Rugby pacifique

Il n’aura échappé à personne que se joue actuellement la coupe du Monde de rugby ( pour ceux qui vivent sur une autre planète, je rappelle que le rugby est un sport qui se joue à quinze contre quinze avec un ballon ovale et qu’à la fin ce sont les Néo-Zélandais qui gagnent).

Un débat animé dans la queue de ma boulangerie ce matin, avant le match qui devait opposer les Français aux Tongiens*, m’a fait comprendre que la plupart des chalands n’avaient qu’une très vague idée de là où il fallait placer ces adversaires sur la mappemonde. Et le score ne s’améliorait guère avec les Fidjiens ou les Samoans. Seuls les Néo-Zélandais étaient à peu près bien situés, à droite de l’Australie, comme la Nouvelle-Calédonie.

En avant, donc.

Nouvelle-Zélande :

Cet ensemble d’îles est en effet situé en bas à droite ( au sud-est ) de l’Australie, en plein océan Pacifique :

Il fut découvert en 1642 par le navigateur hollandais Abel Tasman. Quatre de ses hommes ayant été tués par des indigènes maoris, il s’éloigna prudemment en mentionnant sur sa carte, en néerlandais, Moordenaars Baai, la « baie des Meurtriers ». Pensant que cette terre pouvait être une partie du mythique continent austral, il laissa aux autorités des États généraux des Provinces unies le soin d’en décider et, en attendant, appela ce pays Staatenlandt, « le pays des États ». N’ayant pas les moyens de trancher, les autorités adoptèrent l’appellation de Nieuwe Zeeland, « Nouvelle Zélande », en référence à la Zélande riveraine de l’embouchure de l’Escaut. C’est James Cook qui, ayant entrepris en 1769 d’explorer l’ensemble des côtes, démontra l’insularité de cette terre. Quand celle-ci fut annexée par la Grande-Bretagne en 1840, le nom néerlandais entré dans l’usage fut conservé mais anglicisé en New Zeeland, New Zeland puis New Zealand avec une curieuse hybridation.

Le nom indigène de l’île du nord Aotearoa, souvent traduit comme « pays du long nuage blanc », est aujourd’hui donné à tout le pays.

Tonga :

cet archipel se trouve au nord-est de la Nouvelle-Zélande :

Les premières des 150 îles de cet archipel furent découvertes par les navigateurs hollandais Schouten en 1616 et Tasman en 1643. Mais l’exploration et les relations avec les indigènes ne furent entreprises que lors des voyages de James Cook en 1773 et 1177. Agréablement surpris par l’accueil aimable et courtois qu’il reçut de la part des indigènes, il proposa le nom de Friendly Islands, « îles amicales ». Ce nom fut traduit en français archipel de l’Amitié ou îles des Amis et en allemand Freundschaftsinsein. On a pourtant continué à appeler l’île principale par son nom indigène Tongatabu, « île ( tonga ) sacrée (tabu ) », souvent réduit à Tonga dans l’usage courant. Ce nom commode et respectueux des traditions indigènes s’est finalement imposé pour désigner l’ensemble de l’archipel et du royaume.

Fidji :

cet ensemble d’îles se trouve à l’est de l’Australie, au nord de la nouvelle-Zélande, au nord-ouest des Tonga:

C’est toujours Abel Tasman qui passa le premier rapidement en 1643 dans cet archipel qu’il proposa d’appeler Prins Willem’s Eilanden, en hommage à Guillaume Ier d’Orange-Nassau. Il ne fut réellement colonisé qu’en 1773 par James Cook qui, reprenant le nom indigène, le nomma en anglais Fiji ( aussi écrit Feejee ), devenu en allemand Fidschi et en français Fidji. En réalité, Fiji est le nom de ces îles dans le dialecte de Tonga, où James Cook a semble-t-il pris d’abord les informations utiles. Dans le parler fidjien, le même nom a la forme Viti : la grande île de l’ouest s’appelle Viti Levu, « la grande Viti ». On ne connait pas le sens du mot viti.

Samoa :

Toujours à l’est de l’Australie, à l’est des Fidji :

C’est en 1722 que le navigateur hollandais Jacob Roggeveen découvrit ces îles ou du moins une partie d’entre elles. Il les nomma Boumans Eilander, du nom du capitaine Cornelis Bouman, commandant un des bateaux de l’expédition, qui les aperçut le premier. Ce nom fut étendu à tout l’archipel notamment par Charles de Brosses quand il écrivit son Histoire des navigations aux terres australes en 1756. Cependant, en 1788, Louis Antoine de Bougainville préféra les baptiser Isles des Navigateurs parce qu’à son arrivée il fut accueilli et escorté par une volée de petits bateaux menés de façon experte par les indigènes. C’est pourtant le nom local de Samoa qui l’a finalement emporté. L’hypothèse de l’origine de ce nom d’après celui d’un légendaire grand chef d’envahisseurs ( venus de Tonga ?) ne repose sur rien. Un rapprochement avec le nom maori du moa, un grand oiseau incapable de voler, a été fait en s’appuyant sur l’existence de toponymes néo-zélandais hybrides anglo-maoris comme Moa Flat, Moa Creek, Moa Point, etc. correspondant à des endroits où on a trouvé des ossements de ces oiseaux aujourd’hui disparus. Mais on ne voit pas alors quelle serait la signification de la première partie du composé Samoa.

*la France l’a difficilement emporté 23 à 21. Ouf.

P.S. vue l’heure tardive à laquelle je me suis mis à la rédaction de ce billet, le temps me manque pour vous proposer une devinette digne de ce nom. Il vous faudra patienter …

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Amazonie, Amazonia ( partie V )

S’arrêtera-t-elle un jour de brûler ? Faute de bois, un jour peut-être …

Oui, l’Homme a brûlé certaines régions de l’Amazonie pendant des milliers d’années mais les analyses de ces incendies indiquent pour le moment que la forêt n’a jamais été aussi perturbée qu’au 21e siècle.

( National Geographic )

Voici aujourd’hui le dernier volet ( après un premier, un second, un troisième et enfin un quatrième ) du survol des régions amazoniennes.

L’Amazonie surinamienne

Le nom du Suriname est attesté pour la première fois chez Walter Raleigh en 1595 à propos du fleuve qu’il appelle Surinam. Il y a par la suite plus de trente orthographes différentes du nom de la rivière dans les cartes et la littérature. Le nom est probablement dérivé de celui de l’ancienne tribu indienne Surinen qui habitait le pays avant d’en être chassée par les Caraïbes. Le Suriname est divisé en dix districts.

Sipaliwini : ceux qui se souviennent de mon précédent billet, auront remarqué le suffixe wini qui signifie « eau » en langue caribe : il s’agit donc là du nom d’une rivière. Le radical sipali désigne la raie ( sans doute la raie d’eau douce réticulée ). Il s’agit donc de la « rivière des raies ». La capitale … n’existe pas, la région étant administrée directement par la capitale du pays, Paramaribo ( voir plus loin ).

Brokopondo : ce nom, qui est aussi celui de la capitale, apparait pour la première fois sur une carte maritime de 1887 sous la forme Broko Pondo. Certains y ont vu un toponyme fabriqué, un semblant d’acrostiche de Broken Pontoon or Boat, soit le « ponton ou le bateau brisé ». Aucune trace ne subsiste d’un tel événement, mais rien ne permet d’exclure un éventuel naufrage contre un ancien ponton ( construit en bois à cette époque ) ou des rochers submergés toujours présents. En l’absence d’une étymologie amérindienne crédible, c’est donc l’origine anglaise qui est généralement admise aujourd’hui.

Para : ce nom signifie « eau, cours d’eau, fleuve, mer » en langue tupi-guarani. Le nom de la capitale Onverwacht signifie, en néerlandais, « inattendu », en référence à la plantation de tabac qui se développa là au XVIIè siècle. Au siècle suivant, on l’appela Bose, du nom du propriétaire Frederik Coenraad Bossé. Après l’abolition de l’esclavage en 1863, huit anciens esclaves achetèrent le terrain en 1881 pour y établir une plantation de bois.

Nickerie : contrairement aux apparences, le nom de cette rivière est d’origine amérindienne : noté Nikeza sur une carte de 1770, il signifie « généreuse », sans que l’on sache s’il s’agissait de décrire les eaux particulièrement poissonneuses ou le débit parfois important ; le nom a sans aucun doute subi l’influence de nickel, lors de l’occupation anglaise. La capitale Nieuw-Nickerie a remplacé l’ancienne Nieuw-Rotterdam, plus en aval, victime de trop nombreuses inondations.

Coronie : le nom amérindien de la rivière est Coroni, dans lequel on reconnait le suffixe uni/oni pour « eau ». La capitale Totness est située à l’emplacement de la première colonie anglaise au Surinam, où elle a repris le nom, avec un -s- supplémentaire, de la ville du Devon Totnes d’où les colons étaient majoritairement originaires.

Saramacca : c’est un Anglais appelé Lawrence Keymis qui a découvert le fleuve en 1596 et qui a repris le nom amérindien Shurama pour le baptiser ; on trouvera ensuite les noms Surrmacca, Saramo, Saramaca et Sarameca. Le nom arawak de la rivière est en réalité Surama, sans étymologie clairement identifiée, auquel les Arawaks ajoutent un suffixe -ka pour en faire un ethnonyme. La capitale est Groningen, qui porte un nom importé des Pays-Bas ( Groningue ).

Wanica : le nom était aussi écrit Wonica. On y reconnait une variante caribe woni, « eau », accompagnée du suffixe -ka qui en fait un ethnonyme : il s’agit du « peuple de l’eau ». La capitale Lelydorp ( « le village de Lely » en néerlandais) a été baptisée en hommage à Cornelis Lely, gouverneur de la Guyane néerlandaise entre 1902 et 1905. Son nom précédent Kofi Djompo faisait référence à un leader des nègres marrons appelé Kofi, qui fut capturé par les hollandais puis décapité. Les Hollandais mirent sa tête sur une perche fichée dans un bateau comme avertissement aux esclaves qui s’étaient enfuis et erraient dans la forêt. Il est dit que, lorsque l’embarcation arriva au milieu de la rivière, la tête de Kofi « sauta » en dehors du bateau et disparut.  Kofi  signifie « né un vendredi » et djombo  veut dire « saut ».

Paramaribo : ce nom est issu du tupi-guarani para, « eau, cours d’eau, fleuve, mer » et maribo, « habitants ». Le rapprochement qui a été fait avec l’amérindien paramoeroe, « arc-en-ciel », reste fort douteux. Paramaribo est aussi le nom de la capitale.

Commewijne : ce nom de rivière est la transcription néerlandaise en 1678 du nom caribe Commewini où l’on reconnait là encore le suffixe caribe wini, « eau ». La capitale Nieuw- Amsterdam porte un nom importé des Pays-Bas en 1774.

Marrowijne : de même origine que le précédent, il s’agit de la transcription néerlandaise du nom du fleuve Maroni. En langue kali’na, mara-uni signifie « rivière sans fin ». La capitale Albina a été fondée en décembre 1846 par le colon allemand August Kappler, qui la baptisa du prénom de sa future épouse Albina Josefine Liezenmaier, de Stuttgart, qui le rejoignit en 1853.

L’Amazonie guyanaise

Le département français de la Guyane est divisé en deux arrondissements :

Cayenne : l’étymologie de ce nom a fait l’objet d’un récent billet dont on lira aussi à profit les commentaires.

Saint-Laurent-du-Maroni : l’étymologie de Maroni a été donnée dans le paragraphe concernant le Marrowijne surinamien. Lors de l’établissement du pénitencier agricole par le commandant Eugène Mélinon ( 1818 – 1904 ), le 21 février 1858, le contre-amiral Auguste-Laurent Baudin, alors gouverneur de la Guyane, décide de placer le village sous le vocable de saint Laurent, à la mémoire de son père et de son grand-père, qui se prénommaient Laurent comme lui.

Plusieurs communes françaises gardent dans leur nom des traces d’anciens incendies, comme on l’a vu pour Cendras, par exemple. Pour d’autres, c’est un déterminant qui garde la mémoire d’un tel événement.

C’est le cas d’Azay-le-Brûlé dans les Deux-Sèvres, même si l’origine du qualificatif semble s’être perdue dans les couloirs du temps. La commune d’Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire ), dont le fort fut brûlé en 1418 par Charles VII, a été appelée Azay-le-Brûlé jusqu’au XVIIIè siècle. Azay-sur-Indre, incendié par le gouverneur de Touraine pour en déloger les Anglais en 1395, fut aussi quelque temps surnommé Azay-le-Brûlé. On pourra tirer deux enseignements : les Azay attirent les flammes et seul celui dont on ignore l’histoire en garde la trace dans son nom …

En Eure-et-Loir, Marville-Moutiers-Brûlé ( Marville du gaulois Marto et villa, et Moutiers de monasterium, « monastère » ) garde le souvenir d’un incendie allumé par les Huguenots en 1562.

La voici, la voilà :

Une autre petite commune française porte un nom formé sur le même modèle. Il s’agit du nom d’un bâtiment accompagné d’un déterminant indiquant qu’il fut jadis victime des flammes, mais sans qu’on ne sache ni quand ni dans quelles circonstances.

Je vous propose donc de partir à la recherche du nom de cette commune sachant que :

  • le déterminant, issu d’un verbe sorti des dictionnaires actuels, a pris une forme qui le rend aujourd’hui incompréhensible pour la plupart des gens ;
  • il existe un parfait homonyme dudit déterminant dans le domaine physiologique.

Et, voyez ma générosité, un indice :

Amazonie, Amazonia ( partie IV )

Ne le dites pas trop fort, mais elle brûle encore :

Les dernières données satellitaires de l’institut brésilien INPE confirment qu’avec quelque 131 600 incendies depuis janvier le Brésil, qui abrite 60 % de l’Amazonie, n’avait pas brûlé autant depuis sept ans.

Mais tout va bien, les méchantes flammes n’ont qu’à bien se tenir :

Lundi, à New York, Emmanuel Macron lancera, lors d’une réunion en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, « un appel à la mobilisation ».

( ici )

Continuons aujourd’hui, tant qu’il en reste, notre tour de l’Amazonie ( commencé ici, poursuivi et encore ) avec la première des trois « Guyanes ».

La première définition de Guyane qui fit consensus fut celle du capitaine de frégate Frédéric Bouvier qui écrivait en 1862 :

On donne le nom de Guyane à cette vaste contrée de l’Amérique équinoxiale qui est comprise entre l’Orénoque, l’Amazone, le Rio-Negro et la mer. Le Rio-Negro qui la limite à l’ouest, sert en même temps de trait d’union aux deux grands fleuves qui la bordent au nord et au sud.

On voit que la région en question dépasse largement les limites du Guyana, du Surinam et de la Guyane française.

L’étymologie de Guyane a fait couler beaucoup d’encre. Il a d’abord été question d’en faire le nom d’un peuple aborigène rencontré par les Espagnols, les Ouayanás ou Gouayanas, nom dans lesquels ont a cru reconnaitre ceux qu’on appelle aujourd’hui Wayanas ( H.-A. Coudreau, 1885). On sait aujourd’hui que ces derniers vivaient loin de la côte hors de portée des premiers marins européens et ne pouvaient pas être à l’origine du nom de la Guyane. On a donc proposé une autre étymologie selon un mot d’une langue amérindienne qui signifierait « la terre sans nom » (E. Lézy, 1989 ) mais sans préciser la langue ( il en existe ici au moins trois …). En réalité, si on remonte aux premières sources espagnoles, c’est à dire à Diego de Ordás qui atteint ce qu’il appelle la Province de Guayána peuplée par les Guayanos, expliquant que ces noms viennent de la langue des indigènes, on est amené à conclure que le nom Guyane s’est d’abord appliqué au territoire d’une tribu indienne du nord de l’Orénoque. La découverte de plusieurs hydronymes identiques appliqués à des cours d’eaux fort éloignés les uns des autres ouvrait la voie à une autre hypothèse : en comparant Wiana ou Guiana et wina et wini, racines linguistiques arawak désignant l’eau, on a fait de Guyane « le pays inondé » ( Rodway, 1904 ) ou « la terre aux nombreuses eaux », appuyé par le fait que les Espagnols avaient déjà parlé de Costa Anegada (« côte noyée »). Or, plusieurs témoignages indiquent que les Guayanos dont parlaient les Espagnols ne vivaient ni à proximité immédiate du littoral ni au bord de l’Orénoque et que les explorateurs eurent beaucoup de mal à les atteindre. Une dernière hypothèse ( Williams, 1923 ) a fait venir le nom de la Guyane de plus loin et plus haut : les tribus parties des pentes orientales des Andes péruviennes, en se déplaçant loin vers le Nord et en suivant les méandres des Amazones et de l’Orénoque, ont gardé en commun une racine (linguistique) qui, bien qu’ayant souffert de nombreuses altérations, s’est conservée aujourd’hui. C’est ce nom qu’ils auraient donné, avec quelques variations, successivement aux cours d’eau le long desquels ils s’installaient. Apparentés aux Caraïbes, il semble que ces indigènes aient eu un arbre totem, un palmier comme les Awara, Ouaï ou Gouaï voire Guyaï, d’où viendrait leur nom.

Les avancées de la recherche linguistique américaniste invitent pourtant aujourd’hui à préférer une étymologie renvoyant à un fleuve, comme pour le Surinam, du fleuve appelé Sulinaman en langue karib, ou comme la rivière de Cayenne appelée Kalani dans la même langue et notée cajane ou caiane par les premiers colons. Il reste toutefois indiscutable que des indigènes appelés Guayanos ou Guayanas, appartenant au groupe linguistique karib, vivaient sur les rives bordées de palmiers d’un affluent de l’Orénoque à l’arrivée des Européens

Je ne vous ai fait ici qu’un très bref résumé de ce que l’on sait aujourd’hui du nom de la Guyane. Pour en savoir plus ( et mieux ! ), vous pouvez lire avec profit ce document dont je me suis largement inspiré.

L’Amazonie guyanienne

Barima-Waini ( ou Nord-ouest ) doit son nom à celui, amérindien, de deux rivières. On reconnait dans celui de la Waini la racine vue plus haut pour Guyane. La capitale, Mabaruma, porte, elle aussi un nom amérindien.

Pomeroon-Supenaam : Pomeroon est le nom de la rivière au bord de laquelle les premiers Hollandais ont tenté de s’établir à la fin du XVIè siècle. Ils en furent chassés puis remplacés par les Espagnols vers 1650. Les Amérindiens s’étaient réfugiés plus à l’intérieur, à Essequibo. La colonie espagnole fut à son tour détruite par les Français en 1689. C’est au XVIIIè siècle qu’une troisième tentative fut la bonne. Le nom de la rivière est noté Pomerón par les colons espagnols qui reprenaient le nom indigène. Supenaam, de l’amérindien Supinaam, est le nom d’ une autre rivière. La capitale, Anna Regina, tiendrait son nom de la noyade accidentelle vers 1800 des deux filles d’un colon anglais qui venait de racheter la plantation aux Hollandais.

îles d’Essequibo-Demerara Occidental : Essequibo est le nom de la plus importante rivière de Guyana. Elle a été explorée pour la première fois par Juan de Esquivel, dont on lui a donné le nom, altéré par les prononciations des indigènes et des colons successifs. C’est son nom qui sera aussi donné par les Vénézuéliens à la Guyane Esequiba désignant le territoire frontalier contesté entre les deux pays. Demerara est une rivière dont le nom arawak Dumaruni, avec le suffixe uni, « eau », signifie « rivière de l’amourette ». Cette amourette est un arbre ( Brosinum guianense) aussi appelé lettre-mouchetée, caractérisé par un bois très dense dont on a fait des lettres d’imprimerie. La capitale Vreed-en-Hope porte le nom que les premiers colons, des Hollandais, lui avaient donné : « Paix et Espoir » ( ils ont pas été déçus !), nom que les Anglais ont conservé.

Demerara-Mahaica : Demerara a été expliqué plus haut. Sans surprise, Mahaica est le nom arawak d’une rivière dont je ne connais pas le sens. La capitale, Georgetown, s’est d’abord appelée Longchamps quand les Français s’y sont installés en 1782 après les Anglais et les Hollandais. Deux ans plus tard, les Hollandais en reprirent possession et l’appelèrent Stabroek, en l’honneur de Nicolaas Geelvink, lord de Stabroek, président en 1784 de la Compagnie néerlandaise des Indes Occidentales. Elle fut enfin appelée Georgetown en 1812 en l’honneur du roi George III du Royaume-Uni.

Mahaica-Berbice : Berbice est le nom d’une rivière issu de l’arawak beribishi, un type de bananier poussant abondamment sur ses rives. La capitale est Fort Wellington dont le nom fait référence à Arthur Wellesley qui fut fait duc de Wellington après sa victoire à Waterloo.

Berbice Oriental-Courantyne : la rivière Corantyne ( ou Courantyne ou Corantjin) doit son nom à l’arawak Corentini dans lequel on reconnait le suffixe ini/oni/uni , « eau » ( comme pour le Dumaruni vu plus haut et les noms suivants). La Courantyne a été appelée Rio Barbeiros par les Espagnols, soit la » rivière des ( punaises ) vinchucas ». La capitale, New Amsterdam, doit son nom aux premiers colons hollandais entre 1730 et 1740, et le conserva malgré sa prise par les Anglais en 1803.

Cuyuni-Mazaruni : les deux rivières qui donnent son nom à cette région ont des noms dérivés de l’arawak, reconnaissables à leur suffixe -uni, « eau ». La capitale, Bartica, porte le nom amérindien de la « terre rouge » ( latérite ) qui caractérise la région.

Potaro-Siparuni : la rivière Siparuni porte un nom arawak reconnaissable au suffixe -uni, « eau ». Le nom de la rivière Potaro reste mystérieux mais il est à l’origine de celui de la potarite, un amalgame de palladium. La capitale Mahdia a été fondée en 1884 par des Africains libérés de l’esclavage. L’orthographe avec un -hd – inhabituel en Guyana peut faire penser à un transfert du nom d’une ville maghrébine, mais cela reste très douteux.

Haut-Takutu-Haut-Essequibo : Takutu est un hydronyme sans aucun doute d’origine arawak qui signifierait « rivière noire », un synonyme de Rio Negro, si on croit l’explorateur Schomburgk. La capitale Lethem est nommée en hommage à Sir Gordon James Lethem, qui fut gouverneur de la Guyane Britannique de 1941 à 1947.

Haut-Demerara-Berbice : les deux toponymes ont déjà été expliqués, suivez un peu, quoi! La capitale est appelée Linden en l’honneur de Linden Forbes Sampson Burnham, le négociateur de l’indépendance du Guyana en 1966 et proclamateur de la république en 1970.

… et ce sera tout pour aujourd’hui !

L’inspiration commençant à faire défaut, je ne vous propose aujourd’hui qu’une toute petite devinette :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française qui fut la proie des flammes, selon son étymologie.

Amazonie, Amazonia ( partie III )

Tiens! L’Amazonie a disparu des unes de nos journaux … Elle n’ y aura tenu que quinze jours. Et pourtant, elle brûle toujours. Mais on s’en fout : le G7 a été un succès ( si, si ! ), on n’a plus le droit de traiter l’arbitre d’enculé ( même si c’est vrai ) et Balkany est en taule ( au moins quelques nuits ).

Allez, continuons la visite de la forêt, tant qu’il en reste encore un peu. ( La première partie est et la deuxième ici ).

L’Amazonie colombienne

La forêt tropicale occupe la quasi totalité de six départements colombiens qui sont, d’ouest en est : l’Amazonas, le Putumayo, le Caquetà, le Vaupés, le Guaviare et le Guaína.

Amazonas : on ne présente plus l’étymologie de ce nom ( cf. ici ). Sa capitale fut fondée en 1867 quand la région appartenait encore au Pérou et fut nommée San Antonio par le capitaine péruvien Benigno Bustamante le 27 avril. Le 15 décembre de cette même année, un notable de la ville, l’ingénieur Manuel Charón la renomma Leticia, en hommage à sa femme, Leticia Smith.

Putumayos : nommé d’après l’affluent de l’Amazone qui en marque la frontière sud. celui-ci s’appelle putu mayu en langue quechua, soit le « fleuve ( mayu ) des calebasses ( putu ) » ou, plus exactement « fleuve auprès duquel poussent les arbres qui donnent les fruits dans lequel on fait des récipients ». Sa capitale Mocoa a été fondée le 29 septembre 1563 par le capitaine Gonzalo H. de Avendaño sous le nom complet de San Miguel de Agreda de Mocoa, en souvenir de l’église Saint-Michel d’Agreda en Espagne ( Castille-et-León ). Mocoa est soit le nom de la tribu d’Amérindiens qui vivaient là quand les Espagnols sont arrivés, soit le nom qu’ils donnaient à la rivière qui baigne la ville ( et qu’elle porte encore) soit encore à une résine qu’ils exploitaient.

Caquetá : l’étymologie de ce nom — là aussi, celui des Amerindiens ou de la rivière — est mystérieuse. Sa capitale Florencia a été baptisée en souvenir de la ville italienne d’où était originaire Paolo Ricci le tenancier de l’épicerie-cave à vin de l’entreprise de caoutchouc autour de laquelle elle se développa. Plus moralement correct, on dit que le nom fut choisi par le père Doroteo de Pupiales, impressionné par les fleurs multicolores ( ça me rappelle un peu la Martinique, prétendue « île aux fleurs » ).

Vaupés : le nom de l’affluent du Rio Negro, Vaupés, n’a pas d’étymologie connue. C’est Alfred Wallace au XIXè siècle, qui donna le nom générique de Ouapés aux différentes tribus de la région. La dernière référence à ce supposé peuple fut faite par Agustín Codazzi en 1857. On ne parla plus ensuite que de différentes tribus en les appelant chacune par son nom. Toujours est-il qu’on ne connait pas la signification de ce nom, ni même s’il désignait tout un peuple ou seulement un supposé chef. La capitale Mitú doit son nom à un oiseau : en langue ñengatú du groupe tupi-guarani, mitú désigne le crax ou hocco.

Guaviare : le nom de l’affluent de l’Orénoque, passé au département, semble être un mélange ( involontaire de la part les explorateurs ? ) de celui des deux rivières qui lui donnent naissance, le Guyabero et l’Ariairi, sur les rives desquels vivent les Guyaberos. Mais cela ne nous en dit pas plus sur la signification de ce nom, qui reste mystérieuse. La capitale San José del Guaviare a été baptisée du nom du saint du jour, le 19 mars 1910, par les premiers colons ( Homero Benjumea, Dionisio Rodríguez, Pablo Espitia, Félix Restrepo, Carlos Durán et Nepomuceno González ) qui s’étaient fixés là, principalement pour le caoutchouc.

Guainía : ce département porte le nom que les Amérindiens donnaient au cours supérieur du rio Negro, l’affluent de l’Amazone au débit le plus puissant, et au territoire qu’il baignait. En langue ñengatú du groupe tupi-guarani ce nom signifie « terre des nombreuses eaux ». Le nom de sa capitale Inírida signifie « miroir du soleil » dans la langue indigène du groupe ethnique Puinave. Selon la légende, Inírida était une princesse qui est devenue la fleur d’Inírida, qui ne pousse que dans le milieu humide et sablonneux de la région, près des rivières Inírida et Guainia. C’est une fleur rouge à écailles blanches, semblable à un épi, mais vous le savez déjà si vous avez cliqué sur le lien précédent.

L’Amazonie vénézuélienne

Au Vénézuéla, la forêt amazonienne recouvre en gros la partie au sud de l’Orénoque, soit trois États : l’Amazonas, Bolivar et le Delta Amacuro.

Amazonas : inutile de revenir sur ce nom, déjà vu plusieurs fois. La capitale, fondée le 9 décembre 1924 par l’ingénieur-géologue Santiago Aguerreverre, est Puerto Ayacucho. Elle a été baptisée en commémoration de la bataille d’Ayacucho du 9 décembre 1824 qui vit la victoire définitive des indépendantistes sur l’Empire espagnol en Amérique du Sud. La péruvienne Ayacucho doit son nom à une guerre meurtrière que livrèrent les Huaris aux Incas de Viracocha qui venaient conquérir leur terre. En langue quechua, aya kuchu signifie « terre des morts » ou « lieu de repos des âmes ».

■ Bolivar : c’est à partir de la Constitution vénézuélienne de 1901 que l’ancien État de Guyana ( ce nom sera étudié dans la quatrième partie, patience!) prit le nom d’État de Bolivar, en hommage à Símón Bolivar qui avait fait d’Angostura ( l’actuelle capitale Ciudad Bolivar ) le pivot de ses actions qui allaient permettre de libérer les « nations bolivariennes » : Vénézuela, Colombie, Panamá, Équateur, Pérou et Bolivie. La future capitale fut fondée le 21 décembre 1595 par Don Antonio de Berrío, qui l’appela Santo Tomás de Guyana. Après avoir changé plusieurs fois d’emplacement au gré des batailles contre les Amérindiens caraïbes et les corsaires européens, parmi lesquels Walter Raleigh, elle fut fixée en 1764 à son emplacement actuel sur les rives de l’Orénoque, à un endroit où il est particulièrement étroit, d’où son nom de Santo Tomás de la Nueva Guyana de la Angostura del Orinico, simplifié en Angostura, « étroitesse ». c’est sous la présidence du général Carlos Soublette, en 1846, que le nom fut changé en Ciudad Bolivar

Delta Amacuro : le delta dont il est question dans le nom de cet État est celui de l’Orénoque, découvert dès 1499 par Alonso de Ojeda et qui servit de porte d’entrée aux Conquistadors à la recherche de l’Eldorado. Il fut incorporé à partir de 1568 dans la région nommée Nouvelle Andalousie. L’établissement de véritables colons ne débuta vraiment qu’en 1848 quand Julián Flores, Juan Millán, Tomás Rodríguez, Regino Suiva et d’autres fondèrent un hameau qu’ils appelèrent Cuarenta y Ocho, « Quarante-huit », et qui deviendra plus tard la capitale de l’État. En 1884 fut créé le Territoire fédéral du Delta qui sera supprimé en 1893 et incorporé à l’État de Bolivar, puis recréé en 1901 sous le nom de Territoire Fédéral Delta Amacuro, qui ne deviendra un État à part entière qu’en 1991. Le nom d’Amacuro est d’origine guarao et signifie « pays des perroquets ». La capitale, d’abord à San José de Amacuro, sera transférée en 1905 à Tucupita, à l’emplacement de Cuarento y Ocho, que Walter Waleigh avait déjà mentionné au XVIè siècle sous le nom de Tucupity village. En langue guarao, tucupita signifie « endroit où les objets cloués au sol bougent ». Il semble que les tremblements de terre soient assez courants dans la région, dont certains peuvent être relativement violents.

… et la suite est à venir.

La devinette

Il faudra trouver le nom d’une forêt antique qui servit de frontière entre deux cités, puis deux provinces et deux royaumes. Il n’en reste plus aujourd’hui qu’une dizaine de bois épars, tous situés dans le même pays.

On a proposé une étymologie basée sur la déformation du nom du chef d’un peuple antique ou de celui du peuple lui-même, mais il semble plus sûr d’y voir un rappel de l’usage qu’en faisaient ceux qui y avaient accès.

Amazonie, Amazonia ( partie II )

Alerte info ! Sept pays amazoniens ont signé un pacte pour protéger la forêt! Nous voilà rassurés, les flammes n’ont qu’à bien se tenir … les pompiers arrivent !

Bon. Voici la suite de la promenade entamée ici

L’Amazonie bolivienne

Elle recouvre la totalité du Pando et une grande partie du Beni.

■ le Pando : créé en 1938, ce département fut nommé en l’honneur de José Manuel Pando qui fut un des premiers à explorer la région. Sa capitale Cobija s’appelait à l’origine Puerto Bahia ( le « port de la baie », ici un méandre du fleuve Acre), mais ce nom fut changé en 1908 pour éviter la confusion avec la ville brésilienne. On choisit donc de la baptiser Cobija, en l’honneur du port du même nom fondé en 1825 par Bolivar et qui fut la capitale du département du Littoral jusqu’en 1875, quand la région fut conquise par le Chili, et dont il ne reste aujourd’hui que des ruines. Cobija est un nom indigène ( chango ), sans doute celui des Amérindiens qui peuplaient la côte avant l’arrivée des Espagnols, dont la signification m’échappe.

■ le Beni : en langue tacana, Beni signifie « vent ». Sa capitale est Trinidad, « Trinité ».

L’Amazonie péruvienne

Elle recouvre les départements Amazonas ( on s’en serait douté), Loreto, Uyacali et Madre de Dios.

Amazonas : inutile de revenir sur l’étymologie de ce nom , vue dans le précédent billet. Sa capitale est Bagua Grande, surnommée Corazón de Amazonas, « le cœur de l’Amazone ». Bagua, un mot sans aucun doute d’origine indigène, n’a pas de signification connue ( on a proposé sans preuve le nom d’un chef indigène qui aurait accueilli les Espagnols, la déformation du nom d’une plante appelée guaba, etc.).

Loreto : ce département doit son nom à celui d’un ancien habitat amérindien ticuna frontalier avec le Brésil qui, au gré des modifications de frontières successives, se trouve aujourd’hui en Colombie. Loreto est le nom que les conquistadors avaient donné au camp amérindien, en référence à la ville italienne du même nom ( « lieu planté de lauriers », cf. ce billet ). La capitale est Iquitos : en langue iquito, ce nom signifie « foule séparée par les eaux ». Il y avait là, à l’origine, les Iquitos proprement dits séparés des Maracanos et des Auves par le fleuve Nanay et ses affluents rio Branco et Chambira. Une autre hypothèse traduit iquito, d’une autre langue amérindienne, par « écureuil ».

Ucayali : le nom du fleuve éponyme est d’origine amérindienne et signifie « fleuve boueux » dans la langue pano des Shipibo-Conibos. La capitale Pucallpa porte un nom quechua qui signifie « terre ( allpa ) rouge ( puka ) ».

Madre de Dios : comme beaucoup d’autres, ce département doit son nom au fleuve qui le traverse, le rio Madre de Dios, la « mère de Dieu ». Son nom quechua Amaru Mayu signifie « fleuve Amaru» d’après le nom du serpent à deux têtes de la mythologie inca. La capitale Puerto Maldonado, fondée en 1902, fut nommée en hommage à l’explorateur péruvien Faustino Maldonado qui explora en 1860-62 le cours du Madre de Dios, prouvant qu’il se jetait dans le rio Madeira contrairement à ce qu’affirmaient les géographes contemporains. Il mourut noyé dans la Madeira après avoir eu le temps de graver son nom sur un tronc d’arbre au confluent.

L’Amazonie équatorienne

Les Équatoriens appellent l’Oriente la partie … orientale de leur territoire, recouvert en quasi totalité par la forêt amazonienne. Elle concerne six provinces, du nord au sud :

Sucumbios : longtemps après les premières missions des pères franciscains espagnols des débuts de la conquête, la véritable « colonisation » de la région ne se fit que dans les tout débuts du XXè siècle. Sucombios serait le nom, dit-on sans plus d’explication, des Amérindiens qui peuplaient la région à l’arrivée des Espagnols : il ne fait guère de doute que ce nom sans doute d’origine quechua a subi l’attraction paronymique de l’espagnol sucombios, « je succombe ». Sa capitale Nueva Loja porte un nom rappelant que ses fondateurs, au milieu du XXè siècle, venaient de Loja, dans la province du même nom au sud du pays. Cette dernière, fondée par Alonso de Mercadillo en 1548 avait été baptisée d’après la ville espagnol de Loja dont le nom est issu d’un pré-celtique lausa au sens de « pierre » qu’on retrouve dans le français « lauze ».

Napo : cette province doit son nom au fleuve qui la traverse, qui fut l’un des premiers affluents de l’Amazone découvert et exploré par Gonzalo Pizarro en 1540 puis descendu jusqu’à l’Amazone et l’Atlantique par Francisco de Orellana en 1541. Le nom Napo est issu du quechua et signifie « cœur, centre », à comprendre comme « fleuve principal ». La capitale est Tena qui doit son nom, dont j’ignore le sens, à un affluent du Napo.

Orellana : sans surprise, cette province comme sa capitale Puerto Francisco de Orellana doivent leur nom à Francisco de Orellana (cf. juste au-dessus).

Pastaza : cette province doit son nom au rio qui la traverse ( ça devient lassant, non ?) qui est Pastazi en langue candoshi. Ce nom peut être relié à pashato, nom d’ un mollusque particulièrement fréquent dans les eaux du fleuve et du lac Rimachi dont il est le principal contributeur. La capitale est Puyo dont le nom est issu du quechua puyu, « nuage, brume ».

Morona Santiago : cette province est issue du découpage en 1953 de l’ancienne Zamora Santiago. Morona est le nom d’une rivière tributaire du rio Santiago (Saint-Jacques. La capitale est Macas dont l’étymologie est incertaine, tant les homonymes sont nombreux dans les différentes langues amérindiennes. On peut toutefois privilégier une origine d’après le quechua maca, « jarre, cruche », comme le suggèrent les fouilles archéologiques qui ont révélé de nombreuses grandes jarres dans la région.

Zamora Chinchipe : Zamora, capitale de la province, doit son nom à la ville natale espagnole du conquistador Hernando de Barahona qui baptisa ainsi son premier établissement le 6 octobre 1549. Le nom de la ville est passé à la rivière, branche sud du rio Santiago. La ville espagnole porte un nom issu du berbère Azemur, « oliveraie sauvage » ou Semurah, « ville des turquoises ». Chinchipe est, si on se fie à son Bref journal de 1549, le nom d’une tribu qui vivait sur la rive gauche de la rivière qui porte aujourd’hui ce nom quand le capitaine espagnol Diego Palomino les rencontra en 1549. Selon une autre hypothèse chinchipe signifierait « liane » en langue shuar, un mot qui pouvait aussi servir à qualifier des personnes minces, fines, élancées.C’est sur les bords du fleuve Chinchipe qu’étaient établis les Amérindiens de la culture Mayo Chinchipe ( mayo signifie fleuve en quechua ) entre 5300 av. J.-C. et 2500 av.J.-C.

… et la suite est à venir.

La devinette

Si l’Amazonie est en feu, certaines régions du monde pourraient se croire ignifugées …mais faire l’objet d’une devinette.

Il s’agira de trouver le nom d’un pays dont l’étymologie, à travers plusieurs langues successives, en fait le pays du « maître du feu » ou le pays « du feu protecteur » au point qu’il en a fait sa devise.

Sa capitale est, étymologiquement encore, la « montagne des vents ».

Je ne vois pas d’indice à vous montrer sans vous donner la solution en même temps.

P.S. : la relecture me pousse à préciser que « pays » s’entend au sens onusien du terme. La Patagonie ou Terre de Feu n’est pas un pays, mais un archipel partagé entre deux pays.

Amazonie, Amazonia ( première partie )

La forêt amazonienne, dite Amazonie, occupe un territoire immense partagé entre plusieurs États brésiliens, la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Vénézuela, la Guyana, le Surinam et la Guyane française.

Elle brûle aujourd’hui mais « le nombre de feux enregistrés et la surface brûlée dans la région amazonienne sont loin des records enregistrés en 2004, 2005, 2007 et 2010, mais les niveaux sont tout de même élevés à l’échelle de la dernière décennie. » ( Libé ). N’empêche, si l’opération de communication biarrote de Macron peut servir à quelque chose …

On peut rappeler que l’Amazonie a accueilli des Hommes dès 11 200 ans avant J.-C. comme le montre la grotte de Pedra Pintada ( de la « pierre peinte » ) à Monte Alegre dans l’État du Pará. Pourvu que ça dure!

Je ne me préoccuperai aujourd’hui que de la forêt brésilienne avant de me pencher sur le reste dans un ou deux autres billets supplémentaires.

À tout seigneur, tout honneur, commençons par l’Amazone, le fleuve qui donne son nom à l’ensemble. Son estuaire, large de 100 kilomètres, fut découvert en 1500 par le navigateur espagnol Vicente Yañez Pinzon qui remonta le fleuve sur quelque 80 kilomètres. Il l’appela Rio Santa Maria de la Mar Dulce, nom qui se réduisit par la suite en Mar Dulce, « douce mer », en raison de la très faible salinité de l’estuaire. Le cours du fleuve, du Pérou à l’Atlantique, fut reconnu pour la première fois par Francisco de Orellana, lieutenant de l’armée espagnole.

Il faut attendre près d’un demi siècle pour que le dominicain Gaspar de Carjaval fasse le récit de cette dernière expédition dans lequel apparait le nom Rio de las Amazonas, « fleuve des Amazones ». L’auteur l’explique par des combats qu’Orellana aurait livrés contre des femmes guerrières peuplant les rives du fleuve. Aucune découverte ultérieure n’est jamais venue confirmer l’existence de ces guerrières, ce qui n’a pas empêché les Brésiliens d’en faire les légendaires Icamiabas , nommées d’après le tupi i-kama-iaba, « au sein coupé », reprenant la fausse étymologie d’« amazone ». L’origine de cette histoire réside probablement dans une altération par une étymologie pseudo-savante d’un mot tupi amasunu désignant un mascaret, un phénomène qui se produit par la rencontre du cours fluvial avec le flux de la marée montante et qui progresse rapidement vers l’amont sous la forme d’une vague déferlante. L’Amazone était, pour ses premiers riverains, le fleuve des mascarets.

Plusieurs noms successifs ont été essayés pour désigner la forêt. Humboldt en 1808 a proposé Hylaea, du nom du pays boisé où Héraklès rencontra Échidna ; personne ne l’a suivi, on se demande bien pourquoi. L’historien brésilien Inácio Accioli de Cerqueira e Silva est le premier à proposer en 1833 le nom de « Pays des Amazones » qui sera repris et popularisé par le baron Frederico José de Santa-Anna Nery en 1899. Entre temps, un certain Martius avait proposé en 1858 le « Pays des Naïades » tandis qu’en 1884, Wappäus, dans un souci de ne froisser personne, avait tenté l’« Hylaea des Amazones ».

C’est bien sûr le fleuve qui a donné son nom à l’État brésilien d’Amazonas dont la capitale, Manaus, a fait l’objet d’une devinette et même de sa solution.

L’Amazonie brésilienne

Les autres États brésiliens occupés au moins en partie par la forêt sont les suivants, en partant du sud et en progressant dans le sens des aiguilles d’une montre :

Mato Grosso : le nom est attesté depuis environ 1735. Il signifie en portugais « grande ( grosso ) forêt (mato ) » qu’il faut comprendre comme pays sauvage, couvert de bois mais aussi de broussailles et de bruyères. Le même mot apparait dans quelques toponymes français comme Les Matelles ( Hérault ). La capitale en est Cuiabá, un nom amérindien dont l’origine est discutée.

Rondônia : il s’agissait d’abord du Territoire Fédéral de Guaporé, d’après un mot tupi signifiant « camp ( wa ) de la chute d’eau ( poré ) ». Devenu un État à part entière en 1982, on le baptisa du nom du maréchal Cândido Rondon, explorateur de la région. La capitale en est Porto Velho, « vieux port » : la ville a été créée en 1907 à l’emplacement d’un premier port militaire construit en 1873 sous Pierre II.

Acre : cet État doit son nom à la rivière que les premiers explorateurs ont appelée Aquiri, une déformation du tupi a’kir ü, « eau verte » ou de a’kir « repos, halte » ou encore de Yasi’ri, Ysi’ri, « eau courante ». La capitale a pris le nom du fleuve qui la baigne, Rio Branco, « fleuve blanc », en raison de la remarquable clarté de ses eaux en comparaison des autres cours d’eau de la région.

Roraima : c’est le mont Roraima qui donne son nom à l’État, lui-même devant le sien aux Pemóns qui l’appelaient le « mont ( rora ) vert ( imã ) ». Une autre explication propose le « mont des vents », les indigènes ayant noté que les vents dominants semblent en provenir. La dernière hypothèse, le « mont de l’acajou », est moins convaincante. La capitale s’appelle Boa vista, « belle vue ».

Pará : c’est État doit son nom au fleuve que les indigènes appelaient en tupi-guarani pa’ra, soit le « fleuve-mer » ou le « fleuve grand comme une mer » : son confluent avec le fleuve Tocantins est si large qu’on n’y aperçoit pas l’autre rive. La capitale est Belem, du nom de Bethléem. La ville était appelée à l’origine Santa Maria de Belém do Pará ou Nossa Senhora de Belém do Grão Pará, en rappel de la date de la Nativité 1615 qui vit partir de Saint-Louis ( Maranhão) Caldeira Castelo Branco à la conquête du Pará.

Amapá : le nom de cet État a une étymologie controversée. Il pourrait s’agir d’un mot tupi signifiant « endroit ( paba ) de la pluie ( ama ) » ou bien d’un mot nheengatu signifiant « fin de la terre » ou « île ». Selon une dernière hypothèse et sans doute la plus probable, amapá serait un mot arawak désignant un arbre typique de la région de la famille des Apocinacées, le Parahancornia amapa, produisant un fruit violet savoureux don on extrait le « lait d’amapá » connu dans la pharmacopée locale comme fortifiant, stimulant de l’appétit et pour le traitement des maladies gastriques et respiratoires. Sa surexploitation en fait une espèce menacée. La capitale est Macapá dont le nom est sans doute issu du mot tupi macapaba signifiant « endroit des bacabas », une espèce de palmier produisant des fruits comestibles.

Maranhão : le nom de cet État, initialement colonie française de Maragnan, est d’origine tupi où mar anham signifie « mer ( d’eau ) courante » pour décrire le fleuve éponyme. São Luis est la seule capitale d’État du Brésil qui n’ait pas été fondée par les Portugais et dont le nom soit d’origine française. La ville fut en effet fondée sous le nom de  Saint-Louis de Maragnan lors de l’éphémère colonie française de la France équinoxiale. Elle fut baptisée le 8 septembre 1612 en l’honneur du jeune roi Louis XIII, comme l’explique le chroniqueur Claude d’Abbeville dans son Histoire de la mission des pères Capucins en l’Isle de Maragnan et terres circonvoisines. Malgré tout, les Brésiliens expliquent le nom par celui du roi Louis IX, dit saint Louis : le profond sentiment religieux des Brésiliens explique sans doute cette préférence …

Tocantins : cet État est un de ceux qui font la transition entre la forêt et la savane. Il doit son nom au fleuve Tocantins qui est un nom tupi signifiant « bec de toucan «, de tukana, « toucan » et tim, « bec ». Le nom de sa capitale, Palmas, fut choisi en hommage à la capitainerie São João da Palma ( l’actuelle Paraña ) qui fut le siège du premier mouvement séparatiste de la région. La grande quantité de palmiers n’est sans doute pas étrangère à l’appellation.

La devinette

Restons dans les arbres ! Il faut chercher une ville, ni européenne ni sud ou nord-américaine, sachant que son nom :

■ est une corruption d’un mot indigène désignant un genre de conifères ;

■ sert à déterminer la couleur particulière prise par le bois ayant subi une transformation particulière ;

■ a un homonyme sur un autre continent, toujours issu d’une langue indigène, désignant un petit mammifère longtemps chassé pour sa fourrure, aujourd’hui élevé en captivité ;

et en se servant de cet indice :

R.I.P P.S.

C’est pas pour me vanter, mais il y a près de dix ans j’écrivais un billet d’actualité intitulé Ségolène et Vincent, les Max faux frères … qui prédisait l’effondrement du Parti Socialiste.

Dix ans après ( oui, il y a eu un entracte avec un numéro comique hollandais), les faits me donnent raison !

Comment disait-on, déjà ? Ah ! Oui : pschitt !