Les Mées

Ceux qui suivent l’actualité n’auront pas échappé aux catastrophes climatiques qui ont frappé le sud-est de la France ce dernier week-end. Outre les morts et les sinistrés qui-ont-tout-perdu, il s’est produit un éboulement de rocher spectaculaire dans le village des Mées ( Alpes-de-Haute-Provence ) qui a mis à mal une formation rocheuse exceptionnelle dite des Pénitents qui fait la fierté ( et la richesse touristique ) du village.

Le village des Mées surplombé par les Pénitents

Cette formation rocheuse, vue de près, a fait penser à une procession de religieux.

Il n’en fallait pas plus pour faire naître une légende à base de moines pétrifiés pour leur éviter le péché de concupiscence devant la beauté de quelques Sarrasines ( cf. Eugène Plauchud, 1897 ).

Géologiquement parlant, il s’agit en fait d’entailles creusées par l’érosion dans un substrat rocheux épais de plusieurs centaines de mètres et d’inégale cohésion ( les spécialistes appellent ce substrat sub-alpin le « poudingue de Valensole » ). Ces entailles s’interrompent brutalement sur un même plan vertical formant ainsi un ensemble de falaises ( dont la plus haute atteint 114 m ) d’un kilomètre de long.

La première attestation écrite du nom du village date du XIè siècle sous la forme Metas, qui sera suivie de las Medas en 1098 et las Mesas en 1202. Il s’agit de la francisation du pluriel de l’occitan meya, « meule de blé, de foin, de paille » attesté dans les parlers alpins et désignant d’abord l’alignement des rochers ( TGF* ). Une origine selon le latin meta, « borne », a été proposée ( TP* ) mais il pourrait sembler plus plausible de voir un alignement de meules plutôt que de bornes, même « si l’ancienneté du toponyme et la situation de la localité aux confins des diocèses médiévaux de Sisteron et de Riez à la limite nord-ouest du territoire de la cité des Reii Apollinares, pourraient militer en faveur du sens de bornes » ( source ).

Les Mées sarthoises, comme Mée en Mayenne et Le Mée en Eure-et-Loir et Seine-et-Marne, sont des paronymes : ces noms sont issus du latin mansus, « terme féodal désignant une exploitation rurale occupée par un seul tenancier » qui est aussi à l’origine des nombreux Mas du Midi.

Je suis passé aux Mées provençales il y a deux ans ( déjà ! ) — un petit restau spécialisé dans les produits de la mer ( à deux pas de la Durance ! ) y est tout à fait agréable, avis aux amateurs ! — toujours avec le même plaisir même si je n’ai plus le courage ni la force de randonner. J’ai une petite pensée pour TRS qui nous parlait de ce village il n’y a pas si longtemps, si je ne m’abuse.

*L’astérisque qui suit les abréviations en majuscules renvoie à la Bibliographie de ce blog, accessible par le lien dans la colonne de droite.

Zone rouge

Avec une semaine de retard, je commémore à ma façon le 11 novembre 1918 en m’attachant aux villages de la zone rouge, morts pour la France et jamais reconstruits pour la plupart. Un billet du blog Langue sauce piquante nous en parlait récemment.

Il ne sera pas question, sur ce blog consacré à la toponymie, de leur histoire mais de leur nom. Les voici donc, présentés par départements comme sur la fiche wiki. La liste est longue mais il était impossible d’en laisser de côté.

Aisne

  • Ailles : Aquila en 1224 a repris le nom de l’Ailette, affluent gauche de l’Oise noté Aquila fluvius en 877, de l’adjectif latin ăquĭla ( ăqua ), « (eau ) d’un brun noirâtre ». La rivière prendra par la suite le suffixe diminutif –ette, sans doute pour la différencier du village.
  • Beaulne-et-Chivy : Belna en 1191, du gaulois Belena, adjectif féminin tiré de Belenos, dieu gaulois assimilé à Apollon. Chiviacum en 1213, du nom d’homme gaulois Cavius et suffixe possessif -acum.
  • Courtecon : du latin cortem, « domaine » et du nom d’homme germanique Acco.
  • Crandelain-et-Malval : Cruandelein en 1136, probablement du nom d’homme germanique Chrodolenus ou bien du même radical gaulois *grava, « gravier », que pour Craonne, accompagné du nom d’homme gaulois Andolenus. Malval est la « mauvaise vallée ».
  • Moussy-sur-Aisne : du nom d’homme latin Moccius accompagné du suffixe possessif -acum.
  • Vauclair-et-la-Vallée-Foulon : « vallée claire ». Foulon, du nom d’homme germanique Folo.
  • Craonne : Grauhenna au IXè siècle et Creunna en 1000, sans doute du gaulois grava, « gravier » et suffixe gaulois –enna ( comme pour Ardennes ) avec attraction tardive des suffixes en –onne.
  • Cerny-en-Laonnois : du nom d’homme latin Cernius et suffixe possessif –acum. Laonnois : le pays de Laon, noté ecclesia Lugdunensis en 540, du nom du dieu gaulois Lug et dunum, « forteresse », comme Lyon.
  • Allemant : d’une ancienne colonie rurale ou d’un poste militaire tenu par des Alamans.

Marne

  • Hurlus : cf. cet article.
  • Le Mesnil-les-Hurlus : du latin mansionile, « maison de paysan, habitation avec portion de terre ».
  • Perthes-les-Hurlus : du nom de femme germanique Perrata ou de Perta, divinité gauloise des jardins clos.
  • Ripont : Rivi pons, « le pont du ruisseau »
  • Tahure : Tahur au XIIè siècle d’origine incertaine. Pourrait être un ancien Tapuria ( villa ), après la transformation du p intervocalique en v ( comme sapere a fait « savoir ») suivi de son amuïssement. Tapuria est un adjectif féminin tiré du nom d’homme latin Tapurius, attesté par ailleurs.
  • Moronvilliers : Muronis villare en 1066, du nom d’homme germanique Moro et latin villare, « ferme ».
  • Nauroy : Nueridum vers 850, du latin nucarium, « noyer », et suffixe collectif –etum.

Meurthe-et-Moselle

  • Regniéville : du nom d’homme germanique Ragino et ville, ancien français pour domaine, village.
  • Remenauville : du nom d’homme germanique Ramenoldus et ville.
  • Fey-en-Haye : Faix en 1305, du latin fagus, « hêtre », et suffixe collectif -etum. Haye de l’ancien français « haie » ou, plus exactement, « bois entouré d’une haie », lui-même du francique *hagja. Cf. cet ancien billet.
  • Flirey : Flery en 1551, soit du nom d’homme germanique Filricus soit du nom d’homme latin Fleurus avec suffixe –acum.

Meuse

  • Beaumont-en-Verdunois : « belle colline ». Verdun, des gaulois *uer, « sur-, super- » et dunum, « citadelle, forteresse ».
  • Bezonvaux : du nom d’homme germanique Biso et du latin vallis, « val ».
  • Cumières-le-Mort-Homme : Commenarias en 701, du latin communis, « commun » et suffixe –aria, désignant des terres appartenant à une communauté. Le Mort-Homme ( nom d’une colline rajouté en 1922 ) est un ancien « mort orme ».
  • Douaumont : sans doute du nom d’homme germanique Deudanus et latin montem, « colline ». L’origine selon le nom gaulois deva ou deoua donné à certains cours d’eau divinisés n’est pas assurée. Il existe bien la Doua, un ruisseau affluent de la Meuse, mais elle coule loin de Douaumont.
  • Fleury-devant-Douaumont : du nom d’homme latin Fleurus et suffixe possessif –acum.
  • Haumont-près-Samogneux : Haudimons en 1049 puis Altus mons en 1127. Du nom d’homme germanique Haldo modifié par paronymie en altus, « haut ». Samogneux, noté Samongea en 1049, provient du nom d’homme latin Samonus et suffixe possessif –acum.
  • Louvemont-Côte-du-Poivre : Luponis mons en 991, du nom d’homme germanique Lupo et latin mons, « montagne ». La Côte-du-Poivre ( nom rajouté en 1922 ) : il faut sans doute voir dans ce Poivre le nom d’homme latin Piper qui aurait donné un Pipera( villa ) comme pour Poivres dans l’Aube.
  • Ornes : du nom de la rivière Orne, affluent de la Moselle, dont l’étymologie est incertaine.
  • Vaux-devant-Damloup : du latin vallis, « vallée ». Damloup, Domus Lupus en 1040, vient du latin domnus, « saint » et Loup, qui peut faire allusion à plusieurs saints.
  • Vauquois : pourrait être une ancienne vallis quietum, « vallée tranquille », ou une ancienne vallis Quadensis, « vallée des Quades », un peuple germain aujourd’hui encore assez méconnu.

Nord

  • Bailleul : du nom d’homme latin Ballius associé au gaulois ialo, « clairière défrichée, champ ».
  • La Bassée : dérivé de l’adjectif bas, désignant un bas-fond.

Pas-de-Calais

  • Mazinghein : du nom d’homme germanique Maso et suffixe –inghem. Pour le suffixe voir ce billet

Somme

  • Fay : Fayetum en 1145, du latin fagus, « hêtre » et suffixe collectif -etum.

En mémoire de mon grand-père paternel qui y fut blessé en 1916, m’est venue l’idée de vous demander de trouver ce village, en rapport avec le sujet du jour, qui porte un nom composé d’un nom et de son diminutif.

Ce même nom sans déterminant est celui de quatre communes françaises et, avec un déterminant, en désigne neuf autres sans compter celle qui nous intéresse. Toutes sont situées au-dessus de la Loire.

Par paronymie, ce nom a pu être mal interprété comme étant dérivé de celui d’un végétal qui a fait l’objet d’un billet.

Je ne vois pas quel indice pourrait vous être utile, sauf à vous livrer une carte d’état-major.

PS pour les curieux. Avec son éclat d’obus dans le biceps, mon grand-père a bénéficié d’une permission pendant laquelle fut conçu mon père. Il n’en avait pas pour autant fini avec la guerre, qu’il termina à Salonique où il attendit qu’on veuille bien le ramener à la maison. Il n’aimait pas trop parler de tout ça.

Ten years after

Il y a très exactement dix ans nous fêtions les vingt ans de la chute du mur de Berlin.

Quant à moi, j’écrivais le premier article de ce blog tandis que Jacques C. en était le premier commentateur.

Ça ne nous rajeunit pas, mais ça devrait m’autoriser à lever mon verre avant de le boire.

« Buvons encore une dernière fois à l’amitié, l’amour, la joie », si vous le voulez bien, mais, promis!, je ne vous ferai pas le coup du « il faut que je m’en aille » …

… vous n’en avez pas fini avec moi !

PS pour le titre du billet, voir le mémorable :

Rugby pacifique

Il n’aura échappé à personne que se joue actuellement la coupe du Monde de rugby ( pour ceux qui vivent sur une autre planète, je rappelle que le rugby est un sport qui se joue à quinze contre quinze avec un ballon ovale et qu’à la fin ce sont les Néo-Zélandais qui gagnent).

Un débat animé dans la queue de ma boulangerie ce matin, avant le match qui devait opposer les Français aux Tongiens*, m’a fait comprendre que la plupart des chalands n’avaient qu’une très vague idée de là où il fallait placer ces adversaires sur la mappemonde. Et le score ne s’améliorait guère avec les Fidjiens ou les Samoans. Seuls les Néo-Zélandais étaient à peu près bien situés, à droite de l’Australie, comme la Nouvelle-Calédonie.

En avant, donc.

Nouvelle-Zélande :

Cet ensemble d’îles est en effet situé en bas à droite ( au sud-est ) de l’Australie, en plein océan Pacifique :

Il fut découvert en 1642 par le navigateur hollandais Abel Tasman. Quatre de ses hommes ayant été tués par des indigènes maoris, il s’éloigna prudemment en mentionnant sur sa carte, en néerlandais, Moordenaars Baai, la « baie des Meurtriers ». Pensant que cette terre pouvait être une partie du mythique continent austral, il laissa aux autorités des États généraux des Provinces unies le soin d’en décider et, en attendant, appela ce pays Staatenlandt, « le pays des États ». N’ayant pas les moyens de trancher, les autorités adoptèrent l’appellation de Nieuwe Zeeland, « Nouvelle Zélande », en référence à la Zélande riveraine de l’embouchure de l’Escaut. C’est James Cook qui, ayant entrepris en 1769 d’explorer l’ensemble des côtes, démontra l’insularité de cette terre. Quand celle-ci fut annexée par la Grande-Bretagne en 1840, le nom néerlandais entré dans l’usage fut conservé mais anglicisé en New Zeeland, New Zeland puis New Zealand avec une curieuse hybridation.

Le nom indigène de l’île du nord Aotearoa, souvent traduit comme « pays du long nuage blanc », est aujourd’hui donné à tout le pays.

Tonga :

cet archipel se trouve au nord-est de la Nouvelle-Zélande :

Les premières des 150 îles de cet archipel furent découvertes par les navigateurs hollandais Schouten en 1616 et Tasman en 1643. Mais l’exploration et les relations avec les indigènes ne furent entreprises que lors des voyages de James Cook en 1773 et 1177. Agréablement surpris par l’accueil aimable et courtois qu’il reçut de la part des indigènes, il proposa le nom de Friendly Islands, « îles amicales ». Ce nom fut traduit en français archipel de l’Amitié ou îles des Amis et en allemand Freundschaftsinsein. On a pourtant continué à appeler l’île principale par son nom indigène Tongatabu, « île ( tonga ) sacrée (tabu ) », souvent réduit à Tonga dans l’usage courant. Ce nom commode et respectueux des traditions indigènes s’est finalement imposé pour désigner l’ensemble de l’archipel et du royaume.

Fidji :

cet ensemble d’îles se trouve à l’est de l’Australie, au nord de la nouvelle-Zélande, au nord-ouest des Tonga:

C’est toujours Abel Tasman qui passa le premier rapidement en 1643 dans cet archipel qu’il proposa d’appeler Prins Willem’s Eilanden, en hommage à Guillaume Ier d’Orange-Nassau. Il ne fut réellement colonisé qu’en 1773 par James Cook qui, reprenant le nom indigène, le nomma en anglais Fiji ( aussi écrit Feejee ), devenu en allemand Fidschi et en français Fidji. En réalité, Fiji est le nom de ces îles dans le dialecte de Tonga, où James Cook a semble-t-il pris d’abord les informations utiles. Dans le parler fidjien, le même nom a la forme Viti : la grande île de l’ouest s’appelle Viti Levu, « la grande Viti ». On ne connait pas le sens du mot viti.

Samoa :

Toujours à l’est de l’Australie, à l’est des Fidji :

C’est en 1722 que le navigateur hollandais Jacob Roggeveen découvrit ces îles ou du moins une partie d’entre elles. Il les nomma Boumans Eilander, du nom du capitaine Cornelis Bouman, commandant un des bateaux de l’expédition, qui les aperçut le premier. Ce nom fut étendu à tout l’archipel notamment par Charles de Brosses quand il écrivit son Histoire des navigations aux terres australes en 1756. Cependant, en 1788, Louis Antoine de Bougainville préféra les baptiser Isles des Navigateurs parce qu’à son arrivée il fut accueilli et escorté par une volée de petits bateaux menés de façon experte par les indigènes. C’est pourtant le nom local de Samoa qui l’a finalement emporté. L’hypothèse de l’origine de ce nom d’après celui d’un légendaire grand chef d’envahisseurs ( venus de Tonga ?) ne repose sur rien. Un rapprochement avec le nom maori du moa, un grand oiseau incapable de voler, a été fait en s’appuyant sur l’existence de toponymes néo-zélandais hybrides anglo-maoris comme Moa Flat, Moa Creek, Moa Point, etc. correspondant à des endroits où on a trouvé des ossements de ces oiseaux aujourd’hui disparus. Mais on ne voit pas alors quelle serait la signification de la première partie du composé Samoa.

*la France l’a difficilement emporté 23 à 21. Ouf.

P.S. vue l’heure tardive à laquelle je me suis mis à la rédaction de ce billet, le temps me manque pour vous proposer une devinette digne de ce nom. Il vous faudra patienter …

Amazonie, Amazonia ( partie V )

S’arrêtera-t-elle un jour de brûler ? Faute de bois, un jour peut-être …

Oui, l’Homme a brûlé certaines régions de l’Amazonie pendant des milliers d’années mais les analyses de ces incendies indiquent pour le moment que la forêt n’a jamais été aussi perturbée qu’au 21e siècle.

( National Geographic )

Voici aujourd’hui le dernier volet ( après un premier, un second, un troisième et enfin un quatrième ) du survol des régions amazoniennes.

L’Amazonie surinamienne

Le nom du Suriname est attesté pour la première fois chez Walter Raleigh en 1595 à propos du fleuve qu’il appelle Surinam. Il y a par la suite plus de trente orthographes différentes du nom de la rivière dans les cartes et la littérature. Le nom est probablement dérivé de celui de l’ancienne tribu indienne Surinen qui habitait le pays avant d’en être chassée par les Caraïbes. Le Suriname est divisé en dix districts.

Sipaliwini : ceux qui se souviennent de mon précédent billet, auront remarqué le suffixe wini qui signifie « eau » en langue caribe : il s’agit donc là du nom d’une rivière. Le radical sipali désigne la raie ( sans doute la raie d’eau douce réticulée ). Il s’agit donc de la « rivière des raies ». La capitale … n’existe pas, la région étant administrée directement par la capitale du pays, Paramaribo ( voir plus loin ).

Brokopondo : ce nom, qui est aussi celui de la capitale, apparait pour la première fois sur une carte maritime de 1887 sous la forme Broko Pondo. Certains y ont vu un toponyme fabriqué, un semblant d’acrostiche de Broken Pontoon or Boat, soit le « ponton ou le bateau brisé ». Aucune trace ne subsiste d’un tel événement, mais rien ne permet d’exclure un éventuel naufrage contre un ancien ponton ( construit en bois à cette époque ) ou des rochers submergés toujours présents. En l’absence d’une étymologie amérindienne crédible, c’est donc l’origine anglaise qui est généralement admise aujourd’hui.

Para : ce nom signifie « eau, cours d’eau, fleuve, mer » en langue tupi-guarani. Le nom de la capitale Onverwacht signifie, en néerlandais, « inattendu », en référence à la plantation de tabac qui se développa là au XVIIè siècle. Au siècle suivant, on l’appela Bose, du nom du propriétaire Frederik Coenraad Bossé. Après l’abolition de l’esclavage en 1863, huit anciens esclaves achetèrent le terrain en 1881 pour y établir une plantation de bois.

Nickerie : contrairement aux apparences, le nom de cette rivière est d’origine amérindienne : noté Nikeza sur une carte de 1770, il signifie « généreuse », sans que l’on sache s’il s’agissait de décrire les eaux particulièrement poissonneuses ou le débit parfois important ; le nom a sans aucun doute subi l’influence de nickel, lors de l’occupation anglaise. La capitale Nieuw-Nickerie a remplacé l’ancienne Nieuw-Rotterdam, plus en aval, victime de trop nombreuses inondations.

Coronie : le nom amérindien de la rivière est Coroni, dans lequel on reconnait le suffixe uni/oni pour « eau ». La capitale Totness est située à l’emplacement de la première colonie anglaise au Surinam, où elle a repris le nom, avec un -s- supplémentaire, de la ville du Devon Totnes d’où les colons étaient majoritairement originaires.

Saramacca : c’est un Anglais appelé Lawrence Keymis qui a découvert le fleuve en 1596 et qui a repris le nom amérindien Shurama pour le baptiser ; on trouvera ensuite les noms Surrmacca, Saramo, Saramaca et Sarameca. Le nom arawak de la rivière est en réalité Surama, sans étymologie clairement identifiée, auquel les Arawaks ajoutent un suffixe -ka pour en faire un ethnonyme. La capitale est Groningen, qui porte un nom importé des Pays-Bas ( Groningue ).

Wanica : le nom était aussi écrit Wonica. On y reconnait une variante caribe woni, « eau », accompagnée du suffixe -ka qui en fait un ethnonyme : il s’agit du « peuple de l’eau ». La capitale Lelydorp ( « le village de Lely » en néerlandais) a été baptisée en hommage à Cornelis Lely, gouverneur de la Guyane néerlandaise entre 1902 et 1905. Son nom précédent Kofi Djompo faisait référence à un leader des nègres marrons appelé Kofi, qui fut capturé par les hollandais puis décapité. Les Hollandais mirent sa tête sur une perche fichée dans un bateau comme avertissement aux esclaves qui s’étaient enfuis et erraient dans la forêt. Il est dit que, lorsque l’embarcation arriva au milieu de la rivière, la tête de Kofi « sauta » en dehors du bateau et disparut.  Kofi  signifie « né un vendredi » et djombo  veut dire « saut ».

Paramaribo : ce nom est issu du tupi-guarani para, « eau, cours d’eau, fleuve, mer » et maribo, « habitants ». Le rapprochement qui a été fait avec l’amérindien paramoeroe, « arc-en-ciel », reste fort douteux. Paramaribo est aussi le nom de la capitale.

Commewijne : ce nom de rivière est la transcription néerlandaise en 1678 du nom caribe Commewini où l’on reconnait là encore le suffixe caribe wini, « eau ». La capitale Nieuw- Amsterdam porte un nom importé des Pays-Bas en 1774.

Marrowijne : de même origine que le précédent, il s’agit de la transcription néerlandaise du nom du fleuve Maroni. En langue kali’na, mara-uni signifie « rivière sans fin ». La capitale Albina a été fondée en décembre 1846 par le colon allemand August Kappler, qui la baptisa du prénom de sa future épouse Albina Josefine Liezenmaier, de Stuttgart, qui le rejoignit en 1853.

L’Amazonie guyanaise

Le département français de la Guyane est divisé en deux arrondissements :

Cayenne : l’étymologie de ce nom a fait l’objet d’un récent billet dont on lira aussi à profit les commentaires.

Saint-Laurent-du-Maroni : l’étymologie de Maroni a été donnée dans le paragraphe concernant le Marrowijne surinamien. Lors de l’établissement du pénitencier agricole par le commandant Eugène Mélinon ( 1818 – 1904 ), le 21 février 1858, le contre-amiral Auguste-Laurent Baudin, alors gouverneur de la Guyane, décide de placer le village sous le vocable de saint Laurent, à la mémoire de son père et de son grand-père, qui se prénommaient Laurent comme lui.

Plusieurs communes françaises gardent dans leur nom des traces d’anciens incendies, comme on l’a vu pour Cendras, par exemple. Pour d’autres, c’est un déterminant qui garde la mémoire d’un tel événement.

C’est le cas d’Azay-le-Brûlé dans les Deux-Sèvres, même si l’origine du qualificatif semble s’être perdue dans les couloirs du temps. La commune d’Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire ), dont le fort fut brûlé en 1418 par Charles VII, a été appelée Azay-le-Brûlé jusqu’au XVIIIè siècle. Azay-sur-Indre, incendié par le gouverneur de Touraine pour en déloger les Anglais en 1395, fut aussi quelque temps surnommé Azay-le-Brûlé. On pourra tirer deux enseignements : les Azay attirent les flammes et seul celui dont on ignore l’histoire en garde la trace dans son nom …

En Eure-et-Loir, Marville-Moutiers-Brûlé ( Marville du gaulois Marto et villa, et Moutiers de monasterium, « monastère » ) garde le souvenir d’un incendie allumé par les Huguenots en 1562.

La voici, la voilà :

Une autre petite commune française porte un nom formé sur le même modèle. Il s’agit du nom d’un bâtiment accompagné d’un déterminant indiquant qu’il fut jadis victime des flammes, mais sans qu’on ne sache ni quand ni dans quelles circonstances.

Je vous propose donc de partir à la recherche du nom de cette commune sachant que :

  • le déterminant, issu d’un verbe sorti des dictionnaires actuels, a pris une forme qui le rend aujourd’hui incompréhensible pour la plupart des gens ;
  • il existe un parfait homonyme dudit déterminant dans le domaine physiologique.

Et, voyez ma générosité, un indice :

Amazonie, Amazonia ( partie IV )

Ne le dites pas trop fort, mais elle brûle encore :

Les dernières données satellitaires de l’institut brésilien INPE confirment qu’avec quelque 131 600 incendies depuis janvier le Brésil, qui abrite 60 % de l’Amazonie, n’avait pas brûlé autant depuis sept ans.

Mais tout va bien, les méchantes flammes n’ont qu’à bien se tenir :

Lundi, à New York, Emmanuel Macron lancera, lors d’une réunion en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, « un appel à la mobilisation ».

( ici )

Continuons aujourd’hui, tant qu’il en reste, notre tour de l’Amazonie ( commencé ici, poursuivi et encore ) avec la première des trois « Guyanes ».

La première définition de Guyane qui fit consensus fut celle du capitaine de frégate Frédéric Bouvier qui écrivait en 1862 :

On donne le nom de Guyane à cette vaste contrée de l’Amérique équinoxiale qui est comprise entre l’Orénoque, l’Amazone, le Rio-Negro et la mer. Le Rio-Negro qui la limite à l’ouest, sert en même temps de trait d’union aux deux grands fleuves qui la bordent au nord et au sud.

On voit que la région en question dépasse largement les limites du Guyana, du Surinam et de la Guyane française.

L’étymologie de Guyane a fait couler beaucoup d’encre. Il a d’abord été question d’en faire le nom d’un peuple aborigène rencontré par les Espagnols, les Ouayanás ou Gouayanas, nom dans lesquels ont a cru reconnaitre ceux qu’on appelle aujourd’hui Wayanas ( H.-A. Coudreau, 1885). On sait aujourd’hui que ces derniers vivaient loin de la côte hors de portée des premiers marins européens et ne pouvaient pas être à l’origine du nom de la Guyane. On a donc proposé une autre étymologie selon un mot d’une langue amérindienne qui signifierait « la terre sans nom » (E. Lézy, 1989 ) mais sans préciser la langue ( il en existe ici au moins trois …). En réalité, si on remonte aux premières sources espagnoles, c’est à dire à Diego de Ordás qui atteint ce qu’il appelle la Province de Guayána peuplée par les Guayanos, expliquant que ces noms viennent de la langue des indigènes, on est amené à conclure que le nom Guyane s’est d’abord appliqué au territoire d’une tribu indienne du nord de l’Orénoque. La découverte de plusieurs hydronymes identiques appliqués à des cours d’eaux fort éloignés les uns des autres ouvrait la voie à une autre hypothèse : en comparant Wiana ou Guiana et wina et wini, racines linguistiques arawak désignant l’eau, on a fait de Guyane « le pays inondé » ( Rodway, 1904 ) ou « la terre aux nombreuses eaux », appuyé par le fait que les Espagnols avaient déjà parlé de Costa Anegada (« côte noyée »). Or, plusieurs témoignages indiquent que les Guayanos dont parlaient les Espagnols ne vivaient ni à proximité immédiate du littoral ni au bord de l’Orénoque et que les explorateurs eurent beaucoup de mal à les atteindre. Une dernière hypothèse ( Williams, 1923 ) a fait venir le nom de la Guyane de plus loin et plus haut : les tribus parties des pentes orientales des Andes péruviennes, en se déplaçant loin vers le Nord et en suivant les méandres des Amazones et de l’Orénoque, ont gardé en commun une racine (linguistique) qui, bien qu’ayant souffert de nombreuses altérations, s’est conservée aujourd’hui. C’est ce nom qu’ils auraient donné, avec quelques variations, successivement aux cours d’eau le long desquels ils s’installaient. Apparentés aux Caraïbes, il semble que ces indigènes aient eu un arbre totem, un palmier comme les Awara, Ouaï ou Gouaï voire Guyaï, d’où viendrait leur nom.

Les avancées de la recherche linguistique américaniste invitent pourtant aujourd’hui à préférer une étymologie renvoyant à un fleuve, comme pour le Surinam, du fleuve appelé Sulinaman en langue karib, ou comme la rivière de Cayenne appelée Kalani dans la même langue et notée cajane ou caiane par les premiers colons. Il reste toutefois indiscutable que des indigènes appelés Guayanos ou Guayanas, appartenant au groupe linguistique karib, vivaient sur les rives bordées de palmiers d’un affluent de l’Orénoque à l’arrivée des Européens

Je ne vous ai fait ici qu’un très bref résumé de ce que l’on sait aujourd’hui du nom de la Guyane. Pour en savoir plus ( et mieux ! ), vous pouvez lire avec profit ce document dont je me suis largement inspiré.

L’Amazonie guyanienne

Barima-Waini ( ou Nord-ouest ) doit son nom à celui, amérindien, de deux rivières. On reconnait dans celui de la Waini la racine vue plus haut pour Guyane. La capitale, Mabaruma, porte, elle aussi un nom amérindien.

Pomeroon-Supenaam : Pomeroon est le nom de la rivière au bord de laquelle les premiers Hollandais ont tenté de s’établir à la fin du XVIè siècle. Ils en furent chassés puis remplacés par les Espagnols vers 1650. Les Amérindiens s’étaient réfugiés plus à l’intérieur, à Essequibo. La colonie espagnole fut à son tour détruite par les Français en 1689. C’est au XVIIIè siècle qu’une troisième tentative fut la bonne. Le nom de la rivière est noté Pomerón par les colons espagnols qui reprenaient le nom indigène. Supenaam, de l’amérindien Supinaam, est le nom d’ une autre rivière. La capitale, Anna Regina, tiendrait son nom de la noyade accidentelle vers 1800 des deux filles d’un colon anglais qui venait de racheter la plantation aux Hollandais.

îles d’Essequibo-Demerara Occidental : Essequibo est le nom de la plus importante rivière de Guyana. Elle a été explorée pour la première fois par Juan de Esquivel, dont on lui a donné le nom, altéré par les prononciations des indigènes et des colons successifs. C’est son nom qui sera aussi donné par les Vénézuéliens à la Guyane Esequiba désignant le territoire frontalier contesté entre les deux pays. Demerara est une rivière dont le nom arawak Dumaruni, avec le suffixe uni, « eau », signifie « rivière de l’amourette ». Cette amourette est un arbre ( Brosinum guianense) aussi appelé lettre-mouchetée, caractérisé par un bois très dense dont on a fait des lettres d’imprimerie. La capitale Vreed-en-Hope porte le nom que les premiers colons, des Hollandais, lui avaient donné : « Paix et Espoir » ( ils ont pas été déçus !), nom que les Anglais ont conservé.

Demerara-Mahaica : Demerara a été expliqué plus haut. Sans surprise, Mahaica est le nom arawak d’une rivière dont je ne connais pas le sens. La capitale, Georgetown, s’est d’abord appelée Longchamps quand les Français s’y sont installés en 1782 après les Anglais et les Hollandais. Deux ans plus tard, les Hollandais en reprirent possession et l’appelèrent Stabroek, en l’honneur de Nicolaas Geelvink, lord de Stabroek, président en 1784 de la Compagnie néerlandaise des Indes Occidentales. Elle fut enfin appelée Georgetown en 1812 en l’honneur du roi George III du Royaume-Uni.

Mahaica-Berbice : Berbice est le nom d’une rivière issu de l’arawak beribishi, un type de bananier poussant abondamment sur ses rives. La capitale est Fort Wellington dont le nom fait référence à Arthur Wellesley qui fut fait duc de Wellington après sa victoire à Waterloo.

Berbice Oriental-Courantyne : la rivière Corantyne ( ou Courantyne ou Corantjin) doit son nom à l’arawak Corentini dans lequel on reconnait le suffixe ini/oni/uni , « eau » ( comme pour le Dumaruni vu plus haut et les noms suivants). La Courantyne a été appelée Rio Barbeiros par les Espagnols, soit la » rivière des ( punaises ) vinchucas ». La capitale, New Amsterdam, doit son nom aux premiers colons hollandais entre 1730 et 1740, et le conserva malgré sa prise par les Anglais en 1803.

Cuyuni-Mazaruni : les deux rivières qui donnent son nom à cette région ont des noms dérivés de l’arawak, reconnaissables à leur suffixe -uni, « eau ». La capitale, Bartica, porte le nom amérindien de la « terre rouge » ( latérite ) qui caractérise la région.

Potaro-Siparuni : la rivière Siparuni porte un nom arawak reconnaissable au suffixe -uni, « eau ». Le nom de la rivière Potaro reste mystérieux mais il est à l’origine de celui de la potarite, un amalgame de palladium. La capitale Mahdia a été fondée en 1884 par des Africains libérés de l’esclavage. L’orthographe avec un -hd – inhabituel en Guyana peut faire penser à un transfert du nom d’une ville maghrébine, mais cela reste très douteux.

Haut-Takutu-Haut-Essequibo : Takutu est un hydronyme sans aucun doute d’origine arawak qui signifierait « rivière noire », un synonyme de Rio Negro, si on croit l’explorateur Schomburgk. La capitale Lethem est nommée en hommage à Sir Gordon James Lethem, qui fut gouverneur de la Guyane Britannique de 1941 à 1947.

Haut-Demerara-Berbice : les deux toponymes ont déjà été expliqués, suivez un peu, quoi! La capitale est appelée Linden en l’honneur de Linden Forbes Sampson Burnham, le négociateur de l’indépendance du Guyana en 1966 et proclamateur de la république en 1970.

… et ce sera tout pour aujourd’hui !

L’inspiration commençant à faire défaut, je ne vous propose aujourd’hui qu’une toute petite devinette :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française qui fut la proie des flammes, selon son étymologie.

Amazonie, Amazonia ( partie III )

Tiens! L’Amazonie a disparu des unes de nos journaux … Elle n’ y aura tenu que quinze jours. Et pourtant, elle brûle toujours. Mais on s’en fout : le G7 a été un succès ( si, si ! ), on n’a plus le droit de traiter l’arbitre d’enculé ( même si c’est vrai ) et Balkany est en taule ( au moins quelques nuits ).

Allez, continuons la visite de la forêt, tant qu’il en reste encore un peu. ( La première partie est et la deuxième ici ).

L’Amazonie colombienne

La forêt tropicale occupe la quasi totalité de six départements colombiens qui sont, d’ouest en est : l’Amazonas, le Putumayo, le Caquetà, le Vaupés, le Guaviare et le Guaína.

Amazonas : on ne présente plus l’étymologie de ce nom ( cf. ici ). Sa capitale fut fondée en 1867 quand la région appartenait encore au Pérou et fut nommée San Antonio par le capitaine péruvien Benigno Bustamante le 27 avril. Le 15 décembre de cette même année, un notable de la ville, l’ingénieur Manuel Charón la renomma Leticia, en hommage à sa femme, Leticia Smith.

Putumayos : nommé d’après l’affluent de l’Amazone qui en marque la frontière sud. celui-ci s’appelle putu mayu en langue quechua, soit le « fleuve ( mayu ) des calebasses ( putu ) » ou, plus exactement « fleuve auprès duquel poussent les arbres qui donnent les fruits dans lequel on fait des récipients ». Sa capitale Mocoa a été fondée le 29 septembre 1563 par le capitaine Gonzalo H. de Avendaño sous le nom complet de San Miguel de Agreda de Mocoa, en souvenir de l’église Saint-Michel d’Agreda en Espagne ( Castille-et-León ). Mocoa est soit le nom de la tribu d’Amérindiens qui vivaient là quand les Espagnols sont arrivés, soit le nom qu’ils donnaient à la rivière qui baigne la ville ( et qu’elle porte encore) soit encore à une résine qu’ils exploitaient.

Caquetá : l’étymologie de ce nom — là aussi, celui des Amerindiens ou de la rivière — est mystérieuse. Sa capitale Florencia a été baptisée en souvenir de la ville italienne d’où était originaire Paolo Ricci le tenancier de l’épicerie-cave à vin de l’entreprise de caoutchouc autour de laquelle elle se développa. Plus moralement correct, on dit que le nom fut choisi par le père Doroteo de Pupiales, impressionné par les fleurs multicolores ( ça me rappelle un peu la Martinique, prétendue « île aux fleurs » ).

Vaupés : le nom de l’affluent du Rio Negro, Vaupés, n’a pas d’étymologie connue. C’est Alfred Wallace au XIXè siècle, qui donna le nom générique de Ouapés aux différentes tribus de la région. La dernière référence à ce supposé peuple fut faite par Agustín Codazzi en 1857. On ne parla plus ensuite que de différentes tribus en les appelant chacune par son nom. Toujours est-il qu’on ne connait pas la signification de ce nom, ni même s’il désignait tout un peuple ou seulement un supposé chef. La capitale Mitú doit son nom à un oiseau : en langue ñengatú du groupe tupi-guarani, mitú désigne le crax ou hocco.

Guaviare : le nom de l’affluent de l’Orénoque, passé au département, semble être un mélange ( involontaire de la part les explorateurs ? ) de celui des deux rivières qui lui donnent naissance, le Guyabero et l’Ariairi, sur les rives desquels vivent les Guyaberos. Mais cela ne nous en dit pas plus sur la signification de ce nom, qui reste mystérieuse. La capitale San José del Guaviare a été baptisée du nom du saint du jour, le 19 mars 1910, par les premiers colons ( Homero Benjumea, Dionisio Rodríguez, Pablo Espitia, Félix Restrepo, Carlos Durán et Nepomuceno González ) qui s’étaient fixés là, principalement pour le caoutchouc.

Guainía : ce département porte le nom que les Amérindiens donnaient au cours supérieur du rio Negro, l’affluent de l’Amazone au débit le plus puissant, et au territoire qu’il baignait. En langue ñengatú du groupe tupi-guarani ce nom signifie « terre des nombreuses eaux ». Le nom de sa capitale Inírida signifie « miroir du soleil » dans la langue indigène du groupe ethnique Puinave. Selon la légende, Inírida était une princesse qui est devenue la fleur d’Inírida, qui ne pousse que dans le milieu humide et sablonneux de la région, près des rivières Inírida et Guainia. C’est une fleur rouge à écailles blanches, semblable à un épi, mais vous le savez déjà si vous avez cliqué sur le lien précédent.

L’Amazonie vénézuélienne

Au Vénézuéla, la forêt amazonienne recouvre en gros la partie au sud de l’Orénoque, soit trois États : l’Amazonas, Bolivar et le Delta Amacuro.

Amazonas : inutile de revenir sur ce nom, déjà vu plusieurs fois. La capitale, fondée le 9 décembre 1924 par l’ingénieur-géologue Santiago Aguerreverre, est Puerto Ayacucho. Elle a été baptisée en commémoration de la bataille d’Ayacucho du 9 décembre 1824 qui vit la victoire définitive des indépendantistes sur l’Empire espagnol en Amérique du Sud. La péruvienne Ayacucho doit son nom à une guerre meurtrière que livrèrent les Huaris aux Incas de Viracocha qui venaient conquérir leur terre. En langue quechua, aya kuchu signifie « terre des morts » ou « lieu de repos des âmes ».

■ Bolivar : c’est à partir de la Constitution vénézuélienne de 1901 que l’ancien État de Guyana ( ce nom sera étudié dans la quatrième partie, patience!) prit le nom d’État de Bolivar, en hommage à Símón Bolivar qui avait fait d’Angostura ( l’actuelle capitale Ciudad Bolivar ) le pivot de ses actions qui allaient permettre de libérer les « nations bolivariennes » : Vénézuela, Colombie, Panamá, Équateur, Pérou et Bolivie. La future capitale fut fondée le 21 décembre 1595 par Don Antonio de Berrío, qui l’appela Santo Tomás de Guyana. Après avoir changé plusieurs fois d’emplacement au gré des batailles contre les Amérindiens caraïbes et les corsaires européens, parmi lesquels Walter Raleigh, elle fut fixée en 1764 à son emplacement actuel sur les rives de l’Orénoque, à un endroit où il est particulièrement étroit, d’où son nom de Santo Tomás de la Nueva Guyana de la Angostura del Orinico, simplifié en Angostura, « étroitesse ». c’est sous la présidence du général Carlos Soublette, en 1846, que le nom fut changé en Ciudad Bolivar

Delta Amacuro : le delta dont il est question dans le nom de cet État est celui de l’Orénoque, découvert dès 1499 par Alonso de Ojeda et qui servit de porte d’entrée aux Conquistadors à la recherche de l’Eldorado. Il fut incorporé à partir de 1568 dans la région nommée Nouvelle Andalousie. L’établissement de véritables colons ne débuta vraiment qu’en 1848 quand Julián Flores, Juan Millán, Tomás Rodríguez, Regino Suiva et d’autres fondèrent un hameau qu’ils appelèrent Cuarenta y Ocho, « Quarante-huit », et qui deviendra plus tard la capitale de l’État. En 1884 fut créé le Territoire fédéral du Delta qui sera supprimé en 1893 et incorporé à l’État de Bolivar, puis recréé en 1901 sous le nom de Territoire Fédéral Delta Amacuro, qui ne deviendra un État à part entière qu’en 1991. Le nom d’Amacuro est d’origine guarao et signifie « pays des perroquets ». La capitale, d’abord à San José de Amacuro, sera transférée en 1905 à Tucupita, à l’emplacement de Cuarento y Ocho, que Walter Waleigh avait déjà mentionné au XVIè siècle sous le nom de Tucupity village. En langue guarao, tucupita signifie « endroit où les objets cloués au sol bougent ». Il semble que les tremblements de terre soient assez courants dans la région, dont certains peuvent être relativement violents.

… et la suite est à venir.

La devinette

Il faudra trouver le nom d’une forêt antique qui servit de frontière entre deux cités, puis deux provinces et deux royaumes. Il n’en reste plus aujourd’hui qu’une dizaine de bois épars, tous situés dans le même pays.

On a proposé une étymologie basée sur la déformation du nom du chef d’un peuple antique ou de celui du peuple lui-même, mais il semble plus sûr d’y voir un rappel de l’usage qu’en faisaient ceux qui y avaient accès.