Villecroze et Tourtour (les répauxdev)

 

Seul Hibou Bleu a trouvé les réponses à ma dernière devinette. Bravos !

Il fallait trouver Villecroze et Tourtour, deux communes du canton de Salernes dans le Var.

Villecroze

Les armes de la ville sont de gueules à deux villes fortifiées d’argent, passées en sautoir

 

Ces armes sont parlantes par le fait que les deux villes sont croisées en sautoir. Comme pour de nombreuses communes, son blason lui a sans doute été imposé par Charles d’Hozier lors de la création de l’Armorial général de France en 1696. (malgré mon aimable message, la mairie n’a toujours pas modifié son site : pour elle, son blason reste encore mystérieux …).

Mise à jour 15/05/2021 : tout vient à point à qui sait attendre. J’ai reçu ce mail de la mairie de Villecroze :

Monsieur,

C’est avec beaucoup de retard que je réponds à votre message sur l’héraldique que vous avez eu la bonté de nous adresser le 20 avril dernier via le formulaire de contact de notre site internet.

J’ai pu rectifier ce qui apparaissait sur notre site et, comme il n’est jamais trop tard pour bien faire dit-on, j’en profite pour vous remercier de votre démarche.

J’ai également fait suivre votre mail à la personne s’occupant de l’office de tourisme car ce sont des questions que les visiteurs soulèvent parfois.

Vous souhaitant bonne continuation,

Cordialement, Muriel Mathelet, Bibliothèque municipale de Villecroze

83690 VILLECROZE

 

 

Les formes anciennes sont de ipsa fonte Crosa en 1011 et Villa Crosa en 1035, d’après l’occitan villa, « village » et croso, « creux, grotte, ravine, abîme » (l’adjectif *cròs, *cròsa n’est pas attesté). Le village a emprunté son épithète à la fons crosa, « source encaissée ».

 

Tourtour

Le blason de la ville est d’azur aux deux tours d’argent rangées en fasce, chacune surmontée d’une étoile d’or :

C’est bien entendu le « bégaiement » du toponyme qui est représenté par ce blason.

Deux hypothèses ont été avancées pour justifier ce dessin. À l’époque où il a été établi, toujours par Charles d’Hozier, la famille de La Tour possédait le château médiéval et la tour de Grimaud, soit deux tours. Selon une autre hypothèse, le toponyme viendrait du mot *tür, « sommet », d’origine pré-indo-européenne ; or, Tourtour possède bien deux sommets : l’église Saint-Denis à l’Est et le vieux château médiéval à l’ouest, ce qui aurait donné Tör puis Tourtour.

En réalité, les formes anciennes du nom — Tortor au XIIè siècle, de Tortorio en 1113, de Tortoz en 1246 et Tortoris en 1511 — orientent vers un nom d’homme latin *Turturius.

De tout cela, la mairie ne parle pas.

 

♦♦♦

Les trois indices du mardi concernaient Salernes, le chef-lieu du canton qui complète la triplette.

Salernes est blasonnée de gueules à la tour d’or donjonnée de trois pièces, ouverte du champ, maçonnée et ajourée de sable : trois donjons, soit une tour de plus que pour Tourtour.

 

Enfin, l’hexagone couleur rouge brique devait faire penser aux tomettes provençales qui ont longtemps été la spécialité de Salernes.

 

Les dessins de blasons sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

Les indices du mardi 20/04/2021

Personne ne m’a encore donné les bonnes réponses à ma dernière devinette dont je recopie l’énoncé :

Il vous faudra trouver les noms de deux communes d’un même département de France métropolitaine dont les armes sont parlantes en jouant sur les noms de constructions humaines différentes.

Le premier blason joue sur la façon dont sont disposées les constructions l’une par rapport à l’autre tandis que le second joue sur leur nombre.

Le premier toponyme fait en réalité référence au relief concave de l’endroit tandis que le second, plutôt que d’un relief convexe comme le dit wikipedia, est dérivé d’un nom de personne roman.

Les deux communes sont distantes d’à peine plus de deux kilomètres à vol d’oiseau mais de six kilomètres par la route.

Le département a une façade maritime.

Et je rajoute ces indices :

■ les deux communes font partie d’un même canton de trois communes dont elles ne sont pas le chef-lieu ;

■ on voit sur les armoiries du chef-lieu de canton la même construction que sur celles de la deuxième commune, mais en un exemplaire de plus ;

■ et toujours pour le chef-lieu de canton :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Intermède blasonnant

Que fait-on quand on est pris par le temps et que rien n’est prêt pour le dimanche soir ? Eh bien, oui !, on ressort des blasons parlants du fond du tiroir…

Désolé pour ceux que cela défrise, mais c’était ça ou rien.

(et on ressert une intro …)

Il vous faudra trouver les noms de deux communes d’un même département de France métropolitaine dont les armes sont parlantes en jouant sur les noms de constructions humaines différentes.

Le premier blason joue sur la façon dont sont disposées les constructions l’une par rapport à l’autre tandis que le second joue sur leur nombre.

Le premier toponyme fait en réalité référence au relief concave de l’endroit tandis que le second, plutôt que d’un relief convexe comme le dit wikipedia, est dérivé d’un nom de personne roman.

Les deux communes sont distantes d’à peine plus de deux kilomètres à vol d’oiseau mais de six kilomètres par la route.

Le département a une façade maritime.

Des indices à paraitre peut-être mardi parce que ce soir, je suis définitivement en panne. Et il n’y a pas d’indice dans la phrase précédente ni dans celle-ci.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Grabels (la répàladev)

TRA, suivi d’une nouvelle venue qui signe joliment Le Hibou bleu, puis de LGF, forment le trio des découvreurs de la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois!

Il fallait trouver l’héraultaise Grabels, banlieue nord de Montpellier, dont il vaut mieux consulter le site officiel que la fiche wikipedia.

grabels local

Les formes anciennes du nom,  Grabel et de Grabels en 1120, de Grabello en 1166, de Grabel en 1202, de Grabellis en 1214 semblent orienter vers l’occitan gravèl, « terrain graveleux », d’abord au singulier puis au pluriel, dérivé de l’occitan grava,« sable », lui-même d’origine gauloise. C’est l’hypothèse d’Ernest Nègre (TGF*) contestée par Frank. R. Hamelin (TH*) qui, constatant que toutes les formes anciennes ont conservé le -b- intervocalique, fait appel au pré-indo-européen *gr-ap avec suffixe diminutif –èl. Cela ne change pas grand-chose, sauf l’ancienneté du toponyme, puisque la racine *gr-ap, étudiée parmi d’autres par Alain Nouvel (Les Noms de la roche et de la montagne dans les termes occitans et les noms de lieux du sud du Massif Central, Paris, Champion,1975) est donnée pour « endroit pierreux ». Il s’agirait donc à proprement parler moins de sable que de pierre. Quoi qu’il en soit, la nature du sol, en majorité une garrigue caillouteuse, parait peu propice à la culture céréalière, ce que semblent contredire les armes de la ville, « de gueules à la gerbe d’or et au chef d’argent chargé de trois étoiles d’azur » :

GRABELS-34En réalité, il s’agit d’armes parlantes forgées sur un jeu de mots en occitan où grau bel signifie « beau grain », comme l’expliquait Anne Sauvaget en 1984

Capture d’écranGrabels

.La dernière phrase est néanmoins à prendre avec des pincettes. Si on sait que d’Hozier a créé de toutes pièces quantité de blasons (il s’agissait de remplir les caisses de l’État en prélevant une taxe sur les armoiries dont chaque individu ou communauté devait obligatoirement se munir : l’Armorail d’Hozier en compte plus de cent-vingt-mille !), on sait aussi que, Parisien de naissance (contrairement à la fausse généalogie dont il se prévalait qui le faisait descendre d’une famille noble de Salon-de-Provence), il ne parlait pas la langue d’oc (pas plus que le breton, le basque ou le flamand…) et on l’imagine mal faire un jeu de mots dans cette langue : il a dû se renseigner auprès de quelqu’un, sinon du crû, du moins de la région parlant l’occitan. Et, contrairement à ce qu’écrit Anne Sauvaget, il est tout à fait plausible que le jeu de mots ait été fait à cette occasion. La même explication est donnée dans le Dictionnaire satirique des sobriquets de l’Hérault (Claude Achard, 1982) :

Capture d’écran Grabels bis

Ceux qui auront pris la peine de lire l’extrait précédent auront vu passer les Bugadièras de Grabèls, les lavandières « qui laveront le linge de la bourgeoisie montpelliéraine pendant au moins 250 ans, faisant de leur activité la 1ère, la plus importante et la plus durable « industrie » de Grabels » (mairie, bis) :

bugadieres-Grabels

culdeco

Les indices

■ la rivière : il s’agit de la Mosson, éponyme d’un quartier montpelliérain et de son stade de football. Ce cours d’eau était connu comme fluvius Amansionis en 1055, flumen Amancio, fonti Amantione avant 1100, flumen Amaucionis en 1187 et Lamousson en 1648. On y reconnait l’hydronyme pré-celtique *alismania ( cf. le latin alisma, « plantain d’eau ») avec suffixe roman –onem. Sensible aux épisodes météorologiques dits cévenols, ses crues peuvent être aussi soudaines que dévastatrices.

■ la photo :

indice-d-16-03-21

 

… de beaux grains.

 

 

 

 

■ la statuette :

 

indice b 16 03 21

 

… la bugadière des santons de Provence.

 

 

 

 

 

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Le  dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

 

Les indices du mardi 16/03/2021

 

podium vide 

Personne ne m’a encore donné la solution de ma dernière devinette, dont je recopie ici l’énoncé :

 

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine aux armes parlantes.

L’étymologie de son nom indique que le sol de cette commune est inapte à la culture céréalière. Cela n’a pas empêché ses anciens habitants (ou le créateur du blason ?) de forger une étymologie fantaisiste qui découpait ce toponyme en deux mots monosyllabiques décrivant de manière flatteuse un produit agricole inexistant dans la langue régionale. Cette interprétation flatteuse se retrouve représentée d’une certaine façon dans les armes de la ville.

Ce sont les femmes, en vendant leurs services aux bourgeois de la grande ville voisine, qui ont permis à cette commune de se relever des guerres de Religions. Leur activité est même devenue la principale source de revenus de la commune pendant plus de deux siècles, devant la culture de la vigne.

Je complétais cet énoncé par cette promesse :

Je n’ai pas la moindre idée d’un indice quelconque à vous fournir et j’ai la flemme de chercher … Je vais y réfléchir bien fort et sans doute me viendra-t-il une ou deux idées d’ici mardi.

Chose promise, chose due, voici quelques indications supplémentaires :

■ Une phrase de l’énoncé pourrait prêter à la confusion : j’aurais dû écrire « décrivant dans la langue régionale de manière flatteuse un produit agricole inexistant ». C’est le jeu de mots dont on s’est servi pour faire parler les armes de la ville qui est fait dans la langue régionale et c’est le produit agricole qui n’a jamais existé dans la commune.

■ La rivière qui traverse la commune, redoutée pour ses crues, a donné son nom à un quartier et à un stade de la grande ville voisine.

■ Une photo pour une moitié du jeu de mots :

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■ une statuette :

indice b 16 03 21

Dernière chose : la fiche wikipedia de la commune est vraiment trop limitée : ne comptez pas sur elle !

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Bla, bla, blason

en retard  

 

Que fait-on quand on est pris par le temps et que rien n’est prêt pour le dimanche soir ? Eh bien, oui !, on ressort des blasons parlants du fond du tiroir…

Désolé pour ceux que cela défrise, mais c’était ça ou rien.

 

Croissy-sur-Seine

Cette ville des Yvelines est blasonnée d’« azur à l’écusson d’argent chargé d’un croissant du champ, accompagné de trois losanges d’or ».

CROISSY_SUR_SEINE-78

Les trois losanges ont été empruntés aux armoiries de Jean Chanorier, agronome, qui fut le dernier seigneur et le premier maire de Croissy. Le croissant qui évoque et joue le rôle d’arme parlante par rapport au nom de la ville est aussi une allusion à la situation de celle-ci dans un méandre de la Seine.

La forme ancienne Crociaco (XIIIè siècle) renvoie à un nom formé avec le suffixe gaulois –aco devenu le gallo-roman –acum. On sait qu’il accompagne le plus souvent un nom d’homme, ici le gaulois Crossus ou le latin Crocius ; mais il a pu aussi accompagner un appellatif qui pourrait être ici le roman crucia, « croix » (du latin crux, crucis) : ce serait l’« emplacement d’une croix », sans doute érigée par les premiers Chrétiens. Cette dernière hypothèse serait fort plaisante qui ferait figurer un croissant au lieu d’une croix.

Cabasse

Le blason de cette commune varoise est « de sinople, à une calebasse d’or ».

CABASSE-83

C’est donc un à-peu-près entre Cabasse et calebasse qui fait parler ces armes.

Le nom, Cabacia en 1025, est formé sur le nom d’homme latin Capax suffixé -ia.

Challans

Les armoiries de cette commune vendéenne sont « d’azur au chaland d’or, habillé et pavillonné d’argent, voguant sur une mer ondée d’azur, surmonté d’une étoile à dextre et d’une tour à senestre, le tout d’or ».

CHALLANS-85

On comprend sans difficulté que c’est l’homophonie entre le nom de la commune et le bateau à fond plat appelé « chaland » qui rend ces armes parlantes.

Selon Dauzat & Rostaing (DENLF*), il faut voir dans le nom de Challans une formation avec le pré-indo-européen *kal, « pierre, rocher », et le suffixe pré-celtique –anc, soit la même qui a fourni le nom des bien connues calanques méditerranéennes, mais la topographie des lieux rend cette hypothèse peu crédible. E. Nègre (TGF*), suivi par J.-L. Le Quellec (Dictionnaire des noms de lieux de la Vendée, Geste Éditions, 1995), se basant sur la forme Chalant du XIIè siècle, préfère y voir l’oïl chalant, « brûlant », mais sans nous expliquer le pourquoi d’un tel nom.

On notera avec amusement que c’est à Challans, ville du chaland, donc, qu’est née Jacqueline Auriol, aviatrice.

 

Rethel

« De gueules à trois râteaux démanchés d’or » : c’est ainsi que sont décrites les armes de cette sous-préfecture des Ardennes.

RETHEL-08

Au Moyen Âge, le râteau était dit rastel (attesté en 1180, du latin rastellum, diminutif de rastrum) avant d’évoluer en rasteau (1483) puis en râteau (1606). C’est bien la quasi homophonie entre ce rastel et le nom de la ville qui incitera le comte de Rethel (anciennement de Retel) à se munir de ces armes parlantes, ce qui n’a pas empêché certains historiens d’ y voir une allusion à la fertilité du terroir.

La ville est attestée in villa Reiteste nomine au Xè siècle. On peut penser à un composé du haut Moyen Âge, de deux éléments : le premier se reconnait sans trop de difficultés dans cette première attestation Reiteste et sous forme latinisée ayant subi l’attraction paronymique du latin regis, « roi », dans Registeto castello attestée en 1097 ; c’est le résultat roman du gaulois ritu-, « gué », premier nom, antique, du village bâti sur la rive droite de l’Aisne. Au cours du Moyen Âge, un appellatif a été ajouté au nom de lieu : c’est l’ancien haut allemand stat, « lieu, endroit », reconnaissable dans les variantes du second élément toponymique, –stet (Registete castrum vers 1120), devenu –test par métathèse (Retest vers 1172) puis –stest (Restest en 1218). Le groupe consonantique –st n’étant plus prononcé, a été remplacé par une novelle consonne d’appui, -l, pour donner Retel puis Rethel. Au moment où la formation s’est faite, elle signifiait le « lieu de Rei », Rei étant le nom de lieu originel, « le gué ».

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine aux armes parlantes.

L’étymologie de son nom indique que le sol de cette commune est inapte à la culture céréalière. Cela n’a pas empêché ses anciens habitants (ou le créateur du blason ?) de forger une étymologie fantaisiste qui découpait ce toponyme en deux mots monosyllabiques décrivant de manière flatteuse un produit agricole inexistant dans la langue régionale. Cette interprétation flatteuse se retrouve représentée d’une certaine façon dans les armes de la ville.

Ce sont les femmes, en vendant leurs services aux bourgeois de la grande ville voisine, qui ont permis à cette commune de se relever des guerres de Religions. Leur activité est même devenue la principale source de revenus de la commune pendant plus de deux siècles, devant la culture de la vigne.

Je n’ai pas la moindre idée d’un indice quelconque à vous fournir et j’ai la flemme de chercher … Je vais y réfléchir bien fort et sans doute me viendra-t-il une ou deux idées d’ici mardi.

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le Val (répàladev)

Un Intrus, qui le fait savoir par son commentaire au précédent billet, et LGF, juste à temps par courriel, rejoignent TRA dans la découverte de la solution de ma dernière devinette. Ah oui! Et TRS aussi. Félicitations à tous!

Il fallait trouver Le Val, une commune du Var, qu’on appelait déjà del Val vers 1200, de l’occitan val, « vallée », ici au masculin, contrairement au latin vallis, qui a plus souvent donné des toponymes en La Val ou Laval. Le Trésor du Félibrige de Frédéric Mistral donne vau, bau ou bal indifféremment féminin ou masculin et le Petit dictionnaire provençal-français d’Emil Levy (1909) signale aussi ce masculin pour val.

carte-mini200-Val-1000px

Le premier blason de la commune, attesté dans l’Armorial général de France (1696), était d’azur au valet de menuisier d’argent.

blason le val 3

On comprend que le valet était ici employé par homophonie avec « vallée », pendant féminin du « val », ce qui faisait « parler » ce blason.

Le conseil municipal du 16 août 1947 décida d’adopter un nouveau blason d’azur aux deux montagnes cousues de sable mouvant des flancs, formant un val planté d’un cep de même feuillé et fruité d’or accolé à un échalas d’argent, surmonté d’un croissant du même.

le val

 

On y reconnait l’élément topographique qui a donné son nom au bourg, le val, ainsi que le cep de vigne, dont les fruits sont vinifiés à la cave coopérative des Vignerons de Correns. Pourquoi abandonner le valet de menuisier ? Trop peu connu ou trop roturier ?

carte-postale-le-val-151893

NB : les dessins des blasons sont issus du site Vexillologie provençale de Dominique Cureau.

cdl 1

Les indices

■ un étal de saucisses :

indice b 15 11 20 Une célèbre foire à la saucisse se tient au Val depuis 1628, avec quelques intermittences. Je vous laisse en découvrir l’origine en suivant ce lien.

 

■ un établi de menuisier :

indice a 17 11 20  Il fallait surtout accorder son attention au valet posé sur l’établi.

 

L’indice du mardi 17/11/2020

   podium seul       

 

  Et un podium pour lui tout seul, un!

TRA est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

Une fois n’est pas coutume, je redonne cette même devinette en tournant son énoncé d’une façon différente.

Il s’agit de trouver une commune de France métropolitaine qui a connu deux blasons successifs :

Le premier, qui montrait un outil servant au travail du bois dont le nom est homophone de celui du bourg au féminin, était donc « parlant ».

Le second, né après la Seconde Guerre mondiale, qui montre l’élément topographique qui donne son nom masculin au bourg, accompagné d’une plante qu’on y cultive, est purement descriptif.

J’accompagnais le premier énoncé de l’indice suivant :

indice b 15 11 20

Je précise que le nom à trouver est en deux mots dont un article et je rajoute ce deuxième indice :

indice a 17 11 20

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Blasons parlants (suite)

Une fois de plus en manque d’inspiration, je poursuis mon exploration des blasons parlants avec quatre nouveaux exemples … et une devinette, bien sûr.

 

Claviers (Var)

D’azur aux deux clefs affrontées d’or, pendant en chevron d’un annelet d’argent en chef : le blason de cette commune varoise « parle » mieux  par le latin claves (singulier clavis) que par le français, sans oublier qu’un des premiers sens de clavier est bien celui de « chaisne, ou cercle d’acier, ou d’argent servant à tenir des clefs ensemble » (Acad., 1694).

CLAVIERS-83

Les formes anciennes de Clavero (XIè siècle) et Claviers (dès 1179) montrent une étymologie selon l’ancien occitan clavièr, au sens de « clôture, enclos », qui pouvait être devenu un anthroponyme.

 

La Cadière-d’Azur (Var)

Le blason moderne de cette autre commune varoise est d’azur au tabouret d’or ; au chef cousu de gueules chargé d’un sautoir d’or selon Louis de Bresc (Armotial des communes de Provence, 2002) :

LA_CADIERE_D_AZUR-83

tandis que D’Hozier (Armorial général de France, 1696) donnait d’azur à la chaire de prédicateur d’or ; au chef cousu de gueules chargé d’un flanchis d’or :

LA_CADIERE_D_AZUR-83-04

Quoi qu’il en soit, ces armes ne sont parlantes qu’à travers l’occitan en référence aux formes anciennes du toponyme. Le nom le plus ancien connu date de 993 sous la forme Cathedra et est suivie de Cadera en 1047. E. Nègre (TGF*) voit dans ces noms l’occitan *cap d’ièra, « aire à battre le blé », restitué d’après capsòl, « aire à battre » (sòl ayant tendance à remplacer ièra) avec attraction de cadièra, « chaire » (du latin cathedra). J.Astor (DNFLM*) propose un dérivé de l’occitan cadenèda, « lieu riche en genévriers » (du latin catanus) avec, là aussi, attraction de cadièra.

La substitution d’un tabouret à une chaire de prédicateur reste, pour moi, mystérieuse, sauf à y voir la volonté de préserver une laïcité sans faille…

 

Éguilles (Bouches-du-Rhône)

Commune des Bouches-du-Rhône, Éguilles est blasonnée d’azur à trois aiguilles d’argent rangées en fasce, les deux des flancs le chas en chef, celle du milieu le chas en pointe, chacune surmontée d’une étoile du même.

EGUILLES-13

Ce sont évidemment les trois aiguilles qui sont parlantes. Les formes anciennes sont : Aculia (1004), Agulia (1056), de castro Agullie (1092) et de Aguilla (1200). E. Nègre (TGF*) y voit un dérivé du nom d’homme latin Aquilius avec le suffixe féminin -a (sous-entendu villa ou terra) tandis que J.Astor (DNFLM*) préfère y voir un dérivé du latin aculeus, « piquant, mordant », ce qui ferait des aiguilles des armes parlantes étymologiques.

 

Gonesse (Val-d’Oise)

De gueules à la tour couverte en dôme d’argent, ouverte, ajourée et maçonnée de sable, accostée à dextre d’une gerbe de blé d’or et à senestre d’un gond enlacé de la lettre capitale S du même ; au chef cousu d’azur semé de fleurs de lis d’or : c’est ainsi qu’est décrit le blason de cette ville du Val-d’Oise.

GONESSE-95

Ces armes sont parlantes par le rébus gond + S (esse). La gerbe de blé et la tour, qui symbolise sans doute un four à pain, évoquent le fameux pain de Gonesse.

Les formes anciennes Gaunissa (862)  puis granchia de Gonessa (1198) s’expliquent par le latin gallinacea (villa), « (ferme) aux poules » (TGF*), granche désignant en ancien français la carcasse du poulet.

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les dessins de blasons sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

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La devinette

Je vous propose de chercher et d’éventuellement trouver le nom d’une commune de France métropolitaine. Comme La Cadière-d’Azur vue plus haut, cette commune possède un blason moderne différent du blason primitif.

Le blason d’aujourd’hui, purement descriptif, montre l’élément topographique qui a donné le nom masculin du bourg accompagné d’un végétal qu’on y cultive.

Le blason primitif était, lui, « parlant » : on n’y voyait qu’un outil de travailleur du bois dont le nom est homophone de celui du bourg au féminin.

Un indice ? Bon.

indice b 15 11 20

 

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Bécon-les-Granits (répàladev)

TRS a rejoint TRA et LGF sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver Bécon-les-Granits, un village du Maine-et-Loire.

local bécon

 

Le blason du village est de sinople au mont de granit d’argent, sur lequel rampent à dextre une chèvre et à senestre un porc, tous deux de sable et affrontés ; au chef cousu d’azur chargé de deux fleurs de lis d’or, ce qui se traduit par ce joli dessin :

BECON_LES_GRANITS-49

avec, par ordre d’apparition :

  • un mont de granit : il s’agit d’une référence « parlante » aux carrières de granit qui ont longtemps fait la fortune du pays, certaines étant encore en activité dans les années soixante-dix du siècle dernier. Le gisement de granit s’étend de Bécon à Beaucouzé, sur une longueur d’une douzaine de kilomètres et une largeur de cinq cents mètres. De couleur gris bleu, ce granit était appelé grison et  son tailleur, grisonnier. Il était notamment utilisé pour les pierres tombales, mais on en faisait aussi des auges et des pavés. Le souvenir de cette activité est conservé dans un musée du granit, ouvert au début des années quatre-vingt-dix. Visite guidée des anciennes carrières et du musée en suivant ce lien.

Becon-49

  • à dextre, une chèvre : « en 1607, Henri IV accorda au seigneur de Bécon la fameuse « Foire aux Biques » qui, jusqu’aux années 1950, animait notre bourgade de façon inhabituelle. Beaucoup d’entre nous se souviennent de cette foire avec son folklore amusant, notamment les châtaignes grillées que l’on dégustait en buvant la « bernache » », nous explique le site officiel de la mairie. Rappelons qu’en héraldique, la dextre est à droite de celui qui porte l’écu comme un bouclier à son bras, donc à gauche pour celui qui lui fait face.
  • à senestre, un cochon : c’est ce cochon qui est l’autre élément parlant du blason. On sait que le bacon désignait en ancien français « la chair du porc, le jambon, le porc tué et salé ». Le même site de la mairie explique à propos du toponyme Bécon que « cette appellation vient du mot anglais « bacon », sans doute parce que, à cette époque, les immenses forêts abritaient des sangliers à « foison » », mais la première partie de cette explication ne vaut bien sûr pas tripette, comme nous allons le voir.
  • les deux fleurs de lys indiquent que Bécon était une « bonne ville » ayant acquis le droit de se faire représenter par son maire au sacre du roi de France.

Les formes les plus anciennes connues du toponyme concernent deux personnages : on mentionne  Isaac de Besconum en 1060 et Joannes de Bescun en 1090. Viennent ensuite Bisconnium (1125-1148) puis Bescon et Bécon, et, enfin, Bécon-les-Granits à partir de 1922. Seul Ernest Nègre (TGF*) se risque à émettre une hypothèse étymologique, faisant dériver ce nom de l’oïl *bescomt, « mécompte, erreur », équivalent de l’occitan bescompte, tandis que Dauzat&Rostaing  se contentent d’imaginer un « nom gaulois obscur » (DENLF*).

L’hypothèse qui voit dans ce nom un dérivé de l’anglais bacon ne tient pas la route quand on sait que bacon n’est attesté en anglais qu’au XIVè siècle, importé du …français.

Attesté d’abord en judéo-français (av. 1100), bacon est emprunté au francique *bakko. (…) Le mot se serait répandu pour désigner les flèches de lard servant de redevances en nature. Par métonymie, il a servi à désigner le jambon, du XIIè siècle au début du XVIIè siècle. L’emploi récent, avec une prononciation flottante (1899) est un emprunt à l’anglais bacon (vers 1330) qui avait lui-même été repris au moyen français avec le sens de « viande de porc » avant de se spécialiser pour désigner le lard maigre et fumé.

(Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1992)

On voit bien que l’étymologie de Bécon  d’après le «  bacon » prononcé [ bekɔ̃ ] est une étymologie populaire tardive à l’origine des armes parlantes de la ville, confortée sans doute par la présence de sangliers dans les forêts voisines ou par l’élevage de porcs en semi-liberté autour du village.

Quant à l’étymologie donnée par wikipedia, qui ne cite pas ses sources, elle semble ne s’appuyer que sur une ressemblance avec le nom de Béconne (aujourd’hui dans Roche-Saint-Secret-Béconne, Drôme) noté Becona en 1284, qui est issu du nom de personne gaulois Becco avec un suffixe féminin -a (sous entendu terra ou villa, « terre » ou « domaine de ») (TGF*), mais ni les formes anciennes ni les suffixes différents n’étayent cette hypothèse.

Quelques lieux-dits portent ce même nom de Becon comme aux Riceys et à Mussy-sur-Seine (Aube) et, bien entendu à Courbevoie (Hauts-de-Seine) où se trouve la gare de Bécon-les-Bruyères.

-Becon-les-Bruyeres-cafe-Paris


NB : une partie des informations concernant Bécon-les-Granits est extraite de Les secrets des noms de communes et lieux-dits du Maine-et-Loire de Pierre-Louis Augereau, éd . Cheminements, 2004.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

cdl 1

indice a 03 11 20L’indice du mardi présentait des rillauds, une spécialité culinaire d’Anjou à base de poitrine de porc, l’équivalent régional des rillons.

L’Anjou pour … l’Anjou, et le porc pour le bacon.

(Et un Sancerre blanc ou un Savennières pour les rillauds.)