Cimiez (répàladev)

Jacques C. le premier, TRS ensuite et LGF enfin m’ont donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Cimiez, nom d’une colline et d’un quartier du haut Nice (Alpes-Maritimes).

La colline domine le Paillon et était occupée primitivement par un oppidum ligure.

Cimiez carte

On relève le nom Cemenelo chez Pline au Ier siècle, Κεμενέλεον chez Ptolémée au IIè siècle, Cemeno sur l’Itinéraire d’Antonin au IVè siècle, civ. Cemenelensium vers 400, Cimella en 999, Cimela en 1010, Chimela en 1028, Chimers et Cimer vers 1150, Chimela en 1152, Cimelensis (adjectif) en 1247, in Cimeriis en 1367, de Cimeriis en 1440. Le nom provençal est Cimié (Trésor du Félibrige).

Le prototype Cemenelum est formé de la racine *kem (qui évoluera en *keb pour donner le nom des Cévennes) accompagnée du double suffixe enelo, dont le second est « sinon exclusivement ligure, du moins fréquent dans le domaine ligure » (ETP*). Il y a ensuite eu haplologie et réduction à *Cimelum attesté au Xè siècle. Mais Cimela ne peut expliquer Cimiez : il a dû y avoir changement de suffixe, –ela étant remplacé par –ariu, le nom s’intégrant ainsi dans une série plus habituelle.

Les indices du dimanche

La paronymie entre « cime » et Cimiez est à l’origine d’une étymologie populaire basée sur les arbres qui couvraient la colline et dont la hauteur extraordinaire leur permettait de toucher le ciel.

CPA-cimiez

… et les arbres gratte-ciel

Les premiers occupants étaient des Ligures de la tribu des Védiantes. La province romaine des Alpes-Maritimes était appelée Vediantiorum ciuitatis par Pline et leur métropole était Cemenelum. Selon X. Delamarre, le nom des Védiantes est basé sur la racine celtique uediu qui signifie « prier », faisant de ceux-ci des « prieurs ».

Après la conquête romaine, la cité Cemenelum deviendra la préfecture de la province des Alpes-Maritimae jusqu’à son remplacement par Embrun au IVè siècle.

indice-a-12-11-2022  Le jour de l’Annonciation a lieu à Cimiez le traditionnel festin dei cougourdoun, un légume non comestible de la famille des cucurbitacées que les Niçois utilisent de nombreuses façons. (clic)

Les indices du mardi

indice a 15 11 2022  La Danse de Chagall et Les Danseuses de Matisse devaient faire penser au musée Henri    indice-b-15-11-2022    Matisse et au musée national Marc Chagall, situés tous deux dans le quartier Cimiez, comme le Conservatoire de musique, danse et théâtre de Nice.

■ Le nom du quartier Cimiez avait fait l’objet de deux paragraphes dans un premier billet en 2014 (dans lequel je déclarais inconnue son étymologie …) et dans un second billet en 2018.

« Ça devrait suffire à vous faire crier victoire ! » : cette exclamation pouvait faire penser à l’origine du nom de Nice. Strabon, au Ier siècle av. J.-C., parle de Νίκαια, repris en latin Nicaea par Tite-Live. C’est de cette dernière forme qu’est issu Nicea, d’où normalement Nicia puis en ancien provençal Niza et enfin, par réduction de l’affriquée Nissa. Il est évident que Nice tire son nom du grec νίκη, « victoire », sous la forme de l’adjectif νίκαια, « qui donne la victoire », à rattacher sans doute au nom d’une déesse de la cité de Marseille, Artémis ou Athéna. Nice rappellerait donc le souvenir d’une victoire remportée par les Marseillais à l’époque où ils fondèrent leur colonie — sans qu’on sache sur qui ils ont remporté cette victoire, peut-être les Ligures ou les Étrusques.

*ETP Essai sur la toponymie de la Provence, Ch.Rostaing, Laffitte Reprints, 1973.

Fache et banc

On a vu dans le précédent billet les mots faissa et bancarel employés en pays de langue d’oc pour désigner les murets de pierres sèches destinés à la culture en terrasses à flanc de coteau et, plus généralement, des terrains plus ou moins plats, des terrasses en hauteur. S’il est vrai que les grandes plaines agricoles des pays de langue d’oïl se prêtent moins à ce type de culture, on retrouve néanmoins des toponymes issus de mots similaires, pour désigner généralement des bandes de terre en longueur.

Issu, comme l’occitan faissa, du latin fascia, « faisceau, bande, ruban », le terme fache est à l’origine de nombreux toponymes dont près de cent dans le Nord, une vingtaine dans les Ardennes, et quelques autres dans les départements alentours. Dans ces régions, ce mot fache a pu simplement désigner une « étendue de territoire livrée à une culture déterminée », ou un « ensemble de parcelles de terre orientées dans le même sens », ce qui explique le grand nombre d’occurrences.

On comprend que pour singulariser ces parcelles il ait fallu les munir d’un déterminant : soit une épithète pour Grande Fache, Longue Fache etc., soit le nom du propriétaire, soit un élément topographique pour Fache de la Fontaine, de la Forêt, de la Motte, etc. Le diminutif Fachelle n’apparait qu’à de très rares exemplaires. Signalons des originalités comme la Fache de la Justice à Pont-sur-Sambre (Nord) où se tenaient les bois de justice, leurs suppliciés et leurs pendus ; la Fache de la Commune à Floursies (id.) ; une jolie Fache des Pâtures de l’Ange à Bavay (id.) ; la Fache des Pendantes à Saint-Rémy-du-Nord (id.) etc. Ajoutons à cette liste la Grange de la Faisse à Boyeux-Saint-Jérôme (Ain),  les Quatorze Faisses d’Obie (Nord) ainsi que quelques Faisses (à Romain, Doubs ; à Soulanges, Marne ; à Viry, Jura), qui rappellent les faissas occitanes et sont probablement de même étymologie. Au diminutif  –el donnant le pluriel –aux/-ault, on trouve le nom de Faissault (Ardennes). Une autre orthographe, connue aussi dans les Alpes, apparait dans les noms des Fesses (Angy, Oise ; Theuville, Val-d’Oise ; Tully, Somme etc.).

CPA Faissault

La commune du Nord appelée Faches-Thumesnil (Facis, Fachis en 1076 ) doit elle aussi son nom à ces bandes de terre mises en culture. La forme picarde fasque se retrouve dans le nom de Fasque, un lieu-dit de Verchocq (P.-de-C.) et, au diminutif, dans celui du Bois de Fasquelle de la même commune.

Ce même latin fascia est à l’origine de l’ancien français fesche qui a aussi donné des noms en Fâche, avec accent circonflexe, dont on trouve des exemples dans le Nord, les Ardennes, l’Aisne mais aussi en Côte-d’Or, en Vendée, en Charente et en Charente-Maritime. Certains de ces toponymes peuvent cependant être dus à des litiges de bornages, des fâcheries entre voisins, ce qui semble être particulièrement le cas des quelques Porte-Fâche des départements charentais.

Il convient  aussi d’éviter la confusion avec les Faches des Pyrénées et, plus généralement de Gascogne, qui désignent une « ceinture de rochers » comme au Pic de la Grande Fache au sud-ouest de Cauterets (H.-P.).

Les toponymes formés sur banc pour désigner une replat, une terrasse en pays montagneux sont bien entendu moins nombreux en pays de langue d’oïl (si, si, regardez une carte : il y a quand même moins de haute montagne en pays d’oïl qu’en pays d’oc).

Cpa-Douarnenez--Le-Banc

Dans ces régions-là, du moins sur les côtes maritimes, « banc » peut désigner le haut-fond naturel qui émerge parfois à marée basse : on trouve ainsi un Banc des Pourceaux et un Banc du Harbour face à Dinard (I.-et-V.), un Banc de la Carcasse à Ouistreham (Calv.), un Banc du Turc à Lorient (Morb.), un Banc d’Amfard au Havre (S.-M.) et bien d’autres. Un autre sens de « banc » est celui de digue, naturelle ou non, souvent de sable comme le Banc à Groseilles à Oye-Plage (P.-de-C, Banc des Cresseillers en 1774).

index

La devinette

Il vous faudra trouver le nom en trois mots (ou quatre pour ceux d’entre vous qui compteraient l’article initial) d’un lieu-dit d’une commune A, de France métropolitaine. Ce lieu-dit porte le nom de la voie qui a conservé celui, ancien, de la commune B à laquelle elle menait.

C’est cet ancien nom de la commune B, et donc celui du lieu-dit, qui sont liés à un des mots du jour.

Le nom de la commune A fait référence à la forme (ou à la décoration) d’un de ses points d’eau.

Le nom de la commune B fait référence à la qualité (d’un) de ses points d’eau.

Le chef-lieu de canton doit son nom à celui d’un homme latin accompagné, je vous le donne en mille, de l’inévitable suffixe acum.

Et l’indice du jour concerne ce chef-lieu de canton :

indice a 09 10 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les indices du mardi 16 août 2022

podium vide  Personne ne m’a donné les réponses à mes dernières devinettes. Félicitations à leur auteur, donc !

En voici, pour les fatigués du clic, les énoncés :

Il vous faudra trouver les noms différents d’ un lieu-dit et d’une rue de France métropolitaine qui rappellent la présence d’eau où des animaux se noyaient. Ces deux endroits ne sont séparés que d’une cinquantaine de kilomètres, mais dans deux départements différents.

Lettrine-1- La rue est située non loin du centre d’une grande ville universitaire. La zone où elle a été tracée, à la fin du XIXè siècle, était particulièrement marécageuse et irriguée par de nombreux petits ruisseaux. Son premier nom, qui faisait allusion à la gare toute proche, a été changé au milieu du XXè siècle pour reprendre celui que les habitants avaient donné à l’un de ces ruisseaux où leurs animaux finissaient noyés.

Le nom de la ville est formé d’une racine et d’un suffixe prélatin voire préceltique et qui doit avoir le sens de « hauteur », la vieille ville ayant été bâtie sur un promontoire dominant le fleuve qui la baigne.

Lettrine-2-233x300 Le lieu-dit porte un nom qui peut sembler paradoxal dans la mesure où on ne s’attend pas à ce que les animaux dont il est question puissent se noyer. Ce toponyme est d’apparition récente puisqu’il ne figure pas encore sur la carte d’état major de 1869.

La commune sur le territoire de laquelle il se situe porte un nom d’étymologie obscure même si on peut y reconnaître un mot latin du domaine rural, hypothèse que le suffixe semble pourtant contredire : il pourrait alors s’agir d’un mot qui aurait été modifié par attraction dudit mot latin.

L’étymologie du nom du chef-lieu d’arrondissement où se situe cette commune a été révélée sur ce blog dans un billet concernant une couleur tandis que celle du chef-lieu de canton l’a été dans un billet concernant une hauteur gauloise.

Un indice qui fonctionne pour les deux lieux à trouver :

indice a 14 08 2022

auxquels je rajoute ces indices :

■ la commune où se trouve la rue à trouver produit, entre autres, une petite friandise carrée qui eut son heure de gloire grâce à un des oncles les plus célèbres du cinéma.

■ pour le nom de la rue à trouver – mais ce n’est plus un indice, c’est un cadeau ! :

indice d 14 08 2022

la commune où se trouve le lieu-dit à trouver produit un vin AOP nommé d’après la commune principale de l’aire de production mais bien connu aussi par le surnom de « vin des habitants de la commune où se trouve la rue à chercher ». Une cuvée inestimable d’un de ces vins a été élue deux fois championne du monde dans sa catégorie

■ pour le lieu-dit lui-même – mais ce n’est plus un indice, c’est un cadeau ! :

indice a 15 08 2022

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Courbejarret (répàladev)

TRS le premier, TRA et LGF ensuite, m’ont donné la bonne solution à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Courbejarret, un lieu-dit de Saint-Paul-le-Froid, canton de Grandrieu, arrondissement de Mende, en Lozère.

Saint-Paul-le-Froid, ici :

local-Saint-Paul-le-Froid

Courbejarret, au sud-ouest de Saint-Paul-le-Froid :

Courbejarret IGN

Courbejaret (avec un seul r) chez Cassini (feuillet 54, Saint-Flour, 1779) :

courbejaret CAS

La montée de Courbejarret avec son dernier virage en épingle :

Photo aérienne courbejarret
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Toponymie

Courbejarret : ce nom s’explique par l’effort demandé au jarret des moines qui gravissaient la pente menant au lieu-dit (et aux courbatures qui s’ensuivaient ?).

Capture chemin courbejarret

Églises romanes oubliées du Gévaudan, par Anne Trémolet de Villers et Bernard Delcros (Presses du Languedoc, 1998)

Saint-Paul-le-Froid : attesté Sanctus Paulus en 1352, du nom de l’apôtre. Le qualificatif froid apparait en 1801, par allusion au climat habituel de la région.

Grandrieu : francisation de l’occitan grant riu, « grand ruisseau », qui est le nom du cours d’eau qui traverse le village.

Mende : on ne peut que supposer l’existence d’un oppidum gaulois sur le Mont Mimat ; une petite ville romaine s’est établie à son pied, à l’emplacement même de Mende. C’est Grégoire de Tours, en 575-94, qui évoque le martyre de saint Privat in criptam Memmatis montis, au premier Livre de son Histoire des Francs. Le même auteur cite plus loin la ville, ex Mimate. On comprend que la forme originelle est donc Memmate : accentuée sur la première syllabe, elle est à l’origine de Mende. Le nom est issu du gaulois *Menman, « pensée, prière ; intelligence, esprit », muni du suffixe locatif gaulois –ate. On retrouve ce radical dans des noms de divinités gauloises comme Menmandutiae à Béziers, Minmantiae à Périgueux, Menmanhia à Rome. Il est fort probable que la montagne surplombant Mende a fait l’objet d’un culte, comme c’était alors fréquent ; c’est sur le flanc de cette montagne que se trouvait l’ermitage de saint Privat où il fut découvert et martyrisé par les Alamans. La montagne n’est appelée le Mont Mimat que depuis 1724 environ, mais les paysans locaux ont conservé l’habitude de l’appeler lou Truc (de Saint-Privat) ; l’appellation Mont Mimat est une réfection d’érudits locaux. La forme originelle Mimate a eu pour résultat occitan régulier Memde en 1152, graphié Mende en français en 1318.

Gévaudan : ce pays historique du haut Moyen Âge, formé de l’ancien diocèse de Javols (Loz.), est devenu partie de l’ancienne province de Languedoc, dont le chef-lieu est Mende (Loz.) et qui correspond grosso modo à l’actuel département de la Lozère. Le nom du pays est attesté in Gabalitano en 587-93, toujours chez Grégoire de Tours. C’est une formation du haut Moyen Âge, sur le nom de la ville Gabali (l’actuelle Javols) avec le suffixe –itanu couramment utilisé dans l’Empire romain pour nommer des peuples ou des habitants. Le nom originel du peuple est ici Gabali, utilisé par César au milieu du Ier siècle av. J.-C. ; en 77,  Pline l’Ancien l’appelle Gabales. Au bas Moyen Âge, le nom du pays est graphié par l’occitan local Javalda en 1219 puis Givaudan en 1387, l’occitan toulousain Gavalda après 1277 et enfin le français Gevaudan en 1388. L’étymologie du nom des Gabales n’est pas assurée. On a pensé à la racine *gab (celle des hydronymes pré-latins de type gave). Après Venceslas Kruta (Les Celtes – Histoire et dictionnaire, R. Laffont, 2000) on s’accorde aujourd’hui pour voir dans le nom des Gabales un dérivé du gaulois *gabal qui désignait une « fourche ». Jacques Lacroix (Les noms d’origine gauloise – La Gaule des combats, éd. Errance, 2003) voit dans ce *gabal l’origine de « javelot » et fait des Gabales les « hommes au javelot ».

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Les indices

le blason : Parti : au 1er d’azur au cristal de neige d’argent en chef et à l’épée d’or la pointe brochant au centre du cristal, au 2è d’or au château de deux tours, donjonné d’une tour plus élevée, d’azur maçonné de sable, le donjon accosté de deux haches adossées d’argent mouvant du château.

Blason SAINT_PAUL_LE_FROID-48

La première partie, dont la couleur bleue rappelle les cours d’eau qui arrosent le village, traduit le toponyme avec l’épée, attribut de saint Paul, et le flocon de neige, symbole du froid : il s’agit d’un blason parlant. La deuxième partie reprend, en les simplifiant comme c’était obligatoire pour les municipalités, les armoiries de la seigneurie, en l’occurrence celles des Langlade du Chayla.

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

le vieillard : Aimé Avignon, né le à Saint-Paul-le-Froid (Lozère) et mort le , a été le doyen des hommes français du au

indice a 24 07 2022  ■ cette photo d’une épée plantée dans la neige rappelait le blason du village (même si TRS me charrie en me faisant remarquer qu’elle est mal orientée).

le religieux assassiné : François de Langlade du Chayla, archiprêtre des Cévennes, inspecteur des missions catholiques, est né en 1647 au château du Chayla à Saint-Paul-le-Froid. Il a été tué  le au Pont-de-Monvert (Loz.), assassinat qui est considéré comme déclencheur de la guerre des Cévennes ou des Camisards.

le pays historique : il s’agit du Gévaudan déjà vu plus haut. La phrase « Et je ne suis pas assez bête pour ajouter un indice supplémentaire » était un indice limpide vers la bête du Gévaudan.

 

Véfour (répàladev)

Personne n’a rejoint TRA qui reste seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette, et pourtant Brosseur s’est approché très près.

Il fallait trouver Véfour, un lieu-dit de Saint-Didier-sur-Rochefort dans le département de la Loire.

local-Saint-Didier-sur-Rochefort

Le Dictionnaire topographique du Forez et des paroisses du Lyonnais et du Beaujolais formant le département de la Loire (J.-É. Dufour, 1946) nous donne les formes anciennes suivantes : Petrus de Veilfourt… Petrus Veilfort (1408) ; Iter tendens de Praloes ad Furnum Vetus (1472) ; Le village de Véfourt (1730) ; Le village de Véffour (1753) ; Véffour (XVIIIè siècle, Cassini) ; Veyfour (1887) ; Véfour (1926).

Il s’agissait donc de l’emplacement d’un « vieux four ». Je n’ai pas pu déterminer s’il s’agissait d’un ancien four à pain, à chaux, de potier …

Dans la commune voisine de Saint-Just-en-Bas naquit en 1784 Jean Véfour, le futur fondateur du célèbre restaurant parisien du Grand Véfour. Pour un restaurant à la cuisine mondialement réputée, l’utilisation d’un vieux four est parfaitement adaptée (chacun sait que c’est dans les vieux fours qu’on fait les meilleurs rôtis). C’est ici, au Grand Véfour, que s’est arrêté Brosseur

Saint-Didier-sur-Rochefort : ecclesia Sancto Desiderio en 1255, du nom Desiderius d’un évêque de Vienne de 595 à 608. Le complément sur-Rochefort indique que la commune est située au-dessus de Rochefort, un ancien château aujourd’hui en ruine.

Saint-Just-en-Bas : eccl. S. Justi au Xè siècle, du nom Justus d’un archevêque de Lyon au IVè siècle. Le complément en-Bas indique que cette commune est située en-dessous du Haut du Sein (1074 m), dans la vallée du Chagnon.

CPA St Didier sur Rochefort

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Les indices

Boën-sur-Lignon (chef-lieu de canton ) : Boen en 1025 et Bodenso alias Buenco au XIè siècle, est dérivé du nom de personne germanique Bodinus. Le Lignon, Lignono en 970, est issu du latin linea (finitima), « ligne de démarcation, sillon qui marque la limite », suivi du suffixe diminutif roman –on.

Montbrison (chef-lieu d’arrondissement ) : castello Montisbrisonis (1007-97). E. Nègre (TGF*) voit dans ce nom le franco-provençal mont brison, « mont du petit morceau, du très peu de choses », peut-être en rapport avec la colline de basalte, vestige d’un ancien volcan. Plus simplement, Dauzat & Rostaing (DENLF*) expliquent ce nom par celui d’un personnage germanique appelé Briso.

indice a06 06 2022 ■ il fallait reconnaitre Mademoiselle Montansier qui tenait salon au premier étage du café de Chartres qui deviendra le Grand Véfour (portrait issu de ce site).

■ pour les « vieux » téléspectateurs, Les oignons de Sidney Bechet rappellent l’émission L’art et la magie de la cuisine, présentée conjointement par Raymond Oliver et Catherine Langeais de 1954 à 1966, dont c’était le générique. Raymond Oliver était alors le chef du Grand Véfour récompensé par trois macarons dans le Guide Michelin.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Roqueredonde (répàladev)

TRA est le seul à m’avoir donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

Il fallait trouver Roqueredonde, une commune du canton de Lodève, dans l’Hérault.

local-Roqueredonde-

Roqueredonde : attesté de Rocca rotunda en 1135, ce nom est issu de l’occitan ròca , « roche » et de l’adjectif redonda, « ronde ». On sait que l’appellation « roche, roque » désignait le plus souvent, par métonymie, un château fort érigé sur une éminence rocheuse, ici arrondie. L’ancien château, dont il ne reste aujourd’hui que quelques ruines, était situé sur la crête de l’Escandorgue qui domine le village, au lieu-dit le Castella.

Capture Castella Roqueredonde

Profitant de ce site privilégié, les abbés de Joncels, alors maîtres des lieux, pouvaient contrôler leur territoire. Le village au pied du château s’appelait Tieudas jusqu’en 1925 quand il prit le nom de l’ancien château. Localement, on continue à l’appeler en occitan Tieudàs.

Tieudas :  attesté ecclesiam S. Dalmatii de Tenoldaz (à lire Tevoldaz) en 1135, Tendas en 1769, Tieudas chez Cassini et Tiendas en 1865, prononcé tioudàs, ce nom est issu du nom de personne germanique Tebaldus, c’est-à-dire Thibaud (theud, « peuple », et bald, « audacieux »).

ROQUEREDONDE

Carte de Cassini, feuillet 56, Nant -1778

Escandorgue : ce massif montagneux au nord-ouest de Lodève, dont la ligne de crête est une longue et étroite arête basaltique, qui ressemble au faîte d’un toit, est attesté d’Escaudelgue en 1643, à lire probablement *Escandelgue : peut-être du bas-latin scandula, «bardeau », et suffixe –ica (montanea) : « (montagne) ressemblant à un toit de bardeaux » ; attraction de l’occitan olgo, orgo, « odeur ». (TGF*, DPPF*). Frank R. Hamelin, dans sa Toponymie de l’Hérault (en ligne) propose une étymologie selon le latin scandula, « variété d’orge », et le même suffixe –ica.

Escandorgue bord du plateau

Aspect en bardeaux du bord du plateau de l’Escandorgue

Lodève : attesté Loteva au IIè siècle, Ludeva vers 678, sedis Lodove en 884, Lotevam vers 1056 et enfin Lodeva vers 1160, du gaulois lutevo, « marais », avec -a féminin. On reconnait dans lutevo la racine gauloise lut-, « boue », présente dans le nom Lutetia de Lutèce. (vvlt)

roqueredonde-herault-hotel-guiraudon-et-famille-bascou

Salut aux familles Guiraudon et Bascou !

Les indices

■ deux personnalités étrangères :  Lanza del Vasto (1901-1981), militant de la paix (vvlt), a créé à Roqueronde en 1963 la (nouvelle) maison mère des communautés de l’Arche, au domaine de la Borie Noble où il est enterré. Sogyal Rinpoché (1947-2019), lama tibétain, a fondé en 1991 le centre de retraite bouddhiste Lérab Ling, et en a démissionné en 2017, après des accusations de « mauvais traitements » (d’où les probables réticences à une inhumation à Roqueredonde).

indice-a-17-04-2022 ■ ces trois boules de granit devaient faire penser à des roches rondes.

indice a 19 04 2022 ■ ce symbole pacifiste bien connu (à l’origine anti-nucléaire) renvoyait aux engagements spirituels des deux personnalités citées plus haut.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Avis de fermeture

Mes chers amis, je pars. Je vous aime, mais je pars  (♫ ♪ ♫).

Je tire un trait, je ferme la valise  (♪ ♫ ♪).

Pas de panique ! (♫♪♫)

Avant de devenir trop vieux (♫ ♪ ♫), ma compagne et moi avons en effet décidé de prendre quelques vacances (♫♫♫) dans une île de Méditerranée ( ♪ ♫ ♪ – non, je ne recule devant rien), au bord de la mer (♪ ♫ ♪), pour fêter nos anniversaires respectifs et nos noces amours de flanelle.

Mais je vous rassure, je reviendrai. Ni à Montréal (♪♫♪), non, ni à Dublin (♫♪♫.), non plus : je reviendrai chez nous, bien sûr (♫♪♫).

Je reviendrai chez nous parce que :

ou parce que  ♪♪♫  (je ne pouvais certainement pas l’oublier !).

[ J’en ai plein d’autres, j’ai dû faire le tri ! Je vais laisser l’idée germer, et qui sait … ]

Bref, tout ça pour dire que je ne prévois pas de billet dominical pendant trois semaines consécutives. Cependant, la wifi étant maintenant disponible partout, peut-être trouverai-je  le temps de passer de temps en temps par ici.

PS n’oubliez pas ma dernière devinette ! Avis aux retardataires : le billet de la répàladev est déjà écrit et sera publié en avance dès demain soir.

Les indices du mardi 29 mars 2022

Ma dernière devinette n’a pas eu beaucoup de succès.

Bon. Comme je vous sens flemmards au point de ne pas cliquer sur le dernier lien, je vous en recopie l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit lié à un des deux premiers noms du billet d’hier (oui : vous pouvez laisser le troisième tranquille – ahah).

Le nom de la commune (C1) qui l’abrite est lié à celui d’un homme latin suffixé de manière classique et suivi d’un adjectif qualifiant sans doute l’aspect de son sol.

À moins de trente kilomètres, dans le même département, se trouve une commune du même nom avec un adjectif contraire, par simple souci de se différencier.

À près de cent trente kilomètres, dans un département voisin, se trouve une commune du même nom, à la dernière lettre près, et sans complément.

Si on en croit son nom, ce personnage éponyme des communes devait être là pour un bon moment.

Le même nom à trouver se retrouve, à 188 km, dans une autre commune (C2) d’un autre département, pour nommer des ruines. Il s’agissait là aussi, au moins jusqu’en 1868, d’un lieu-dit mais ce nom, présent sur la carte d’état-major de 1866, a disparu des cartes actuelles mais reste pourtant documenté. La commune qui l’abrite doit son nom à un relief dénudé. Ce nom est parfois complété, non officiellement, par

Comme promis, je vous propose  quelques indices.

■ pour C1 :

■ pour le bureau centralisateur du canton où se situe C1 :

indice a 28 03 2022

 

■ pour C2 (ben oui, il en fallait un …)

indice a 29 03 2022

Et si, avec tout ça, personne ne trouve la solution … je ferme le blog.

Si, si. C’est dit.

Promis. Juré.

Cochon qui s’en dédit.

De bois, de fer (la croix).

Ah oui : craché aussi.

Eh! Les mecs ! Réveillez-vous !

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

PS : rien de ce qui précède — à partir de « Et si » — ne constitue un indice : c’était juste pour rire.

Ménestruel et rue Mounitre (les répauxdev)

LGF, déjà découvreur de la première bonne réponse à mes devinettes, a aussi trouvé la deuxième. Il a été rejoint par TRA. Félicitations à tous les deux !

Il fallait trouver le lieu-dit Ménestruel à Poncin (Ain) et la rue Mounitre de Montauban (Tarn-et-Garonne).

Ménestruel (01 – Poncin)

La commune de Poncin, dans l’Ain, est située dans l’arrondissement de Nantua :

local-Poncin-

et le lieu-dit Menestruel se trouve au sud de la commune

Ménestruel

Grâce au Dictionnaire topographique du département de l’Ain (Édouard Philippon, 1911), nous disposons des formes anciennes suivantes du nom : Prioratus de Monestrol (1245), Monestrueil prioratus (1250 environ), Monestruel (1350 environ), Monestreul (1440), Monestreuil (1587) et Monestruel (1650, complétées par la forme Menestreuil de la carte de Cassini (feuillet 117, Bourg-en-Bresse, 1764). On reconnait dans ces anciens noms un dérivé du latin monasteriolum, « petit monastère » (cf. ce billet)

Il y avait là, au moins depuis 1184, un prieuré de bénédictins dépendant des chanoines de Saint-Claude puis, après diverses querelles, de ceux de Poncin (Topographie historique du département de l’Ain, Marie-Claude Guigue, 1873).   É. Philippon (op. cit.) explique que « sous la Restauration, les Frères de la Croix, appelés aussi Frères Tabourin, du nom de leur fondateur, s’établirent dans les bâtiments de l’ancien prieuré qu’ils occupèrent jusqu’en 1904 ». Les Frères de la Croix de Jésus, dits aussi Frères de Ménestruel, formaient une congrégation enseignante fondée dans le diocèse de Lyon en 1816, l’une des trois branches constitutives de la Société de la Croix de Jésus qui comprenait encore des Pères et des Sœurs. Essentiellement destinée à l’éducation des jeunes, l’œuvre se développa lentement et connut des vicissitudes. Au début du XXè siècle elle fonda plusieurs établissements au Canada qui ne furent pas reconnus par l’évêque canadien de la maison-mère. La congrégation fut absorbée par les Clercs de Saint-Viateur en 1930, suite à un conseil du Vatican, émis le 18 mars 1922. L’histoire de ces derniers peut se lire sur wikipedia.

Poncin : le nom de cette commune est attesté Pontianensium parrochia au VIè siècle, du nom d’homme latin Pontius et suffixe anum.

Nantua : le nom de la ville apparait pour la première sous la forme Nantoaci en 757 suivie de Natuadis en 817 (à corriger en Nantuadis d’après les formes apparues à partir de 852). L’origine n’en est pas douteuse : il s’agit du gaulois nanto, « vallée », accompagné du suffixe ligure –ua et complété par le suffixe locatif gaulois –aco dans le premier cas  et –ate dans le second. C’est cette dernière forme qui s’imposera, expliquant le gentilé Nantuate. La vallée en question est celle de la Doye, débouchant sur le Lac de Nantua, vallée étroite et très profonde. Les gastronomes connaissent bien la sauce Nantua, à base de beurre d’écrevisse, et les quenelles de brochet qu’elle accompagne avec bonheur (surtout avec un Mâcon blanc ou, mieux, un Gewurztraminer).

Les autres indices :

indice-a-27-02-2022 ♦ on aura reconnu les Dupond/t, comme Pontius, sur le pont d’un navire. Autant de « ponts » pour orienter vers Poncin.

♦ la chanson paillarde offerte par LGF : « Marie François Xavier Bichat (1771-1802), médecin, a exercé à Poncin en 1768 en remplacement de son oncle Joseph » (wiki).

indice a 01 03 2022  ♦ Le , Philippe de Gaulle, le fils du général, épousait à la mairie de Poncin Henriette de Montalembert qui résidait alors à La Cueille.

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La rue Mounitre (82 – Montauban)

Le nom de cette rue dérive de l’occitan mounistròu ou monistrol, du latin monasteriolum, « petit monastère ». D’autres odonymes de Montauban incluant le terme moustier, dérivé de monasterium, étaient exclus, la devinette portant sur les diminutifs de monasterium.

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La rue Mounitre, soulignée de rouge :

rue Mounitre. PNG

Le mot dérive de monistrol, le petit monastère. Les frères de saint Antoine du T (ou du Tau) avaient installé là un hôpital pour soigner les malades atteints du « mal des ardents » ou du « feu de saint Antoine », une sorte de gangrène due à la consommation d’ergot de seigle. Les moines portaient un T ou un Tau grec en étoffe bleue cousue sur leur chasuble, ce qui explique leur nom. »

(Nom de lieu ! par Bernard G. Galey, Le Cherche Midi, 2004).

♦ Le nom de cette rue apparait au chapitre X de Jean-de-Jeanne, un roman écrit par le montalbanais Émile Pouvillon et publié dans la Revue de deux mondes en 1886. L’auteur situe cette rue dans une ville qu’il appelle Montauriol (du nom d’une ancienne abbaye de Montauban) et en fait une « rue des pauvres ».

Montauban : sans surprise, Montalba en 1144 est un « mont blanc », du latin albanus. Dans le billet consacré à cette couleur, j’avais écrit cet encadré :

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Ne pas confondre un moustier et un monistròl !

indice b 27 02 2022 ♦ la photo :

Il fallait reconnaitre une clochette au tau de saint Antoine. « Le couvent et l’hôpital des frères de Saint – Antoine occupaient le site d’un vieil hôpital de Fossat ou de St Blaise près de l’actuelle rue St Jean, la rue Lassus portait encore au début du 19ème siècle le nom de  » rue de Mounitre  » … » cf. Le Tarn & Garonne au Moyen-Age : exposition. (1984). France : Bibliothèque centrale de prêt. (page 16)

indice c 01 03 2022 ♦ l’autre photo :

on aura reconnu Lino Ventura, dans le rôle de Fernand Naudin, héros des Tontons flingueurs. Cette photo est extraite de la scène pendant laquelle il écoute Raoul Volfoni (Bernard Blier) le traiter de « Gugusse de Montauban » :