Amazonie, Amazonia ( première partie )

La forêt amazonienne, dite Amazonie, occupe un territoire immense partagé entre plusieurs États brésiliens, la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Vénézuela, la Guyana, le Surinam et la Guyane française.

Elle brûle aujourd’hui mais « le nombre de feux enregistrés et la surface brûlée dans la région amazonienne sont loin des records enregistrés en 2004, 2005, 2007 et 2010, mais les niveaux sont tout de même élevés à l’échelle de la dernière décennie. » ( Libé ). N’empêche, si l’opération de communication biarrote de Macron peut servir à quelque chose …

On peut rappeler que l’Amazonie a accueilli des Hommes dès 11 200 ans avant J.-C. comme le montre la grotte de Pedra Pintada ( de la « pierre peinte » ) à Monte Alegre dans l’État du Pará. Pourvu que ça dure!

Je ne me préoccuperai aujourd’hui que de la forêt brésilienne avant de me pencher sur le reste dans un ou deux autres billets supplémentaires.

À tout seigneur, tout honneur, commençons par l’Amazone, le fleuve qui donne son nom à l’ensemble. Son estuaire, large de 100 kilomètres, fut découvert en 1500 par le navigateur espagnol Vicente Yañez Pinzon qui remonta le fleuve sur quelque 80 kilomètres. Il l’appela Rio Santa Maria de la Mar Dulce, nom qui se réduisit par la suite en Mar Dulce, « douce mer », en raison de la très faible salinité de l’estuaire. Le cours du fleuve, du Pérou à l’Atlantique, fut reconnu pour la première fois par Francisco de Orellana, lieutenant de l’armée espagnole.

Il faut attendre près d’un demi siècle pour que le dominicain Gaspar de Carjaval fasse le récit de cette dernière expédition dans lequel apparait le nom Rio de las Amazonas, « fleuve des Amazones ». L’auteur l’explique par des combats qu’Orellana aurait livrés contre des femmes guerrières peuplant les rives du fleuve. Aucune découverte ultérieure n’est jamais venue confirmer l’existence de ces guerrières, ce qui n’a pas empêché les Brésiliens d’en faire les légendaires Icamiabas , nommées d’après le tupi i-kama-iaba, « au sein coupé », reprenant la fausse étymologie d’« amazone ». L’origine de cette histoire réside probablement dans une altération par une étymologie pseudo-savante d’un mot tupi amasunu désignant un mascaret, un phénomène qui se produit par la rencontre du cours fluvial avec le flux de la marée montante et qui progresse rapidement vers l’amont sous la forme d’une vague déferlante. L’Amazone était, pour ses premiers riverains, le fleuve des mascarets.

Plusieurs noms successifs ont été essayés pour désigner la forêt. Humboldt en 1808 a proposé Hylaea, du nom du pays boisé où Héraklès rencontra Échidna ; personne ne l’a suivi, on se demande bien pourquoi. L’historien brésilien Inácio Accioli de Cerqueira e Silva est le premier à proposer en 1833 le nom de « Pays des Amazones » qui sera repris et popularisé par le baron Frederico José de Santa-Anna Nery en 1899. Entre temps, un certain Martius avait proposé en 1858 le « Pays des Naïades » tandis qu’en 1884, Wappäus, dans un souci de ne froisser personne, avait tenté l’« Hylaea des Amazones ».

C’est bien sûr le fleuve qui a donné son nom à l’État brésilien d’Amazonas dont la capitale, Manaus, a fait l’objet d’une devinette et même de sa solution.

L’Amazonie brésilienne

Les autres États brésiliens occupés au moins en partie par la forêt sont les suivants, en partant du sud et en progressant dans le sens des aiguilles d’une montre :

Mato Grosso : le nom est attesté depuis environ 1735. Il signifie en portugais « grande ( grosso ) forêt (mato ) » qu’il faut comprendre comme pays sauvage, couvert de bois mais aussi de broussailles et de bruyères. Le même mot apparait dans quelques toponymes français comme Les Matelles ( Hérault ). La capitale en est Cuiabá, un nom amérindien dont l’origine est discutée.

Rondônia : il s’agissait d’abord du Territoire Fédéral de Guaporé, d’après un mot tupi signifiant « camp ( wa ) de la chute d’eau ( poré ) ». Devenu un État à part entière en 1982, on le baptisa du nom du maréchal Cândido Rondon, explorateur de la région. La capitale en est Porto Velho, « vieux port » : la ville a été créée en 1907 à l’emplacement d’un premier port militaire construit en 1873 sous Pierre II.

Acre : cet État doit son nom à la rivière que les premiers explorateurs ont appelée Aquiri, une déformation du tupi a’kir ü, « eau verte » ou de a’kir « repos, halte » ou encore de Yasi’ri, Ysi’ri, « eau courante ». La capitale a pris le nom du fleuve qui la baigne, Rio Branco, « fleuve blanc », en raison de la remarquable clarté de ses eaux en comparaison des autres cours d’eau de la région.

Roraima : c’est le mont Roraima qui donne son nom à l’État, lui-même devant le sien aux Pemóns qui l’appelaient le « mont ( rora ) vert ( imã ) ». Une autre explication propose le « mont des vents », les indigènes ayant noté que les vents dominants semblent en provenir. La dernière hypothèse, le « mont de l’acajou », est moins convaincante. La capitale s’appelle Boa vista, « belle vue ».

Pará : c’est État doit son nom au fleuve que les indigènes appelaient en tupi-guarani pa’ra, soit le « fleuve-mer » ou le « fleuve grand comme une mer » : son confluent avec le fleuve Tocantins est si large qu’on n’y aperçoit pas l’autre rive. La capitale est Belem, du nom de Bethléem. La ville était appelée à l’origine Santa Maria de Belém do Pará ou Nossa Senhora de Belém do Grão Pará, en rappel de la date de la Nativité 1615 qui vit partir de Saint-Louis ( Maranhão) Caldeira Castelo Branco à la conquête du Pará.

Amapá : le nom de cet État a une étymologie controversée. Il pourrait s’agir d’un mot tupi signifiant « endroit ( paba ) de la pluie ( ama ) » ou bien d’un mot nheengatu signifiant « fin de la terre » ou « île ». Selon une dernière hypothèse et sans doute la plus probable, amapá serait un mot arawak désignant un arbre typique de la région de la famille des Apocinacées, le Parahancornia amapa, produisant un fruit violet savoureux don on extrait le « lait d’amapá » connu dans la pharmacopée locale comme fortifiant, stimulant de l’appétit et pour le traitement des maladies gastriques et respiratoires. Sa surexploitation en fait une espèce menacée. La capitale est Macapá dont le nom est sans doute issu du mot tupi macapaba signifiant « endroit des bacabas », une espèce de palmier produisant des fruits comestibles.

Maranhão : le nom de cet État, initialement colonie française de Maragnan, est d’origine tupi où mar anham signifie « mer ( d’eau ) courante » pour décrire le fleuve éponyme. São Luis est la seule capitale d’État du Brésil qui n’ait pas été fondée par les Portugais et dont le nom soit d’origine française. La ville fut en effet fondée sous le nom de  Saint-Louis de Maragnan lors de l’éphémère colonie française de la France équinoxiale. Elle fut baptisée le 8 septembre 1612 en l’honneur du jeune roi Louis XIII, comme l’explique le chroniqueur Claude d’Abbeville dans son Histoire de la mission des pères Capucins en l’Isle de Maragnan et terres circonvoisines. Malgré tout, les Brésiliens expliquent le nom par celui du roi Louis IX, dit saint Louis : le profond sentiment religieux des Brésiliens explique sans doute cette préférence …

Tocantins : cet État est un de ceux qui font la transition entre la forêt et la savane. Il doit son nom au fleuve Tocantins qui est un nom tupi signifiant « bec de toucan «, de tukana, « toucan » et tim, « bec ». Le nom de sa capitale, Palmas, fut choisi en hommage à la capitainerie São João da Palma ( l’actuelle Paraña ) qui fut le siège du premier mouvement séparatiste de la région. La grande quantité de palmiers n’est sans doute pas étrangère à l’appellation.

La devinette

Restons dans les arbres ! Il faut chercher une ville, ni européenne ni sud ou nord-américaine, sachant que son nom :

■ est une corruption d’un mot indigène désignant un genre de conifères ;

■ sert à déterminer la couleur particulière prise par le bois ayant subi une transformation particulière ;

■ a un homonyme sur un autre continent, toujours issu d’une langue indigène, désignant un petit mammifère longtemps chassé pour sa fourrure, aujourd’hui élevé en captivité ;

et en se servant de cet indice :

Prenons des mesures!

Du temps des neiges d’antan, je veux dire avant la normalisation des poids et mesures réalisée par l’adoption du système métrique le 10 décembre 1799, chaque région, voire chaque fief, chaque bourgade avait son propre système. Certes, les mots employés étaient souvent les mêmes — tout le monde connaît la perche, l’arpent ou le boisseau — mais les quantités qu’ils désignaient étaient variables. De Charlemagne à l’Observatoire de Paris en passant par Henri IV, tout le monde s’y était cassé les dents, avant qu’on ne les abandonne. Il en reste aujourd’hui malgré tout des traces dans la toponymie et plus particulièrement dans la micro-toponymie.

On ne s’étonnera pas que la mesure la plus représentée soit celle de la superficie : le moyen le plus simple pour qualifier une terre et en estimer la valeur était d’en donner la taille. On peut distinguer trois façons de la mesurer : par la longueur de ses côtés, par le temps passé à la cultiver et par la quantité ou le volume de grains nécessaires à l’ensemencer ( la quantité produite, trop variable d’une année à l’autre, n’était pas ou peu utilisée). Le billet d’aujourd’hui ne sera consacré qu’aux deux premières méthodes — un billet ultérieur le complètera.

La superficie :

  • l’arpent a sans doute été la plus employée des unités de surface. le mot semble venir, par le latin arepennis, d’un gaulois are-penno, « portée de flèche ». Cette portée, évaluée entre 60 et 70 mètres, permettait de mesurer un carré définissant un arpent, soit 35 à 50 ares. on retrouve de nombreux Les Arpents tout court, mais aussi des VingtArpents, plus encore des Trente Arpents ou Quarante Arpents et très peu au-delà.
  • l’acre, qui vient du germanique acker, « champ » ( cf. aussi le latin ager, «  champ », le grec agrós, l’arménien art «idem », et le sanskrit ajra- « pâturage »: toutes ces formes remonteraient à un indo-européen *agro- « pâturage »), est à peu près équivalent à l’arpent et se retrouve principalement dans la France du Nord et en Normandie. Là aussi, on trouve l’Acre, les Acres et des noms avec une quantité comme les Quatre Acres, Quatorze Acres ou avec un complément comme les Acres au Comte ( Franqueville, Eure), l’Acre à Procés ( Saint-Thurien, Eure ), l’Acre de la Queue (Ambrumesnil, S.-Mar.), l’Acre d’Enfer (Boisset-les-Prévenches, Eure), l’Acre Enragée ( Brouay, Calv.) etc. On retrouve ce terme dans le nom de la commune Les Cent-Acres en Seine-Maritime. L’acre, utilisée dans l’ancien empire britannique, est toujours en vigueur aux États-Unis où elle vaut
    4 046,873 m2.
  • la perche, équivalent de la longueur d’un long bâton d’une vingtaine de pieds, soit de 6 à 7 mètres, équivalent d’un dixième d’arpent-longueur ; une perche-carrée valait donc un centième d’arpent-surface, soit un demi-are.( Ça va, les maths, là ?). On trouve des dizaines de lieux-dits les Perches, en général sans nombre sauf un Cent Perches ( Aubaine, C.-d’Or). Le même terme a pu aussi désigner des clôtures ou des taillis, comme le suggèrent les nombreux Bois aux Perches
  • la verge ou la vergée équivalait à quarante perches ou un quart d’arpent, soit un carré de 30 à 35 m de côté ( Littré ). Nombreuses sont les Vergées et bien d’autres précédées d’un nombre : les Trois Vergées, Cinq, Six, Sept, Huit, Dix et jusqu’à Dix Vergées. On trouve pour cette acception de vergée, une possible étymologie selon un pré-celtique vege, « champ plat », qu’on rapproche de la vega espagnole, elle-même supposée issue d’un ibérique ou basque balka, « pré au bort d’une rivière ». Il semble pourtant préférable de voir dans une vergée un « terrain mesuré à la verge », c’est-à-dire à l’aide d’une baguette souple, virga en latin.
  • la hâte était une « mesure de terre qui répond à la longueur d’une pique ordinaire, mais dont la largeur est indéterminée » ( haste chez Godefroy ). Le mot, qui a pu aussi désigner une parcelle étroite, une lanière, est toujours vivant en Bourgogne et Champagne où il désigne l’« espace compris entre deux gros sillons » . On retrouve ce terme en grandes quantités dans l’Aube, la Côte-d’Or, l’Yonne, la Nièvre et le Cher sous les formes l’Hâte ou les Hâtes, quelquefois suivies d’un nom de personne mais aussi de compléments plus inattendus comme les Hâtes du Curé ( Blancey, C.-d’Or), les Hâtes Brebis et les Hâtes aux Prêtres ( Saint-Phal, Aube ) , les Hâtes Rouges ( Fontangis, C.-d’Or) , les Hâtes Enragées ( Saint-Martin-sur-Nohain, Nièvre ) et même une Hâte de Putain ( Flée, C.-d’Or).

Le temps passé :

  • le jour ou le journal exprimaient ce qu’un paysan pouvait travailler en une journée ; on conçoit que sa superficie ait été variable selon les lieux, le sol, la pente, etc. : elle correspondait à un tiers ou un quart d’arpent. Les Journaux sont très présents, surtout en Lorraine, où on trouve une quinzaine de Vingt Journaux, des Grands Journaux et des Hauts Journaux. Vrély, dans la Somme, concentre les Huit Journaux, Douze Journaux et Vingt-et-un Journaux. Encore en lorraine, on trouve la Pièce de Cent Jours ( Cosnes-et-Romain et Sancy, M.-et-M.) la Pièce de Dix-Huit Jours ( Mance, M.-et-M.), les Cinquante Jours ( Sotzeling, Moselle), …
  • l’hommée, travail d’un seul homme en une journée (Littré ), avait plus de variété encore en fonction de la nature du travail : de 1,5 à 2 ares pour le jardin, 4 ou 5 ares pour la vigne, un tiers d’hectare pour la fauche d’un pré, etc. On trouve sept Hommées, réparties dans l’Ouest.
Repos mérité
  • la fauchée correspondait à une journée de coupe de foin ( DMF ). On trouve ce terme en Lorraine et alentour soit sous une forme simple soit avec un nombre ou un adjectif comme les Onze Fauchées ( Saint-Hilaire-en-Woëvre, Meuse et Hauteville, Ardennes), les huit Fauchées ( Moulotte, Meuse, les Bonnes Fauchées (Damas-aux-Bois, Vosges).
  • la charruée, « surface de terre que peut labourer une charrue en un temps défini, équivalant à douze arpents en Brie et en Champagne » (DMF). On rencontre plusieurs lieux-dits la Charrue ou la Charruée, et deux la Grande Charruée ( Palluau,Vendée et Saint-Ambroix, Cher).

Une devinette ?

Comme la faux et la charrue … un autre instrument a été utilisé pour mesurer une superficie travaillée en une journée. Il a donné une quinzaine de micro-toponymes dans sa forme simple et plusieurs autres dans des formes dérivées pouvant prêter à confusion. Quel est cet instrument?

Un bon point sera accordé à ceux qui complèteront leur réponse avec des exemples de micro-toponymes et les formes dérivées …

L’indice :