Pampou ( répàladev)

Personne n’a trouvé la solution à ma dernière devinette, ce qui n’est guère étonnant tant elle était bien cachée.

Il fallait trouver le nom du lieu-dit Pampou à Corbeilles-en-Gâtinais, dans le Loiret.

Regardez : c’est exactement là.

Jacques Soyer ( 1870 – 1950 ) fut, entre autres activités, archiviste en chef du département du Loiret.

C’est au cours d’une de ses recherches qu’il débusqua un manuscrit moyenâgeux, daté de 1110-1120, où on lisait le nom d’un lieu dit Pendet Pediculus, « on pend le pou »,  qu’il identifia aussitôt à Pampou, sans imaginer une seule seconde qu’un moine ait pu être à ce point  facétieux et dont il fit l’étymologie officielle ! ( Jacques Soyer, Recherches sur l’origine et la formation des noms de lieux du Loiret, Orléans, 1933-1938, réédité à Roanne en 1979 ). À sa décharge, disons que la toponymie n’en était qu’à ses premiers pas … et que les grands pontes expliquaient alors que c’était le nom le plus ancien connu qui faisait foi.

L’étymologie exacte de Pampou n’est aujourd’hui pas connue avec certitude, on ne peut qu’émettre quelques hypothèses.

Il existe d’autres Pampou en France, notamment une ile de Pampou à Tournedos-sur-Seine ( fusionnée aujourd’hui avec sa voisine dans Porte-de-Seine, dans l’Eure ), un Pampou à Eymet (Dordogne ), un Pampous ( Orne) et deux Pampoux (  Yvelines, Essonne ) — et j’en oublie sans doute.

Il pourrait s’agir d’une déformation d’un patronyme latin, du genre Pompilius ou, mieux, d’un dérivé du latin pampinea devenu * pampilea ( terre) qui produit des pampres, cultivés ou pas, comme à Pamproux ( Deux-Sèvres, qui se disait Pampro en 951, sans doute dérivé d’un pampinosum de même sens mais en tout cas pas d’un « pampre roux » wikipédien !).

L’important est quand même de garder en tête qu’on n’a jamais pendu de pou nulle part !

cul de lampe nouveau

Les indices :

  • François Villon :

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Pour son poème Frères humains que tout le monde connait comme La Ballade des pendus ».

  • T.S. Eliot :

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Pour son poème The Waste Land, mal traduit en français par La terre vaine, titre auquel on préfèrera La Terre gaste qui nous permet étymologiquement de retrouver le Gâtinais où se situe notre Pampou, précisément sur la commune de Corbeilles-en- Gâtinais. ( Bravo à TRS qui a bien lu cet indice!)

  • l’auto-référence :

le lien vers ce billet était censé faire penser aux totos, autre nom des poux ( Bravo à TRS qui a bien lu cet indice!).

  • la corbeille :

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Je vous jure que je n’avais mis cette photo que pour la corbeille, voulant vous orienter vers Corbeilles-en-Gâtinais. Et puis TRS, encore lui, y a vu un rapport avec les bourses et donc avec les poux pubiens !  Éloignez les enfants :  De profundis morpionibus !

Les indices du mardi 26/06/2018

Ma dernière devinette est restée inviolée … ( même si TRS n’est pas passé très loin!)

J’en rappelle ci-après l’énoncé qui tient en une seule phrase — exercice dont je raffole :

Un lieu-dit du Centre-Val-de-Loire porte un nom dont la traduction facétieuse en latin est allée jusqu’à induire en erreur un érudit local, archiviste en chef du département concerné, au début du siècle dernier, qui a pris pour argent comptant cette fausse étymologie pour faire de ce lieu-dit un endroit où l’on mettait à mort de petits insectes d’une manière fort inhabituelle …

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Les indices :

  • un dessin :

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  • une auto-référence :

en suivant ce lien;

  • et une photo :

indice b 26 06 2018

Et j’espère vous avoir assez baladés !

that's all folks!

Joca monachorum

On l’a vu dans le précédent billet concernant Sannois, la plupart des documents et actes de la vie administrative susceptibles de fournir des indications aux toponymistes étaient rédigés en latin jusqu’à la fin du Moyen Âge. Pour transcrire les toponymes, les scribes pouvaient conserver la forme d’usage, proche de la prononciation courante ; recopier tel quel le toponyme déjà présent dans un texte antérieur ; enfin, solution la plus fréquente, latiniser le toponyme. Cette dernière solution consistait le plus souvent à affubler le toponyme d’une simple désinence latine, comme dans ces deux exemples :

  • Choisey, dans le Jura, ( un ancien Causiusacum ) est devenu Choiseyum en 1354 ;
  • Le Perray -en- Yvelines ( du latin petra, « pierre, rocher, montagne , etc » . mais qui pouvait aussi désigner des « ruines antiques », avec  suffixe collectif –etum) a été rendu par Perreium en 1242.
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La mairie du Perray-en-Yvelines

Dans certains cas, ces latinisations étaient des réinterprétations, comme pour Sannois.

  • Bourré, une ancienne commune du Loir-et-Cher ( un ancien Burrius-acum ) a été transcrit Bono Regio, « le bon roi » en 1155 ;
  • Bonneuil en Indre ( un ancien gaulois bono ialo, « la grande clairière ») a été traduit Bonus oculus, « le bon œil » au XIIè siècle ;
  • Authiou  dans la Nièvre ( un ancien gaulois alto ialo, « la haute clairière », comme Auteuil ) a été rendu par Altus Oculus, « le haut œil », nom encore présent en 1517 ;
  • Viarmes dans le  Val-d’Oise ( Viarma au Moyen Âge ;  » il est difficile de déterminer l’étymologie de ce nom à partir des formes anciennes que nous possédons, Wirma (1136), Wirmes (1226). On peut songer à une déformation du mot latin vertima , « sommet, butte » » ), a été latinisé Via armorum , « la voie des armes », car situé entre Lutèce et un camp de César proche d’Asnières-sur-Oise ;
  • dans certains cas, ces latinisations sont bien plus récentes, comme à Courtaoult dans l’Aube ( un ancien cortem-Agold, « le domaine d’Agold » ) qui a été transcrite Curtis Augustus en 1845 !

Dans d’autres cas, ces jeux de mots apportent des précisions sur le nom et sa prononciation. On a vu l’exemple de Sannois prononcé « cent noix » au Moyen Âge. Paimpont, en Ille-et-Vilaine ( du breton pen, « tête, extrémité » et latin pons, « pont » ) avait été traduit Caput pontis au IXè siècle puis a été désigné Panis pontis en 1207, « pain pont », ce qui montre qu’il était déjà proche de la forme actuelle.

La France n’a pas l’apanage de ces joca monachorum, « plaisanteries de moines » : pour ne citer qu’un exemple,  la Luxembourgeoise Sandweiler, « le hameau sablonneux», apparaît dans les chartes latines du Moyen Âge sous la forme Sanctum Villare …

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La voici, la voilà :

Un lieu-dit du Centre-Val-de-Loire porte un nom dont la traduction facétieuse en latin est allée jusqu’à induire en erreur un érudit local, archiviste en chef du département concerné, au début du siècle dernier, qui a pris pour argent comptant cette fausse étymologie pour faire de ce lieu-dit un endroit où l’on mettait à mort de petits insectes d’une manière fort inhabituelle …

Quel est ce lieu-dit ?

Deux indices

  • un poète, pour le lieu-dit lui-même :

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  • un autre, pour la région :

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Sannois (répàladev )

Un Intrus, TRS et LGF occupent les trois premières places du podium des découvreurs de ma dernière devinette.

Il fallait trouver Sannois, une commune d’Île-de-France, dans le Val-d’Oise.

moulin sannois

Le moulin de Sannois

L’article wiki à propos de la toponymie est plutôt bien fait ( pour une fois !) notamment dans le paragraphe qui réfute point à point les étymologies fantaisistes.

« Le nom de la localité est attesté sous les formes Centinodium au XIIe siècle, Centum Nuces en 1205, Cennoiz en 1208, Cent noys, Cent-Noix en 1304, Sanois en 1403, Sampnoix en 1564, Sanoy en 1711 » auxquels j’ajoute Sanois en 1793 et enfin Sannois en 1801.

L’étymologie en est incertaine mais la plus probable la fait dériver du nom masculinisé centinodium de la centinodia, nom latin de la renouée du jardin, une plante du genre polygonum .

Le nom polygonum, du grec poly (plusieurs) et gonu (genoux, d’où gônia, angle), désigne les nombreuses articulations qui figurent sur les plantes de ce genre, notamment sur les tiges au niveau des nœuds renflés. Le nom vernaculaire de la renouée vient de cette dernière particularité.

La forme Centum nuces de 1205 est soit une mauvaise interprétation du nom Cennoiz tel qu’il se prononçait alors soit une facétie d’un scribe. Il a traduit en latin ce qu’il entendait « cent noix » en centum nuces.

L’évolution phonétique de centinodium en cennoix est parfaitement régulière si on se souvient que les consonnes intervocaliques ont, par la loi du moindre effort, disparu ( cf. Rhodanus devenu Rhône ou podium devenu puy ) et que la plupart des suffixes latin ont, toujours en vertu de la même loi,  subi une simplification ( cf. acum devenu -ac, -ay ou même simplement -y ). Cen( ti) o(d) ium a donc fini en « cennoix ».

On peut ajouter que le nom de la commune devait alors être prononcé San-nois avec le son an de la première syllabe.

J’ajoute pour être complet que l’étymologie donnée dans wiki à Santenoge ( Haute-Marne), attesté Centeneges en 1194 puis Santenoiges en 1218, n’est peut-être pas la bonne. Il ne s’agirait pas d’un dérivé de centinodium ( Dauzat-Rostaing ) mais d’une variante de l’oïl centenage, « tenure suivant laquelle le tenancier devait au seigneur deux gerbes par cent »  qui aurait subi l’attraction de l’oïl nadje, noige, noge, équivalents dans l’Est de « neige » ( E. Nègre).

Ces Cent Noix ont eu malgré tout beaucoup de succès puisqu’on trouve deux siècles plus tard encore un chevalier de Cent Noiz dans le cartulaire de l’Hotel-Dieu de Pontoise

Amortissement du champart de Mézières par les sires de Chars , de Sannois et de Montmorency ( Mai 1265 ) . touz ceus qui ces presentes lettres verront et orront . Je MAHIU sire de MoNT MoRENCI et je HoITE DE CENT NoIz chevalier .

ainsi qu’un Jehan de Cent Noiz, drapier, dans les Archives hospitalières de Paris

( cf. Google )

Je ne pouvais pas vous parler de Cyrano de Bergerac, décédé à Sannois, ni d’Utrillo qui y a peint environ 150 toiles, c’eût été trop facile !

La légende toponymique n’est pas près de mourir puisque la ville a orné en pointe son blason d’un noyer :

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Les indices :

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  • le menu du restaurant :

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L’intitulé de cet indice précisait qu’il y en avait « plusieurs »… il fallait comprendre « poly » et « gone » : la renouée, on l’a vu, est une Polygonacée.

  • le symbole typographique :

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Il s’agit du symbole du cent.

  • la planche botanique :

indice b 15 06 2018

Elle concernait les différents types de noix ( de coco ). Si vous avez pris la peine de les compter, vous savez qu’il y en a exactement quarante, ce qui constituait une fausse piste, bien sûr.

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P.S. il vous faudra patienter un peu pour un autre billet et une autre devinette, désolé.

Les indices du vendredi 15/06/2018

Ma semaine ayant été plus occupée que prévu, ce n’est qu’aujourd’hui que je vous propose les indices concernant ma dernière devinette qui n’a encore pas été résolue.

En voici, pour les fainéants qui n’auraient pas cliqué sur le lien précédent, l’énoncé :

Une commune de la région parisienne, dont le premier nom (attesté au XIIè siècle ) rappelle une plante fort commune à la réputation de mauvaise herbe, a été ainsi dotée d’un nom latin signifiant quelque chose comme « un grand nombre » ( non, je ne vous dirai pas lequel !) d’un « certain fruit » ( id.), sans que l’on sache s’il s’agissait d’une erreur ou d’une facétie du scribe — les scribes étaient de sacrés rigolos, on ne le dit pas assez !  Ce nom est resté dans les textes officiels pendant plusieurs siècles ( un chevalier, d’après certains textes médiévaux, l’aurait même porté ! ) tout en évoluant vers sa forme actuelle.

Quelle est cette commune ?

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Et les voici !

  • un symbole :

indice a 15 06 2018

  • une planche botanique :

indice b 15 06 2018

Et si personne ne trouve la solution, je ferme ce blog !

Étymologies toponymiques … diverses

Commençons ce billet par une anecdote racontée par  Albert Dauzat dans  Les Noms de Lieux — Origine et évolution, un ouvrage publié chez Delagrave en 1926 ( dont je n’ai, hélas!,  sur mes étagères que la réédition de 1947 …).

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Voici l’anecdote :

Quelques exemples rapportés par Rochas * sont tellement extravagants qu’on croirait à des galéjades si l’on n’avait pas les précisions. Un officier avait demandé à un paysan provençal : « Quel est ce col ? », « Quelle est cette ferme ? ». Le brave homme avait répondu en patois, dans le premier cas : Lou sabé pas ( «  je ne le sais pas » ) et dans le second : Es la miéu ( « c’est la mienne » ). L’enquêteur prit ces phrases pour les noms demandés et inscrivit gravement sur la carte : col Loussabépas ; ferme Eslamiéu.

Des exemples comme ceux-ci sont innombrables, surtout dans le Sud-Est où l’administration militaire, pour l’établissement de ses premières cartes d’État-Major, semble s’être ingéniée à envoyer des officiers auxquels le provençal et les dialectes alpins étaient aussi inconnus que l’algonquin .

Le plateau de l’Arenier ( de arena, « sable » ) est ainsi devenu de l’Araignée ; le col de Mille Aures ( « mille vents » ) est devenu col de Mylord ; la Testo do Biou ( « tête de bœuf » ) s’est simplifiée en Obiou.  Des officiers d’ État-Major on fait du  Noiraud  un flamboyant Casque de Néron que les Grenoblois n’échangeraient aujourd’hui pour rien au monde.

En Provence, Baus besso ( les « escarpement jumeaux » ) sont devenus la Bobèche et le Pas de l’Ancié ( ancié, encié : « brèche dans les rochers ») est devenu  le Pas des Lanciers.

Dans les Pyrénées, l’arête d’Estang tort ( « étang tordu ») est devenue Stentor.

Une autre jolie bévue de cadastre, toujours relevée par Dauzat, se situe à Bourdeau (Savoie ) où un écart, bien avant l’alliance franco-russe, a été dénommé officiellement les Steppes, au lieu de les Teppes ( signifiant « butte en friche », « friche », en Savoie, Bourgogne, etc.) ».

Le château de la Pria ( à Bansat, Puy-de-Dôme — quelquefois écrit aujourd’hui Priat sans aucune justification ) a un nom, dont la forme patoise est modelée sur le français, inexplicable si l’on ne sait pas qu’il a été repris au XVIIIè siècle, lors de la construction de l’édifice, à des manuscrits vieux de deux ou trois siècles, dans lesquels le nom du lieu, écrit pria surmonté d’un trait horizontal, n’a pas été compris  et a été recopié tel quel, alors qu’il était l’abréviation de pradaria ( « prairie »).

*Rochas (A. de ) Les noms de lieux-dits de l’arrondissement de Vienne, Paris-Tours ; 1880

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La voilà enfin :

Tous les exemples cités plus haut, vous l’avez compris, datent de l’établissement de la cartographie moderne où des erreurs de compréhension ou d’interprétation n’étaient pas rares.

Mais, longtemps avant cette cartographie officielle, l’Église avait déjà entrepris de recenser la population pour enregistrer les mariages, naissances, décès, etc. et donc, les noms des lieux où ces évènement se passaient. Les registres étaient bien entendu écrits en latin ( d’Église … ) et les scribes devaient alors traduire dans cette langue les noms qu’ils entendaient dans les patois locaux sans toujours bien les comprendre.

Une commune de la région parisienne, dont le premier nom (attesté au XIIè siècle ) rappelle une plante fort commune à la réputation de mauvaise herbe, a été ainsi dotée d’un nom latin signifiant quelque chose comme « un grand nombre » ( non, je ne vous dirai pas lequel !) d’un « certain fruit » ( id.), sans que l’on sache s’il s’agissait d’une erreur ou d’une facétie du scribe — les scribes étaient de sacrés rigolos, on ne le dit pas assez !  Ce nom est resté dans les textes officiels pendant plusieurs siècles ( un chevalier, d’après certains textes médiévaux, l’aurait même porté ! ) tout en évoluant vers sa forme actuelle.

Quelle est cette commune ?

cul-de-lampe-03

Un indice ?

Non ! Plusieurs, mais en une seule image :

indice-10-06-2018

( attention ! indice de par moi-même ).

Indices du mardi

Une fois n’est pas coutume, personne n’a encore trouvé la solution de ma dernière devinette.

Je commence par une explication de l’énoncé donnée à quelques uns d’entre vous par mail privé : il s’agit de trouver le nom d’une commune française du type Machin-du-Truc où Truc est le déterminant issu du nom du « hêtre » mais déformé par attraction paronymique en un mot mieux compris par la population locale. Je rajoute, en espérant ne pas en dire trop, que Machin est en deux mots.

Et maintenant, les indices :

  • une jolie photo ( que je publie sans attendre la réponse de son auteur à ma demande d’autorisation …) :
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Photo de Jacques Robert
  • une jolie chanson ( que je publie sans attendre la réponse de son auteur à ma demande d’autorisation …), en « indice violent » comme on dit là-haut, à Machincourt :

( aparté qui n’a rien à voir avec la devinette : les amateurs apprécieront peut-être l’accordéoniste — Jean-Louis Roques, si le docteur ne m’abuse. Et, euh… la pique au Chetemi Picard n’a rien à voir non plus avec le devinette.).

  • une autre chanson (que je publie)  :

J’espère vous avoir donné, avec ces indices, de quoi vous perdre un peu plus. Amusez-vous bien et apprenez plein de choses pendant vos recherches, c’est le but du jeu!