Draix (répàladev)

LGF a rejoint Jacques C., TRA et TRS pour un quatuor de découvreurs de la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo!

Il fallait trouver le nom de Draix, petit village des Alpes-de-Haute-Provence, non loin de Digne-les-Bains.

local draix

Les armes de cette commune sont des plus simples, d’azur au crible d’or, et ainsi représentées dans une version moderne :

DRAIX-04

et  dans une version ancienne (Armorial Général de France, Charles D’Hozier,1696) :

DRAIX-04-01

Ces armes ne sont parlantes qu’en provençal, langue dans laquelle le crible se dit drai :

Screenshot_2020-10-28-Lou-Trésor-dou-Félibrige-ou-Dictionnaire-provençal-français-embrassant-les-div

Trésor du Félibrige, Frédéric Mistral, 1878

Ernest Nègre (TGF*), dans son infinie sagesse, classe ce toponyme dans les « noms de lieux d’origine pré-celtique inconnue », en relevant les formes anciennes de Drais (vers 1200) et de Draysio (1351) qu’il rattache à un incertain *drasi, nulle part ailleurs attesté.

Considérant l’« emplacement du village sur un éperon rocheux de 876 mètres  » (cf. le nom Roco de Drays en 1319), Charles Rostaing (ETP*) propose une origine selon un radical pré-celtique oronymique *tr-, le même que pour Trets (B.-du-R.), Trévaresse (id.) ou encore Trigance (Var). Ce radical *tr serait une variante par réduction de la racine mieux connue *tar (ou *tor), celle de Tarascon (B.du-R., Ariège). Cette hypothèse est reprise par B. et J.-J. Fenié (TP*).

L’orthographe du nom a hésité entre un -ais final, un –ays voire un –aye, avant de se fixer à l’orthographe actuelle en 1793.

Screenshot_2020-10-28 Remonter le temps

Draix, écrit Draye sur la carte de Cassini (feuillet 153, Digne, 1781)

cdl5

Les indices

■ la première photo :

indice 25 10 20cette paillasse de laboratoire agro-alimentaire présentait les instruments de tri et d’inspection de grains de céréales et notamment, en bas à gauche, un crible.

 

■ un portrait :

indice a 25 10 20il fallait reconnaitre Érastothène, savant grec du IIIè siècle av. J.-C., célèbre, entre autres, pour avoir mis au point le crible qui porte son nom. Ah ah, elle est bien bonne. Cet indice n’avait en réalité pour but que de pouvoir introduire le suivant par la formule « pour faire bonne mesure », le mesurage des grains étant une utilisation possible du crible.

 

■ une deuxième photo :

indice c 25 10 20

 Il fallait reconnaitre une vue  rapprochée d’un …crible. Il ne faut voir aucune intention particulière de ma part dans le fait  qu’il s’agisse d’un crible turc (je ne veux d’ennuis avec personne).

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les dessins de blasons sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

 

Les indices du mardi 27/10/2020

JacquesC. , une nouvelle fois, est le premier à m’avoir donné la solution de ma dernière devinette. Il a été rejoint un peu plus tard par TRA et enfin par TRS. Bravo à tous les trois !

Comme d’habitude, j’en recopie ici l’énoncé pour les retardataires :

Je vous propose de chercher le nom d’un village de France métropolitaine au blason parlant.

Ce nom, en seul mot monosyllabique d’origine pré-celtique à sens oronymique, est représenté sur le blason par un instrument à usage agricole dont le nom dans la langue régionale est homophone.

Cet indice devrait vous faciliter le travail :

indice 25 10 20

Et je rajoute :

■ ce portrait :

indice a 25 10 20

■ et, pour faire bonne mesure, cette photo :

indice c 25 10 20

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Mas-Blanc-des-Alpilles (répàladev)

Ma dernière devinette n’a pas trouvé d’autres « solutionneurs » depuis mardi dernier.

Il fallait trouver Mas-Blanc-des-Alpilles (B.-du-R.), la plus petite commune de Provence, comme elle se définit elle-même.

carte-localisation-Mas-Blanc-des-Alpilles

En 1740, la carte de Cassini (feuillet 122, Avignon) montrait deux Mas Blanc, dont un Petit :

MAS-BLANC AVG 122 1740

Les armes du village sont ainsi blasonnées : D’azur au mât de vaisseau, à la voile ferlée, d’argent.

MAS_BLANC_DES_ALPILLES-13

On aura compris le plaisant jeu sur le mas, « maison de campagne, ferme », prononcé [ma] et le mât du navire. Ce blason était déjà mentionné tel quel en 1696 dans l’Armorial général de France de Charles D’Hozier, où on note l’écriture en un seul mot de Masblanc :

MAS_BLANC_DES_ALPILLES-13-02

Le toponyme est composé du provençal mas, « ferme, métairie » (issu du latin mansum), accompagné de l’adjectif blanc. Le déterminant Alpilles est, sans surprise, le diminutif d’Alpes. Ce dernier nom pourrait être rattaché à la base pré-indo-européenne *alb, « hauteur, montagne », par l’intermédiaire d’un pré-celtique (étrusque ?) *alp- de même sens. J’avais pour ma part opté, en 2015, pour une origine selon la racine indo-européenne *al-  qu’on s’accorde à traduire par « pousser, faire pousser, nourrir » d’où le sens de « terre nourricière » donné aux alpages par exemple. Une dernière hypothèse plus récente privilégie une base indo-européenne *albho-, « blanc, lumineux », pour décrire, avec un sentiment quasi religieux, sacré, « le monde d’en haut ».

60px-asterism.svg_

Les indices

Les deux vidéos aiguillaient vers des bateaux : la première parlait d’un fameux trois-mâts et la seconde montrait des marins perchés sur les mâts.

indice a 20 10 20 Le buste était celui de saint Lambert de Vence, auquel la chapelle du Mas-Blanc-des-Alpilles est vouée.

Vence était surtout censé restreindre le champ d’investigation à la Provence, avant de pointer vers Mas-Blanc-des-Alpilles.

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric .

Blasons parlants – épisode pilote

Faisant suite à mes  précédents billets qui concernaient les étymologies populaires, j’entame aujourd’hui une nouvelle catégorie qui concerne les blasons parlants. De quoi s’agit-il ? De blasons dont les dessins rappellent le nom de famille ( un écureuil pour

180px-Blason_famille_Fouquet.svgFouquet : un « foucquet » est en effet, en gallo, un écureuil ; un jusqu-ou ne montera-t-il pasfaucon sur un mont  pour les De Montfaucon, etc). Nombreuses sont les villes qui ont utilisé cette façon de faire pour illustrer leurs armoiries et qui se sont appuyées pour cela sur des étymologies plus ou moins exactes, voire fantaisistes, des jeux de mots ou des calembours comme nous allons le voir.

Les exemples sont très nombreux : je me suis promené un peu au hasard, notant les exemples découverts au fil de lectures et de recherches sur d’autres sujets, et je vous livrerai  le résultat dans un certain désordre. Afin de ne pas surcharger le texte, l’étymologie exacte des toponymes notés en gras est reportée en note de bas de page.

Besançon qui dans l’Antiquité s’appelait Vesontio a vu son nom évoluer, au IVè siècle, en Besontio. On explique ce passage du V au B par une hésitation articulatoire  entre ces  consonnes dont il y a d’autres exemples (et qui est  encore existante en castillan par exemple). Le nom de Besantio, puis de Besançon, s’est finalement imposé sans doute par  attraction paronymique avec le nom de Byzantium et  d’un jeu de mots qui faisait de Besontio la « ville des besants », pièces de monnaie en or byzantines dont le succès fut tel au XIIIè qu’on disait « valoir son besant d’or », expression devenue aujourd’hui « valoir son pesant d’or». Il convient de se souvenir que Besançon s’était considérablement enrichie grâce à la quatrième croisade et au pillage de Constantinople en 1204. Dans le butin des Bisontins se trouvait notamment le saint suaire qui y fut longtemps conservé avant d’être transmis  à Turin. Cette richesse a valu aux Bisontins d’être surnommés, dans des textes latins médiévaux, les Crisopolitanus, ce qui suppose une * Crisopolis, « ville de l’or ». Toujours est-il qu’on  a fini par dire Bisentio pour la ville et Bisontii pour les habitants. Ce dernier mot a frappé les esprits au Moyen-Âge par sa ressemblance avec bison, nom ( attesté chez Pline) que les latins donnaient au bœuf sauvage. Il n’en fallait pas plus pour que cet animal figurât dans les armoiries de la ville.  Rectificatif de dernière minute :c’est du moins ce que j’ai trouvé dans plusieurs des ouvrages que j’ai consultés (Dauzat-Rostaing, Deroy-Mulon, É. Vial, etc.), mais au moment de chercher une illustration, je m’aperçois qu’il n’est nulle part question sur la toile d’un tel blason, sauf pour l’équipe locale de football américain qui s’appelle les Bisons de Besançon … Je suis pris d’un doute et vais devoir poursuivre mes recherches…à moins qu’un Bisontin ne vienne à ma rescousse. Réponse du 12 février: le bison est bien présent mais sur des pièces de monnaie et des médailles, semble-t-il déjà du temps des Gaulois!

ussel 2Le nom d’Ussel en Corrèze a été interprété comme une déformation de l’ancien français huis scel, porte fermée. C’est de là que viennent les armoiries de la ville qui représentent une « porte d’or clouée et ferrée de sable accompagnée de trois étoiles en champ d’azur». ( En héraldique, si l’or est jaune et l’azur bleu, le sable est noir ; c’est comme ça, je n’y peux rien; mais là je suis sûr de la réalité du blason!)

Besançon: Vesentionem ( Ier s. av. J.-C., César) , Visontione (IVè s chez Ausone) et Besantionem (IVè s. chez Ammien Marcellin). Du pré-indo-européen ves-, « montagne » ( cf. Vesoul, Vésuve, Mont Viso ) et suffixe pré-celtique -unt latinisé en -untionem, selon A.Dauzat;  soit du gaulois visu « digne, apte » et suffixe gaulois -ontione, selon E. Nègre.

Ussel :Usselum en 1315, Ucel en 1398. Du gaulois uxello, «élevé»