Amazonie, Amazonia ( partie IV )

Ne le dites pas trop fort, mais elle brûle encore :

Les dernières données satellitaires de l’institut brésilien INPE confirment qu’avec quelque 131 600 incendies depuis janvier le Brésil, qui abrite 60 % de l’Amazonie, n’avait pas brûlé autant depuis sept ans.

Mais tout va bien, les méchantes flammes n’ont qu’à bien se tenir :

Lundi, à New York, Emmanuel Macron lancera, lors d’une réunion en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, « un appel à la mobilisation ».

( ici )

Continuons aujourd’hui, tant qu’il en reste, notre tour de l’Amazonie ( commencé ici, poursuivi et encore ) avec la première des trois « Guyanes ».

La première définition de Guyane qui fit consensus fut celle du capitaine de frégate Frédéric Bouvier qui écrivait en 1862 :

On donne le nom de Guyane à cette vaste contrée de l’Amérique équinoxiale qui est comprise entre l’Orénoque, l’Amazone, le Rio-Negro et la mer. Le Rio-Negro qui la limite à l’ouest, sert en même temps de trait d’union aux deux grands fleuves qui la bordent au nord et au sud.

On voit que la région en question dépasse largement les limites du Guyana, du Surinam et de la Guyane française.

L’étymologie de Guyane a fait couler beaucoup d’encre. Il a d’abord été question d’en faire le nom d’un peuple aborigène rencontré par les Espagnols, les Ouayanás ou Gouayanas, nom dans lesquels ont a cru reconnaitre ceux qu’on appelle aujourd’hui Wayanas ( H.-A. Coudreau, 1885). On sait aujourd’hui que ces derniers vivaient loin de la côte hors de portée des premiers marins européens et ne pouvaient pas être à l’origine du nom de la Guyane. On a donc proposé une autre étymologie selon un mot d’une langue amérindienne qui signifierait « la terre sans nom » (E. Lézy, 1989 ) mais sans préciser la langue ( il en existe ici au moins trois …). En réalité, si on remonte aux premières sources espagnoles, c’est à dire à Diego de Ordás qui atteint ce qu’il appelle la Province de Guayána peuplée par les Guayanos, expliquant que ces noms viennent de la langue des indigènes, on est amené à conclure que le nom Guyane s’est d’abord appliqué au territoire d’une tribu indienne du nord de l’Orénoque. La découverte de plusieurs hydronymes identiques appliqués à des cours d’eaux fort éloignés les uns des autres ouvrait la voie à une autre hypothèse : en comparant Wiana ou Guiana et wina et wini, racines linguistiques arawak désignant l’eau, on a fait de Guyane « le pays inondé » ( Rodway, 1904 ) ou « la terre aux nombreuses eaux », appuyé par le fait que les Espagnols avaient déjà parlé de Costa Anegada (« côte noyée »). Or, plusieurs témoignages indiquent que les Guayanos dont parlaient les Espagnols ne vivaient ni à proximité immédiate du littoral ni au bord de l’Orénoque et que les explorateurs eurent beaucoup de mal à les atteindre. Une dernière hypothèse ( Williams, 1923 ) a fait venir le nom de la Guyane de plus loin et plus haut : les tribus parties des pentes orientales des Andes péruviennes, en se déplaçant loin vers le Nord et en suivant les méandres des Amazones et de l’Orénoque, ont gardé en commun une racine (linguistique) qui, bien qu’ayant souffert de nombreuses altérations, s’est conservée aujourd’hui. C’est ce nom qu’ils auraient donné, avec quelques variations, successivement aux cours d’eau le long desquels ils s’installaient. Apparentés aux Caraïbes, il semble que ces indigènes aient eu un arbre totem, un palmier comme les Awara, Ouaï ou Gouaï voire Guyaï, d’où viendrait leur nom.

Les avancées de la recherche linguistique américaniste invitent pourtant aujourd’hui à préférer une étymologie renvoyant à un fleuve, comme pour le Surinam, du fleuve appelé Sulinaman en langue karib, ou comme la rivière de Cayenne appelée Kalani dans la même langue et notée cajane ou caiane par les premiers colons. Il reste toutefois indiscutable que des indigènes appelés Guayanos ou Guayanas, appartenant au groupe linguistique karib, vivaient sur les rives bordées de palmiers d’un affluent de l’Orénoque à l’arrivée des Européens

Je ne vous ai fait ici qu’un très bref résumé de ce que l’on sait aujourd’hui du nom de la Guyane. Pour en savoir plus ( et mieux ! ), vous pouvez lire avec profit ce document dont je me suis largement inspiré.

L’Amazonie guyanienne

Barima-Waini ( ou Nord-ouest ) doit son nom à celui, amérindien, de deux rivières. On reconnait dans celui de la Waini la racine vue plus haut pour Guyane. La capitale, Mabaruma, porte, elle aussi un nom amérindien.

Pomeroon-Supenaam : Pomeroon est le nom de la rivière au bord de laquelle les premiers Hollandais ont tenté de s’établir à la fin du XVIè siècle. Ils en furent chassés puis remplacés par les Espagnols vers 1650. Les Amérindiens s’étaient réfugiés plus à l’intérieur, à Essequibo. La colonie espagnole fut à son tour détruite par les Français en 1689. C’est au XVIIIè siècle qu’une troisième tentative fut la bonne. Le nom de la rivière est noté Pomerón par les colons espagnols qui reprenaient le nom indigène. Supenaam, de l’amérindien Supinaam, est le nom d’ une autre rivière. La capitale, Anna Regina, tiendrait son nom de la noyade accidentelle vers 1800 des deux filles d’un colon anglais qui venait de racheter la plantation aux Hollandais.

îles d’Essequibo-Demerara Occidental : Essequibo est le nom de la plus importante rivière de Guyana. Elle a été explorée pour la première fois par Juan de Esquivel, dont on lui a donné le nom, altéré par les prononciations des indigènes et des colons successifs. C’est son nom qui sera aussi donné par les Vénézuéliens à la Guyane Esequiba désignant le territoire frontalier contesté entre les deux pays. Demerara est une rivière dont le nom arawak Dumaruni, avec le suffixe uni, « eau », signifie « rivière de l’amourette ». Cette amourette est un arbre ( Brosinum guianense) aussi appelé lettre-mouchetée, caractérisé par un bois très dense dont on a fait des lettres d’imprimerie. La capitale Vreed-en-Hope porte le nom que les premiers colons, des Hollandais, lui avaient donné : « Paix et Espoir » ( ils ont pas été déçus !), nom que les Anglais ont conservé.

Demerara-Mahaica : Demerara a été expliqué plus haut. Sans surprise, Mahaica est le nom arawak d’une rivière dont je ne connais pas le sens. La capitale, Georgetown, s’est d’abord appelée Longchamps quand les Français s’y sont installés en 1782 après les Anglais et les Hollandais. Deux ans plus tard, les Hollandais en reprirent possession et l’appelèrent Stabroek, en l’honneur de Nicolaas Geelvink, lord de Stabroek, président en 1784 de la Compagnie néerlandaise des Indes Occidentales. Elle fut enfin appelée Georgetown en 1812 en l’honneur du roi George III du Royaume-Uni.

Mahaica-Berbice : Berbice est le nom d’une rivière issu de l’arawak beribishi, un type de bananier poussant abondamment sur ses rives. La capitale est Fort Wellington dont le nom fait référence à Arthur Wellesley qui fut fait duc de Wellington après sa victoire à Waterloo.

Berbice Oriental-Courantyne : la rivière Corantyne ( ou Courantyne ou Corantjin) doit son nom à l’arawak Corentini dans lequel on reconnait le suffixe ini/oni/uni , « eau » ( comme pour le Dumaruni vu plus haut et les noms suivants). La Courantyne a été appelée Rio Barbeiros par les Espagnols, soit la » rivière des ( punaises ) vinchucas ». La capitale, New Amsterdam, doit son nom aux premiers colons hollandais entre 1730 et 1740, et le conserva malgré sa prise par les Anglais en 1803.

Cuyuni-Mazaruni : les deux rivières qui donnent son nom à cette région ont des noms dérivés de l’arawak, reconnaissables à leur suffixe -uni, « eau ». La capitale, Bartica, porte le nom amérindien de la « terre rouge » ( latérite ) qui caractérise la région.

Potaro-Siparuni : la rivière Siparuni porte un nom arawak reconnaissable au suffixe -uni, « eau ». Le nom de la rivière Potaro reste mystérieux mais il est à l’origine de celui de la potarite, un amalgame de palladium. La capitale Mahdia a été fondée en 1884 par des Africains libérés de l’esclavage. L’orthographe avec un -hd – inhabituel en Guyana peut faire penser à un transfert du nom d’une ville maghrébine, mais cela reste très douteux.

Haut-Takutu-Haut-Essequibo : Takutu est un hydronyme sans aucun doute d’origine arawak qui signifierait « rivière noire », un synonyme de Rio Negro, si on croit l’explorateur Schomburgk. La capitale Lethem est nommée en hommage à Sir Gordon James Lethem, qui fut gouverneur de la Guyane Britannique de 1941 à 1947.

Haut-Demerara-Berbice : les deux toponymes ont déjà été expliqués, suivez un peu, quoi! La capitale est appelée Linden en l’honneur de Linden Forbes Sampson Burnham, le négociateur de l’indépendance du Guyana en 1966 et proclamateur de la république en 1970.

… et ce sera tout pour aujourd’hui !

L’inspiration commençant à faire défaut, je ne vous propose aujourd’hui qu’une toute petite devinette :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française qui fut la proie des flammes, selon son étymologie.

Amazonie, Amazonia ( partie III )

Tiens! L’Amazonie a disparu des unes de nos journaux … Elle n’ y aura tenu que quinze jours. Et pourtant, elle brûle toujours. Mais on s’en fout : le G7 a été un succès ( si, si ! ), on n’a plus le droit de traiter l’arbitre d’enculé ( même si c’est vrai ) et Balkany est en taule ( au moins quelques nuits ).

Allez, continuons la visite de la forêt, tant qu’il en reste encore un peu. ( La première partie est et la deuxième ici ).

L’Amazonie colombienne

La forêt tropicale occupe la quasi totalité de six départements colombiens qui sont, d’ouest en est : l’Amazonas, le Putumayo, le Caquetà, le Vaupés, le Guaviare et le Guaína.

Amazonas : on ne présente plus l’étymologie de ce nom ( cf. ici ). Sa capitale fut fondée en 1867 quand la région appartenait encore au Pérou et fut nommée San Antonio par le capitaine péruvien Benigno Bustamante le 27 avril. Le 15 décembre de cette même année, un notable de la ville, l’ingénieur Manuel Charón la renomma Leticia, en hommage à sa femme, Leticia Smith.

Putumayos : nommé d’après l’affluent de l’Amazone qui en marque la frontière sud. celui-ci s’appelle putu mayu en langue quechua, soit le « fleuve ( mayu ) des calebasses ( putu ) » ou, plus exactement « fleuve auprès duquel poussent les arbres qui donnent les fruits dans lequel on fait des récipients ». Sa capitale Mocoa a été fondée le 29 septembre 1563 par le capitaine Gonzalo H. de Avendaño sous le nom complet de San Miguel de Agreda de Mocoa, en souvenir de l’église Saint-Michel d’Agreda en Espagne ( Castille-et-León ). Mocoa est soit le nom de la tribu d’Amérindiens qui vivaient là quand les Espagnols sont arrivés, soit le nom qu’ils donnaient à la rivière qui baigne la ville ( et qu’elle porte encore) soit encore à une résine qu’ils exploitaient.

Caquetá : l’étymologie de ce nom — là aussi, celui des Amerindiens ou de la rivière — est mystérieuse. Sa capitale Florencia a été baptisée en souvenir de la ville italienne d’où était originaire Paolo Ricci le tenancier de l’épicerie-cave à vin de l’entreprise de caoutchouc autour de laquelle elle se développa. Plus moralement correct, on dit que le nom fut choisi par le père Doroteo de Pupiales, impressionné par les fleurs multicolores ( ça me rappelle un peu la Martinique, prétendue « île aux fleurs » ).

Vaupés : le nom de l’affluent du Rio Negro, Vaupés, n’a pas d’étymologie connue. C’est Alfred Wallace au XIXè siècle, qui donna le nom générique de Ouapés aux différentes tribus de la région. La dernière référence à ce supposé peuple fut faite par Agustín Codazzi en 1857. On ne parla plus ensuite que de différentes tribus en les appelant chacune par son nom. Toujours est-il qu’on ne connait pas la signification de ce nom, ni même s’il désignait tout un peuple ou seulement un supposé chef. La capitale Mitú doit son nom à un oiseau : en langue ñengatú du groupe tupi-guarani, mitú désigne le crax ou hocco.

Guaviare : le nom de l’affluent de l’Orénoque, passé au département, semble être un mélange ( involontaire de la part les explorateurs ? ) de celui des deux rivières qui lui donnent naissance, le Guyabero et l’Ariairi, sur les rives desquels vivent les Guyaberos. Mais cela ne nous en dit pas plus sur la signification de ce nom, qui reste mystérieuse. La capitale San José del Guaviare a été baptisée du nom du saint du jour, le 19 mars 1910, par les premiers colons ( Homero Benjumea, Dionisio Rodríguez, Pablo Espitia, Félix Restrepo, Carlos Durán et Nepomuceno González ) qui s’étaient fixés là, principalement pour le caoutchouc.

Guainía : ce département porte le nom que les Amérindiens donnaient au cours supérieur du rio Negro, l’affluent de l’Amazone au débit le plus puissant, et au territoire qu’il baignait. En langue ñengatú du groupe tupi-guarani ce nom signifie « terre des nombreuses eaux ». Le nom de sa capitale Inírida signifie « miroir du soleil » dans la langue indigène du groupe ethnique Puinave. Selon la légende, Inírida était une princesse qui est devenue la fleur d’Inírida, qui ne pousse que dans le milieu humide et sablonneux de la région, près des rivières Inírida et Guainia. C’est une fleur rouge à écailles blanches, semblable à un épi, mais vous le savez déjà si vous avez cliqué sur le lien précédent.

L’Amazonie vénézuélienne

Au Vénézuéla, la forêt amazonienne recouvre en gros la partie au sud de l’Orénoque, soit trois États : l’Amazonas, Bolivar et le Delta Amacuro.

Amazonas : inutile de revenir sur ce nom, déjà vu plusieurs fois. La capitale, fondée le 9 décembre 1924 par l’ingénieur-géologue Santiago Aguerreverre, est Puerto Ayacucho. Elle a été baptisée en commémoration de la bataille d’Ayacucho du 9 décembre 1824 qui vit la victoire définitive des indépendantistes sur l’Empire espagnol en Amérique du Sud. La péruvienne Ayacucho doit son nom à une guerre meurtrière que livrèrent les Huaris aux Incas de Viracocha qui venaient conquérir leur terre. En langue quechua, aya kuchu signifie « terre des morts » ou « lieu de repos des âmes ».

■ Bolivar : c’est à partir de la Constitution vénézuélienne de 1901 que l’ancien État de Guyana ( ce nom sera étudié dans la quatrième partie, patience!) prit le nom d’État de Bolivar, en hommage à Símón Bolivar qui avait fait d’Angostura ( l’actuelle capitale Ciudad Bolivar ) le pivot de ses actions qui allaient permettre de libérer les « nations bolivariennes » : Vénézuela, Colombie, Panamá, Équateur, Pérou et Bolivie. La future capitale fut fondée le 21 décembre 1595 par Don Antonio de Berrío, qui l’appela Santo Tomás de Guyana. Après avoir changé plusieurs fois d’emplacement au gré des batailles contre les Amérindiens caraïbes et les corsaires européens, parmi lesquels Walter Raleigh, elle fut fixée en 1764 à son emplacement actuel sur les rives de l’Orénoque, à un endroit où il est particulièrement étroit, d’où son nom de Santo Tomás de la Nueva Guyana de la Angostura del Orinico, simplifié en Angostura, « étroitesse ». c’est sous la présidence du général Carlos Soublette, en 1846, que le nom fut changé en Ciudad Bolivar

Delta Amacuro : le delta dont il est question dans le nom de cet État est celui de l’Orénoque, découvert dès 1499 par Alonso de Ojeda et qui servit de porte d’entrée aux Conquistadors à la recherche de l’Eldorado. Il fut incorporé à partir de 1568 dans la région nommée Nouvelle Andalousie. L’établissement de véritables colons ne débuta vraiment qu’en 1848 quand Julián Flores, Juan Millán, Tomás Rodríguez, Regino Suiva et d’autres fondèrent un hameau qu’ils appelèrent Cuarenta y Ocho, « Quarante-huit », et qui deviendra plus tard la capitale de l’État. En 1884 fut créé le Territoire fédéral du Delta qui sera supprimé en 1893 et incorporé à l’État de Bolivar, puis recréé en 1901 sous le nom de Territoire Fédéral Delta Amacuro, qui ne deviendra un État à part entière qu’en 1991. Le nom d’Amacuro est d’origine guarao et signifie « pays des perroquets ». La capitale, d’abord à San José de Amacuro, sera transférée en 1905 à Tucupita, à l’emplacement de Cuarento y Ocho, que Walter Waleigh avait déjà mentionné au XVIè siècle sous le nom de Tucupity village. En langue guarao, tucupita signifie « endroit où les objets cloués au sol bougent ». Il semble que les tremblements de terre soient assez courants dans la région, dont certains peuvent être relativement violents.

… et la suite est à venir.

La devinette

Il faudra trouver le nom d’une forêt antique qui servit de frontière entre deux cités, puis deux provinces et deux royaumes. Il n’en reste plus aujourd’hui qu’une dizaine de bois épars, tous situés dans le même pays.

On a proposé une étymologie basée sur la déformation du nom du chef d’un peuple antique ou de celui du peuple lui-même, mais il semble plus sûr d’y voir un rappel de l’usage qu’en faisaient ceux qui y avaient accès.

Amazonie, Amazonia ( partie II )

Alerte info ! Sept pays amazoniens ont signé un pacte pour protéger la forêt! Nous voilà rassurés, les flammes n’ont qu’à bien se tenir … les pompiers arrivent !

Bon. Voici la suite de la promenade entamée ici

L’Amazonie bolivienne

Elle recouvre la totalité du Pando et une grande partie du Beni.

■ le Pando : créé en 1938, ce département fut nommé en l’honneur de José Manuel Pando qui fut un des premiers à explorer la région. Sa capitale Cobija s’appelait à l’origine Puerto Bahia ( le « port de la baie », ici un méandre du fleuve Acre), mais ce nom fut changé en 1908 pour éviter la confusion avec la ville brésilienne. On choisit donc de la baptiser Cobija, en l’honneur du port du même nom fondé en 1825 par Bolivar et qui fut la capitale du département du Littoral jusqu’en 1875, quand la région fut conquise par le Chili, et dont il ne reste aujourd’hui que des ruines. Cobija est un nom indigène ( chango ), sans doute celui des Amérindiens qui peuplaient la côte avant l’arrivée des Espagnols, dont la signification m’échappe.

■ le Beni : en langue tacana, Beni signifie « vent ». Sa capitale est Trinidad, « Trinité ».

L’Amazonie péruvienne

Elle recouvre les départements Amazonas ( on s’en serait douté), Loreto, Uyacali et Madre de Dios.

Amazonas : inutile de revenir sur l’étymologie de ce nom , vue dans le précédent billet. Sa capitale est Bagua Grande, surnommée Corazón de Amazonas, « le cœur de l’Amazone ». Bagua, un mot sans aucun doute d’origine indigène, n’a pas de signification connue ( on a proposé sans preuve le nom d’un chef indigène qui aurait accueilli les Espagnols, la déformation du nom d’une plante appelée guaba, etc.).

Loreto : ce département doit son nom à celui d’un ancien habitat amérindien ticuna frontalier avec le Brésil qui, au gré des modifications de frontières successives, se trouve aujourd’hui en Colombie. Loreto est le nom que les conquistadors avaient donné au camp amérindien, en référence à la ville italienne du même nom ( « lieu planté de lauriers », cf. ce billet ). La capitale est Iquitos : en langue iquito, ce nom signifie « foule séparée par les eaux ». Il y avait là, à l’origine, les Iquitos proprement dits séparés des Maracanos et des Auves par le fleuve Nanay et ses affluents rio Branco et Chambira. Une autre hypothèse traduit iquito, d’une autre langue amérindienne, par « écureuil ».

Ucayali : le nom du fleuve éponyme est d’origine amérindienne et signifie « fleuve boueux » dans la langue pano des Shipibo-Conibos. La capitale Pucallpa porte un nom quechua qui signifie « terre ( allpa ) rouge ( puka ) ».

Madre de Dios : comme beaucoup d’autres, ce département doit son nom au fleuve qui le traverse, le rio Madre de Dios, la « mère de Dieu ». Son nom quechua Amaru Mayu signifie « fleuve Amaru» d’après le nom du serpent à deux têtes de la mythologie inca. La capitale Puerto Maldonado, fondée en 1902, fut nommée en hommage à l’explorateur péruvien Faustino Maldonado qui explora en 1860-62 le cours du Madre de Dios, prouvant qu’il se jetait dans le rio Madeira contrairement à ce qu’affirmaient les géographes contemporains. Il mourut noyé dans la Madeira après avoir eu le temps de graver son nom sur un tronc d’arbre au confluent.

L’Amazonie équatorienne

Les Équatoriens appellent l’Oriente la partie … orientale de leur territoire, recouvert en quasi totalité par la forêt amazonienne. Elle concerne six provinces, du nord au sud :

Sucumbios : longtemps après les premières missions des pères franciscains espagnols des débuts de la conquête, la véritable « colonisation » de la région ne se fit que dans les tout débuts du XXè siècle. Sucombios serait le nom, dit-on sans plus d’explication, des Amérindiens qui peuplaient la région à l’arrivée des Espagnols : il ne fait guère de doute que ce nom sans doute d’origine quechua a subi l’attraction paronymique de l’espagnol sucombios, « je succombe ». Sa capitale Nueva Loja porte un nom rappelant que ses fondateurs, au milieu du XXè siècle, venaient de Loja, dans la province du même nom au sud du pays. Cette dernière, fondée par Alonso de Mercadillo en 1548 avait été baptisée d’après la ville espagnol de Loja dont le nom est issu d’un pré-celtique lausa au sens de « pierre » qu’on retrouve dans le français « lauze ».

Napo : cette province doit son nom au fleuve qui la traverse, qui fut l’un des premiers affluents de l’Amazone découvert et exploré par Gonzalo Pizarro en 1540 puis descendu jusqu’à l’Amazone et l’Atlantique par Francisco de Orellana en 1541. Le nom Napo est issu du quechua et signifie « cœur, centre », à comprendre comme « fleuve principal ». La capitale est Tena qui doit son nom, dont j’ignore le sens, à un affluent du Napo.

Orellana : sans surprise, cette province comme sa capitale Puerto Francisco de Orellana doivent leur nom à Francisco de Orellana (cf. juste au-dessus).

Pastaza : cette province doit son nom au rio qui la traverse ( ça devient lassant, non ?) qui est Pastazi en langue candoshi. Ce nom peut être relié à pashato, nom d’ un mollusque particulièrement fréquent dans les eaux du fleuve et du lac Rimachi dont il est le principal contributeur. La capitale est Puyo dont le nom est issu du quechua puyu, « nuage, brume ».

Morona Santiago : cette province est issue du découpage en 1953 de l’ancienne Zamora Santiago. Morona est le nom d’une rivière tributaire du rio Santiago (Saint-Jacques. La capitale est Macas dont l’étymologie est incertaine, tant les homonymes sont nombreux dans les différentes langues amérindiennes. On peut toutefois privilégier une origine d’après le quechua maca, « jarre, cruche », comme le suggèrent les fouilles archéologiques qui ont révélé de nombreuses grandes jarres dans la région.

Zamora Chinchipe : Zamora, capitale de la province, doit son nom à la ville natale espagnole du conquistador Hernando de Barahona qui baptisa ainsi son premier établissement le 6 octobre 1549. Le nom de la ville est passé à la rivière, branche sud du rio Santiago. La ville espagnole porte un nom issu du berbère Azemur, « oliveraie sauvage » ou Semurah, « ville des turquoises ». Chinchipe est, si on se fie à son Bref journal de 1549, le nom d’une tribu qui vivait sur la rive gauche de la rivière qui porte aujourd’hui ce nom quand le capitaine espagnol Diego Palomino les rencontra en 1549. Selon une autre hypothèse chinchipe signifierait « liane » en langue shuar, un mot qui pouvait aussi servir à qualifier des personnes minces, fines, élancées.C’est sur les bords du fleuve Chinchipe qu’étaient établis les Amérindiens de la culture Mayo Chinchipe ( mayo signifie fleuve en quechua ) entre 5300 av. J.-C. et 2500 av.J.-C.

… et la suite est à venir.

La devinette

Si l’Amazonie est en feu, certaines régions du monde pourraient se croire ignifugées …mais faire l’objet d’une devinette.

Il s’agira de trouver le nom d’un pays dont l’étymologie, à travers plusieurs langues successives, en fait le pays du « maître du feu » ou le pays « du feu protecteur » au point qu’il en a fait sa devise.

Sa capitale est, étymologiquement encore, la « montagne des vents ».

Je ne vois pas d’indice à vous montrer sans vous donner la solution en même temps.

P.S. : la relecture me pousse à préciser que « pays » s’entend au sens onusien du terme. La Patagonie ou Terre de Feu n’est pas un pays, mais un archipel partagé entre deux pays.

Amazonie, Amazonia ( première partie )

La forêt amazonienne, dite Amazonie, occupe un territoire immense partagé entre plusieurs États brésiliens, la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Vénézuela, la Guyana, le Surinam et la Guyane française.

Elle brûle aujourd’hui mais « le nombre de feux enregistrés et la surface brûlée dans la région amazonienne sont loin des records enregistrés en 2004, 2005, 2007 et 2010, mais les niveaux sont tout de même élevés à l’échelle de la dernière décennie. » ( Libé ). N’empêche, si l’opération de communication biarrote de Macron peut servir à quelque chose …

On peut rappeler que l’Amazonie a accueilli des Hommes dès 11 200 ans avant J.-C. comme le montre la grotte de Pedra Pintada ( de la « pierre peinte » ) à Monte Alegre dans l’État du Pará. Pourvu que ça dure!

Je ne me préoccuperai aujourd’hui que de la forêt brésilienne avant de me pencher sur le reste dans un ou deux autres billets supplémentaires.

À tout seigneur, tout honneur, commençons par l’Amazone, le fleuve qui donne son nom à l’ensemble. Son estuaire, large de 100 kilomètres, fut découvert en 1500 par le navigateur espagnol Vicente Yañez Pinzon qui remonta le fleuve sur quelque 80 kilomètres. Il l’appela Rio Santa Maria de la Mar Dulce, nom qui se réduisit par la suite en Mar Dulce, « douce mer », en raison de la très faible salinité de l’estuaire. Le cours du fleuve, du Pérou à l’Atlantique, fut reconnu pour la première fois par Francisco de Orellana, lieutenant de l’armée espagnole.

Il faut attendre près d’un demi siècle pour que le dominicain Gaspar de Carjaval fasse le récit de cette dernière expédition dans lequel apparait le nom Rio de las Amazonas, « fleuve des Amazones ». L’auteur l’explique par des combats qu’Orellana aurait livrés contre des femmes guerrières peuplant les rives du fleuve. Aucune découverte ultérieure n’est jamais venue confirmer l’existence de ces guerrières, ce qui n’a pas empêché les Brésiliens d’en faire les légendaires Icamiabas , nommées d’après le tupi i-kama-iaba, « au sein coupé », reprenant la fausse étymologie d’« amazone ». L’origine de cette histoire réside probablement dans une altération par une étymologie pseudo-savante d’un mot tupi amasunu désignant un mascaret, un phénomène qui se produit par la rencontre du cours fluvial avec le flux de la marée montante et qui progresse rapidement vers l’amont sous la forme d’une vague déferlante. L’Amazone était, pour ses premiers riverains, le fleuve des mascarets.

Plusieurs noms successifs ont été essayés pour désigner la forêt. Humboldt en 1808 a proposé Hylaea, du nom du pays boisé où Héraklès rencontra Échidna ; personne ne l’a suivi, on se demande bien pourquoi. L’historien brésilien Inácio Accioli de Cerqueira e Silva est le premier à proposer en 1833 le nom de « Pays des Amazones » qui sera repris et popularisé par le baron Frederico José de Santa-Anna Nery en 1899. Entre temps, un certain Martius avait proposé en 1858 le « Pays des Naïades » tandis qu’en 1884, Wappäus, dans un souci de ne froisser personne, avait tenté l’« Hylaea des Amazones ».

C’est bien sûr le fleuve qui a donné son nom à l’État brésilien d’Amazonas dont la capitale, Manaus, a fait l’objet d’une devinette et même de sa solution.

L’Amazonie brésilienne

Les autres États brésiliens occupés au moins en partie par la forêt sont les suivants, en partant du sud et en progressant dans le sens des aiguilles d’une montre :

Mato Grosso : le nom est attesté depuis environ 1735. Il signifie en portugais « grande ( grosso ) forêt (mato ) » qu’il faut comprendre comme pays sauvage, couvert de bois mais aussi de broussailles et de bruyères. Le même mot apparait dans quelques toponymes français comme Les Matelles ( Hérault ). La capitale en est Cuiabá, un nom amérindien dont l’origine est discutée.

Rondônia : il s’agissait d’abord du Territoire Fédéral de Guaporé, d’après un mot tupi signifiant « camp ( wa ) de la chute d’eau ( poré ) ». Devenu un État à part entière en 1982, on le baptisa du nom du maréchal Cândido Rondon, explorateur de la région. La capitale en est Porto Velho, « vieux port » : la ville a été créée en 1907 à l’emplacement d’un premier port militaire construit en 1873 sous Pierre II.

Acre : cet État doit son nom à la rivière que les premiers explorateurs ont appelée Aquiri, une déformation du tupi a’kir ü, « eau verte » ou de a’kir « repos, halte » ou encore de Yasi’ri, Ysi’ri, « eau courante ». La capitale a pris le nom du fleuve qui la baigne, Rio Branco, « fleuve blanc », en raison de la remarquable clarté de ses eaux en comparaison des autres cours d’eau de la région.

Roraima : c’est le mont Roraima qui donne son nom à l’État, lui-même devant le sien aux Pemóns qui l’appelaient le « mont ( rora ) vert ( imã ) ». Une autre explication propose le « mont des vents », les indigènes ayant noté que les vents dominants semblent en provenir. La dernière hypothèse, le « mont de l’acajou », est moins convaincante. La capitale s’appelle Boa vista, « belle vue ».

Pará : c’est État doit son nom au fleuve que les indigènes appelaient en tupi-guarani pa’ra, soit le « fleuve-mer » ou le « fleuve grand comme une mer » : son confluent avec le fleuve Tocantins est si large qu’on n’y aperçoit pas l’autre rive. La capitale est Belem, du nom de Bethléem. La ville était appelée à l’origine Santa Maria de Belém do Pará ou Nossa Senhora de Belém do Grão Pará, en rappel de la date de la Nativité 1615 qui vit partir de Saint-Louis ( Maranhão) Caldeira Castelo Branco à la conquête du Pará.

Amapá : le nom de cet État a une étymologie controversée. Il pourrait s’agir d’un mot tupi signifiant « endroit ( paba ) de la pluie ( ama ) » ou bien d’un mot nheengatu signifiant « fin de la terre » ou « île ». Selon une dernière hypothèse et sans doute la plus probable, amapá serait un mot arawak désignant un arbre typique de la région de la famille des Apocinacées, le Parahancornia amapa, produisant un fruit violet savoureux don on extrait le « lait d’amapá » connu dans la pharmacopée locale comme fortifiant, stimulant de l’appétit et pour le traitement des maladies gastriques et respiratoires. Sa surexploitation en fait une espèce menacée. La capitale est Macapá dont le nom est sans doute issu du mot tupi macapaba signifiant « endroit des bacabas », une espèce de palmier produisant des fruits comestibles.

Maranhão : le nom de cet État, initialement colonie française de Maragnan, est d’origine tupi où mar anham signifie « mer ( d’eau ) courante » pour décrire le fleuve éponyme. São Luis est la seule capitale d’État du Brésil qui n’ait pas été fondée par les Portugais et dont le nom soit d’origine française. La ville fut en effet fondée sous le nom de  Saint-Louis de Maragnan lors de l’éphémère colonie française de la France équinoxiale. Elle fut baptisée le 8 septembre 1612 en l’honneur du jeune roi Louis XIII, comme l’explique le chroniqueur Claude d’Abbeville dans son Histoire de la mission des pères Capucins en l’Isle de Maragnan et terres circonvoisines. Malgré tout, les Brésiliens expliquent le nom par celui du roi Louis IX, dit saint Louis : le profond sentiment religieux des Brésiliens explique sans doute cette préférence …

Tocantins : cet État est un de ceux qui font la transition entre la forêt et la savane. Il doit son nom au fleuve Tocantins qui est un nom tupi signifiant « bec de toucan «, de tukana, « toucan » et tim, « bec ». Le nom de sa capitale, Palmas, fut choisi en hommage à la capitainerie São João da Palma ( l’actuelle Paraña ) qui fut le siège du premier mouvement séparatiste de la région. La grande quantité de palmiers n’est sans doute pas étrangère à l’appellation.

La devinette

Restons dans les arbres ! Il faut chercher une ville, ni européenne ni sud ou nord-américaine, sachant que son nom :

■ est une corruption d’un mot indigène désignant un genre de conifères ;

■ sert à déterminer la couleur particulière prise par le bois ayant subi une transformation particulière ;

■ a un homonyme sur un autre continent, toujours issu d’une langue indigène, désignant un petit mammifère longtemps chassé pour sa fourrure, aujourd’hui élevé en captivité ;

et en se servant de cet indice :

R.I.P P.S.

C’est pas pour me vanter, mais il y a près de dix ans j’écrivais un billet d’actualité intitulé Ségolène et Vincent, les Max faux frères … qui prédisait l’effondrement du Parti Socialiste.

Dix ans après ( oui, il y a eu un entracte avec un numéro comique hollandais), les faits me donnent raison !

Comment disait-on, déjà ? Ah ! Oui : pschitt !

Fin du blog !

Chère abonnée, cher abonné,Vous recevez cet e-mail parce que vous avez ouvert en tant qu’abonné un blog hébergé sur le site du Monde.

Ce service prendra fin le 5 juin 2019.

Cette fermeture est liée aux évolutions techniques de notre site Internet.

A compter du 5 juin, votre blog ne sera plus accessible, et ses contenus, y compris les photos et textes, seront supprimés. Vous disposez de deux mois pour sauvegarder vos contenus et nos équipes vous accompagneront dans cette démarche.

Vous recevrez dans les prochains jours un e-mail expliquant de façon détaillée la procédure à suivre pour sauvegarder l’ensemble de vos contenus.

Nous vous remercions pour votre fidélité,

L’équipe abonnement du Monde

Voilà le message que j’ai reçu il y a quelques jours et auquel fait allusion Jacques C. dans un commentaire au billet précédent …

D’une manière fort cavalière et unilatérale ( à l’amazone, donc, pourrait-on dire si cela prêtait à rire) Le Monde.fr met fin à un service qu’il rendait à ses abonnés. Que dis-je « qu’il rendait » ?, non ! « qu’il vendait », inclus dans le prix de son abonnement.

Comme d’autres, donc, je vais être obligé de « migrer » vers une autre plate-forme d’édition de blogs … au risque, comme le fait remarquer Jacques C., de perdre du contenu ( les images, les textes importés, les photos pourront-ils être sauvegardés ?) et des fonctionnalités ( les liens seront-ils toujours opérationnels ? et mes jeux de mots ? ). Et qu’en sera-t-il des commentaires ? Autant de questions aujourd’hui sans réponse … mais qui vont m’obliger à me faire aider afin de déménager sans rien perdre en route.

Changeons d’éditeur, donc, puisque le choix ne nous est pas laissé. Mais lequel choisir ?

Il en existe bien sûr des gratuits — comme WordPress qui semble a priori  le meilleur choix puisqu’il n’implique pas de changement de format — mais qui gagnent leur vie en vendant de l’espace publicitaire. Vous comprendrez aisément que je préfèrerais ne pas jouer l’homme-sandwich.

Reste alors la possibilité de payer son édition — de l’ordre de 4 € mensuels chez WordPress par exemple pour le service de base — pour ne pas être pollué par la pub.

Est-ce que Le Monde a prévu de diminuer son coût d’abonnement de 4€ mensuels ? Je n’ai trouvé nulle part mention de cette clause … La question du renouvellement de mon abonnement est désormais sur la table, comme disent nos zomzéfampolitics et autres décideurs, tant Lemonde.fr est loin du Monde papier qu’il était à ses débuts et jusqu’à … ces dernières années ( je ne mets pas de date pour ne fâcher personne).

En revanche, vous aurez remarqué que Le Monde donne comme raison à ce changement les « évolutions techniques de (son ) site Internet. » On a le droit de rire, là ? Parce qu’il faudra m’expliquer comment une « évolution technique » peut entraîner une telle régression qu’il ne sera plus possible de publier les blogs des abonnés tandis que seront toujours présents les blogs de la rédaction ( ouf! pour LSP ) et les blogs invités ( ouf! pour les blogs dessinés !).  Quoi? Que me souffle-t-on dans l’oreillette ? Ah bon ? C’est qu’une question de fric ? Y a pas de place pour des blogs sans pub ?  Ah, d’accord, vous m’avez fait peur …

Allez, basta! Je vous tiens informé, comme on dit dans le poste sans rougir.

 

À bas la calotte !

Un petit billet d’humeur, pour changer … y avait longtemps !

Vu cette proclamation dans la rue :

calottes cuites

J’ai cru qu’on parlait — enfin ! — de l’Église, de Barbarin et ses confrères …

Mais non, il s’agissait de chaleurs polaires, pas de soutanes en chaleur !

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Pour ces dernières, le couvercle tient encore bon, mais la soupape ( ahah! ) siffle …

Bololo et autres bordels

Sur une idée de Jacques C.

Il n’aura échappé à personne qu’Édouard Philippe, premier ministre de la France, a déclaré, le 14 novembre dernier, à propos de la future action des  « gilets jaunes » :  « Celui qui se dit : « Ah bah tiens ! je vais bloquer ici, ça va être formidable, ça va mettre le bololo partout », il prend un risque s’il ne respecte pas la loi. »

Point n’est besoin d’être expert pour comprendre que « bololo » est  ici employé par  euphémisme à la place de « bordel » ( d’autant que le ministre semble commencer par dire « b… » avant de se reprendre et dire « bololo » ). Consciencieusement, et trop contents d’avoir quelque chose à dire sur la forme de cette intervention plutôt que sur le fond, les journalistes ont appris et nous ont fait savoir que Bololo était le nom d’un quartier de N’Djamena et que le ministre avait appris ce mot lors de son service militaire effectué dans l’artillerie en 1994.

Dans son numéro de janvier 2010, Terre Information Magazine, relevant de la Délégation à l’information et à la communication de la défense (ils ont rajouté « à l’information » pour éviter l’acronyme D.C.D.qui aurait pu saper le moral des troupes ), expliquait à propos de bololo :

Sans rapport aucun avec certains atours féminins, ce terme des OPEX en Afrique désigne un capharnaüm, une situation confuse et désordonnée. Il tire son origine d’un quartier délabré de N’Djanema, la capitale du Tchad.

( on notera au passage l’humour de nos soldats, comme celui des Norvégiens qui signalent la possible traversée de rennes au milieu du désert tchadien, en bas à droite du même magazine. Ah ça ! On rit chez les gens d’armes !).

C’est donc bien ça, un bololo : « une situation confuse et désordonnée ».

Le Petit Futé 2017/2018 consacré au Tchad nous apprend que le quartier Bololo

« tire son nom des boues et marécages de cette zone qui servait de carrière pour la construction des maisons et comptait donc de nombreux cratères boueux » .

On voit bien là le désordre, la confusion, n’est-ce pas ? et on comprend que les militaires en aient fait un synonyme de « désordre ». Non ? Allons plus loin, donc :

Dans son ouvrage Sagaies ( éd. Saint-Germain-des-Prés, 1978) Laureine Valtis précisait :

Bololo : quartier des boites de nuit et des cafés à N’Djamena.

Nul besoin d’avoir fait son service militaire pour comprendre ce qui se cache derrière ces boites nuits et cafés : des lieux de prostitution, des bordels.

CQFD : le premier ministre craignait que les gilets jaunes ne foutent le bordel.

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( PS: il semblerait que ce quartier ne soit plus aussi délabré que ça …)

Mais, au fait, comment et quand s’est fait ce parallélisme sémantique entre lieu de prostitution et désordre ?

À tout seigneur, tout honneur : je commencerai par le bordel lui-même, ferai un détour par les lieux de désordre et terminerai par quelques toponymes devenus synonymes de bordel ou désordre, le tout en restant dans le registre familier voire argotique.

Le bordel

Le francique *bord, « planche », par l’intermédiaire de son pluriel *borda, a donné l’ancien français borde et son diminutif bordel ( attesté avant 1105 ) désignant une petite maison, une cabane. faite de planches. Ce sens étymologique est sorti d’usage au XVIè siècle mais reste présent, au pluriel, en toponymie ( Les Bordes, Bourdeaux, Bourdeilles …) pour désigner d’anciens villages de cabanes.

Le sens spécialisé de « maison de prostitution » est né vers 1200 quand les prostituées ne pouvaient effectuer leur commerce qu’à l’écart. C’était notamment le cas dans les ports et, à Paris, hors de l’enceinte de Philippe Auguste, où les bordes des prostituées formaient un quartier réservé appelé bordeau diminué en bordel. Devenu très vite trivial, le mot a été remplacé par des euphémismes comme « maison close, de tolérance…» mais son emploi est resté très vivant dans le langage courant. La surveillance très étroite exercée par la police sur ces établissements à partir du Ier Empire ( prostitution règlementée et naissance de la Brigade des mœurs en 1804  ) a fait que « bordel » a désigné, par allusion à la situation antérieure, un lieu où règne le désordre, le tapage. Par extension, il se dit sans connotation de désordre d’un ensemble d’objets, souvent sous la forme « tout le bordel ».

Bordel a de nombreux synonymes argotiques partageant pour la plupart  le double sens de lieu de prostitution et de désordre. En voici quelques uns, toujours en rapport avec un « lieu » :

  • bobinard : ( 1900) de Bobino, nom d’un pitre aux plaisanteries grossières, puis nom d’un établissement de spectacles populaires, à Paris, rue de la Gaîté.
  • boxon : ( 1837 ) de l’anglais bocson, « cabaret », lui-même de box, « salon particulier dans un café ».
  • bocard : ( 1821 ) variante de boucard ou bouclard, « boutique ».
  • boui-boui : d’abord théâtre de bas étage accueillant pitres et marionnettes (1854), café chantant ( 1871 ) puis maison de prostitution (1977) et, enfin, restaurant bon marché ( 1983). Sans doute issu du redoublement à caractère onomatopéique du cri des pitres ou des marionnettistes.
  • bouic ou bouis : emprunté (1807) au parler bressan, où ce mot désigne un local pour oies et canards. Le lien avec le précédent n’est pas assuré.
  • bousin : ( 1790) de l’anglais bousing ( ken ), « cabaret », lui-même de to bouse, « s’enivrer » ( anglais moderne to booze ) et ken, « lieu mal famé » ( apocope argotique de kennel, « chenil »).
  • casbah : ce mot issu de l’arabe maghrébin qǎbǎh  ( arabe classique qǎsǎbǎh ), «  forteresse  », a été introduit en français sous la forme casouba en 1813 puis, dès la prise d’Alger en 1830, sous sa forme actuelle, pour désigner la partie haute et fortifiée d’une ville arabe. Il a désigné une maison close et, plus particulièrement, la chambre où se tenaient les prostituées en attendant le client.
  • claque : ( 1883) d’origine obscure, sans doute à rapprocher de claqueur et claquedent, « misérable, gueux, souteneur ».
  • clandé : ( 1948) apocope post- Marthe Richard de clandestin.
  • lupanar : ( 1532) Rabelais écrit lupanare cf. le latin lupanar, de lupa, « louve », au sens figuré de «  prostituée  ».

Le désordre

  • le souk : de l’arabe sūq. D’abord zoco ( du Maroc), repris de l’espagnol dès 1636, puis soc ( d’Alger) et enfin souk ( d’Arabie), ce mot désignait, dès 1835, un marché des pays de l’Islam, un marché couvert réunissant, dans un dédale de ruelles, des boutiques et ateliers de toute espèce. Le sens de « lieu où règne le désordre, l’agitation, le bruit » ne date que du milieu du XXè siècle ( Mort à crédit, Céline, 1936).

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Le soukh de Marrakech

Après guerre, le quartier parisien de la Goutte d’Or, haut lieu de la basse prostitution, accueille des travailleurs arabes, notamment des Algériens surnommés avec mépris « bicots » ou « sidis »: le sud du quartier deviendra un quartier arabe et prendra le surnom méprisant et raciste de souk.

  • le bazar : du persan bāzār, « marché public ». On trouve dès 1432 en français  la forme bathzar, « marché public oriental » ; la forme bazar apparait en 1546 sans doute  sous l’influence du portugais bazar attesté en 1544. Le mot s’appliquera en 1816 à un magasin, une boutique, etc. où on vend toutes sortes d’objets ( quincaillerie, mercerie, etc.).  Le sens d’ensemble d’objets hétéroclites date de 1842 et celui de lieu, de maison en désordre, de 1866. Bazar désignera, dès 1841 et par euphémisme pour bordel, une maison de tolérance, mais cet emploi est sorti d’usage.
  • le bin’s ou binz : ce mot est apparu en 1950 à la suite de cabin’s ( 1893 ) résultant de l’apocope de « cabinets ». En argot militaire, il désignait un travail pénible ( la corvée de « chiottes » ), une situation confuse, un « merdier » et le sens est passé en langage familier, un peu adouci par la proximité de l’anglais business devenu « bisness, biseness ou bizeness », tandis que la notion de racolage, prostitution apparait en argot, cf. le turbin.

Les toponymes

Comme Bololo, d’autres noms propres de lieux ont été utilisés pour désigner, en langage populaire, le lieu de prostitution, le bordel ou le désordre.

  • capharnaüm : utilisé dans une mazarinade en 1649 pour désigner une prison, ce mot sera repris par Balzac en 1833 au sens de « lieu renfermant des objets entassés confusément » d’où aussi « lieu de désordre et de débauche ». Il s’agit du nom d’un village de pêcheurs en Galilée, cité à plusieurs reprises dans les Évangiles, où Jésus attira devant sa porte un attroupement hétéroclite de malades.
  • bousbir : attesté au début du  XXè siècle, ce mot désigne le « quartier réservé » ( à la prostitution ) des villes d’Afrique du Nord. Quand le Maroc devint un protectorat français en 1912, il fut décidé de confiner la prostitution dans des quartiers particuliers faciles à contrôler, dans le but d’éviter la propagation des maladies comme la syphilis dans les troupes coloniales. Ainsi, à Casablanca, sur les terrains loués à un diplomate français nommé Prosper Ferrieu, sera bâti un quartier que le parler local désignera par Derb Bousbir  (littéralement « quartier Prosper »).

bousbir

  • chabanais : d’abord « maison de prostitution » dès 1852, ce mot désigne ensuite et notamment avec Courteline « un grand désordre, un scandale, un vacarme ». Il tient son nom d’une maison close sise au numéro 12 de la rue Chabanais à Paris, qui deviendra fort célèbre après 1878. Les maisons moins courues se contentaient de leur numéro dans la rue pour se faire connaitre comme le 106 ( rue de la Chapelle ) ou de leur enseigne comme Le Clair de lune (rue de la Charbonnière), etc.
  • Bronx : « Surnom donné à une zone, un quartier, un endroit, qui, à l’image du quartier éponyme américain, présente des dégradations urbaines et où règnent le chômage, l’insécurité, le crime, la délinquance, la drogue et d’autres maux ». Le nom du quartier new-yorkais « provient de Jonas Bronck, un émigrant suédois qui fut le premier à coloniser cette zone au XVIIe siècle. »
  • la zone : ce mot a d’abord désigné « les faubourgs misérables d’habitations précaires construites sur les glacis des dernières fortifications de Paris, avant leur démantèlement, en 1919, puis sur l’emplacement de ces fortifications, après leur démolition» puis un « faubourg misérable, une banlieue souvent pauvre et mal aménagée » d’une grande agglomération urbaine.  On dit « c’est la zone, ici !» pour « c’est le désordre total! ».

Ceux qui veulent en savoir plus sur Les mots de la stigmatisation urbaine n’ont qu’à suivre le lien.

Les devinettes

  • et d’une :

Sur le modèle du boulevard Saint-Michel parisien devenu le bien connu Boul’ Mich’ ( 1878 ) ou du boulevard Saint-Germain devenu le moins connu Boulger’ (1888) qui n’étaient pas particulièrement des lieux de prostitution, on a connu La Quincampe, apocope de rue Quincampoix ( Paris, IIIè et IVè ) bien réputée, elle, pour sa prostitution. Un autre boulevard, arpenté par des prostituées, est appelé de deux manières différentes, l’une par apocope, l’autre par aphérèse. Quel est-il ?

Un indice :

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  • et de deux :

On a vu que la rue Chabanais avait donné un mot présent dans certains dictionnaires ( Le Robert, le Larousse de l’Argot …) au sens de maison de prostitution. D’autres maisons sont restées célèbres, comme le One-Two-Two, mais ne sont pas pour autant devenues noms communs.

Pourtant, une autre maison de prostitution, dans une ville de province cette fois, a vu naguère son nom devenir synonyme de bordel. Aujourd’hui absent des dictionnaires habituels dans cette acception, quel est ce nom ?

Un indice, au moins :

indice 24 11 18

Frégate française blessée

Les lecteurs les plus attentifs de la presse auront sans doute lu cette information :

Une île hawaïenne, East Island, a été rayée de la carte après avoir été engloutie par les eaux à la suite du passage d’un ouragan au début du mois.

Les distraits peuvent se rattraper en lisant cet article .

La preuve en image :

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Les Bancs de sable de la Frégate française  ( French Frigate Shoals ) forment un ensemble de plusieurs bancs sablonneux et d’un îlot de roche volcanique appelé le Pinacle La Pérouse disposés en arc de cercle.

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East Island, l’îlot aujourd’hui posté disparu est au centre de l’archipel et de la carte :

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C’est le français Jean-François de La Pérouse qui « découvrit », cinq à six siècles quand même après les Hawaïens, et baptisa ces bancs de sable après avoir failli y perdre deux frégates dans la nuit du 6 novembre 1786.

Du nord-ouest au sud-est, dans la grande courbure du croissant :

  • Shark Island : île au Requin ( oui, bien sûr ) ;
  • Tern Island : île au Sterne  avec sa piste d’atterrissage ;
  • Trig Island : île « Chic »  ( disparue elle aussi, cf. màj en fin d’article) ;
  • Skate Island : île de la Raie ;
  • Whale Island : île de la Baleine ;
  • Shallow Coal :  Bas-fond noir ( comme du charbon ) ;
  • Disappearing Island : île Disparaissant ( elle, elle est pourtant toujours là … ) ;

et, dans la petite courbure :

  • Round Island : île Ronde ;
  • Mullet Island : île du Mulet ( le poisson ) ;
  • Bare Island : île Nue ( et la vague irrésolue ) ;
  • East Island : île de l’Est  ( à l’est du Pinacle de La Pérouse) mais à l’ouest de l’archipel …
  • Gin Island et Little Gin Island : interdites aux marins d’aqua simplex ?

et enfin, Le Pinacle La Pérouse:

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Nous sommes là à Hawaï, archipel aperçu par des navigateurs espagnols au XVIè siècle mais réellement exploré pour la première fois par James Cook au cours de son troisième voyage en 1778. C’est peu de dire que les contacts avec la population locale furent difficiles : Cook fut assassiné l’année suivante. Il avait auparavant proposé le nom de Sandwich Islands, en l’honneur de John Montagu, quatrième comte de Sandwich, alors premier lord de l’Amirauté. Ce nom resta officiel jusqu’au XIXè siècle mais l’autorité anglaise ne put s’imposer. Le roi indigène Kamehameha Ier était parvenu, dès 1795, à unifier les quatre royaumes de l’archipel et son successeur, pour mieux s’opposer aux Anglais, accueillit à partir de 1820 des missionnaires américains porteurs des idées anticolonialistes alors en vogue aux États-Unis. Cela aboutit, en 1840, à la promulgation d’une constitution consacrant l’indépendance de l’archipel. La royauté fut remplacée par une république en 1893 et, en 1898, Hawaï fut annexé aux États-Unis. Le nom d’Hawaï s’était déjà imposé — du moins localement — au temps de Kamahameha Ier avec la complicité des Américains. Il s’agit de la notation à l’anglaise ( Hawaii ) du nom hawaïen hoai, « association, alliance ».

Les Bancs de sable de la Frégate française sont inclus dans le monument national marin de Papahānaumokuākeadu nom de la déesse mère de tous les Hawaïens.

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Lalo, qui est le nom hawaïen de l’archipel, signifie « en-bas, dessous, inférieur » décrivant des îles peu élevées  affleurant à la surface de l’eau .

Mise à jour à 18h45

Les responsables de la réserve rappellent qu’un autre petit îlot, Trig, a également disparu du Banc de sable de la Frégate française il y a deux mois, mais son érosion fut beaucoup plus lente et sa disparition quasi-programmée. Ce qui ne la rend pas forcément moins inquiétante.

( Lire ici )