Bla, bla, blason

en retard  

 

Que fait-on quand on est pris par le temps et que rien n’est prêt pour le dimanche soir ? Eh bien, oui !, on ressort des blasons parlants du fond du tiroir…

Désolé pour ceux que cela défrise, mais c’était ça ou rien.

 

Croissy-sur-Seine

Cette ville des Yvelines est blasonnée d’« azur à l’écusson d’argent chargé d’un croissant du champ, accompagné de trois losanges d’or ».

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Les trois losanges ont été empruntés aux armoiries de Jean Chanorier, agronome, qui fut le dernier seigneur et le premier maire de Croissy. Le croissant qui évoque et joue le rôle d’arme parlante par rapport au nom de la ville est aussi une allusion à la situation de celle-ci dans un méandre de la Seine.

La forme ancienne Crociaco (XIIIè siècle) renvoie à un nom formé avec le suffixe gaulois –aco devenu le gallo-roman –acum. On sait qu’il accompagne le plus souvent un nom d’homme, ici le gaulois Crossus ou le latin Crocius ; mais il a pu aussi accompagner un appellatif qui pourrait être ici le roman crucia, « croix » (du latin crux, crucis) : ce serait l’« emplacement d’une croix », sans doute érigée par les premiers Chrétiens. Cette dernière hypothèse serait fort plaisante qui ferait figurer un croissant au lieu d’une croix.

Cabasse

Le blason de cette commune varoise est « de sinople, à une calebasse d’or ».

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C’est donc un à-peu-près entre Cabasse et calebasse qui fait parler ces armes.

Le nom, Cabacia en 1025, est formé sur le nom d’homme latin Capax suffixé -ia.

Challans

Les armoiries de cette commune vendéenne sont « d’azur au chaland d’or, habillé et pavillonné d’argent, voguant sur une mer ondée d’azur, surmonté d’une étoile à dextre et d’une tour à senestre, le tout d’or ».

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On comprend sans difficulté que c’est l’homophonie entre le nom de la commune et le bateau à fond plat appelé « chaland » qui rend ces armes parlantes.

Selon Dauzat & Rostaing (DENLF*), il faut voir dans le nom de Challans une formation avec le pré-indo-européen *kal, « pierre, rocher », et le suffixe pré-celtique –anc, soit la même qui a fourni le nom des bien connues calanques méditerranéennes, mais la topographie des lieux rend cette hypothèse peu crédible. E. Nègre (TGF*), suivi par J.-L. Le Quellec (Dictionnaire des noms de lieux de la Vendée, Geste Éditions, 1995), se basant sur la forme Chalant du XIIè siècle, préfère y voir l’oïl chalant, « brûlant », mais sans nous expliquer le pourquoi d’un tel nom.

On notera avec amusement que c’est à Challans, ville du chaland, donc, qu’est née Jacqueline Auriol, aviatrice.

 

Rethel

« De gueules à trois râteaux démanchés d’or » : c’est ainsi que sont décrites les armes de cette sous-préfecture des Ardennes.

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Au Moyen Âge, le râteau était dit rastel (attesté en 1180, du latin rastellum, diminutif de rastrum) avant d’évoluer en rasteau (1483) puis en râteau (1606). C’est bien la quasi homophonie entre ce rastel et le nom de la ville qui incitera le comte de Rethel (anciennement de Retel) à se munir de ces armes parlantes, ce qui n’a pas empêché certains historiens d’ y voir une allusion à la fertilité du terroir.

La ville est attestée in villa Reiteste nomine au Xè siècle. On peut penser à un composé du haut Moyen Âge, de deux éléments : le premier se reconnait sans trop de difficultés dans cette première attestation Reiteste et sous forme latinisée ayant subi l’attraction paronymique du latin regis, « roi », dans Registeto castello attestée en 1097 ; c’est le résultat roman du gaulois ritu-, « gué », premier nom, antique, du village bâti sur la rive droite de l’Aisne. Au cours du Moyen Âge, un appellatif a été ajouté au nom de lieu : c’est l’ancien haut allemand stat, « lieu, endroit », reconnaissable dans les variantes du second élément toponymique, –stet (Registete castrum vers 1120), devenu –test par métathèse (Retest vers 1172) puis –stest (Restest en 1218). Le groupe consonantique –st n’étant plus prononcé, a été remplacé par une novelle consonne d’appui, -l, pour donner Retel puis Rethel. Au moment où la formation s’est faite, elle signifiait le « lieu de Rei », Rei étant le nom de lieu originel, « le gué ».

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine aux armes parlantes.

L’étymologie de son nom indique que le sol de cette commune est inapte à la culture céréalière. Cela n’a pas empêché ses anciens habitants (ou le créateur du blason ?) de forger une étymologie fantaisiste qui découpait ce toponyme en deux mots monosyllabiques décrivant de manière flatteuse un produit agricole inexistant dans la langue régionale. Cette interprétation flatteuse se retrouve représentée d’une certaine façon dans les armes de la ville.

Ce sont les femmes, en vendant leurs services aux bourgeois de la grande ville voisine, qui ont permis à cette commune de se relever des guerres de Religions. Leur activité est même devenue la principale source de revenus de la commune pendant plus de deux siècles, devant la culture de la vigne.

Je n’ai pas la moindre idée d’un indice quelconque à vous fournir et j’ai la flemme de chercher … Je vais y réfléchir bien fort et sans doute me viendra-t-il une ou deux idées d’ici mardi.

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr