Le Pech de Cante-Couillon (répàladev)

Le moment est venu de vous livrer la réponse à ma dernière devinette.

Il fallait trouver le Pech de Cante-Couillon  à Villasavary, dans le canton de La Piège au Razès, dont le chef-lieu est Bram, dans le département de l’Aude.

local Villasavary

Pech de Cante-Couillon : on reconnait dans le premier élément de ce nom, pech, un dérivé du latin podium, « colline au sommet arrondi voire plat », étudié dans ce billet. Le nom Cante-Couillon qui a été donné à ce pech est une variante de « chante-coucou » vu dans le paragraphe  « Les autres » du billet intitulé Coleus, i.

Bien d’autres lieux portent un nom apparenté. Pour le Cante Couyon ou Cante Couyou (selon la
carte au 1/25000) des Salces (Loz.), on a la chance de posséder des formes anciennes : Cantacogul (1246) , Chantocogul(1250), Chantacogul(1261), Cantacogul(1270), Chantacogul (1307) Canta Coguol (1414)et enfin Chantacoguol (1445). Il s’agit bien d’un composé verbal dans lequel le nom occitan ancien du coucou, cogul, a évolué en couioul (F. Mistral) puis en Couyou, dans cette zone du Gévaudan où le -l final n’est plus prononcé. La graphie Couyon est une fausse régression graphique qui s’explique par le fait que, dans cette zone géographique, le –n final ne se prononce pas plus que le –l. Toujours dans cette même région, en Lozère, on trouve
Chante Couyon à Javols, Cante Couyon à La Canourgue, Chonte Couyon à Marchastel, Chonte Couyon à Arzenc-de-Randon, auxquels on peut ajouter Chonte Couyon à Rieutort-de-Randon.

Dans le nom du Pech de Cante-Couillon, si le passage de couioul à couyon peut être expliqué phonétiquement comme ci-dessus, il ne fait pas de doute que la paronymie avec « couillon » a eu sa part dans la formation du nouveau nom

Dan le Cantal, le lieu-dit Pescoujoul à Cézens,  était Péguoliouls (1614), Peucheryol (1633), Peuch-Coujol (1636), Puchcouyoul et Peuch-Couyoul (1649), Pécouyol (1650), Pecouyoul (1651), Peuch-Coujoul et Peuch-Coyol (1652), Peuchcoujol (1669), Puech-Couyoul (1671), Pecouniou (1673), Peucoyoul (XVIIè siècle) et enfin Peuxlogol, Pexcoyol et Pescojol (1855). Il s’agit, là aussi, d’un pech ou puech du coucou.

Villasavary : le nom de cette commune était Villare Severic en 1162, de l’occitan vilar, « hameau, village » accompagné du nom Savaric de son premier seigneur.

Bram :  le nom de cette commune était expliqué dans ce billet du 9 mai 2020. Il s’agissait d’un ancien eburo-magos, « marché de l’if ». Bram est le bureau centralisateur du canton de la Piège au Razès.

La Piège : ce petit pays aux contours flous est attesté in pago Tolosano … in ministerio ipsa Pudia en 969. Ce dernier nom est une déformation du pluriel podia du latin podium désignant de petites collines aplaties. Plutôt que vers pech, fréquent dans la région, il a évolué ici en piège, comme pour La Peige à Trèbes et La Pège à Albières, dans le même département.

Razès : le nom de ce pays était expliqué, avec d’autres, dans ce billet consacré au Sustantonès le 28 mars 2021.

CPA. Bram-route-de-fanjeaux

cdl 1

Les indices :

indice a 19 09 2022 ■ il fallait reconnaître dans cette pâtisserie un alléluia de Castelnaudary, censé restreindre la région où trouver le toponyme. (Je n’allais quand même pas vous montrer un cassoulet !).

indice a 20 09 2022_ ■ cette affiche était celle du film Farinelli de Gérard Corbiau, racontant la vie du célèbre castrat. La graphie inversée ǝɔıpuı  devait faire prendre ce nom pour le contraire de celui à trouver : un castrat qui chante vs un couillon qui chante …

indice b 20 09 2022  ■ Ah ben ! tiens, voilà la cassolette, pour le cassoulet de Castelnaudary, donc.

Le nom des îles françaises !

« Qu’est-ce que cela ? », vous entends-je vous interroger.

Eh bien! Cela est une excellente nouvelle – en tout cas pour moi.

Un livre sur lequel j’ai travaillé depuis ma prise de retraite, soit près de quatre ans, est désormais disponible à la souscription avant sa parution en librairie en février 2023.

Il s’agit du Dictionnaire étymologique des îles françaises, le premier de toute l’histoire de la toponymie (un index de près de 1500 noms étudiés), et je n’en suis pas peu fier !

Dictionnaire étymologque des îles françaises

Je vous laisse jeter un coup d’œil :

https://www.adverbum.fr/editions-desiris/claude-gantet/dictionnaire-etymologique-des-iles-francaises_5dq5v2q6mktm.html

Faites circuler !

Merci de votre attention.

les indices du mardi 20/09/2022

Attention ! Je serai absent jusqu’en début de semaine prochaine : il n’y aura donc pas de répàladev ni de billet d’ici là (au mieux mardi 27).

En attendant, puisque personne ne m’a encore donné de réponse à ma dernière devinette, je vous livre un peu avance le traditionnel billet du mardi soir avec :

■ cet ǝɔıpuı :

indice a 20 09 2022_

 

■ et cet autre :

indice b 20 09 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr

Ne soyez pas surpris si je ne réponds pas à vos courriers aussi promptement que d’habitude : je ne suis pas sûr de pouvoir lire mes mails si facilement.

D’ici là, bonne fin de semaine, et méfiez-vous des contrefaçons !

Coleus, i

En villégiature dans le Tarn-et-Garonne, un ami, qui connaît mon intérêt pour la toponymie, m’a fait part du fou rire qui égaya sa voiturée lorsqu’un panneau leur indiqua la Grande Couille, commune de Lavit (attention !, au féminin : Lavit). « D’où vient ce nom ? », me demanda-t-il.

Mon premier réflexe fut de lui faire relire mon article de fin d’année concernant la Couillade des Bourriques, dans lequel j’expliquais que Couillade est «  la francisation de l’occitan colhada, dérivé de col, lui-même issu du latin collum, « passage dans la montagne ». Ma réponse le laissa perplexe car, me fit-il judicieusement remarquer, l’endroit n’a rien d’un col de montagne :

Grande Couille

Alors ? Eh bien, me voilà parti à l’exploration des Couilles, Couillades et autres toponymes du même acabit (non, le t ne se prononce pas).

Première constatation : il y a beaucoup plus de formes de Couilles (si je puis dire) que ce à quoi je m’attendais.

La forme la plus représentée est sans doute cette Couillade. Elle est suivie par Couillard, et ses dérivés Couillarde, Couillarderie, Couillardière, etc. Viennent ensuite des Couille, Couillet, Couillère etc. et quelques autres variantes anecdotiques – dont des faux amis.

Comme on le verra, l’étymologie selon le latin vulgaire *colea , féminin du latin classique coleus, « testicule », si elle semble évidente pour certains de ces toponymes, n’est pas la seule possible : les paronymes sont nombreux d’où la difficulté parfois d’émettre une certitude sur le sens du toponyme.

Couillade

Je me contente de redonner ici l’étymologie de ces Couillades : « il s’agit de la francisation de l’occitan colhada, dérivé de col, lui-même issu du latin collum, « passage dans la montagne ». Le suffixe occitan –ada (du collectif latin –etum/-eta) sert ici à désigner les deux versants du col ».

Seize exemples, tous accompagnés d’un déterminant (cf. l’article déjà cité), apparaissent exclusivement en Ariège, Aude et Pyrénées-Orientales

Couillard

Il s’agit d’un nom de famille issu d’un sobriquet qui signifie littéralement « qui a de gros testicules », donnant crûment une idée des penchants sexuels de l’individu. Rappelons qu’un « couillard » était le nom donné dans nos campagnes à l’âne non châtré. Cependant, d’autres sens peuvent être associés à cette épithète, cf. notre actuel « couillon » . D’autre part, les surnoms donnés aux villageois avant la généralisation des noms de familles étaient destinés à différencier ceux qui portaient le même nom, en général chrétien ; ces surnoms n’étaient le plus souvent ni cruels ni injurieux mais étaient considérés comme « normaux » à l’époque et même parfois tendres : qui ne se souvient de ce « grand couillon » de Marius, comme l’appelait César dans la trilogie de Pagnol ?

On rencontre des toponymes du type Couillard ou Le(s) Couillards répartis sur tout le territoire et même une Couillarde à Cézan (Gers). Le Couillard à Terves (D.-Sèv.) était déjà attesté Le Moulin de Couillard en 1365 (le meunier ne faisait pas que dormir, donc). Notons une Grande et une Petite Couillarde à Lajoux (Ain), L’Ouche Couillard à Mignerette (Loiret, avec ouche, « parcelle cultivée proche de la maison, potager », du gaulois olca, « labour ») et un irrésistible Mont Couillard à la Veuve (Marne).

Les dérivés en –erie ou ière, indiquant la propriété d’un certain Couillard se retrouvent dans la Manche et l’Orne, comme pour la Couillarderie à Pirou (Manche) ou la Couillardière à Rânes (Orne). Nul doute que les Couillardais à Missilliac (L.-Atl.) aient le même sens.

Enfin, l’étymologie du nom du lieu-dit Couillarsut (parfois orthographié Couillarçut) à Arette (P.-A.) est obscure. N’ayant pas réussi à en percer le secret, j’ai renoncé à en faire la devinette du jour.

Couille

Gardant le meilleur pour la fin – et donc la réponse à mon ami (vous vous souvenez ?) – je m’attaque enfin aux Couille (si je puis dire).

Ce toponyme n’apparaît tel quel qu’à de très rares exemplaires (mais plus d’une paire, quand même) : Couille à Montsaunès (H.-G.), la Couille à Mascaras et à Goulz (Gers), la Grande Couille à Sabonnères (H.-G.) et à Lavit (T.-et-G.) et la Noire Couille à Oisy (Nord).

Si j’en reviens à ma Grande Couille (si je puis dire) de Lavit, je constate que le nom était déjà mentionné ainsi sur la carte de Cassini, avec sa pendante (si je puis dire) Petite Couille, aujourd’hui disparue (ce qui faisait une belle paire) ainsi qu’un Couillet Haut :

LAVIT

(carte de Cassini -Feuillet 37 – Montauban -1777)

Ce diminutif Couillet se retrouve à une quinzaine d’exemplaires, dont six dans les Landes avec un redondant Petit Couillet à Lagrange. On trouve un féminin Couillette à Mauvaisin-de-Sainte-Croix (Ariège), un Bosquet Couillette à Sains-en-Amiénois (Somme) et plusieurs Couilline comme à Villandraut (Gir.)

L’étymologie la plus probable pour ces toponymes est celle du latin collis, « colline, coteau » ou, comme pour les Couillades dérivées de collum, il pourrait s’agir d’un petit passage entre deux collines. Une autre hypothèse, pour les Couillet du Sud-Ouest, fait état d’un dérivé colh, attesté en Armagnac, du gascon conh, « coin ».

Mais, notamment pour les Couillet du Midi, il peut s’agir là aussi d’un nom de famille issu de l’occitan couiet, coulhet, coulheto que F. Mistral (Trésor du Félibrige) définit comme « familier : bonhomme, sot, sotte », ajoutant les variantes euphémiques couièti, couiòti, couiòssi. Cf. là aussi ce que j’écrivais à propos de Couillard comme surnom.

La première hypothèse semble confirmée par des toponymes du type Couillère à Affléville (M.-et-M.), le Bois des Couillères à Lacour-d’Arcenay (C.-d’Or), les Couillères à Champier (Is.) qui sont issus du roman couliera, « ensemble de collines » – auxquels on peut sans doute ajouter Couilleuse à Saint-laurent-Nouan (L.-et-C.), avec un autre suffixe collectif.

Cependant, pour certains d’entre eux en Île-de-France, je trouve le sens de « spongieux» pour le Pré Couillet (au pluriel Prés Couillets à Clos Fontaine, S.-et-M.) dans la Toponymie en Seine-et-Marne de Paul Bailly (1989) qui pourrait s’appliquer à des Couillé (à Vaiges, May., etc) – mais sans que ce sens ne soit nulle part ailleurs signalé.

Enfin, l’hypothèse d’un anthroponyme n’est pas exclue pour certaines variantes comme pour Couillerie à Vazerac (T.-et-G.), Couilleron à Mauléon-d’Armagnac (Gers), Couillery à Coulonges-sur-Sarthe (Orne), et est certaine pour Chez Couillebeau à Moulidars (Char., mes compliments à Madame), Chez Couillandeau à Moutiers (Ch.-Mar.) et Chez Couillaud à Chatain (Vienne). A. Dauzat donne pour certains de ces anthroponymes une étymologie selon le latin culeum, « petit sac de cuir », pour désigner un fabricant ou un marchand de tels sacs.

Question sobriquet, on trouve le Roc du Couillon au Bugue (Dord.), le Couillonné à Passais (Orne), les Couillons de Tomé à Perros-Guirrec (C.-d’A.) et un Rayon Marc Couillon à Sorel (Somme). Chacun de ces toponymes mériterait une étude particulière pour en découvrir le sens exact.

Et que dire du Cascouillet à Boulogne-sur-Gesse (H.-G.), qui aurait pu faire l’objet d’une devinette si j’avais eu une certitude sur son étymologie ? Un composé d’une racine *kas, variante de * kar, « pierre » et couillet, « petite colline » ou plus simplement un sobriquet pour un personnage particulièrement ennuyeux ?

CPA Lavit

Les autres

Issu de la racine oronymique pré-indo-européenne *kuk, prolongée par le diminutif ulus, l’occitan a une forme coyol qui apparaît dans le Puech Couyoul à Montpeyrox (Hér.), dans le Roc Couillou à Fraissinet-de-Lozère (Loz.) et dans le Montcoyoul de Montredon-Labessonnié (Tarn, Montecucullo en 1358) rebaptisé en Mont-Roc pour cause d’interprétation péjorative donnée à coyoul. Cependant, il a pu y avoir télescopage avec le nom occitan du coucou, issu du latin cucullus, qui est appelé cogol, cocut ou encore coyol. C’est ce qui explique des noms comme Cante Couyoul  à Albefeuille la Garde (T.-et-G.), Combret (Av.), Grazac (Tarn), Quintillan (Aude), Ventenac (Ariège), Cante-Couyou à La Canourgue (Loz.), Cantecouyou aux Salces (Loz., attesté Cantacogul en 1246), Chantecouyou à Anglards-de-Saint-Flour (Cant.) et quelques autres comme le Pescoujoul à Cézens (Cant.) qui était Peuch-Couyoul en 1649, avec peuch dérivé de podium.

Le nom d’homme latin Colius est à l’origine de celui de Coueilles (H.-G., Colia villa), de Couilly-Pont-aux-Dames (S.-et-M., Coliacum en 853) et de quelques micro-toponymes similaires.

Il reste d’autres noms assez semblables, avec des suffixes variés qui n’apportent rien de plus et qu’il est inutile de tous citer ici.

Conclusion

S’agissant de « couilles », on ne pouvait s’attendre qu’à un sujet suffisamment complexe, mystérieux et sensible pour qu’on ne sache pas trop par quel bout les prendre.

Si je puis dire.

index

La devinette

Il vous faudra trouver un micro-toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour et désignant une hauteur toute relative comparée à ses voisines. Ce nom, qui peut être précédé d’un article, est composé de trois mots, d’une préposition et d’un trait d’union.

La commune où il est situé porte un nom, en un seul mot, incluant celui de son seigneur au XIIè siècle. Le nom de ce dernier est composé d’une racine germanique de sens obscur suivie d’un terme lui aussi germanique signifiant « puissant ».

Le chef-lieu du canton où se situe cette commune a fait l’objet d’une devinette il n’y a pas si longtemps, tandis que le nom du pays a été expliqué, avec celui de ses voisins, dans un billet il y a encore moins longtemps. D’où la difficulté à vous en dire plus à leur sujet sans trop vous faciliter le travail.

Allez !, un indice pour vous rapprocher de la solution :

indice a 19 09 2022

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Gratte-Ouasse (répàladev)

TRA, TRS et LGF sont les trois découvreurs de la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Gratte-Ouasse, un lieu dit de la commune de Bussy, dans le canton de Dun-sur-Auron, dans le département du Cher.

local Bussy

Gratte-Ouasse : le nom de ce lieu-dit est de création sans doute récente, puisqu’il n’est pas cité dans le Dictionnaire topographique du département du Cher (Hippolyte Boyer et Robert Latouche, 1926). On y reconnaît sans difficulté le verbe « gratter » (cf. le billet dédié) ici accompagné du terme ouasse, qui dans les patois du centre de la France (notamment en Berry, Nivernais et Sologne) désigne un corvidé, plus particulièrement la pie ou le corbeau.

ouasse DicoCapture

Glossaire du Centre de la France par M. le Comte Jaubert, 2è édition, 1864

Ce terme ouasse est une déformation régionale du nom agace ou agasse donné dès le XIè siècle à la pie. Il s’agit d’un mot venu de l’ancien haut allemand, restitué d’après le gotique reconstruit *agatja et attesté agaza au XIIIè siècle. L’ancien provençal agassa, de même origine et de même sens, est attesté au XIIè siècle et a sans doute influencé la forme française. Que ce soit en langue d’oïl ou en langue d’oc, le nom, sa prononciation et son écriture ont subi la paronymie du verbe « agacer » , à l’origine d’une étymologie populaire qui fait de la pie un oiseau qui agace.

Bussy : les formes anciennes Buthiacum (1183) ; Buci (1208) ; Buissi (1216) ; Buciacum (1234) ; Buxiacum (1246) ; Bucy (1249) ; Buxy (1319) ; Buxi (1368) ; Bussi (1469) renvoient à un nom d’homme latin Buccius accompagné du suffixe –acum. La page wiki consacrée aux homonymes en signale plus d’une quinzaine, mais tous n’ont pas la même étymologie, certains pouvant venir du latin buxum, « buis ».

le château de Bussy, ancienne propriété royale bâtie au début du XVè siècle, est curieusement surnommé le Bourg, un nom généralement attribué à une agglomération rurale plutôt qu’à un château.

Dun-sur-Auron : les formes anciennes In centena Dunensi (880) ; Dunum (1012) ; [Odo] de Duno (1102) ; Dunum regium (1205) ; Duni castellania (1175) ; Dunum regis (1284) ; Dum le Roy (1380) montrent que cette ville doit son nom au gaulois dūnum , « citadelle fortifiée ». Il est ici accompagné du nom de la rivière, l’Auron, laquelle était aqua…Otrionis en 855, de l’hydronyme pré-celtique *aut(u)ra accompagné du suffixe gaulois ou roman –onem. Ce suffixe a remplacé définitivement en 1880 l’ancien suffixe -le-Roi qui était dû à son appartenance au domaine royal après le don fait en 1100, avant de partir en Croisade, par le vicomte de Bourges au roi de France. (Vous imaginez ça, vous, Bernard Arnault donnant toutes ses richesses à la République avant d’aller se battre pour l’Ukraine ? Moi non plus.).

CPA-Dun-18-1

cdl 1

Les indices

indice a 11 09 2022 ■ Ceux qui ont des dessins (on dit bien « avoir des lettres » pour ceux qui ont lu de nombreux livres, pourquoi ne dirait-on pas « avoir des dessins » pour ceux qui ont lu de nombreuses bandes dessinées ?) se souviennent que la coupable du vol des bijoux de la Castafiore était la pie qui, comme le dit sa réputation proverbiale, est voleuse – on pourrait dire, en argot, qu’elle gratte.

indice a 13 09 2022 ■ Cette gravure de Buffon concernait les corvidés, dont la pie. Le même Buffon, dans son Histoire naturelle des oiseaux, mentionne les différents noms donnés à la pie, parmi lesquels ouasse.

indice b 13 09 2022 ■ Il fallait reconnaître l’écu de Jacques Cœur, célèbre négociant originaire de Bourges, donc du Berry.

Les indices du mardi 13/09/2022

Personne ne m’a encore donné la réponse à ma dernière devinette.

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra chercher le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine lié au mot du jour.

Ce toponyme concerne un animal dont le nom y est dit dans la langue traditionnelle régionale. En réalité, ce nom a pu désigner plusieurs espèces d’animaux d’une même famille, et s’ils sont tous gratteurs, c’est même, dans un sens, devenu proverbial pour l’un d’eux.

Il est situé dans une commune au nom classiquement formé de celui d’un homme latin accompagné du suffixe bien connu –acum. On compte deux communes parfaitement homonymes et une quinzaine d’autres portant le même nom accompagné d’un déterminant – sans compter une autre commune chez un de nos voisins.

Cette commune s’enorgueillit d’abriter un château du XVè siècle ayant appartenu au domaine royal et aujourd’hui propriété privée. Il est curieusement surnommé, par les habitants de la commune, de manière oxymorique.

Le chef-lieu du canton où est située cette commune porte un nom gaulois accompagné de celui de la rivière au nom pré-celtique.

Indice :

indice a 11 09 2022

et les traditionnels cadeaux indices du mardi :

■ pour le lieu-dit lui-même :

indice a 13 09 2022

■ pour la région :

indice b 13 09 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Gratte

Deux remarques préliminaires : 

— parti, comme d’habitude, pour un petit billet, me voici arrivé, comme souvent, avec un long billet ;

— ceux qui attendaient de la guitare vont être déçus.

Les animaux signalaient leur présence dans nos campagnes de différentes façons et nos aïeux ont parfois utilisé ces comportements pour nommer des lieux. On connaît par exemple les nombreux noms composés avec les verbes chanter ou pisser, mettant souvent en cause le loup mais aussi bien d’autres animaux.

Le verbe gratter a été lui-aussi mis à contribution, souvent avec des animaux qui ont l’habitude de gratter le sol, que ce soit pour marquer leur territoire, creuser leur tanière ou chercher de la nourriture. Mais, là aussi, ce verbe a été utilisé avec d’autres sujets ou compléments, de manière plus ou moins métaphorique.

Le loup

À tout seigneur, tout honneur, place au loup qui apparaît dans le nom de Grateloup-Saint-Gayrand (L.-et-G., Gratelou en 1272) et dans de très nombreux lieux-dits, écarts ou hameaux nommés Gratte-Loup et Gratteloup ou Grate-Loup et Grateloup, et plus rarement au pluriel à Gratte-Loups (à Eus, P.-O. etc.) et à Grateleux (à Amblainville, Oise). Les mêmes noms se retrouvent en pays de langue d’oc sous les formes Grataloup et Gratalou, ou encore Grattaleu (un lac à Peisey-Nancroix, Sav.)

La femelle n’est pas en reste qui apparaît dans des noms comme Grattelouve, Grateloube, Gratteloube ou encore Gratelaube (Saint-Ybard, Corrèze).

CPA-grateloup

Les autres animaux

Très nombreux sont les Gratte-Chien et Grattechien mais plus inattendus sont les Gratte-Chat (à Brossac et à Rouillac, Char. etc.) et Grattechat (Saint-Seurin-d’Uzet, Ch.-Mar.)

Les autres mammifères ne sont pas oubliés. On trouve ainsi des Gratte-Chèvre et Gratte-Chièvre (à Lain, Yonne), des Gratte-Conil (Les Mées, A.-de-H.-P. conil, « lapin ») et Gratte-Counils (à Sigean, Aude), un Gratte-Lapin (à Saint-Christophe-de-Double, Gir.), deux Gratte-Lièvre, un Gratte-Rat (à Fouquebrune, Char.). À Bruniquel (T.-et-G.) on trouve un Gratebiau où c’est le bœuf qui gratte à moins qu’il ne s’agisse d’une ancienne peausserie où l’on grattait le cuir de bœuf, un nom que l’on pourrait alors rapprocher de celui de Grattelard (à la Chapelle-Saint-Mesmin, Loiret).

Les oiseaux qui grattent la terre à la recherche de nourriture sont représentés par quelques Gratte-Galine, Gratte-Géline et Gratte-Coq, un Gratte-Jaud (à Seigné, Ch.-Mar., avec jal, « coq »), un Gratte-Poule (à Liffol-le-Grand, Vosges), un Gratte-Poulet (à Salles-d’Angle, Char.), un Gratte-Pigeon (Beauville, H.-G.) et, plus inattendus, un Gratte-Grue (à Pont-sur-Seine, Aube), un Gratte-Merle (à Saix, Tarn), un Gratte-Perdrix (à la Bastide-de-Sérou, Ariège), un Gratte-Perlic (Grazac, Tarn, avec perlic pour « perdrix ») et un Gratelause (Parisot, Tarn, avec l’occitan alausa, «alouette »). Pour ces derniers, qui ne sont pas particulièrement des gratteurs de terre, sans doute s’agit-il simplement de désigner un lieu de prédilection, une niche écologique de tel ou tel oiseau.

Plus inattendu encore, le Gratte-Grelet au Thou (Ch.-Mar.) avec le poitevin grelet, « grillon ».

Les êtres humains

Grattepanche (Somme) est une appellation ironique pour une terre ingrate de peu de rapport où le paysan n’avait plus qu’à se « frotter la panse » (panche en picard). On trouve le même nom pour Gratepanche (à Vandeuil, Oise) et un Bois de Gratte-Panche (à Ferrières, Oise). L’assimilation de l’un ou l’autre de ces lieux avec le Bratuspantium de César, où se soumirent les Bellovaques en 57 av. J.-C., est « insoutenable tant du point de vue historique que philologique » nous expliquait déjà Longnon (Les noms de lieux de la France, 1923) – mais la discussion est toujours ouverte.

CPA-grattepanche

Le sens proprement dit de gratter, provoquer des démangeaisons, apparaît au Bois de Gratte-Poil (Bussière-Galant, Hte-Vienne), au Bois de Gratte-Pel (Auberive, Hte.-Marne), au Bois de Gratte-Peau (Santery, V.-de-M.) et au Bois de Grattepoil (Lieusaint, S.-et-M.). Ajoutons un Gratte-Pied (Colombier-en-Brionnais, S.-et-L.), un Gratte-Dos (Asnières-lès-Dijon, C.-d’Or) et un Grattedos (à Villiers-les-Aprey, Hte.-Marne), un Gratte-Oreille (Saint-Martin-de-Benegoue, D.-Sèv. – dans le Centre de la France, un gratte-oreille était un chemin dans lequel on hésitait à s’engager par peur d’un danger quelconque, comme de s’y embourber : on se grattait l’oreille par hésitation ), un Grattequina (à Blanquefort, Gir. – avec l’occitan esquina, « échine, dos ») un Gratte-Teste (à Caumont-sur-Durance, Vauc.), un Grattecuisse (Chemiré-sur-Sarthe, M.-et-L.) un Grattejambe (à la Tour-en-Jarez, Loire), un Gratte-Cambe (Lebrei, Lot – gascon cambe, « jambe ») et Castelnaud-de-Gratecambe (L.-et-G.). Vous l’attendiez tous et, oui, il y a bien des Gratte-Cul (à Gron, Yonne) et un ruisseau Grattecul (à Coutenay, Is.) gratte-cul désignant le fruit de l’aubépine, du houx ou de l’églantier. Et gardons le meilleur pour la fin : le bois de Gratte-MerdeSepteuil, Yv.).

L’église de Notre-Dame-de-Gratemoine (Séranon, A.-Mar.) était quant à elle dite de Sainte-Marie Gradecamunne en 1060 (Cartulaire de Lérins), ecc. Ste Marie Gradecamunde en 1110-25 (ib.), Grasacamogna en 1274 (Pouillés d’Aix, Arles et Embrun) et enfin Grata Moyna en 1351 (ib.). Ce nom viendrait de grada camina, « le chemin qui monte », lit-on ici. On est en droit de se poser des questions : le latin vulgaire avait en effet *caminus pour « chemin » et gradus pour « pas » ou « degré », mais il s’agissait de deux noms masculins. L’explication donnée par un panneau signalétique sur place (et reprise par wiki) est encore plus tordue : il s’agirait d’une déformation progressive du latin  gradiva  qui signifie « degré » et   caminus  qui signifie « chemin ». Ces termes feraient allusion à la situation de l’édifice bâti sur le seul point élevé de la plaine. Outre que gradiva signifie « celle qui marche » et pas « degré », on se demande comment ce mot, qui aurait dû perdre son d intervocalique, serait passé à grata.  Je préfère m’en remettre à Charles Rostaing (Essai sur la toponymie de la Provence, 1950, réed. Laffitte Reprints, 1973) qui voit dans la première partie de ce nom un dérivé en *gr-at(a), de la racine pré-indo-européenne *gar, « roche, caillou » (cf. le paragraphe suivant) et dans la deuxième partie la racine pré-indo-européenne à valeur oronymique *kam accompagnée d’un suffixe donnant *kam-unna/*kam-onna. Il rapproche ce dernier nom, justifié par la localisation du site à plus de 1000 m d’altitude, de celui des Cammunni ou Comoni, peuple réto-ligure, de Camundus qui désignait en 739 une ancienne localité de la Maurienne et de Camagna Monferrato, localité italienne du Piémont. Il ajoute, en note de bas de page : « Gratemoine est dû à un calembour que l’irrespect dont il témoigne à l’égard des moines peut faire dater du Moyen Âge ».

Signalons aussi un Gratte-Moine (Saint-Jean-d’Angély, Ch.-Mar.) sans explication convaincante. Il s’agissait du nom d’un monolithe sur lequel on disait peut-être que les moines venaient s’y gratter le dos.

Gratte employé seul

Le terme Gratte apparaît aussi seul dans quelques toponymes répartis sur tout le territoire sans qu’on soit bien sûr du sens à lui donner. E. Nègre signale par exemple le sens de « claie » en langue d’oïl, d’où le sens de « claie en pente » qu’il donne à Gratepanse ou Grattepanche vus plus haut. En région de langue d’oc, le terme grata désignait un terrain pierreux (en Aveyron, la grata est le nom d’un grès dur et siliceux) d’où la plaine de la Gratte à Clapiers (Hér.), La Gratade à Castanet (AV.), le Gratet (Saint-Martin-de-Londres, Hér.), la Gratisse (Marvejols, Loz.), etc.

Si on admet pour gratte le sens de « terrain rocailleux » (pré-indo-européen *gr-at(a), cf. le paragraphe précédent), alors le nom Gratecambe vu plus haut a pu être décrit (B. Boirye-Fénié, Dictionnaire toponymique des communes – Lot-et-Garonne, éd. Cairn, 2012) comme composé avec le gaulois camb-, « courbe », qui décrirait la forme arrondie de l’éperon rocheux sur lequel Castelnaud-de-Gratecambe est bâti, ce que la topographie des lieux est pourtant loin de confirmer.

Avec l’épithète occitane mala, on rencontre les noms Malagrate (Malons-et-Elze, Gard) et Malagratte (Prades, Loz. ; Saint-Étienne-de-Lugdarès, Ardèche) qui s’appliquent à la stérilité de la pierraille, des rochers et des galets. À ces noms répondent, en pays d’oïl, les Malgratte (àThénezay et à D’Assais-les-Jumeaux, D.-Sèv.), Maugrat (Saint-Amand-de-Boixe, Char.), la Maugratée (Saint-Gourgon, L.-et-C.), etc.

Les autres

Le travail du paysan était mis en valeur à l’Ancien Moulin de Gratte Paille (à Neussargues-Moissac, Cantal), à Gratte Paille (à Conchez, Eure), à Grattepaille (à Saint-Préjet-Amandon, H.-L.), à Grate Pailles (à Cruéjols, Av.), à la Grattepaillère (Coulonges-les-Sablons, Orne) qui désignaient l’aire à dépiquer ou le champ de blé. Le gratte-paille est aussi un des noms donnés à la fauvette d’hiver ou mouchet, mais on voit mal le nom de ce petit oiseau passé à tant de toponymes.

Le paysan sarclait la terre à Gratte-Champ (Freycenet-la-Cuche, H.-L.), Grattecap (Blanquefort, Gir. avec cap pour « champ »), Gratacap (saint-Martin-de-Maurs, Cant.), Gratte-Sol (Saint-Arcons-d’Allier, H.-L.) et aux Champs-Grattez (Martigny-le-Comte, S.-et-L.).

Le nom de Gratte Bousse (Sigalens, Gir.) vient de bousse, « buisson » et celui de Gratte-Bruyère (Veyrières, Gir.) évoque la végétation du lieu. Quant aux Gratte-Semelle (Tarascon, B.-de-R. ; Chanceaux-sur-Choisille, I.-et-L. ; un versant de la colline de Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille), ils désignent des chemins caillouteux.

Le nom de Gratte-Denier (Mazeray, Ch.-Mar.) fait-il allusion à un champ à gratter pour quelques deniers ou bien à un individu plutôt près de ses sous ?

Des noms comme Gratte-Bourse (à Faye-d’Anjou, M.-et-L.) et Gratte-Gousset (à Chatuzange-le-Loubet, Drôme) font sans doute allusion à des endroits fréquentés par des voleurs à la tire. Mais que dire de ces autres noms qui peuvent donner lieu à diverses explications : Gratte-Fer (Grisy-les-plâtres, Val-d’Oise ; Nîmes, Gard), Gratte-Sac (Courgeon, Orne ; Voutré, May.), Gratte-Pierre (Saint-Michel, Aisne ; le Cheylard, Ardèche), Gratte-Sel (Villefollet, D.-Sèv.)et, plus étonnants, Gratte-Vieille (Préaux, Ardèche) et Grattechef (Angoville-sur-Ay, Manche).

Et les faux amis

Le nom de Gratentour (H.-G.) que Dauzat & Rostaing voyaient, sans en connaître les formes anciennes, comme une appellation ironique, gratte entour, pour un terrain ingrat, est en réalité un ancien Garatentorn (1428) soit un « (lieu) protégé, réservé » (occitan garat) « tout autour » (occitan entorn) selon E. Nègre.

Les noms de Gratibus (Somme) et de Gratot (Manche) sont issus de celui d’un nom d’homme germanique, Crato, et du norrois bu, « ferme », pour le premier ou du scandinave topt, de même sens, pour le second. Il existe d’autres noms semblables qu’il serait trop fastidieux (déjà que …) de passer en revue ici.

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

La devinette.

Il vous faudra chercher le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine lié au mot du jour.

Ce toponyme concerne un animal dont le nom y est dit dans la langue traditionnelle régionale. En réalité, ce nom a pu désigner plusieurs espèces d’animaux d’une même famille, et s’ils sont tous gratteurs, c’est même, dans un sens, devenu proverbial pour l’un d’eux.

Il est situé dans une commune au nom classiquement formé de celui d’un homme latin accompagné du suffixe bien connu –acum. On compte deux communes parfaitement homonymes et une quinzaine d’autres portant le même nom accompagné d’un déterminant – sans compter une autre commune chez un de nos voisins.

Cette commune s’enorgueillit d’abriter un château du XVè siècle ayant appartenu au domaine royal et aujourd’hui propriété privée. Il est curieusement surnommé, par les habitants de la commune, de manière oxymorique.

Le chef-lieu du canton où est située cette commune porte un nom gaulois accompagné de celui de la rivière au nom pré-celtique.

Un indice :

indice a 11 09 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Massifrotte (répàladev)

Personne n’est venu à bout de ma dernière devinette. C’est assez rare pour être souligné.

Il fallait trouver Massifrotte, un lieu-dit de Genneton, canton de Mauléon, dans les Deux-Sèvres, à la limite de l’Anjou et du Poitou.

local-Genneton

Massifrotte : ce lieu-dit est attesté dans le Dictionnaire topographique du département des Deux-Sèvres (Bélisaire Ledain, 1902), absent de la carte de Cassini mais écrit Massiffrotte sur la carte d’état-major de 1869 et sur les cartes de 1950. En l’absence de formes plus anciennes du nom, on ne peut que souscrire à l’explication donnée par  Jacques Duguet (Les noms de lieux dans la région Poitou-Charente : leur signification et leur histoire, éd. Rumeur des Âges, 1986) qui écrit :  » Massifrotte : type probable Mau s’y frotte, « mal à qui s’y frotte » ». Rien n’indique, dans l’histoire de la commune, qu’il y eut là un château particulièrement fortifié. Peut-être peut-on alors supposer la présence d’un propriétaire attentif à la protection de son domaine comme aux limites de ses terres qui aurait ainsi nommé sa demeure par bravoure ou que ses voisins auraient appelé ainsi après de mauvaises expériences ou par simple moquerie.

Genneton : attesté Geneston en 1300 puis Geneton en 1589, ce nom est basé sur celui du genêt, du latin ginesta. Dauzat & Rostaing (DENLF*), penchent pour une suffixation latine en –onem, tandis que Nègre (TGF*) y voit l’équivalent en langue d’oïl de l’occitan geneston, nom du genêt des teinturiers (Spartium junceum) qui est pourtant plutôt présent en vallée du Rhône et sur le pourtour méditerranéen.  Le genêt était cité dans ce billet à propos de l’algérienne Tizi Ouzou.

Maumusson :  Genneton abrite aussi un château de Maumusson, du « mauvais museau ». Ce toponyme était présent dans l’article consacré à la devinette. (sale caractère, les Gennetonnais !).

Genneton

Mauléon : le nom de cette localité était lui aussi cité dans l’article à l’origine de la devinette, d’où la difficulté d’en faire un indice, c’eut été trop facile ! Attestée Mauleon, « méchant lion », dès 1080, la ville sera appelée Châtillon-sur-Sèvre en 1736, en prenant le nom de la famille de Châtillon qui en reçut la jouissance. Le déterminant sur-Sèvre, destiné à différencier cette commune du berceau originel de la famille, Châtillon-sur-Marne, évoque la Sèvre Nantaise qui ne coule pourtant qu’à huit kilomètres de là. C’est en 1965, lors de la fusion avec Saint-Jouin-sous-Châtillon, que le nom primitif sera redonné à l’ensemble qui devint Mauléon.

Deux-Sèvres :  créé par décret de l’Assemblée nationale le 26 février 1790, le département tient son nom des deux principales rivières qui le traversent : la Sèvre Niortaise et la Sèvre Nantaise (qui passe donc à 8 km de Mauléon). Le nom de la Sèvre Niortaise est attesté tardivement Severa au Xè siècle, probablement formé sur la racine indo-européenne à l’origine de Sequana la Seine, *seik-, « verser, couler, ruisseler, tomber goutte à goutte » avec le suffixe hydronymique –ara. Le passage de k à p puis v est classique en gaulois. La distinction entre les deux rivières est signalée en 1644 par le géographe Coulon : « la Sèvre Nantoise ainsi nommée pour la discerner de la Sèvre Niortoise ».

Anjou : le nom du pays est attesté Andecava regio, ex Andecavo chez Grégoire de Tours en 573-94. Il s’agit d’une formation du Haut Moyen Âge sur le nom de la ville capitale, Andecavis (Angers).  Le nom de cette dernière est issu du nom du peuple des Andecavi, mentionné par Pline l’Ancien en 77. La forme française Anjou est attestée au XIIè siècle.

Poitou : le nom du pays est attesté Pectavum chez Grégoire de Tours en 575-94. Il s’agit d’une formation du haut Moyen Âge sur le nom du peuple gaulois des Pictavi, au singulier Pictavum. Le nom de Pictones donné à ces Gaulois par César au milieu du Ier siècle av. J.-C., subira un remplacement de son suffixe par le gaulois –avo, d’où le nom des Pictavi donné par Ammien Marcellin à la fin du IVè siècle. La forme française Poitou est attestée en 1267.

Les indices

indice a 04 09 2022 ■ il fallait reconnaître l’insigne du 26è régiment d’infanterie, initialement basé à Nancy dont il avait repris la devise « Qui s’y frotte s’y pique ».

indice b 04 09 2022 ■ extrait de l’Apprenti sorcier de Walt Disney, plus particulièrement la danse des balais. Du balai au genêt à balais …

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices du 06/09/2022

Sans doute un peu chiche en indices et peut-être aussi parce qu’elle concerne un lieu-dit peu visible sur la toile, ma dernière devinette est restée irrésolue.

En voici de nouveau l’énoncé :

Il vous faudra chercher et, pourquoi pas ?, trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui porte un nom censé avertir les éventuels assaillants ou maraudeurs qu’ils seront mal reçus.

Il s’agit, comme les premiers et les derniers toponymes du billet, d’un nom à composante verbale.

Rien ne laisse penser, ni historiquement ni topographiquement, qu’il s’agissait d’épouvanter d’éventuels ennemis. Il s’agissait sans doute plutôt d’une rodomontade ou d’une appellation donnée par des voisins moqueurs ou échaudés par une mauvaise expérience.

Le nom de la commune où se trouve ce lieu-dit est issu de celui d’une plante fort banale dans nos campagnes. Je m’aperçois à ce propos que je n’ai pas consacré de billet à cette plante, qui n’est étudiée dans mon blog que pour un toponyme d’Afrique du Nord.

Le nom du chef-lieu de canton ne servira pas à proposer un indice, pour une raison qui semblera évidente une fois découverte la réponse.

♦ un indice pour le lieu-dit

indice a 04 09 2022

♦ un indice pour la commune

indice b 04 09 2022

Et je rajoute ces quelques précisions :

■ sur la même commune se trouve un château dont le nom, qui n’est pas à composante verbale, est identique à un de ceux cités dans le billet.

■ la commune se trouve aux confins de deux provinces d’Ancien Régime qui doivent leurs noms aux Gaulois qui les habitaient.

■ avant de reprendre au XXè siècle son nom originel, le chef-lieu de canton en a longtemps porté un autre où il est question d’un petit bâtiment prétendument au bord d’une rivière qui ne passe pourtant qu’à huit kilomètres et qui participe au nom du département.

 

réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Attention !

In Stephanum, comitem de Albermala, qui solus adhuc resistebat, exercitum rex aggregavit, et in loco qui Vetus Rotomagus dicitur, castrum condore cepit, quod Mataputenam, id est devinces meretricem, pro despectu comitisse nuncupavit.

« Contre Étienne, comte d’Aumale, le seul qui résistait encore, le roi concentra son armée et au lieu dit Vieux Rouen fit construire un fort qu’il appela Mataputenam, c’est-à-dire le fléau de la prostituée, pour bafouer la comtesse susdite. »

C’est Orderic Vital (1075-1143), dans son Histoire ecclésiastique, qui nous informe ainsi que le roi d’Angleterre et duc de Normandie Henri Ier Beauclerc, luttant en 1119 contre le comte Étienne d’Aumale qui seul lui résistait encore, fit construire, dans le Vieux Rouen (aujourd’hui Vieux-Rouen-sur-Bresle), un fort qu’il nomma Mateputain, pour bafouer la comtesse (comme quoi il n’est pas nouveau de traiter de putain la copine de celui qu’on veut atteindre).

Emprunté à la langue du jeu d’échecs, le verbe « mater » exprime l’idée de vaincre, dompter. Il a été utilisé, au Moyen Âge, par tel ou tel seigneur pour baptiser son château en montrant sa volonté de dompter son voisin qui était alors qualifié de « félon », c’est-à-dire de « méchant, cruel, violent » plutôt que de « traître ». On connait ainsi les lieux-dits Matefélon à Charroux (Vienne, Mathefelon en 1559) et Matheflon à Seiches-sur-Loire (M.-et-L., même nom en 1040), ainsi que le château de Mateflon ou Mathefélon à Savigny-en-Véron (I.-et-L., Matefelo et Matefelun en 1100 : c‘est au début du XIè siècle que Foulques Nerra, comte d’Anjou, donna le domaine de Mathefélon à Hugues, chevalier manceau, pour y édifier un château fort et mater les vassaux rebelles). Plus énergique à l’égard du félon, on relève le nom de Torchefélon (Isère, Torchifelloni au XIIè siècle) et le lieu-dit Torchefélon à Saint-Benoît ( A.-de-H.-P.). À Villars-les-Dombes (Ain), le Dictionnaire topographique de l’Ain (Édouard Philippon, 1911) signale une localité détruite qui portait elle aussi le nom de Torchefélon, attesté par celui de son occupant Hugoninus de Torchifelou (1299-1369).

Torchefelon-cpa

Torchefélon (Isère)

Hors de France, Richard Cœur de Lion éleva vers 1189 une forteresse hors les murs de Messine pour se défendre contre les attaques des Grecs. Au Moyen Âge, ces derniers étaient souvent appelés Griffons, d’où le nom Mategriffon qu’il donna à sa forteresse.

Le nom de Matafelon-Granges (Ain, Mathafelon en 1291) fait l’objet d’une controverse. Dauzat&Rostaing (DENLF*) reprennent pour ce nom le sens de « qui mate le félon », appliqué à un château fort. Cependant, Ernest Nègre (TGF*), l’éternel contradicteur, préfère y voir, comme pour Matheflon (à Seiches-sur-Loire, M.-et-L.) l’oïl matefelon, mateflon, nom de la fougère ophioglosse, « langue de serpent ». Il est suivi en cela par Roger Brunet (TDT*), même si le fait de baptiser un château du nom, au singulier, d’une fougère, fût-elle vulnéraire, peut sembler étrange et même si d’autres châteaux ont été ainsi baptisés, on l’a vu, pour « mater l’ennemi ». Chacun se fera son opinion. Quant à elle, la légende locale raconte l’histoire d’un certain Maté le Félon, surnom d’un sinistre sire d’Oliferne (le pic et le château d’Oliferne existent bel et bien), qui se serait livré impunément au rapt des femmes et des jeunes filles, dont il se débarrassait ensuite en les enfermant dans des tonneaux qu’il jetait dans l’Ain. Il fut finalement vaincu par le seigneur du lieu.

Dans le même ordre d’idée, on peut rappeler une tour construite sur le vieux pont de Saintes (Ch.-Mar.) pour défendre l’entrée de la ville et qu’on avait baptisée Mau s’y frotte, soit « mal à qui s’y frotte ». Il en est fait mention dans un acte d’arbitrage daté du 31 mai 1244 qui restitua au chapitre certaines parties de la ville dont le gouverneur militaire avait pris possession : … de ponte Xanctonensi, de turre mau s’y frotte super prædictum pontem constructa. Elle est mentionnée dans un autre acte de la même année : Turris quœ vocatur mausifrote. Malgré son nom rébarbatif, cette tour n’avait pourtant pas empêché Louis IX, deux ans auparavant, de s’emparer de Saintes au lendemain de la bataille de Taillebourg en 1242.

Toujours dans le même but de prévenir les éventuels assaillants qu’ils allaient « tomber sur un bec », et même sur un mauvais bec, certains ont baptisé Maubec leur forteresse. C’est le cas de trois communes appelées Maubec (Is., Malubeccum en 1200 ; Vauc., Malbec en 1269 ; T.-et-G.) et de plusieurs lieux-dits.

CPA Maubec 84

Maubec (Vaucluse)

L’utilisation de mal comme épithète dissuasive propre à inspirer le respect voire la terreur se retrouve également dans des noms comme Maumusson (T.-et-G. ; L.-Atl.), Maumusson-Laguian (Gers) et Baliracq-Maumusson (P.-A.) avec le sens de « mauvais museau » ou encore dans celui de Malagayte, un hameau de Mazet-Saint-Voy (H.-L.) qui n’est pas un mauvais guet mais un guet susceptible d’inspirer de la méfiance aux ennemis qui s’en approcheraient. Le nom Marchastel (Cantal et Lozère), du latin malus, « mauvais » et castellum, « château », signalait non pas un château mal bâti ou tombé en ruines mais plutôt un château difficile à attaquer. Il n’est pas interdit d’envisager sous le même sens d’épithète martiale les composés de mal avec mont ou roque, quand ces appellatifs signalent la présence d’un château, mais il faudrait alors examiner tous ces lieux les uns après les autres (et les Malmont, Maumont, Roquemale etc.  sont trop nombreux ! ) pour en savoir davantage. La même réflexion peut se faire à propos de noms comme Mauléon (D.-Sèv.), Mauléon-Barousse (H.-P.), Mauléon-Licharre (P.-A., Malléon en 1276), Mauléon-d’Armagnac (Gers, Malum Leonem au XIIIè siècle), Malléon Ariège) et une vingtaine de noms de hameaux similaires qui ne sont certainement pas tous dus à des « rochers en forme de lion » comme l’écrivent Dauzat&Rostaing (DENLF*) et E. Nègre (TGF*) – c’est fou le nombre de rochers en forme de lion qu’il y aurait dans nos campagnes ! – mais représentent plus vraisemblablement des « méchants »  ou « redoutables lions », surnom du propriétaire des lieux, que ce surnom ait été auto-décerné ou donné par les voisins.

Enfin, plusieurs localités portent des noms mettant le voyageur ou l’éventuel assaillant en garde contre le mauvais accueil qui lui serait fait. C’est ainsi qu’on trouve des lieux-dits Prends-Toi-Garde (Ardèche ; Dord. ; P.-de-D. etc.), Prends-Y-Garde (Allier ; Char. ; Dord. etc), Prends-Tu-Garde (Ch.-Mar. ; Dord. etc.), Prends-Garde-à-Toi (Indre, à Saint-Michel-en-Brenne, où on aime l’opéra) et quelques autres. En domaine occitan, apparaissent des noms comme Printegarde (Ardèche ; Cantal) et Printigarde (Landes).

Vale.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

index

La devinette

Il vous faudra chercher et, pourquoi pas ?, trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui porte un nom censé avertir les éventuels assaillants ou maraudeurs qu’ils seront mal reçus.

Il s’agit, comme les premiers et les derniers toponymes du billet, d’un nom à composante verbale.

Rien ne laisse penser, ni historiquement ni topographiquement, qu’il s’agissait d’épouvanter d’éventuels ennemis. Il s’agissait sans doute plutôt d’une rodomontade ou d’une appellation donnée par des voisins moqueurs ou échaudés par une mauvaise expérience.

Le nom de la commune où se trouve ce lieu-dit est issu de celui d’une plante fort banale dans nos campagnes. Je m’aperçois à ce propos que je n’ai pas consacré de billet à cette plante, qui n’est étudiée dans mon blog que pour un toponyme d’Afrique du Nord.

Le nom du chef-lieu de canton ne servira pas à proposer un indice, pour une raison qui semblera évidente une fois découverte la réponse.

♦ un indice pour le lieu-dit

indice a 04 09 2022

♦ un indice pour la commune

indice b 04 09 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr