Kherson ( répàladev )

MiniPhasme a rejoint Un Intrus et LGF sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette et ce dès avant les indices du mardi.

Il fallait trouver Kherson, ville et port d’Ukraine, près de l’embouchure du Dniepr.

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Elle fut fondée en 1778 par Grigori Alexandrovitch Potemkine, alors qu’il venait d’être nommé gouverneur général de la « Nouvelle Russie »  par Catherine II.

Il rêvait de recréer l’empire byzantin au profit de la dynastie russe et c’est ce « projet grec » qui explique le choix de toponymes grecs comme Sébastopol, Simferopol, ou Kherson. ( cf. mon billet sur la Crimée et sur Odessa ).

Le nom de Kherson l’ukrainienne est un rappel de celui de Chersonèse en Tauride, l’actuelle Crimée : il s’agit bien d’un toponyme importé. Ce nom provient lui-même  des grecs  chersos, « terre ferme » et nesos, « île », c’est-à-dire « presqu’île, péninsule ». Plusieurs péninsules ont été ainsi baptisées  par les Grecs ainsi que la cité taurique dont il ne subsiste que des ruines au nord de Sébastopol.

Après l’annexion de la Crimée par la Russie, Kherson est devenue la capitale en exil de la république autonome de Crimée.

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Les indices :

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Selon une version de la légende d’Iphigénie, au moment de son sacrifice, Artémis l’aurait remplacée in extremis par une biche, afin de la préserver de la folie des hommes, et en aurait fait la prêtresse de son temple en Tauride.

  • l’extrait du film « Les Incorruptibles » :

vous savez tous  que Brian de Palma rendait là un hommage à S.M. Eisenstein et à la scène mythique de l’escalier d’Odessa (pour les pressés,  le landau est à partir de 5′ ) dans le film « Le cuirassé Potemkine ».

  • la couverture du livre :

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Le nom tatar de la Crimée est Qirim qui signifie, selon wiki, « ma colline » ( qır « colline », ım « ma »).  Selon moi, vous l’avez déjà vu, il y a d’autres hypothèses.

  • la chanson de Tino Rossi ( dont je vous épargne le  bis repetita) :

« O Catalinetta bella! » pour rappeler la Grande Catherine, bien sûr ! Faut savoir perdre son sérieux, de temps en temps, non ?

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Crimée, forcément

Tout le monde sait aujourd’hui où se trouve la Crimée, cette péninsule  dans la mer Noire. Je vous propose un petit tour étymologique des toponymes principaux tout en assurant — prolepse — que j’ai bien d’autres choses à dire sur la Crimée mais que ce n’est pas l’endroit.

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Son nom  (en ukrainien : Крим, en russe : Крым, en tatar de Crimée : Qırım ) lui vient du grec ancien adapté par les Tatars, comme nous l’allons voir. Dès le VIè siècle av. J.-C. les Grecs ont établi  des colonies sur cette péninsule qu’ils ont appelée  la  Taurikē Khersonēsos, « la péninsule des Taures » ; Hérodote abrègera en parlant plus simplement de Taurikē dont j’ai essayé d’expliquer l’étymologie dans mon précédent billet (prémonitoire ?). L’origine du nom moderne remonte, elle aussi, au grec ancien et est à rechercher, là encore, chez Hérodote qui mentionne un lieu de commerce à l’est, du côté du détroit de Kerch, et qu’il nomme Krēmnoi , « fossés, remparts de terre ». Cette ville fut utilisée plus tard par les Tatars, qui occupaient la région aux XIIIè et XIVè siècles, comme point de rencontre entre le commerce caravanier et le le commerce maritime. Ils lui donnèrent alors le nom de Kirym, altération du nom grec prononcé alors, par iotacisme, krīmni. Une paronymie avec un nom de leur langue n’est pas impossible, cf. le ouïgour karam ou le téléoute karym, « fossé, rempart de terre ». Selon leur usage, le nom de la ville principale fut étendu à toute la région et c’est bien du nom de cette ville, aujourd’hui  Staryï Krym, « vieux Krym», que provient le nom de la péninsule. Le nom français, Crimée, provient, lui,  d’une adaptation du Crimea italien: les Vénitiens et surtout les Génois commerçaient activement aux XIIIè et XIVè siècles avec cette région de la mer Noire.

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Entrée dans la Baie de Sébastopol Ivan Aivazovsky – huile sur toile – 1852

Sébastopol (en russe et ukrainien : Севастополь, Sevastopol’ ). Ville fondée en 1784, un an après l’acquisition du khanat de Crimée par Catherine II. Son conseiller favori, le prince Potemkine, projeta alors de recréer, dans la mer Noire, l’ancienne puissance byzantine au profit de la Russie. ( cf. mon billet à propos d’ Odessa ). Il y eut alors une mode qui consistait à utiliser le grec dans les toponymes. C’est ce qui explique le nom  de Sébastopol qui veut dire, en grec, « la ville (polis) de l’empereur ( sebasto-) », Sebastos étant la traduction grecque du latin Augustus.   Le grec byzantin prononçait, comme le russe encore aujourd’hui, Sevastopol. C’est la tradition classique qui a fait qu’en français, lors de la prise de la ville par Aimable Pélissier en septembre 1855, on a choisi de dire et d’écrire Sébastopol. ( Les Français savent tout mieux que les autres, n’est-ce-pas ?).

Sébastopol a été bâtie sur un site où les Grecs antiques avaient fondé une cité nommée Chersonèse ( en grec moderne ΧερσόνησοςKhersonêsos ) de chersos, « terre ferme » et nesos, « île », c’est-à-dire « presqu’île ».

Simféropol : fondée par les Tatars au XVIIè siècle, elle fut nommée par eux Ak-Mäčət, soit la «  mosquée ( mäčət ) blanche (Ak ) », adapté en russe sous la forme Ak-Metchet. Notons au passage que le mot mäčət est un emprunt de l’arabe masdjid, d’où viennent l’espagnol  mesquita, l’italien moschea et le français mosquée. Quant la Crimée devint russe en 1783, le prince Potemkine — toujours lui ! — décida de rebaptiser cette ville du nom de  Simferopol . On y retrouve bien sûr le grec polis , « ville »,  précédé d’un simfero issu du grec sympheron, « profit ».

Petit aparté ( je ne sais toujours pas faire un encadré! ) pour les puristes, les autres peuvent ignorer :

La formation sympheron -polis relève sans doute d’un grec byzantin tardif et déformé. En grec classique, sympheron, participe neutre substantivé, ne pourrait être employé comme premier terme d’un composé  que sous la forme sympherotonos ( cf. sympherotonologos, « intéressé » ou sympherotonologia, « intérêt»). J’ajoute que l’adjectif grec sympherōn , « profitable, avantageux » ne peut pas convenir : l’accord au féminin avec polis serait sympherousa polis. Bref, Potemkine avait tout faux.

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Yalta – Ivan Aivazovsky – huile sur toile – 1838

Yalta : (en ukrainien et en russe : Ялта ; en tatar de Crimée : Yaltai). Les premières attestations du nom remontent à la fin du  XIè siècle et au début du XIIè sous les formes Djalita et Yelita ( puis ultérieurement Kaoulita, Healita et même Etalita), exit donc l’ étymologie tatare wikipédesque selon un mot signifiant « alpage » —   les Tatars ne s’établiront qu’un siècle plus tard en Crimée et, de plus,  pourquoi  auraient-ils  appelé un port « alpage » ? Ces premiers noms sont en fait issus du grec  γιαλος,  gialos,  « rivage ». La légende raconte que des marins grecs, écartés de leur cap par des vents violents , se retrouvèrent dans un brouillard épais qui dura plusieurs jours. Lorsque enfin il se leva, ils aperçurent une côte, celle de la Crimée, qu’ils saluèrent aux cris répétés  de « yialos! » ( qu’on se souvienne de son exact contraire « thalassa » crié par les  soldats de Xénophon!). On pense que ce sont  les Coumans au XIè siècle qui ont repris le nom grec qui, accompagné d’un suffixe féminisant, deviendra ialta et sera enfin repris par les Tatars.

Balaklava , qui  fut le siège d’une célèbre bataille lors de la guerre de Crimée, doit son nom à l’occupant turc qui en prit possession en 1475 ( souvenez-vous de l’Empire ottoman!) et la baptisa Baliklava, « vivier de poissons » ( cf. le turc ancien balik, « poisson »). Cf. ce billet.

Kertch (en ukrainien : Керч ; en russe : Керчь, en tatar de Crimée : Keriç, en vieux slave oriental : Корчев). Ancienne capitale du royaume du Bosphore cimmérien sous le nom de Panticapée (en grec Παντικάπαιον, Pantikápaion) d’étymologie incertaine, la ville change de nom. La première attestation du nom moderne date du  XIè siècle sous la forme Kerč en vieux russe. Ce mot provient d’une racine slave krch signifiant « forgeron ». La ville était réputée pour ses mines de fer et ses forges.  Au XIVè siècle le géographe arabe Aboulfeda cite Krš. À la même époque, les navigateurs génois, sans doute par étymologie populaire, on appelé la ville Cerchio, « cercle, enceinte».

Yevpatoria ou Eupatoria  ( en ukrainien : Євпаторія ; en russe : Евпатория ; en tatar de Crimée : Kezlev) doit son nom à Mithridate VI le Grand ou plutôt à son surnom grec
Εὐπάτωρ, Eupatôr , « le bien-né ».

Feodosiya (en ukrainien : Феодосія ; en russe : Феодосия ) ou Théodosie: ville fondée par les Grecs au VIè siècle av. J.-C., sous le nom de Theodosia , « don de Dieu ».

Il n’aura pas échappé aux plus attentives de mes lectrices de cartes  😉  qu’on trouve en Ukraine une Melitopol. Prolongement d’une ancienne Novo-Aleksandrosk ( « nouvelle Alexandrie» ) , elle a reçu son nom actuel en 1842 selon la mode grecque comme Sébastopol et Simféripol. On trouve dans son nom, avec l’habituel polis, « ville », le nom du miel, meli.  Si l’on sait que Melitopol est baignée par la Molochnaya (en ukrainien: Молочна, en russe: Моло́чная  ) que l’on peut traduire par «  la rivière de lait », décrivant ainsi  ses eaux claires, on ne peut s’empêcher de penser au « pays ruisselant de lait et de miel » de la Bible et on comprend alors le choix de ce nom.