Craménil (répàladev)

Il est temps de dévoiler la réponse à ma dernière devinette.

Il fallait trouver le petit village normand nommé Craménil (Orne) :

Nous ne disposons que de la forme Crasmenil de 1247 pour comprendre l’étymologie de Craménil.

Nous pouvons aussi nous appuyer sur celles de (Saint-Aignan-de-)Crasmenil (Calv.), soit Crassum Mesnilum ou Maisnillum de 1070, Crasmenil en 1248 et Sanctus Aniatus de Crasso Mesnillo en 1417, et sur celles de (Saint-Vincent-)Crasménil (S.-Mar.) soit Crasmaisnil au XIIe siècle, de Crasmesnil en 1253 et Cramesnil en 1495.

On reconnait aisément dans la deuxième partie de ces noms le ménil, « habitation rurale, ferme », dérivé du latin mansionile, vu dans le billet précédent. La première partie est l’adjectif de langue d’oïl cras, variante de gras, « fertile, abondant » en parlant d’une terre, d’un pâturage (E. Nègre, TGF*) ou « gros, important » (Dauzat & Rostaing, DENLF*). Cet adjectif cras est directement issu du latin crassus (cf. crassus ager, « terre grasse » chez Cicéron).

La comparaison faite sur la fiche wiki avec les noms de Crasville (Eure, Manche), Crasville-la-Mallet et Crasville-la-Roquefort (S.-Mar.) n’est pas convaincante : les formes Cravilla de1207 puis Crasvilla de 1277 pour la commune de l’Eure comme les formes Crasvilla (1280), Crasvilla (1159) et Cravilla (1126) des trois autres, incitent à voir dans la première partie du nom celui d’une personne germanique qui pourrait être Krakr (A.Longnon, Les noms de lieu de la France -Source gallica.bnf.fr / BnF), Cras- (TGF*) ou Chramm (DENLF*). Le dérivé cras du latin crassus a aussi été envisagé (DENLF*) mais l’absence de forme ancienne au féminin *Crassavilla (qui, quoi qu’en dise la fiche wiki, aurait pu aboutir par amuïssement à Crasvilla) fait difficulté.

Carte de Cassini – feuillet 95 – Avranches – 1768

Non loin du village, on peut voir un menhir de plus de trois mètres de haut qu’une légende locale dit être un Affiloir de Gargantua :

Je ne m’aperçois que maintenant qu’il existe sur le web au moins une liste de localisations gargantuesques où figure cet affiloir. Wikipedia, plus qu’une encyclopédie, n’est en réalité qu’une compilation de listes.

Craménil se trouve en pays d’Houlme dont le nom est attesté in pago qui Hulmus vocatur en 1207 (Rapport sur l’orthographe des noms de communes du département de l’Orne, L. Duval, Alençon, 1903). Il s’agit d’une formation du haut Moyen Âge sur l’ancien norrois holmi, « île », à l’origine de l’ancien normand hombre qui signifie « portion de prairie entourée d’eau ».

Les Noms de lieu de la France – Auguste Longnon – 1923 (Source gallica.bnf.fr / BnF)

Bien que le pays soit étendu, c’est bien cette connotation qui lui a valu ce nom. Le toponyme est d’ailleurs très fréquent en Normandie sous différentes formes comme Houlme, Homme et dérivés ; il a abouti à Hou quand il est en second élément de composé.

Les indices

■ le portrait :

Il fallait reconnaitre Marcus Licinius Crassus , qui n’est pourtant pour rien dans la fondation de Craménil.

■ la vidéo :

pour l’affiloir, bien sûr.

*Les abréviations en capitales suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog accessible par le lien en haut de la colonne de droite.