Amazonie, Amazonia ( partie II )

Alerte info ! Sept pays amazoniens ont signé un pacte pour protéger la forêt! Nous voilà rassurés, les flammes n’ont qu’à bien se tenir … les pompiers arrivent !

Bon. Voici la suite de la promenade entamée ici

L’Amazonie bolivienne

Elle recouvre la totalité du Pando et une grande partie du Beni.

■ le Pando : créé en 1938, ce département fut nommé en l’honneur de José Manuel Pando qui fut un des premiers à explorer la région. Sa capitale Cobija s’appelait à l’origine Puerto Bahia ( le « port de la baie », ici un méandre du fleuve Acre), mais ce nom fut changé en 1908 pour éviter la confusion avec la ville brésilienne. On choisit donc de la baptiser Cobija, en l’honneur du port du même nom fondé en 1825 par Bolivar et qui fut la capitale du département du Littoral jusqu’en 1875, quand la région fut conquise par le Chili, et dont il ne reste aujourd’hui que des ruines. Cobija est un nom indigène ( chango ), sans doute celui des Amérindiens qui peuplaient la côte avant l’arrivée des Espagnols, dont la signification m’échappe.

■ le Beni : en langue tacana, Beni signifie « vent ». Sa capitale est Trinidad, « Trinité ».

L’Amazonie péruvienne

Elle recouvre les départements Amazonas ( on s’en serait douté), Loreto, Uyacali et Madre de Dios.

Amazonas : inutile de revenir sur l’étymologie de ce nom , vue dans le précédent billet. Sa capitale est Bagua Grande, surnommée Corazón de Amazonas, « le cœur de l’Amazone ». Bagua, un mot sans aucun doute d’origine indigène, n’a pas de signification connue ( on a proposé sans preuve le nom d’un chef indigène qui aurait accueilli les Espagnols, la déformation du nom d’une plante appelée guaba, etc.).

Loreto : ce département doit son nom à celui d’un ancien habitat amérindien ticuna frontalier avec le Brésil qui, au gré des modifications de frontières successives, se trouve aujourd’hui en Colombie. Loreto est le nom que les conquistadors avaient donné au camp amérindien, en référence à la ville italienne du même nom ( « lieu planté de lauriers », cf. ce billet ). La capitale est Iquitos : en langue iquito, ce nom signifie « foule séparée par les eaux ». Il y avait là, à l’origine, les Iquitos proprement dits séparés des Maracanos et des Auves par le fleuve Nanay et ses affluents rio Branco et Chambira. Une autre hypothèse traduit iquito, d’une autre langue amérindienne, par « écureuil ».

Ucayali : le nom du fleuve éponyme est d’origine amérindienne et signifie « fleuve boueux » dans la langue pano des Shipibo-Conibos. La capitale Pucallpa porte un nom quechua qui signifie « terre ( allpa ) rouge ( puka ) ».

Madre de Dios : comme beaucoup d’autres, ce département doit son nom au fleuve qui le traverse, le rio Madre de Dios, la « mère de Dieu ». Son nom quechua Amaru Mayu signifie « fleuve Amaru» d’après le nom du serpent à deux têtes de la mythologie inca. La capitale Puerto Maldonado, fondée en 1902, fut nommée en hommage à l’explorateur péruvien Faustino Maldonado qui explora en 1860-62 le cours du Madre de Dios, prouvant qu’il se jetait dans le rio Madeira contrairement à ce qu’affirmaient les géographes contemporains. Il mourut noyé dans la Madeira après avoir eu le temps de graver son nom sur un tronc d’arbre au confluent.

L’Amazonie équatorienne

Les Équatoriens appellent l’Oriente la partie … orientale de leur territoire, recouvert en quasi totalité par la forêt amazonienne. Elle concerne six provinces, du nord au sud :

Sucumbios : longtemps après les premières missions des pères franciscains espagnols des débuts de la conquête, la véritable « colonisation » de la région ne se fit que dans les tout débuts du XXè siècle. Sucombios serait le nom, dit-on sans plus d’explication, des Amérindiens qui peuplaient la région à l’arrivée des Espagnols : il ne fait guère de doute que ce nom sans doute d’origine quechua a subi l’attraction paronymique de l’espagnol sucombios, « je succombe ». Sa capitale Nueva Loja porte un nom rappelant que ses fondateurs, au milieu du XXè siècle, venaient de Loja, dans la province du même nom au sud du pays. Cette dernière, fondée par Alonso de Mercadillo en 1548 avait été baptisée d’après la ville espagnol de Loja dont le nom est issu d’un pré-celtique lausa au sens de « pierre » qu’on retrouve dans le français « lauze ».

Napo : cette province doit son nom au fleuve qui la traverse, qui fut l’un des premiers affluents de l’Amazone découvert et exploré par Gonzalo Pizarro en 1540 puis descendu jusqu’à l’Amazone et l’Atlantique par Francisco de Orellana en 1541. Le nom Napo est issu du quechua et signifie « cœur, centre », à comprendre comme « fleuve principal ». La capitale est Tena qui doit son nom, dont j’ignore le sens, à un affluent du Napo.

Orellana : sans surprise, cette province comme sa capitale Puerto Francisco de Orellana doivent leur nom à Francisco de Orellana (cf. juste au-dessus).

Pastaza : cette province doit son nom au rio qui la traverse ( ça devient lassant, non ?) qui est Pastazi en langue candoshi. Ce nom peut être relié à pashato, nom d’ un mollusque particulièrement fréquent dans les eaux du fleuve et du lac Rimachi dont il est le principal contributeur. La capitale est Puyo dont le nom est issu du quechua puyu, « nuage, brume ».

Morona Santiago : cette province est issue du découpage en 1953 de l’ancienne Zamora Santiago. Morona est le nom d’une rivière tributaire du rio Santiago (Saint-Jacques. La capitale est Macas dont l’étymologie est incertaine, tant les homonymes sont nombreux dans les différentes langues amérindiennes. On peut toutefois privilégier une origine d’après le quechua maca, « jarre, cruche », comme le suggèrent les fouilles archéologiques qui ont révélé de nombreuses grandes jarres dans la région.

Zamora Chinchipe : Zamora, capitale de la province, doit son nom à la ville natale espagnole du conquistador Hernando de Barahona qui baptisa ainsi son premier établissement le 6 octobre 1549. Le nom de la ville est passé à la rivière, branche sud du rio Santiago. La ville espagnole porte un nom issu du berbère Azemur, « oliveraie sauvage » ou Semurah, « ville des turquoises ». Chinchipe est, si on se fie à son Bref journal de 1549, le nom d’une tribu qui vivait sur la rive gauche de la rivière qui porte aujourd’hui ce nom quand le capitaine espagnol Diego Palomino les rencontra en 1549. Selon une autre hypothèse chinchipe signifierait « liane » en langue shuar, un mot qui pouvait aussi servir à qualifier des personnes minces, fines, élancées.C’est sur les bords du fleuve Chinchipe qu’étaient établis les Amérindiens de la culture Mayo Chinchipe ( mayo signifie fleuve en quechua ) entre 5300 av. J.-C. et 2500 av.J.-C.

… et la suite est à venir.

La devinette

Si l’Amazonie est en feu, certaines régions du monde pourraient se croire ignifugées …mais faire l’objet d’une devinette.

Il s’agira de trouver le nom d’un pays dont l’étymologie, à travers plusieurs langues successives, en fait le pays du « maître du feu » ou le pays « du feu protecteur » au point qu’il en a fait sa devise.

Sa capitale est, étymologiquement encore, la « montagne des vents ».

Je ne vois pas d’indice à vous montrer sans vous donner la solution en même temps.

P.S. : la relecture me pousse à préciser que « pays » s’entend au sens onusien du terme. La Patagonie ou Terre de Feu n’est pas un pays, mais un archipel partagé entre deux pays.

Bolivie et Sucre ( Rep-à-dev.)

Un intrus a finalement été rejoint par TRS dans la résolution de ma dernière devinette.

Il fallait trouver la Bolivie et sa capitale Sucre.

200px-Simon_BolivarLe pays doit son nom à  Simón José Antonio de la Santísima Trinidad Bolívar y Palacios, plus connu sous le nom de Simón Bolívar et surnommé le Libertador. Notons que la formation habituelle des noms de pays, avec le suffixe espagnol -ia, aurait dû donner Bolivaria comme Colomb a donné Colombia et en français « Bolivarie » et Colombie.

220px-Plaza_de_Armas_de_Sucre_Décembre_2007_-_Panorama_Équirectangulaire
Place des Armes à Sucre

La capitale doit son nom à Antonio José de Sucre y Alcala premier lieutenant du précédent et vainqueur de l’ultime bataille contre les Espagnols qui ouvrit la porte à l’indépendance de leurs colonies en Amérique du Sud.

Les indices

  • Rajoutez 5 à la réponse devait vous faire trouver 47 qui, combiné à la photo de l’Atomium bruxellois :indice 04 04 17devait vous faire penser à l’argent, métal de numéro atomique 47. Et comment dit-on argent en espagnol ? Plata. Du temps des colonies, le territoire de ce qui allait devenir la Bolivie a fait partie de la Vice-royauté du Rio de la Plata.
  • La bataille victorieuse est celle livrée en 1824 par Antonio José de Sucre à Ayacucho où il gagna le titre honorifique de Grand maréchal d’Ayacucho . Cette ville  a été fondée en 1539 par Pizzaro sous le nom de  San Juan de la Frontera de Huamanga. La frontière était celle avec le royaume inca de Manco Capac et Huamanga, le nom quechua de l’endroit, serait issu, selon la légende, de l’exclamation d’un chef local qui donna à manger de sa propre main à un faucon en s’écriant Guaman, ka! qui signifie « Tiens, faucon! ». Elle fut renommée Ayacucho, ancien nom du lieu où se déroula la fameuse bataille, par un décret de Simón Bolivar du 15 février 1825. Ayacucho est un vocable quechua qui signifie « la ville du sang » mais une autre  étymologie  a été proposée s’appuyant toujours sur le quechua avec aya, « âme », et k’uchu, « demeure, lieu ». On pense qu’il est fait ici référence à la découverte des squelettes des premiers habitants massacrés par les Incas lors de l’expansion de leur empire.
  • l’image de la croix rouge :indice b 04 04 17Il s’agit d’une croix de Saint-André représentée sur le drapeau de Sucre.
  • Le moulin :indice c 04 04 17Bolívar ou Bolivar est un nom d’origine basque, composé de boli(n), «moulin » et -ibar , «vallée », et qui signifie « vallée du moulin ». La famille Bolívar est originaire de la petite localité de Ziortza-Bolibar, en Biscaye (Pays basque espagnol). Pour une étymologie plus complète on peut consulter la page wiki espagnole.