Les indices du mardi

Comme souvent, Un Intrus a été le premier et est encore le seul à avoir trouvé le verbe de ma dernière devinette. Le brosseur m’en a proposé deux autres qui auraient pu convenir mais il leur manque cette essentielle allusion à l’alcool.

Quant à la ville imaginaire, elle attend toujours son découvreur. Mais 610 occurrences seulement sur google, dont beaucoup se recopient les unes les autres, ne rend sans doute pas la chose facile.

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Les indices :

Le verbe à trouver est né à la fin des années 1850 dans les sous-sols d’un port états-unien pour désigner une pratique peu recommandable concernant de futurs marins et dont le sens fut étendu à des femmes. Il n’a rien à voir avec le nom de ce port mais avec celui d’un de ses quartiers.

Une chanson vous en dira sans doute plus sur le sens du verbe, pas sur son origine — soyez bien attentif aux paroles :

J’ai aussi cette version de « Sacrée bordée » qui fera, j’espère, plaisir à mes amis bretons mais dans laquelle le couplet essentiel à ma devinette n’est pas chanté ( auto-censure ?) :

Le nom de la ville imaginaire, celle où furent prétendument exilés des officiers incapables est dû à un écrivain français, catégorie humoriste.

Allez, je vous aide un peu, quand même : Danil, Dimitri, Zeleni … ( mais ni Anton, ni Ivan, ni Boris, que je sache, et encore moins moi!)

Allez, on s’offre un petit plaisir…! ( Ah! Ces yeux, mais ces yeux ! ). Vous reconnaîtrez dans le rôle des trois copains : Sacha Distel ( Sacha show oblige) mais aussi Jean Yanne et Serge Gainsbourg ! À l’époque, le fric n’avait pas encore tout corrompu …

Ah! Bon sang! C’était mieux avant, non?

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Antonomases, verbes et devinettes

De très nombreux toponymes sont à l’origine de noms communs ( par antonomase comme on dit quand on veut être précis) comme les noms de fromages ou de vins pour ne parler que des plus nombreux en France, mais les étoffes comme les pierres ou  les couleurs ne sont pas en reste !

Plus rares sont les toponymes qui ont donné naissance à un verbe.

Tout le monde, j’imagine, connaît « limoger », dérivé de Limoges, ville du centre de la France, où le généralissime Joffre assigna à résidence les officiers d’état-major qu’il avait relevés de leur commandement au début de la Première Guerre mondiale.

Je vous en propose quelques autres, sans doute moins connus :

  • hongrer : castrer un cheval, le rendre hongre, cet usage venant de Hongrie.

Castration CV

  • hongroyer : travailler le cuir avec de l’alun et du sel, comme le faisaient … les Hongrois, oui! bravo! vous avez bien deviné!
  • chiner : « Faire alterner des couleurs sur les fils de la chaîne de sorte qu’en les tissant se forme un dessin. » Du nom de la Chine où cette technique de tissage fut, dit-on,  inventée.
  • damasquiner : décorer un métal « vulgaire » par incrustation à froid de filets de métal « noble ». Du nom de Damas, importante ville commerciale au Moyen Âge, où ce procédé fut mis au point et d’où il conquit le monde.
  • damasser : tisser une étoffe monochrome ornée de dessins satinés. Du nom de … Damas, oui! bravo! vous avez bien deviné!
  • pavaner : alors, là, c’est un peu plus compliqué. La pavane était une danse de cour lente et majestueuse, très en vogue dans l’Europe des XVIè et XVIIè siècles et dans laquelle il était bienvenu de se montrer à son avantage . Son origine se trouve dans le nom de  l’italienne Padoue, en italien Padova, où elle serait née. Pavona signifie « originaire de Padoue », padouane. Une fausse étymologie rapprochant pavona du latin pavo, « paon », a fini par faire de « (se ) pavaner » un synonyme de « faire la roue ».
  • raguser : « trahir », du nom du duc de Raguse. Voyez  ici.

On pourrait ajouter à cette liste des verbes issus de noms de peuples comme :

  • anglaiser : « Sectionner les muscles abaisseurs de la queue d’un cheval afin qu’elle se tienne relevée » dans un simple but esthétique. Les Anglais avaient bien besoin de cela pour relever la queue de leurs étalons. Cette pratique est désormais interdite en France et, j’espère, ailleurs.

cheval anglaise

Je passe sur « franciser », « américaniser » et sur les autres verbes en -iser  issus de noms de peuples,* qui ne présentent aucun intérêt.

*de l’usage pertinent de la virgule …

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La devinette du dimanche consistera à trouver le nom d’une ville d’où est issu un verbe ayant trait aux marins et aux filles. Et donc un peu à l’alcool, aussi …

Un indice en chanson :

La devinette bonus, pour ceux qui résoudraient la précédente trop rapidement et pour départager les ex æquo, consistera à trouver le nom calembouresque d’une ville fictionnelle étrangère où, comme à Limoges, sont censés avoir été exilés des officiers tombés en disgrâce.

Montoscour ( réponse à la devinette)

Une fois de plus, Un Intrus est le seul à avoir donné la réponse à ma dernière devinette, qu’il en soit félicité !

Il fallait trouver Montoscour.

C’est dans une chanson de geste du XIVè siècle racontant la vie de Lion de Bourges que nous rencontrons cette ville — chanson qui est pour nombre de spécialistes la dernière du genre.

Il y est d’abord question de Monlusant ( « Mont Luisant » ), ville du roi de Sicile où le héros reçoit la main de Florentine, l’héritière du royaume. De retour de quelques aventures, il découvre sa ville dévastée, en ruines. Elle change alors de nom pour devenir Montoscour ( « Mont Obscur »).

Lion lieve sa main, de la Vierge honnoree

Va signant lez baron et la ville fermee

Qui estoit Monlusant per droit nom appellee.

Mais quant il revanrait malz serait atornee [ en piteux état ] ,

Car maison n’i arait qui ne soit enbrasee,

Ne haulte tour ne porte qui ne soit crevantee [ abattue ].

Pués li serait la ville de son nom remuee [changée, déchue ]

Et Montoscour serait per droit nom appellee.

Et encor, ceu dit on, est Montoscour clamee [appelée ],

Et est ung por de mer en Sezille [ Sicile] la lee [ large ].

( éd. Kibler, Picherit et Fenster, 1980 : I, 458-459, v. 14 742-14 749)  [ cf. Folios 71-80 ]

Lion de Bourges

Le héros, Lion ( ainsi nommé car, enfant abandonné par le duc Herpin de Bourges, il fut élevé par une lionne), après la quête de ses parents et quelques glorieuses victoires contre les Sarrasins, s’établit à Bourges où les héritiers de Herpin l’acceptent comme duc, d’où le Lion de Bourges.

Lion de Bougres-détail du vitrail

Le Bon Samaritain- Cathédrale de Bourges

Le changement de nom d’un lieu, comme parfois celui du héros, est un motif symbolique assez fréquent dans les épopées médiévales.

Les indices du mardi

La devinette de dimanche dernier n’a pas (encore ?) été résolue.

Cela ne m’étonne pas, vu que, par malice ( finasserie, roublardise, machiavélisme, le choix est vaste: demandez à TRS * !) je ne vous ai pas donné une précision importante : il s’agit d’une ville de fiction ! Elle apparaît dans une chanson considérée comme une des dernières dans son genre, même si quelques parodies ultérieures ont eu quelque succès.

Deuxième indice, en image :

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Mais n’oubliez pas l’indice publié dimanche !

Et

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P.S. Cette dernière image n’est pas un indice, juste un clin d’œil à ceux de mon âge, nourris télévisuellement à la pompe !

*Où est-il passé cestuy-là ?

Sous l'or, la devinette

Plusieurs d’entre mes lectrices et lecteurs* m’ont proposé, en réponse à une  devinette, des noms de villes en rapport avec l’or. Pour que les choses soient bien claires entre vous et moi, je reviens aujourd’hui sur ces toponymes. Je précise que je ne m’intéresse ici  qu’aux noms de communes métropolitaines : les micro-toponymes comme les toponymes ultra-marins sont bien trop nombreux!

Pline l’Ancien nous expliquait que les Gaulois appelaient talutum ( de talo, « le front » ) « un talus herbeux sous lequel se trouve une mine d’or à peu de profondeur » qui a donné son nom à Tallud-Sainte-Gemme ( Vendée) et à Le Tallud ( Deux-Sèvres, Talucium en 1300).

Il me plait de constater que les reliques de la vierge sont conservées à Vaux-le-Pénil
Il me plait de constater que les reliques de la vierge sont conservées à Vaux-le-Pénil

La majorité des toponymes français liés à l’or sont malgré tout issus du latin aurum.

  • avec la graphie latine conservée :

Auribail (H.-Gar.), Auribeau (Alp.-Mar.), Auribel ( Vaucl.) et Airvault ( Aurea vallis en 971, D.-Sèvres)  formés du génitif auri et d’une altération de val, sont des « vallées d’or » comme Aurimont (Gers) est un « mont d’or »L’Auribat désigne la vallée de l’Adour entre Préchacq et Mugron dans les Landes: c’est une ancienne aurea vallis, « vallée dorée ». Notons pour ces toponymes l’ordre déterminant-déterminé typiquement germanique qui permet de les fixer à une période postérieure au Vé siècle mais antérieure à la période carolingienne où l’ordre roman fut généralement rétabli sous la Loire, mais pas toujours au dessus …

Valaurie (Drôme), Valaury (Var), Vallauris ( Alpes-Mar.) et Vallloire (Sav.) sont des « vallées dorées » dont les noms ont donc été formés pendant ou après la période carolingienne.

Aurières (P.-de-D.) et Laurière (H.-Vienne) correspondent à l’occitan aurièra, « un des monticules artificiels, résultant des fouilles faites pour rechercher le minerai d’or ».

  • avec la graphie francisée :

Orbois ( Calv.) est un ancien Aureo Bosco, un « bois d’or » et Orchaise (L.-et-Ch.) une ancienne Oricasa, une « maison de l’or » ( celle d’un marchand d’or, d’un banquier ?).

Orvilliers (Yv.) vient d’aureum, « d’or » et villare, « ferme » ( même remarque que pour Orchaise).

Orival (Char., Seine-Mar. et Somme ), Orval (Cher et Manche), Orvault (Loire-Atl.), Orvaux (Eure), Orveau (Essonne) et Orveau-Bellesauve (Loiret, où Bellesauve est une bella sylva, « belle forêt») sont formés sur aurea, « d’or », et vallis, « vallée ».

Vous aurez remarqué dans ces derniers exemples l’ordre germanique qui vous permet, si vous avez tout lu, de les dater .

  • Attention! les faux amis  sont très nombreux :

Formés sur les noms propres Aurius comme pour Auriac ( Aude, Aveyr., Cant.), etc. ou Aurelius pour Aurillac (Cant.), Orly (Val-de-M.), Orléans ( Loiret, du nom des Aureliani, « ceux qui doivent la création de leur cité à Aurelius ») etc. ou comme Aurinius pour Orignac ( H.-Pyr.), etc.

Urus, ure ou aurochs
Urus, ure ou aurochs

Formés sur le vieux haut allemand uro, « urus », et bah, « ruisseau » : Orbais (Marne), Orbey ( H.-Rhin) ou sur le latin ursus, « ours » : Orcières (H.-Alpes), Lorcières ( Cant.), etc., sur le latin aura, «vent » : Aurel ( Drôme, Vaucluse), Auris (Isère), Auroux (Loz.), etc.

La vallée d’Aure — contrairement à l’Auribat pyrénéenne —  doit son nom à l’hydronyme pré-celtique *autura, avec l’accent sur l’antépénultième, qui a aussi donné son nom, par exemple, à l’ Eure et qui serait lui-même issu de l’association des hydronymes pré-celtiques *ab- et * atura -, connus individuellement par ailleurs.

Et il y en a bien d’autres !  J’attends vos questions dans les commentaires, si vous avez des doutes sur certains noms de communes que vous pensez liés à l’or — et qui le sont peut-être !

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Et, vous l’attendiez tous, voici la devinette :

Tout le monde connaît la région mythique nommée Eldorado, mais qui pourra me dire ( leveto@sfr.fr ) quelle ville tout aussi mythique porte un nom lui aussi directement relié à l’or ?

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* je veux bien faire la distinction entre « lecteurs »  et « lectrices  » pour respecter l’égalité entre les sexes. Néanmoins, cela me pose un nouveau problème : par lequel des deux noms sexués dois-je commencer mon adresse ? Si j’écris « lecteurs, lectrices » on peut me reprocher de mettre en avant les mâles et si j’écris l’inverse on me reprochera sans doute le contraire, comme je me suis vu reprocher de tenir ouverte une porte à une jeune femme encombrée d’une poussette : « Ouais, ben, ça va, ch’uis pas débile! », m’apostropha-t-elle . La galanterie est en effet désormais mal vue. Depuis cet épisode, quand une jeune femme, même accorte et souriante, tente de passer devant moi dans la queue à la caisse du supermarché au prétexte qu’elle n’ aurait que ça à payer et qu’elle doit récupérer son fils à la crèche, je lui dis non : je n’accepte plus aucun argument sexué. Fallait qu’elles réfléchissent avant!  😉

Que n’existe-t-il pas en français des mots neutres,vous savez?, ceux qui permettaient à Desproges de s’adresser  aux « Belges, Belges » tandis qu’il jonglait avec un humour qui serait aujourd’hui censuré :

Françaises, Français,
Belges, Belges,
Bougnoules, Bougnoules,
Fascistes de droite, Fascistes de gauche

Arthur ( le roi, pas madame)

Historia Regum Britanniæ, « Histoire des rois de Bretagne », un ouvrage écrit par Geoffroy de Monmouth vers 1135, est le point de départ du cycle arthurien.

On trouve dans les romans de ce cycle de nombreux noms de lieux ; certains d’entre eux sont des noms existants réellement tandis que d’autres semblent être inventés. Il est donc parfois difficile de faire la différence entre ce qui ressortit au fonds historique et ce qui ressortit au mythe.

Merlin et Viviane à Brocéliande
Merlin et Viviane à Brocéliande ( Gustave Doré)

Le premier de ces toponymes qui fait difficulté est bien sûr le nom  Brocéliande que l’on suppose, depuis Wace, (né peu après 1100 à Jersey et mort entre 1174 et 1183) correspondre à la forêt de Paimpont, tandis que Chrétien de Troyes ( né vers 1135 et mort entre 1181 et 1191) en fait une forêt d’outre-Manche.

On a vu dans ce nom, d’apparence romane, un dérivé de brosse, « brousse, broussaille » suivi de lande.

On trouve une forme bretonne ancienne, Brécilien, que l’on rapproche du nom  d’un lieu-dit  Bressilien à Paule ( Côtes-d’Armor) et de Bercelien à Plouer-sur-Rance ( id.) ce qui a permis de créer la légende d’une vaste forêt au centre de la Bretagne. Cette légende est cependant infirmée par les nombreux vestiges mégalithiques de la région qui attestent que le centre de la Bretagne était occupé et exploité — mais pas par le petit peuple de la nuit. Brécilien serait issu  de  bre (« colline », avec sans doute le sens de motte castrale) et du nom d’homme Silien.

Quelques toponymes ont, avec certitude, été créés après les romans de Chrétien de Troyes c’est-à-dire après 1180 et concernent plus particulièrement « le petit peuple de la nuit » : c’est le cas du Val-sans-Retour, de Folle-Pensée ou encore du château de Joyeuse-Garde à la Forest-Landerneau.

La fontaine de Barenton est une énigme étymologique qui a donné lieu à plusieurs hypothèses. Ses premiers noms attestés Berenton, Belenton ou Balenton on été rattachés au radical indo-européen bher-, « bouillonner » suivi du celtique  andon , « source »,  au pré-celtique bar, « sommet » ou encore au préfixe Bel- issu du nom du dieu Belenos. Une dernière hypothèse  rapproche ce nom de celui de Barenton dans la Manche et des Barenton-Bugny, B.-Cel et B.-sur-Serre dans  l’Aisne qui seraient issus du nom de personne latin Barus et double suffixe -ent-onem.

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Il est aussi plaisant de remarquer que certains des saints bretons ont une paronymie avec des personnages arthuriens dont ils héritent les qualités et les défauts.

Saint Quay, qui a donné son nom à Saint-Quay-Portrieux et à Saint-Quay-Perros (Finistère)  est ainsi assimilé au sénéchal Keu, un des Chevaliers de la Table ronde.

Saint-Pever (Finistère), noté Saint Bezver en 1444, a été assimilé à l’échanson Bédiver, un autre des Chevaliers, connu en gallois comme Bedwyr.

Le fondateur de la première abbaye de Quimperlé, saint Gurthiern, serait affilié au roi breton maudit Vortigern qui fit venir les Saxons en Grande-Bretagne au Vè siècle. Que je sache, il n’a pas laissé de toponyme.

Et, pour faire plaisir à TRS, deux chansons :

et

Cyrano

Je me suis demandé, après un titre pareil, s’il était bien nécessaire de poursuivre mais, tout bien réfléchi, je n’ai pas voulu faire trop court

Illustration de Claude Delaunay pour le Cyrano des éditions G.P. , Paris, s1957

Illustration de Claude Delaunay pour le Cyrano de Bergerac

publié aux éditions G.P. à Paris en 1957

Une interpellation de TRS sur le billet précédent, qui faisait référence à mon goût revendiqué de longue date pour le Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, m’a incité à faire ce que je remettais toujours à demain : étudier les patronymes des personnages, tant ils me semblaient tous avoir à faire avec la toponymie.

Mais d’abord, un petit rappel nostalgique et historique : de retour précipité du Brésil en 1964 pour cause d’un sale coup d’État, j’ai passé, avant de redescendre dans mon Midi chéri, quelques années à Paris où mes parents m’ont fait connaître les avantages de la capitale. Parmi ces derniers figurent les représentations de la Comédie française, auxquelles nous étions abonnés. C’est là que j’ai fait connaissance avec Cyrano sous les traits de Jean Piat :

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On n’a jamais fait mieux, selon moi.  La mise en scène en était si somptueuse que le prix des places avait été augmenté et que les abonnés durent s’acquitter d’un supplément : je pense que la guichetière doit encore se souvenir de la colère paternelle. J’ai découvert plus tard, grâce au VHS ( débrouillez-vous, les jeunes!), la version  antérieure de Daniel Sorano enregistrée pour la RTF ( débrouillez-vous, les jeunes !) que mon père portait aux nues mais que je trouve bien trop académique — ce qui est un comble pour ce drame, vous en conviendrez ! Néanmoins l’INA ( c’est bon pour tout le monde, là ?)  a fait son boulot (Ah! Galabru en Ragueneau!) en conservant cet enregistrement, mais rien ne remplacera pourtant dans ma mémoire — puisqu’il n’y a pas d’autre lieu d’archivage ! — ni mon Jean Piat ni l’architecture branlante de la scène du balcon, ni le carrosse de Ragueneau avec un vrai cheval qui crotta sur scène, ni les reniflements émus du public écoutant le galoubet etc. Et qu’on ne me parle surtout pas de Depardieu ou d’autres comédiens! Cyrano, c’est Jean Piat et qu’on ne revienne pas là-dessus.

Cela étant acquis, voici ce qu’il en est des patronymes ( pour faire simple, je me suis servi de la liste des personnages donnée par l’encyclopédie wiki. ) qui, mon intuition était bonne, ont à voir avec la toponymie :

Bergerac est une localité de Dordogne dont l’attestation la plus ancienne du nom,   Brageyrack en 1100, est due à la chancellerie anglaise, ce qui explique le -k- final. Comme pour  Bragayrac (H.-Gar.) il s’agit d’un dérivé du nom d’homme gallo-romain Bracarius accompagné  du suffixe classique -acum. Bracarius,est lui-même dérivé du gaulois braca, « braie »: il s’agissait probablement d’un fabricant de braies dont le sobriquet a servi à nommer d’abord l’atelier puis la localité elle-même. La métathèse interne à la première syllabe qui fait passer de Brageyrack à Bergerac est attestée depuis 1329, mais les deux formes cohabiteront encore quelques siècles puisqu’on trouvera encore Bregerat en 1608. Sachant que  le nom de la ville est toujours prononcé aujourd’hui bradzèyra en dialecte, on en déduit que  la métathèse n’est pas autochtone, mais due à … la chancellerie française.

Neuvillette : deux communes portent ce nom dont l’étymologie est transparente. La première, sarthoise, s’est appelée Nova vilula en 1125 ; la seconde, dans l’Aisne, était connue comme Nœufvillette en 1390. On peut ajouter La Neuvillette marnaise, Nova villa en 1182, qui se distingue dès 1682 par son article officiel sous la forme La Neufvillette.

 Guiche (La)  :  il s’agit d’un canton de Saône-et-Loire dont le nom  a une étymologie incertaine. Il pourrait s’agir, selon E.Nègre ( cf.Bibliographie), de l’oïl guige ou guiche au sens de «  courroie, ruban » pour rappeler la forme allongée du village ou bien, selon A.Dauzat & C. Rostaing (id.), d’un guichet  au sens de recoin, passage étroit.

Carbon de Castel-Jaloux : en un seul mot, Casteljaloux (Lot-et-G.) est un des plus jolis noms de lieux que je connaisse. Il faut bien sûr comprendre « jaloux » comme une épithète décrivant l’aspect supposé protégé, imprenable, jalousement conservé  du château. Connu  comme «  le château des Vandales » après les  Grandes invasions, il s’est appelé Castedgelos au moins dès 1242. Carbon n’existe pas tel quel mais on peut le rapprocher de Carbonne (H.-Gar.) qui doit son nom au latin carbo, « charbon » : il s’agissait d’un endroit où l’on faisait du charbon de bois.

Carte postale ancienne- Château de Jeanne d'Albret à Casteljaloux

Le Bret : aucune commune ne porte ce nom que l’on retrouve malgré tout dans certains micro-toponymes. L’anthroponyme est, lui, fréquent au sud de Lyon où il désignait celui qui venait de Bretagne : Bret était au Moyen Âge le cas-sujet de « Breton ».  En pays occitan, bret et breton ont aussi désigné le bègue, le baragouineur, etc.(cf. le Barbare ainsi nommé par les Grecs pour cause de mésentente) .

Cuigy : à rapprocher de Cuigy-en- Bray, Cogiacum en 1015, du nom propre romain Codius et suffixe -acum.

Lignière : plusieurs communes portent ce nom-là dans l’Aube, le Cher, l’Indre-et-Loir, le Loir-et-Cher, la Meuse et la Somme et bien d’autres portent un nom similaire avec une orthographe différente ou un déterminant distinctif. Il s’agit dans tous les cas d’un ancien  linarium, linaria, un « lieu où on cultive le lin ». Voilà, s’il en fallait encore, un exemple où la toponymie est utile à l’historien, au sociologue, à l’ethnologue … ou au simple curieux.

Valvert (De) : Edmond Rostand a pris des libertés avec l’orthographe officielle de Vauvert, une commune gardoise nommée Vallis viridis en 1308, la« vallée verte ».

Carte postale ancienne. Vauvert. Le café du Théâtre.
À quelle jeure donne-t-on Cyrano ?

Montfleury : plusieurs lieux-dits portent ce nom mais aucune commune. Il est composé du latin mons, « montagne, colline ou simple élévation de terrain » et de Floriacum du nom d’homme latin Florus et suffixe -acum.

Ragueneau : Comme pour le précédent, aucune commune ne porte ce nom mais quelques lieux-dits portent un nom formé sur la racine germanique ragin, « conseil », dont Ragueneau est un diminutif surtout connu en Vendée, dans l’Indre-et-Loire et dans la Nièvre.

Est-il nécessaire de parler de Roxane ? Il ne s’agit pas d’un toponyme… voyez wiki pour de plus amples informations.

Clap de fin :

Fin.