aucune déformation sauf la perte du déterminant final -a, « le », comme dans la plupart des toponymes. Le mot ibi, « gué », comme sa variante plus occidentale ubi (cf. Urtubie en Labourd), qu’il ne faut pas confondre avec bi, « deux », est à l’origine de divers noms comme celui de Garraybie (commune d’Ordiap) ; il devait nommer ici le passage du petit  affluent de la Bidouze qui contourne le hameau dont on ne mesure guère aujourd’hui l’importance qu’il put avoir anciennement.

Saint-Palais (basque Donapaleu) : attesté Sanctus Plagius (1160), Sant Peray (1249), Sant Pelay (1264, 1350,1413), Sent Palay (1385) et Donapalaio (1643). Le saint Pélage, devenu Palais (sans doute par attraction du nom de saint Palais de Saintes issu, lui, de Palladius), de la dédicace initiale a été remplacé par Paul au cours du Moyen Âge, ce qui peut expliquer la prononciation fautive Donapaule qui tend à se répandre dans la région, au lieu de Donapaleu issu de Pelagiu donnant Palaio.C’est la diffusion du culte des saints d’outre-Pyrénées qui est à l’origine de la dédicace du Xè siècle au niño Pelayo (« l’enfant Pélage »), assassiné par les Arabes en 926. En 1521, après sa défaite à la bataille de Noain contre les Espagnols, Henri II fait de Saint-Palais la nouvelle capitale du royaume de Navarre.

NB : ma source principale pour ce billet est la Nouvelle toponymie basque (…) de Jean-Baptiste Orpustan, ouvrage paru aux Presses universitaires de Bordeaux en 2006.

Les indices

 

 ■ Cette photo, légendée en « français »  « Fond de bois noir naturel vieux bois sale » devait faire penser à l’étymologie du nom de la Soule, « pays du bois noir », dans lequel se trouve la commune à trouver. J’expliquais il n’y a pas bien longtemps cette étymologie dans ce billet.

  ■ Cette gravure du Martyre de Pélage, âgé de 13 ans à Cordoue en 925, œuvre de Jean Luyken (1649-1712) renvoyait à Saint-Palais, chef-lieu du canton où se trouve la commune à trouver.

  ■ Ce portait dessiné par Gotlib de Superdupont, célèbre porteur de béret basque, devait bien sûr faire penser au pays Basque dans lequel se trouve la Soule, dans laquelle se trouve le canton de Saint-Palais, dans lequel se trouve la commune à trouver.

Les indices du 02 novembre 2021

TRA dès hier et TRS ce matin m’ont déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine formé de ceux, reliés par un trait d’union, des trois anciennes communes qui la composent.

Le premier nom est d’étymologie inconnue, le deuxième est lié au thème du billet d’aujourd’hui et le troisième a quelque chose à voir avec le passage de l’eau.

Le chef-lieu de canton a été capitale.

Deux indices :

■ une image, pour le pays :

■ une gravure, pour le chef-lieu de canton :

 et je rajoute cet indice :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Un coup de froid

Laissant de côté les voies de communications dont je parlais ici, et encore , je m’intéresse aujourd’hui, c’est de saison, aux toponymes liés au froid. Ceux de mes lecteurs dont la mémoire est plus vaillante que la mienne se souviennent sans doute que ce sujet a déjà été abordé il y a plus de quatre ans dans ce billet où il n’était question que de communes. Qu’à cela ne tienne ! j’élargis aujourd’hui les recherches à tous les toponymes et aux différentes variantes locales du mot.

La caractérisation d’un territoire par sa température jugée « froide » peut se faire pour plusieurs raisons : par opposition à un territoire plus « chaud » comme deux versants opposés de montagne, en référence à une source ou à des eaux, et c’est là le cas le plus fréquent, ou en référence à des terres « froides », c’est-à-dire peu ou pas fertiles.

C’est le latin frīgĭdus, a, um, qui est à l’origine du français « froid » et de ses pendants occitans fred-freda et freg-freja. Les autres langues seront abordées dans la troisième partie du billet.

La  langue d’oïl

Trois communes portent un nom déterminé par l’adjectif « froid » : Saint-Bonnet-le-Froid (H.-Loire), Sauzet-le-Froid (P.-d-D.) et Saint-Paul-le-Froid (Loz.) . Le cas de très loin le plus courant est celui où le « froid » s’applique à un élément précis :

  • la source ou la fontaine : c’est sans doute le cas le plus fréquent avec les communes Froidfond (Vendée, Froidefons en 1634, avec le latin fons, « source, fontaine », mais le masculin peut faire plutôt penser à un « fond de vallée »), Froidefontaine (T.-de-B.) et Ruillé-Froid-Fonds (May., longtemps écrit Ruillé-Froidfont). Les micro-toponymes sont bien entendu beaucoup plus nombreux avec une centaine de Fontfroide, Fonfroide, Froidefont, Froidefontaine, etc. ou des formes légèrement modifiées  comme Frédefont à Exireuil (D.-Sèvres). Sans oublier l’abbaye de Fontfroide dans l’Aude.

  • la hauteur : on trouve une vingtaine de Froimont ou Froidmont  dont Froidmond-Cohartille  (Aisne) et le hameau qui sert de déterminant à Bouxières-sous-Froidmont (M.-et-M.), et, avec un dérivé de podium, deux Puy Froid (à Availles-Limouzine, Vienne, et à Saint-Priest-sous-Aixe, H.-Vienne), un Peu Froid (à Saint-Étienne-de-Fursac, Creuse), un Pied Froid (à Tours-sur-Meymont, P.-de-D.), etc. Avec le ligure bric, « sommet » (cf. le gaulois briga de même sens), on trouve le Bric Froid à Abriès (H.-Alpes).
  • quelques noms de communes associent le « froid » avec une caractéristique précise comme Froideconche (H.-Saône, de conche, lat. concha, endroit en forme de « coquille »), Froidevaux (Doubs, « vallée »), (Vincent)-Froideville (Jura) et Froisdos (Meuse, Froideau en 1571, au confluent de l’Aire et du ruisseau Lavoye, était une « eau froide », avant de subir l’attraction de « dos »). Notons, parmi les micro-toponymes, deux Lac Froid (à Goudargues, Gard, et à Larche, A.-de-H.-P.), un Froidvent (à Leuglay, S.-et-L.) et une Froidebise (à Lonlay-l’Abbaye, Orne), des Cul Froid (à Nocé, Orne, etc.), un Froidcul (à Longuyon, M.-et-M.) et la Cité de Froidcul à Moyeuvre-Grande (Mos.) dans lesquels « cul » désigne un fond de vallon, sans oublier les innombrables cas où « froid » sert d’épithète à des noms banals comme Champ Froid, Combe Froide, Côte Froide, Font Froide, Froide Rue et bien d’autres.
  • avec le sens particulier de « difficile à travailler, infertile »,  « froid » a servi à nommer Terres Froides les Froid-faux-amis-1collines d’anciennes moraines du Bas-Dauphiné. Plusieurs hameaux ou lieux-dits portent ce même nom (mais attention aux faux amis ! cf. l’encadré)..
  • terminons-en avec quelques noms anecdotiques : la Ruelle Mort de Froid à Joigny (Yonne), le Boudin Froid à Colonard-Coubert (Orne), en réalité un ancien Bout ou Bourg d’Enfray,  le Froidousteau à Savigné-sous-le-Lude (Sarthe) où la cheminée de l’hôtel ne chauffait guère, le Murger Froidi à Dreux (E.-et-L.), en réalité le « tas de pierre » qui marquait la limite de la propriété de la famille Froidy. Arrêtons-nous un instant au chaînon de l’Ailefroide et son col du même nom à Bourg-d’Oisans (Isère) et Saint-Antoine (H.-Alpes) qui était Vallis Frigida (sans date), Alefrigida au XIVè siècle puis Ale-Froide en 1921 par aphérèse du latin vallis, « vallée », et frigida, « froide », nom monté du hameau d´Ailefroide (Saint-Antoine, Hautes-Alpes).
  • … et n’oublions pas les autres faux-amis Froidmanteau et Froidmentel vus dans le billet concernant le mantalon gaulois.

    La langue d’oc

En langue d’oc, le latin frigidum a subi un double traitement qui aboutit d’une part à frèg, frèch, frèja, frècha et, de l’autre, à freid, fred, frèda, avec dans le premier cas la palatalisation du g en j puis en ch avant la chute du second i bref pour frèch et, dans le deuxième cas, une chute de ce i bref avant toute évolution du g en j. Ce double traitement se retrouve dans le dérivé en –ièra : freidièra/fregièra désignant un lieu où il fait froid, un lieu mal ensoleillé, un lieu sujet aux gelées etc.

Les toponymes Fréjaville (à Salviac, Lot) et Fréjeville (commune du Tarn), sont formés avec l’occitan du Moyen Âge vila ou viala qui n’a d’abord eu que le sens de « domaine agricole, ferme », passé peu à peu au sens de « hameau, village » en fonction de l’urbanisation du domaine agricole. C’est ainsi que Frigida villa en 1176 pour Fréjeville (Tarn) peut désigner un domaine agricole ou un hameau. On rencontre également, avec le même sens d’opposé au soleil donc exposé au froid, des « fermes froides » comme Frémayoux à Trémouille (Av.) où la maison (occitan maion) était sans doute un grand corps de ferme, des « côtes froides » comme Coste Frège à Dio-et-Valquières (Hér., où còsta a le sens de « versant ») et de « froids rochers » comme à Frèjeroque à Foissac (Av).

Comme en région de langue d’oïl, l’association sans doute la plus fréquente concerne la source, la fontaine, où il n’est plus question d’exposition mais de qualité de l’eau (pas seulement par opposition aux eaux thermales mais aussi parce que l’eau fraîche était considérée comme excellente) : Freydefond (Av. et P.-de-D.), Fridefont (Cant),  Freygefond (Corr.).

Dans les Alpes comme les Pyrénées, et aux alentours, ce qualificatif est souvent employé, parfois avec des formes locales comme le Bois Frey (à Gresse-en-Vercors, Isère), Le Mourre Frey (au Castellet-les-Sausses, A.-de-H.-P., et à Sampzon, Ardèche), le  Riou Frey (à Thorame-Haute A.-de-H.-P., et à Guillaumes, A.-M.) ou encore le  Rieufret ( à Saint- Michel-de-Rieufret Gir.).

Les dérivés en –ière sont représentés par :

  • Freydier/Freydière : la commune La Frédière (Ch.-Mar.) et les micro-toponymes Freydier à Tence (H.-L.), à Chabeuil et Alixan (Drôme), Les Freydiers à  Barcelonne (Drôme), Les Freydières à Soyons (Ardèche), les Granges Freydière à Revel (Isère), etc.

  • Frégière/ Frigière : une vingtaine de La Frégière et les Frégières mais seulement trois Frigière (à Saint-Gervais-sur-Roubion et à Vesc dans la Drôme et à Montsalvy dans le Cantal), etc. Le diminutif apparait dans le nom de Fréjairolles (Tarn).
  • Fresquière : l’occitan fresquièra désigne plus particulièrement un endroit frais comme La Fresquière à Méolans-Revel et à Aubenas-les-Alpes (A.-de-H.-P.) ou à Usclades-et-Rieutord (Ardèche) et le quartier Fresquières d’Avignon (Vauc.), etc.

Notons que, particulièrement en Rouergue, ce toponyme peut évoquer la cavité rocheuse destinée à l’affinage du fromage comme la Frégère à Camarès, Broquiès, Najac et Pousthomy (Av.) ou la Frégière à Cassagnes-Begonhès (Av.). Mais seuls des documents anciens peuvent assurer de la présence de telles caves à fromage en faisant état de leur entretien, de leur fourniture ou de leur vente.

Les autres langues régionales

■ le savoyard

on ne s’étonnera pas de trouver dans cette région plutôt montagneuse de nombreux toponymes liés au froid, que ce soit pour caractériser un versant à l’abri du soleil ou un lieu aux températures moyennes plutôt basses. en savoyard, le latin frigidus a évolué en fraide, frei, freida, freyty, friand, friolan(d), friou, froid(e), froidet, fry … autant d’adjectifs qui apparaissent seuls ou qui accompagnent des noms communs. C’est ainsi que l’on trouve Froidan à Moncel (Sav.) et Frioland à Passy (H.-Savoie) avec le suffixe patoisant –anFreidaigue à Bény dans l’Ain (Frigida aqua en 1468).

Les noms en –ier ou –ière sont fréquents et peuvent représenter soit une source d’eau fraîche soit un « local à demi-enterré pour la conservation du beurre et du fromage » : La Fraidière (à Saint-Christophe-sur-Guiers, Isère), la Freidière (à Albiez-Montrond, Savoie), la Freydière d’en bas et la Freydière d’en haut (à Châteauneuf et Chamoux-sur-Gelon, Savoie).

Notons enfin la Pointe du Fréjus (2932m) et le Col du Fréjus (2551m) attestés In Frejurio et Tertia pars Frejuri en 1202, « joux froide », du roman frei, « froid », et du bas latin juria reprenant le gaulois *jor, juris, « hauteur boisée ».

■ le breton :

Yen, « froid », est un qualificatif peu utilisé en toponymie bretonne. On le trouve néanmoins dans les noms de Coat Yen Bihan et Coat Yen Braz à Bégard (le « petit bois froid » et le « grand bois froid », C.-d’A.), de Prat Yen à Lothey (la « prairie froide », Fin.) et à Pleubian (C.-d’A.), de Dour Yen à Taulé (la « eau froide », Fin.), de Stang Yen à Briec (« étang froid », Fin.), etc.

■ les parlers du Nord-Ouest :

On rencontre là l’adjectif caude dérivé du scandinave kaldr, « froid », qui a donné des toponymes comme Caudebec-en-Caux et Caudebec-lès-Elbeuf, tous deux en Seine-Maritime, avec bekkr, « ruisseau » et des noms de hameaux comme  Caudecotte (Eure et S.-Mar.) avec cot, « maison » (cf. le cottage), Côte-Côte (à Bec-de-Mortagne, S.-Mar) et même Cotte-Cotte (à Sierville et Grémonville, S.-Mar). Il convient ici de se méfier avec de possibles dérivés du latin calida, « chaude » qui a pu donner des noms en Caude- comme Caudebronde (Aude, avec *bron, « source »), Caudecoste (L.-et-G. du latin calida, « chaude » c’est-à-dire exposée au midi et costa, « côte » pour « colline ») etc.

■ les parlers du Nord-Est :

Dérivés du garmanique Kalt, « froid », on trouve les noms de Kaltenhouse (commune du Bas-Rhin),  Kaltenberg (« mont froid », deux en Moselle et deux dans le Bas-Rhin), Kaltenbrunnen (fontaine ou source froide, quatre dans le Haut-Rhin, deux dans le Bas-Rhin) etc. ainsi que  Kaltweiler (à Mortnach, Mos.) et Kaltwiller (à Saverne B.-Rhin).

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitiane formé de ceux, reliés par un trait d’union, des trois anciennes communes qui la composent.

Le premier nom est d’étymologie inconnue, le deuxième est lié au thème du billet d’aujourd’hui et le troisième a quelque chose à voir avec le passage de l’eau.

Le chef-lieu de canton a été capitale.

Deux indices :

■ une image, pour le pays :

■ une gravure, pour le chef-lieu de canton :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les Beaux Manteaux de Fyé (répàladev)

TRS a rejoint LGF et TRA sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver les Blancs Manteaux, nom donné à la Plaine des Beaux Manteaux ainsi qu’aux rues des Beaux Manteaux Nord et Sud, à Fyé dans la Sarthe.

local Fyé

En 1209, il se trouvait là une métairie mentionnée Medietaria de Bellomantello. Le nom évoluera par la suite en  Belmantel (1312), Beaumanteau (1498), Blanc-Manteau (1681), Boismanteau, Beaumonteaux, Beaumanteaux, Beauxmoineaux, Les Baumenteau et enfin Beaux-Manteaux.

La succession de ces différents noms montre bien qu’on hésitait sur le sens du nom d’origine : s’agissait-t-il d’un manteau ou d’un mont ? Était-il beau ou blanc ? À moins qu’il ne s’agisse d’un moineau ? Y en avait-il un seul ou plusieurs ? En réalité, il s’agissait sans doute du gaulois *bello-mantalon composé de bello, « fort, puissant », et mantalon, « chemin, route », ou d’un *petro-mantalon, « quatre routes » (Fyé se trouve près du croisement de deux routes anciennes, celle qui conduit du Mans à Alençon et celle qui conduit de Sillé-le-Guillaume à Mamers) [Gérard Taverdet, Noms de lieux du Maine, éd. Benneton, 2003, page 43].

Fyé, attesté Flae en 1126, Fleye en 1248, Flacyo en 1284, Flaceyo en 1347 et Fiée en 1357 porte un nom issu de celui d’un homme latin *Flaius, dérivé de Flavius, et suivi du suffixe -acum.

Situé au nord du département de la Sarthe, Fyé se trouve dans l’aire d’attraction d’Alençon, préfecture de l’Orne.

Capture Fyé

Enfin, l’énoncé mentionnait des « sculptures colorées pleines d’humour et de poésie ». Il s’agissait d’une allusion au jardin de Fernand Chatelain, dont on a un aperçu dans cette vidéo :

Les autres indices :

The Lacemaker, by Johannes Vermeer

 ■ La Dentellière de Vermeer devait faire penser aux dentelles et, parmi celles-ci, aux dentelles d’Alençon. Cette dernière est la seule préfecture connue pour ses dentelles limitrophe d’un autre département

 

 

indice-a-24-10-2021 ■ cette statuette vaudoue rappelait que Fyé fut le siège du centre vaudou européen de 2000 à 2009.

indice b 24 10 2021  ■ cet insigne de la 2é DB rappelait le monument érigé à Fyé en son hommage, « œuvre du sculpteur G. Humeau qui porte une liste impressionnante des hommes tués à l’ennemi, ainsi que les victoires de la colonne ».

 

 

L’indice du mardi 26/10/2021

LGF et TRA quasiment en même temps m’ont déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Un rappel de l’énoncé :

Il m’ a été très difficile de trouver une devinette, sachant qu’en tapant « « mantalon » gaulois » dans la barre de recherche de Google, les 250 résultats qui apparaissent permettent de savoir à peu près tout sur le sujet.

Il vous faudra pourtant trouver un micro-toponyme (donné à un lieu-dit et à deux chemins, l’un dit Sud et l’autre Nord) lié au gaulois mantalon accompagné d’un adjectif. Mal compris, ce nom a subi plusieurs déformations avant de se fixer aujourd’hui en deux mots bien français mis au pluriel sans raison étymologique.

Comme nulle part (à ma connaissance) sur internet on ne parle de l’étymologie de ce nom de lieu (mais je vous rassure, j’ai mes sources livresques), il vous faudra le trouver par déduction (et avec un peu de réflexion) quand vous aurez découvert la commune dont il fait partie.

Cette commune porte un nom issu de celui d’un homme latin accompagné du suffixe bien connu –acum.

Elle est située au nord d’un département mais dans l’aire d’attraction de la préfecture du département voisin.

On y trouve des sculptures colorées pleines d’humour et de poésie.

■ un tableau, pour la région :

The Lacemaker, by Johannes Vermeer

■ une statuette, pour la commune :

indice-a-24-10-2021

 

 

Et je rajoute cet indice :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les voies de communication – Troisième partie

Après avoir vu les voies (du latin via) puis les chemins (du gaulois cammano), j’aborde ici un autre mot gaulois lié aux voies de communication : mantalon.

Tandis que Dauzat restreignait le sens de mantalon à celui de « péage », un consensus s’est fait aujourd’hui, avec Xavier Delamarre (Dictionnaire de la langue gauloise, éd. Errance, 2001), pour élargir le sens de ce mot à celui de « chemin, route ». Si ce mot n’est pas passé en français (sauf comme couleur dans une chanson d’Eddy Mitchell — oui, je sais : je l’ai déjà dit en aguichage dans le précédent billet, mais j’aime bien), il a toutefois laissé quelques traces toponymiques.

Nous pouvons donner comme certaine l’origine selon mantalon des toponymes suivants :

 

  • Mansle (Char.) : d’abord Mantulae curtis (1048-80) puis via Manliae (1108). On reconnait dans la forme la plus ancienne le gaulois mantalo– qui, accentué à la gauloise sur l’antépénultième syllabe, deviendra *mantla puis *manl-.

  • Manthes (Drôme) : Mantol (1033) et Mantula (1408) représentent le même mantalo-.

  • Mantallot (C.-d’A.) : d’abord Montaloer en 1330 puis Mentalloet en 1444 doit bien son nom au gaulois mantalo-.
  • Manthelan (I.-et-L.) : mentionné par Grégoire de Tours au VIè siècle comme Mantalomagensen, ce nom est issu du gaulois mantalo– accompagné de magos, « marché » : c’était le « marché sur la route ».

  • Manthelon  (Eure)  : écrit Mentelon en 1262, il s’agit là aussi d’un ancien *mantalo-magos.

  • Malvilly-Mandelot (C.-d’Or) : situé sur la voie romaine d’Autun à Alençon, le hameau Mandelot doit son nom au gaulois mantalon.

  • Maule à St-Saturnin (Sarthe),  qui est aussi noté La Butte-de-Maule sur les cartes actuelles, était mentionné Mantulam au IXè siècle puis Villula quae Mantula nuncupatur… cum ecclesia Sancti Albini au XIè siècle, noms dans lesquels ont reconnait le gaulois mantalon. Le hameau est sur la route d’Alençon au Mans.

CPA Mansle

Le cas particulier de Petromantalo :

Entre Brivisara (Radepont)  et Ritumagus (Pontoise), la Table de Peutinger mentionne une station nommée Petromentalum qui apparait aussi sur l’Itinéraire d’Antonin comme Petro Mantallus et Petromantalium. On reconnait dans ces noms le gaulois mantalon précédé de l’adjectif numéral gaulois petuar, petro, petru, « quatre » : il s’agissait donc de « quatre routes », c’est-à-dire d’un carrefour. Plusieurs communes, toutes dans le Val-d’Oise, revendiquent le fait d’être situées à l’emplacement de cette ancienne station mais un consensus semble se faire autour du nom de Saint-Clair-sur-Epte (Michel Roblin, Le terroir de l’Oise, éd. Picard, 1978).

Pierremande (Aisne) était Petramantula en 867, issu du même gaulois signifiant « quatre routes, carrefour », qui a subi plus tard l’attraction du latin petra, « roche, pierre », devenant Piermande en 1588.

À Saint-Martin-du-Mont (C.-d’Or), le lieu-dit Fromenteau, à la croisée de deux routes très anciennes dont la voie romaine d’Autun à Langres, pourrait être un ancien *petromantalo, la forme Froitmantel de 1376 n’étant pas assez ancienne pour se prononcer mais semblant exclure le « froment » (NLBo.* et voir page 9 de cet article pour le passage du p à f en gaulois). À Saint-Gervais-en-Belin (Sarthe), le lieu-dit homonyme Fromenteau était Le bordage de Fremencel en 1341, forme ancienne qui semble interdire un rapprochement avec le nom du froment qui n’a joué qu’un rôle paronymique tardif : il pourrait s’agir là-aussi d’un ancien petromantalo (NLM*). Un troisième Fromenteau, à Crécy-en-Brie (S.-et-M.) celui-là, anciennement Frigidum Mantellum en 1260, pourrait avoir la même origine.

On rapprochera de ces noms celui de Saint-Jean-Froidmentel (L.-et-C.), mentionné comme Frigidum Mantellum en 1107 : la route de Chartres à Vendôme semble avoir été coupée en ce lieu par une autre route qui venait de franchir le Loir. Sans doute le nom de Saint-Claude-de-Froidmentel, aujourd’hui dans Brévainville (L.-et-C.), anciennement S. Claudius de Frigido Mantello a-t-il la même origine.

Rappelons que le nom mantel, apparu en roman en 980, ne désignait alors que le vêtement ample porté sur tous les autres et que les sens métaphoriques qu’on lui connait aujourd’hui n’apparaitront qu’au XIVè siècle. D’autre part, le fait que Fromenteau à Crécy-en-Brie et Froidmentel à St-Jean-de-Froidmentel aient été tous deux transcrits Frigidum Mantellum montre bien que nous sommes en présence d’une approximation : incompris, le gaulois mantalon a subi l’attraction de mantellum, tandis que le gaulois petro a été transformé en « froid » (ou à « pierre » dans Pierremande) ou a permis de passer à « froment ». Mais il convient d’être prudent : d’autres Fromental, Fromenteau ou Fromentières désignent bien des terres à froment, c’est-à-dire céréalières ; seules les formes anciennes permettent de faire un choix comme pour Fromental (H.-Vienne, Fromentalium en 1315) ou Fromentières (Marne, Fromentariae en 1162).

Ceux qui ont de la mémoire se souviennent peut-être de mon doute à propos d’un Fromenteau de Côte-d’Or pour lequel l’hypothèse d’un petro-mentalon avec petro passé à fro– pour donner fro-mental m’étonnait. Ayant trouvé la confirmation du passgae de p- à f- en gaulois (cf. le lien donné plus haut), je suis obligé de revoir mon jugement.

CPA Froidmentel

L’origine selon mantalon des toponymes suivants est probable mais d’autres étymologies sont possibles :

  • Nitry (Yonne), à la croisée de plusieurs routes, pourrait être un plus ancien *mantaliacum, construit sur mantalo et suffixe –acum, selon G.Taverdet (NLBo*) même si la forme Nantriacus du VIè siècle semble plutôt être issue d’un nom d’homme germanique Nantuarius (TGF*).
  • Mantry (Jura) toujours selon G. Taverdet (Noms de lieu du Jura, 1984) serait lui aussi un ancien *mantaliacum, tandis que le nom Mantriacus de 1116 semble orienter vers un nom de personne germanique Mantarius (TGF*).
  • Montailleur (Sav) : identifiée avec la station Mantala mentionnée sur la table de Peutinger entre Leminco (Lemenc) et ad Publicanos (Conflans), son nom serait donc issu du gaulois mantalon (J. Quiret, L’arbre celtique). Mais les formes anciennes Montelos vers 1100, Monteloso en 1216, Montilheux en 1497 ont aussi été interprétées comme des dérivés avec le suffixe –acum du nom d’homme latin Montilius (DENLF*) ou comme issues du latin monticulus avec le suffixe –osus pour « (pays) pourvu de petites montagnes » (TGF*).

  • Mantaille, un lieu-dit d’Anneyron (Drôme), était appelé Mantalo en 859 ce qui semble confirmer une étymologie selon mantalon (NLEF*) mais J.Astor (DNFLM*) préfère y voir la variante *man– de la racine pré-indo-européenne *mal– attachée à l’idée de « rocher, montagne ». Les noms de Mandailles-St-julien (Cant) et Castelnau-de-Mandailles (Av) soulèvent les mêmes doutes.

… et d’autres

Un document de 1970, signé Charles Arnould, édité sur le site Persée et intitulé Recherches sur divers toponymes routiers d’origine gauloise donne une série impressionnante de toponymes qui seraient liés au gaulois mantalon.. Parmi les premiers présentés, donnés pour d’anciens *mantalomagus, très ressemblants aux Manthalon et Manthelon vus plus haut, deux semblent bien être dans ce cas : Manthelon à Mézières-lès-Clécy et Mantelon à Denée (M.et-L.) mais l’auteur rajoute des formes en mont- beaucoup plus discutables comme plusieurs Montalon, Montelon, Monteuland, etc. et même Monthelon ( alors que Monthelon dans la Marne est un Mons Allonis en 948, du nom d’homme germanique Allon) ou encore Montaland, à Sainte-Catherine dans le Rhône, village natal comme chacun sait d’Adrienne (non, pas celle de Rocky, mais celle des amis Jojo, Pierre et Jacques ). Les seconds toponymes présentés par cet auteur, Malay-le-Grand et Malay-le-Petit sont donnés comme d’anciens *mantul-acus, mais, attestés Masliacus en 519 et Mansolacus en 657, ils  sont donnés comme issus d’un nom d’homme latin *Massula (surnom dérivé de massula, « miette ») par Dauzat&Rostaing (DENLF*) ou de manciola, « petite main » devenu nom de personne par E. Nègre (TGF*). Enfin, la dernière série étudiée par l’auteur serait issue d’un *malliacus, toujours formé sur ce gaulois mantalon, d’où des noms comme Mailly, Maillé, Maillat, etc. qui sont sans doute plutôt issus du nom d’homme latin Magilius ou Mallius. L’auteur appuie sa démonstration sur une étude très documentée des voies ou routes qui traversent toutes ces localités et semble en tirer la conclusion que, s’il y a route, c’est elle qui a donné son nom à la localité. Or, il y a toujours une route pour conduire à un lieu, quel qu’il soit … et il n’est pas sûr que toutes ces routes ou localités aient été baptisées par les Gaulois ni que leurs successeurs aient repris ce mantalon pour baptiser les leurs, que d’autres étymologies peuvent expliquer de manière convaincante.

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il m’ a été très difficile de trouver une devinette, sachant qu’en tapant « « mantalon » gaulois » dans la barre de recherche de Google, les 250 résultats qui apparaissent permettent de savoir à peu près tout sur le sujet.

Il vous faudra pourtant trouver un micro-toponyme (donné à un lieu-dit et à deux chemins, l’un dit Sud et l’autre Nord) lié au gaulois mantalon accompagné d’un adjectif. Mal compris, ce nom a subi plusieurs déformations avant de se fixer aujourd’hui en deux mots bien français mis au pluriel sans raison étymologique.

Comme nulle part (à ma connaissance) sur internet on ne parle de l’étymologie de ce nom de lieu (mais je vous rassure, j’ai mes sources livresques), il vous faudra le trouver par déduction (et avec un peu de réflexion) quand vous aurez découvert la commune dont il fait partie.

Cette commune porte un nom issu de celui d’un homme latin accompagné du suffixe bien connu –acum.

Elle est située au nord d’un département mais dans l’aire d’attraction de la préfecture du département voisin.

On y trouve des sculptures colorées pleines d’humour et de poésie.

■ un tableau, pour la région :

The Lacemaker, by Johannes Vermeer

■ une statuette, pour la commune :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Casteide-Cami (répàladev)

Le temps est venu de donner la réponse à ma dernière devinette.

Il fallait trouver Casteide-Cami, un village des Pyrénées-Atlantiques de l’arrondissement de Pau.

La forme Casteede deu Camii de 1352 se comprend comme la « châtaigneraie du chemin ». Le premier élément est un dérivé de l’occitan castaneda, « châtaigneraie », dont le n intervocalique a disparu en gascon au lieu d’être nasalisé en gn comme dans les autres langues d’oc ; le deuxième élément est dérivé du bas-latin caminus, « chemin », avec là-aussi disparition du n. Le chemin dont il est question est probablement un des chemins de pèlerinage menant à Saint-Jacques-de-Compostelle qui traversait ici une châtaigneraie.

Ce village abritait la résidence de Madeleine de Lafargue, épouse d’Andreu de Sarrabaig, une des nourrices d’Henri III de Navarre, le futur roi Henri IV de France, et mère de Pierre de Sarrabaig (1553-1620) :

Capture d’écran du site Généanet

Ce dernier, qui fut « panetier au gobelet du Prince Henri III de Navarre, chef de la paneterie de bouche des rois Henri IV et Louis XIII », acheta la seigneurie de Casteide-Cami en 1605. Il n’était que chef panetier et non Grand Panetier, ce qui explique qu’il ne figure pas dans la liste wiki de ces derniers, qui n’officiaient que cinq fois par an.

Le page du site du pays d’Arthez consacrée à Casteide-Cami commet deux erreurs : d’une part, si Madeleine de Lafargue a bien été la nourrice d’Henri IV (1553-1610), on se demande bien où l’auteur est allé chercher qu’elle en fut la maîtresse ; d’autre part, la demeure ou le château qui aurait été construit par Henri IV pour une de ses maîtresses (on ne prête qu’aux riches ! ) ne peut pas avoir été, deux siècles auparavant, à l’origine du nom Casteede du village !

Les indices

Cette photo d’un chemin dans une châtaigneraie était un indice limpide.

L’apôtre André avec la croix de saint André, statue de marbre datant de 1640 exécutée par François Duquesnoy (1594-1643), rappelait que l’église de Casteide-Cami était dédiée à ce saint.

Il fallait reconnaitre Porthos, le personnage des Trois Mousquetaires dont la figure inspiratrice était Isaac de Portau, né à Pau le 2 février 1617 (Illustration de Porthos par Vivant Beaucé. Édition de 1849 par J.-B. Fellens et L.-P. Dufour. DeAgostini/Getty Images).

Cette vache rouge, déjà utilisée comme indice, renvoyait au Béarn dont le blason est orné de deux vaches rouges.