Massifrotte (répàladev)

Personne n’est venu à bout de ma dernière devinette. C’est assez rare pour être souligné.

Il fallait trouver Massifrotte, un lieu-dit de Genneton, canton de Mauléon, dans les Deux-Sèvres, à la limite de l’Anjou et du Poitou.

local-Genneton

Massifrotte : ce lieu-dit est attesté dans le Dictionnaire topographique du département des Deux-Sèvres (Bélisaire Ledain, 1902), absent de la carte de Cassini mais écrit Massiffrotte sur la carte d’état-major de 1869 et sur les cartes de 1950. En l’absence de formes plus anciennes du nom, on ne peut que souscrire à l’explication donnée par  Jacques Duguet (Les noms de lieux dans la région Poitou-Charente : leur signification et leur histoire, éd. Rumeur des Âges, 1986) qui écrit :  » Massifrotte : type probable Mau s’y frotte, « mal à qui s’y frotte » ». Rien n’indique, dans l’histoire de la commune, qu’il y eut là un château particulièrement fortifié. Peut-être peut-on alors supposer la présence d’un propriétaire attentif à la protection de son domaine comme aux limites de ses terres qui aurait ainsi nommé sa demeure par bravoure ou que ses voisins auraient appelé ainsi après de mauvaises expériences ou par simple moquerie.

Genneton : attesté Geneston en 1300 puis Geneton en 1589, ce nom est basé sur celui du genêt, du latin ginesta. Dauzat & Rostaing (DENLF*), penchent pour une suffixation latine en –onem, tandis que Nègre (TGF*) y voit l’équivalent en langue d’oïl de l’occitan geneston, nom du genêt des teinturiers (Spartium junceum) qui est pourtant plutôt présent en vallée du Rhône et sur le pourtour méditerranéen.  Le genêt était cité dans ce billet à propos de l’algérienne Tizi Ouzou.

Maumusson :  Genneton abrite aussi un château de Maumusson, du « mauvais museau ». Ce toponyme était présent dans l’article consacré à la devinette. (sale caractère, les Gennetonnais !).

Genneton

Mauléon : le nom de cette localité était lui aussi cité dans l’article à l’origine de la devinette, d’où la difficulté d’en faire un indice, c’eut été trop facile ! Attestée Mauleon, « méchant lion », dès 1080, la ville sera appelée Châtillon-sur-Sèvre en 1736, en prenant le nom de la famille de Châtillon qui en reçut la jouissance. Le déterminant sur-Sèvre, destiné à différencier cette commune du berceau originel de la famille, Châtillon-sur-Marne, évoque la Sèvre Nantaise qui ne coule pourtant qu’à huit kilomètres de là. C’est en 1965, lors de la fusion avec Saint-Jouin-sous-Châtillon, que le nom primitif sera redonné à l’ensemble qui devint Mauléon.

Deux-Sèvres :  créé par décret de l’Assemblée nationale le 26 février 1790, le département tient son nom des deux principales rivières qui le traversent : la Sèvre Niortaise et la Sèvre Nantaise (qui passe donc à 8 km de Mauléon). Le nom de la Sèvre Niortaise est attesté tardivement Severa au Xè siècle, probablement formé sur la racine indo-européenne à l’origine de Sequana la Seine, *seik-, « verser, couler, ruisseler, tomber goutte à goutte » avec le suffixe hydronymique –ara. Le passage de k à p puis v est classique en gaulois. La distinction entre les deux rivières est signalée en 1644 par le géographe Coulon : « la Sèvre Nantoise ainsi nommée pour la discerner de la Sèvre Niortoise ».

Anjou : le nom du pays est attesté Andecava regio, ex Andecavo chez Grégoire de Tours en 573-94. Il s’agit d’une formation du Haut Moyen Âge sur le nom de la ville capitale, Andecavis (Angers).  Le nom de cette dernière est issu du nom du peuple des Andecavi, mentionné par Pline l’Ancien en 77. La forme française Anjou est attestée au XIIè siècle.

Poitou : le nom du pays est attesté Pectavum chez Grégoire de Tours en 575-94. Il s’agit d’une formation du haut Moyen Âge sur le nom du peuple gaulois des Pictavi, au singulier Pictavum. Le nom de Pictones donné à ces Gaulois par César au milieu du Ier siècle av. J.-C., subira un remplacement de son suffixe par le gaulois –avo, d’où le nom des Pictavi donné par Ammien Marcellin à la fin du IVè siècle. La forme française Poitou est attestée en 1267.

Les indices

indice a 04 09 2022 ■ il fallait reconnaître l’insigne du 26è régiment d’infanterie, initialement basé à Nancy dont il avait repris la devise « Qui s’y frotte s’y pique ».

indice b 04 09 2022 ■ extrait de l’Apprenti sorcier de Walt Disney, plus particulièrement la danse des balais. Du balai au genêt à balais …

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.