Castéra-Lou (la répàladev)

TRS et LGF sont restés les seuls, à l’heure où je publie ce billet, à m’avoir donné la bonne réponse à la dernière devinette. encore bravo !

Il fallait trouver Castéra-Lou dans le canton des Coteaux dont le chef-lieu est Trie-sur-Baïse, en pays de Bigorre dans les Hautes-Pyrénées.

local castera-lou

 

Castéra-Lou : le nom de cette commune est issu du gascon castérar correspondant au languedocien castellar après passage habituel du ll intervocalique à r. Ce mot est formé de castel, « château », accompagné du suffixe ar (du latin are) qui désigne traditionnellement l’emplacement, le site. La chute du r final, non prononcé, a fini par aboutir à Castéra. Quant à la deuxième partie du toponyme, il s’agit de l’article défini occitan Lou, « le », qui a été postposé de manière absurde et incompréhensible par l’administration, semble-t-il en 1845, le nom occitan Lou Castéra ayant été « francisé » en Castéra-Lou. Une tentative (gentille) d’explication est que le responsable aurait pris Lou pour un nom de personne (en pensant à Saint Loup ?). D’autres prennent moins de gants comme Aitor Carrera (Les representacions gràfiques dels topònims occitans, 2002) qui parle, en catalan, d’« extravagance » :

Capture Castéra-Lou

ou le rédacteur du site internet officiel du canton qui parle « de l’une des plus belles bourdes administratives ou cartographiques qu’on puisse imaginer ». Quoi qu’il en soit, le nom n’a jamais été corrigé.

CPA-trie-sur-baise

Trie-sur-Baïse : il s’agit d’une ancienne bastide fondée en 1322 qui doit son nom, attesté bastida de Tria en 1325, à son fondateur Jean de Trie, sénéchal de Toulouse et de l’Albigeois. Le nom de la Baïse, attesté Vanesia au IVè siècle, est issu de la racine hydronymique pré-celtique *ban accompagnée du suffixe latin –itia ; en gascon, le n intervocalique disparaît.

la Bigorre : « doit son nom au peuple aquitain appelé Bigerriones par César au milieu du Ier siècle av. J.-C. Le nom de ce peuple est issu d’un appellatif que l’on peut reconstituer par le basque bigurri, « pervers », et bihurri, « tordu, indocile, pervers » ( DNLF *). », écrivais-je naguère dans ce billet. Il est intéressant de faire un parallèle avec le nom de Vascones donné par les Romains de l’Antiquité aux Basques de la péninsule ibérique, nom formé sur l’adjectif vascus, « qui va de travers, oblique, divergent ». Bigerriones a, de surcroit, le même suffixe. Les deux appellations semblent donc étrangement concordantes : s’agissait-il alors de relever leur étonnante différence par rapport aux populations environnante ?

D’autres étymologies pour le nom de la Bigorre ont été proposées comme le basque Ibai gorri, « la rivière rouge » (dès 1899 par André Rolland de Denus et E. Lechevalier et plusieurs fois reprise par la suite) sans expliquer ni la disparition du I initial ni le transfert du nom de la rivière à celui du peuple.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

fleuron1

 

Les indices

indice a 18 12 2022  ■ ce calligramme d’Apollinaire est extrait des Poèmes à Lou. (wiki)

cyrano-1959

  ■ Cyrano de Bergerac devait orienter vers la Gascogne.

Le ciel, le soleil et la mer est chanté par François Deguelt qui est né à Tarbes, chef-lieu de l’arrondissement où se situe Castéra-Lou.

 

Bégaar ( répàladev )

TRA et LGF ont  rejoint TRS pour un trio de « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver Bégaar, une petite commune du département des Landes.

mairie-de-Bégaar-40400

Pour découvrir l’étymologie de ce nom, nous disposons de quelques formes anciennes : Sanctus Petrus de Begar aux XIè-XIIè siècles pour désigner l’église, Begar en 1638, Begua en 1647, Bega en 1714 et 1773 et Begar de nouveau en 1793 et 1801. C’est encore en 1801 qu’apparait la forme définitive Bégaar.

L’hypothèse la plus souvent admise a été formulée par Ernest Nègre ( TGF * ) qui fait dériver Bégaar du gascon *bega(n)ar ( bas latin *vicanaris ), « faubourg, banlieue », variante du gascon begané ( bas latin *vicanarius, dérivé de vicanus ), « habitant de la banlieue ». Cf. aussi, de même origine, l’actuel gascon vegaraus, masculin pluriel pour « banlieue ».

Une hypothèse plus récente, émise dans le Dictionnaire toponymique des communes :  Landes et Bas-Adour ( éd. Cairn, 2005 ), rattache le nom de Bégaar à un appellatif ancien proche du basque *baga(a)rte, « taillis, fourré de hêtre ». Le nom basque du hêtre, bago ou pago, est emprunté au gaulois bago et a donné par exemple son nom à Bagès  ( P.-O. ) avec le suffixe collectif basco-aquitain -etz. Accompagné cette fois du suffixe collectif -art, ce même bago aurait donc donné *bagart passé à Begar de façon habituelle en gascon. La seule difficulté de cette hypothèse est la présence du basque bago  là où le gascon utilise plutôt les dérivés du latin fagus soit en conservant l’initiale -f- ( Le Faget, Hte-Gar.) soit avec l’initiale -h-Haget, Gers et Hagetmau, « la mauvaise hêtraie », Landes ).

L’hypothèse donnée par Dauzat&Rostaing ( DENLF* ) selon «  un radical aquitain *beg-, big-, qu’on retrouve dans Bigorre, nom de pays » est à oublier, ce supposé radical *beg n’étant pas autrement connu. La Bigorre doit son nom au peuple aquitain appelé Bigerriones par César au milieu du Ier siècle av. J.-C. Le nom de ce peuple est issu d’un appellatif que l’on peut reconstituer par le basque bigurri, « pervers », et bihurri, « tordu, indocile, pervers » ( NDLF *).

cdl3

Les indices

■ un logo :

indice b 16 02 20Il fallait reconnaitre le logo stylisé  du jeu Intervilles, célèbre pour ses vachettes landaises.

 

 

 

 

■ une statue :

indice c 16 02 20La Beauté callipyge, sculpture en terre cuite de Philippe Morel, renvoyait à la drachme à la paire de fesses frappée au IIè siècle av. J.-C. par les Tarusates, peuple gaulois habitant le pays auquel ils ont laissé leur nom et où se situe Bégaar.

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■ un extrait vidéo du groupe Perlinpinpin Fòlc pour son origine gasconne.

■ une autre statue :

indice b 18 02 20Le 10 septembre 56 av. J.-C. se déroula à Bégaar une bataille où Crassus affronta avec succès les Aquitains menés par Adiatuanos.

 

 

 

 

 

■ un dessin :

indice a 18 02 20Il fallait reconnaître Les mendiants anglais, un dessin du XIXè siècle d’Alphonse Legros. Et comment dit-on « mendiant », en anglais ? Beggar. D’où cet indice en forme d’à peu près graphique et phonétique.

 

 

 

 

 

* les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La Mongie

J’ai appris à skier à La Mongie, station haute-pyrénéenne à laquelle je suis resté fidèle suffisamment longtemps pour en connaître – presque – tous les recoins. Je vous propose un bref survol de sa région.

bagneres_la_mongie_GR

Le lieu-dit La Mongie, au col du Tourmalet, est situé sur la commune de Bagnères-de-Bigorre, mais le domaine skiable, dit aujourd’hui du Grand Tourmalet, s’étend aussi  sur Campan du même côté du col et sur Barèges de l’autre côté, ce qui en fait le plus grand des Pyrénées.

La Bigorre actuelle reprend les contours du territoire d’un peuple aquitain appelé Bigerriones par César au milieu du Ier siècle av. J.-C. et Begerri par Pline en 77. Le nom du peuple est passé à sa capitale, l’actuelle Saint-Lézer1, attestée Begorra à la fin du VIè siècle, construite à l’emplacement d’un ancien castrum Bigorra. Le nom de ce peuple, francisé en Biguerres, semble être un appellatif aquitain que l’on peut rapprocher du basque bigurri, « pervers » et bihurri, « tordu » : il s’agissait sans doute d’un nom donné par ses voisins à un peuple « indocile, pervers » à moins qu’il n’ait lui-même choisi de s’appeler ainsi par défi .

Bagnères-de-Bigorre : à l’époque romaine, la ville, dont les eaux thermales étaient fort réputées, était nommée Vicus aquensis, « le village des eaux » ou Aquæ bigerritanas, « les eaux bigourdanes ». Le nom actuel n’est attesté que depuis 1171 sous la forme gasconne Banheras issu du latin balneariæ , « bains, établissements de bains ». La graphie française, Bagnères, apparaît en 1285. Le déterminant en-Bigorre date au moins de 1770 ( sur la carte de Cassini) et sera remplacé par de-Bigorre avant 1852 ( il apparaît ainsi dans le Dictionnaire des communes publié cette année-là).

Campan : Campano en 1300. Forme masculine du latin campania, « plaine, terrain découvert » sans doute héritée d’un bas latin campanum. On peut imaginer un fundus ou vicus campanus, un « domaine ou village dans la plaine », ce qui correspond bien à la situation du village au pied de la montagne.

Barèges : Valletica en 1075 que l’on décompose en latin vallem, « vallée » suivi d’un suffixe -etica de signification incertaine, peut-être diminutive, mais qui cache peut-être une origine pré-latine du nom. Phonétiquement, l’évolution de Valletica vers Barèges est la même que celle du latin villaticum vers villatge puis village. Le nom occitan est Varètja.

La Mongie : traduction française de l’occitan mongiá, « résidence de moines ». On en déduit que des moines s’étaient retirés-là au Moyen Âge mais sans y laisser de traces durables. Le grec monakhos, « solitaire » ( dérivé de monos, « seul ») a été emprunté par le latin d’église où monachus a , sous la forme altérée monicus, donné « moine » et monge en occitan.

LE-COL-DU-TOURMALET     Le col du  Tourmalet ( 2115 m ) : l’étymologie selon « mauvais détour » est une interprétation populaire sans réel fondement.  Le col doit son nom au pic qui le surplombe. Ce nom est issu du prélatin turma, « bloc de rocher », accompagné de l’augmentatif -al suivi du diminutif -et,  ce qui montre que l’appréhension de la hauteur du col a varié avec le temps — et de la construction de routes de plus en plus praticables. Une autre étymologie possible fait appel aux pré-indo-européens tor/tur, « montagne » ( cf. le latin turus, « éminence » ) et mal « rocher, montagne » ( cf. le Vignemale2 ).

L’Adour, fleuve qui prend sa source au Pic du Midi de Bigorre, était nommé Aturi au Ier siècle ( Lucain) puis Aturrus au IVè siècle ( Ausone ). Il s’agit d’un hydronyme pré-celtique  átur, accentué d’abord sur la première syllabe puis sur –ur– à la période romaine. Átur peut être décomposé en át– , élément qu’on trouve dans át-rica ( > Ardèche) et át-ax ( Atacis chez Pline au Ier siècle > Aude ) et –ur, à rapprocher du basque ur, « eau ».

Beaudéan ( qui apparaît sur la carte – sous la forme non officielle Baudéan – mais n’est pas concernée par le domaine skiable) est un ancien baldeanum , du nom d’homme germanique Baldo latinisé en Baldeus et suffixé en  -anum. L’attraction de l’adjectif « beau » est à l’origine de l’orthographe actuelle.

Sers ( même remarque ) : il ne faut sans doute pas faire un rapprochement avec son homonyme charentais dont le nom provient d’un nom propre romain, Certus. Il s’agit plus probablement ici d’un dérivé de  serre  , « crête étroite ».

1 – Saint-Lézer : Sanctum Licerium (de Glycerius, évêque de Coutances vers 700) devenu Sent Leze au Moyen Âge.

2 -Vignemale : « La dernière étude en date (2009) indique : Vin soit « bosse, roc » (pré-celtique attesté cf. Dauzat) et Mala soit « mauvaise » (latin, à confirmer ou préciser) » nous dit Wikipedia en citant Robert Aymard (membre de la Société française onomastique), Toponymes pyrénéens, Lacour, 2009 (ISBN 9782750424305), page 430. Cette étymologie reste toutefois incertaine : l’adjectif épithète latin est en effet le plus souvent antéposé, comme en ancien français, ce qui aurait conduit à un mala-vin plutôt qu’à un vin-mala.

Le pays des neuf peuples

L’empereur Dioclétien  entreprend au IIIè siècle une vaste réforme administrative de l’Empire romain qui est alors divisé en quatre préfectures, douze diocèses et cent une provinces. À cette occasion, la vaste Gaule aquitaine est coupée en trois provinces nommées Aquitaine I ( capitale: Bourges), II ( Bordeaux ) et III ( Éauze).

C’est cette dernière qui fait l’objet du présent billet. Constituée de neuf peuples gaulois — généralement de langue proto-basque —  on l’appela aussi Novempopulanie. Elle comptait  donc neuf cités cités principales qui deviendront des civitas romaines, auxquelles trois autres sont venues s’ajouter ultérieurement .

Novempopulania1

Nous trouverons dans le nom de quelques unes de ces cités la confirmation que leurs noms gaulois  — que l’on connaît au moins depuis Jules César — ont été remplacés par l’Empire entre le IIIè et le Vè siècles par celui  des peuples qui les habitaient.

  • Éauze (Gers) : chef-lieu d’un peuple appelé Elusates par César, devenu la capitale de la Novempopulanie. Le suffixe locatif gaulois -ate accompagne ici le nom de la ville . Celui-ci est issu d’une racine indo-européenne alusa, « aulne» et a évolué en Elsa ( 920) puis en gascon Euza (1413) transcrit Eauze en français. L’absence d’accent aigu sur l’initiale incite à prononcer oze alors que le nom  se prononce éoze en français parallèlement au gascon éouze. Seule une décision du Conseil d’État pourrait  valider l’orthographe «  Éauze », mais il a sans doute d’autres priorités …
  • Auch ( Gers) : le plus ancien nom de la ville, Eliumberrum,  est attesté au Ier siècle chez Pomponius Mela. Il s’agit d’un composé ibère ou aquitain Iliberi, « ville (ili) neuve ( berri ) ». On trouvera anecdotiquement au siècle suivant chez Ptolémée le nom Αύγούστα, féminisation du nom de l’empereur Auguste. Enfin, la ville prendra le nom du peuple dont elle est la capitale, les Ausci mentionnés par César — les Ausques en français . Plusieurs hypothèses ont été émises sur l’origine de ce nom : on a fait un rapprochement avec le basque Euskara ; avec le basque auzo, « voisinage; quartier» ou l’indo-européen aus, « clair »  munis du suffixe basque -ko; ou encore avec l’indo-européen aue, « couler » muni du suffixe basque -sko. Rien ne permet de trancher en faveur de l’une ou l’autre.
  • Lectoure (Gers) : le nom de la ville est attesté Lactora au IIè siècle sur une inscription latine. Il pourrait avoir une origine indo-européenne d’après leghto, « gîte » ( même racine que le latin lectus, « lit), pré-celtique d’après leca, « pierre plate » ou encore gauloise d’après lact-, « blanc, clair ».  Comme pour Éauze, c’est ici la ville qui a donné son nom au peuple, les Lactorates.
  • Aire-sur-l’Adour (Landes) : son nom le plus ancien connu est civitate Vicojuli

aire sur adour

en 506, composé latin de vicus « village » et du gentilice de Caius Julius Caesar, signifiant qu’il s’agit d’une fondation romaine du Haut-Empire. Comme les autres civitas, celle-ci a pris le nom de ses habitants : l’administration impériale créa pour l’occasion le nom Aturres pour  désigner les habitants des rives de l’Adour dont le nom latin était Aturus, issu d’une racine indo-européenne atur, « feu ». La ville s’est donc appelée Aturensium civitas puis simplement Atora, accentué sur la première syllabe pour devenir Aire ( contrairement au nom de la rivière, accentué sur la pénultième, qui deviendra Adour) . Une fois l’étymologie oubliée au profit de l’homophone aire, « surface », on a cru bon de préciser sur-Adour. Le nom du peuple gaulois des Tarusates cité par Jules César est généralement identifié comme étant celui des Aturres.

  • Dax (Landes) et Tarbes (H.-Pyr.) : Dax a été d’abord réputée pour ses eaux thermales d’où son nom latin Aquae ( le -d- initial provenant de la préposition ad, dont seul le -d- a survécu ). Au IIIè siècle, l’Itinéraire d’Antonin précise Aquis Tarbellicis et un siècle plus tard le poète  Ausone écrit Aquae Tarbellae.Ce sont deux adjectifs correspondant au nom des Tarbelli mentionnés par César. La ville de Tarbes qui était au Vè siècle, sous le nom de Turba ( sans doute une erreur pour Tarba) , le chef-lieu d’ une civitas sous l’Empire romain s’est dépeuplée au profit de Saint-Lézer que nous verrons au paragraphe suivant. Son nom est issu du gaulois trebo, « habitation » et peut être sans nul doute rapproché de celui des Tarbelli.

Les autres noms de tribus gauloises n’ont pas laissé directement de traces dans des noms de villes actuelles mais dans celui de pays.

  • La Bigorre ( H.-Pyr.) : le nom du pays est attesté chez le poète Ausone au IVè siècle sous la forme Bigerritana patria puis, en parlant de l’évêque,  Bigorrensi episcopis en 879. Il s’agit d’une formation sur l’ancien nom de Saint-Lézer, (castrum)Begorra, attesté dès le VIè siècle. Ce nom est issu de celui des Bigerriones cités par César et des Begerri de Pline. Il est dérivé du basque bigurri, « pervers » ou bihurri, « tordu; indocile, pervers ». L’Église a voulu que la ville oublie son nom païen au profit de celui de Saint-Lézer ( Glycerius, évêque de Couserans vers 700), mais le nom de la Bigorre est resté.
  • Le Pays de Buch (Gironde) doit son nom aux Boïates  une branche des Boïens dont j’ai déjà parlé dans ce billet
  • Le Couserans (Ariège) : le nom du pays est attesté comitatu de Cosoragno vers 1002. Il est issu de l’ancien nom de Saint-Lizier, civitas Consorannorum vers 400 , lui-même formé sur le nom des Consoranni. Là aussi, l’Église a fait appel à Glycerius pour changer le nom de la ville mais, là aussi, le pays a gardé la mémoire.
  • Le Comminges (H.-Gar, Ariège, Gers et H.-Pyr.) : le nom le plus ancien du pays se trouve sur une monnaie mérovingienne sous la forme in Cummonigo. Il est issu de l’ancien nom de Saint-Bertrand-de-Comminges, qui s’appelait Convenae, accompagné du suffixe –icu.  On trouvera plus tard Lugdunum Convenarum. C’est l’assimilation du groupe consonantique -nv- qui a abouti au -mm-. Convenae est le nom d’un des neuf  peuples, les Convènes. Saint-Bertrand ( du  germanique Behrt, « brillant »,-hramm, « corbeau » ) était évêque de Comminges aux XIè-XIIè siècles.

Les trois autres noms de cités ou de pays qui se sont ajoutés au fil du temps à ces neuf premiers sont les suivants :

  • Bazas (Gironde) : cette ville a porté deux noms. Le premier nous est donné, là aussi, par Ptolémée sous la forme Κόσσιον, que l’on retrouvera chez Ausone au IVè siècle quand il nous parle de Cossio Vasatum. Il s’agit d’un nom propre gaulois Cossius accompagné du suffixe locatif -one. La ville a pris, elle aussi, le nom du peuple dont elle était la capitale, en l’occurrence les Vasates. On trouve dès 333 la forme Vasatas dans l’Itinéraire du pélerin de Bordeaux et en 614 la forme à l’ablatif pluriel Vasatis d’où est issu Bazas, attesté en 1296.
  • Le Béarn (Pyr.-Atl.) : pays du haut Moyen Âge formé de l’ancien diocèse de Lescar ( dont le chef-lieu passa à Morlaàs en l’an mil puis à Pau au XVIIè siècle).Basco-Bearnaise_face

Brebis basco-béarnaise

Attesté Béarn dès 1103, il s’agit d’une formation sur l’ancien nom de Lescar, Benearnum (Itinéraire d’Antonin, III è siècle.) La ville est alors la capitale d’un peuple nommé Venami par Pline l’Ancien en 77.  L’absence de formes intermédiaires entre Venami et Benearnum oblige à considérer le premier nom comme une erreur d’écriture pour Venarni, peuple autrement connu  comme  Bénéharnais. Le nom de Lescar, attesté Lascuris au Xè siècle est, lui,  issu du préroman liska, « pierre plate » et suffixe augmentatif -arr. Ce n’est pas que la pierre y était vraiment très plate, c’est qu’il y avait beaucoup de pierres plates. L’hypothèse d’une origine basque d’après lats, « cours d’eau » et gorri « rouge » se heurte au fait que, dès 1144, le nom devient Lascar ce que l’évolution phonétique de gorri contredit : on aurait aujourd’hui un *Lascori.

  • Oloron-Sainte-Marie (Pyr.-Atl.) : Attesté Iluro sur une borne milliaire du IIIè ou IVè siècles, l’Itinéraire d’Antonin l’emploiera à l’ablatif Ilurone. On peut voir dans ce nom celui du dieu deo Iluroni, attesté par une inscription trouvée à Mondilhan (H.-Gar.), à plus de cent kilomètres d’Oloron -Sainte-Marie. Ce nom de dieu est issu de l’indo-européen isl, « se mouvoir vite », accompagné du suffixe hydronymique ibère -ur complété par le suffixe hydronymique gaulois -ona: il s’agissait alors de nommer le Gave d’Oloron, déifié par les Gaulois comme de nombreux autres cours d’eau. La forme latine a évolué en Oloro en 506 et la forme gasconne Oloron est apparue en 1144. L’étymologie selon le basque  ili (ville) et ur (eau),  la « ville des eaux » auxquels aurait été adjoint le gaulois -ona est séduisante, mais manque de références, tandis que le fait de trouver le même nom à cent kilomètres de distance plaide en faveur du nom du dieu . Iluro  a été occupée  par une branche des Bercorates qui a été appelée en latin Iluronenses , devenus  en français les Ilourais .

Et, puisque tout finit toujours par une chanson :

Nos ancêtres les pré-Gaulois

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À gauche, mon ancêtre, pêchant.

On le sait depuis longtemps : les Gaulois, peuple de langue celtique, ont eu des prédécesseurs  qui parlaient une langue… pré-celtique. Il nous reste des bribes de cette langue dans les toponymes, notamment les reliefs et les cours d’eau,  lieux inamovibles qui ont conservé leur nom malgré les changements d’occupants. Le peu que nous savons de ces peuples nous vient de César et de chroniques d’historiens comme Pline, Strabon … et de quelques inscriptions retrouvées ici ou là. La toponymie nous vient aussi en aide qui a la mémoire longue.

Il est aisé de comprendre que si l’on veut trouver des traces de ces noms dans des toponymes, nous devons aller les chercher dans des endroits reculés, difficiles d’accès et que les envahisseurs successifs n’ont que peu modifiés. C’est ainsi que nous trouvons de tels noms principalement dans les Pyrénées et dans les Alpes.

Je me cantonnerai aujourd’hui aux seuls peuples aquitains qui nous ont laissé des toponymes. J’aborderai dans un prochain billet les noms des  peuples alpins ( moins nombreux) et les noms propres dont on ne sait pas bien  s’ils sont ethniques, patronymiques ou des noms de divinités.

À tout seigneur, tout honneur : c’est depuis les Commentaires de César que nous connaissons l’Aquitania, une des quatre parties de la Gaule, devenue l’Aquitaine. Le nom géographique est bien entendu issu d’un ethnique Aquitanus, formé avec le suffixe pré-celtique méditerranéen –itanus, celui de Napolitanus ou Mauritanus. Le radical aqu-, sans aucun doute pré-celtique ( ibère ?) n’a pas de sens connu et ce n’est qu’une étymologie populaire qui l’a fait rapprocher du latin aqua, « eau ».

Le peuple aquitain Ausci , mentionné lui aussi par César au Ier siècle av. J.-C. a donné son nom au civitas Auscius ( début IVè s.) devenu aujourd’hui Auch, préfecture du Gers. Ce peuple aujourd’hui disparu ne l’est en réalité pas tout à fait  puisque la langue qu’il parlait n’est toujours pas morte :« Ausci, le nom du peuple, se retrouve dans la racine du nom basque de la langue basque, euskera, euskara » (René Lafont, Revue internationale d’onomastique, 1965).

Benarni (Pline, Ier s.) est le nom d’un peuple aquitain de l’est et nord-est des Pyrénées-Atlantiques. Le nom benarni, après la perte du n intervocalique habituelle en gascon, est devenu Béarn. Leur capitale, aujourd’hui Lescar, s’appelait Benarnus vers 400.

Les Begerri ( ou Bigerriones chez Pline, Ier s.) ont donné leur nom à la Bigorre, que l’on retrouve dans celui de Bagnères de Bigorre (H.-Pyr.) qui se nommait Begorra vers 400. Avec le suffixe  –itanus a été formé Begorritanus que nous reconnaissons aujourd’hui dans le nom du pays Bigourdan. La ville de Bazordan, *begorritanum castellum, est sans doute de même origine, avec un z introduit pour réduire l’hiatus formé par la chute du g. Nous ne connaissons pas l’étymologie de ce nom pré-celtique mais on peut le rapprocher de l’adjectif basque moderne bigurri « qui va de travers, oblique, détourné, perverti ». Si ce rapprochement est exact, alors on sera surpris de savoir que le nom de Vascones donné dans l’Antiquité aux Basques de la péninsule Ibérique est issu de l’adjectif vascus « qui va de travers, oblique, divergent ». Bigerriones a, de plus, le même suffixe : les deux noms semblent donc être bien proches. Mais quelle particularité s’agissait-il de décrire ? Parlait-on déjà de la différence ( de langage ?) entre ces peuples et les autres ?

cerretaniLes Cerretani, peuple du Sud des Pyrénées occupant le haut bassin du Sègre, ont laissé leur  nom à la Cerdagne: marcha Ceridaniae et pagus Cerdanie au IXè s puis in comitatu Ceritanie en 1492. Ce nom de peuple est attesté chez Pline au Ier s ( et chez Strabon sous la forme Kerretanoi) puis  sous la forme Ceretes chez Avenius au IVè s. Il est à l’origine de Cere, ancien nom de l’enclave espagnole de Lliva. Cerre accompagné du suffixe -itanus a donné son nom aux Cerretani. Le sens du  radical Cerr– est obscur, bien qu’on puisse le mettre en rapport avec  Quier, toponyme catalan pré-latin désignant des hauteurs rocheuses, correspondant à la Quière occitane. C’est en 968 qu’on trouve la première transcription avec un S initial: comitatus Sardaniensis. Cette coexistence des deux orthographes est à l’origine du fait que la sardane se danse en Cerdagne, pays d’où sont originaires autant de noms de famille Sarda que  Cerda, tous cerdans.

Consuarini (Pline, Ier s.) était  une peuplade établie autour de Saint-Lizier (Ariège): cette ville s’appelait en 400 civitas Consorannorum, nom  qui a évolué en  Couserans, sous lequel elle était connue encore au Moyen-Âge avant la canonisation de son évêque Glycerius et encore porté par le petit pays autour de Saint-Girons.

bazadaise

Vache de pré-gaulois ( 1er prix à l’exposition universelle de 1900 )

Le peuple des Vasates (Pline, Ier s.) était établi autour de Bazas, en Gironde, civitas Vasatas au IV è s.. Ce nom serait issu de l’aquitain basa « ville » et suffixe celtique -ates : « ceux de la ville ».

À bientôt pour un petit tour dans les Alpes!