Bains, baignades et abreuvoirs

Le latin balneum, « bain », est à l’origine de nombreux toponymes en France, parmi lesquels il faut distinguer ceux qui désignent des installations de bains d’époque gallo-romaine du type Bagnères, Bagnol (e)s, Bagneux, etc. des formations plus récentes où les bains en question ne sont, le plus souvent, que de simples poins d’eau, des abreuvoirs ou des lieux humides

Parmi les plus réputées des stations thermales de l’Antiquité, nous pouvons citer Bagnères-de-Luchon (H.-Gar.) qui représente le latin Balnearia, « installation de bains ». Luchon est issu du dieu tutélaire des sources comme attesté sur de nombreuses inscriptions latines portant la dédicace Ilixoni deo. Le nom de Bagnères-de-Bigorre n’est, lui, attesté que depuis le XIIè siècle, tandis qu’un autel votif de l’époque romaine impériale appelait ses habitants vicani aquensium, « habitants des eaux » et qu’on trouve encore écrit à la même époque Aquae Convenarum, « eaux des Convènes ».

Le diminutif balneolum, désignant un « petit bain, petit établissement de bains », qu’il soit public ou privé, a été le plus productif en toponymie, sans que l’archéologie n’en apporte nécessairement la preuve irréfutable. C’est de ce diminutif que proviennent les noms de Bagneux, ( H.-de-Seine, Baniolum en 795 ), Bagneaux (Yonne, Baniolum en 872 ), Bagneux ( Marne, Baniola en 813 ), etc. Le suffixe -ittum vient renforcer la valeur diminutive dans Bagnolet ( S.-St-Denis, Baignoletum en 1272 ) ou Baignolet ( E.-et-L.). Dans le Midi, c’est la forme balneolas qui s’est imposée pour aboutir à *bagnol comme à Bagnols ( Var et P.-de-D.), Bagnols-sur-Cèze (Gard ), Bagnols-les-Bains ( Lozère, Aquae Calidae, « eaux chaudes » à l’époque carolingienne puis Banhols en 1352 ), ou encore Banyuls-sur-Mer et Banyuls-dels-Aspres (P.-O.), etc.

Bagnols-sur-Cèze

Le français « auge » au sens de « bassin, abreuvoir » est issu du latin alveus et est à l’origine de toponymes dont le sens exact n’est pas toujours facile à déterminer. Le sens de « cavité » appliqué à la topographie d’un village dans un creux, une vallée et celui de « prairie humide » ( cf. le bas latin augia ) sont probables dans les noms les plus anciens : Augès dans Mallefougasse-Augès ( Alpes-de-H.-P., de Augeto en 1274 ), Augerolles ( P.-de-D., Augerolie en 1392), Auge ( Creuse, Augia en 1331), Augères ( Creuse, Augeras vers 1110 ). Le dérivé franco-provençal ozd est à l’origine du nom de l’Aujon, affluent de l’Aube à Ville-sous-Ferté ( Aube ) et de l’Aujon, affluent de la Loire à Montrond-les-Bains ( Loire ). La Touque, qui se jette dans la Manche à Deauville ( Calv. ), était autrefois appelée l’Auge ( in Algia en 1207, in valle Augie en 1213 ) : disparu, l’hydronyme est toutefois resté comme nom de la région. Ces derniers exemples montrent un sens ancien d’alveus, « lit de cours d’eau ». Le sens de « bassin, abreuvoir, auge » ou de « lieu où on mène boire les bestiaux » est sans doute celui qu’on trouve dans les formations dialectales les plus récentes, comme les Augères (S.-et-L. et Indre ), Augères ( à Razès et Ssaint-Léonard-de-Noblat dans la Haute-Vienne), etc. Un autre dérivé dans le Centre et l’Ouest, aujou, est à l’origine du nom d’Aujols (Lot ) et de micro-toponymes du même type.

Le latin bacca, à rapprocher du celtique bacco, « auge, baquet », a donné quelques toponymes dans l’est de la France : La Bachasse ( à Ozolles, S.-et-L. et à Saint-Paul-en-Jarez, Loire ) et Les Bachasses ( à Cours-la-Ville, Rhône ) : il s’agissait vraisemblablement de désigner l’auge à bestiaux, l’abreuvoir. L’occitan bachàs a pu avoir un sens étendu à celui de « bassin, mare » qui explique le nom du Bachas, affluent de la Durance à Embrun ( H.-A.) et celui du col de Bachasson près de Romeyer ( Drôme ).

La devinette

Une des trois racines latines qui font l’objet du billet, au diminutif, est à l’origine du nom d’une commune française, au confluent de deux rivières, où fut inventé il y a un peu plus d’un siècle un procédé industriel qui fit sa renommée et sa prospérité. Quelle est cette ville ?

Un indice

… qui concerne aussi bien la ville que l’industrie qu’elle abrite.

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Pleine-Fougères et autres répàladev

La plupart des joueurs habituels ont trouvé les bonnes solutions aux dernières devinettes. Bravo à tous!

Il fallait trouver Pleine-Fougères, Clairefougère et Ronfeugerai.

Pleine-Fougères

Cette commune d’Ille-et-Villaine était appelée Plana Filicz en 1032, Plena Filgeria en 1086, Plana Fulgeria en 1186, Plène Fogère en 1245 et Plainne-Fougière en 1513 . On y reconnait l’adjectif latin plana, « plate », accompagné de filgeria, forme évoluée de filicaria, « lieu planté de fougères ». Il s’agissait donc à l’origine d’un terrain plat où poussaient des fougères. Notons que filgaria est au singulier : il s’agissait d’une fougeraie ou « fougère » ; par métonymie, le nom collectif est passé à la plante , ce qui explique le pluriel tardif au nom de Pleine-Fougères, compris comme « plaine à fougères » au lieu de « plate fougeraie ».

EPSON scanner Image

Les indices : le portrait de Lecomte de Lisle et l’icône de saint Samson de Dol étaient là pour rappeler que le poète est issu d’une famille normande dont un des ancêtres, nommé Le Conte, possédait une ferme au lieu-dit Lisle-Saint-Samson à Pleine-Fougères. Du Le Conte tout court au Lecomte-de-Lisle, l’histoire est racontée ici.

Clairefougère

Cette ancienne commune de l’Orne, fusionnée depuis 2015 ( et non depuis 2010 comme une confusion me l’ a fait écrire ) avec sa voisine dans Montsecret-Clairefougère apparait en 1133 sous la forme Clivefeugeriam. On reconnait dans le premier élément le norrois klif, « écueil, rocher », à l’origine de l’anglo-saxon et scandinave klif, « escarpement, falaise » : les fougères poussaient sur l’escarpement en haut duquel a été édifiée l’église paroissiale. Le nom a évolué vers Clara Filice ( attesté vers 1350) sans doute par l’attraction du germanique klipp, « clair », traduit en latin par clara. On notera pour finir qu’ici « fougère » est resté au singulier, respectant son sens originel d’endroit où poussent les fougères.

Il s’agissait là de la première réponse donnée à ma devinette par Brosseur. Bravo !

L’indice : l’affiche du film Cliffhanger pour le mot cliff, « falaise », qui rappelle le premier nom de la commune.

Ronfeugerai

Cette ancienne commune de l’Orne, aujourd’hui commune déléguée dans la commune nouvelle d’Athis-Val-de-Rouvre, doit son nom à l’oïl rond et fougeroi, « endroit où poussent les fougères ».

Il s’agissait là de la première proposition de TRA en réponse à ma devinette. Bravo!

L’indice : l’assiette décorée d’une couronne de fougères, pour le « rond de fougères ».

Les indices du mardi 13/08/2019

Brosseur, LGF et TRA ont résolu ma dernière devinette

Il fallait « chercher le nom d’une commune faisant état de la particularité physique du terrain où poussaient des fougères » en s’aidant de cet indice :

auquel je rajoute celui-ci :

Mais ce n’est pas fini !

Non content de trouver la réponse à laquelle je pensais, Brosseur me propose une autre solution sans lien avec les indices ci-dessus et tout à fait acceptable, bien qu’il s’agisse d’une commune fusionnée avec sa voisine depuis 2010, l’ensemble associant les deux noms.

Pour cette deuxième solution, je vous propose donc ce nouvel indice :

Mais ce n’est pas fini !

Non content de trouver la réponse à laquelle je pensais, TRA me propose une autre solution sans lien avec les indices ci-dessus et tout à fait acceptable bien qu’il s’agisse d’une commune fusionnée en 2016 dans un nouvel ensemble où on ne trouve plus son nom.

Pour cette troisième solution, je vous propose donc ce nouvel indice :

Fougères

Les fougères sont des végétaux caractéristiques des terrains vacants, friches et landes. Elles ont joué un grand rôle dans la nourriture des animaux, leur litière et comme fumure. On voyait encore, à la fin des années soixante dans les Hautes- Pyrénées, des fougères étalées autour de la maison afin de les piétiner en permanence pour en faire du fumier.

Le latin filix et son dérivé filicaria, d’où est issu « fougère » dont le premier sens est collectif, ont donné un grand nombre de toponymes sous différentes formes comme on peut le voir sur cette carte ( non exhaustive ) :

On aura remarqué que c’est dans les noms corses, Felce et Feliceto (H.-Corse ), que l’on reconnait le mieux le latin filix — même si Felzins ( Lot, avec suffixe -inum ) n’en est pas très loin.

En zone picarde, le son k de filicaria se maintient pour donner Feuquières ( Oise ) et d’autres comme Fouquerolles ( Oise ). En pays gascon, le passage habituel du -f- au -h– aboutit à Le Houga (Gers ) et d’autres noms comme Heugas ( Landes).

Pour le reste, on retrouve les suffixes habituels : -(i)ères ( latin -aria ), -olles ( diminutif latin -ola ), -et ( collectif latin -etum ) ainsi que -ay ou -ets ( acum, ce qui constitue un des rares cas où ce suffixe complète un nom végétal plutôt qu’un nom d’homme).

Le breton emploie radenec pour champ de « fougère, fougeraie », à l’origine du nom de Radenac ( Morb. ), Rédené ( Fin.) et Rannée ( I.-et-V.).

Dans le Sud-Ouest, l’équivalent est touya ou tuye, souvent un mélange de fougères et d’ajoncs, que l’on retrouve communément dans des micro-toponymes des Landes et des Pyrénées-Atlantiques sous les formes ( La ) Touja, Toujas, Toujan notamment dans le Gers.

Le basque a iratze, à l’origine de micro-toponymes comme Iratzea (« fougeraie » ) et des dérivés comme Iratzeburua ( bout ), Iratzehandia ( grand ), Iratzemendi ( mont ), Irati et la forêt d’Iraty ( oui, comme le fromage ! )

… avec un Pacherenc-du-Vic-Bilh !

J’en termine avec Matafelon-Granges ( Ain). L’hypothèse de Dauzat&Rostaing ( DENLF*) qui en fait un nom féodal, « qui mate le félon », appliqué à un château fort est sujette à discussion. Ernest Nègre ( TGF* ), l’éternel contradicteur, préfère y voir, comme pour Mateflon ( à Seiches, M.-et-L.) l’oïl matefelon, mateflon, nom de la fougère ophioglosse, « langue de serpent ». Il est suivi en cela par Roger Brunet ( TDT* ). Chacun se fera son opinion. Quant à elle, la légende locale raconte l’histoire d’un certain Maté le Félon, surnom d’un sinistre sire d’Oliferne ( le pic et le château d’Oliferne existent bel et bien ), qui se serait livré impunément au rapt des femmes et des jeunes filles, dont il se débarrassait ensuite en les enfermant dans des tonneaux qu’il jetait dans l’Ain. Il fut finalement vaincu par le seigneur du lieu.

Vous attendiez une devinette …

Je dois malheureusement renoncer à celle que j’avais prévu de soumettre à votre sagacité. Après des recherches approfondies, je constate que l’étymologie du toponyme en question est si controversée ( une sorte de querelle des Anciens et des Modernes …) qu’elle n’est pas tranchée, chacun avançant des arguments plutôt convaincants. J’y reviendrai sans doute dans un prochain billet.

Mise à jour du 12/08/2019 à 10h30 : … particularité physique du terrain …

En attendant, peut-être vous amuserez-vous à chercher le nom d’une commune faisant état de la particularité physique du terrain où poussaient des fougères.

Un indice, mais il ne faudra pas venir vous plaindre ! :

*Les abréviations en majuscule renvoient à la Bibliographie.

Pourrières ( répàladev )

TRA et LGF ont trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à eux!

Il fallait trouver Pourrières, une commune du Var. La première trace écrite de ce nom date de 1050 sous la forme de Porrerias, formée sur le latin porrus accompagné du suffixe habituel -aria. Il s’agit de l’équivalent occitan de l’oïl porrière, « lieu planté de poireaux ».

Le buste de Néron offert en indice faisait référence au surnom de porrophage donné à l’empereur.

Les autres étymologies

proposées par wikipedia et aussi, pour la première, par la mairie :

  • Campi putridi : la tradition locale fait état d’un charnier, un « ( champ ) pourri », consécutif à la bataille d’AixMarius écrasa les Cimbres et les Teutons en 102 av. J.-C. Aucun témoignage archéologique ni écrit ne viennent à l’appui de cette hypothèse et les premiers noms attestés ( Porrerias en 1050, Porreriis en 1145 ) ne sont pas compatibles avec putridi, notamment pour l’évolution vers la terminaison en -ières.
  • Podium reriis ( si un latiniste peut m’en dire plus sur ce reriis que je n’arrive à rattacher à rien de connu sauf à un reor hors sujet …) : la situation du village, « perché » sur un coteau dominant l’Arc, évoquerait un podium — ce mot « s’est appliqué, en toponymie, à une colline au sommet plutôt arrondi voire plat qui la différenciait du mons ». Les évolutions phonétiques de podium sont connues dans cette région : on y trouve des puy ( Puyloubier ), des pui ( Puimichel ), des pey ( Peynier, Peypin ) mais pas de pou. Le Pourcieux donné en exemple par wikipedia est un ancien Porcilis ( 1202 ) du latin porcus, « porc », et suffixe –ile et n’ a rien d’un podium ! C’est en Gironde qu’on trouve Le Pout qui a conservé une consomme terminale : si on tient à l’évolution de podium en pou, un podium reriis aurait dû évoluer vers *pou(d)-rie ou *pou(t)-rie, mais dans tous les cas la terminaison -ières ne s’expliquerait pas.

Mais bien entendu, porter un nom de « poireau » ne pouvait que heurter la fierté de Pourrières qui alla jusqu’à illustrer son blason d’une pyramide qui aurait été édifiée en l’honneur de Caius Marius.

Les autres réponses proposées par mes lecteurs :

  • Saint-Martin-de-Bienfaite-la-Cressonnière (Calvados) : La Cressonnière, proposée par TRA, aurait pu convenir mais elle n’est plus une commune à part entière depuis 2011 et, même en cherchant bien, je ne vois pas de rapport avec Néron.
  • Veauche ( Loire ) : cette commune m’a été proposée par TRS. Elle était appelée  Velchi en l’an 1000. Dauzat&Rostaing ( DÉNLF* ) proposent une origine d’après vela,  nom gaulois de la moderne « velar, herbe-aux-chantres » accompagné du suffixe -ica :  *velica serait le « lieu où pousse le vélar ». Ernest Nègre ( TGF* ) préfère y voir, comme pour Veauce (Allier ), Veaugues ( Cher ) et Veauchette ( Loire ), une ancienne  villica ( domus ), « ( demeure ) de l’intendant ». A.-M. Vurpas et C. Michel ( Noms de lieux de la Loire et du Rhône ) donnent les deux étymologies … sans trancher ! Là aussi, le rapport à Néron est … obscur.
  • Porri ( Haute-Corse ) : Dauzat&Rostaing ( DÉNLF* ) écrivent que le nom de Porri « pourrait représenter le latin porrum, « poireau », mais doit plutôt être rapproché des mots étrusques Porni, Porri ». On peut toutefois noter la ressemblance avec le nom du Monte dei Porri ( île de Salina, archipel des Éoliennes ) que le site wiki italien explique par les « poireaux ». Ernest Nègre ( TGF* ) fait l’impasse ( s’il avait été d’accord avec « poireau », il l’aurait écrit ! S’il n’en parle pas, c’est qu’il ne sait pas …). Le doute existe donc, mais cette proposition de TRA n’était pas loin de la vérité …

*Les abréviations en majuscules renvoient aux ouvrages cités dans la bibliographie.

Du céleri et d’autres raves

À la demande générale ( mais surtout d’Hervé *), voici un petit billet consacré aux raves, sachant que sous ce terme peuvent se cacher plusieurs plantes potagères cultivées pour leur racine comestible. Je ne prétends pas être exhaustif : si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas !

Rave :

Rapaggio ( Rapaghju, en H.-Corse ) est issu du latine rapa, « rave » et du suffixe –arium. Le même rapa, avec le suffixe –alem, a donné Rapale (H.-Corse ). Ravenel ( Oise ) semble être un dérivé de l’ancien français ravene, « rave, raifort ». Raves ( Vosges ) pourrait être directement issu du nom de la plante.

Rapaggio

Les autres noms de communes ressemblants sont par contre de faux-amis comme les Ravel ( P.-de-D.) et Revel (H.-G., Isère, Alpes-de-H.-P. ) qui sont dérivés de l’ancien provençal revel, « révolte, rébellion » appliqué à un château. Ravières ( Yonne ) est un ancien Ribarias ( 721 ), du latin riparia, « bord d’un cours d’eau, rivage, pays environnant le cours d’eau », à rapprocher des nombreux Rivière (s). La Ravoire ( Sav.) est un ancien Ravoria ( 1414 ) du latin roboria, « bois de chênes » à rapprocher des nombreux Rivoires. Dans ces deux derniers cas, l’attraction de ravière, « lieu planté de raves », a certainement joué un rôle. Rave (s) et Ravière (s ) ainsi que des Champs, des Prés, etc. de Raves ou de Ravières sont attestés en tant que micro-toponymes à de nombreuses reprises sur tout le territoire.

Betterave :

Une seule occurrence : La Betterave à Famars dans le Nord. Et un Arbre des Betteraviers flamands à Livry-Louvercy ( Marne ).

Navet :

Nabinaud ( Char.) et Nasbinals ( Loz.) sont des dérivés du latin napina, « champ de navets ». On trouve quelques micro-toponymes Champ Navet ( St-Rémy-en-l’Eau, Oise ), champ aux Navets (Han-lès-Juvigny, Meuse ) et des Navetières ( Aisne, Somme, Oise ) que l’on peut sans doute rattacher au navet. Les autres toponymes ressemblants comme Naves ( Allier, Ard., Corr., Sav.,H.-Sav.) sont issus du pré-celtique nava, « plaine, plateau » et les micro-toponymes du type Nave, Navet (s ), Navette (s ) sont peut-être dans le même cas.

Notons que les Cinéastes à Épinay-sous-Sénart ( Essonne ) ou la pointe des Cinéastes dans le massif du Pelvoux (H.-Alpes ) ont, en principe, peu à voir avec les navets.

■ Céleri :

Appietto ( Corse-du-Sud) est la seule commune française à porter un nom dérivé de celui du « céleri » ( latin apium et suffixe collectif -etum ), comme « Sélinonte ou Sélinous (grec Σελινοῦς, latin Selinus, italien Selinunte) ( … ), une ancienne cité grecque située sur la côte sud de la Sicile » vue dans le billet cité plus haut. Quelques micro-toponymes peuvent aussi lui être rattachés : des Céleri ( s) équitablement distribués sur le territoire, les Prés Céleris (à Lemuy, Jura) et un Célerier ( à Pineuil, Gir.).

Là aussi, les faux-amis sont possibles. Avec une possible erreur d’orthographe, il a pu y avoir des dérivés de celle, « cellule de moine, petit monastère ». Le cellier du château ou du monastère était aux mains d’un celerier ou célerier qui a pu devenir anthroponyme et toponyme. Enfin, comme à Saint-Célerin ( Sarthe ), le nom de Serenicus, diacre du diocèse de Séez au VIIè siècle, a pu devenir nom de personne et de lieu. C’est le cas, par exemple, pour la famille des Céleri d’Allens. D’autres toponymes peuvent être dérivés des nom d’homme latin Appius ( comme Appy en Ariège ) ou Appinus ( Appinac dans la Loire ), des noms d’homme germanique Appo, scandinave Api, etc., et se confondre avec d’éventuels dérivés du latin apium pour « céleri ».

Le céleri des marais ou ache a donné son nom à Acheux et Acheux-en-Vimeu ( Somme ) d’après le nom latin apiosum, « lieu planté d’ache ». Notons que les Achères ( Cher, S.-et-M.,E. et-L., Yv.) sont d’anciennes apiarias ( villas ), « ( fermes ) aux ruchers ».

■ Choux :

La Chapelle-aux-Choux ( Sarthe ) d’abord Cappella olerum ( XIIIè siècle ) puis Cappella caulium ( XIVè siècle ) puis Val des Choux en 1624 doit bien son nom au chou. Les autres toponymes en Choue ( L.-et-C.) et Choux (Jura, Loiret) sont pour la plupart issus du gaulois cava ayant donné chouette, choucas…

Caulières ( Somme ) est tout simplement le pluriel de caulière, « lieu planté de choux », nom que l’on retrouve dans quelques micro-toponymes comme la Caulière , les Caulières et d’autres.

Si les raves sont rares en toponymie, ils n’en ont pas moins une certaine importance en héraldique ! Qu’on se souvienne par exemple de la commune de Rabastens. Ce village tarnais est bien connu des toponymistes : feu le chanoine Ernest Nègre y a consacré sa thèse de doctorat. J’y ai quant à moi modestement consacré naguère un billet entier où on voit que son blason parlant est formé sur un jeu de mots où rabos tres, les « trois raves », est mis pour Rabastens.

Dans la Beauce, région agricole s’il en est, Pithiviers-le-Vieil ( Loiret ) se blasonne ainsi : D’argent à la gerbe de blé d’or en chef à dextre ; à la betterave au naturel feuillée de sinople en barre en chef à senestre ; à l’épi d’orge feuillé aussi de sinople, en bande en pointe à dextre ; à l’épi de maïs aussi d’or, feuillé aussi de sinople en barre, en pointe à senestre ; au chef ondé de gueules soutenu d’une divise ondée d’azur.

Dans les Pyrénées-Orientales, la commune de Pia a un blason de gueules à la bande d’or accompagnée de deux pieds de céleri arrachés du même. Pourquoi le céleri ? il s’agit d’un blason parlant formé sur le nom catalan api du céleri ( latin Apium latifolium ) correspondant peu ou prou à l’ancien nom Apià de la commune. Pia est en réalité une ancienne villa Appiano ( Xè siècle ) dérivée du nom d’homme latin Appius accompagné du suffixe -anum.

Ce billet ayant été plus long que prévu à écrire, je n’ai malheureusement pas eu le temps de concocter une devinette adéquate et vous m’en voyez désolé.

Sauf à vous parler d’une plante potagère herbacée proche des précédentes mais dont on ne consomme pas la racine mais les feuilles. Elle a donné son nom à une commune française qu’il vous faudra trouver.

Avec cet indice :

Dernière précision : ma semaine prochaine étant réservée à l’accueil estival annuel d’un couple d’amis, ma présence devant l’écran risque de n’être qu’épisodique. En conséquence, il n’y aura vraisemblablement pas d’indices du mardi … mais peut-être interviendrai-je d’une manière ou d’une autre. En tout cas, la boite leveto@sfr.fr reste ouverte.

*C’est de l’humour, Hervé!

Laurentum et Mangue à Laurette ( répauxdev )

Mes deux dernières devinettes ont connu des destins différents : TRA et TRS sont venus à bout de la première, tandis que la seconde est restée … vierge.

Il fallait trouver Laurentum, une ville antique du Latium vetus aujourd’hui disparue, et La Mangue à Laurette, un îlet de Guadeloupe.

Laurentum :

Située à vingt-cinq kilomètres au sud de Rome, cette ville devait son nom aux lauriers ( laurus, i ) qui prospéraient sur son territoire.

Laurentum,sur la côte latine, au sud d’Ostia

Elle fut capitale du Latium et résidence du roi des Latins. Si on en croit Virgile, la ville et le palais étaient magnifiques. Toutefois, sous Trajan, cette ville avait si peu d’importance que le commerce se faisait principalement avec Ostie.

L’Encyclopédie nous précise :

Les poètes latins nous parlent souvent des sangliers de Laurente, « laurens  aper », dit Horace ; c’est que ce canton avait une forêt qui s’étendait le long de la côte du Latium, entre le lac d’Ostie & le ruisseau de Numique. Cette forêt avait pris son nom de la ville de Laurente ; ou plutôt l’une & l’autre furent ainsi appelées du grand nombre de lauriers dont le pays était couvert, au rapport d’Hérodien, dans « La Vie de l’empereur Commode ».

Les habitants et plus généralement toutes les personnes originaires de la ville étaient appelés Laurentius d’où proviennent les noms italiens Lorenzo et Lorenza, comme les noms français Laurent et Laurence.

Mangue à Laurette

Il s’agit d’un îlet du Grand Cul-de-Sac marin, appartenant à la commune de Sainte-Rose en Guadeloupe. La photo satellite montre ( en zoomant au maximum ) qu’il est entièrement recouvert d’une végétation très dense et qu’il ressemble à ça ( mais en plus petit dans mes souvenirs ) :

Pour m’en être approché en canot sans y débarquer il y a plus de quarante ans, je peux certifier que la végétation y est fort dense, voire touffue, constituée en majorité de palétuviers et que s’en dégage une impression d’humidité et de moiteur sauvages.

Une comparaison entre le sexe féminin et la mangue vient vite à l’esprit et est d’autant plus facile que l’autre nom du palétuvier est « manglier ».

Reste à savoir d’où vient cette Laurette. Il m’a été impossible de trouver la réponse ( livresque comme webesque ) et je ne me souviens pas que la personne qui me servait de guide me l’ait confiée. Tout au plus puis-je supposer que le nom a été donné par des marins en goguette qui connaissaient le sens de « lorette ». J’ai en effet du mal à imaginer un amoureux à ce point passionné qu’il baptise ainsi un îlet en hommage à l’ unique objet de ses pensées.

Dans un de ses commentaires, TRA me disait redouter de se retrouver en Amérique à force de ramer à la recherche de la solution. En réponse, je l’encourageai au contraire à poursuivre : les Antilles étaient sur sa route. Las! il n’en tint pas compte … Au contraire de TRS qui déclara avoir suivi cette route avant de l’abandonner à son tour. Et quand je luis dis qu’il devrait avoir un peu plus de suite dans les idées, il n’en tint pas plus compte.

Les indices

■ le sanglier :

pour rappeler le laurens aper décrit par Horace. L’indice était préventivement donné comme inversement proportionnel à la difficulté de la devinette …

sainte Rose de Lima :

Sainte-Rose en Guadeloupe lui doit son nom actuel depuis 1790.

■ le panneau de signalisation :

Pour rappeler le Grand Cul-de-Sac marin où se trouve l’îlet Mangue à Laurette. Grand-Cul-de-Sac est aussi le premier nom du site où ont débarqué quatre cents Français commandés par Jean du Plessis d’Ossonville et Charles Liénard de l’Olive le 28 juin 1635.