Les indices du mardi 29 mars 2022

Ma dernière devinette n’a pas eu beaucoup de succès.

Bon. Comme je vous sens flemmards au point de ne pas cliquer sur le dernier lien, je vous en recopie l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit lié à un des deux premiers noms du billet d’hier (oui : vous pouvez laisser le troisième tranquille – ahah).

Le nom de la commune (C1) qui l’abrite est lié à celui d’un homme latin suffixé de manière classique et suivi d’un adjectif qualifiant sans doute l’aspect de son sol.

À moins de trente kilomètres, dans le même département, se trouve une commune du même nom avec un adjectif contraire, par simple souci de se différencier.

À près de cent trente kilomètres, dans un département voisin, se trouve une commune du même nom, à la dernière lettre près, et sans complément.

Si on en croit son nom, ce personnage éponyme des communes devait être là pour un bon moment.

Le même nom à trouver se retrouve, à 188 km, dans une autre commune (C2) d’un autre département, pour nommer des ruines. Il s’agissait là aussi, au moins jusqu’en 1868, d’un lieu-dit mais ce nom, présent sur la carte d’état-major de 1866, a disparu des cartes actuelles mais reste pourtant documenté. La commune qui l’abrite doit son nom à un relief dénudé. Ce nom est parfois complété, non officiellement, par

Comme promis, je vous propose  quelques indices.

■ pour C1 :

■ pour le bureau centralisateur du canton où se situe C1 :

indice a 28 03 2022

 

■ pour C2 (ben oui, il en fallait un …)

indice a 29 03 2022

Et si, avec tout ça, personne ne trouve la solution … je ferme le blog.

Si, si. C’est dit.

Promis. Juré.

Cochon qui s’en dédit.

De bois, de fer (la croix).

Ah oui : craché aussi.

Eh! Les mecs ! Réveillez-vous !

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

PS : rien de ce qui précède — à partir de « Et si » — ne constitue un indice : c’était juste pour rire.

Ménestruel et rue Mounitre (les répauxdev)

LGF, déjà découvreur de la première bonne réponse à mes devinettes, a aussi trouvé la deuxième. Il a été rejoint par TRA. Félicitations à tous les deux !

Il fallait trouver le lieu-dit Ménestruel à Poncin (Ain) et la rue Mounitre de Montauban (Tarn-et-Garonne).

Ménestruel (01 – Poncin)

La commune de Poncin, dans l’Ain, est située dans l’arrondissement de Nantua :

local-Poncin-

et le lieu-dit Menestruel se trouve au sud de la commune

Ménestruel

Grâce au Dictionnaire topographique du département de l’Ain (Édouard Philippon, 1911), nous disposons des formes anciennes suivantes du nom : Prioratus de Monestrol (1245), Monestrueil prioratus (1250 environ), Monestruel (1350 environ), Monestreul (1440), Monestreuil (1587) et Monestruel (1650, complétées par la forme Menestreuil de la carte de Cassini (feuillet 117, Bourg-en-Bresse, 1764). On reconnait dans ces anciens noms un dérivé du latin monasteriolum, « petit monastère » (cf. ce billet)

Il y avait là, au moins depuis 1184, un prieuré de bénédictins dépendant des chanoines de Saint-Claude puis, après diverses querelles, de ceux de Poncin (Topographie historique du département de l’Ain, Marie-Claude Guigue, 1873).   É. Philippon (op. cit.) explique que « sous la Restauration, les Frères de la Croix, appelés aussi Frères Tabourin, du nom de leur fondateur, s’établirent dans les bâtiments de l’ancien prieuré qu’ils occupèrent jusqu’en 1904 ». Les Frères de la Croix de Jésus, dits aussi Frères de Ménestruel, formaient une congrégation enseignante fondée dans le diocèse de Lyon en 1816, l’une des trois branches constitutives de la Société de la Croix de Jésus qui comprenait encore des Pères et des Sœurs. Essentiellement destinée à l’éducation des jeunes, l’œuvre se développa lentement et connut des vicissitudes. Au début du XXè siècle elle fonda plusieurs établissements au Canada qui ne furent pas reconnus par l’évêque canadien de la maison-mère. La congrégation fut absorbée par les Clercs de Saint-Viateur en 1930, suite à un conseil du Vatican, émis le 18 mars 1922. L’histoire de ces derniers peut se lire sur wikipedia.

Poncin : le nom de cette commune est attesté Pontianensium parrochia au VIè siècle, du nom d’homme latin Pontius et suffixe anum.

Nantua : le nom de la ville apparait pour la première sous la forme Nantoaci en 757 suivie de Natuadis en 817 (à corriger en Nantuadis d’après les formes apparues à partir de 852). L’origine n’en est pas douteuse : il s’agit du gaulois nanto, « vallée », accompagné du suffixe ligure –ua et complété par le suffixe locatif gaulois –aco dans le premier cas  et –ate dans le second. C’est cette dernière forme qui s’imposera, expliquant le gentilé Nantuate. La vallée en question est celle de la Doye, débouchant sur le Lac de Nantua, vallée étroite et très profonde. Les gastronomes connaissent bien la sauce Nantua, à base de beurre d’écrevisse, et les quenelles de brochet qu’elle accompagne avec bonheur (surtout avec un Mâcon blanc ou, mieux, un Gewurztraminer).

Les autres indices :

indice-a-27-02-2022 ♦ on aura reconnu les Dupond/t, comme Pontius, sur le pont d’un navire. Autant de « ponts » pour orienter vers Poncin.

♦ la chanson paillarde offerte par LGF : « Marie François Xavier Bichat (1771-1802), médecin, a exercé à Poncin en 1768 en remplacement de son oncle Joseph » (wiki).

indice a 01 03 2022  ♦ Le , Philippe de Gaulle, le fils du général, épousait à la mairie de Poncin Henriette de Montalembert qui résidait alors à La Cueille.

CPA-poncin-jpg

La rue Mounitre (82 – Montauban)

Le nom de cette rue dérive de l’occitan mounistròu ou monistrol, du latin monasteriolum, « petit monastère ». D’autres odonymes de Montauban incluant le terme moustier, dérivé de monasterium, étaient exclus, la devinette portant sur les diminutifs de monasterium.

local-Montauban-jpg

La rue Mounitre, soulignée de rouge :

rue Mounitre. PNG

Le mot dérive de monistrol, le petit monastère. Les frères de saint Antoine du T (ou du Tau) avaient installé là un hôpital pour soigner les malades atteints du « mal des ardents » ou du « feu de saint Antoine », une sorte de gangrène due à la consommation d’ergot de seigle. Les moines portaient un T ou un Tau grec en étoffe bleue cousue sur leur chasuble, ce qui explique leur nom. »

(Nom de lieu ! par Bernard G. Galey, Le Cherche Midi, 2004).

♦ Le nom de cette rue apparait au chapitre X de Jean-de-Jeanne, un roman écrit par le montalbanais Émile Pouvillon et publié dans la Revue de deux mondes en 1886. L’auteur situe cette rue dans une ville qu’il appelle Montauriol (du nom d’une ancienne abbaye de Montauban) et en fait une « rue des pauvres ».

Montauban : sans surprise, Montalba en 1144 est un « mont blanc », du latin albanus. Dans le billet consacré à cette couleur, j’avais écrit cet encadré :

montauban-longnon

CPA montauban

Ne pas confondre un moustier et un monistròl !

indice b 27 02 2022 ♦ la photo :

Il fallait reconnaitre une clochette au tau de saint Antoine. « Le couvent et l’hôpital des frères de Saint – Antoine occupaient le site d’un vieil hôpital de Fossat ou de St Blaise près de l’actuelle rue St Jean, la rue Lassus portait encore au début du 19ème siècle le nom de  » rue de Mounitre  » … » cf. Le Tarn & Garonne au Moyen-Age : exposition. (1984). France : Bibliothèque centrale de prêt. (page 16)

indice c 01 03 2022 ♦ l’autre photo :

on aura reconnu Lino Ventura, dans le rôle de Fernand Naudin, héros des Tontons flingueurs. Cette photo est extraite de la scène pendant laquelle il écoute Raoul Volfoni (Bernard Blier) le traiter de « Gugusse de Montauban » :

Le monastère – Chapitre I

Une fois bien classés les moines, les monges et les mourgues, il ne nous reste plus qu’à bien les ranger. Aux premiers temps, ils se rangeaient, en solitaire, dans des ermitages ou des celles, puis, dès l’époque franque, on les mit, en communauté, dans des monastères. Ce sont ces derniers que je vais maintenant étudier. Ce mot, issu du latin monasterium, et son diminutif monasteriolum, ont subi de très nombreuses modifications aboutissant à autant de toponymes qui nécessiteront plusieurs billets pour être passés en revue, même si je m’en tiendrai pour l’essentiel aux noms de communes.

Aujourd’hui, je m’attache au seul monasterium, laissant le monasteriolum pour une seconde partie. Par différentes modifications phonétiques, ce mot a abouti à plusieurs formes différentes.

C’est dans l’Aveyron qu’on trouve la seule commune appelée Le Monastère, en référence à l’établissement des religieuses de l’ordre de Saint Benoît au IXè siècle.

Monastier – Monestier – Monêtier

On trouve les deux premières formes plus particulièrement en pays d’oc, et la seconde en pays d’oïl.

Le Monastier-sur-Gazeille (H.-L., monastère fondé au VIIè siècle) et Le Monastier-Pin-Moriès (Loz., monastère fondé en 1062 par l’évêque Aldebert Ier de Peyre).

♦ Sous la forme monestièr (avec fermeture du a sous l’influence du suivant ) : trois communes Monestier (Allier, Ardèche, Dord.) et une Le Monestier (P.-de-D.) auxquelles ont ajoute des noms avec déterminant comme Monestier-d’Ambel et M.-de-Clermont (Is.), M.-Merlines et M.-Port-Dieu (Corr.), Le M.-du-Percy (Is.) ainsi que Saint-Paul-lès-Monestier (Is.). Avec un inattendu -s du locatif ablatif pluriel en -is (purement analogique car le pluriel n’a, ici, aucune raison d’être), on a Monestiès-sur-Cérou (Tarn, Monesterio en 961).

♦ avec des graphies légèrement différentes : Le Monêtier-les-Bains (H.-A.), Monêtier-Allemont (id.) et Monnetier-Mornex (H.-Sav.).

♦ lorsque la première partie du nom, après disparition du e non accentué, a subi l’attraction de mons, « mont », se sont formés les noms de Monthiers (Aisne, de Monasterus en 1203), Montiéramey (Aube, monasterium Arremari en 1118, du nom d’homme germanique Adremar), Montierchaume (Indre, Monasterium Caulme en 1212, avec le bas-latin *calmis), Montier-en-Der (H.-M., avec Der nom d’une forêt du gaulois dervos, « chêne »), M.-en-l’Isle (Aube), Montiers (Oise), et M.-sur-Saulx (Meuse). Le nom de Montmotier (Vosges), noté Mahumoitoir vers 1145 puis Monmostier en 1395, semble être composé du nom de personne germanique Mado(n) accompagné de monasterium qui a pu donner des variantes en –oir, cf. plus bas. Forest-Montiers (Oise) se rattache à cette liste, Forest désignant la forêt de Crécy. Montret (S.-et-L.) est sans doute un « petit monastère » masqué par l’attraction de « mont ».

♦ Ce nom a alors pu être accompagné d’un déterminatif comme pour Monterblanc (Morb., noté Monsterblanc en 1455, se dit en breton Sterùen, « ruisseau blanc », qui semble être la réduction de Mounsterwen, « le monastère blanc »), Montipouret (Indre, de monasterio Poretti en 1384, avec le latin porus, « poireau » et le collectif etum, plutôt qu’un patronyme Pouret), Montivilliers (S.-Maritime, Monasterium villare en 1242), Monterrein (Morb., avec le nom de saint *Rin), Montertelot (Morb., avec le nom de son fondateur saint Thelo) et Monterfil (I.-et-V., avec le nom de saint Fili).

♦ En nom composé : Frémontier (Somme, Fraisnum monasterium en 1140, avec fraxinum, « frêne », Puellemontier (H.-M., avec le latin puella, « jeune fille »: il s’agissait d’une abbaye de filles au VIIè siècle) et Talmontiers (Oise, Talomosterium en 1152, avec le nom de personne germanique Tallo).

CPA Monestier de Clermont

Entrainement pour les J.O. d’hiver

Monetay

En zone franco-provençale, le nom a évolué vers Monétay-sur-Allier et Monétay-sur-Loire, tous deux dans l’Allier, et vers Monnetay et Menotey (Monestiers au XIVè siècle) dans le Jura.

Moustier – Moutier

Une forme plus contractée (avec perte du e central non accentué : monestier passant à monstier puis à mostier) a abouti aussi bien à l’ancien français mostier qu’à l’occitan mostièr.

♦ Moutier(s) : trois communes s’appellent Moutiers (E.-et-L., I.-et-V., M.-et-M.) et une seule Moûtiers (Sav). Les noms avec déterminant sont bien plus nombreux. On en compte trois au singulier, tous dans la Creuse : Moutier-d’Ahun, M.-Malcard, M.-Rozeille.  Sept sont au pluriel sans article : Moutiers-au-Perche (Orne), M.-en-Puisaye (Yonne), M.-les-Mauxfaits (Vendée), M.-Saint-Jean (C.-d’Or), M.-sous-Argenton (D.-S.), M.-sous-Chantemerle (D.-S.) et M.-sur-le-Lay (Vendée) et quatre avec article : Les Moutiers-en-Auge, Les M.-Hubert et Les M.-en-Cinglais (Calv.) ainsi que Les M.-en-Retz (L-A.), auxquels on doit rajouter Les Trois-Moutiers (Vienne). Notons le nom de Neufmoutiers-en Brie (S.-et-M.), ancien Novum Monasterium (1210) dont novum, « neuf, nouveau » a été compris comme le numéral et entrainé le pluriel.

En tant que déterminant, cette forme apparait au singulier dans les noms de Esves-le-Moutier (I.-et-L.), Jouy-le-M. (Val-d’Oise), Thin-le-Moutier (Ardennes), Vieil-M. (P.-de-C.), Villy-le-M. (C.-d’Or) et Saint-Pierre-le-Moûtier (Nièvre). On la retrouve au pluriel dans Fain-lès-Moutiers (C.-d’Or) et Juigné-des-Moutiers (L.-A.) ainsi que dans Marville-Moutiers-Brûlé (E.-et-L.).

CPA-les-moutiers-en-retz-

♦ diminutifs autres que monasteriolum : avec –et pour Le Moutaret (Is.) et avec la variante –ot de l’Est pour Le Moutherot (Doubs) et Moutrot (M.-et-M.).

♦ En nom composé, on peut citer : Vimoutiers (Orne, avec le nom de la rivière La Vie), Faremoutiers (S.-et-M., avec le nom de sainte Fare, fondatrice du couvent vers 615), Semoutier (H.-M., Summostier en 1101, avec le latin summum, « le plus haut ») et Moyenmoutier (Vosges, avec medianum, « situé entre »). Avec des noms de personne germanique : Bertrimoutier (Vosges, avec Bertericus), Eymoutiers (H.-Vienne, Agentum en 958 contraction de Ahentismonasterium attesté en 1344, avec Ainthis), Eymouthiers (Char., id.), Giremoutiers (S.-et-M., avec Giroldus), Marmoutier (B.-Rhin, Mauri Monasterium en 861-82, de Moricho ; la forme Majoris Monasterii de 1182 est une latinisation tardive non étymologique) et Noirmoutier (Vendée, in insola Herio Monasterio au VIIè siècle, monasterio in Herio, maris insula en 830, Nermoster au XIIIè siècle  ; in Herio a été compris n’Herio par attraction de l’oïl neir, « noir » ; nom de personne germanique Herio).

CPA Noirmoutier

♦ La forme moustier apparait quant à elle dans le nom de Moustier-en-Fagne (Nord).

♦ Notons des variantes comme  Mouterre-sur-Blourde (Vienne, Moustier en 1449) et Mouterre-Silly (id.). Un changement de suffixe qui s’explique mal a abouti au nom de Moutils (S.-et-M., Le Moutier en 1252 et Moutiz vers 1350).

♦ Une variante orthographique, avec th, sans autre justification que de « faire savant », est à l’origine des noms de Mouthier-Haute-Pierre (Doubs, Monasterium Altapetrinse en 934), Mouthiers-sur-Boëme (Char.) et Mouthier-en-Bresse (S.-et-L.).

♦ la forme occitane mostièr se retrouve dans les noms de Moustier (L.-et-G.), M.-Ventadour (Corr.), Peyzac-le-M. (Dord.), Saint-Sever-du-M. (Av.), Verneuil-Moustiers (H.-Vienne) et Moustiers-Sainte-Marie (A.-de-H.-P.) auxquels on peut rattacher  Moustey (Landes)

En région

♦ la forme normande moitier apparait dans Les Moitiers-d’Allonne et Les Moitiers-en-Bauptois tous deux dans la Manche. Rappelons également le nom de Hautmoitiers, aujourd’hui intégrée à Lestre, toujours dans la Manche.

♦ une forme germanique munster se retrouve dans les noms de Munster en Lorraine, dans ceux de Munster, Luttenbach-près-Munster et Mullbach-sur-Munster dans le Haut-Rhin, dans ceux de Ebersmunster ( Aprimonasterium en 1483 du nom de personne germanique Ebero compris comme eber, « sanglier » et latinisé en Aper) et de Reinhardsmunster (du comte Reinhard de Hanau-Lichtenberg qui a rebâti le village au XVIIè siècle) dans le Bas-Rhin et enfin dans ceux de Valmunster et Volmunster (du nom de personne germanique Wala) en Moselle.

♦ en Bretagne, c’est le dérivé Moustoir, rendu par le breton mouster, qui a été le plus productif. Pour ne citer que les noms de communes, on trouve Le Moustoir (C.-d’A.), Moustoir-Remungel (Morb.), Moustoir-Ac (Morb. , contraction d’un ancien Moustoir-Radenac) et Mousteru (C.-d’A., le « monastère rouge » en référence à la croix des Templiers).

PS : j’ai bien cherché partout mais j’en ai sans doute oublié. Si vous en connaissez d’autres, les « commentaires » sont ouverts !

shadock

Et c’est tant mieux, parce que je ne ferai pas ça tous les jours !

La devinette

Il vous faudra trouver le nom composé de deux mots sans trait d’union d’une commune de France métropolitaine lié au latin monasterium.

Le nouveau chef-lieu de canton porte un nom relatif à un cours d’eau qui va s’élargissant.

■ un tableau :

indice a 20 02 2022

■ une sculpture :

indice b 20 02 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La Foye-Monjaut (répàladev)

Personne n’a rejoint TRA et LGF dans la résolution de ma dernière  devinette.

Il fallait trouver La Foye-Monjault, canton de Mauzé-sur-le-Mignon, arrondissement de Niort, département des Deux-Sèvres.

local la-Foye-Monjault

Un blog consacré à cette commune vaut le détour. Laissez-vous prendre par le menu de la colonne de droite !

La toponymie

La Foye-Monjault :

Le nom de la ville apparait pour la première fois en 1077 sous la forme Faia suivie de Faya en 1105. On reconnait dans ces noms l’oïl faïa, issu du latin fagea, « hêtraie ».

En 1223 apparait le nom Faia Monachialis avec un déterminant issu du latin monachus indiquant qu’il s’agit de la « hêtraie des moines », en l’occurrence  les bénédictins fondateurs du prieuré autour duquel se constitua le village.

Dans le courant du XIIIè siècle on trouve écrit Faia Monjaut in ballia de Chisiaco (« dans le baillage de Cizé ») où l’on voit que le latin monachal a évolué régulièrement en monjau (cf. le deuxième encadré dans ce billet), d’où La Faye-Monjau en 1313.

Dès le siècle suivant, ce déterminant ne sera plus exactement compris et sera écrit avec un t final non étymologique : La Faye-Monjaut en 1457. Parallèlement, la prononciation locale fera évoluer le premier élément vers Foy : on trouve ainsi écrit Foymonjauld en 1648, La Foy Mongiot en1720, La Foy Monjeau en 1739 et La Foye Mongeault chez Cassini.

La Foye Monjault Cassinil

Carte de Cassini – La Rochelle – feuillet 101 -1771

On trouvera encore la forme La Faye-Monjault en 1793 avant que le nom La Foye-Monjault ne soit officialisé en 1801.

Niort : le nom est attesté Niordo vico sur une monnaie mérovingienne, puis de Nyorto et de Niorco en 1204. On reconnait dans ces noms le gaulois novio-o-ritum, le « nouveau gué », en l’occurrence celui sur la Sèvre Niortaise, qui permettait le passage de la voie romaine de Saintes à Nantes.

Mauzé-sur-le-Mignon : villa Malsiacus en 1003, du nom d’homme germanique Maletus et suffixe –iacum. L’étymologie la plus souvent donnée pour le nom du Mignon fait appel à un terme celtique *mign-, « lieu marécageux » (cf. le gallois mignen, « marais, marécage » et mignenni, « boue, bourbier »).

CPA La Foye Monjault

Les indices

■ le vin : au chapitre XXXIV de ses Grandes et inestimables chroniques du grand et énorme Gargantua, Rabelais, mettant en scène l’écuyer Gymnaste du géant Gargantua, écrit :

 … Tripet le capitaine sus ce point accourut voir que c’estoit. Adonc Gymnaste lui offrit sa bouteille, disant : « Tenez, capitaine, beuvez-en hardiment ; j’en ay faict l’essay, c’est vin de La Faye Monjau. »

Les vins de La Foye Monjault étaient très appréciés et, de François Ier à Henri IV, furent « vins de bouche des rois ».

■ « Et je vous assure que je n’ai pas mieux — sauf à trop vous aider! » : un petit clin d’œil aux compagnies d’assurance qui sont installées à Niort.

indice a 13 02 2022 ■ l’arbre : cette photo du hêtre des Voyageurs était là pour orienter vers une hêtraie plutôt que vers Brocéliande ou Paimpont.

indice a 15 02 2022 ■ la plante : l’angélique officinale (Angelica archangelica) est à la base de l’angélique confite, une spécialité de la ville de Niort.

indice-d-15-02-2022  ■ le dessin : cette vue de Tombouctou illustrant son Journal d’un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l’Afrique centrale, publié en 1830,  est l’œuvre de René Caillié, « le premier occidental à être revenu de Tombouctou ». Il est né le 19 novembre 1799 à Mauzé-sur-le-Mignon.

La Pène Oubac

TRA, et LGF in extremis, ont rejoint Hibou Bleu et TRS en trouvant à leur tour la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations à tous les quatre !

Il fallait trouver la Pène Oubac à Asté (Hautes-Pyrénées, cf. wiki) :

Aste-Beon

Plus précisément, la Pène Oubac, qui culmine à 1371 m, se trouve ici :

Pène Oubac

ou encore ici, sur une carte mentionnant les limites communales qui montre bien la situation de la Pène Oubac sur le territoire d’Asté :

Pene Oubac Géoportail

Pène, de l’occitan pena, désigne une pointe, un rocher escarpé, une crête de montagne, un rempart rocheux, voire une montagne plus ou moins pointue. Ce mot semble venir d’une racine gauloise, comme pennus, « pointu », et penis, « sommet », elle-même issue d’une base pré-indo-européenne *penn-. On le rapproche du vieil irlandais cenn, « tête », donnant le moderne ceann, du gallois et cornique pen, « tête, extrémité, sommet », du breton penn, « tête, extrémité, chef, origine », de l’espagnol peña, « rocher, montagne rocheuse » ou encore du valaisan penna, « pointe, sommet ». Ce mot a donné des toponymes en  penne comme La Penne (A.-Mar.) ou Lapenne (Ariège) et en pène comme la Pène Blanque, près du Tourmalet, ou la Pène Nère, près de Cauterets, toutes deux dans les Hautes Pyrénées, l’une « blanche » et l’autre « noire ». Sur le même radical sont formés les noms des Alpes Pennines ou de Penn Arlan, pointe de l’île d’Ouessant (Fin.) et de bien d’autres.

Oubac : on reconnait sans difficulté un dérivé du latin opacus, vu dans le précédent billet.

Pène Oubac

Photo trouvée sur ce site

Asté : le nom de la commune apparait pour la première en 1062 en complément de celui d’un personnage nommé Guilhermo de Aster ; on trouvera ensuite des formes en Ester (1140), Aste (1541) et enfin Asté sur la carte de Cassini. Selon Michel Grosclaude et Jean-François Le Nail (Dictionnaire toponymique des communes des Hautes-Pyrénées, 2000), ce nom, dont l’orthographe classique en occitan est Astèr, « dérive d’un fabricant de lances, de broches ou autres objets pointus (occitan ast) ». Aster, connu en territoire sud-gascon, est un équivalent du patronyme Astier (nord-gascon, auvergnat, provençal) que l’on donne pour rôtisseur ou forgeur de lances, sinon porteur de lance, homme d’armes. La topographie du village ne se prête en effet pas à une interprétation par le basque aitz/ast désignant une pierre, un rocher ou une pointe rocheuse. D’autre part, l’hypothèse d’une origine selon un nom d’homme latin Asterius ou Astarius s’explique mal par son absence dans les formes anciennes du nom et par une absence exceptionnelle de suffixe (Asterius et suffixe –acum ont ainsi donné Astariaci, l’Astarac, région du sud-est du Gers).

Les indices

■  ceux qui auront cliqué sur le lien renvoyant à la page wiki d’Asté auront pu découvrir les grottes de Médous et la famille de sculpteurs baroques fondée par Jean I Ferrère.

indice a 28 11 2021 ■ on aura reconnu sans difficulté, puisque c’est écrit dessus, saint Saturnin de Toulouse, auquel l’église d’Asté est dédiée.

 

 

 

 

indice a 30 11 2021  ■ cette plume devait faire penser à une penne et, par homonymie, à une pène.

Les Gravanches (répàladev)

TRS le premier, suivi par Hibou Bleu, TRA puis LGF ont trouvé la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les quatre !

Il fallait trouver Les Gravanches, un lieu-dit au nord-est de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

Pour les nuls en géographie, je rappelle que Clermont-Ferrand, c’est là :

local clermont ferrand

Et Les Gravanches, c’est ici :

local Gravanches

Le toponyme est composé du celtique grava, « gravier, sable », accompagné du suffixe pré-celtique –inco avec la valeur de « lieu de » (A. Dauzat, La Toponymie française). La présence très ancienne de l’article pluriel montre que le mot était passé dans le langage courant, comme on le lit dans cet extrait de l’Inventaire-sommaire des archives départementales d’Indre-et-Loire antérieures à 1790 (page 165)

gravanches terres

Au XVIIIè siècle, on comptait deux gravanches à Clermont-Montferrand :

GRAVANCHES-CASSINI

Les Grandes et Petites Gravanches sur la carte de Cassini en 1777 (feuillet 52 – Clermont)

Les indices du dimanche

indice 2 26 09 2021  cette gravure de 1870 par Édouard Charton devait orienter les recherches vers une gare de triage de chemin de fer. Une première gare sur la ligne de Saint-Germain-des-Fossés à Nîmes-Courbessac, installée en 1882 au nord-est de Clermont-Ferrand, est devenue rapidement trop petite et a été remplacée en 1929 par la gare de triage des Gravanches. Je ne m’aperçois que maintenant qu’une liste des gares de triage disponible sur l’incontournable wiki permettait de trouver la réponse en quelques instants ! (une preuve, s’il en fallait, que je n’ai pas le réflexe wiki).

indice 1 26 09 2021 ce célèbre dessin de Caran d’Ache représentant la fin pour le moins mouvementée d’un dîner de famille devait faire penser au banquet qui a suivi l’inauguration de la statue de Vercingétorix place de Jaude à Clermont-Ferrand le 12 octobre 1903. Le banquet se tient aux Gravanches mais « l’abondance des convives est telle que la nourriture devient vite insuffisante et le repas se termine dans un total pugilat : assiettes et verres volent en éclats ». Qu’on en juge avec cet extrait d’un article publié dans L’avenir du Puy-de-Dôme et du Centre :

Screenshot 2021-09-30 at 16-38-46 5 Bib 4 - L'Avenir du Puy-de-Dôme et du Centre, 12 octobre 1903

 

indice b 26 09 2021  cette carte postale dessinée par Poulbot qui parlait du manque de munitions lors de la Première Guerre mondiale et appelait les chômeurs au patriotisme en fabriquant des armes devait faire penser aux obusières des Gravanches dites « munitionnettes ».

Les indices du mardi

■ le même toponyme existe, en provençal, aux Gravanchas de La Rochegiron (Alpes-de-Haute-Provence).

Gravanchas La Rochegiron

Les Gravanchas, lieu-dit non habité, non loin des Graves : plutôt graveleux, l’endroit !

■ le poisson d’eau douce aujourd’hui disparu est le Corégonus hiemalis, proche de la féra du Léman, appelée gravanche (chez Littré) et gravenche dans les dictionnaires modernes.

indice a 26 09 2021 cette locomotive sur une plaque tournante renvoyait à la gare de triage des Gravanches.

indice b 28 09 2021 ce tableau intitulé Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César (Lionel Royer, 1899 ) montrait Vercingétorix à cheval rappelant la statue équestre de Clermon-Ferrand inaugurée en 1903.

indice c 28 09 2021 cette photo montrait un dépôt de munitions pour faire penser aux munitionnettes.

Champhol et Muidorge (les répauxdev)

LGF a été le premier à me donner les bonnes réponses à mes deux dernières devinettes. Bravo! De son côté, TRA donne, juste à temps, une des deux réponses en commentaire sur le billet des indices …

Il fallait trouver Champhol, une petite ville eurélienne et Muidorge, un village isarien.

champhol

Champhol

Nous disposons, grâce au Dictionnaire topographique du département d’Eure-et-Loir de Lucien Merlet ( publié en 1861) de plusieurs formes anciennes du nom dont la première, datée de 986, est Campus Follis qui sera suivie en 1224 par Champfou : il s’agissait donc de désigner un champ où poussaient des herbes folles, sans doute la folle avoine (Avena fatua), donc un champ peu fertile.

Le qualificatif de follis attribué en 986, sans doute mal compris ou considéré comme peu valorisant, a donné lieu à des réinterprétations ultérieures. On trouve par exemple Campus Fauni en 1127 et Campus Faunus en 1154 qui ont été interprétés comme le « champ d’un faune », divinité champêtre, dans  Les noms de villes et de villages d’Eure-et-Loir, par l’abbé Guy Villette, (1917-1991) — qui donne la date, hélas non documentée, de 930 pour le nom de Campus Fauni. On trouve également Campus Folium en 1188 et Campus Folius en 1200, où le champ aurait été « feuillu » … Le nom de Champfol apparait en 1495 et celui de Champhol en 1736, en plein dans ce siècle où il était de bon ton de gréciser à tout-va à coups de ph et th

Le premier indice montrait tout simplement un champ de folle avoine

Wild oat / Avena fatua

L’église de Champhol est dédiée à saint Denis, céphalophore, et située à cinq kilomètres de la cathédrale de Chartres dont le bourdon est prénommé Marie.

Muidorge

Le Dictionnaire topographique du département de l’Oise d’Émile Lambert, publié en 1981, nous donne les deux  formes anciennes datées de 1157,  ecclesiam de Modio Ordei et Medio hordei, qui sont suivies de Muidorge dès 1224. On reconnait dans ces noms l’oïl mui, « mesure de capacité pour les grains et les liquides » qui a pris le sens  de « mesure agraire, étendue de terrain ensemencée avec un muid de grains », et orge.

Le premier indice montrait un récipient servant à la mesure des grains (je n’allais quand même pas vous montrer un muid !) :

indice b 31 01 21

L’église de Muidorge est dédiée à saint Lucien, un autre céphalophore, et située à quinze kilomètres de la cathédrale de Beauvais, détentrice du record du plus haut chœur gothique sous voûte du monde.

shadock

 

Monpazier (répàladev)

 

TRS est resté seul découvreur de la solution de ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver Monpazier en Dordogne, un village gardant fort bien le souvenir de la bastide du XIIIè siècle qui l’a précédé.

carte-administrative_dep-Monpazier-1000px

Le nom le plus ancien que nous en connaissons date de 1293 sous la forme castrum Montis Pazerii. Les deux premiers éléments castrum (cf. « château ») et montis (« mont, colline ») ne font pas difficulté. Le troisième élément pazerii correspond à l’occitan pazier ou pasier, « fonctionnaire établi pour veiller au maintien de la paix » ( Petit dictionnaire provençal-français, Emil Levy, Heideberg, 1923).

pasié TDF

 Trésor du Félibrige, F. Mistral, 1879-86

Le vieux français employait paisier ou paysier,  synonymes de paisor

paisier godefroy

paisor godefroy

Dictionnaire de l’ancien français, F.Godefroy, 1881

Au fil du temps, le Mont Pazier est devenu un Montpazier dans lequel le premier élément, mal compris, a perdu son -t pour aboutir au Monpazier actuel.

Notons, pour l’anecdote, la mauvaise transcription en Monrazier sur la carte de Cassini (feuillet 35, Sarlat, 1783), où on reconnait le plan rectangulaire de la bastide :

monrazier cassini

culdeco

Les indices (détordus)

■ le portrait :

BH1482 il fallait reconnaître Édouard Ier, roi d’Angleterre de 1272 à 1307. Sachant que le lieu qui faisait l’objet de la devinette se trouvait en France métropolitaine et qu’Édouard Ier était aussi duc d’Aquitaine, on pouvait, me semble-t-il, penser restreindre ses recherches à cette dernière région. En tapant sur un moteur de recherche les mots-clés : « Édouard Ier noms de lieux Aquitaine », la bastide de Monpazier apparait dans les premières réponses …

 

■ l’arme à feu :

indice b 29 11 20 il fallait reconnaitre un colt 45 modèle de 1873 dit peacemaker, « pacificateur ». Nous ne sommes pas loin du paiseur signalé par TRA dans son commentaire sur le précédent billet.  Un petit tour sur les dictionnaires ad hoc permettait, me semble-t-il, de trouver le paisor  et son équivalent pasié en langue d’oc.

La recherche sur Google de « toponymie fonctionnaire maintien de la paix » renvoie vers la Toponymie générale de la France d’Ernest Nègre et donne la solution.

 

■ la vidéo :

il s’agissait d’un extrait du film Le Capitan  d’André Hunebelle sorti en 1960. Nul besoin de se perdre dans les personnages ou le cheval (ah! sacré TRS et ses allusions, je suppose, à l’hippodrome de Marsalès, qui auront plus embrouillé le monde que mes indices prétendus « tordus »!) : un simple tour sur la page wikipedia consacrée au film permettait de découvrir que « la scène où l’on voit pour la première fois Cogolin sur une place de village fut tournée sur la place des Cornières à Monpazier en Dordogne ». What else ?

Du vocabulaire en blasons

Je poursuis l’exploration des blasons parlants en m’intéressant aujourd’hui à cinq d’entre eux qui seront l’occasion de découvrir ou redécouvrir quelques mots de notre vocabulaire.

Bretten

Ce village du Haut-Rhin possède un blason d’azur à la brette d’argent garnie d’or posée en pal, la pointe haute accostée de deux fers à cheval d’or.

BRETTEN-68

Une brette est une longue épée d’origine bretonne utilisée dans les duels. Le mot apparait au XVIè siècle pour désigner, par ellipse, une espée ou lame brette. Brette est le féminin de l’ancien français bret, « breton », issu d’un latin populaire *brittus, tiré du latin classique britto, -onis de même sens, appliqué aux Bretons des îles (de Grande-Bretagne) ou d’Armorique. La dénomination de cette épée demeure obscure. C’est d’elle que vient le nom du bretteur, celui qui se bat souvent à l’épée, qui aime ferrailler, rendu fameux par Cyrano :

Ce sont les cadets de Gascogne
De Carbon de Castel-Jaloux :
Bretteurs et menteurs sans vergogne,
Ce sont les cadets de Gascogne !
Parlant blason, lambel, bastogne,
Tous plus nobles que des filous,
Ce sont les cadets de Gascogne
De Carbon de Castel-Jaloux (…)

Si la brette figure au blason pour « parler », les fers à cheval sont là pour rappeler les forges qui faisaient autrefois vivre le village.

Bretten, connu comme Bratt en 1331 puis Bretten dès 1576, doit son nom à l’anthroponyme germanique Britto(n).

 

Chevillon

Les armes de ce village haut-marnais se blasonnent, de manière compliquée, ainsi :  Parti : au premier d’azur aux broyes d’or liées par deux d’argent, les couples posés en fasce rangées en pal, au chef aussi d’argent au lion issant de gueules, au second de gueules à la grappe de raisin feuillée d’or accompagnée de trois billettes d’argent.

CHEVILLON-52

Selon certains, ces armes seraient parlantes dans la mesure où les billettes représenteraient des chevilles de bois. Néanmoins, ce sens n’est pas donné par les dictionnaires qui parlent plutôt d’un morceau de bois, diminutif de « bille », et de son sens purement  héraldique de « meuble en forme de carré allongé, posé perpendiculairement. Lorsque la billette est posée horizontalement, elle est dite couchée. On trouve des billettes posées de biais et percées en rond.»

Quant aux broyes, que plusieurs auteurs appellent des morailles, instrument des maréchaux-ferrants servant à serrer le nez des chevaux qu’ils doivent ferrer, il est plus vraisemblable que ce soient des pièces destinées à broyer une substance quelconque, et que c’est de là qu’elles ont été nommées broyes ou broies.

La grappe de raisin est une allusion aux vignes qui furent plantées là au XIXè siècle et qui sont aujourd’hui, pour l’essentiel, en friche.

Le nom du village, altaria Cavillonis en 1131, est issu de l’anthroponyme latin Cavilius accompagné du suffixe -onem.

Correns

Ce village varois possède des armes blasonnées d’argent aux trois huchets d’azur.

CORRENS-83

Ces armes ne parlent qu’à celui qui sait qu’un huchet est un cor de chasse servant à appeler, un cornet de chasseur. Hucher est un verbe du vocabulaire cynégétique pour dire « appeler (quelqu’un) à haute voix ou en sifflant très fort ».

La forme la plus ancienne connue du nom de ce village est Correno en 920, dans laquelle on peut voir un pré-celtique *core à sens oronymique accompagné du suffixe gaulois –ndum (TGF*) ou bien la racine oronymique pré-indo-européenne *kor, variante de *kar, « pierre, rocher » (DNFLM*) accompagnée du suffixe (ligure?) inc-. Le village est situé sur une butte près de la rivière l’Argens.

Couffé

En Loire-Atlantique, cette commune est ainsi blasonnée : taillé au premier de sinople à la couffe d’or, au deuxième de gueules à deux clefs d’or passées en sautoir ; à la cotice en barre ondée d’argent brochant sur la partition ; au chef cousu d’azur chargé d’une croix cannelée d’argent.

COUFFE-44

C’est bien sûr la couffe qui est ici parlante. Une « couffe » désigne « un ample panier, flexible et résistant, servant à faire des balles pour le transport de produits variés ». Ce mot est d’origine provençale où couffo (attesté au XVè siècle), « grand cabas », est emprunté au bas-latin cophinus par l’intermédiaire de l’arabe qŭffă. Il s’est ensuite répandu en français central et a notamment désigné, dans la région qui nous intéresse, un panier de pêcheur de forme conique. Le mot « couffin » s’est formé et répandu de façon identique  à partir du même cophinus.

Attesté Coffe en 1287, ce nom est issu du nom de personne roman Cofius accompagné du suffixe -acum.

Estoublon

Les armes de ce village des Alpes-de-Haute-Provence sont blasonnées de gueules au griffon d’or tenant de ses pattes une gerbe du même.

ESTOUBLON-04

Ces armoiries ne parlent qu’en provençal par le terme estoublo, « champ moissonné encore couvert de chaume »,et son dérivé estoublon, « chaume, éteule », auquel il est fait allusion par la gerbe. Comme le français « éteule », ce mot est issu du bas latin stupula, variante de la forme classique stipula, « tige des céréales, chaume, paille », que l’on peut rapprocher de termes indo-européens signifiant « être raide, compact », comme le verbe stipare, « rendre raide, compact », le vieux slave stĭblĭc, le russe steblo, « tige de plante », etc.

Les formes anciennes Stuplonem castra (VIè siècle) et Stoblonum (1419) sont semble-t-il issues de ce provençal estoblon (DENLF*, TP*). Une autre hypothèse, sans doute un peu trop complexe, fait intervenir le latin stipulus, « ferme », complété par le suffixe diminutif -onem, « petite ferme », avec attraction de stabulum, « écurie », et du bas-latin stupula, « chaume » (TGF*).

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les dessins de blasons sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

herge-.-carte-double-tintin-point-d-interrogation_2069395

La devinette

Je vous propose de chercher le nom d’un village de France métropolitaine au blason parlant.

Ce nom, en seul mot monosyllabique d’origine pré-celtique à sens oronymique, est représenté sur le blason par un instrument à usage agricole dont le nom dans la langue régionale est homophone.

Cet indice devrait vous faciliter le travail :

indice 25 10 20

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Meisenthal (répàladev-bis)

Il est temps de donner la réponse à ma dernière devinette.

Il fallait trouver Meisenthal, un petit village mosellan qui s’enorgueillit de son ancienne verrerie et de son actuel Site verrier où on continue à souffler des boules de Noël.

carte-localisation-Meisenthal

Comme je l’écrivais mardi dernier, le nom de ce village avait déjà fait l’objet d’une devinette, dont la solution m’avait permis d’expliquer l’étymologie sans mystère : Meisenthal est « la vallée (thal) des mésanges (Meisen) ». Je précisais à propos de ces dernières :

Le petit oiseau doit son nom de mésange au francique meisinga , dérivé de l’ancien haut allemand meisa, « petit, menu » ( cf. allemand Meise, néerlandais mees), d’abord appliqué au merle. Le nom anglais de la mésange est tit (). Le nom latin de l’oiseau merops, lui-même issu du grec, n’est pas passé dans la langue française.

Tout parait si simple, si bucolique et charmant … sauf à y regarder de plus près. N’avez-vous pas vu le blason du village, « de gueules au gobelet de verre au naturel, chaussé d’hermines » ? Il est ainsi fait :

100px-Blason_Meisenthal.svg

et wiki explique : « Le nom de Meisenthal, considéré comme une déformation de Mäusenthal, est symbolisé par les hermines, et le mot thal (vallée) par la forme en V. Le gobelet et la couleur rouge rappellent l’industrie de la verrerie. »

Le village s’est en effet élevé autour d’une verrerie fondée vers 1704 et reconstruite en 1713 par les verriers de la Soucht. Le premier nom attesté, la Verrerie de Maizenthal date de 1751 et est suivi de Meysenthal en 1771 (dans le recueil des Ordonnances de Lorraine, VIII, 291).

Mise à jour 18/10/2020 à 10h00 après le commentaire de TRA à propos de Munsdhal/St.-Louis-la-Bitche :

Entre les deux est apparu le feuillet 161 de la carte de Cassini d’après des relevés effectués en 1755, 56 et 59 et éditée en 1765, sur lequel on trouve le nom de Meisendhal (et, plus au nord celui de Ce. de Munsdhal, avec Ce pour « cense », aujourd’hui Saint-Louis-en-Bitche).

MEISENTHAL

Carte de Cassini – Feuillet 161- Bitche -1765

Ce nom est confirmé à  la page 164 du Dictionnaire topographique du département de la Moselle  par M. de Bouteiller (Paris, 1874).

Cependant, si on poursuit la lecture du dictionnaire pré-cité, on trouve, après la forêt et le ruisseau, la vallée de Meisenthal dont on apprend alors qu’on l’appelait Vallis Murium en 1196 (dans la Charte de l’abbaye de Sturtzelbronn, citée par Dom Calmet dans son Histoire de la Lorraine en 7 volumes de 1745 à 1757).

J’émets l’hypothèse suivante : en 1704, cherchant un emplacement, les verriers ont choisi de s’installer dans la « vallée des rats ou des souris » (Vallis Murium) dont le nom avait été fidèlement traduit Mausenthal en dialecte lorrain, mal compris et transcrit Munsdhal sur la carte de Cassini. Ce nom étant jugé peu convenable, et surtout peu « vendeur » comme on dit maintenant, on a préféré le changer en Meisenthal en tordant un peu le cou à la vérité.

Quant aux hermines du blason, il s’agit sans doute là aussi d’une réfection a posteriori puisque le murium de vallis Murium est le génitif pluriel du latin mus, muris, « rat, souris », traduit par Maus en allemand. Il semble logique que s’il s’était agi de l’hermine (mus ponticus en latin), le nom aurait été traduit Wiesel ou Hermelin en allemand et n’aurait pas été suffisamment proche de Meise pour permettre le tour de passe-passe Mausen/Meisen, sans compter que l’hermine étant un animal plus que noble, on ne voit pas bien pourquoi on lui aurait préféré la mésange.

indice b 13 10 20

Résumé : de la « vallée aux souris » ou « aux rats » on a fait une « vallée aux mésanges » pour le toponyme et une « vallée aux hermines » pour l’héraldique.

Le côté positif de l’histoire c’est que les Val-Mésangeois et les Val-Mésangeoises ont échappé aux noms de Val-Souriceaux et Val-Souricettes.

PS : en étant un peu curieux, on fait connaissance (en tout cas, moi) avec un métier de la verrerie, le tiseur, chargé de chauffer le four, qui est appelé Schürer en allemand, prononcé localement Schirer d’où le nom de Schieresthal, un écart de Meisenthal.

cdl 1

Les indices

 

■ les boules de Noël :

indice c 11 10 20 présentée pour « deux menus indices » cette photo renvoyait, par la boule de Noël, à la verrerie de Meisenthal (pour l’histoire des boules de Noël, cf. la première répàladev) et, par les épines de sapin, aux Vosges (puisque Meisenthal, bien qu’en Moselle, est situé dans le parc naturel régional des Vosges du Nord). Un troisième indice était bien caché dans le « menu » qui est le sens étymologique du Meise allemand.

 

■ la coupe en verre :

indice b 11 10 20 à y regarder de moins près, cette petite coupe en forme d’oiseau en cristal de Sèvres aurait pu être une petite coupe en forme de mésange en cristal de Meisenthal.

 

■ la vidéo :

The Bronx bird watcher (Tit Willow) d’Allan Sherman était là avant tout par pure nostalgie de ma part et aussi parce qu’il y est question d’une mésange dès le premier vers : On a branch of a tree sat a little tomtit.