Poivre, etc.

De Cayenne au poivre, il n’y a qu’un pas …

Les îles Poivre, un atoll des Seychelles, ont été baptisées en l’honneur de Pierre Poivre, désigné intendant (ou commissaire-ordonnateur) à l’Isle de France ( aujourd’hui Maurice ) en 1767 .

La Côte-du-Poivre est un haut-lieu de la bataille de Verdun. Les Allemands en avaient fait en février 1916 un point d’observation ( Pfefferrücken ) avec un important dispositif défensif qui sera repris par les Français en décembre de la même année. Le village sera entièrement détruit par les bombardements et ne sera pas reconstruit. Louvement-la-Côte-du-Poivre est un des neuf villages français de la zone rouge de la Meuse.

La Côte-du-Poivre ou des Graines ou de la Malaguette est l’ancien nom d’une partie de la côte africaine de l’océan Atlantique entre les actuels Sierra-Leone et Liberia. Comme d’autres côtes africaines ( Côte d’Ivoire, Côte de l’Or, Côte des Esclaves, …), elle doit son nom à une de ses ressources principales, le poivre de Guinée ou maniguette.

Poivres ( Aube, Pipera en 1032 ), Pébrac ( H.-Loire, Piperaco en 1072 ), Pouvray ( Orne) et Pibrac ( H.-Gar.) doivent leur nom à un homme latin Piper.

La Prévière, une ancienne commune du Maine-et-Loire, était nommée Privera en 1095 puis  Piperiaria en 1140 et Piparia vers 1178-1205 : on est tenté d’y voir une piper – aria, « plantation de poivre », dont on dit qu’il pourrait s’agir d’une métaphore sur la nature friable du sol. On peut aussi y voir l’oïl poivrière, « tour ronde surmontée d’un toit en cône », comme les lieux-dits la Poivrière à Cheviré-le-Rouge ou aux Verchers-sur-Layon dans le même département et d’autres ailleurs.

Sait-on assez l’importance du poivre ?

L’assassinat de Raymond Trencavel par Noël Sylvestre (1847-1915)

À Béziers, le 15 octobre 1167, le vicomte Raymond Trencavel fut assassiné dans l’église de la Madeleine, en présence de l’évêque, par des bourgeois de la ville qui lui demandaient des comptes au sujet d’une peine infligée à l’un des leurs par un de ses chevaliers. À titre de réparation, son fils demanda trois livres de poivre par famille et par an à tous les bourgeois de la ville.

Produit rare, cultivé en Malaisie et déjà importé à grands frais au Proche Orient, le poivre était commercialisé en Occident par les Italiens à des prix que seuls les plus fortunés pouvaient supporter. On disait « cher comme le poivre » pour tout produit qui se vendait à son poids d’or. On se servait donc de ce précieux condiment pour capitaliser ( il entrait dans la dot des filles ), pour indemniser ou payer une dette ( comme à Béziers ), pour commissionner ( il entrait dans les frais de justice). Ces fameuses épices où le poivre noir côtoyait d’autres produits aussi rares comme le gingembre, la muscade, le girofle, la cannelle et le piment doux, servirent donc aux paiements « en espèces » ( c’est à dire « en épices » ) où ces denrées avaient plus valeur de monnaie que de produits de consommation. C’est de là que viennent les patronymes Poivre, Poivrier, Pébrier ou Pebrié désignant un « espécier » ou épicier.

Mises à la mode sur les tables médiévales par les chevaliers de retour des Croisades, ces épices étaient toutefois fort prisées et utilisées en abondance dans la préparation des viandes et gibiers.

J’ai eu beau chercher, je n’ai pas de devinette à vous proposer … j’en suis désolé pour mes lecteurs les plus accros.

Il se fait tard, nous fêtons demain l’anniversaire de mon aîné, lundi est déjà gentiment occupé … il vous faudra attendre mardi !

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La blairie ( répàladev )

Personne n’a rejoint Un Intrus et TRS dans la résolution de ma dernière devinette.

Il fallait trouver la blairie dont le Littré nous donne la définition suivante :

Terme de droit féodal. Redevance seigneuriale à raison de la vaine pâture.

Un des sites consacrés aux Templiers, dans son dictionnaire, précise :

Dans la France du Moyen Age et de l’Ancien Régime la blairie est un impôt seigneurial sur le pacage des animaux.
Le seigneur perçoit une redevance en avoine pour rétribution du pacage des animaux des paysans, sur les terres cultivées (après la récolte) ou non cultivées. Ce droit existe en Auvergne, Berry, Bourgogne et Nivernais.

Domaine de la Blairie à Saint-Martin-de-la-Place (M.et-L.)
La blairie ? Ç’ a eu payé …

Le dictionnaire de l’ancien français de Godefroy connaît la blaierie avec ses autres orthographes blayerie, blaerie, bleeyrie, blairie, blayerie, blerie et blefrie et en donne une définition élargie : « production de blé, récolte de blé, blé ». Il rajoute toutefois que le mot a pu désigner une « terre à blé, terre cultivée de blé, pièce de blé, terre emblavée » ainsi que le « droit seigneurial sur le blé ».

On comprend que le mot est un dérivé de « blé », au sens général de « céréale dont le grain sert à l’alimentation » ( cf. étymologie ). Le mot gallo-roman bladum est parvenu au sens de « céréales, blé » au xes. C’est de ce mot que sera issu bladaria, « aire à blé », qui donnera blairie après disparition du -d- intervocalique.

En toponymie, on retrouve plusieurs La Blairie dans l’ouest de la France ( I.-et-V., L.-Atl., May., Sarthe, Vienne, M.-et-L.) et un seul Les Blairies ( à Retiers, I.-et-V.). On trouve aussi deux La Petite Blairie ( May. et M.et-L.) et deux La Grande Blairie ( May. et M.-et-L.) ainsi qu’une Haute Blairie ( à Reffuveille, Manche).

Avec une autre orthographe, on trouve La Blérie à quatre exemplaires ( trois en I.-et-V. et un dans la Manche).

Les indices

■ Picsou :

… plonge dans son tas d’or, de fric, de pognon … de blé!

■ le tableau :

Jules Dupré, Pacages du Limousin (1837)
Huile sur toile, 31×51 cm.
The Metropolitan Museum of Art, Robert Lehman Collection, 1975 (1975.1.169).

La blairie était une « rétribution du pacage des animaux des paysans, sur les terres cultivées (après la récolte) ou non cultivées ».

■ le 10 Downing street ( que tout le monde aura reconnu, je pense )

L’indice était dit « vieux d’au moins douze ans » ce qui nous ramenait donc à … Tony Blair. Oui, je sais… j’ai un tout petit peu honte ( mais je suis là aussi pour m’amuser !).

Ceci dit, étymologiquement, l’anglais blair est issu du gaélique écossais blàr , « champ, plaine », ce qui nous rapproche un peu du champ de blé, non ?

Ces mots sont tous issus d’une même racine indo-européenne *bʰleh dont on peut lire les évolutions sur cette page issue de ce site remarquable.

Un week-end particulièrement propice au farniente m’a tenu loin de mon clavier et empêché d’écrire un nouveau billet accompagné de son habituelle devinette. Vous devrez attendre jusqu’à demain soir ou peut-être même mardi et j’en suis désolé.

Les indices du 28/05/2019

Presque en même temps, Un Intrus et TRS m’ont déjà donné la bonne solution à la dernière devinette dont je rappelle l’énoncé :

Une ancienne redevance payée en nature pour une utilisation particulière de terres seigneuriales cultivées ( après la récolte) ou non cultivées a laissé son nom dans l’ouest de la France à une quinzaine de micro-toponymes au singulier et au moins à un au pluriel ainsi qu’à quatre autres avec une orthographe différente. Si le mot est bien attesté dans ce sens dans le Littré, je ne l’ai trouvé dans aucun des autres dictionnaires habituels : il est aujourd’hui sorti d’usage.

Le Godefroy donne, lui, une autre variante orthographique, de même étymologie, mais avec un sens beaucoup plus général ( qui est peut-être à l’origine de quelques uns des toponymes dont il est question plus haut) dont Littré ne retiendra donc qu’une spécialisation.
Quel est ce mot ? Et, si vous le trouvez, vous trouverez aussi quelques uns des toponymes …

J’ai cherché, pour les retardataires, des indices adéquats et j’ ai trouvé celui-ci

et je ne résiste pas au plaisir vicieux de vous donner cet autre-là déjà fort ancien ( au moins douze ans !) et très tordu :

Encore des terres agricoles …

Je reviens aujourd’hui à nos champs cultivés

Et aux noms peu connus dont on les baptisait.

La liste en est bien longue et j’ai déjà tout dit ?

En voici quelques uns et j’en aurai fini.

À la fin du servage, il fallut bien trouver d’autres contrats entre seigneur et vilain pour continuer à mettre en valeur les terres.

Les plus connus furent le fermage ( où le loyer annuel, fixe, est payé en argent ou en nature ) et le métayage ( où le loyer est constitué d’une partie de la récolte et donc variable ). Les micro-toponymes en « ferme » et « métairie » sont innombrables et facilement identifiables, donc sans grand intérêt. Quelques autres sont moins connus.

La tenure ou le tènement — du latin médiéval tenatura, tenura (IXè s. toenatura dans un texte de l’Est, 1059 tenura à Marseille), dérivé de tenere, « tenir » — était une concession, à bail précaire et moyennant redevance, de la seule jouissance d’une terre à un paysan qui n’en était pas propriétaire. On trouve presque exclusivement les tenures dans le nord comme La Tenure à Iviers ( Aisne), Hannapes ( Ardennes ), Lacollonge ( T.-de-B.) et à Locquignol ( Nord). Le tènement semble plus présent au sud de la Loire avec une vingtaine de ( Le ) Tènement en Vendée, trois autres à Vieillevigne ( L.-Atl.), Pomarède ( Lot) et Sauveterre-la-Lémance (Lot-et-G.) et un dernier à Forest-Saint-Julien (H.-A.). Ce tènement a fait des petits :

A tenement, a dirty street …

Le nom de la tâche ( du latin taxa, « paiement, travail rémunéré »), « redevance consistant en une part de fruits, souvent un onzième, que le tenancier doit au propriétaire pour des champs obtenus par la mise en valeur de terres vierges », a pu servir, par métonymie, à désigner la parcelle concernée. Que ce soit au pluriel ou au singulier, avec ou sans accent, avec un suffixe diminutif ( La Tachette) ou spécifique ( Tacherie ), etc. ce nom a été très productif sur tout le territoire. Je n’en retiendrai qu’un exemple, au hasard : le climat de La Tâche à Vosne-Romanée ( C.-d’Or).

Notons que le nom gaulois du blaireau, taxon, est à l’origine de toponymes pouvant prêter à confusion comme pour les Tachon ( Gers, etc.) qui sont une référence directe à l’animal ou Les Tachères ( Sav., C.-d’Or, etc ) qui rappellent sa tanière ( cf. aussi ce billet ). Le dictionnaire de l’ancien français de Godefroy nous indique plusieurs orthographes de ce mot à l’entrée tasche parmi lesquelles tachi a donné deux Tachies ( Salies-de-Béarn et Bérenx ( Pyr.-A.) et tasque a fourni sept singuliers La Tasque ( quatre dans le Gers, un dans l’Hérault, dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône), deux pluriels Les Tasques ( Bouches-du-Rhône et Hérault ) et un diminutif Tasquet ( Lannemezan, H.-Pyr.). Toujours dans le domaine occitan on trouve Les Tascariès ( à Cessenon, Hér.).

L’ensange ( sans doute du latin médiéval d’origine celtique andecinga, « grande avancée [ de pas ] » ) désignait jusqu’aux alentours de l’an Mil un lot-corvée dont le paysan devait s’acquitter comme d’une corvée. Plus tard, et jusqu’au XVè siècle, il a désigné un lot de terre prélevé sur le domaine du maître que le titulaire d’une tenure par exemple devait mettre en valeur et dont le produit revenait intégralement au maître. Le dictionnaire de Godefroy ( qui explique le nom par le fait que cette parcelle devait être enceinte « de haies, de pallis, de treillis ou d’autre clôture » ) nous propose plusieurs orthographes ayant fourni leur lot de micro-toponymes : Ensenges ( 2 pluriels), Ensange ( 32 pl.) et Ansange ( 1 sing., 12 pl. ). Une remarque toute particulière pour le climat En songe de Gevrey-Chambertin ( C.d’Or) dont le nom est une transcription d’« ensange ».

La facende ou faciende ( d’un pseudo-latin faciendus, « devant être fait », forgé sur facere, « faire », qui a donné l’espagnol hacienda, le portugais fazenda, etc.) désignait une métairie ou une ferme le plus souvent louée à mi-fruit, mais sans laisser de trace toponymique. On trouve dans le domaine provençal la facharié et la facharia, « redevance du métayer, d’un domaine loué à mi-fruit ». La francisation de ce dernier nom a donné la facherie ( sans accent ) pour désigner un contrat de métayage souvent employé au Moyen Âge en Provence, notamment par la Commanderie de Ruou ( Var ). La part qui revenait alors au commandeur variait de la moitié à un huitième de la récolte, en relation, semble-t-il, avec la plus ou moins grande fertilité des sols. Tous les frais d’exploitation étaient à la charge du facherius, même les semences. En revanche, il pouvait utiliser, lorsqu’elles avaient subsisté, les corvées qui revenaient à la Commanderie. Il ne subsiste aucune trace de ces facheries dans la toponymie provençale mais on trouve Les Facheries à Montflanquin ( Loiret ) et à Saint-Germain-le-Fouilloux ( Mayenne ). Notons toutefois que certaines des très nombreuses Fache(s) qui désignent en général des friches ( notamment dans le nord et nord-est de la France ) ou des parcelles de terre orientées dans le mêmes sens ( notamment dans les Ardennes ) peuvent avoir été d’anciennes « facendes » ou « facheries ».

Ce fut difficile d’en trouver une, mais voici tout de même une devinette à peu près sur le même sujet :

Une ancienne redevance payée en nature pour une utilisation particulière de terres seigneuriales cultivées ( après la récolte) ou non cultivées a laissé son nom dans l’ouest de la France à une quinzaine de micro-toponymes au singulier et au moins à un au pluriel ainsi qu’à quatre autres avec une orthographe différente. Si le mot est bien attesté dans ce sens dans le Littré, je ne l’ai trouvé dans aucun des autres dictionnaires habituels : il est aujourd’hui sorti d’usage.

Le Godefroy donne, lui, une autre variante orthographique, de même étymologie, mais avec un sens beaucoup plus général ( qui est peut-être à l’origine de quelques uns des toponymes dont il est question plus haut) dont Littré ne retiendra donc qu’une spécialisation.

Quel est ce mot ? Et, si vous le trouvez, vous trouverez aussi quelques uns des toponymes …

Ça c’est l’indice.

Les réponses sont attendues chez leveto@sfr.fr

Champtier ( répàladev )

TRA et Un Intrus ont rejoint TRS comme découvreurs de la bonne solution à ma dernière devinette. Félicitations !

Il fallait trouver le champtier et les micro-toponymes qui portent ce nom :

  • des lieux-dits habités comme le Champtier à Sainte-Néomaye (Deux-S.) et à Saint-Romain-le-Benet (Ch.-M.), le Champtier du Coq à Évry (Ess.), les Champtières à Cistrières ( H.-L.) et quelques autres ;
  • des lieux-dits non habités, les plus nombreux et le plus souvent accompagnés d’un déterminant, comme le Champtier de la Mare Bonvoin à Dampierre-en-Yvelines (Yv.), le Champtier des Sauvageons et le Champtier des Morts à à Charmont-en-Beauce ( Loiret), le Champtier à Caille à Saint-Pierre-du-Perray ( Ess.), le Champtier des Haies Blanches et des Tournenfils au Coudray-Montceaux ( Ess.) et bien d’autres tous plus bucoliques les uns que les autres.

Absent des dictionnaires habituels ( Littré, Larousse, Robert et même du Quillet ou du dictionnaire de l’Académie ) ainsi que des dictionnaires du français d’autrefois ( Godefroy ), ce mot est toutefois présent dans des textes spécialisés comme des cartulaires ( Notre-Dame de Chartres, 1865 ) ou des monographies ( carte archéologique de l’Eure-et-Loir, 1994).

Le mot champtier désigne un ensemble de parcelles, en général de petite tailles, cultivées de la même façon selon une rotation des cultures triennale. Le nom proviendrait donc de l’association des mots « champs » et « tiers », ce dernier en référence à la pratique culturale évoquée.

Cette définition ( du wiktionnaire ) s’appuie sur un texte de Samuel Leturcq publié par l’université de Tours en 2004, intitulé Contrainte communautaire et individualisme agraire dans un finage beauceron (XVIIè-XXè s.), où on lit :


Les déclarations des tenanciers et exploitants des terres de Toury consignées dans un terrier rédigé en 1696 (AD Yvelines, D 1266 et 1267) mettent en évidence la pratique d’un assolement par quartiers (appelés couramment champtiers) à la fin du XVIIè siècle. Les soles de blé d’hiver, de mars et de jachère ne connaissent pas à Toury la répartition classique et spectaculairement rigoureuse des trois grands champs d’un seul tenant, de superficies sensiblement égales, au sein desquels toutes les parcelles doivent suivre la même culture selon un cycle triennal, comme on en rencontre fréquemment le cas en Lorraine par exemple.

Dolmen de la Pierre du Champtier du Buisson à Vieuvicq ( E.-et-L.)

La proximité de ce mot avec « chantier » est à l’origine de confusions qui ont pu faire passer des micro-toponymes de type « champtier » à « chantier », l’inverse n’ayant sans doute pas eu lieu puisque l’usage tend le plus souvent à la simplification. Cette thèse inverse est néanmoins soutenue par Jacques Chaurand à la page 145 de ce texte.

Selon le Dictionnaire Godefroy, chantier a pu désigner le « bord des rivières navigables, lisière qui doit rester libre pour le service de la navigation, l’entrepôt des marchandises qu’on embarque ou qu’on débarque » ainsi que la coupe des arbres nécessaire à son entretien. Ce dernier sens a évolué plus largement pour désigner tout lieu d’abatage d’arbres ( pour la batellerie, la tonnellerie, etc. ).

Chantier a pu aussi avoir le sens, dérivé du latin canthus, de « côté, coin » à rapprocher de chantière ou chaintre, « bande de terrain, lisière d’un champ» et aussi celui
de « place vague, cour » ( Glossaire des termes dialectaux …, A. Pégorier, Paris, IGN, 1993).

C’est ainsi que l’on trouve le Chantier du Plain à Beaurains (P.-de-C.), le Chantier des Noyers à Andonville (Loiret), le Chantier de l’Orme à Villiers-le-Morthier ( E.-et-L.) et bien d’autres qui sont, au moins pour certains d’entre eux, d’anciens Champtiers.

Enfin, dernière précision et non des moindres : on trouve à la page 122 de l’édition 2006 du Glossaire des termes dialectaux … d’A. Pégorier ( op.cit.) :

Champetier : n.m.

— nom collectif dérivé de champ, équivalent de terroir, souvent contracté en « champtier » ou « chantier » ( graphie à éviter ) – Île de France, Centre.

— de la campagne, rural – Ardèche.

Je n’ai pu trouver aucun Champetier en Île-de-France ou dans le Centre. En revanche, aux Assions, commune d’Ardèche, on trouve un Champetier Haut, un Champetier Bas et une Grand-Font de Champetier.

Les indices ( les quatre tiers du curaçao-citron-picon de César et le panneau de signalisation routière Attention! Chantier!) se comprennent aisément.

À la vôtre !

Quarton plein

Ma dernière devinette a été résolue en un temps record par TRS, bientôt suivi par Un Intrus puis TRA. Bravo à eux !

La mesure à trouver était le quarton, autrement écrit carton.

Le quarton était une mesure de capacité utilisée aussi bien pour les liquides ( principalement le vin ) que pour les grains ( principalement le blé). Très variable selon les régions et même selon les pays, sa valeur correspondait à environ 2,5 litres.

Un quarton de grains permettait d’ensemencer une surface agricole, là aussi fortement variable selon les pays mais généralement assez réduite, appelée « quartonnée » ou « quartonnade » avec le sens général de « petit champ ».

Ce sont ces derniers mots que l’on retrouve en micro-toponymie soit tels quels soit avec le changement du -Q- initial en -C- pour donner « carton, cartonnée ou cartonnade ».

Quarton ( La Pietà de )

On trouve ainsi le Quarton à Méjannes-le-Clap ( Gard ), les Quartons à Esparron-de-Verdon ( Alpes-de-H.-P.) et à Vinon-sur-Verdon (Var ), les Quartonnets à Servant ( P.-de-D.), la Quartonnée à Saint-Genès-la-Tourette ( P.-de-D.), la Quartonade à Verdun-sur-Garonne ( T.-et-G.) et bien d’autres .

Les toponymes avec le -C- initial sont beaucoup plus nombreux. Il convient de se méfier d’une confusion possible avec un patronyme lorsque Carton est employé seul comme à Grazac ( Auvergne ), Ardres (P.-de-D.), etc. ou en complément comme Bois Carton à Vignacourt (Somme), Saint-Clément ( Allier ), etc. Le doute n’est en revanche pas permis pour le Bois Jean Carton ( Buire-aux-Bois, P.-de-C.) ou les quelques Chez Carton à Vinzelles ( P.de-D.), Nanteuil-en-Vallée ( Char.), etc.

Carton ( faire un )

Lorsque le nom, au pluriel ou au singulier est précédé de l’article, comme pour le Carton à Valbonne ( Alp.-M.), à Névache ( H.-Alp.), etc. ou pour les Cartons à Fontvieille ( B.-du-R.), à Grambois ( Vauc.), etc. ou bien lorsqu’il est accompagné d’un adjectif comme pour le Grand Carton à Heyrieux ( Isère), le Nouveau Carton ou le Petit Carton à Saint-Martin-de-Crau (B.-du-R) etc., il s’agit le plus souvent de la surface agricole.

Les toponymes de type la Cartonnade comme au Burgaud ou à Lagraulet-Saint-Nicolas ( H.-G.), etc., la Cartonnée comme au Mayet-en-Montagne ( Allier ), les Cartonnades comme à Ambeyrac ( Aveyron ), les Cartonnées comme à Meyrals ( Dord.) semblent bien correspondre à d’anciens champs cultivés.

Carton ( taper le )

D’autres formes comme la Cartonnerie à Fontenay ( Cher), le Cartonnier à Saint-Martial ( Ardèche ), la Cartonnière à Cheverny (L.-et-C.) ou le Cartonnat à Sauveterre-Saint-Denis (L.-et-G.) mériteraient une recherche minutieuse dans l’histoire locale pour en connaître le sens exact.

P.S : d’autres dérivés de « quart » ont donné des noms de mesures ou de surfaces agraires et donc des toponymes comme La Quarte (H.-Saône), les Quartels, Quartelée, Quarterée, Quarterons, etc. ou encore les Carteyrades, Carteyrons, etc. qu’il m’est impossible de passer en revue ici. Ils alimenteront peut être un prochain billet.

Les indices :

  • la pub Vache Qui Rit avec Pauline Carton : pour Pauline, pas pour la vache…
  • That’s all Folks : pour la fin du cartoon.
  • l’indice du mardi : pour « pas même le quart d’un ».

Si vous avez d’autres idées pour les illustrations …

Gardons la mesure!

Après avoir vu, dans un précédent billet, les mesures de surface agraires fondées sur des unités de longueur ou sur l’étendue que pouvait travailler un homme ou un animal dans une unité de temps, je vous propose aujourd’hui d’aborder les mesures de surface fondées sur le poids ou le volume des graines nécessaires pour les ensemencer.

Comme les mesures de longueur, les mesures de capacité étaient très nombreuses et très variables selon ce qu’on mesurait et où on le mesurait. Il est impossible de toutes les passer en revue ici et, même en me cantonnant à celles qui ont laissé leur trace dans la toponymie, je ne pourrai pas les citer toutes ( les commentaires sont là pour que vous puissiez éventuellement compléter ma liste !).

Le setier était une unité de mesure fort variable, valant autour de 150 litres de grains, mais pouvant descendre jusqu’à peine une cinquantaine. Étymologiquement, « setier » dérive du latin sextarius, « un sixième », et correspond au sixième du conge, soit environ un demi-litre. Il permettait d’ensemencer une sétérée, soit entre un quart et un demi-hectare. On trouve une quinzaine des lieux-dits Sétérées dont quelques uns avec un nombre comme les Vingt-Huit Sétérées à Ségry ( Indre ) ou les Cent Sétérées à Loupian ( Hér.). Les Setiers sont encore plus nombreux et, là aussi, souvent précédés d’un nombre : on trouve des Cinq Setiers ( à Seuil, Ardennes et d’autres), des Vingt-Setiers ( à Benay, Aisne et d’autres), des Cinquante-Setiers ( à Theuville, E.-et-L. et d’autres), etc. et même des Cent Setiers ( à Tracy-le-Mont, Oise, et trois autres en Eure-et-Loir), sans citer tous les intermédiaires.

L’éminée ou ayminate en Catalogne, eyminade en Auvergne, (aujourd’hui écrit héminée ) mesurait en principe un demi-setier, soit 75 litres, permettant d’ensemencer une dizaine d’ares en Provence mais jusqu’à cinq fois plus en Catalogne. On connaît par exemple les Treize Éminées à Villelaure ( Vauc.), les Eyminades à Alleyras ( H.-Loire), les Deux Aiminades à Ponteilla (P.-O.) ou les Cinq Aiminates à Montesquieu-des-Albères (P.-O.).

On disait mine à Reims ou Orléans et notamment dans l’Oise où on trouve les Dix Mines à Silly-Tiard, les Vingt-Trois Mines à Brunvillers-la-Motte, quatre fois les Quarante Mines, huit fois les Trente Mines, dix fois les Vingt Mines. L’Eure-et-Loir, le Loiret et le Loir-et-Cher ont plusieurs Quarante Mines.

Le muid, du latin modus, « mesure », valait environ huit setiers soit entre 200 et 600 litres. On trouve de nombreux lieux-dits portant ce nom, particulièrement dans le Bassin Parisien notamment dans l’Aisne et l’Oise qui en comptent plusieurs dizaines chacun. On y trouve plusieurs dizaines de Trois Muids et Quatre Muids, une quinzaine de Cinq Muids, autant de Six Muids et quatre fois des Onze Muids, mais rien au-delà. On trouve encore des Demi-Muid, Grands Muids et Gros Muids. Le nom de la commune Muids, dans l’Eure, est issu d’un nom propre romain Modius et nous incite à penser que certains des lieux-dits Muids ( non précédés d’un nombre ) pourraient avoir la même étymologie.

Le poinçon était un tonneau valant environ deux tiers d’un muid qui a sans doute laissé son nom à la Possonnière à Couture-sur-Loir où naquit Ronsard, au Poinson à Sepvigny ( Meuse), à La Possonnière en Anjou, la Possonnais à Sainte-Anne-sur-Brivet ( Loire-A.), etc.

La Possonnière, maison natale de Ronsard

Le boisseau, qui était l’unité de mesure de capacité sans doute la plus répandue, valait de 10 à 25 litres. La boisse, ancienne mesure de blé, devait son nom au gaulois *bosta, « creux de la main, paume »: il fallait six boisses pour faire un boisseau. On pouvait ainsi ensemencer une boisselée d’une dizaine d’ares, nom que l’on retrouve au pluriel à Esse ( Char.) et à Longué-Jumelles (M.-et-L.) et aux Trente Boisselées à Leigné-les-Bois ( Vienne), aux Quarante Boisselées à Chasnais (Vendée), etc.

La coupée, d’une valeur proche de la précédente nous a laissé les Vingt Coupées à Cruzille-lès-Mépillat ( Ain ) et quelques la Coupée, les Coupées, etc. mais à manier avec précaution car il pourrait s’agir dans certains cas de simples coupes de bois.

La rasière ( on parlait de mesure rase, par exemple pour le froment et le seigle, opposée à mesure comble par exemple pour l’avoine), valant un demi- hectolitre était utilisée dans le Nord pour ensemencer moins d’un arpent, d’où Les Rasières à Féron, les Seize Rasières et les Quatre Rasières à Aniche, les Rasières Bleues à Flesquières, toutes dans le Nord.

Mesure à ras

La mencaudée, d’une valeur identique à la précédente, était elle aussi utilisée dans le Nord où Mencaudée apparaît dix fois, ainsi que des Cent Mencaudées à Solesmes, Avoingt et Aubencheul-au-Bac. L’écriture en était variable ( cf. ici ) d’où la Mancaudée de la Cure à Haspres.

Le bichet, ( se rattache aussi au grec βίϰος,« vase, amphore ») de capacité variable selon les régions, permettait d’ensemencer une bicherée d’une quarantaine d’ares notamment en Beaujolais et dans le Lyonnais. On trouve ainsi Le Bichet à Pinel-Hauterive (L.-et-G.), au Pourru-Saint-Rémy ( Ardennes), des Bichets à Passavant et Maîche ( Doubs ) et bien d’autres. ( merci à JSP pour m’avoir signalé ce bichet). Le dérivé bicherée est moins productif : je n’ai trouvé qu’une allée de la Bicherée à Pierrelatte ( Drôme).

Le jallois ( ou jalois ) a été très employé en Picardie orientale comme équivalent du setier. C’est ainsi que l’on trouve cinq fois les Quarante Jallois, trois fois les Cent Jallois et d’autres quantités comme les Seize Jallois à Landouzy-la-Cour ( Aisne ) ou les Douze Jallois à Aubenton ( Aisne ) et d’autres exemples dans les Ardennes.

Pour porter ces graines jusqu’au champ, laissant les bœufs au repos, l’homme bâtait souvent son âne. Et il mesurait alors ce qu’une ânée lui permettait d’ensemencer, à peu près sept arpents, d’où les Ânées à Brin ( C.-d’Or), à Troisfontaines-la-ville ( H.-M.) et une Ville Ânée à Plénée-Jugon ( c.-d’Armor). La salmée, ou saumado dans le Midi, la charge d’un âne, mesurait quatre setiers et permettait d’ensemencer de 70 à 80 ares. On trouve ainsi un lieu-dit Cent Salmées à Bellegarde ( Gard ), la Saumade à Valleraugue ( Gard ) des Saumades à Courthézon, Modène et Puyvert ( Vauc.). La confusion avec une possible saumade, « fabrique de sel », incite toutefois à la prudence.

Mais nous n’en avons pas fini: un troisième billet sera nécessaire!

Une devinette ?

J’ai volontairement omis de citer une autre mesure de grains ayant donné son nom à une mesure agraire, fort variable parfois même d’un canton à l’autre, et donc à des toponymes. Ceux-là sont pour la plupart localisés en Languedoc et, pour certains d’entre eux, une paronymie a provoqué un changement de l’initiale.

Allez! C’est cadeau! :

et :