Frégate française blessée

Les lecteurs les plus attentifs de la presse auront sans doute lu cette information :

Une île hawaïenne, East Island, a été rayée de la carte après avoir été engloutie par les eaux à la suite du passage d’un ouragan au début du mois.

Les distraits peuvent se rattraper en lisant cet article .

La preuve en image :

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Les Bancs de sable de la Frégate française  ( French Frigate Shoals ) forment un ensemble de plusieurs bancs sablonneux et d’un îlot de roche volcanique appelé le Pinacle La Pérouse disposés en arc de cercle.

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East Island, l’îlot aujourd’hui posté disparu est au centre de l’archipel et de la carte :

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C’est le français Jean-François de La Pérouse qui « découvrit », cinq à six siècles quand même après les Hawaïens, et baptisa ces bancs de sable après avoir failli y perdre deux frégates dans la nuit du 6 novembre 1786.

Du nord-ouest au sud-est, dans la grande courbure du croissant :

  • Shark Island : île au Requin ( oui, bien sûr ) ;
  • Tern Island : île au Sterne  avec sa piste d’atterrissage ;
  • Trig Island : île « Chic »  ( disparue elle aussi, cf. màj en fin d’article) ;
  • Skate Island : île de la Raie ;
  • Whale Island : île de la Baleine ;
  • Shallow Coal :  Bas-fond noir ( comme du charbon ) ;
  • Disappearing Island : île Disparaissant ( elle, elle est pourtant toujours là … ) ;

et, dans la petite courbure :

  • Round Island : île Ronde ;
  • Mullet Island : île du Mulet ( le poisson ) ;
  • Bare Island : île Nue ( et la vague irrésolue ) ;
  • East Island : île de l’Est  ( à l’est du Pinacle de La Pérouse) mais à l’ouest de l’archipel …
  • Gin Island et Little Gin Island : interdites aux marins d’aqua simplex ?

et enfin, Le Pinacle La Pérouse:

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Nous sommes là à Hawaï, archipel aperçu par des navigateurs espagnols au XVIè siècle mais réellement exploré pour la première fois par James Cook au cours de son troisième voyage en 1778. C’est peu de dire que les contacts avec la population locale furent difficiles : Cook fut assassiné l’année suivante. Il avait auparavant proposé le nom de Sandwich Islands, en l’honneur de John Montagu, quatrième comte de Sandwich, alors premier lord de l’Amirauté. Ce nom resta officiel jusqu’au XIXè siècle mais l’autorité anglaise ne put s’imposer. Le roi indigène Kamehameha Ier était parvenu, dès 1795, à unifier les quatre royaumes de l’archipel et son successeur, pour mieux s’opposer aux Anglais, accueillit à partir de 1820 des missionnaires américains porteurs des idées anticolonialistes alors en vogue aux États-Unis. Cela aboutit, en 1840, à la promulgation d’une constitution consacrant l’indépendance de l’archipel. La royauté fut remplacée par une république en 1893 et, en 1898, Hawaï fut annexé aux États-Unis. Le nom d’Hawaï s’était déjà imposé — du moins localement — au temps de Kamahameha Ier avec la complicité des Américains. Il s’agit de la notation à l’anglaise ( Hawaii ) du nom hawaïen hoai, « association, alliance ».

Les Bancs de sable de la Frégate française sont inclus dans le monument national marin de Papahānaumokuākeadu nom de la déesse mère de tous les Hawaïens.

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Lalo, qui est le nom hawaïen de l’archipel, signifie « en-bas, dessous, inférieur » décrivant des îles peu élevées  affleurant à la surface de l’eau .

Mise à jour à 18h45

Les responsables de la réserve rappellent qu’un autre petit îlot, Trig, a également disparu du Banc de sable de la Frégate française il y a deux mois, mais son érosion fut beaucoup plus lente et sa disparition quasi-programmée. Ce qui ne la rend pas forcément moins inquiétante.

( Lire ici )

Gênes « à genoux »

Je lis ce matin, à la une du Monde.fr ce chapeau :

Italie : Gênes « à genoux » après l’effondrement du pont Morandi qui a fait au moins 35 morts.

Rien, dans l’article, n’indique le pourquoi de cet « à genoux » : on pourrait en conclure que Lemonde.fr s’essaie aux titres façon Libé.

Ce serait oublier l’étymologie du nom de la ville.

Son nom ancien ne nous apparaît sous la forme Génua qu’à partir de 218 av. J.-C. ( Pline l’Ancien, Histoire naturelle ) quand elle est entrée dans le monde romain. Il est fort probable que cette forme latine reproduise une forme antérieure … ligure.

Le radical indo-européen gen- signifiait « courbe, pliure, … ». C’est de lui que provient le latin genū et le français genou.

On explique ce nom par l’aspect en « pliure de genou » que présente le golfe de Gênes aux marins qui le découvrent.

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C’est de ce même gen- que certains font venir le nom de Genève ( Genava dans les Commentaires de César ). L’angle formé par le Lac de Genève et la sortie du Rhône correspondrait à cette pliure. Le suffixe -ava corrobore  l’origine celtique de ce nom.

D’autres étymologies ont été proposées :

  • une racine pré-indo-européenne *gan, au sens de « bouche » ;
  • une référence au dieu Janus : comme lui, Gênes a deux faces, une tournée vers la mer, l’autre vers les montagnes. On en veut pour preuve une inscription dans la cathédrale : Janus, primus Rex Italiae de progenie gigantum, qui fundavit Genuam temporae Abrahae, ( « Janus, le descendant du premier roi des géants italiens, qui a fondé Gênes à l’époque d’Abraham » ) ;
  • Janus, encore lui, apparaîtrait avec le latin jānŭa, « porte, passage » ;
  • une origine étrusque où le mot kainua signifiait « nouvelle ville », cf. Marzabotto. La nécropole des VIè et Vè siècle av. J.-C. témoigne de la présence des Étrusques et des Grecs, mais le port est bien plus ancien que cela et sans doute ligure ;

Aucune de ces dernières hypothèses ne fait l’unanimité. Reste donc la plus probable : le ligure gen, « pliure, genou ».

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Gênes au XVIè siècle

P.S. aux « indignés ». Je suis au courant de l’effondrement du pont et du nombre des victimes. Ce blog n’est ni une veillée funèbre ni une rubrique nécrologique, il se contente, en toute modestie, de parler de toponymie.

Ça c’est fort de Brégançon !

Qui -vous- savez passe ses vacances à Bormes-les-Mimosas (Var ) dans une résidence présidentielle, le fort de Brégançon.

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Situé en zone d’occupation ligure et non gauloise, il faut  voir dans son nom le ligure brica, « hauteur », dérivé avec le double suffixe anti-onem.

Cette racine ligure s’est maintenue par exemple dans l’appellatif bric, brec désignant un sommet escarpé terminé en pointe dans tout le massif alpin. C’est le cas au Brec de Chambeyron et au Brec de Rubren (Alpes-de-Hte-Prov.), ou encore au Brec d’Utelle (Alpes-Mar.) . À ces formes masculinisées de brica s’oppose La Brigue ( Alpes-Mar.) .

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Le Brec de Chambeyron

Non loin de là, dans les Hautes-Alpes, vivaient des Gaulois qui nous ont laissé des toponymes représentant le terme celtique briga, « hauteur, montagne fortifiée, place forte ».

Le plus célèbre d’entre eux est Briançon (Hautes-Alpes), dont la partie haute permettait de contrôler la confluence de la Durance et de la Guisanne. Les formes anciennes Brigantion, Brigantium, Brigantione montrent bien la dérivation de briga avec, là aussi, –antione.

Ce type de toponyme était fréquent dans l’ancienne Gaule : en témoignent Briançonnet (Alpes-Mar.) et de nombreux autres Briançon ( Alpes-de-H.-P., Drôme, Gard).

Le plus souvent, la racine briga entre en composition avec un élément pré-celtique qui est le nom de lieu originel, avec le sens de « montagne de …» ou « place forte de …».

La voyelle de liaison o , en position antépénultième, est accentuée en gaulois, d’où le passage d’obriga à obre que l’on trouve à :

  • Sidobre, un plateau  à l’est de Castres ( Tarn ) de Sit-o-briga ( que l’on a rapproché du nom de Sète) ;
  • Cantobre (Aveyron), perché sur un rocher dominant la Dourbie, de Cant-o-briga, avec le pré-indo-européen kant, lié à l’idée de « rocher, hauteur» ;
  • Vézénobres ( Gard ) avec le pré-celtique ved-en, « hauteur » ;
  • Lanobre (Cantal ) avec le gaulois lano, « plein, rempli » ;
  • Coulobres ( Hérault ), avec la racine pré-indo-européenne kal, « pierre, rocher, hauteur ».

L’évolution parallèle du ligure brica et du gaulois briga, de mêmes sens, n’a pas d’explication convaincante, sauf à supposer une origine pré-indo-européenne commune, ce que propose Ch. Rostaing dans son Essai sur la toponymie de la Provence.

P.S. je me suis cantonné ici au Midi de la France, mais le gaulois briga se retrouve sur tout l’hexagone, notamment en Bretagne. Peut-être y reviendrai-je.

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La devinette ( enfin !)

Ailleurs en Europe, existe une ville qui porte un nom similaire à un de ceux que je cite dans le billet. Quelle est-elle ?

Indice : un auteur-compositeur-interprète a perdu la mémoire non loin de là.

Gonflés, les Belges !

Mon actualité personnelle étant, vous l’avez sans doute compris, un peu perturbée , je me raccroche à l’actualité du moment qui est, si j’en crois les unes des journaux, plutôt footballistique ( oui, y a aussi des migrants, des Thaïlandais dans une grotte, des guerres  combats en Ukraine, en Syrie et au Yémen, mais, bon, tout cela ne nous regarde pas …).

La Belgique, donc.

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Ben oui, sinon quoi ? Des moules et des frites ?

Le premier à nous parler de cette région est Jules César, dans ses Commentaires : il s’agit d’un territoire au nord de la Seine et de la Marne, beaucoup plus vaste que la Belgique actuelle, la Gallia Belgica , puis plus simplement Belgica.

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La Gaule belgique dans l’Empire romain, vers 120

Ce nom est le féminin de l’adjectif Belgicus, lui même dérivé de l’ethnonyme Belga, « Belge ». César parlera aussi de Belgium. Mais dès la fin de l’Empire romain, ces noms disparaissent de l’usage courant.

Même si on reparlera parfois de Belgium pendant la guerre de Trente Ans  (1618 – 1648 ), on ne verra réapparaître les Provinces belgiques qu’au XVIIIè siècle, par réminiscence classique. Quant au royaume de Belgique, il fut créé en 1830.

À l’époque romaine les Belges étaient de langue celtique et on pense que, comme pour la plupart des tribus celtiques, leur nom exprimait une qualité guerrière.

Si l’on se réfère à la racine indo-européenne *bhelgh, « gonfler » ( cf. l’anglais belly, « bedaine » ou billow « nuage »,  le gaulois *bolga, « sac de cuir » ) ils auraient été des « gonflés », des fiers ou des furieux. De cette même racine indo-européenne seraient aussi issus le latin bellum, « guerre » et donc nos « belliqueux », « belligérants », etc.

Alors, les Belges champions du Monde des joueurs de sac de cuir gonflé, ça serait mérité, non ?

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Pour les raisons expliquées dans la première phrase de ce billet, la devinette n’est pas prête.

Merci de patienter !

Dans l’impasse …

Ayant passé cette fin de semaine en compagnie d’un virus qui, s’en étant pris à mes entrailles ( oui, il n’y a pas que les Marie qui en sont pourvues ), m’a permis de compter  plusieurs fois par jour et  très précisément le nombre de carreaux faïencés sur lesquels mon trône est posé et de là à calculer précisément la taille de mon royaume, qui n’est pas bien grande, je n’ai pas eu le temps d’écrire un billet ni même de penser à une éventuelle devinette.

Que mes  lecteurs acceptent mes excuses et veuillent bien patienter, disons … jusqu’à mardi ?

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Un indice ?

P.S . : se relire, vérifier ses virgules et … se lancer !

Tarnac ou tout ça pour ça

J’avais commencé mon blog par quelques billets ( iciici , ou encore ou   et il y a peu ici  ) à propos de l’affaire dite de Tarnac.

J’apprends aujourd’hui la conclusion de cette comédie dramatique.

Procès de Tarnac : Julien Coupat et Yildune Lévy relaxés

Le tribunal a montré les insuffisances de l’enquête, qui n’a pas prouvé qu’ils avaient été les auteurs du sabotage d’une ligne de TGV en 2008.

Comment dit-on Much Ado About Nothing en français ?

Ah ! Oui! « Beaucoup de bruit pour rien … »

P.S. Quelqu’un a-t-il des nouvelles de MAM et d’Hortefeux ?

Avis à la population

Plusieurs des mails que j’envoie à mes contributeurs — le plus souvent en réponse à leur propre message — me reviennent accompagnés de ce texte :

This is the mail system at host msfrf2622.sfr.fr.

I’m sorry to have to inform you that your message could not
be delivered to one or more recipients. It’s attached below.

For further assistance, please send mail to postmaster.

If you do so, please include this problem report. You can
delete your own text from the attached returned message.

The mail system

<xxxx @ xxxx>: delivery temporarily suspended: host
smtp-in.orange.fr[193.252.22.65] refused to talk to me: 421 mwinf5c19 ME
Service refuse. Veuillez essayer plus tard. Service refused, please try
later. OFR_999 [999]

Je n’ai pas d’explication.

Je me souviens que Brosseur avait proposé une solution mais, visiblement, le résultat n’est pas là …

Mais j’aimerais savoir si vous recevez malgré tout mes réponses à vos mails ( cela concerne notamment TRS, Jacques C. et MiniPhasme pour lesquels c’est systématique, alors qu’ils ne partagent pas le même FAI ).

Pâques fleuries

Ni pont ni fleurs dans ce billet, juste une évocation de ce dimanche pascal dans la seule toponymie française puisque j’ai déjà fait le tour de l’île de Pâques en 2012 et en trois épisodes ( dont les illustrations ont été sabordées, m’aperçois-je inopinément … ).

Il existe de nombreux micro-toponymes dits « (de) Pâques », qu’ils soient habités ( lieux-dits ou hameaux ) ou non ( prés, clos, grotte, etc.) et de multiples Croix-de-Pâques qui sont les seules que l’on peut sans aucun doute attribuer à la fête pascale.

Les autres sont plus probablement à rattacher au latin pascua, « pâturage, pacage », qui a donné son nom à Pasques ( C.-d’Or, Pasca en 1147 ) et au Pasquier ( Jura, avec le suffixe -arium). On trouve également des Paquei dans le Puy-de-Dôme, des Paquerages dans le Lyonnais ou encore des Pâquis dans le Morvan.

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Le prénom Pascal, parfois devenu patronyme, se retrouve lui aussi très souvent tel quel en micro-toponymie ( Chez Pascal, La Ferme de Pascal, le Clos de Pascal, etc. ) mais aussi au pluriel ( Les Pascals ), au féminin ( La Pascale ), au diminutif ( Les Pascalets, Pascalots, Pascaline, etc.). Mais aucun Saint-Pascal à se mettre sous la dent ( sauf à se rendre au Québec, pour faire plaisir à un de mes contributeurs …).

Mais Pâques c’est aussi les œufs …

On trouve dans la micro-toponymie L’Œuf, Les Œufs, et même Les Œufs Durs, sans qu’on comprenne bien ces appellations sauf à y voir une allusion à un relief particulier ou à les rapprocher de la suivante. On trouve en effet de nombreux Deux Œufs, Trois Œufs, Quatre Œufs, etc. et même un Treize Œufs : il s’agit là d’une déformation paronymique de l’« œuvre », ancienne mesure agraire de six ares ( utilisée notamment pour les vignes en Auvergne et Bourgogne).  N’oublions pas les oronymes ( Col de l’Œuf, Fond des Œufs, Serre des Œufs, etc. ) ni l’Île aux Œufs ou l’Île de l’Œuf , toutes deux dans le golfe du Morbihan.

350px-Oeuf_en_ternois_égliseDans le Pas-de-Calais, on trouve Œuf-en-Ternois, attesté Uz ( 1110), Uces ( 1120 ), Huez ( 1155 ), Oes ( 1176 ) puis Oeth ( XIIIè s. ) et enfin Œuf en 1793 et Œuf-en-Ternois en 1801.  On peut penser à un nom de personne germanique Odo ou au francique od, correspondant au germanique auda, « domaine, propriété ». [ l’étymologie wikipédante qui impliquerait la disparition inexplicable  du -l- initial est à rejeter ].

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En panne d’inspiration pour la devinette — et un peu au ralenti pendant ce week-end pascal — je vous propose de patienter jusqu’à demain.