De quelques blasons parlants

Déjà abordé dans quelques billets ( comme ici, ici, ou encore   et plus généralement ici ), le thème des blasons parlants semble inépuisable.

Pour les distraits, je rappelle qu’il fut une époque où la plupart des gens ne savaient pas lire. On pensait néanmoins à eux et les blasons des fiefs, villes ou villages comme les enseignes d’artisans, d’auberges ou autres établissements étaient souvent dessinés sous forme de rébus comme celui-ci

Souvent, le sens originel du nom de la ville ayant été oublié, on se contentait d’étymologie populaire … Je vous en propose quelques nouveaux exemples.

  • Oye-Plage :

cette ville du Pas-de-Calais était appelée Ogiam au XIè siècle, devenu Oyam ( 1121 ), Oio (1147) puis Hoia (1164). On y reconnait le germanique *awa donnant auwja, « eau, prairie humide ». Le complément -Plage a été ajouté en 1913, alors que naissait la mode des bains de mer.

Par étymologie populaire, on rapprocha le nom de la ville de celui de l’oie, d’où le blason d’azur à l’oie d’argent, becquée et membrée de sable, surmontée d’une couronnée de vicomte d’argent.

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Cette étymologie fantaisiste est à l’origine du gentilé Ansérien,  formé sur le latin anser, « oie ».  Et quand on en sait rien, on ferait mieux de se taire, oui.

  • Marines  :

Le nom de cette commune du Val-d’Oise provient sans doute d’un nom d’homme latin, Marinus ou  Marius et suffixe -ina ( villa ). Qu’à cela ne tienne, ne reculant devant rien et tandis qu’aucune rivière n’arrose le territoire de Marines, la municipalité choisit en 1803 un blason d’azur au trois-mâts d’argent voguant sur une mer du même.

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Un trois-mâts, mazette ! La Navy n’a qu’à bien se tenir !

  • Moret-sur-Loing :

Cette ancienne commune de Seine-et-Marne, aujourd’hui fusionnée dans Moret-Loing-et-Orvanne était notée Moreth vers 1160, nom dans lequel on peut reconnaître le latin murus, « mur » suivi du suffixe diminutif -ittum ( mais le passage de -u- à -o- fait difficulté) ou, plus vraisemblablement, le radical celtique mor-, « marais », là aussi diminué par -et.

Le « moret » fut pris pour un maure et on blasonna la ville, au XIXè siècle, « d’azur à trois fleurs de lis d’or, au bâton péri en barre du même ; au chef d’argent chargé d’une tête de Maure de sable tortillée d’argent. »

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Notons au passage que les trois fleurs de lys d’or sur fond azur sont réservées aux diverses branches des  familles royales ( c’est Louis VII, dit le Jeune, qui prit le premier des fleurs de lys, par allusion à son nom Loys, comme on l’écrivait alors). Le bâton en barre est, lui, signe de bâtardise. L’histoire de la Mauresse de Moret, peut-être une fille de cachée de Louis XI,  n’est sans doute pas pour rien dans ce blasonnement tardif.

  • Puylaroque :

Ce petit village du Tarn-et-Garonne doit son nom au latin podium, « colline au sommet plus ou moins arrondi », accompagné du pré-latin *rocca donnant l’occitan roca ( et le français « roche ») qui désignait une simple butte rocheuse ( avant de désigner le château-fort bâti à son sommet, puis un château-fort quelque soit son emplacement).

Si « laroque » a été bien compris , le « puy » s’est transformé en « puits » pour donner un blason « d’azur au puits d’argent, maçonné de sable, posé sur un rocher d’or (du même) » :

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La devinette

 

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L’indice du jour

Un village qui porte  un nom d’origine obscure est pourvu d’un blason officiel où est  représenté trois fois le même animal dont le nom latin est à l’origine d’une étymologie populaire. L’une de ces représentations est deux fois plus grande que les deux autres.

Curieusement, sur les documents officiels actuels  de la commune, qui fait sienne cette étymologie en la reprenant jusque dans sa devise, ne figurent que deux représentations inégales de ce même animal, qui est aussi à l’origine d’un sobriquet des habitants.

Quel est ce village ?

 

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Les dessins de blasons, cliquables, sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric .

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Lencouacq ( répàladev)

Seul TRS a résolu ma dernière devinette, même si brosseur semble avoir frôlé la réponse.

Il fallait trouver Lencouacq, un petit village landais, dont le nom vient du gascon lencoac, littéralement « qui a une grosse langue », sobriquet donné à un bavard.

Les indices :

  • Une mauvaise note au final : pour le couac, bien sûr.
  • indice a 16 05 17

Lencouacq est un lieu de passage et de repos pour les grues cendrées pendant leur migration. C’est pour cela qu’elles figurent dans son blason en quinze exemplaires :

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  • indice b 16 05 17

Saint Jacques, ici portraituré par Rembrandt, rappelle que Lencouacq était une étape sur le chemin  de Vézelay à Compostelle.

  • indice c 16 05 17

Il s’agit d’une boulaie. La commanderie hospitalière de Bessaut accueillait à Lencouacq les pèlerins de Compostelle. Le nom bessaut vient du gascon beçau ,« boulaie », accompagné d’un -t- final faussement savant. J’aurais pu mettre une photo de pins des Landes, mais ça aurait été vous donner la solution, non ?

  • indice d 16 05 17

Les « eaux noires » du Rio Negro : le ruisseau Gouaneyre qui prend sa source à Lencouacq doit son nom au latin aqua nigra,« eau noire », devenu en gascon agua nèira. Par mécoupure, l’aguanèira est devenue la Guanèira , francisée en Gouaneyre.

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Saint Leu ( ou saint Loup) : une fontaine miraculeuse  lui est dédiée à 1 km du village, sur la route de Cachen, sur la droite, au pied d’une croix en bois entourée de thuyas.

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Un nouveau billet, accompagné de sa devinette, est en cours de préparation. Publication prévue demain. Révisez vos cours de géologie !

Hurepoix ( réponse à la devinette )

Le grand vainqueur est Aquinze qui est le seul à avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette.

Pays historique français du bas Moyen Âge, le Hurepoix a pour chef-lieu Dourdan ( Essonne).

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Les premières attestations du nom à la fin du XIIè siècle le sont sous la forme Herupois, une métathèse qui sera corrigée au siècle suivant en Hurepois.

Ce nom repose sur un appellatif ancien français hurepé « qui a les cheveux, les poils hérissés ». Le verbe hureper, « hérisser »— d’ailleurs présenté aussi sous les formes heruper ou herupper — figure dans le dictionnaire de l’ancien français  de Frédéric GodefroyHurepé est formé de hura, « tête hérissée », mot d’origine germanique, et du latin pilus, « poil ».
Le Hurepoix est donc le pays des hurepés , « ceux qui ont le cheveu hérissé » ( taillé en brosse ?)

Les étymologies signalées par Trévoux  (horrebat frigore,  pays « horriblement froid », ou sylvis arboribus,  pays hérissé « d’arbres et de forêts » ) ne s’appuient sur rien d’autre que l’imagination de leur auteur et doivent être rejetées. À son crédit, notons qu’il rapporte, mais sans trop y croire, la présence de ces habitants au poil hérissé, quibus pili horridi.

Ménage, à l’article Hurepoix de son dictionnaire, donne lui aussi au conditionnel cette étymologie, en faisant un rapprochement avec la hure du sanglier.

On ne sera donc pas étonné si la hure du sanglier se retrouve sur nombre d’armoiries de ce pays comme à Marolles-en-Hurepoix

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Une autre hypothèse donnée sur le site officiel de Limours-en-Hurepoix ( merci à Aquinze de me l’avoir signalé!) fait appel au pagus orobiensis, « pays de l’Orge », du  nom de la rivière qui le traverse. On trouve le nom de cette dernière sous la forme Urbia au VIè siècle puis rippas Urgie en 1181. Il est issu — comme celui de  l’Orge vosgien, de  l’Orb héraultais et de l’Orbieu audois  — d’une racine hydronymique pré-celtique orob-, cf. Orobios potamou, nom de l’Orb au IIè siècle. Se pourrait-il que orobiensis ait pu évoluer en huripensis ? Non. Comme on vient de le voir, l’évolution phonétique d’ orob- a conduit, par amuïssement  du second -o-, à orb- et, dans notre cas, à org-, mais en aucun cas à un hurip-  qui supposerait une évolution du deuxième -o- non accentué en un -i- accentué. L’hypothèse limourienne est donc infirmée. Méfions-nous des sites officiels. Le pays de l’Orge a bien changé de nom, au XIIè siècle,  pour prendre celui de ses habitants. Pourquoi les  Limouriens — et autres Hurepois, comme on disait en 1188 —  ont-ils honte de leurs ancêtres au cheveu  hérissé — se plaignent-ils  de leurs ancêtres chevelus ? Dire qu’il y en a de l’autre côté de l’Atlantique qui luttent pour préserver l’héritage de leurs ancêtres, les Hurons !

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Zerbinette m’a proposé le Dauphiné et la Normandie ( proposée aussi à l’instant par TRS ), solutions que je réfute pour les raisons suivantes :

Le Dauphiné  doit bien son nom au dauphin mais celui-ci est issu d’un nom de personne.
Résumé de l’histoire:
En 1106 le comte Guigo (Guigues ) d’Albon et la reine Mathilde, d’origine anglaise, ont un fils appelé Guigo Dalfinus. Ce nom sera transmis dans la lignée jusqu’à devenir au XIIIè siècle un titre équivalent à celui de comte. À noter que ce  nom ne vient pas du latin Delphinus mais du norois Dolgfinn, langue dans laquelle il était déjà utilisé comme nom de personne. Dès le XIVè siècle, le comté de Vienne est appelé Dalphinatus, du titre Dalfinus + suffixe -atu. Dalfinatus a évolué en dauphiné comme comitatus en comté.
Preuve que cette appellation  ne doit rien au nom de ses habitants : la création d’un Dauphiné en Auvergne obligea les scribes à distinguer alors le Dauphiné de Viennois du Dauphiné d’Auvergne.
Le Dauphiné doit donc son nom à celui de son seigneur et non à un sobriquet collectif qui aurait désigné ses habitants.

La Normandie : Nordmanni est le nom que donnait  en 826 le biographe de Charlemagne, Éginhard, aux Scandinaves de Suède et du Danemark.
En 820, dans les Annales du royaume des Francs, Nordmannia désignait déjà l’ensemble des pays d’où proviennent les Vikings.
C’est ce nom qui a été transféré au nouveau territoire qu’occuperont un siècle plus tard les envahisseurs venus du Nord.
Nordmanni n’est pas un sobriquet mais un nom de peuple. Et notre Normandie ne s’appelle pas ainsi parce que ses habitants étaient des Normands ( ils étaient plutôt Francs) mais parce que les envahisseurs étaient originaires de Nordmannia. J’en ai parlé dans ce billet.

Un petit Bouyon ?

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Bouyon, agréable patelin des Alpes-Maritimes plus perché dans les  Alpes que baigné par  la mer, arbore un blason parlant ainsi décrit : « d’argent au peson de gueules »

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Pour en comprendre l’origine, il faut se souvenir qu’un peson, qui désigne aujourd’hui plus particulièrement une balance à contre-poids  dite aussi balance romaine (ou sa cousine à ressort), désignait autrefois le contre-poids lui-même et que  Godefroy ( qui n’était pas de Bouyon) le définissait comme un simple (petit) poids. Du poids à la balance, les amateurs de rhétorique auront reconnu là un exemple de métonymie.

Mais où est le rapport avec Bouyon, me demanderez-vous ? Oh! Il est tout simple : en occitan, un peson de balance se disait bouioun, (aujourd’hui écrit bolhon ). Par métaphore, le bolhon est devenu en langage familier synonyme de crâne — ce qui montre bien que son sens originel est celui de poids plutôt que de balance, à laquelle un crâne ne ressemble guère — et sert encore aujourd’hui dans des expressions comme  M’avié chapa lou bouioun : « Il m’avait cassé la tête » (fêlé le peson ). Toutes ces digressions, vous l’aurez peut-être compris, pour dire haut et fort que le blason de Bouyon représenté sur l’encyclopédia en ligne tient surtout du nonkipedia.*

Bouyon doit en vérité son nom à un buisset, nom occitan d’un bois de buis (du latin buxetum, de buxus, « buis » et suffixe collectif -etum **). Les aventures phonétiques de ce mot sont étonnantes. Les formes les plus anciennes connues en sont : in Buzido (1155) et de Bosisone (ca. 1200). Les spécialistes  en déduisent que  buisset a été accompagné du suffixe diminutif -on pour en faire un *busseton vite devenu * buzeton. Le -t- intervocalique devient -d- pour donner le Buzido de 1155. Partout ailleurs, le -d- intervocalique tombe, comme quand Rhodanus a directement donné Rhône, mais la phonétique particulière au pays nissard a fait qu’il se transforme d’abord en -z-,  ce qui explique que Buzido devienne * Bouzizon ( écrit Bosisone en 1200 ), avant que les -z- ne tombent à leur tour : Bou(z)i(z)on donne bien Bouyon, vérifiant une fois de plus la théorie qui veut que les langues évoluent vers leur simplification (théorie qui n’est qu’une des composantes de la théorie plus générale dite du  moindre effort  qui pourrait sans aucun doute servir à enfin unifier l’Humanité ).

* J’ai décidé depuis le début de ne pas me mêler de wikipedia — ceux qui me connaissent ne seront pas étonnés. Néanmoins, je signale à toutes fins utiles que mes écrits sont libres de  droit d’auteur et que quiconque  veut s’en servir est autorisé à le faire.

**Le rapprochement inévitable avec « buisson » est  fautif : « Buisson est une altération de l’a. fr. boisson « petit bois » dimin. de bois* sous l’infl. soit de *būska collectif plur. du germ. *būsk-, bûche* (FEW t. 15, 1, p. 209a, note 22; EWFS2); soit de buis*. L’hyp. d’une dér. de buis* (Diez5) est à écarter du point de vue chronol., bois « buis » n’étant attesté qu’au XIIIes. » , comme nous l’explique le CNRTL.

De la volaille dans les blasons

Poursuivant ma série à propos de blasons parlants, je vous présente aujourd’hui quelques étymologies populaires ayant les volatiles pour héros.

Essoyes, ville de l’Aube, possède un blason ainsi décrit : Tiercé en fasce: d’or à trois pals de sable en pointe; en fasce losangé de sable et d’or et en chef d’azur à une oie d’argent, becquée de gueules, élevée sur un roc de sinople.

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On comprend aisément le jeu de mots avec « oie » qui fait parler ce blason. On trouve sur une monnaie mérovingienne le nom Ecideio vico, peut-être du latin excidium, « destruction », rappelant une catastrophe naturelle ou une bataille particulièrement violente. Il pourrait aussi s’agir d’un dérivé du nom gaulois d’une plante appelée exedum dont Pline l’Ancien (Histoire naturelle, livre XXIV)  disait ceci :

L’exedum ou nodia, herbe très connue dans les ateliers des corroyeurs, délivre de la léthargie. Elle porte encore le nom de mularis (herbe à mule) et quelques autres noms; elle guérit les ulcères rongeants. Je trouve dans des auteurs que bue dans du vin ou de l’oxycrat elle est très efficace contre les piqûres des scorpions.

Crest, village drômois, est ainsi blasonné ( prenez votre souffle) : d’azur au donjon carré d’or, ouvert, ajouré et maçonné de sable, sur une terrasse de sinople, chargé de la lettre C capitale d’argent, au chef du même chargé de trois crêtes de coq de gueules.

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tour crest        Le « donjon carré »  porte aujourd’hui le nom de Tour de Crest, le plus haut donjon de France encore debout datant du XIIè siècle. Ce sont bien sûr les crêtes de coq qui font parler le blason. Les anciens noms du village — Cristam en 1120 et Cresto en 1144 —  sont issus de l’occitan crest ( du latin crista, « crête d’un oiseau » ) qui a pris comme en français le sens de « crête de montagne, sommet, cime ». Le donjon est situé au nord de la ville  sur une crête rocheuse qui domine la vallée de la Drôme.

Allos ( Alpes-de-Haute-Provence) arbore un blason  d’argent au demi-vol de gueules soutenu d’un os de sable posé en fasce  qui se présente ainsi :

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Le rébus se déchiffre en provençal  où « aile » se dit alo , d’où « alo-os ». La ville était dite (ad) Alodes : il s’agit sans doute du pluriel de l’occitan alò, alòs, « alleu », c’est-à-dire, au Moyen-Âge, terre possédée en pleine propriété, exempte de droits féodaux.

Collongues ( Alpes-Maritimes) voit ses armes ainsi décrites: d’or au paon passant d’azur, sur une terrasse de sinople.

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C’est la « queue longue »  du paon qui fait parler ce blason. La forme ancienne Cosalonga ( vers 1200) prête à confusion. Soit on la considère comme authentique et on y voit comme E. Nègre l’occitan cosa, « écuelle de bois » et longa « longue », en référence à la forme elliptique du village, soit on la considère comme une mauvaise compréhension  d’un ancien colonica. Ce dernier terme — distinct de colonia, « colonie romaine » — désignait la tenure d’un colon, c’est-à-dire la terre concédée par un seigneur à un serf à demi-libre  et a donné son nom à de nombreux  Collonges, Collanges, Collorgues, Coulanges, etc.

Les dessins de blasons sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric .

De la vigne au tonneau

Nombreuses sont les villes dont les armoiries rappellent le lien avec la vigne qui a fait leur prospérité. On trouve dans ces blasons des ceps de vigne, des feuilles de vigne ou des grappes de raisin et, la viticulture ayant conquis toutes les régions, on les trouve partout en France. Inutile d’en dresser la liste.

En revanche, j’ai relevé dans cette catégorie trois blasons plus intéressants.

Le  premier est suisse et concerne la ville de Lavigny ainsi décrit : D’azur au cep de vigne fruité de trois pièces d’or.

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On comprend bien qu’il s’agit d’armes parlantes … mais elles ne sont pas étymologiques. Attesté sous la forme in Lauiniaco en 1157, il s’agit d’un composé  du nom de personne latin Lavinius ou Labinius accompagné du suffixe habituel – acum.

Lambruisse,  commune des Alpes-de-Haute-Provence, arbore un blason plutôt complexe : D’or à un cep de vigne arraché de sinople, fruité de sable, accolé à un arbre sec  arraché aussi de sable.

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D’où vient ce cep de vigne? Pour une fois, les armes sont parlantes et étymologiques. La forme ancienne du nom du village est Lambrusca ( env. 1200) d’après l’occitan lambrusco, « vigne sauvage »;  sa variante alpine lambruisso a finalement pris le dessus. Il s’agit de cette vigne sauvage méditerranéenne appelée lambrusque ou lambruche.

De la vigne au vin, il n’y a qu’un pas, et, avant d’arriver dans nos verres, le vin se met en tonneau. Artonne, dans le Puy-de-Dôme, arbore un blason ainsi décrit : de sable au tonneau couché d’argent.

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Il s’agit bien là d’armes parlantes : la tonne est un tonneau de très grande taille. Mais il s’agit d’une fausse étymologie : la forme Arthona du VIè siècle est issue d’un nom de personne germanique Arto accompagné du suffixe -na. Cette étymologie populaire est cependant étroitement liée à la tradition viticole de l’endroit, en témoignent ces cabinets de vigne qui ornent encore la campagne alentour.

Le dessin du blason d’Artonne est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric : armorialdefrance.fr

Blaireaux, tessons et taxis

 blaireauLe blaireau était désigné par les Gaulois par deux noms différents:  blaros ( signifiant « gris clair », cf. le gallois blawr, de même sens ) et taxo. C’est ce deuxième mot, de très loin le plus fréquemment utilisé  par ceux qu’il est convenu de considérer comme nos ancêtres, qui sera repris en latin sous la forme taxo, taxonis mais c’est pourtant blaros qui prendra le dessus en français — parce que plus implanté en langue d’oïl qui deviendra la langue française officielle  — et donnera notre « blaireau ». Mais taxo tient sa revanche  : il est le seul à avoir une descendance en toponymie ! Blaireau entre bien dans le nom de quelques lieux-dits, reliefs divers et autres micro-toponymes, mais ce sont des appellations tardives et, pour la plupart, relatives à un nom de personne (on connait la fortune de ce nom comme sobriquet, pas forcément péjoratif, Bernard Hinault ne me contredira pas) mais sans plus aucun rapport avec l’animal lui-même.

Taxo est ainsi à l’origine des noms de Thaix (Nièvre),  Tesson ( Deux-Sèvres), Taïx ( Tarn) et Tasso (Corse du Sud). On voit que ce taxo a souvent perdu  son -x- pour le remplacer par un double -s- qui s’imposera notamment dans les anthroponymes comme Tesson.

Accompagné du suffixe –aria, au sens d’ « aire, lieu d’abondance », taxo a donné en bas-latin taxonaria qui deviendra, après l’amuïssement du x intervocalique, notre « tanière », qui — rendons à César …  —  avant d’être celle du loup ou de l’ours était donc celle du blaireau.

On la retrouve dans les noms de Tannières (Aisne), La Tagnière (Saône-et-Loire), Taisnières-en-Thiérache1 et Taisnières-sur-Hon2 (Nord), Tassenières (Jura) et Tessonnière(Deux-Sèvres), ainsi que dans de nombreux noms de lieux-dits, hameaux et autres micro-toponymes. Le même mot a donné le gascon tachoère, « repaire du blaireau», que l ‘on retrouve dans le nom de Tachoires (Gers). Éteignières , commune des Ardennes, a la même origine, avec la préposition ès, « en les» , agglutinée.

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Le premier qui trouve l’église a droit à toute ma considération.

Avec d’autres suffixes, taxon a donné son nom à Taisnil (ancienne commune de la Somme aujourd’hui fusionnée dans Namps-Maisnil) et à Taxenne (Jura).

Enfin, ce nom a pu être donné comme surnom voire comme patronyme à des personnes d’où le nom de Montesson ( monte Tessonis au XIVè siècle, Yvelines) et d’autres noms de lieux où Tesson apparaît comme déterminant ( le bois, le pont, etc . de Tesson)

Notons, pour en finir avec ce « taxon », qu’il convient d’être très prudent dans la recherche étymologique puisque l’if — ivos chez les Celtes — a pour nom latin taxus et est lui aussi à l’origine de toponymes comme Tauxières-Matry (Marne). Le doute est ainsi permis pour Thaix, Thaïx et Tasso vus plus haut.

Les Bretons appellent cet animal  broc’h, nom qui est à à l’origine de nombreux micro-toponymes comme Toulbroc’h (« le terrier du blaireau ») à Locmaria Plouzané, Park-an-broc’hed (« le champ des blaireaux ») à Scrignac ou encore Cornic-an-broc’h (« le coin du blaireau ») à Plouescat.

Broc’h est issu lui aussi d’un celtique broccos —  au sens de « pointu, bec effilé», à l’origine de notre « broc »  au bec verseur caractéristique — qui a servi à appeler le blaireau en raison de son museau pointu et qui a donné le nom de personne gallo-romain Broccius à l’origine des noms de Brossac ( Char.), Brossay (M.-et-L.), Brouchy (Somme), Broussey-en-Blois3 et Broussey-en-Woëvre4 (Meuse), Broussy-le-Grand et Broussy-le-Petit ( Marne). C’est aussi le broccos ou un Broccus qu’on retrouve dans le nom de Brumath ( B.-Rhin) qui s’appelait Brocomagos au IIè siècle (Ptolémée) avec magos, « marché ».

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Le premier qui trouve le moulin a droit à toute ma considération

Broccos, celtique, a fait des petits de l’autre côté de la Manche en Irlande à Brocach (avec le suffixe d’appartenance –ach) et en Grande-Bretagne à Brockhall ( un ancien Brocole, « la colline aux blaireaux») ou à Brockhurst ( avec hurst, « bosquet »).

Un autre mot breton louz, « sale, puant », est devenu synonyme de blaireau et  avec le suffixe –acum, a donné son nom à  Lauzach (Morbihan) et à des micro-toponymes comme Coat-ar-Louzet ( « le bois des blaireaux ») à Lanmeur.

Ailleurs dans le monde

Le blaireau a fait, vous vous en doutez, sa tanière dans de très nombreux pays et a donné son nom à une quantité impressionnante de toponymes dont il serait fastidieux de donner la liste ici, ceux des États-Unis d’Amérique du Nord et du Canada, avec leur badger, étant sans doute  les plus nombreux. J’ai déjà parlé plus haut du celtique broccos outre-Manche.

Je citerai encore malgré tout le hameau italien Cornello dei Tasso ( sur la commune de Camerata Cornello, Lombardie, près de Bergame) où est né en 1459 Francesco Tasso, héritier d’un service postal local et  fondateur du premier service postal à l’échelle européenne. Rendue richissime par le monopole du courrier du Saint Empire Romain Germanique, la famille fut anoblie en 1512 sous le nom Thurn und Taxis, en français de La Tour et Tassis (ou Taxis), d’où la présence du blaireau sur ses armoiries. Dans une branche de cette famille naîtra en 1544 Torquato Tasso, plus connu en France sous le nom Le Tasse, ce qui a une autre gueule que Le Blaireau.  (Merci à jsp dont un des  commentaires est à l’origine de ce billet).

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Les Espagnols ont hérité eux aussi du taxo, taxonis latin pour en faire leur tejón. Je n’ai cependant trouvé qu’une seule occurrence de ce nom dans la toponymie espagnole pour désigner l’Arroyo del Tejón (à Palencia, Castille-et-Léon ), tandis qu’il se trouve en de très nombreux exemplaires en Amérique Centrale et notamment au Mexique. Les contributions de mes lecteurs hispanophones et/ou -philes  sont les bienvenues.

On m’a signalé un Osori-Gum en Corée du Sud qui signifierait « le trou du blaireau ». Mes recherches ne m’ont pas permis d’en savoir plus — je ne parle ni le coréen du sud ni du nord — et j’ai des doutes sur la présence d’un blaireau en Corée : il s’agit plus vraisemblablement d’un blaireau-furet, un melogale. Là aussi, les contributions de mes lecteurs « asianophones » et/ou -philes sont les bienvenues.

Ma méconnaissance des langues slaves ne m’a pas permis d’aller fouiller là-bas, mais, là aussi, les contributions de mes lecteurs « slavophones »et/ ou -philes, etc.

Et je ne sais pas s’il y a des blaireaux sur Mars, Gliese 581 c.,  Ummo ou Tatooine, mais s’il se trouve là-bas des lecteurs, leurs contributions seront les  bienvenues ( si eux « venir en amis », naturellement, et s’ils ne me demandent pas sans cesse de « parler à mon chef »: je n’ai pas plus de chef  que de dieu ni de maître : avec moi, les ET sont mal barrés).

Ah! Au fait: je ne parle  bien ni le breton ni le basque… À vos claviers, amis basques et bretons!

Notes (dites de bas de page, mais là on est plutôt au fond de la page):

1. Thiérache : Teoracoi pago au VIIè siècle. Du nom germanique Theuderacius de celui à qui avait été confiée la charge du pagus, plus suffixe -ia.

2.  Hon : le nom de la rivière pourrait être issu du gaulois onna , « cours d’eau ».

3. Le Blois dont il s’agit ici, dans la Meuse, n’a rien à voir avec la ville du Loir-et-Cher. Il s’agit d’un pays nommé Bedensem en 841, un nom issu du gaulois bedu, « canal, fossé»  et qui, après disparition du -d- intervocalique, adjonction d’un -l- euphonique et disparition du suffixe d’appartenance -ense deviendra Blois dès 1580.

4. Woëvre : noté in pago Vabrense en 575, il s’agit d’une formation du haut Moyen-Âge issue du gaulois vabero, « ruisseau », accompagnée comme la précédente du suffixe -ense qui a disparu au milieu du Xè siècle où on ne trouve plus que la forme in Vuapra. Ce type de toponyme formé sur vabero est très courant soit qu’il s’agisse d’un ruisseau soit qu’il s’agisse, comme pour la Woëvre, de nommer un endroit particulièrement humide, une terre riche en humus donc particulièrement fertile.