Fontjoncouse (répàladev)

Personne n’a rejoint TRS et LGF qui restent donc les seuls à avoir trouvé la bonne solution à ma dernière devinette.

Il fallait trouver l’audoise Fontjoncouse, située dans les Corbières à une trentaine de kilomètres de Narbonne.

local-Fontjoncouse

On connaissait ce village sous les noms de Fontejoncosa (795) puis Fontejonquiosa (1149) dont la signification ne fait pas mystère : le bas latin fontem, « source », et l’adjectif joncosam, « riche en joncs », ont abouti à l’occitan font joncósa francisé en Fontjoncouse. Le suffixe -ósa, indiquant une abondance voire un envahissement, se retrouve, pour ne citer que des sources, dans (Saint-Marcel-de)-Fontfouillouse (aux Plantiers, Gard), évoquant un lieu particulièrement feuillu, boisé, et Fontpédrouse (P.-O.) où la source est pierreuse.

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La fondation de Fontjoncouse est racontée dans les pages 478 et suivantes du Bulletin de la commission archéologique de Narbonne (tome I, 1876-1877) :

Jean I

Nous (en tout cas, moi) venons d’apprendre un nouveau mot, aprision, absent des dictionnaires de référence habituels. Il s’agit d’un terme de droit médiéval désignant un mécanisme par lequel le roi donnait les terres prises à l’ennemi à celui qui les peuplerait et mettrait en culture, créant ainsi une zone frontière plus facile à défendre, ici la marche d’Espagne après en avoir chassé les Arabes. On se souvient que ces derniers ont occupé Narbonne et sa région pendant une quarantaine d’années à partir de 719.

On lit, quelques pages plus loin, la construction d’une église vouée à sainte Léocadie. :

Jean IV

Sainte Léocadie, vierge et martyre en 303, est la patronne de Tolède (Espagne). Une commune française des Pyrénées-Orientales, à quelques kilomètres de la frontière espagnole porte le nom de Sainte-Léocadie.

Pour en finir avec l’énoncé de la devinette, rappelons que Fontjoncouse est située dans l’arrondissement de Narbonne, capitale de la province romaine dite Narbonnaise.

Le cours d’eau qui prenait sa source entre les joncs est l’Aussou. Il était appelé Alsonae en 911, aqua Alsoni en 1185 et Ausson en 1781 : on y reconnait l’hydronyme pré-celtique *alis suivit du suffixe gaulois –one. La vocalisation du l devant s a donné le nom actuel.

Les indices

■ l’illustration :

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cette illustration de Félix Lorioux pour les Fables de La Fontaine (Hachette, 1922) permettait de penser à une fontaine et aux pays des Corbières, dont on pourra lire l’origine du nom dans cet ancien billet.

 

 

■ la photo :

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… montrait une fontaine dans des joncs.

 

 

 

 

■ le bijou :

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… un jonc dit viking orné d’une tête de corbeau à chaque extrémité.

 

 

 

 

 

■ les pâtisseries :

 

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il fallait reconnaitre trois macarons, autre nom des étoiles que le Guide Michelin a accordées à l’auberge du Vieux Puits qui a permis à Fontjoncouse de renaître (et de quelle façon!). Je ne mets pas de lien (il n’y aucune raison que je fasse de la publicité gratuite, mais bon, si vous avez le temps de chercher …).

Pays d’animaux

Je m’intéresse aujourd’hui à quelques pays français qui doivent leur nom à des animaux. Pays, dérivé du pagus latin, est à prendre ici au sens de contrée rurale : c’est d’abord, à l’origine, une petite unité territoriale que l’on peut aisément parcourir en une journée. C’est la plupart du temps un même paysage, correspondant en général à un milieu naturel relativement homogène, mais certains peuvent n’avoir de réalité qu’en fonction d’un bourg ou d’une ville organisant et commandant plusieurs types d’espaces.

Certains d’entre eux doivent leur nom à des animaux et je me propose d’en étudier ici quelques uns ( la liste est peut-être plus longue : à vous de m’en proposer d’autres, si vous en connaissez ! ).

L’Artense

Formée d’un plateau  de tourbières et rochers, cette région naturelle s’étend de la Dordogne aux monts du Cézallier, du Sancy au Cantal, sur les départements du Cantal, du Puy-de-Dôme et de la Corrèze. On connait les formes anciennes ministerio Acteracense ( concernant Ytrac ), in pago Artintia en 930 puis in terra Artencha en 1250-63. On peut voir dans ces noms le celtique artos, « ours » accompagné du suffixe celtique –entia. Ce serait alors le « pays fréquenté par les ours » ( DPPF*). Une autre hypothèse fait appel au gaulois *artu, « pierre », accompagné du même suffixe ( DNLF*).

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La Bièvre

Cette plaine du Bas-Dauphiné, jouxtant la moyenne vallée de l’Isère,  s’étend entre Vienne, La-Tour-du-Pin et Saint-Marcellin. Son nom apparait en 1025-26 pour désigner un village disparu au cours du bas Moyen Âge : villa que dicitur Bierraa. Cassini notera la plaine de Bièvre en 1777 et on précisera plaine anciennement forêt de Bièvre en 1781. Il s’agit d’une formation de l’Antiquité, sur le gaulois biber, « castor » et suffixe féminin -a.

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Les Corbières

Dans l’Aude, les Corbières forment un vaste quadrilatère accidenté de failles, prolongeant, en somme, à l’est, les Pyrénées. La vallée de l’Orbieu, affluent droit de l’Aude, était dite vallis corbaria au VIIIè siècle  et on trouvera ensuite les noms de Corbeiras ( 1214 ),  in Corberia ( 1271 ), in tota Corbeira ( 1280 ) et archidiaconus Corbariensis en 1377. Le nom de la vallée est ici accompagné d’un adjectif bas-latin formé du latin corvus, « corbeau », suivi du suffixe collectif –aria : il s’agit d’une « vallée hantée par les corbeaux » ( TGF*, DPPF*). Les autres hypothèses comme une racine oronymique *corb- ( Dauzat, Deslandes & Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France ) ou le latin curvus, « courbé, plié », pour qualifier le cours sinueux de la Berre, petit fleuve côtier, sont moins convaincantes ( DENLF * ).

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Le Ternois

Dans le Pas-de-Calais, le Ternois est le nom porté par le petit pays développé autour de Thérouanne, sur l’ancienne voie romaine Boulogne-Arras-Cambrai. Si Thérouanne pâtit aujourd’hui de la comparaison avec sa voisine Saint-Omer, ce ne fut pas toujours le cas : elle fut, dans le passé, le centre d’un très important évêché, qui avec celui de Tournai et celui d’Arras, se partageaient l’ensemble du pays de Flandre.

Le nom du pays est attesté dès 649 où on trouve in pago Taroanense qui évoluera en 877 en pago Ternensi d’où est issu Ternois dès la fin du XIIè siècle. Il s’agit d’une formation du haut Moyen Âge sur le nom ancien de la ville, Tarvenna ( 300 ) devenu Taroana au VIIè siècle, muni du suffixe d’appartenance latin -ense. Le nom de la ville, Tarvenna, provient du gaulois tarvos, « taureau », accompagné du suffixe gaulois –enna. Aucun texte ne permet de préciser si ce tarvos concernait un taureau proprement dit, un personnage ou une divinité ( TGF*, DENLF*, DPPF* ). L’hypothèse ( DNLF*) selon l’indo-européen *tru-, « parvenir de l’autre côté », est peu convaincante.

taureau

Le  Vivarais

Ce pays historique du haut Moyen Âge formé de l’ancien diocèse de Viviers ( Ardèche ) a jadis vu naître votre serviteur, ce qui n’est pas rien. Son nom est attesté in comitatu Vivariensi en 817 : c’est  une formation sur le nom ancien de la ville, Vivarii, muni du suffixe d’appartenance latin –ense. Au Moyen Âge, la forme occitane est Vivarès à la fin du XIIè siècle, la  française Vivarois en 1375. C’est la forme Vivarais, influencée par l’occitane, qui s’imposera dès la fin du XVIè siècle. Le nom de la ville est connu dès le début du Vè siècle où un texte mentionne un gynaeci Vivarensis. Le gynécée est, à l’époque, un atelier où travaillent des femmes. La ville existait donc et tient son nom du latin vivarium, «vivier, garenne, parc où l’on nourrit les animaux ». Il s’agissait là de pièces d’eau aménagées sur la rive droite du Rhône où l’on nourrissait et conservait le poisson et dont il reste quelques vestiges.

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* Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les illustrations sont des reproductions de gravures de Buffon.

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Un autre pays que le Vivarais doit son nom à des constructions réalisées par les hommes pour y mettre des animaux. Contrairement aux viviers qui donnent d’abord leur nom à la ville d’où viendra ensuite celui du pays, ces constructions, nombreuses dans le pays à trouver, lui donnent directement leur nom, au pluriel, donc. Quel est donc ce pays ?

Impossible de vous donner en indice une photo ou un dessin des animaux en question, ce serait trop facile!, alors peut-être d’anciennes spécialités locales ?

■  indice n° 1 :

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■ indice n° 2 :

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De l’importance du cru dans les toponymes

Le vin et la viticulture sont bien sûr étroitement liés au terroir et donc aux noms de lieux. Je ne parlerai pas ici des toponymes qui ont donné leur nom aux vins ( un bourgogne, un meursault, etc.) mais de l’inverse: des vins célèbres qui ont fourni des toponymes.

Afin de faire profiter la commune de la renommée d’un cru élevé sur son territoire, certains conseils municipaux ont demandé — et quelques uns ont obtenu — l’adjonction à leur nom de celui du cru célèbre, un peu comme on ajoutait des sur-Mer, la-Plage ou les-Pins à des noms de communes dans un but uniquement commercial.

En ce qui concerne le vin, le phénomène a commencé en Bourgogne en 1847  quand Gevrey (Côte-d’Or) obtint de s’appeler Gevrey-Chambertin. On voit  que la réclame ne date pas d’aujourd’hui et que les Bourguignons étaient en avance sur les Bordelais qui ne s’occuperont de leurs appellations qu’en 1855 à demande de Napoléon III.

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Domaine viticole et Château Corton André

Cet essai transformé donna des idées aux communes voisines et  bientôt Chambolle devint Chambolle-Musigny, Vosne devint Vosne-Romanée, Aloxe > Aloxe-Corton en 1862, Pernand > Pernand-Vergelesses, Nuits > Nuits-Saint-Georges en 1892, etc.

Il s’agissait d’incorporer au nom de la commune le nom du terroir, du lieu-dit,  qui, n’ayons pas peur des mots, la faisait prospérer : c’était, le mot est aujourd’hui à la mode, du gagnant-gagnant: la commune était valorisée et le vin institutionnalisé.

Mais toutes les demandes de ce genre ne furent pas acceptées par la très sérieuse Commission de révision du nom des communes.

Chagny (S.-et-L.) n’obtiendra pas le droit de s’appeler Chagny-en-Bourgogne ( sous entendu : qu’ils nous fassent un bon cru et on verra dans … cinquante ans!).

De la même façon Gyé-sur-Seine (Aube)  ne s’appellera pas Gyé-en-Champagne, Villefranche-sur-Saône (Rhône ) ne  changera pas pour Villefranche-en-Beaujolais, ni Vouvray (Indre-et-Loire) pour Vouvray-les-Vins (et pourquoi pas Camembert-le-Fromage ?)

     minerve-herault-le-languedocMinerve, capitale du Minervois

En revanche, d’autres départements ont semble-t-il mieux défendu leurs dossiers comme l’Aude qui a su mettre en valeur ses terroirs avec les Corbières. C’est ainsi que  Cascastel devient Cascastel-des-Corbières en 1951, Montredon > Montredon -des -Corbières en 1970, Portel > Portel-des-Corbières et  Thézan > Thézan-des-Corbières en 1974. De confidentiel, le nom des Corbières est devenu connu de tous et le nom du vin est devenu nom commun : on peut aujourd’hui commander un corbières au restaurant. Les Audois ont poussé la logique jusqu’au bout puisqu’ils ont profité de la notoriété naissante du vin produit à Minerve  et ses alentours pour changer le nom de Ventenac-d’Aude en Ventenac-en-Minervois dès 1966, faisant ainsi connaître de tous aussi bien le pays que son vin.

Les Bordelais seront moins gourmands de ces demandes — il est vrai qu’ils avaient créé le classement de leurs vins en 1855 et que la notoriété de leurs Châteaux leur semblait suffisante. Ce n’est qu’en 1978 que La Lande-de-Libourne changera pour Lalande-de-Pomerol.

 Supplément toponymique

Gevrey : nom de personne gallo-romain Gabrius ( du gaulois gabros, « chèvre ») + suffixe –acum. Chambertin : le champ de Bertuyn (nom propre germanique).

Chambolles : diminutif péjoratif du gaulois cambo, « courbe ( d’une rivière ) ». Musigny : nom propre latin Musinius + acum.

Vosne : dérivé du gaulois vidumos, « forêt ». Romanée : du nom d’homme latin Romanus + acum.

Aloxe: du  nom d’homme gaulois *Alussius, dérivé d’Alus. Corton : de cortis Ottoni,  « la cour ( de ferme), mot étendu au domaine, d’Otton ». Ce domaine était à l’époque rattaché au royaume d’Otton le Grand, roi de Germanie connu également sous le nom d’Otton Ier « roi des Francs ».

Pernand : origine obscure, peut-être un gaulois parro-nant, « à travers la vallée ». Vergelesses : sans doute du nom propre latin Virgilius, Virgile.

Nuits : écrit Nuis en 1006, correspondant à la forme dialectale actuelle nué du noyer.

Chagny : du nom d’homme gallo-romain Catinius + acum

Gyé : du nom de personne latin Gaius + acum.

Vouvray : du gaulois vober, « terre inculte, broussaille » et suffixe collectif -etum.

Corbières : plutôt que de l’occitan corbièra, « lieu où se rassemblent les corbeaux » ce nom proviendrait du latin curvus, « courbé » et suffixe -aria pour désigner la vallée de la Berre, fleuve côtier au cours très sinueux.

Cascastel : homme latin Caltius et castellum, « château-fort».

Portel : diminutif du latin portus, « passage, défilé en montagne »

Thézan : nom d’homme latin Titius + anum

Ventenac : nom d’homme latin Ventinus + acum.

Minervois : de la déesse latine Minerve dont un temple devait se trouver à… Minerve.

Lalande de Pomerol : du latin pomarium, « pommier » et suffixe –olum.