Californie ( répàladev)

Ma dernière charade introuvable n’a pas été trouvée…

Mon premier me trompe.
Mon deuxième te trompe.
Mon troisième fait comme mon deuxième.
Mon quatrième fait comme mon troisième et mon deuxième.
Mon tout est un des États unis d’Amérique.

Il est donc temps de vous en donner la solution.

Il fallait trouver la Californie.

Mon premier est CAL puisque CAL me ment ( calmement ) ;

Mon second est I puisque I c’est O ( hisse et oh! ) et O te ment ( hautement ) ;

Mon troisième est FOR puisque FOR te ment ( fortement ) ;

Mon quatrième est NIE puisque NIE c’est FOR ( Nicéphore ) et FOR te ment .

Mention spéciale à TRS qui avait trouvé le bon État dans les mauvais tiroirs :

Mon premier est CAL car le « CAL (me) ment » (calmant inefficace?)
Mon second est LI car l’ « I berne » (hiberne)
Mon troisième est FOR car il « fort nique » ( du verbe niquer = entourlouper, avec ici une nuance à caractère augmentatif )
Mon quatrième est NIE car il « abonnit » (du verbe abonnir = tromper sur la marchandise)
Mon tout est donc (et fort possiblement) la CALIFORNIE.

Mise à jour du 25 mai 2019

Pour en savoir plus sur le toponyme Californie, vous pouvez consulter ce billet et poursuivre avec celui-ci.

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Des bords de la Marne aux plages de Californie

Chalifert-bord-de-marne-3Je poursuis ma visite des noms de lieux importés d’Orient, que j’ai entamée ici, par une étape en Seine-et-Marne à 25 km à l’est de Paris  dans une commune du nom de Chalifert.

L’article de wikipedia (que vous n’avez pas manqué de lire, j’en suis sûr) nous précise : «  le prieuré Saint-Jacques de Chalifer (qui longtemps s’est écrit sans « t ») ». C’est la seule information utile — j’entends : toponymique— qui nous est donnée. En effet nous ne trouvons aucune  trace d’un -t- final dans  les noms les plus anciens qui nous restent de façon certaine  : Chaillifernum en 1179 puis Califernum en  1182 et, à la même date, Chalifer.

Ces noms ne correspondent à rien de connu dans la toponymie française usuelle ; en particulier aucun des suffixes habituels n’y est reconnaissable. En revanche, les premières syllabes cali et les dernières fernum ont été à l’origine d’étymologies populaires sans fondement comme on le lira à la toute fin.

Alors? Où chercher ?

Eh bien, dans la Chanson de Roland.

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Au recto du feuillet 53 du manuscrit d’Oxford nous lisons ceci :

«Morz est mis nies, ki tant me fist cunquere.»                

Encuntre mei revelerunt li Seisne,

E Hungre e Bugre e tante gent averse,

Romain, Puillain e tuit icil de Palerne

E cil d’Affrike e cil de Califerne »

qu’Alphonse Avril en 1865 traduisait ainsi:

«Mort est Roland qui conquit tant pour moi»

Vont contre moi se rebeller Saxons

Bulgares, Huns, tant de peuples divers

Et les Romains et tous ceux de Palerme

Et ceux d’Afrique et ceux de Califerne»

De Califerne à Califernum puis Califer, il n’y a qu’un pas que tous les toponymistes franchissent sans hésiter: Chalifert doit son nom à la réminiscence de cette contrée dont il est question dans la Chanson de Roland. Mystérieuse, tant par son nom que par l’absence de références précises, elle est devenue l’objet de tous les fantasmes.

La notoriété de Califerne a traversé les siècles, accompagnant celle de la Chanson de Roland. Dans son roman intitulé Las Sergas de Esplandián ( « Les Exploits d’Esplandian ») publié en 1510, Garcia Ordóñez de Montalvo  décrit une île des Indes, merveilleusement riche d’or et de pierres précieuses, peuplée par des sortes d’Amazones. Il avait appelé cette île California et il ne fait pas de doute que ce nom ait été calqué sur celui de Califerne. Le roman en question eut un immense succès, contribuant d’ailleurs à la mode des romans de chevalerie, et on sait qu’ il figurait dans la petite bibliothèque que Hernán Cortés embarqua lors de ses voyages au Nouveau Monde. Comme ses prédécesseurs, il chercha le mythique passage vers les Indes et ne désespérait pas de trouver la non moins mythique île des Amazones que des rumeurs situaient dans ces eaux-là. C’est à l’issue de ses voyages et de ceux de ses lieutenants, entrepris entre 1535 et 1539 à l’ouest du nouveau continent et notamment dans la région qui avait d’abord été appelée Santa-Cruz  que le  nom de California*pour désigner la péninsule apparaît pour la première fois dans un récit écrit par Cabrillo en 1542, mais il l’emploie comme si ce nom était déjà habituel : « Le dimanche 2 juillet, nous arrivâmes en vue de la Californie.» Ce nom  eut le succès que l’on sait et remplaça Santa-Cruz dès 1562 dans la carte de Diego Gutierrez.

Chalifert la Californienne, qui l’eût cru ?

P.S.: Est-il utile de préciser que les étymologies proposées: «chaude comme un four » (cali = chaud, fornia = four)  ou « caliente fornalia », signifiant « fourneau chaud » en espagnol, ou encore calida fornax, « climat chaud », en latin, ne sont que des étymologies pseudo-savantes proposées après coup sans aucun fondement sérieux ? L’histoire du nom de la Californie ne fait pourtant plus de doute depuis l’étude exhaustive qu’en a faite Ruth Putnam en 1917 (California: the name, Berkeley) s’appuyant sur les travaux menés dès 1862 par  Edward Everett Hale , découvreur et traducteur du manuscrit de Montalvo.