Allanche ( répàladev)

Ma dernière devinette a été vite résolue par TRS puis Un Intrus. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Allanche, une commune du Cantal.

Selon une légende locale, ce village au sud du massif de Cézallier, devrait son nom à un os de la hanche de saint Jean-Baptiste. Cette relique aurait été rapportée, dit-on, au XIè siècle par des pèlerins ( ou par un croisé nommé Johanès) revenant de Terre sainte et qui auraient ensuite fondé la ville. Comme elle était pieusement conservée dans l’église placée sous le vocable de ce saint, on aurait pris l’habitude de répondre  « à l’Anche ! » à la question : « où vas-tu ? », d’où le nom de la ville.

C’est ce que nous explique succinctement Geneviève Saint-Martin dans L’Auvergne des monstres, des sorciers et des Dieux ( Paris, E-dite, 2001) après Maurice Peschaud, ancien maire, dans Allanche : neuf siècles de son histoire ( éd. Gerbert, Aurillac, 1978). C’est ce dernier qui nous parle de Johanès et complète la légende en accumulant les détails.

Allanche le pont et la rivière

Mais que sait-on réellement sur la toponymie d’Allanche ?

Le plus ancien nom attesté, Alancha, date de 1332 et est à l’origine de deux interprétations  :

  • il pourrait s’agir d’un nom issu d’Alanica, féminin de l’adjectif Alanicus traité comme *Alanca ( villa) , « ( ferme ) des Alains » [ Ernest Nègre, Toponymie générale de la France, T.I, lib. Droz, 1990 ].
  • il pourrait s’agir d’une base pré-indo-européenne *al- rattachée à *kal, « pierre », accompagnée du suffixe ( ligure ? ) -inca [ Dauzat & Rostaing, Dictionnaire des noms de lieux de France, éd. Larousse, 1963 et Jacques Astor, Dictionnaire des noms de famille et noms de lieux du Midi de la France, éd. du Beffroi, 2002 ].

L’absence de noms plus anciens est à l’origine d’étymologies populaires. Certains ont inventé un ancien *Albantia ( albus, a, um – « blanc » ) qui trouverait son explication dans le manteau de neige qui recouvrait le paysage en hiver tandis que d’autres ont fait appel, on l’a vu, à un os de la hanche de Jean le Baptiste.

Afin d’y voir plus clair sur cette légende étymologique, je vous propose des extraits de deux ouvrages :

Les Tablettes historiques de l’Auvergne par Jean-Baptiste Bouillet, Clermont-Ferrand, 1843 :

allanche 1

et le Dictionnaire statistique, ou Histoire, description et statistique du département du Cantal de Jean-Baptiste de Ribier du Châtelet, Aurillac, 1852 :

allanche 2

allanche 2 bis

Les « anciens titres » ( Albantia, Alantia, Alenche ) cités dans ce dernier extrait ne sont que des supputations dont on ne trouve aucune trace .  On lit plus loin dans ce même extrait : « le nom du pèlerinage à l’Enche ( terme de la langue romane désignant l’ossement du saint ) »,  et on comprend donc qu’« enche » se prononçait sans le -h- aspiré imposé plus tard par la francisation. Il en est de même encore aujourd’hui en auvergnat où la hanche se dit ancha.  Ceci explique qu’on aurait pu dire et écrire « je vais à l’Anche », devenu Allanche

On aura noté au passage le même prénom double porté par les auteurs de ces ouvrages …

Les indices :

  • un paysage auvergnat sous la neige :

indice 11 11 18

… pour la fausse étymologie *albantia ;

  • un anchois :

indice a 13 11 18

… puisque l’anche du saxophone avait été citée dans un commentaire ;

  • des vaches de race Salers à l’estive :

indice b 13 11 18

… puisque c’est la spécialité du coin.

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