Armes chantantes

En ces temps mali-taires, l’envie me prend de faire chanter les armes, j’entends: les armoiries.

Les blasons sur lesquels figurent des instruments de musique ne sont pas si nombreux en France et vous en trouverez  cinq  dans ce billet du blog Herald Dick Magazine et un sixième dans celui-ci — blog que je ne manque désormais pas de consulter avant d’écrire mes billets héraldiques! Parmi eux, trois ont résisté à mes recherches d’explication : le violon à Lamelouze (Gard), le triangle à Kurtzenhouse ( Bas-Rhin. Je ne suis même pas sûr qu’il s’agisse bien là de l’ instrument de musique, le triangle étant un meuble assez courant mais de signification mystérieuse la plupart du temps en héraldique) et enfin les deux trompettes d’Esclangon ( commune des Alpes de Haute-Provence aujourd’hui disparue). Les trois autres ont une explication :

Chantilly (Oise) :   D’azur à un cor de chasse d’or, au chef cousu de gueules semé d’arbres d’argent.

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Le cor de chasse sur le blason de Chantilly rappelle bien sûr la vénerie qui a fait la réputation de la ville tandis que les arbres en chef sont censés rappeler les tilleuls qui auraient donné leur nom à la ville compris comme « champ de tilleuls » : c’est ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui une étymologie populaire, plutôt que fantaisiste.

■ Chantilly doit son nom à un domaine gallo-romain ayant appartenu à un certain Cantilius ( et suffixe -acum).

La Couture-Boussey (Eure) : taillé : au 1) de gueules aux deux léopards d’or armés et lampassés d’azur l’un sur l’autre, au 2) d’azur à la lyre d’or ; à la barre d’or chargée d’une clarinette de sable aux clés d’argent brochant sur la partition.

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 La clarinette rappelle l’activité artisanale dont s’enorgueillit la ville : la fabrication d’instruments à vent grâce au bois de buis très abondant dans la région. Un musée en raconte l’histoire depuis 1888.

■ La Couture-Boussey : du latin cultura, « champ cultivé » et du nom d’homme latin Buccius  et suffixe -acum.

Mornant(Rhône) : De sinople à deux fifres d’or en sautoir, liés de gueules

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Le 6 avril 1362, en pleine guerre de Cent Ans, les troupes royales sont confrontées, à Brignais,  aux mercenaires des Grandes Compagnies qui, n’étant plus payés, ravagent et pillent le pays. Les Mornantais, venus aider Jacques de Bourbon, arrivèrent fifres en tête en signe de courage. De là  vient leur surnom de « Fifres », leur devise « fifres nous sommes, fifres nous resterons » et les deux fifres de leurs armoiries. ( spoiler: Jacques de Bourbon ne fut pas sauvé. Il est mort ce jour-là. Fifre flûte !)

■ Mornant : peut-être du participe présent du verbe franco-provençal mòréné, « barrer d’un mur de pierres » une propriété, un champ, etc.

Et je suis content de pouvoir rajouter à cette liste trois blasons intéressants non seulement par les instruments qui s’y trouvent mais aussi pour la raison pour laquelle ils s’y trouvent.

Envoyez la musique!

La famille d’Arpajon  possédait une seigneurie  comptant sur son territoire un château du nom d’Arpajon, dans le Cantal. Louis de Severac, marquis  d’Arpajon,  acheta en 1720 une partie de la ville de Chastres  ainsi que le privilège d’y donner son nom pour en faire l’Arpajon que nous connaissons aujourd’hui dans l’Essonne. Après le nom, le blason de la ville fut alors modifié pour y incorporer celui de la famille d’Arpajon ainsi décrit spécialement pour Louis VI: écartelé, au premier et au quatrième d’azur aux trois fleurs de lys d’or et à la bordure du même, au deuxième et au troisième de gueules à la harpe d’or.

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C’est bien sûr à la harpe entendue dans Arp-ajon que l’on doit ces armes musicales. Les armoiries de la ville ont conservé cette harpe, signature du marquisat d’Arpajon.

Blason de la ville d'Arpajon

Il s’agit là d’un exemple — pas unique! — de changement de nom d’une ville par le seul fait du prince. Des villes nouvelles ont été créées et baptisées, d’autres conquises et renommées, mais des villes qui changent de nom en temps de paix par le seul caprice des nouveaux « propriétaires », le fait est rare.

 ■ Arpajon-sur-Cère ( Cantal, le véritable Arpajon, donc) est un ancien vicaria Arpajonensis (923)  devenu Arpaio en 1269:  on y reconnaît le nom de personne latin Harpagius suivi du suffixe -onem. La Cère doit son nom à un pré-celtique ser « couler, se mouvoir rapidement et violemment ».

■ Chastres, l’ancien nom d’Arpajon, est issu du latin castrum désignant une place fortifiée.

Abandonnant  la délicate harpe je vous emmène écouter sonner les cloches à Breuvannes-en-Bassigny en Haute-Marne, dont les armes incluent celles de Bar et de Champagne ce qui complique le blasonnement : parti, au 1er d’azur semé de croisettes recroisetées au pied fiché d’or, au bar du même brochant en pal sur le tout; au 2e d’azur à la bande d’argent côtoyée de deux doubles cotices potencées et contre potencées d’or ; le tout sommé d’un chef de sinople chargé d’une vache arrêtée d’argent colletée et clarinée du même, accostée de deux cloches d’or.

Un dessin valant mieux qu’un long discours, voilà la chose:

200px-Blason_Breuvannes-en-Bassigny.svg

En bas à gauche, le bar — rien à voir avec le poisson de l’Atlantique puisqu’il s’agit en fait du nom héraldique d’un saumon de petite envergure —   représente bien sûr la commune de Bar ; en bas à droite, ce sont les armes de Champagne qui deviendront celles de la région tout entière. En haut, la vache rappelle l’ancien nom de la commune Boverin, compris comme une référence à un bovin, à une bouverie. La clarine est commune sur ce type d’animal pour bien en marquer le côté domestique. Restent les cloches qui sont là pour rappeler les fonderies  qui faisaient la réputation du Bassigny.

■ La véritable étymologie de Beuvrannes fait appel à Boverounes ( 1122) et Bevrenna ( 1197), d’après le gaulois beber, « castor » et suffixe -onna. Ce dernier étant généralement attribué à une rivière divinisée, Bevrenna a dû d’abord désigner la rivière, aujourd’hui le Flambart, avant de passer au village riverain.

■ Bar : du gaulois barro, « sommet ».

■ Champagne :du latin campania, «  les champs, la plaine ».

■ Bassigny: in comitatu Basiniacensi en 860 du nom propre germanique latinisé Basinus et suffixe locatif –iacum. Ce Basinus a dû être nommé par un roi franc à la tête du pays appelé comté.

Je termine avec le blason de Correns (Var) que l’on décrit  d’argent aux trois huchets d’azur et que l’on représente ainsi

Blason_Correns-83045

On y reconnait donc ces fameux huchets qui sont une des trois formes de cors  figurées dans les armoiries. Il y a d’abord le cor de chasse  proprement dit (ou cornet )  qui se reconnait à son attache, son lien, comme celui de  Chantilly vu plus haut, puis le grêlier, sans attache et qui fait un tour sur lui-même et enfin le huchet, un simple cor comme une corne de bœuf. La présence de ces huchets sur le blason de Correns vient d’une paronymie entre cor et Coren, nom provençal de la ville.

■ La forme la plus ancienne connue du nom de la commune est Correno en 920. L’étymologie la plus vraisemblable fait appel à la racine oronymique pré-indo-européenne kor une des variantes connues de kar « pierre, rocher » peut-être  accompagnée ici du suffixe ligure -inc. Le village est dans un défilé aux parois abruptes.

P.S : d’autres blasons en tapant « blason » dans le champ de recherche en haut de la colonne de droite. Les billets concernant les  blasons parlants font l’objet d’une « catégorie » spécifique visible dans la colonne de droite.

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Treize (bonne année deux mille)

Meilleurs vœux pour 2013 !

Treize ?

Si l’on s’en tient aux noms de communes françaises, la liste est brève puisqu’il n’en existe que trois, toutes en Vendée: Treize-Septiers, (Saint-André-de-) Treize-Voies et Treize-Vents.

Le premier nom s’explique par une altération de sestier, « mesure pour les gains » ( devenu aujourd’hui le setier) qui avait le sens métonymique d’une sesterée , « étendue de terre qu’on ensemence avec un setier de grains ».

Le deuxième nom décrit un carrefour, une étoile de chemins, avec  une confusion possible entre trois et treize. Les noms du XVè siècle ecclesia S. Andreae de Tredecim Vocibus  ou de Tribus Vocibus  semblent être, eux, une réinterprétation pseudo-savante avec attraction de « voix » et ne permettent même pas de choisir entre treize et trois! ( Nous en restons benêts).

Rose-des-Vents-de-ProvenceRestent les Treize-Vents. On aurait tendance à aller au plus simple : quel lieu venté! Et puis on se dit que treize vents sont difficiles à placer sur une rose qui les compte par multiples de quatre et que treize ça fait quand même beaucoup quand les astrologues, mages et autres symbolistes n’en comptent le plus souvent que douze. Et puis treize vents au sommet du Ventoux, passe encore, mais à deux cents mètres d’altitude en Vendée ? Alors qu’est-ce donc que ces treize vents ? Le blason de la ville nous donne un indice :

D’argent aux treize ombres de vans posés 3, 3, 3, 3 et 1.

TREIZE_VENTS-85

On dit que la terre était là-bas si peu fertile  et les récoltes si  maigres  qu’on y criait plus souvent famine qu’Alléluia. Le seigneur du lieu, dans son infinie sagesse, et le clergé, dans son infinie bonté, à moins que ce ne fut l’inverse, avaient accepté de réduire la dîme — un dixième de la récolte —  à une contribution d’un treizième seulement. Ainsi, chez ces gens-là, quand on vannait le grain, on comptait treize vans  … et le treizième était mis de côté pour notre Monsieur, notre bon Maître.

Cette étymologie semble presque trop belle et on  sourirait de cette trouvaille populaire si  poétique… On en profiterait même pour  étaler son italien : se non è vero è bene trovato ! Cependant, un auteur ( Bernard C. Galey,  Nom de Lieu, éd Le Cherche Midi 2004 ) la tient pour authentique qui écrit que « chaque Sainte-Marie, les marguilliers * passaient dans les fermes et prélevaient la treizième vannée ».

On retrouve le nombre treize dans de très nombreux noms de hameaux ou de lieux-dits, associé à des noms d’arbres ( les Treize Chênes, Noyers, Saules, etc), à des particularités locales ( les Treize Trous à Ricaud dans l’Aude, les Treize-Saints à Batilly dans l’Orne, etc). On retrouve naturellement de très nombreux Treize-Vents sans que l’on sache trop s’il s’agit véritablement de vents ( mais alors trois seraient plus réalistes) ou, là aussi, de vans.

Les noms de mesure sont aussi mis à contribution comme pour les Treize-Septiers. C’est ainsi que l’on connaît des Treize-Acres, des Treize-Arpents, des Treize-Mines, etc

On trouve quelques reliefs nommés eux aussi d’après les Treize-Vents, notamment un puech des Treize-Vents ( Saint-Izaire, Aveyron) qui ne laisse pas de doute : aucun paysan n’y a jamais récolté quoi que ce soit  ni payé aucune contribution féodale. Là encore, on peut affirmer qu’il s’agit bien de treize vents — altération de Très Vents, toponyme attesté de nombreuse fois par ailleurs ( cf. le col de Tresvents ou puig des Très-Vents au sud-est du Canigou pyrénéen)  ou bien treize employé comme superlatif.

Enfin, un affluent rive gauche de la Charente s’appelle la Treize. Je n’ai pour l’instant aucune idée de l’origine de ce nom : si quelqu’un en a une …

* Oui, oui! Les marguilliers ! Ceux de la dictée de Mérimée!

Les dessins de blasons sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric : armorialdefrance.fr

Le petit bout de la queue (du Diable).

coaraze-vue-densembleCoaraze, village des Alpes-Maritimes est surnommé « village des cadrans solaires » depuis qu’un de ses maires, amoureux des arts et des lettres, a su convaincre des artistes de venir en installer chez lui, le plus célèbre d’entre eux, dit Les Lézards, étant dû à Jean Cocteau.

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De lézard, justement, il en est question dans le blason du village, d’or au lézard d’azur montant, la queue défaillante en pointe :

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Pourquoi, me demanderez-vous, un lézard à la queue défaillante, c’est-à-dire coupée ? Parce qu’en provençal coa raza se traduit par « queue rasée ». Il s’agit donc  d’une étymologie populaire basée sur un jeu de mots. Il ne restait plus qu’à la justifier et, comme aucun fait historique ne le permettait, on inventa une légende que je m’empresse de vous raconter.

Des enfants de Coaraze jouaient près du Paillon, la rivière que domine leur village, quand un gros lézard s’approcha d’eux mais sans les effrayer : ils en avaient vu tant d’autres! Soudain pourtant, un des enfants, croisant son regard,  s’aperçut qu’il avait des yeux rouges comme la braise. Alors, là, panique générale! Il s’agissait sans aucun doute du Diable aux yeux de feu dont on leur rebattait les oreilles tous les dimanches. Les enfants s’enfuient— un vol de moineaux n’aurait pas été plus vif — et  retrouvent leurs parents à qui ils  racontent leur aventure. Ni une ni deux, les villageois  se lancent à la poursuite du Malin ( un rien pédophile, peut-être?) déguisé en lézard et finissent par le saisir par la queue… Mais, on le sait, le lézard est capable d’autotomie et il en profite pour leur filer littéralement entre les doigts en  ne leur laissant que le petit bout de sa queue comme souvenir, qu’ils s’empressèrent de graver dans le métal de leur blason.

Il existe une autre légende bien plus élaborée ( il s’agit d’ailleurs plutôt d’un conte écrit ou réécrit  au XIXè siècle) pour expliquer cette étymologie populaire, mais elle serait bien trop longue à vous raconter. Beaucoup trop longue. Comment ça, vous avez le temps ? Bon, d’accord.

3contesAu-dessous de Coaraze, il est un village au fond de la vallée, comme égaré, presque ignoré du nom de Contes. Son curé, à l’époque où se situe l’histoire — mais il m’étonnerait que les choses aient beaucoup changé depuis — était aussi zélé que rigoriste, et il était vraiment  très zélé, au point par exemple d’interrompre le baiser des mariés quand il outrepassait les critères de décence par lui fixés. Mais les Contois l’étaient beaucoup moins que lui et, exaspérés par ses sermons dominicaux, ils décidèrent d’y mettre fin. Ils firent appel pour cela à un de leurs meilleurs experts  en la chasse aux oiseaux à la glu, qui répondait au joli nom de Chiapatoute. Il décida, avec l’aval de ses compatriotes, d’enduire de colle ( lou visc) le siège du curé. Quelle rigolade quand, le dimanche suivant, le curé ne put se décoller de sa stalle  sans y abandonner sa chasuble!

Un qui a aussi beaucoup ri  à cette plaisanterie, c’est bien sûr le Malin — nous y voilà — qui, se croyant en pays conquis, y prit ses aises. C’était mal connaître les Contois.

Se croyant amis de tous, le Malin se mit à fréquenter les auberges et les tavernes, mais personne  ne voulait trinquer avec lui ni ne lui offrait jamais à boire. Pour étancher sa soif, il ne lui restait plus que la fontaine sur la placette du village. C’est alors que Chiapatoute enduisit de glu la margelle de la fontaine. Quand Satan, le gosier asséché par les tartines de pissalat qu’on lui avait généreusement offertes, voulut se désaltérer, il se précipita à la fontaine, y resta collé et les villageois en profitèrent pour le capturer, le ficeler  et le jeter dans une charrette. Les uns tirant, les autres poussant, on finit par atteindre le plus haut point de la côte. Là, on le déchargea et  on le poussa d’un coup de pied dans le bas du vallon. Parvenu dans sa chute à se libérer de ses liens, le Malin resta néanmoins collé par sa queue gluante à une souche d’olivier. Dans un ultime effort, il s’élança et s’enfuit, cassant net son bout de queue, qui resta là à se tortiller comme un ver de terre. Sans demander son reste, le Diable regagna son domaine dans la vallée des Merveilles,

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La cime du Diable

derrière la cime qui porte son nom. C’est pour cette raison que le village du haut Paillon où le Diable perdit sa queue fut nommé Cauda Rasa. On rajoute, pour faire bon poids, que, depuis ce jour, les gens du village, pour marquer leur différence, ne portèrent plus la coiffe habituelle en queue de cheval mais  les cheveux coupés courts sur la nuque.

On comprend aisément pourquoi un village capable de faire ainsi la nique au curé, donc à Dieu, comme au  diable, donc au Maître,  a toute ma sympathie.

Notice étymologique:

Coaraze :Les anciennes formes du nom du village témoignent de l’ancienneté de la légende: on trouve en effet un castellum Caude rase en 1108, mais Coarasa en 1235 et Cosarasa en 1240. Ce nom pourrait être une déformation du latin quadrata (villa), « ferme carrée », avec l’attraction du latin cauda, qui devient l’occitan coa, « queue ».

Il existe un Coarraze (Coarrasa en 1100 puis Caudarasa à la fin du XIIè siècle) dans les Pyrénées-Orientales et un Coraze (Coha rasa en 1458 puis Coaraza en 1527) en Haute-Loire dont les formes anciennes ne nous apprennent rien de plus.

Contes : origine obscure. Les habitants étaient les Cuntini au Ier siècle. On trouve ensuite Contenes en 1057. Peut-être d’un nom propre romain Comiten ou d’un gaulois *Contio.

Paillon : L’origine du mot « Paillon » est liée à la notion « d’eau, de cascade, de cours d’eau qui tombe d’une hauteur ». Plusieurs graphies anciennes correspondent à la consonance de ce mot ( Palhon ,  Paion …). La racine pré-latine « Palh » ou « Pel-ia » désignait un point culminant et se retrouve dans certains noms de village comme Peillon et Peille, tous deux dans les Alpes-Maritimes.

P.S. La légende de la queue du Diable, de Chiapatoute et du curé de Contes, est racontée par Edmond Rossi dans Légendes et chroniques insolites des Alpes-Maritimes, Barbentane, Équinoxe, 2002.

Le dessin du blason de Coaraze est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric : armorialdefrance.fr

De quelques noms d’oiseaux

Je continue mon exploration des blasons parlants avec quelques étymologies populaires ou calembours faisant appel à des noms d’oiseaux.

Le blason de Quinson (Alpes-de-Haute-Provence) est ainsi décrit :  d’azur au pont d’une arche d’argent, alésé, maçonné de sable, sommé d’un pinson d’or le pied dextre levé.

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En provençal, le pinson s’appelle quinsoun (pour les « mistraliens ») ou quinçon ( pour les « classiques » ), ce qui explique le blason. Le toponyme (Quincione en 1042) est dérivé d’un nom de personne latin de type Quintius [ du latin quintus, « le cinquième (né) »].

Dans les Côtes-d’Armor, Cavan a pour armoiries :  d’or aux trois chouettes de sable, ainsi dessinées:

CAVAN-22

si le précédent blason ne parlait qu’en provençal, celui-ci ne parle qu’en breton où kawan ( kaouan) est le nom de la chouette ou du hibou. Le nom de la ville est issu du nom d’un saint gallois, Catfan.

Plus au sud, la commune de Corneilhan ( Hérault) est ainsi armoriée: D’or aux trois corneilles de sable, becquées et membrées de gueules, au chef d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or.

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La raison de la présence des corneilles est évidente, mais le nom du village (villa Corneliano, 975 puis a Cornelha, 136) est issu du nom de personne latin Cornelianus.

De la même façon, plusieurs villes dont le nom comporte la syllabe corb- présentent dans leurs armes des corbeaux. C’est notamment le cas de Corbie (Somme) qui fut bâtie autour d’une puissante abbaye bénédictine et dont les armoiries sont : D’or à la crosse épiscopale d’azur, accostée de deux clefs adossées de gueules, au corbeau de sable en pointe brochant sur l’extrémité de la crosse.

CORBIE

Les formes anciennes du nom de la ville sont  Corbiense monasterium (841) et Corbeia ( 877) , d’après un anthroponyme latin Corvidius, lui-même dérivé ( comme surnom ?) de  corvus, « corbeau ».

Je terminerai avec le blason de Crest ( Drôme), dont la description héraldique est assez complexe : d’azur à la tour carré du lieu (dite tour de Crest) d’or ouvert, ajouré et maçonné de sable, sur une terrasse de sinople chargée de la lettre C capitale aussi d’or, au chef d’argent chargé de trois crêtes de coq de gueules.

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Les « crêtes de coq » sont bien entendu là par jeu de mots avec l’occitan  crest ( du latin crista) «  crête de montagne, sommet, cime». Les premiers noms du village, Cristam (1120) puis de Cresto (1144) confirment l’étymologie. Le village est « dominé par une crête rocheuse, au nord de la ville, site d’un donjon dominant le cours de la Drôme ».

P.S. On remarquera que les oiseaux, comme leurs crêtes, vont souvent par trois . Je faisais déjà cette constatation  dans ce billet :

Je termine en remarquant que les aiguières, comme les lézards  ou les selles, sont représentées par trois . C’est le cas aussi des raves de Rabastens, des quilles de Quillan, des poissons de Treytorrens ou de Saint-Urcize, des chats de Mathod et de bien d’autres. S’il n’est pas difficile de voir là-dedans le rappel de la Trinité chrétienne, il n’est pas interdit d’y voir aussi la recherche de la perfection, représentée par le parfait équilibre du triangle équilatéral.

Un lézard dans les blasons

Le blason de Groslay (Val-d’Oise) est ainsi décrit:  de gueules au cep de vigne d’argent mouvant de la pointe fruité de deux pièces d’or, au chef du même chargé d’une hure de sanglier arrachée de sable défendue de gueules, ce qui se dessine ainsi:

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Le cep de vigne fait référence au vignoble qui, jusqu’au milieu du XIXè siècle était la principale culture au pied de la colline de Montmorency.

Les armes parlantes sont représentées par le sanglier et se comprennent si l’on écrit le nom de la ville comme un rébus: gros laie, la laie étant la femelle du sanglier.

Le nom ancien de la ville, Graulido (862), est issu du latin gracula, « corneille » et suffixe collectif -etum.

Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher) blasonne ainsi: D’azur aux trois selles d’or.

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Pourtant, aucun élevage de chevaux ni de sellerie réputée dans la région ( mais un fameux fromage!). Il s’agit là d’une réinterprétation du nom de la ville qui  est issu du pluriel du bas-latin cella « cellule de moine, monastère » et rappelle l’abbaye construite à la suite de l’ermitage, de la cella,  de saint Eusice (VIè siècle).

Lambert (Alpes-de-Haute-Provence) présente un blason d’azur aux trois lézards d’or comme ceci:

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C’est un blason qui n’est parlant qu’en provençal, langue dans laquelle le lézard vert est le limbert. Le nom de la ville était castrum Lamberti en 1309, de l’anthroponyme germanique Landbertus ( land, « pays » et berht « illustre »).

Eyguières ( Bouches-du-Rhône) a un blason d’azur à trois aiguières d’argent posées 2 et 1.

eyguieres

L’homophonie est parfaite entre le nom de la ville et celui de ces vases à eau. Les anciens noms de la ville sont Aqueria (1044), Aquaria ( XIè siècle) et Aigueria (1143) d’après l’occitan eiguièro, « rigole, ruisseau », d’abord au singulier. La ville est entourée par de nombreux ruisseaux et  canaux, ce qui a permis à Frédéric Mistral de lui donner cette devise: L’aigo fai veni pouli, « l’eau rend joli ».

Je termine en remarquant que les aiguières, comme les lézards  ou les selles, sont représentées par trois . C’est le cas aussi des raves de Rabastens, des quilles de Quillan, des poissons de Treytorrens ou de Saint-Urcize, des chats de Mathod et de bien d’autres. S’il n’est pas difficile de voir là-dedans le rappel de la Trinité chrétienne, il n’est pas interdit d’y voir aussi la recherche de la perfection, représentée par le parfait équilibre du triangle équilatéral.

Les curieux auront remarqué le nom de  la rue Trinquetaille d’Eyguières. L’hypothèse étymologique la plus sérieuse de ce nom, qui apparait pour une rue d’Arles à la fin du XIè siècle sous la forme Trincatallia ou Trinquatalii, fait appel au latin triquetra , « qui a trois angles ». Aucun rapport avec les triangles du paragraphe précédent …

Le dessin du blason de Lambert  est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric : armorialdefrance.fr

Raves

Je ne pouvais pas écrire sur les blasons parlants* sans citer la commune de Rabastens.

Ce village tarnais est bien connu des toponymistes : feu le chanoine Ernest Nègre y a consacré sa thèse de doctorat. C’est sous l’occupation allemande qu’il a parcouru à bicyclette tout le canton pour recueillir auprès des anciens les noms du moindre lieu-dit, du moindre champ, du moindre ruisselet … Il fut pris quelquefois pour un espion en quête de renseignements.  Ce travail considérable, ajouté à la collection d’archives municipales, paroissiales et notariales, a jeté les bases de la toponymie moderne, complétant ainsi les travaux des précurseurs qu’étaient Longnon, Grölher et Vincent et faisant de son auteur une autorité mondialement reconnue. La démarche d’Ernest Nègre peut se résumer ainsi : chercher la forme la  plus ancienne du nom, la comparer à d’autres bien connues et en déduire le sens. Cela implique une parfaite connaissance des langues anciennes, des dialectes et patois locaux et de leur prononciation, de l’onomastique, de l’histoire et de la géographie des lieux : c’est là affaire de savants érudits, de généralistes spécialistes en tout. Voilà aussi pourquoi je ne me considère que comme un toponymiste amateur.

Mais revenons aux armes de Rabastens qui sont ainsi décrites :

Tiercé en fasce : au premier d’azur à trois fleurs de lys d’or, au deuxième de gueules à la croix cléchée vidée et pommetée de douze pièces d’or, au troisième de sable à trois raves d’argent.

et dessinées de cette façon

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navet-rave-d-auvergne-hatifLes trois raves sont parlantes en occitan où l’on dit les rabos tres ; il s’agit là  d’un calembour sous forme de rébus, pratique courante au Moyen-Âge, plutôt qu’une étymologie fantaisiste. À l’époque, la majorité des gens ne sachant pas lire, il était commode de leur présenter les mots des blasons comme des enseignes  sous forme de rébus : nous n’avons rien inventé avec nos pictogrammes!

Déjà écrit Rabastens en 1109, on trouve aussi ce nom sous la forme Rabastengcz en 1185. Il s’agit d’un anthroponyme germanique Ratgast ( les Wisigoths occupaient la région au Vè siècle) suivi du suffixe d’appartenance -ing. L’attraction de l’occitan rabasta, « querelle, dispute » a fini de transformer le nom.

En 1306, le sénéchal Guillaume de Rabastens fonda en Bigorre ( département des Hautes-Pyrénées)  une bastide qui prit alors  le nom de Rabastens, nom qui fut complété en 1962 en Rabastens-de-Bigorre  pour la différencier de sa grande sœur tarnaise. Son blasonnement reprend le même calembour des rabos tres:

De gueules au chevron d’or accompagné de trois raves d’argent feuillées de sinople, à la fleur de lys d’or brochant en abîme sur le chevron.

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* Les billets concernant les  blasons parlants font l’objet d’une « catégorie » spécifique  visible dans la colonne de droite.

Cinq avions, un soc et trois quilles.

Voici le huitième épisode* de ma petite série consacrée aux blasons parlants, avec un retour en France après mon voyage chez les Helvètes.

Orly ( Val-de-Marne)  possède un blason ainsi décrit : D’azur au chevron d’argent chargé de cinq avions de sable, le tout enfermé dans un orle d’or.

ORLY-94

On comprend d’emblée que ce blason est moderne et honore l’aéroport qui a fait connaître la ville dans le monde entier. On pense alors pouvoir faire confiance à ces héraldistes modernes, sans doute pétris de science, qui ourlent d’or leur blason  : Orly serait donc un orle, une bordure, peut-être même, suppose-t-on, la marque d’une ancienne frontière ? Il n’en est rien, bien entendu: Aureliacus (851) et Orliaco (1201), les formes anciennes du nom de la ville, nous apprennent que ce nom est issu de l’anthroponyme latin Aurelius suffixé en -acum.

Reillanne ( Alpes-de-Haute-Provence) blasonne ainsi : d’azur à un soc de charrue d’argent posé en pal et accosté en chef de deux fleurs de lis du même.

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Ce qui «parle», dans ce blason, c’est le soc de charrue : son nom provençal, reio, est en effet à l’origine de cette étymologie populaire ( provençal reio, cf. le roman reilha lui-même issu du latin regula). En réalité les noms anciens du village et en particulier du plus ancien d’entre eux, Reglana (909), sont formés sur un anthroponyme latin  de type Regulius ou Regilius à rapprocher de regulus, « petit roi », accompagné du suffixe -ana, féminin de -anum; ce féminin s’explique soit par une référence directe à un personnage féminin — réginale ou  reinette —, soit par un villa sous-entendu — la (villa) royale.

Quillan (Aude) s’honore d’armes ainsi décrites: D’azur au besant d’or accompagné de trois quilles du même.

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Le besant, ancienne pièce de monnaie dont on dit que le nom corrompu serait à l’origine de l’expression « valoir son bpesant d’or », est là pour rappeler le passé essentiellement manufacturier et commerçant de la ville. On retrouvait d’ailleurs ce besant dans les anciennes armoiries de la ville ainsi décrites en 1696 par Charles d’Hozier, généalogiste du roi, auteur du Grand armorial de France : D’azur écartelé d’or à un besant tourteau de l’un en l’autre

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On a cru bon de rajouter — à une date que je n’ai pas pu déterminer — trois quilles censées rappeler le nom de la ville… Mais, même si l’on joue certainement aux quilles à Quillan autant qu’ailleurs, c’est-à-dire assez peu, il s’agit bien sûr là aussi d’une étymologie populaire : Quillan s’appelait en effet Quillianum en 782, du nom de personne latin Quelius suffixé en -anum.

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Le dessins du blason de Quillan est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric : armorialdefrance.fr