Coleus, i

En villégiature dans le Tarn-et-Garonne, un ami, qui connaît mon intérêt pour la toponymie, m’a fait part du fou rire qui égaya sa voiturée lorsqu’un panneau leur indiqua la Grande Couille, commune de Lavit (attention !, au féminin : Lavit). « D’où vient ce nom ? », me demanda-t-il.

Mon premier réflexe fut de lui faire relire mon article de fin d’année concernant la Couillade des Bourriques, dans lequel j’expliquais que Couillade est «  la francisation de l’occitan colhada, dérivé de col, lui-même issu du latin collum, « passage dans la montagne ». Ma réponse le laissa perplexe car, me fit-il judicieusement remarquer, l’endroit n’a rien d’un col de montagne :

Grande Couille

Alors ? Eh bien, me voilà parti à l’exploration des Couilles, Couillades et autres toponymes du même acabit (non, le t ne se prononce pas).

Première constatation : il y a beaucoup plus de formes de Couilles (si je puis dire) que ce à quoi je m’attendais.

La forme la plus représentée est sans doute cette Couillade. Elle est suivie par Couillard, et ses dérivés Couillarde, Couillarderie, Couillardière, etc. Viennent ensuite des Couille, Couillet, Couillère etc. et quelques autres variantes anecdotiques – dont des faux amis.

Comme on le verra, l’étymologie selon le latin vulgaire *colea , féminin du latin classique coleus, « testicule », si elle semble évidente pour certains de ces toponymes, n’est pas la seule possible : les paronymes sont nombreux d’où la difficulté parfois d’émettre une certitude sur le sens du toponyme.

Couillade

Je me contente de redonner ici l’étymologie de ces Couillades : « il s’agit de la francisation de l’occitan colhada, dérivé de col, lui-même issu du latin collum, « passage dans la montagne ». Le suffixe occitan –ada (du collectif latin –etum/-eta) sert ici à désigner les deux versants du col ».

Seize exemples, tous accompagnés d’un déterminant (cf. l’article déjà cité), apparaissent exclusivement en Ariège, Aude et Pyrénées-Orientales

Couillard

Il s’agit d’un nom de famille issu d’un sobriquet qui signifie littéralement « qui a de gros testicules », donnant crûment une idée des penchants sexuels de l’individu. Rappelons qu’un « couillard » était le nom donné dans nos campagnes à l’âne non châtré. Cependant, d’autres sens peuvent être associés à cette épithète, cf. notre actuel « couillon » . D’autre part, les surnoms donnés aux villageois avant la généralisation des noms de familles étaient destinés à différencier ceux qui portaient le même nom, en général chrétien ; ces surnoms n’étaient le plus souvent ni cruels ni injurieux mais étaient considérés comme « normaux » à l’époque et même parfois tendres : qui ne se souvient de ce « grand couillon » de Marius, comme l’appelait César dans la trilogie de Pagnol ?

On rencontre des toponymes du type Couillard ou Le(s) Couillards répartis sur tout le territoire et même une Couillarde à Cézan (Gers). Le Couillard à Terves (D.-Sèv.) était déjà attesté Le Moulin de Couillard en 1365 (le meunier ne faisait pas que dormir, donc). Notons une Grande et une Petite Couillarde à Lajoux (Ain), L’Ouche Couillard à Mignerette (Loiret, avec ouche, « parcelle cultivée proche de la maison, potager », du gaulois olca, « labour ») et un irrésistible Mont Couillard à la Veuve (Marne).

Les dérivés en –erie ou ière, indiquant la propriété d’un certain Couillard se retrouvent dans la Manche et l’Orne, comme pour la Couillarderie à Pirou (Manche) ou la Couillardière à Rânes (Orne). Nul doute que les Couillardais à Missilliac (L.-Atl.) aient le même sens.

Enfin, l’étymologie du nom du lieu-dit Couillarsut (parfois orthographié Couillarçut) à Arette (P.-A.) est obscure. N’ayant pas réussi à en percer le secret, j’ai renoncé à en faire la devinette du jour.

Couille

Gardant le meilleur pour la fin – et donc la réponse à mon ami (vous vous souvenez ?) – je m’attaque enfin aux Couille (si je puis dire).

Ce toponyme n’apparaît tel quel qu’à de très rares exemplaires (mais plus d’une paire, quand même) : Couille à Montsaunès (H.-G.), la Couille à Mascaras et à Goulz (Gers), la Grande Couille à Sabonnères (H.-G.) et à Lavit (T.-et-G.) et la Noire Couille à Oisy (Nord).

Si j’en reviens à ma Grande Couille (si je puis dire) de Lavit, je constate que le nom était déjà mentionné ainsi sur la carte de Cassini, avec sa pendante (si je puis dire) Petite Couille, aujourd’hui disparue (ce qui faisait une belle paire) ainsi qu’un Couillet Haut :

LAVIT

(carte de Cassini -Feuillet 37 – Montauban -1777)

Ce diminutif Couillet se retrouve à une quinzaine d’exemplaires, dont six dans les Landes avec un redondant Petit Couillet à Lagrange. On trouve un féminin Couillette à Mauvaisin-de-Sainte-Croix (Ariège), un Bosquet Couillette à Sains-en-Amiénois (Somme) et plusieurs Couilline comme à Villandraut (Gir.)

L’étymologie la plus probable pour ces toponymes est celle du latin collis, « colline, coteau » ou, comme pour les Couillades dérivées de collum, il pourrait s’agir d’un petit passage entre deux collines. Une autre hypothèse, pour les Couillet du Sud-Ouest, fait état d’un dérivé colh, attesté en Armagnac, du gascon conh, « coin ».

Mais, notamment pour les Couillet du Midi, il peut s’agir là aussi d’un nom de famille issu de l’occitan couiet, coulhet, coulheto que F. Mistral (Trésor du Félibrige) définit comme « familier : bonhomme, sot, sotte », ajoutant les variantes euphémiques couièti, couiòti, couiòssi. Cf. là aussi ce que j’écrivais à propos de Couillard comme surnom.

La première hypothèse semble confirmée par des toponymes du type Couillère à Affléville (M.-et-M.), le Bois des Couillères à Lacour-d’Arcenay (C.-d’Or), les Couillères à Champier (Is.) qui sont issus du roman couliera, « ensemble de collines » – auxquels on peut sans doute ajouter Couilleuse à Saint-laurent-Nouan (L.-et-C.), avec un autre suffixe collectif.

Cependant, pour certains d’entre eux en Île-de-France, je trouve le sens de « spongieux» pour le Pré Couillet (au pluriel Prés Couillets à Clos Fontaine, S.-et-M.) dans la Toponymie en Seine-et-Marne de Paul Bailly (1989) qui pourrait s’appliquer à des Couillé (à Vaiges, May., etc) – mais sans que ce sens ne soit nulle part ailleurs signalé.

Enfin, l’hypothèse d’un anthroponyme n’est pas exclue pour certaines variantes comme pour Couillerie à Vazerac (T.-et-G.), Couilleron à Mauléon-d’Armagnac (Gers), Couillery à Coulonges-sur-Sarthe (Orne), et est certaine pour Chez Couillebeau à Moulidars (Char., mes compliments à Madame), Chez Couillandeau à Moutiers (Ch.-Mar.) et Chez Couillaud à Chatain (Vienne). A. Dauzat donne pour certains de ces anthroponymes une étymologie selon le latin culeum, « petit sac de cuir », pour désigner un fabricant ou un marchand de tels sacs.

Question sobriquet, on trouve le Roc du Couillon au Bugue (Dord.), le Couillonné à Passais (Orne), les Couillons de Tomé à Perros-Guirrec (C.-d’A.) et un Rayon Marc Couillon à Sorel (Somme). Chacun de ces toponymes mériterait une étude particulière pour en découvrir le sens exact.

Et que dire du Cascouillet à Boulogne-sur-Gesse (H.-G.), qui aurait pu faire l’objet d’une devinette si j’avais eu une certitude sur son étymologie ? Un composé d’une racine *kas, variante de * kar, « pierre » et couillet, « petite colline » ou plus simplement un sobriquet pour un personnage particulièrement ennuyeux ?

CPA Lavit

Les autres

Issu de la racine oronymique pré-indo-européenne *kuk, prolongée par le diminutif ulus, l’occitan a une forme coyol qui apparaît dans le Puech Couyoul à Montpeyrox (Hér.), dans le Roc Couillou à Fraissinet-de-Lozère (Loz.) et dans le Montcoyoul de Montredon-Labessonnié (Tarn, Montecucullo en 1358) rebaptisé en Mont-Roc pour cause d’interprétation péjorative donnée à coyoul. Cependant, il a pu y avoir télescopage avec le nom occitan du coucou, issu du latin cucullus, qui est appelé cogol, cocut ou encore coyol. C’est ce qui explique des noms comme Cante Couyoul  à Albefeuille la Garde (T.-et-G.), Combret (Av.), Grazac (Tarn), Quintillan (Aude), Ventenac (Ariège), Cante-Couyou à La Canourgue (Loz.), Cantecouyou aux Salces (Loz., attesté Cantacogul en 1246), Chantecouyou à Anglards-de-Saint-Flour (Cant.) et quelques autres comme le Pescoujoul à Cézens (Cant.) qui était Peuch-Couyoul en 1649, avec peuch dérivé de podium.

Le nom d’homme latin Colius est à l’origine de celui de Coueilles (H.-G., Colia villa), de Couilly-Pont-aux-Dames (S.-et-M., Coliacum en 853) et de quelques micro-toponymes similaires.

Il reste d’autres noms assez semblables, avec des suffixes variés qui n’apportent rien de plus et qu’il est inutile de tous citer ici.

Conclusion

S’agissant de « couilles », on ne pouvait s’attendre qu’à un sujet suffisamment complexe, mystérieux et sensible pour qu’on ne sache pas trop par quel bout les prendre.

Si je puis dire.

index

La devinette

Il vous faudra trouver un micro-toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour et désignant une hauteur toute relative comparée à ses voisines. Ce nom, qui peut être précédé d’un article, est composé de trois mots, d’une préposition et d’un trait d’union.

La commune où il est situé porte un nom, en un seul mot, incluant celui de son seigneur au XIIè siècle. Le nom de ce dernier est composé d’une racine germanique de sens obscur suivie d’un terme lui aussi germanique signifiant « puissant ».

Le chef-lieu du canton où se situe cette commune a fait l’objet d’une devinette il n’y a pas si longtemps, tandis que le nom du pays a été expliqué, avec celui de ses voisins, dans un billet il y a encore moins longtemps. D’où la difficulté à vous en dire plus à leur sujet sans trop vous faciliter le travail.

Allez !, un indice pour vous rapprocher de la solution :

indice a 19 09 2022

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Gratte-Ouasse (répàladev)

TRA, TRS et LGF sont les trois découvreurs de la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Gratte-Ouasse, un lieu dit de la commune de Bussy, dans le canton de Dun-sur-Auron, dans le département du Cher.

local Bussy

Gratte-Ouasse : le nom de ce lieu-dit est de création sans doute récente, puisqu’il n’est pas cité dans le Dictionnaire topographique du département du Cher (Hippolyte Boyer et Robert Latouche, 1926). On y reconnaît sans difficulté le verbe « gratter » (cf. le billet dédié) ici accompagné du terme ouasse, qui dans les patois du centre de la France (notamment en Berry, Nivernais et Sologne) désigne un corvidé, plus particulièrement la pie ou le corbeau.

ouasse DicoCapture

Glossaire du Centre de la France par M. le Comte Jaubert, 2è édition, 1864

Ce terme ouasse est une déformation régionale du nom agace ou agasse donné dès le XIè siècle à la pie. Il s’agit d’un mot venu de l’ancien haut allemand, restitué d’après le gotique reconstruit *agatja et attesté agaza au XIIIè siècle. L’ancien provençal agassa, de même origine et de même sens, est attesté au XIIè siècle et a sans doute influencé la forme française. Que ce soit en langue d’oïl ou en langue d’oc, le nom, sa prononciation et son écriture ont subi la paronymie du verbe « agacer » , à l’origine d’une étymologie populaire qui fait de la pie un oiseau qui agace.

Bussy : les formes anciennes Buthiacum (1183) ; Buci (1208) ; Buissi (1216) ; Buciacum (1234) ; Buxiacum (1246) ; Bucy (1249) ; Buxy (1319) ; Buxi (1368) ; Bussi (1469) renvoient à un nom d’homme latin Buccius accompagné du suffixe –acum. La page wiki consacrée aux homonymes en signale plus d’une quinzaine, mais tous n’ont pas la même étymologie, certains pouvant venir du latin buxum, « buis ».

le château de Bussy, ancienne propriété royale bâtie au début du XVè siècle, est curieusement surnommé le Bourg, un nom généralement attribué à une agglomération rurale plutôt qu’à un château.

Dun-sur-Auron : les formes anciennes In centena Dunensi (880) ; Dunum (1012) ; [Odo] de Duno (1102) ; Dunum regium (1205) ; Duni castellania (1175) ; Dunum regis (1284) ; Dum le Roy (1380) montrent que cette ville doit son nom au gaulois dūnum , « citadelle fortifiée ». Il est ici accompagné du nom de la rivière, l’Auron, laquelle était aqua…Otrionis en 855, de l’hydronyme pré-celtique *aut(u)ra accompagné du suffixe gaulois ou roman –onem. Ce suffixe a remplacé définitivement en 1880 l’ancien suffixe -le-Roi qui était dû à son appartenance au domaine royal après le don fait en 1100, avant de partir en Croisade, par le vicomte de Bourges au roi de France. (Vous imaginez ça, vous, Bernard Arnault donnant toutes ses richesses à la République avant d’aller se battre pour l’Ukraine ? Moi non plus.).

CPA-Dun-18-1

cdl 1

Les indices

indice a 11 09 2022 ■ Ceux qui ont des dessins (on dit bien « avoir des lettres » pour ceux qui ont lu de nombreux livres, pourquoi ne dirait-on pas « avoir des dessins » pour ceux qui ont lu de nombreuses bandes dessinées ?) se souviennent que la coupable du vol des bijoux de la Castafiore était la pie qui, comme le dit sa réputation proverbiale, est voleuse – on pourrait dire, en argot, qu’elle gratte.

indice a 13 09 2022 ■ Cette gravure de Buffon concernait les corvidés, dont la pie. Le même Buffon, dans son Histoire naturelle des oiseaux, mentionne les différents noms donnés à la pie, parmi lesquels ouasse.

indice b 13 09 2022 ■ Il fallait reconnaître l’écu de Jacques Cœur, célèbre négociant originaire de Bourges, donc du Berry.

Gratte

Deux remarques préliminaires : 

— parti, comme d’habitude, pour un petit billet, me voici arrivé, comme souvent, avec un long billet ;

— ceux qui attendaient de la guitare vont être déçus.

Les animaux signalaient leur présence dans nos campagnes de différentes façons et nos aïeux ont parfois utilisé ces comportements pour nommer des lieux. On connaît par exemple les nombreux noms composés avec les verbes chanter ou pisser, mettant souvent en cause le loup mais aussi bien d’autres animaux.

Le verbe gratter a été lui-aussi mis à contribution, souvent avec des animaux qui ont l’habitude de gratter le sol, que ce soit pour marquer leur territoire, creuser leur tanière ou chercher de la nourriture. Mais, là aussi, ce verbe a été utilisé avec d’autres sujets ou compléments, de manière plus ou moins métaphorique.

Le loup

À tout seigneur, tout honneur, place au loup qui apparaît dans le nom de Grateloup-Saint-Gayrand (L.-et-G., Gratelou en 1272) et dans de très nombreux lieux-dits, écarts ou hameaux nommés Gratte-Loup et Gratteloup ou Grate-Loup et Grateloup, et plus rarement au pluriel à Gratte-Loups (à Eus, P.-O. etc.) et à Grateleux (à Amblainville, Oise). Les mêmes noms se retrouvent en pays de langue d’oc sous les formes Grataloup et Gratalou, ou encore Grattaleu (un lac à Peisey-Nancroix, Sav.)

La femelle n’est pas en reste qui apparaît dans des noms comme Grattelouve, Grateloube, Gratteloube ou encore Gratelaube (Saint-Ybard, Corrèze).

CPA-grateloup

Les autres animaux

Très nombreux sont les Gratte-Chien et Grattechien mais plus inattendus sont les Gratte-Chat (à Brossac et à Rouillac, Char. etc.) et Grattechat (Saint-Seurin-d’Uzet, Ch.-Mar.)

Les autres mammifères ne sont pas oubliés. On trouve ainsi des Gratte-Chèvre et Gratte-Chièvre (à Lain, Yonne), des Gratte-Conil (Les Mées, A.-de-H.-P. conil, « lapin ») et Gratte-Counils (à Sigean, Aude), un Gratte-Lapin (à Saint-Christophe-de-Double, Gir.), deux Gratte-Lièvre, un Gratte-Rat (à Fouquebrune, Char.). À Bruniquel (T.-et-G.) on trouve un Gratebiau où c’est le bœuf qui gratte à moins qu’il ne s’agisse d’une ancienne peausserie où l’on grattait le cuir de bœuf, un nom que l’on pourrait alors rapprocher de celui de Grattelard (à la Chapelle-Saint-Mesmin, Loiret).

Les oiseaux qui grattent la terre à la recherche de nourriture sont représentés par quelques Gratte-Galine, Gratte-Géline et Gratte-Coq, un Gratte-Jaud (à Seigné, Ch.-Mar., avec jal, « coq »), un Gratte-Poule (à Liffol-le-Grand, Vosges), un Gratte-Poulet (à Salles-d’Angle, Char.), un Gratte-Pigeon (Beauville, H.-G.) et, plus inattendus, un Gratte-Grue (à Pont-sur-Seine, Aube), un Gratte-Merle (à Saix, Tarn), un Gratte-Perdrix (à la Bastide-de-Sérou, Ariège), un Gratte-Perlic (Grazac, Tarn, avec perlic pour « perdrix ») et un Gratelause (Parisot, Tarn, avec l’occitan alausa, «alouette »). Pour ces derniers, qui ne sont pas particulièrement des gratteurs de terre, sans doute s’agit-il simplement de désigner un lieu de prédilection, une niche écologique de tel ou tel oiseau.

Plus inattendu encore, le Gratte-Grelet au Thou (Ch.-Mar.) avec le poitevin grelet, « grillon ».

Les êtres humains

Grattepanche (Somme) est une appellation ironique pour une terre ingrate de peu de rapport où le paysan n’avait plus qu’à se « frotter la panse » (panche en picard). On trouve le même nom pour Gratepanche (à Vandeuil, Oise) et un Bois de Gratte-Panche (à Ferrières, Oise). L’assimilation de l’un ou l’autre de ces lieux avec le Bratuspantium de César, où se soumirent les Bellovaques en 57 av. J.-C., est « insoutenable tant du point de vue historique que philologique » nous expliquait déjà Longnon (Les noms de lieux de la France, 1923) – mais la discussion est toujours ouverte.

CPA-grattepanche

Le sens proprement dit de gratter, provoquer des démangeaisons, apparaît au Bois de Gratte-Poil (Bussière-Galant, Hte-Vienne), au Bois de Gratte-Pel (Auberive, Hte.-Marne), au Bois de Gratte-Peau (Santery, V.-de-M.) et au Bois de Grattepoil (Lieusaint, S.-et-M.). Ajoutons un Gratte-Pied (Colombier-en-Brionnais, S.-et-L.), un Gratte-Dos (Asnières-lès-Dijon, C.-d’Or) et un Grattedos (à Villiers-les-Aprey, Hte.-Marne), un Gratte-Oreille (Saint-Martin-de-Benegoue, D.-Sèv. – dans le Centre de la France, un gratte-oreille était un chemin dans lequel on hésitait à s’engager par peur d’un danger quelconque, comme de s’y embourber : on se grattait l’oreille par hésitation ), un Grattequina (à Blanquefort, Gir. – avec l’occitan esquina, « échine, dos ») un Gratte-Teste (à Caumont-sur-Durance, Vauc.), un Grattecuisse (Chemiré-sur-Sarthe, M.-et-L.) un Grattejambe (à la Tour-en-Jarez, Loire), un Gratte-Cambe (Lebrei, Lot – gascon cambe, « jambe ») et Castelnaud-de-Gratecambe (L.-et-G.). Vous l’attendiez tous et, oui, il y a bien des Gratte-Cul (à Gron, Yonne) et un ruisseau Grattecul (à Coutenay, Is.) gratte-cul désignant le fruit de l’aubépine, du houx ou de l’églantier. Et gardons le meilleur pour la fin : le bois de Gratte-MerdeSepteuil, Yv.).

L’église de Notre-Dame-de-Gratemoine (Séranon, A.-Mar.) était quant à elle dite de Sainte-Marie Gradecamunne en 1060 (Cartulaire de Lérins), ecc. Ste Marie Gradecamunde en 1110-25 (ib.), Grasacamogna en 1274 (Pouillés d’Aix, Arles et Embrun) et enfin Grata Moyna en 1351 (ib.). Ce nom viendrait de grada camina, « le chemin qui monte », lit-on ici. On est en droit de se poser des questions : le latin vulgaire avait en effet *caminus pour « chemin » et gradus pour « pas » ou « degré », mais il s’agissait de deux noms masculins. L’explication donnée par un panneau signalétique sur place (et reprise par wiki) est encore plus tordue : il s’agirait d’une déformation progressive du latin  gradiva  qui signifie « degré » et   caminus  qui signifie « chemin ». Ces termes feraient allusion à la situation de l’édifice bâti sur le seul point élevé de la plaine. Outre que gradiva signifie « celle qui marche » et pas « degré », on se demande comment ce mot, qui aurait dû perdre son d intervocalique, serait passé à grata.  Je préfère m’en remettre à Charles Rostaing (Essai sur la toponymie de la Provence, 1950, réed. Laffitte Reprints, 1973) qui voit dans la première partie de ce nom un dérivé en *gr-at(a), de la racine pré-indo-européenne *gar, « roche, caillou » (cf. le paragraphe suivant) et dans la deuxième partie la racine pré-indo-européenne à valeur oronymique *kam accompagnée d’un suffixe donnant *kam-unna/*kam-onna. Il rapproche ce dernier nom, justifié par la localisation du site à plus de 1000 m d’altitude, de celui des Cammunni ou Comoni, peuple réto-ligure, de Camundus qui désignait en 739 une ancienne localité de la Maurienne et de Camagna Monferrato, localité italienne du Piémont. Il ajoute, en note de bas de page : « Gratemoine est dû à un calembour que l’irrespect dont il témoigne à l’égard des moines peut faire dater du Moyen Âge ».

Signalons aussi un Gratte-Moine (Saint-Jean-d’Angély, Ch.-Mar.) sans explication convaincante. Il s’agissait du nom d’un monolithe sur lequel on disait peut-être que les moines venaient s’y gratter le dos.

Gratte employé seul

Le terme Gratte apparaît aussi seul dans quelques toponymes répartis sur tout le territoire sans qu’on soit bien sûr du sens à lui donner. E. Nègre signale par exemple le sens de « claie » en langue d’oïl, d’où le sens de « claie en pente » qu’il donne à Gratepanse ou Grattepanche vus plus haut. En région de langue d’oc, le terme grata désignait un terrain pierreux (en Aveyron, la grata est le nom d’un grès dur et siliceux) d’où la plaine de la Gratte à Clapiers (Hér.), La Gratade à Castanet (AV.), le Gratet (Saint-Martin-de-Londres, Hér.), la Gratisse (Marvejols, Loz.), etc.

Si on admet pour gratte le sens de « terrain rocailleux » (pré-indo-européen *gr-at(a), cf. le paragraphe précédent), alors le nom Gratecambe vu plus haut a pu être décrit (B. Boirye-Fénié, Dictionnaire toponymique des communes – Lot-et-Garonne, éd. Cairn, 2012) comme composé avec le gaulois camb-, « courbe », qui décrirait la forme arrondie de l’éperon rocheux sur lequel Castelnaud-de-Gratecambe est bâti, ce que la topographie des lieux est pourtant loin de confirmer.

Avec l’épithète occitane mala, on rencontre les noms Malagrate (Malons-et-Elze, Gard) et Malagratte (Prades, Loz. ; Saint-Étienne-de-Lugdarès, Ardèche) qui s’appliquent à la stérilité de la pierraille, des rochers et des galets. À ces noms répondent, en pays d’oïl, les Malgratte (àThénezay et à D’Assais-les-Jumeaux, D.-Sèv.), Maugrat (Saint-Amand-de-Boixe, Char.), la Maugratée (Saint-Gourgon, L.-et-C.), etc.

Les autres

Le travail du paysan était mis en valeur à l’Ancien Moulin de Gratte Paille (à Neussargues-Moissac, Cantal), à Gratte Paille (à Conchez, Eure), à Grattepaille (à Saint-Préjet-Amandon, H.-L.), à Grate Pailles (à Cruéjols, Av.), à la Grattepaillère (Coulonges-les-Sablons, Orne) qui désignaient l’aire à dépiquer ou le champ de blé. Le gratte-paille est aussi un des noms donnés à la fauvette d’hiver ou mouchet, mais on voit mal le nom de ce petit oiseau passé à tant de toponymes.

Le paysan sarclait la terre à Gratte-Champ (Freycenet-la-Cuche, H.-L.), Grattecap (Blanquefort, Gir. avec cap pour « champ »), Gratacap (saint-Martin-de-Maurs, Cant.), Gratte-Sol (Saint-Arcons-d’Allier, H.-L.) et aux Champs-Grattez (Martigny-le-Comte, S.-et-L.).

Le nom de Gratte Bousse (Sigalens, Gir.) vient de bousse, « buisson » et celui de Gratte-Bruyère (Veyrières, Gir.) évoque la végétation du lieu. Quant aux Gratte-Semelle (Tarascon, B.-de-R. ; Chanceaux-sur-Choisille, I.-et-L. ; un versant de la colline de Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille), ils désignent des chemins caillouteux.

Le nom de Gratte-Denier (Mazeray, Ch.-Mar.) fait-il allusion à un champ à gratter pour quelques deniers ou bien à un individu plutôt près de ses sous ?

Des noms comme Gratte-Bourse (à Faye-d’Anjou, M.-et-L.) et Gratte-Gousset (à Chatuzange-le-Loubet, Drôme) font sans doute allusion à des endroits fréquentés par des voleurs à la tire. Mais que dire de ces autres noms qui peuvent donner lieu à diverses explications : Gratte-Fer (Grisy-les-plâtres, Val-d’Oise ; Nîmes, Gard), Gratte-Sac (Courgeon, Orne ; Voutré, May.), Gratte-Pierre (Saint-Michel, Aisne ; le Cheylard, Ardèche), Gratte-Sel (Villefollet, D.-Sèv.)et, plus étonnants, Gratte-Vieille (Préaux, Ardèche) et Grattechef (Angoville-sur-Ay, Manche).

Et les faux amis

Le nom de Gratentour (H.-G.) que Dauzat & Rostaing voyaient, sans en connaître les formes anciennes, comme une appellation ironique, gratte entour, pour un terrain ingrat, est en réalité un ancien Garatentorn (1428) soit un « (lieu) protégé, réservé » (occitan garat) « tout autour » (occitan entorn) selon E. Nègre.

Les noms de Gratibus (Somme) et de Gratot (Manche) sont issus de celui d’un nom d’homme germanique, Crato, et du norrois bu, « ferme », pour le premier ou du scandinave topt, de même sens, pour le second. Il existe d’autres noms semblables qu’il serait trop fastidieux (déjà que …) de passer en revue ici.

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La devinette.

Il vous faudra chercher le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine lié au mot du jour.

Ce toponyme concerne un animal dont le nom y est dit dans la langue traditionnelle régionale. En réalité, ce nom a pu désigner plusieurs espèces d’animaux d’une même famille, et s’ils sont tous gratteurs, c’est même, dans un sens, devenu proverbial pour l’un d’eux.

Il est situé dans une commune au nom classiquement formé de celui d’un homme latin accompagné du suffixe bien connu –acum. On compte deux communes parfaitement homonymes et une quinzaine d’autres portant le même nom accompagné d’un déterminant – sans compter une autre commune chez un de nos voisins.

Cette commune s’enorgueillit d’abriter un château du XVè siècle ayant appartenu au domaine royal et aujourd’hui propriété privée. Il est curieusement surnommé, par les habitants de la commune, de manière oxymorique.

Le chef-lieu du canton où est située cette commune porte un nom gaulois accompagné de celui de la rivière au nom pré-celtique.

Un indice :

indice a 11 09 2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Au bain !

bain cochons

 Après les avoir vus se noyer, allons les voir se baigner !

Les toponymes en rapport avec le bain (latin balneum) sont bien trop nombreux pour être passés en revue – qu’on pense seulement à toutes ces villes qui ont cru bon d’ajouter les-Bains à leur nom – d’autant plus qu’un aperçu en a été donné dans ce billet.

Il ne sera donc question ici que de toponymes mentionnant qui ou quoi prend un bain, comme on a vu dans le précédent billet qui se noyait.

Curieusement, le mot le moins utilisé dans ces conditions est « bain » que l’on ne trouve que pour le Bain de l’Ours, un alpage à Bozel (Sav.), le Bain des Corbeaux à Gommergnies (Nord), le Bain des Dames à Coucy-le-Château (Aisne), un ancien corps de ferme sur les bords de l’Ailette et le Bain des Pères à Rupt-sur-Saône (H.-Saône), auxquels on peut rajouter des noms moins officiels comme les nombreuses plages appelées Bains des Dames (à Marseille, Cognac, Châteauneuf-sur-Charente etc.) qui rappellent pour la plupart des lieux de baignade spécialement aménagés pour garder les dames à l’abri des regards.

On trouve bien entendu un plus grand nombre de toponymes formés avec le verbe « baigner » mettant le plus souvent en scène un animal. En voici une liste, certes non exhaustive, mais donnant quelques exemples parmi les plus fréquents :

  • Baigne-Jau : un étang à Mézières-en-Brenne (Indre) avec le dialectal jau, « coq » (cf. Baigne-Jean un peu plus loin) ;
  • Baigne-Chien : un lieu dit à Prahecq (D.-Sèv. ), une Fosse du Baigne-Chien à Neuvy-le-Roi (I.-et-L.), un lieu-dit Les Baigne-Chiens à Neuil (I.-et-L.), un Puits de Baignechien à Vaux (Vienne) ;
  • Baigne-Truie : un lieu-dit à Saint-Laurs (D.-Sèv., déjà Baigne Truye en 1547) et un ruisseau de la Fontaine de Baignetruie à Breuil-Barret (Vendée) ;
  • Baigne Bœuf : une fontaine et un ruisseau de Baigne-Bœuf à Argy (Indre), le Baignebœuf, un lac et affluent du Salleron à Latus (Vienne) et un étang de Baignebœufs à Marsat-la-Courrière (Creuse, déjà ce nom en 1657) ;
  • Baigne-Grole : un lieu-dit à Anglade (Gir.), avec grole de l’occitan graulo, « corneille » (eh non ! Ce n’est pas un bain de pied chaussé ! ) ;
  • Baigne-Chat : un ruisseau à Vouzailles (Vienne) ;
  • Baigneloup : un lieu-dit à Tremblay-le-Vicomte (E.-et-L.) et une vallée de Baigneloup à Danmarie (E.-et-L.) ;
  • Baignerenard : un ruisseau et un lieu-dit à Marches (Drôme) attesté Comba de Bani Regnart (1418).

Les animaux ne sont bien entendu pas les seuls à se baigner. On trouve ainsi un ruisseau et un étang Baigne-Jean à Mézières-en-Brenne (Indre, anciennement étang de Milleret, mais qui pourrait être, par corruption, le même que l’étang de Baigne-Jau vu plus haut – mes sources sont contradictoires, me voilà fort marri) et un quartier Baigne-Pieds à Avignon (Vauc., là ça va, je connais). Mais ce qui se trempe le plus souvent est quand même le cul, avec un lieu-dit Baigne-Cul à Tremblay-en-France (Indre) et à Saint-Julien-de-Concelles (L.-Atl.), un pont de Baigne-Cul à Jallais (M.-et-L.), un ruisseau de Baigne-Cul à Vaux-les-Prés (Doubs) et un ruisseau de Cul-Baigné à Saint-Gildas-des-Bois (L.-Atl.). On aura noté au passage que c’est dans le grand nord, c’est-à-dire au nord de l’Ardèche, qu’on aime se mouiller le derrière – si je prends l’Ardèche comme repère, c’est parce que sa source, à Astet, se situe un poil (si j’ose dire) au sud de Chaudes-Aigues (Cantal) où on trouve un lieu-dit Trempe-Cul (mais, dans des eaux chaudes, qui s’en priverait ? ). Et puisque nous en sommes à « tremper », notons que, hormis des Trempe ou des Trempettes sans mystère, peu de toponymes en sont dérivés sauf un ruisseau de Trempelou où on a vu le loup à Fraissinet-de-Lozère (Loz., ben oui) et une Font de Trempe-Soupes à Saint-Auban-d’Oze (H.-Alpes) pour laquelle je m’interroge : s’agissait-il de ramollir sa tranche de pain (étymologie de soupe) en la mouillant, d’y avoir des relations homosexuelles (mais ce sens argotique me semble peu probable ici) ou, plus vraisemblablement, d’y être trempé comme une soupe ?

J’ajoute une mention particulière pour Baigne-Cane, nom de trois lieux-dits dans les Deux-Sèvres à Prahecq, Frontenay-Rohan-Rohan et Granzay-Gript et un Baigne-Canne(s), nom d’un lieu-dit à Niort (même département). Il semble qu’il s’agisse là plutôt de canne au sens d’ajonc, roseau – mais je trouve aussi dans certains lexiques poitevin-saintongeais le sens de « canne de marche » pour cane … En l’absence de formes anciennes, hormis un Baignecannes à Saint-Florent, malheureusement non daté dans le Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres (B. Ledain, 1902), en l’absence de formes anciennes, donc, qui permettraient éventuellement d’exclure la quenne, « cane, femelle du canard », je reste dans le brouillard.

Bien entendu, des toponymes similaires existent en pays de langue d’oc, formés sur l’occitan bagna. C’est ainsi qu’on trouve :

  • Bagne-Chien : un lieu-dit à Espagnac (Corrèze) et à Auzon (H.-Loire) ;
  • Bagne-Lèbre : un lieu-dit de la Bastide-des-Jourdans (Vauc.) avec l’occitan lèbro, « lièvre » ;
  • Bagne Loup : un lieu dit à Brouzet-lès-Quissac (Gard) — et un lieu-dit à Fontenille-Saint-Martin d’Entraigues ( D.-Sèvres), avec bagne en poitevin-saintongeais, que je n’ai pas oublié ;
  • Bagnabou : à Saint-Étienne-de-l’Olm (Gard) avec bou, « bœuf » ;
  • Bagno Moutous : un lieu-dit à Alzonne (Aude), avec moutou, « mouton ».

Attention toutefois aux faux amis possibles issus de la racine oronymique pré-latine *ban qui est par exemple à l’origine de Bagnaloups à Usclas-du-Bosc (Hér.), la « hauteur du loup » (il n’y a qu’à y faire un tour pour se rendre compte qu’un loup aurait du mal à s’y baigner !) et de Bana Vieille à Sorbs (id.) où aucune personne âgée ne s’est sans doute jamais baignée mais où se trouve un dolmen peut-être à l’origine du qualificatif.

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Les devinettes

Une fois de plus, je n’ai pas pu choisir entre deux devinettes possibles …

1 Il vous faudra trouver un ruisseau dans lequel on baignait des animaux pour une raison bien particulière. Son nom est formé d’un dérivé du latin balneo, –are , « baigner », accompagné de la raison pour laquelle on y plongeait des animaux.

Sur un autre site de la même commune, la légende prétend que des femmes aux pouvoirs particuliers venaient se baigner et laver leur linge les nuits de pleine lune puis le faire sécher au soleil.

Le nom de la commune où coule ce ruisseau est formé de celui d’un nouvel établissement mentionné pour la première fois au début du XIè siècle et déterminé depuis le XIVè siècle par un patronyme d’origine germanique, celui des barons du lieu dont la lignée s’éteignit au XVIIè siècle.

L’origine du nom du chef-lieu d’arrondissement est pré-latine et pré-celtique, mais son sens est peu assuré. On a pu faire le rapprochement avec une racine indo-européenne signifiant « clair, lumineux ».

Le nom du chef-lieu de canton est sans doute issu de celui, d’origine pré-celtique, de la rivière qui l’arrose – mais cela n’empêcha pas la commune de faire figurer un animal dans son blason qu’elle pensait rendre ainsi « parlant ».

2  Il vous faudra trouver un lieu-dit dont le nom évoque le bain qu’on y faisait prendre à des animaux d’élevage.

Le nom de la commune où se trouve ce lieu-dit est formé de celui, attesté au début du XIIè siècle, du domaine agricole d’un homme germanique et complété un siècle plus tard par le patronyme du nouveau propriétaire des lieux.

Le chef-lieu d’arrondissement a pris le nom des Gaulois dont il était la capitale.

L’ancienne commune qui a donné son nom, sous forme adjectivale, aux villages qui ont formé la nouvelle commune chef-lieu de canton, portait un nom signifiant « forêt ».

cdl d

Je n’aurai probablement pas le temps d’écrire un billet avec les traditionnels indices du mardi. Je vous livre donc dès ce soir deux indices :

■ et d’un :

indice a 21 08 2022

■ et de deux :

indice a 22 08 2022

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

On s’y noie !

Saucisson sec

Quand de nos rus les hauts lits sont secs, le moment est venu de témoigner, pour les générations futures, d’un temps, j’allais dire béni, où les bêtes pouvaient encore s’y noyer.

De cette époque où les ânes et les mulets étaient le moyen de transport le plus utilisé, les crues automnales et printanières des ruisseaux présentaient des obstacles majeurs à la progression des charrois et pouvaient provoquer des accidents.

Rien que dans l’Hérault, on relève trois ruisseaux appelés Nègue-Saume (à Buzignargues), Nègue-Saumes (à Florensac) et Néga-Saume (à Saint-Guiraud), de l’occitan nega sauma, « qui noie l’ânesse, la bête de somme » [occitan negar, du latin necare, « noyer » et sauma, du latin salma, « bête de somme, ânesse »]. On trouve aussi le ruisseau Négosaoumos à Montauban, un ruisseau de Nego Soume à Verfeil et deux autres de Nègue-Saume à Bruniquel (T.-et-G.) et à la Salvetat-Peyralès (Av.).

Si une partie de ces toponymes peut être attribuée à une volonté facétieuse de conjurer le sort, il faut malgré tout tenir compte de la dangerosité de certains de ces lieux, souvent des gués dont le nom a été étendu à l’ensemble du cours d’eau et même quelquefois au lieu-dit. C’est le cas de Négosaoumos à Montauban et du lieu-dit Negos-Saumos de Cugnaux (H.-G.), de Nègue-Saume à Puylaurens (Tarn) ou encore de Nègue-Saumes à Florensac et Loupian (Hér.)

En Lozère, Négazes (nega ases, « noie les ânes »), est un lieu-dit de Saint-Étienne-Vallée-Française qui a pris le nom de la confluence du Gardon de Saint-Martin-de-Lantuscle et du Gardon de Saint-Germain, où se trouve le pont de Négase. À Lavaur (Tarn) se trouve le lieu-dit Négolase.

pont négase

le pont de Négase à Saint-Étienne-Vallée-Française

Les bêtes de somme n’étaient pas les seules concernées, puisque les animaux d’élevage couraient les mêmes danger au passage des cours d’eau. C’est ainsi qu’on trouve des ruisseaux dont le nom appartient au type nega feda, « qui noie les brebis » (occitan feda, du latin feta, « matrice ») : un ruisseau de Nègue Fèdes à Puisserguier, des Nègues Fèdes à Colombiers et de Nègue Fédès à Capestang et Sauvian, tous trois dans l’Hérault, où les troupeaux de fedas sont en danger d’être noyés au passage de l’eau devenue torrentueuse à la saison des pluies. Le ruisseau de Puisserguier est déjà cité sous ce nom en 1251 : recum sive rivum qui dicitur de Negafedes alio nomine vocato delz Estagnols (« ruisseau ou rivière qu’on appelle de Negafedes autrement appelé des Estagnols » – diminutif de l’occitan estanh, « étang »). Pour rester dans les petits animaux d’élevage, notons le lieu-dit Crabo Négado de Laurabuc (Aude) et le ruisseau de Négocrabos à Montauban (T.-et-G.) où c’est la chèvre qui se noie (crabo, métathèse pour cabra, déjà vue à propos d’Escanecrabe dans ce billet) et ajoutons le ruisseau de Nèguebouc, limitrophe de Saint-Santin-de-Maurs et du Trioulou dans le Cantal, et les lieux-dits Nèguebouc à Préchac (Gers – cf. l’illustration ci-dessous), Nègue Bouc au Vigan (Lot) et Nègue-Bouc à Penne-d’Agenais (L.-et-G.), où c’est le bouc qui se noie, y a pas de raison #metoo.

Nèguebouc

En montant d’un cran dans la taille de l’animal d’élevage, on arrive aux bovins mis en péril par les crues comme au ruisseau de Nèguevaques qui se jette dans l’étang de Thau à Mèze (Hér., de Negavacas en 1152, aussi appelé Negabovis à une date indéterminée au Moyen Âge sans doute après une forte crue désastreuse) ou à Nègue-Vaques à Montagnac (Hér.), à Néga-Biou à Gaugeac (Dord.), à Négo Biau à Mireval-Lauragais (Aude) et à Saint-Antonin-Noble-Val (T.-et-G.). Dans les Pyrénées-Orientales, on trouve plusieurs Nègabous, dont le site archéologique de Perpignan, avec l’ancien occitan bou, « bœuf ». Près des Saintes-Maries-de-la-Mer (B.-du-R.) se trouve le lieu-dit le Pas de Nègue-Biou, où le biou est le taureau de Camargue, logiquement appelé ainsi puisqu’il s’agit en fait (attention, divulgâchage !) d’un bovin châtré. Après la vache et le bœuf, le veau n’était pas à l’abri, on s’en doute, d’où le Nègue Vedel à Gauré (H.-G., occitan vedel, du latin vitellus, « veau »). Notons, pour en finir avec les bovins, la combe de Nègre-Boeuf à La Vacquerie-Saint-Martin-de-Castries (Hér.) qui est notée Peguabuos (à lire Neguabuos) dans une copie en 1783 d’un manuscrit de 1268 et qui est sans doute une altération de *Nègue-Boeuf.

Outre ces bêtes d’élevage courant, il s’en trouvait d’autres à se noyer au passage de gués en crue. Ainsi du lieu-dit Nègueporc à Moissac (T.-et-G.), du Négo-Porc à Féneyrols (id.) et du Nègue-Porc à Lherm (H.-G.), quand le porc salue une dernière fois, et de Négogalinos à Portet-sur-Garonne (H.-G.) et du ruisseau de Nèguegalines à Villebramar (L.-et-G.), avec la poule à l’eau. Plus anecdotique, on trouve le ravin de Ratte Negada à Py (P.-A.), le Néguirat à Terrasson-Lavilledieu (Dord.) et le ruisseau de Négo Rattos à Gaillac (Tarn), où même les rats se noyaient lors des crues.

Une place particulière doit être réservée au Nègue-Poulin de Cuq (L.-et-G.), au mas de Nègue-Poulin de Bezouce (Gard) et au Nègue-Pouly de Vaïssac (T.-et-G., avec un y transcrivant la prononciation occitane non nasalisée) qui n’ont sans doute rien à voir avec le poulain. En latin, pullus et son dérivé diminutif pullinus s’appliquaient au petit de tout animal et particulièrement au poulet. Ce n’est que plus tard (on ignore l’époque, sans doute peu avant le XIè siècle) que pullinus se spécialisa au sens de progéniture du cheval. Comme sobriquet, l’occitan donne toujours, à côté du sens de « poulain », celui de « jeune homme », avec parfois une connotation de coureur de jupons.

Ailleurs, le ruisseau servait à la limitation des populations de chats : ainsi du Néga-Cats, lieu-dit de Lattes (Hér.), où coule le ruisseau du Noyer des Champs, belle euphémisation de son nom attesté rivum de Negacatz en 1272, qui se perd dans l’étang de Pérols où son nom originel (Neguacatos en 1166) et sa réputation n’ont pas été oubliés. Dans le même département, à Saint-Jean-de-la-Blaquière, on trouve également un lieu-dit Nègue-Cats. Héraultais par ma mère, je jure que je n’ai jamais tué de chats (sauf par obligation professionnelle mais jamais en les noyant – 3:57).

Plus facétieux sont Nèguevieille, ruisseau qui passe à Lamagistère (Tarn, Négo-Vièio, « où la vieille se noie »), le Nègue Vielle, ruisseau de la Gironde, affluent rive droite de la Garonne, celui de Nègue Vieille à Montcuq (Lot) et le lieu-dit Négobielle à Escatalens (T.-et-G.). Plutôt que d’un rappel d’un fait-divers qui aura marqué les esprits, peut-être ne s’agit-il que d’un appellatif, en ancien occitan nega vièlah, d’un vieux pont de planches branlantes ou d’un gué peu sûr. On peut rapprocher de ces noms celui du ruisseau Négodanos à Fauch (Tarn) et celui de la rue Nego-Danos à Albi, anciennement traversée par un ruisseau où les dames risquaient de se noyer (occitan negua donas, « où se noient les dames », avec une métathèse sans doute provoquée par le rapprochement avec le français « d’ânes »). À Saint-Agnan (Tarn), le lieu-dit Négo-Fillos, en occitan Nega fillas, garde probablement le souvenir d’un fait divers qui a durablement marqué les esprits. Mais que penser du ruisseau de Nègue-Capelan à Saussines (Hér.) où l’occitan capelan désigne le chapelain, le prêtre desservant une chapelle ? Héraultais par ma mère, je jure que, même si l’idée m’a parfois effleuré, je n’ai jamais noyé de curé.

Restent quelques noms plus mystérieux comme le lieu-dit Nègue-Jarriaux à Loupian (Hér.) ou encore les ruisseaux de Nègueboute à Saint-Hippolyte-du-Fort, de Nègue-Boutou à Muret (H.-G.) et de Nègue-Bouts à Vaïssac (T.-et-G.). Le premier concerne sans doute un nom de famille, altération de Jarriault bien attesté, tandis que les trois suivants sont peut-être à rapprocher de « bout, extrémité de terrain » (l’ancien occitan bou, « bœuf », attesté en Aveyron au XIIè siècle, n’explique pas le t final). Le premier élément nègue de ces toponymes aurait alors le sens de « (terre) noyée », ce qui nous permet de signaler d’autres lieux sujets à inondations ou bien encore dont le sol est mal drainé qui sont évoqués par des dérivés de negar, « noyer ». À Servian (Hér.), le Pech Négadié (Puech Negadi et Négadié en 1650 – avec pech du latin podium), hauteur entre deux ruisseaux, peut représenter un terrain sujet à être inondé. Le lieu-dit Négadis, limitrophe des communes de Paulhan et d’Usclas-d’Hérault (al Negadis au XVIè siècle), les Négadis de Draguignan (Var), au bord de la Nartuby connue pour ses débordements, et le Négadis, nom de ruisseau à Monze (Aude) représentent l’occitan negadis, terrain sujet à être submergé, champ marécageux. Un diminutif apparaît aux Négadous de Carcès (Var) et de Villeneuve-lès-Béziers (Hér.) comme aux Négadoux de Six-Fours-les-Plages (Var). La forme francisée apparaît aux Négades d’Orange et de Caderousse (Vauc.) et à la Passe de la Négade à Soulac-sur-Mer (Gir.). Le ruisseau de Peyre Negadouire, à Roquessels, comme le lieu-dit Negadouires de Candillargues, tous deux héraultais, ou encore le Lac des Négadouires à Bach (Lot), représentent un sens identique avec suffixe –oria.

Négadis draguignan

On aura été peut-être étonné, en lisant ce billet, de n’y trouver que des toponymes de l’aire occitane. L’explication tient sans doute au très grand nombre de cours d’eau aux crues soudaines, que ce soit dans les Pyrénées ou le Massif-Central, qu’on trouve dans le Midi mais il faut sans doute aussi la trouver dans le fait que, dans le domaine d’oïl, les dérivés du verbe latin necare, « noyer », peuvent se confondre avec ceux dérivés du latin nucarius, « noyer (l’arbre) » et ceux dérivés du gaulois nauda comme « noue » ou « noie ». Mais peut-être peut-on tout de même voir dans l’Étang Noie la Ratte à Esboz-Brest (H.-Saône) un équivalent du Négo Rattas de Gaillac (Tarn) ? En tout cas le doute n’est pas permis pour le Champ Noyé de Montgaudy (Orne) qui devait être particulièrement inondable.

Et voilà ! vous pouvez refaire surface et respirer.

index

Les devinettes

Avez-vous noté le pluriel ? Oui, il y en aura deux ! Il vous faudra trouver les noms différents d’ un lieu-dit et d’une rue de France métropolitaine qui rappellent la présence d’eau où des animaux se noyaient. Ces deux endroits ne sont séparés que d’une cinquantaine de kilomètres, mais dans deux départements différents.

Lettrine-1- La rue est située non loin du centre d’une grande ville universitaire. La zone où elle a été tracée, à la fin du XIXè siècle, était particulièrement marécageuse et irriguée par de nombreux petits ruisseaux. Son premier nom, qui faisait allusion à la gare toute proche, a été changé au milieu du XXè siècle pour reprendre celui que les habitants avaient donné à l’un de ces ruisseaux où leurs animaux finissaient noyés.

Le nom de la ville est formé d’une racine et d’un suffixe prélatin voire préceltique et qui doit avoir le sens de « hauteur », la vieille ville ayant été bâtie sur un promontoire dominant le fleuve qui la baigne.

Lettrine-2-233x300 Le lieu-dit porte un nom qui peut sembler paradoxal dans la mesure où on ne s’attend pas à ce que les animaux dont il est question puissent se noyer. Ce toponyme est d’apparition récente puisqu’il ne figure pas encore sur la carte d’état major de 1869.

La commune sur le territoire de laquelle il se situe porte un nom d’étymologie obscure même si on peut y reconnaître un mot latin du domaine rural, hypothèse que le suffixe semble pourtant contredire : il pourrait alors s’agir d’un mot qui aurait été modifié par attraction dudit mot latin.

L’étymologie du nom du chef-lieu d’arrondissement où se situe cette commune a été révélée sur ce blog dans un billet concernant une couleur tandis que celle du chef-lieu de canton l’a été dans un billet concernant une hauteur gauloise.

Un indice qui fonctionne pour les deux lieux à trouver :

indice a 14 08 2022

Réponses attendues chez leveto@sfr.fr

Mate et touche

Je m’intéresse aujourd’hui à deux termes désignant, en toponymie, peu ou prou la même chose, à savoir un petit bois, souvent juché sur un petit tertre : la mate et la touche.

Mate

Le terme occitan mata, d’origine pré-celtique, est courant pour désigner une touffe d’herbe (una mata d’èrba), un ensemble de rejetons poussant sur un vieux tronc d’arbre étêté (una mata de brancas) et, dans le domaine toponymique, un fourré, un bouquet d’arbres. C’est le plus connu des termes d’origine pré-indo-européenne relatifs à la végétation sylvestre : il désigne constamment, dans les toponymes, des zones broussailleuses, des zones boisées sur butte ou croupe ayant résisté à la déforestation due à la mise en culture. On retrouve ce terme, et ses dérivés, principalement en pays de langue d’oc. L’orthographe en est variable puisqu’on le trouve écrit avec un ou deux t, Mate ou Matte, ou encore avec un th, Mathe.

Matha et Les Mathes, toutes deux en Charente-Maritime, sont les deux seules communes portant un nom issu directement de l’occitan mata, lequel sert de déterminant à Beauvais-sur-Matha, Blanzac-lès-Matha et Brie-sous-Matha,  tous dans le même département. Avec le suffixe latin –onem a été formé le nom de Mathons (H.-M., au cœur de la forêt du même nom).

Les micro-toponymes sont bien entendu plus nombreux comme Matha à Pissos (Landes),  Mathas à Marcillat (P.-de-D., où le suffixe augmentatif –às signale une grande zone inculte laissée à la végétation arborescente), La Mathe à Saint-Pierre-de-Trévisy (Tarn), Les Mates à Moissac-Vallée-Française (Loz.), La Matte à Riotord (Hér.) ou encore Les Mattes à Grane (Dr.). On trouve également la variante Matau à Charlas (H.-G.), à Chélan (Gers), etc. , le pluriel Les Mataux à Saint-Méard-de-Gurçon (Dord.) et le diminutif Matausine à Villedubert (Aude). Ces micro-toponymes sont souvent accompagnés d’une épithète, « grande, petite, longue … » ou du nom d’un ancien propriétaire ou exploitant.

On connait le dérivé diminutif en –èla avec Les Matelles (Hér., honores seu nemora de Matellis en 1260, « fief ou bois des Matelles ») ou en –èta avec Les Mattètes à Saint-Gervais (même dépt.). Signalons le nom de Lamate à Ibos (P.-A.) qui a subi l’agglutination de l’article.

En composition, ce terme se retrouve dans Matemale (P.-O.), le mauvais bois qui résiste au défrichement. On trouve également un col de Matte Redonde à Quillian (Aude, « ronde »), une Matheberde à Saint-Lézer (P.-A., « verte ») et une Combe de Matamage (avec mage, « grande ») qui s’étend sur les communes de Montaud et de Saint-Bauzille-de-Montmel, dans l’Hérault.

CPA- Les Matelles

Touche

Du même domaine de sens, le vieux français toche/touche, « petit bois, taillis au milieu de défrichement, bois à pousse rapide coupé tous les 10 à 15 ans », est issu du bas-latin tosca, qu’on donne généralement comme pré-latin. Le suffixe –usca suggère en effet une origine ligure confortée par le provençal tosca, « touffe d’arbres, hallier », et la fréquence des toponymes du Sud-Est.  Une touche désigne un petit bois, un boqueteau, un « bosquet notamment intercalé entre les cultures ». Ce terme est à l’origine de nombreux toponymes un peu partout en France (sauf dans le Nord et l’Est) qui désignent de petits bois de haute futaie, souvent juchés sur de petits tertres, et qui ont été préservés des défrichements. Ce mot est très proche de tosse/tousse , « tertre », mais avec le sens quasi exclusif de « petit bois » ; cependant, dans l’Ouest en particulier, touche peut être une francisation du breton tuchenn qui désigne un tertre.

Communes

La Touche (Drôme, Tochia au XIIIè siècle), Les Touches (L.-A.), Les Touches-de-Périgny (Ch.-M.) et Livré-la-Touche (May., Livré a inclus le nom du hameau La Tuche dans son nom en 2008). L’ancienne commune d’Estouches (avec la préposition ès, « en les ») est aujourd’hui fusionnée avec Méreville dans la nouvelle commune de Mérévillois (Ess.).

Avec une forme plus proche de la racine étymologique, on trouve  les diminutifs Le Touquet-Paris-Plage (P.-de-C.) et Touquettes (Orne). En Seine-et-Marne, Touquin représente une forme picarde.

CPA-Touquin-

Touques (Calv.) doit son nom au fleuve côtier qui l’arrose, attesté fluvius Tolca en 1014, formé sur la racine hydronymique indo-européenne *tol, « se liquéfier, se décomposer, couler, disparaitre », suffixée –ica. La ville est encore appelée Tolca en 1087, mais Touques apparait dès 1320, tandis que le nom de la rivière sera d’abord Touque en 1326 puis Toucques en 1650 et définitivement Touques à la fin du XIXè siècle.

Hameaux et lieux-dits

Arambois C’est principalement dans la moitié nord de la France qu’on trouve des micro-toponymes formés sur ce terme comme les très nombreux La Touche à Trédaniel (C.-d’A.), à Tinteniac (I.-et-V.), à Aron (May.), etc. et Les Touches à Meslin (C.-d’A.), à Neufmoutiers (S.-et-M.), etc. Le diminutif se trouve dans le nom du Touchet à Etrechy (Ess.) et du Petit-Touchet, le hameau qui sert de déterminant à Notre-Dame-du-Touchet (Manche) ainsi qu’au féminin dans Les Touchettes à Nonvilliers-Grandhoux (E.-et-L.). Signalons encore les composés Toucheronde à Andillé (Vienne, Tuscha rotonda en 1313) et Touchenoire à Géhée (Indre).

 

Dans la moitié sud de la France se trouvent aussi  des lieux-dits La Touche comme au Pont-de-Beauvoisin (Sav.) ou Les Touches, une crête boisée à Saint-Pierre-sur-Doux (Ardèche), ou encore Les Grandes et Les Petites Touches à La Salle (H.-A.).  On trouve également des noms comme La Tousque au Cannet (A.-M.) ou Les Tousques à Saint-Paul-lès-Durance (B.-du-R.), auxquels on peut rajouter le Mont de La Tousque près de Vezins-de-Lévézou (Av.). Avec le suffixe collectif –ada a été formé  le  nom  de La Touchade à Astaffort (L.-et-G.). Notons en zone pyrénéenne La Tusque de Male à Gèdre (H.-P.) et Tusquet à Géus-d’Arzacq (P.-A.) et à Montgaillard-Lauragais (H.-G.).  Dans les Alpes, l’occitan tosca a pu évoluer vers touissa avec le même sens de bosquet, taillis. On retrouve ce terme dans de nombreux La Touisse ou Les Touisses (H.-A., A.-de-H.-P.), ainsi que La Touiste et Touissat à Bénévent-Charbillac (H.-A.), ou encore Le Touissou au Forest (A.-de-H.-P.).

NB : Il y a plus d’un lustre, la touche avait fait l’objet d’une devinette … qui ne vous apprendra rien de plus (sauf peut-être l’origine de certaines expressions familières, y compris dans les commentaires).

index

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine qui compte trois mots dont l’un est lié à l’un des mots du billet et les deux autres à un homme.

La commune où est situé ce lieu-dit n’a vu naître aucune « personnalité », pas plus que le chef-lieu du canton, si on en croit les rubriques correspondantes des pages wikipedia, c’est vous dire la difficulté de vous donner des indices pertinents ! Mais, comme souvent, la page wiki n’est pas complète !

Alors, voici deux indices qui n’ont rien à voir entre eux, sauf qu’ils concernent le lieu-dit lui-même :

■ On y chanta pour la première fois, lors de la célébration d’un bicentenaire, une chanson qui allait devenir une sorte d’hymne régional.

■ et une photo :

indice a 10 04 2022

■ et un troisième indice, pour le pays :

indice b 10 04 2022

 

 

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Pelat, pelouse et pleu

Pellat et Pelé

En pays d’oc, notamment dans les Alpes, des lieux pelés, sans arbres ni gazon ont été appelés Pellas ou Pellat, du participe passé de l’occitan pelar, « enlever les poils, peler », employé par métaphore, du latin pilare.

On trouve ainsi des lieux-dits Le Pellas à Brizon (H.-Sav.) et Les Pellas à Pierre-Châtel (Is.), à Prémanon (Jura) et à Saint-Julien (Var) auxquels on rajoute le col des Pellas, sous le Mont Aiguille, à Saint-Michel-les-Portes (Is.).

On trouve encore le Pellat à Préchac (Gir.), à Saint-Paul-sur-Ubaye (A.-de-H.-P.) et à Verfeil (T.-et-G.) ainsi qu’un Pré Pellat à Monteynard (Is.). Des oronymes sont formés sur le même modèle, comme le Crêt de Pellat à Étaux (H.-Sav.), la Montagne Pellat à Crévoux (H.-A.), la Serre Pellat à Briançon (H.-A.), le redondant Soum de Monpelat à Vieille-Aure (H.-P.), le Peu Pelat (puy) à Saint-Goussaud (Cr.) … En Savoie, le nom prend la forme Pellaz, comme à Mont-Savonnex et à Serraval (H.-Sav.) ou à Villard-sur-Doron et à La Baume (Sav.).

Il convient toutefois de bien faire la distinction avec les oronymes issus du pré-indo-européen et ligure *pel– comme le mont Péla de la Bollène-Vésubie (A.-M.) ou le mont Pelat à Allos (A.-de-H.-P.) pour lequel on a une remotivation en pelat, « pelé », du nom occitan alpin lo Pela.

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Notons le composé Pellassiauve à Neuvic (Corrèze) avec l’occitan siavo, « calme, paisible, tranquille » (latin suavis).

À ce pelat occitan répond bien sûr le pelé de langue d’oïl qu’on retrouve dans quelques Mont Pelé (à Soudé, Marne ; à Saint-Maur-des-Bois, Manche, etc.), des Champ Pelé (à Mazeray, Ch.-M. etx.), Bois Pelé (à Saint-Plaisir, Allier, etc.), Côte Pelée (à Tilly, H.-M., etc.) et d’autres, sans oublier la Montagne Pelée de Martinique.

Pelouse

L’occitan pelhòs, « pelé, loqueteux », s’applique au contraire à une surface couverte d’herbe courte qui peut servir de pâturage. C’est le sens du nom de la commune Pelouse (Loz.) et du déterminant de Villy-le-Pelloux (H.-Sav.). On trouve de nombreux lieux-dits (Le) Peloux dont une quarantaine rien que dans l’Ain, quatre en Dordogne et autant dans les Bouches-du-Rhône plus cinq ou six autres, auxquels on peut rajouter le Pelous à Saint-Vivien-du-Médoc (Gir.), à Lasseubetat et à Escot (P.-A.) ou encore à Gap (H.-A.). Écrits avec deux l, on rencontre une quinzaine de noms de lieux-dits (le) Pelloux ou Les Pelloux, presque tous dans les Alpes.

Pelusegagne

Le français « pelouse » est emprunté à l’occitan pelós, pelosa (du latin pilosus, « velu ») au sens de gazon. Introduit tardivement, ce mot semble avoir commencé par désigner au XIIIè siècle une friche, par association d’idée avec quelque chose d’hirsute. On trouve ainsi de très nombreux lieux-dits (la)Pelouse ou (les) Pelouses répartis sur tout le territoire dont certains avec complément comme Pelouse de Batmale et Pelouse de Serre Sèque à Ferrère (H.-P.) ou la Pelouse de Taillebourse à Bouvante (Drôme), etc.

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Mais il ne faut pas oublier le sens moderne de « surface gazonnée » et plus généralement de « jardin public » à l’origine des noms de la Pelouse de la Muette à Paris, de la Pelouse de la Reine Blanche à Fontenay-sous-Bois, etc.

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… en 1911

Pleu

Toujours issu du latin pilosus, l’ancien français disait peleus, peleux pour « garni de poils, velu ». Cela s’est dit, au masculin pleu (pluriel pleux), pour désigner une terre en friche, un pacage, une terre inculte couverte d’« une herbe courte et drue » (Le patois briard, A. Diot, rééd. Slaktine Reprints, 1979). On retrouve ce nom dans des toponymes principalement d’Île-de-France : Le Pleu à Neuilly-en-Thelle (Oise), Les Pleux à Fontainebleau (S.-et-M., Les Pelleux en 1515), La Fontaine aux Pleux à Gurcy-le-Châtel (S.-et-M.), etc.

CPA Les Pleux

 À Grandpuits-Bailly-Carrois (Seine-et-Marne)

index

 

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu de France métropolitaine. Ce nom, précédé d’un article, s’écrit en trois mots dont le troisième est lié au latin pilosus.

Cet endroit est situé dans une commune dont le nom rappelle qu’il s’agissait d’un lieu couvert de ronces.

Le nom du chef-lieu du canton où est située cette commune rappelle qu’il était placé sous la protection d’une auguste divinité.

Un indice, pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice-a-06-02-2022

(PS : la différence de police, indépendante de ma volonté, n’est pas un indice !)

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

 

Adret, etc.

Après avoir parcouru l’ubac, me voici sans surprise de l’autre côté, à l’adret.

Dans les vallées orientées d’est en ouest, le versant exposé au sud reçoit plus de clarté et de chaleur que celui qui est opposé au nord. Il est le plus souvent souvent appelé adrech, adret ou adreit en langue d’oc, et francisé en adret. Ce terme a été formé avec drech/dreit, du latin directum, en opposition avec revèrs/avèrs (cf. ubac). L’adret, ad directum, c’est le bon endroit, celui qui regarde dans la bonne direction, vers le soleil.

On verra, en fin de billet, que d’autres mots ont été utilisés pour désigner ces mêmes endroits exposés aux rayons du soleil, donc plus favorables à l’habitat, à l’agriculture et … au farniente. Je laisse volontairement de côté les noms liés au « chaud  » qui ont été abordés dans un ancien billet.

Prenez votre souffle : le billet est long !

Adrech

La forme adrech apparait dans une cinquantaine de noms de lieux-dits habités, au singulier comme au pluriel, comme L’Adrech à Sisteron (A.-de-H.-P.) ou Les Adrechs à Roumoules (id.). Elle est parfois accompagnée d’un déterminant comme pour l’Adrech des Défens à Cuers (Var,  défens  pour « parcelle réservée au seigneur ») ou Les Adrechs du Puits à Montauroux (Var). Plus d’une centaine de noms de lieux-dits non habités et plus d’une centaine de coteaux ou versants de vallée portent des noms semblables parmi lesquels on notera des diminutifs comme L’Adréchon à Authon (A.-de-H.-P.) et Les Adrechouns à Meyronnes (id.) ou des augmentatifs comme L’Adrechas à Valdeblore (A.-M.) ou les Adréchasses à Rebourguil (Av.). Le féminin Les Adrèches se trouve à Rimeize (Loz.)

L’agglutination de l’article est à l’origine de plus de vingt noms de lieux-dits habités en Ladrech (une dizaine rien qu’en Aveyron) et d’autant de lieux-dits non habités (une quinzaine rien qu’en Aveyron !).  La mécoupure, quand l’adrech fut compris la drech, a donné une vingtaine de noms parmi lesquels La Drech à Boissezon (Tarn), au Cros (Hér.) ou encore la Drech de Sirvens et la Drech des Vergnes à Teillet (Tarn, avec le nom des propriétaires), etc. Le féminin se retrouve dans des noms comme la Coste Drèche à Bormes-les-Mimosas (Var) ou la Combe Drèche à Rougon (A.-de-H.-P.) et dans celui de Notre-Dame-de-la-Drèche à Cagnac-les-Mines (Tarn).

CPA ND Drèche

Adreyt

Issue d’un traitement différent du groupe ct de directum latin, où le c ne se palatalise en ch mais se transforme en yod (ey), la forme adreyt se rencontre de l’extrême nord du département de la Lozère jusqu’à la région du franco-provençal. C’est ainsi que l’on trouve Ladreyt à Vanosc (Ardèche), L’Adreyt à Saint-Agrève (id.), L’Adreyt de Chaumels  (id.) ou encore Les Adreyts à Montregard et à Saint-Pierre-Armandon (H.-L.).  Quelques oronymes, tous en Ardèche, se rajoutent à cette liste, comme L’Adreyt d’Abraham à Mayres ou la Côte de l’Adreyt à Mazan-l’Abbaye.

Adret

La forme adret, empruntée par le français au provençal, est représentée, au niveau communal, par Les Adrets (Isère) et Les Adrets-de-l’Estérel (Var). Plus d’une centaine de lieux-dits habités portent un nom similaire, au singulier ou au pluriel, parfois déterminé par une épithète comme le Grand Adret à Esparron (Var) ou par le nom du propriétaire comme L’Adret de Jesse au Vernet (A.-de-H.-P.). Les lieux-dits non habités sont tout aussi nombreux, parmi lesquels on relève six Bois de l’Adret, L’Adret de la Lauze à Sahune (Drôme), L’Adret Sud et l’Adret Nord à Marcillac-sur-Célé (Lot), les Vignes de l’Adret à Montlaur-en-Diois (Drôme) etc. On compte plus de cent vingt oronymes portant un nom similaire, seul ou déterminé.

En zone où on disait adreyt, la francisation a abouti au même adret comme pour Ladret à Saint-Cernin-du-Cantal (Cant.), L’Adret à Mauriac (Ardèche) ou Les Adrets à Glun (Ardèche).

La francisation par adroit se révèle fréquente si on en juge par les vingt-cinq noms de lieux-dits habités qui portent ce nom comme L’Adroit au Pontis (A.-de-H.-P.), à Cervières (H.-A.), à Novalaise (Sav.), etc. et, en région de langue d’oïl, L’Adroit de La Cluse-et-Mijoux (Doubs) ou Les Adroits de Frambouhans (id.). On compte, là aussi, de très nombreux noms de lieux-dits inhabités et oronymes similaires.

L’agglutination de l’article a abouti à plusieurs Ladret (quatre dans la Loire, deux dans le Cantal, etc.), au Pech Ladret à Courgoul (P.-de-D.) ainsi qu’à Ladroit à Riotord (H.-L.) et à Puget-Théniers (A.-M.).

Avec une orthographe fautive, on rencontre Ladrait à Vocance (Ardèche) et à Lascelle (Can.)

Rappelons l’existence de Charles du Puy-Montbrun (1530-1575), lieutenant de François de Beaumont, baron des Adrets (1512-1587), à la tête de troupes protestantes, qui fit précipiter dans le vide la garnison et les réfugiés catholiques de la forteresse de Mornas, dans le Vaucluse. C’est audit baron qu’une aire d’autoroute doit son nom de Mornas-les-Adrets … comme s’il y avait de quoi être fier (je me demande ce qu’on attend pour réclamer un changement de nom et des excuses).

CPA LesAdrets

 

Soulan

Formés sur le latin sol, « soleil », ou sur l’ancien occitan sol qui en est issu, on trouve plusieurs dérivés pour désigner un lieu exposé au soleil.

Le dérivé masculin solan, à rapprocher de l’espagnol féminin solana, désigne un lieu où le soleil donne à plein. On trouve ainsi des noms de communes : Soulan (Ariège), Saint-Lary-Soulan (Hautes-Pyrénées) et Soula (Ariège, avec perte du n non articulé dans la prononciation locale). Les noms de lieux-dits sont beaucoup plus nombreux et majoritairement dans le Sud-Ouest. Sans forme suffisamment ancienne du nom, on ne peut que supposer que Saint-Soulan (Gers) est un faux hagiotoponyme formé sur solan (peut-être avec l’adjectif féminin gascon archaïque sa, sa solana devenant san solan). Je remarque que Saint-Soulan n’est pas mentionné dans le Dictionnaire de Géographie sacrée et ecclésiastique, publié chez J.-P. Migne en 1854.

La forme féminine solana, plus rare, se lit dans  Soulane à Ravel (P.-de-D.), à Saurat (Ariège), à Montpézat (Gers), etc., dans la Solane à Tulle (Corrèze), Solanes à Millau (Av.) ou encore comme épithète dans la Coste Soulane à Bosc (Hér.).

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…et avec tout ce monde à la messe, la quête ne suffit pas pour remplacer deux carreaux cassés !

(notez aussi la mauvaise orthographe Saulan)

Avec un suffixe collectif –airòl / eiról exprimant l’étendue du terroir exposé au soleil, on trouve de nombreux toponymes parmi lesquels Soulayrol à Roqueronde (Hér.), Soulayrols à Carcenac-Peyralès (Av.), Souleyrol à Gras (Ardèche), etc.

Le bas latin soliculus a donné l’occitan solelh, « soleil », d’où le verbe solelhar, « faire soleil ». Le participe présent solelhant, désignant un lieu bien exposé au soleil, est à l’origine du nom de Soleillant à Sauxillange et à Saint-Romain (P.-de-D.) ainsi qu’à Verrières-en-Forez, Margerie-Chantagret et Valeille (Loire).  Le simple solelh est représenté par des lieux-dits en Souleil, notamment en Creuse et Puy-de-Dôme.

L’occitan solelhador, lieu ensoleillé, a fourni des noms comme Soleilladou à Menet (Cant.) ou Le Souleilladou à Sénergues (Av.). Toutefois, en occitan, soleilhador désigne aussi une terrasse, une plate-forme en haut d’une maison ; en toponymie, un mélange des deux sens a pu se faire avec le sens de « lieu en hauteur ensoleillé ». La même remarque vaut pour l’occitan solelhièr, « terrasse en haut d’une maison, étage le plus haut, galetas », représenté par Soleiller à Cressan (Hér.). Issus du latin solarium, « terrasse, balcon » dont le sens a glissé vers celui de « grenier à foin construit au-dessus d’une étable et restant ouvert sur le côté exposé au soleil » puis simplement d’ « étage » et même de « plancher », de nombreux toponymes en Soulié, Soler, Soulière, Solliès, etc., s’ils ont bien un rapport avec le soleil, ne rentrent pas vraiment dans le champ de ce billet : le solièr, outre le « grenier àfoin », pourrait désigner ici un étage, un replat de versant situé à quelque niveau que ce soit de la pente, replat de versant propre à l’implantation de bâtiments fermiers — mais un mélange avec « lieu exposé au soleil » est toujours possible, qu’ il serait trop fastidieux d’examiner au cas par cas.

Pour être complet, citons des dérivés de solelh en –ada, donnant Soleillade à Siran (Hér.), le Roc de Soulaillade à Pardaillan (Hér.), etc. Avec le suffixe augmentatif –as, pour signaler un grand soleil, un soleil ardent, un lieu très ensoleillé, a été formé le nom de Soleilhas (A.-de-H.-P.).

Plus rares en pays de langue d’oïl (on se demande bien pourquoi …), on trouve néanmoins de nombreux toponymes mentionnant l’ensoleillement comme Beau Soleil (une trentaine rien qu’en Côte-d’Armor !), Clair Soleil à Saint-Honoré (S.-Mar.), Gai Soleil à Flangebouche (Doubs),  etc. Le nom du quartier de Saint-Étienne (loire) Le Soleil, qui était Solarius en 1206, est une francisation du vieux mot solièr vu plus haut.

Finissons-en avec un autre mot indiquant le bon ensoleillement du territoire. Il s’agit du gascon arrayòu, littéralement « aux rayons », désignant un endroit illuminé par le soleil, qu’on trouve dans Arrayou-Lahitte (H.-Pyr., avec Lahitte du gascon hita, « pierre dressée ; borne », cf. latin petra ficta), dans l’Arrayadou à Cardesse (P.-A.) et dans quelques L’Arrayade (H.-P., P.-A. et Landes).

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La devinette

Ça y est? Vous êtes arrivés au bout ?  Bon, à vous de jouer, maintenant !

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom signifie qu’un animal s’y réchauffait au soleil.

Ce lieu-dit se trouve sur le territoire d’une commune dont le nom indique qu’elle a été bâtie dans une vallée.

Un autre lieu-dit de la même commune, dont le nom indique qu’il est situé côté nord, a donné son nom à un château.

Des indices ?

■ Une bédé, alors … :

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■ et puis ce vinyle :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le jas et la jasse

Ces mots désignent un gîte pour les bestiaux généralement situé en montagne. Parfois simple parc entouré d’une barrière de bois ou d’un mur de pierres sèches, il est le plus souvent couvert, incluant l’abri du berger : c’est alors une plus ou moins grande bergerie.

C’est le latin jacere, « être étendu », à l’origine de « gésir », « gisant » et « gîte » en français, qui a particulièrement prospéré en occitan, où le verbe jaçar, « gîter » a donné la forme féminine jaça (francisé en jasse) ou masculine jaç (français jas) pour désigner la place où l’on se couche et, par extension, le gîte et la bergerie. Jasse et jas ont désigné plus spécialement la bergerie construite à l’écart des fermes et hameaux, où l’on enfermait les troupeaux pour la nuit. Selon certains auteurs, le masculin aurait été appliqué plus précisément aux petites bergeries de montagne, utilisées de juin à octobre,  le féminin étant plutôt réservé à la grande bergerie.

Ces noms ont fourni de nombreux toponymes des Pyrénées aux Alpes en passant par le Massif Central, en très grande majorité des noms de hameaux, écarts ou lieux-dits et très peu de noms de communes (puisque le jas était construit à l’écart du village existant, voire en montagne et alors non utilisé en permanence). Même si ces noms peuvent encore être vivants dans certains parlers locaux,  le tourisme les a fait renaitre ailleurs, notamment en haute Provence, pour des gîtes ruraux ou des chambres d’hôte.

Comme souvent quand les toponymes sont très nombreux, je ne m’intéresserai qu’à ceux désignant des lieux habités.

Jas

Plusieurs communes portent un nom dérivé de jas, ce qui implique qu’un habitat conséquent, devenu hameau puis village ou ville, s’est bâti autour de la bergerie initiale.

C’est le cas avec certitude de Jas (Jaas en 1090) et de Jax, toutes deux en Haute-Loire.

La grande majorité des spécialistes s’accordent aujourd’hui pour voir dans le nom d’Ajaccio (Corse-du-Sud), attesté sous la forme adjectivale Adiacensis en 601, un latin tardif *ad-jacium, « gîte d’un animal ; parc d’animaux ». Ce nom est transcrit Adiazzo sur des cartes italiennes des XVIIè et XVIIIè siècles mais La Hiace sur une carte française de 1719, graphie plus proche de la prononciation corse malgré la mécoupure. La graphie Ajaccio ne s’imposera qu’au cours du XVIIè siècle.

Le nom de Gex (Ain) est un peu plus complexe à analyser, les formes anciennes semblant contradictoires. À partir d’une première forme de Gayo en 1124, certains ont émis l’hypothèse d’un nom d’homme latin, Gaius (DENLF*, DNL*) ou Cajaccius avec aphérèse (TGF*). La seconde forme Gaz en 1128 pourrait faire penser à un dérivé de vadum, « gué ». La troisième forme Gaix en 1137 est la forme romane du Gayo de 1124 qui se révèle être une latinisation qui ne peut pas être issue d’un Gaius ou Cajaccius dont les finales n’auraient pas pu évoluer en –z ou –x. Reste donc l’hypothèse d’un *jacium, « gîte d’un animal , parc d’animaux » : les attestations les plus  anciennes  sont une latinisation d’une forme gallo-romane Jais (attestée en 1267) qui évoluera en Jez (1293). On sait que, dans les sources médiévales latines, le g– devant –a est fréquemment utilisé à la place du j- étymologique. La formé définitive Gex est attestée à partir de 1559 (DNLF*).

CPA Jax

Les micro-toponymes sont beaucoup plus nombreux (près de trois cents !), pour la plupart en Provence. on trouve un grand nombre de fort banals Le Jas, Grand Jas, Jas Neuf etc. Les autres sont déterminés le plus souvent par le nom de leur propriétaire comme le Jas du Moine à Salignac (A.-de-H.-P.), le Jas du Comte à Vidauban (Var), le Jas de Monsieur Henri à Ongles (A.-de-H.-P.),  le Jas Durand, le Jas Caristin, le Jas de Carretier et le Jas du Tondu à Saint-Étienne-les-Orgues (A.-de-H.-P.), le Jas de Tyran à Montlaux (A.-de-H.-P.), etc. ou par une particularité remarquable comme le Jas Rouge à Roquefort-les-Pins (A.-M.),  le Jas Blanc et le Jas d’Amour à Rognes (B.-du-R.), le Jas des Vaches à Peyrolles-en-Provence (B.-du-R.), le Jas en Tôle à Cruis (A.-de-H.-P.), le Jas Viel à Fontanes (Lot, « vieux »), le Jas Crémad au Barroux ( Vauc., « brûlé ; exposé au soleil »), le Jas des Pèlerins à Bédoin (Vauc.), etc.

On trouve un diminutif le Jasset à La Robine-sur-Galabre (A.-de-H.-P.).

De la Savoie aux Alpes-Maritimes, une forme dialectale gias a donné quelques noms de lieux non habités notamment autour de Tende (A.-M.) avec les Gias de Cardon, de l’Angelière, de Sainte-Marie, des Pasteurs, etc. Cette forme a aussi donné des toponymes côté italien notamment celui de la commune d’Ayas en Vallée d’Aoste, anciennement Eacia, Agacia, Ayeczo, Ayacio puis Aiaz, du latin tardif *ad-jacium comme Ajaccio.

Jasse

Cette forme féminine se retrouve principalement dans les toponymes des Dauphiné, Vivarais et Gévaudan. Une seule commune porte ce nom, au pluriel : Jasses (P.-A.), produit de la cristallisation urbaine autour d’une ferme proche d’une bergerie. Mais, comme pour les précédents, il s’agit avant tout de hameaux, écarts ou lieux dits dont le nombre explique l’usage de déterminants. Le nom du propriétaire est bien entendu souvent employé comme à la Jasse d’Albinet et la Jasse de Gineste à Cassagnes-Bégonhès (Av.), la Jasse d’Isnard à Aimargues (Gard), la Jasse du Prince à Peux-et-Couffouleux (Av.), la Jasse d’Audibert à Soulorgues (Gard), et bien d’autres. Quelques caractéristiques particulières sont aussi utilisées comme la Jasse Brûlée à Salon-de-Provence (B.-du-R.), la Jasse de la Borie à Soulorgues (Gard ; borie), la Jasse de Peyre Rouge à Chichilianne (Is. ; « pierre rouge »), etc. Les épithètes se retrouvent dans des noms comme les nombreux Jasse Neuve, Jasse Haute, Petite Jasse ou encore la Jasse Noire aux Saintes-Marie-de-la-Mer (B.-du-R.), la Jassenove sur le Larzac, non loin de Millau (Av.), la Belle Jasse à Chénérailles (Creuse), la Nouvelle Jasse de la Chau à à Gresse-en-Vercors (Is. ; chau du pré-indo-européen *cal, « rocher, endroit pierreux » d’où « terrasse ou pente pierreuse en montagne, souvent abritée du vent »), la Jasseplagne à Arvillard (Sav., « plane »), etc.

CPA Jasse

Jasse a produit le diminutif Jassette à Lunel, Montagnac, Vallaunès et Sérignan (Hér.) ainsi qu’à Moussac et La Roque-sur-Cèze (Gard).

Le collectif occitan jaçaria, « ensemble de bergeries », a fourni des noms principalement dans le Massif Central comme la Jasserie à Doizieux et Gumières (Loire), la Jasserie les Airelles à Saint-Anthelme (P.-du-D.),  les Jasseries des Supeyres à Valcivières (id.), la Jasserie Saint-André à Saint-Just-Saint-Rambert (Loire). Notons que, dans cette région, le mot jasserie est encore vivant dans le langage courant.

L’étymologie du nom de Jasseron (Ain) n’est pas assurée. On trouve en 1084 le nom de la silva Jasseronis, dans lequel E. Nègre (TGF*) voit l’équivalent franco-provençal de l’occitan jassarié, « ensemble de bergeries, réunion de pasteurs » accompagné du suffixe diminutif –on, tandis que Dauzat & Rostaing (DENLF*) y voyaient un nom de personne dérivé de jas avec double suffixe –arius-onem.

*Les abréviations en majuscules grasses suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine lié au latin *jacium étudié dans le billet.

Le nom de la commune sur le territoire de laquelle se trouve ce lieu-dit est un hagiotoponyme déterminé par le nom de la rivière qui l’arrose.

Et voici quelques indices :

■ un tombeau :

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■ un panneau :

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■ et comme tout finit en chanson :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le noyer I : la noix du Nord

Je me suis déjà intéressé sur ce blog à beaucoup d’arbres comme au chêne il y a déjà dix ans, au hêtre il y a cinq ans, au tilleul et à d’autres que je vous laisse chercher. J’avais délibérément laissé de côté le noyer qui est si représenté dans notre toponymie (pensez : plus de cinq cents lieux portent le nom tout simple de Noyer(s) !) que la tâche me semblait quasi impossible. Je me lance aujourd’hui en divisant grosso modo le travail entre langue d’oïl et langue d’oc.

France dialectale

Aujourd’hui, c’est le Nord.

 

Le latin nux, nucis désignait à l’origine tout fruit à écale et à amande dont la « noix ». Pour la différencier des autres, on appela cette dernière, portée au pinacle, nux juglans, « gland de Jupiter ». Noblesse oblige, nux finit par ne plus désigner que la noix du noyer. C’est Linné qui choisit d’appeler l’arbre Juglans regia.

C’est le collectif latin masculin nucarius qui est à l’origine de notre « noyer », de la même façon que filix a donné le féminin filicaria puis  « fougère ».

 

 

 

 

 

 

Les habitués de ce blog connaissent mon goût pour le classement (« Je ne suis pas à proprement parler ce qu’on appelle un maniaque. Simplement j’aime que tout brille et que tout soit bien rangé.» ) … mais, bon, ici ça part tellement dans tous les sens que le classement risque de laisser à désirer … Qu’on veuille bien m’en excuser. Bon, oui, d’accord : c’est un classement à la noix. Voilà, celle-là, c’est fait.

 

Noyer simple

Plusieurs communes portent ce nom, le plus souvent au pluriel : Noyers (Eure, Loiret, Haute-Marne, Yonne), Noyers-Pont-Maugis (Ardennes), N.-Auzécourt (Meuse), N.-Bocage (Calv.), N.-Saint-Martin (Oise) et N.-sur-Cher (L.-et-C.). Le singulier se lit dans les noms de Le Noyer (Cher) et de Le Noyer-en-Ouche (Eure).

Le nom de l’arbre peut aussi servir de déterminant comme à Saint-Aignan-des-Noyers (Cher), à Saint-Martin-des Noyers et Sainte-Radégonde-des-Noyers (Vendée) et à La Chapelle-du-Noyer (E.-et-L.).

Where is the Saint ?

L’oïl noier, nouiier se retrouve au pluriel dans le nom de Noards (Eure, Nouiers et Nuces au XIVè siècle puis Nouars en 1484 qui est une réfection sur le latin nucarius)  et au singulier dans le nom de Noé-les-Mallets (Aube, Nucerium vers 1095). Le franco-provençal noyé a abouti de la même façon à Les Noés (Loire, Noyer en 1642).

Les noms de Nods (Doubs, Nox en 1271, aujourd’hui dans Premiers-Sapins) et de Nod-sur-Seine (Nou en 1158) semblent être eux aussi issus du latin nux, « noix », mais une confusion est possible avec le gaulois nauda, « lieu marécageux » qui a donné de nombreux noms comme Les Noés (Aube), Noeux-les-Mines (P.-de-C.), La Noue (Marne), etc.

Les noms de lieux-dits sont beaucoup plus nombreux, plus de cinq cents comme je l’ai déjà dit, avec toutes sortes de déterminants (Grands, Petits, Trois, Quatre, etc.) ou servant de déterminant (Clos du Noyer, Champ, etc.).

Notons que ce nom simple de Noyer(s) est aussi présent en zone méridionale par exemple à Noyers-sur-Jabron (Alpes-de-H.-P.) comme nous le verrons dans l’article suivant.

Noyer suffixé

Avec le suffixe péjoratif latin -aster, on aboutit à Nourard-le-Franc (Oise, Nouerastum en 1124) et à Nouâtre (I.-et-L., Nogastrum en 925), de « vilains noyers ».

Avec le diminutif masculin -eolum on trouve Noreuil (P.-de-C., Nugerol en 1115) et Viry-Noureuil (Aisne) tandis que le féminin -eola a donné Norolles (Calv.).

 

Collectif en –etum

La forme collective du type *nucaretum est à l’origine, après chute du –t– intervocalique, des noms de Nauroy (Aisne, Nogaredum en 1104) et de Beine-Nauroy (Marne, avec Beine du gaulois baua, « boue ») ainsi que de Noroy (Oise), Noroy-le-Bourg (H.-Saône), Noroy-lès-Jussey (H.-Saône, aujourd’hui dans Jussey) et Noroy-sur-Ourcq (Aisne). Neurey-en-Vaux (H.-Saône, Nureto en 1144) et Neurey-lès-la-Demie (H.-Saône) sont aussi d’anciennes *noerei, *noeray, *noeroi, « ensemble de noyers ».

Le doublement non étymologique du –r– a donné Norrey-en-Auge (Calv.), Saint-Manvieu-Norrey (Calv., ex Norrey-en-Bessin), Norrois (Marne), Norroy(-sur-Vair) (Vosges), Norroy-le-Veneur (Mos.), Norroy-le-Sec (M.-et-M.) et Nourray (L.-et-C.).

Where is the Gay ?

Formés sur le même suffixe collectif –etum , on trouve des noms comme celui de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis, Nucitus Superior en 862) ou de Noisiel (S.-et-M., Nucido en 841 ) et Noiseau (Val-de-Marne) qui sont des formes diminutives intervenues après l’an mil. S’appuyant sur l’étymologie assurée de Noisy-le-Sec, la plupart des toponymistes s’accordent pour attribuer la même à Noisy-sur-École (S.-et-M., Noisaco en 1222), Noisy-le-Grand (Seine-S.-D., Nociacum en 1089), Noisy-sur-Oise (Val-d’Oise), Noisy-le-Roi (Yv., Nusiacum au XIIIè s.) et Noisy-Rudignon (S.-et-M., Nosiacum en 1164) en expliquant que les finales pourtant attestées –iaco seraient de mauvaises latinisations, –ce(tum) passant à ci (TGF*). C’est cette même explication qui est donnée pour le nom de Nozay ( L.-Atl., Noziacum en 1076) et aussi, par analogie, pour celui de Nozay (Aube, Essonne). Une discussion est toutefois possible avec ces derniers noms si on les compare avec le nom de Noizé (D.-Sèvres, aujourd’hui dans Plaine-et-Vallées) qui était Nausiacus en 955 où apparait le nom d’homme latin Nautius accompagné du suffixe acum.

Où est Charlie ?

 

… et quelques autres

Noyelles-en-Chaussée (Somme), qui était Noguenariam en 1035 (à lire *Nogueriam), Noguerias en 1053 puis Noyelles en 1121, Noerotes en 1159 et Noerotarum en 1175, est sans aucun doute une ancienne noyeraie en langue d’oïl, « lieu planté de noyers », qui a subi l’attraction du nom de Noyelles-sur-Mer du même département qui est une ancienne Nigella du germanique nige, « nouveau », et latin villa, « domaine ».

Noiremont (Oise) : Noiresmont en 1150, Noeroimont en 1157, Nooroismont en 1174 et Noiremont en 1203 est issu de l’oïl noeroi, « ensemble de noyers » et mont : il s’agissait du « mont de la noiseraie » ou de la « noiseraie du mont ».

Nozeroy (Jura) : Noiseroi en 1262 est la variante masculine de l’oïl noiseraie.

… dans des parlers locaux

On trouve dans des ouvrages spécialisés (notamment le GTD* , dit « le Pégorier ») différents termes dialectaux pour désigner la noix, le noyer ou la noiseraie. Quelques uns d’entre eux ont fourni des toponymes, souvent des lieux-dits, hameaux ou écarts habités mais plus souvent encore des lieux non habités (bois, forêts, champs, etc.). En voici quelques exemples :

  • On parle, notamment en Saintonge, de nougeraie (avec des variantes nougerasse, nougerat, nougère) comme La Nougeraie à Marigny (Deux-Sèvres), La Nougère à Thevel-Saint-Julien (Indre) ou le Nougerat à Melleran (Deux-Sèvres) et bien d’autres.
  • On parle aussi, particulièrement dans le Centre, de noraie ou nôraie comme pour La Noraie à Paulmy (I.-et-L.), Les Noraies à Souzay-Champigny (M.-et-L.), etc.
  • Nouis se dit pour la noix en Normandie comme pour les Grandes et les Petites Nouis à Héloup (Orne) et dans les Pays de la Loire comme pour les Nouis à Beaumont-sur-Sarthe (Sarthe), etc.

Le breton kraonneg, « noiseraie », ne semble apparaitre dans aucun toponyme (mais je me trompe peut-être : s’il y a des Bretons dans la salle…).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver un micro-toponyme, bien entendu lié au noyer, qui n’apparait (que je sache) qu’à cinq exemplaires, tous dans le même département de France métropolitaine et de langue d’oïl : deux fois pour des lieux-dits habités (et leur voie d’accès que je ne compte pas), deux fois pour des lieux-dits non habités et une fois au féminin pour un autre lieu-dit inhabité — qu’on numérotera par commodité de T1 à T5. (j’ai l’impression de faire du TRS !).

■ géographie :

Les communes C1 et C2, abritant T1 et T2, sont séparées par une vingtaine de kilomètres et situées dans le même arrondissement dont le chef-lieu sera dit A1.

La commune C3 qui abrite T3 est à une centaine de kilomètres de C1 et de C2 et dans un arrondissement dont le chef-lieu sera dit A2.

Les communes C4 et C5, abritant T4 et T5, sont séparées par une vingtaine kilomètres et situées dans le même arrondissement dont le chef-lieu A3 est aussi la préfecture du département.

La commune C3 est à une cinquantaine de kilomètres de C4 et à soixante-quinze kilomètres de C5.

■ toponymie :

C1 et A1 sont des toponymes formés chacun d’un nom d’homme germanique différent accompagné d’un suffixe lui aussi germanique.

C2 est un hagiotoponyme déterminé par le nom de la région (dont l’étymologie est si discutée que je ne me risque pas à vous donner d’indices à ce sujet …).

Le nom d’A2 a quelque chose à voir avec une figure géométrique — mais ça, c’est plutôt vache !

Le nom de C3 signifie « terrain clôturé ».

Le nom de C4 est issu de celui d’un homme gaulois.

Le nom de C5 est lié au travail du fer.

■ un tableau :

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Et hop.

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr