Les frères Zeno et la carte Zeno ( répàladev )

MiniPhasme puis  Puskas ont rejoint Un Intrus, LGF et TRS parmi les «   solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à tous ! ( Et si j’en oublie, qu’ils me pardonnent !)

Il fallait trouver le nom des frères Nicolò et Antonio Zeno et celui de la carte Zeno qui accompagne leur récit.

Édité en 1558 par un de leur descendant, également nommé Nicolò Zeno, cet ouvrage est un recueil de lettres prétendument écrites à la fin du XIVè s. par les deux frères et décrivant un voyage, commandité par un certain Zichmni, en Atlantique nord où ils faisaient part de la découverte de plusieurs îles et de terres aux habitants plus ou moins hostiles. Ce voyage n’a pourtant jamais eu lieu … L’ouvrage était accompagné d’une carte si bien faite et détaillée qu’elle fit longtemps autorité et certaines de ces îles apparurent encore sur des portulans et trompa les navigateurs pendant plus d’un siècle.

D’autres géographes et non des moindres, comme Mercator lui-même, firent apparaître par exemple Friesland sur leurs cartes

Sur cette carte du Pôle nord de Mercator, Friesland apparaît dans le médaillon en haut à gauche.

Pour plus de détail sur ces îles inventées de toutes pièces, on peut lire cet article à propos de Friesland ou un passage de cet ouvrage à propos d’Icaria.

De nombreux géographes et cartographes continuèrent à croire en l’existence de ce voyage et la découverte pré-colombienne du continent américain et ce jusqu’au moins au XVIIIès.

Mais quelle fut ma surprise quand je lus dans Les Explorateurs célèbres (éd.Mazenod, 1965 ) ces articulets concernant Zeno Nicolò qu’« une tempête jeta en 1380 sur les côtes de Frislande ( probablement les Féroé) où il  resta quatorze ans » et surtout Zeno Antonio:

frère du précédent, vint le rejoindre en Frislande. Ensemble, ils visitèrent les contrées autrefois découvertes par les Scandinaves. La relation de leur voyage a dû être connue de C. Colomb.

Cela, je le rappelle, a été publié en 1965 ! On savait pourtant déjà depuis longtemps que C. Colomb avait découvert l’Amérique en 1492, soit presque un siècle avant la publication du voyage des frères Zeno. C’est au contraire leur descendant qui connaissait les récits de C. Colomb et de ses successeurs, parmi lesquels Jean Cabot  et qui s’en est servi pour les lettres apocryphes et pour sa carte.

Les indices :

  • la photo :

Il s’agit de Roger Moore dans le rôle de Brett Sinclair de la série télévisée  Amicalement vôtre . Pourquoi lui ? Parce que  le commanditaire du voyage des Zeno, appelé par eux Zichmni, a été identifié comme Henry Sinclair, un comte écossais .

J’ai hésité à ne mettre comme indice que le générique de la série et je me suis dit que c’était trop tordu.

J’aurais pourtant dû suivre ma première idée puisque, selon les dires de la plupart de mes lecteurs, c’est cet indice qui leur a donné la solution.

  • la chanson de Maxime Le Forestier :

Mon frère … l’explication est désormais évidente.

  • le dessin :

Il s’agit de Mic Mac Adam, un détective écossais dont les aventures, en bandes dessinées, parurent d’abord dans Spirou.

Écossais en référence au comte Henry Sinclair, bien sûr.

Et Mic Mac, en référence aux amérindiens Micmacs que rencontra Jean Cabot en 1497 et avec lesquels on commerçait et dont on connaissait le langage et les toponymes, ce qui explique le nom de Drogeo donné à une île fictive de la carte Zeno. Certains se sont appuyés sur ce nom pour affirmer la véracité du voyage des Zeno. Or, Giovanni Caboto ( 1450 – 1498 ) était un navigateur vénitien : nul doute que Nicolò Zeno, le « faussaire », ait connu les Micmacs et au moins quelques uns de leurs mots.

  • la chanson de Julien Clerc :

Venise … l’explication est désormais évidente.

Les indices du mardi 10/04/2018

Un Intrus, LGF et TRS occupent, qu’ils en soient félicités, les premières places du podium de ma dernière devinette dont je rappelle l’énoncé :

Mais tout cela n’est rien à côté de la supercherie commise par celui qui publia les récits de deux de ses ancêtres où ils décrivaient la découverte de plusieurs contrées plus ou moins hospitalières, récits accompagnés d’une carte qui fit longtemps autorité pour la région concernée.

Il fallut attendre près d’un siècle pour qu’on s’aperçoive que les fameux ancêtres ne s’étaient en réalité guère éloignés de leur port d’attache et que tout avait été inventé par leur descendant.

De qui et de quoi parlè-je ?

Pour les autres, voici les indices du mardi

  • une chanson :

 

  • un dessin  mais deux indices :

  • une autre chanson :

… et

Toponymes imaginaires ( suite )

Je reviens sur les toponymes inventés de toutes pièces non pas par des auteurs de fiction dont c’est, par définition, le métier ( comme Lovecraft, Marcel Proust, etc.) mais de ceux mentionnés par des navigateurs, des explorateurs, des cartographes, etc. et qui ont été pris au sérieux pendant de très nombreuses années avant qu’on ne s’aperçoive de leur inexistence.

J’ai parlé ici de l’Île de Brésil en Atlantique, des Monts de Kong en Afrique, des Tumuc Humac en Guyane, de Polyglota en Mer Rouge, du Mont Iseran en Savoie, etc.

Une des plus grandes erreurs commises par des explorateurs fut de donner, en toute bonne foi puisqu’ils pensaient avoir fait le tour du Monde et n’imaginaient pas avoir découvert un nouveau continent, le nom d’Indes au continent américain et d’Indiens à ses habitants. La création du mot Amérindien dans le but de gommer l’erreur initiale ne fait que l’atténuer tandis que pré-Colombien a du mal à s’imposer, sans doute à cause de sa ressemblance avec un terme archéologique qui laisserait supposer leur disparition, ce qui est vrai pour certains mais pas pour tous. Pour bien faire, il faudrait redonner son propre nom à chaque « première  nation », ( on les connait quasiment toutes et certaines n’ont absolument rien à voir avec les autres, d’où l’absurdité d’un nom générique ) mais ce n’est pas gagné!

La devinette

Mais tout cela n’est rien à côté de la supercherie commise par celui qui publia les récits de deux de ses ancêtres où ils décrivaient la découverte de plusieurs contrées plus ou moins hospitalières, récits accompagnés d’une carte qui fit longtemps autorité pour la région concernée.

Il fallut attendre près d’un siècle pour qu’on s’aperçoive que les fameux ancêtres ne s’étaient en réalité guère éloignés de leur port d’attache et que tout avait été inventé par leur descendant.

De qui et de quoi parlè-je ?

Un indice ?

 

Polyglota ( répàladev)

Seul Un Intrus est venu à bout de ma dernière devinette. Félicitations !

Il fallait trouver Polyglota, une île de la mer Rouge dont on apprenait à se méfier en lisant le Liber monstrorum de diversis generibus du IXè siècle. Aurait vécu là la terrible tribu des Polyglottes, « qui parlent toutes les langues, paralysent de stupeur l’étranger de rencontre et peuvent ainsi le manger cru sur-le-champ » (cf. la page 11 de cet article ).

Les indices :

  • la carte :

Il s’agit d’une partie du planisphère de Nicolò de Caverio ( 1505 ) montrant distinctement la mer Rouge, où se serait située Polyglota.

  • l’italien :

l’affiche du film « Les Monstres » de Dino Risi, pour le Liber monstrorum.

  • le voltairien :

Il s’agit du docteur Pangloss, inspiré du précepteur de Candide de Voltaire, pour les Polyglottes.

De quelques lieux inexistants

Je reviens aujourd’hui sur des lieux particuliers que j’ai abordés dans un billet consacré aux monts de Kong, où je parlais aussi des Tumuc Humac.

Je veux parler ici de lieux mythiques qui ont été pris au sérieux, décrits, voire pour certains cartographiés, avant qu’on ne s’aperçoive de leur inexistence et non pas de toponymes de fiction que tout le monde sait avoir été inventés ( comme Balbec ou Gondor —  le grand écart est volontaire, bien sûr ).

Pour que l’existence de ces lieux ait pu être crédible, il fallait qu’ils soient difficilement accessibles, rendant ainsi compliquée la démonstration de leur inexistence. C’est la raison pour laquelle il s’agit le plus souvent de hautes montagnes ou d’îles.

Des îles montagnes inaccessibles

J’ai proposé jadis une devinette ( putain! une cinquantaine de devinettes par an pendant 8 ans, ça en fait au moins 400, non ? ) à propos d’une île imaginaire au mitan de l’Atlantique nommée Brasil

Depuis Pythagore, l’existence de Terres Australes censées équilibrer la planète dans son sens nord-sud, fut à l’origine de nombreuses spéculations, confortées par la découverte de l’Amérique censée l’équilibrer dans le sens est-ouest, jusqu’à ce que James Cook mette fin au mythe.

Un autre exemple ? Allez ! mais plus près de chez nous, alors !

Une montagne alpine, censée abriter la source de l’Isère, a été cartographiée, après six ans de repérages, excusez du peu !, en 1680 par Giovanni Tommaso Borgonio, sous le nom de Mont Iseran. Des géographes et même des ingénieurs des Mines lui firent confiance et allèrent jusqu’à la décrire  … avant qu’on ne s’aperçoive qu’elle n’existait pas, sans doute confondue avec d’autres sommets ou des cols bien moins élevés. Il aura fallu pour cela  attendre William Mathews, un des  premiers  alpinistes, qui mit fin au mythe en 1859.

Pourtant, Élisée Reclus,  « l’un des géographes les plus importants de son temps » ( dixit Hérodote ) sans doute trompé par les délais de traduction et d’édition, décrira encore en 1860 cette montagne comme « l’un des plus fiers sommets des Alpes, puisqu’elle s’élève à 4 046 m d’altitude ».

La devinette :

Un ouvrage fort ancien mettait en garde les éventuels voyageurs contre un endroit dont les habitants, profitant de facultés langagières hors du commun, les sidèreraient avant de les dévorer.

Comment s’appelait cet endroit ?

L’ indice :

 

 

Les monts de Kong ( répàladev )

TRS et Un Intrus ont rejoint Jacques C. sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette.

Il fallait trouver les monts de Kong, une chaine de montagnes imaginaire traversant l’Afrique d’est en ouest sur un millier de kilomètres à hauteur du 10è parallèle nord.

Elle eut une existence officielle depuis sa représentation sur une carte par James Rennel, un cartographe anglais, en 1798. Déformant volontairement les notes que Mungo Park, un jeune explorateur écossais, avait laissées après son exploration du cours du Niger, il imagina cette chaine de montagnes qui lui permettait de conforter sa thèse sur la ligne de partage des eaux entre le bassin du Niger au nord et le golfe de Guinée au sud.

La grande majorité des géographes prirent pour argent comptant cette mystification et la reproduisirent à leur tour dans leurs ouvrages et leurs cartes pendant près d’un siècle :

Carte de John Cary de 1805 faisant apparaître les Mountains of Kong (par 10° nord).

Il faudra attendre l’exploration du français Louis-Gustave Binger en 1888 pour que la supercherie soit enfin dévoilée.

James Rennel avait nommé ses monts d’après une ville qui existe réellement, elle. Il s’agit de Kong, aujourd’hui en Côte-d’Ivoire.

Arrivée de l’explorateur Binger à Kong en 1888 (gravure Édouard Riou)

Une tradition voudrait que Kong signifie « prince qui partage ».

Les indices :

  • la philatélie :

Jules Verne mentionne ces montagnes dans Robur le Conquérant en 1886, soit à peine deux ans avant leur disparition des cartes … « À l’horizon se profilaient confusément les monts Kong du royaume de Dahomey », lit-on ainsi  chapitre 12. Le Nautilus était là pour …  noyer le poisson.

  • le portrait :

Il s’agit de Samory Touré ( 1830 – 1898 ), farouche résistant à la colonisation française qui, dans sa fuite, pratiqua la politique de la terre brûlée et détruisit complètement la ville de Kong en 1897.

  • le gratte-ciel :

Vous aurez reconnu l’Empire State Building de New-York, rendu mondialement célèbre par le film King Kong

Le nom du gorille ne doit rien au hasard : il a été choisi en référence à… Kong !

  • la bande dessinée :

Cet épisode des aventures de Spirou et Fantasio, que j’avoue n’avoir pas lu, compte parmi ses personnages le major Pluchon-Park, un descendant de…  Mungo Park qui, à son corps défendant, ouvre et conclut cette devinette !

Les réponses aux devinettes

Mes dernières devinettes  n’ont pas été résolues — seul Un intrus a trouvé la réponse à la première d’entre elles.

Il fallait trouver shangaïer et Pranzanpourtongrad.

  • Shangaïer : De Shangaï, ancienne orthographe de Shanghaï, ville où allaient au XIXe siècle les marins européens et américains en partance depuis la côte ouest américaine. C’est dans les sous-sols de Portland ( Oregon) que des taverniers soûlaient des hommes pour les vendre comme esclaves à des maîtres d’équipage peu scrupuleux en partance pour Shanghaï, d’où la création de ce verbe. (À lire en anglais sur cette page .)  Le Dictionnaire de l’argot de Larousse explique que ce verbe a pris plus tard le sens d’« enivrer une femme pour la conduire sans qu’elle réagisse à accorder ses faveurs ».
Rue piétonne à Shangaï. Ça fait rêver, non?
Rue piétonne à Shangaï. Ça fait rêver, non?

Le brosseur m’ a proposé le joli honfleuriser et aussi havrer mais aucun des deux ne répond tout à fait à la devinette ( marins, filles et alcool).

  • Pranzanpourtongrad est une invention de Marc Escayrol, dans Mots et Grumots : « Le ministre russe de la Défense a décidé d’exiler les militaires qui ne sont pas à la hauteur de leur tâche dans une ville appelée Pranzanpourtongrad ». N.B. Marc Escayrol écrit bien, dans l’édition de 2003, « le  ministre de la Défense », et pas Vladimir Poutine.
     

Les indices :

Les filles du bord de mer ( Adamo ) : allusion limpide aux filles du port mais surtout — vous lisez un blog dédié à la toponymie! — à l’étymologie de Shangaï :, shàng   et , hǎi signifient littéralement « sur, au-dessus de » la « mer ».

John Kanaka :

Dans une taverne il s’est fait enrôler,
Par un bosco qui l’avait saoulé.

Tout est dit… mais John Kanaka savait-il qu’il s’était fait shangaïer ?

Les versions de cette chanson sont innombrables ( cf. votre moteur de recherche habituel) mais, outre celles, françaises, de Jean-Jacques Blanchard ou de Sacrée Bordée que j’ai déjà mises en lien, j’avoue ne pas détester celle de Dan Zanes, sans doute en raison de son côté … folk ?

 

Danil, Dimitri, Zeleni :
Danilovgrad ( Montenegro), Dimitrovgrad ( Russie, Serbie, Bulgarie), Zelenograd (Russie) pour vous envoyer vers des villes en grad et, si ça ne suffisait pas, il y avait Marie Laforêt. Ceci dit, je reconnais que c’était quasiment introuvable : il fallait avoir lu Mots et Grumots ( op.cit.) !