Bressuire (la répàladev)

TRA a rejoint TRS et Un Intrus en découvrant à son tour la solution de ma dernière devinette. Bravo à lui!

Il fallait trouver Bressuire, une sous-préfecture deux-sèvrienne, sur le Dolo.

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Station antique sur la voie de Poitiers à Nantes, son nom est noté Segora sur la Table de Peutinger au IVè siècle. Ce nom est celui de la rivière, aujourd’hui le Dolo, que franchissait la voie romaine. Il repose sur l’indo-européen *seik, « verser, couler, ruisseler, tomber goutte à goutte » suivi du suffixe -ora — tandis que *seik-ana donnera Sequana puis (la) Seine.

Après la construction d’un pont à une date indéterminée apparait entre 1073 et 1100 le nom Berzorium qui est un composé du gaulois briva, « pont », suivi du nom Segora de la rivière ; il s’agit d’une forme composée bien connue en Gaule (cf. Briollay sur le Loir, Brissarthe sur la Sarthe, etc. dans le  billet correspondant). Jusqu’en 1150 ne sont attestées que des formes ayant subi la métathèse comme Berzorium ; à partir de cette date, les formes du type originel, comme Brochorium en latin (vers 1150) et Breçoire en poitevin (en 1330), deviennent de plus en plus nombreuses et expliquent que Bressuyre en 1376 a finalement succédé au Bersuyre de 1320. Une forme Berzoriacum relevée vers 1030 est une latinisation fantaisiste.

Le changement de nom de la rivière se produit avant 1370, date à laquelle apparait le nom Doulo qui deviendra Dolo. Il s’agit d’un hydronyme gaulois *dol, « vallée, creux » ou « méandre » (cf. le breton dol, « terre basse, polder, méandre », le gallois  « doleniad, « méandre », etc. de mêmes sens) accompagné du suffixe gaulois ou latin -avus.

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Bressuire était apparue dans trois billets de ce blog :

 

Cul de lampe A

 

Les indices

■ la gravure

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cette reproduction d’une gravure du XVIè siècle montre un drapier en plein travail. La draperie a fait la richesse de Bressuire du Moyen Âge au XVIIIè siècle, comme le savent ceux qui ont pris la peine la peine de lire la fiche wikipedia qui lui est consacrée.

 

 

■ le tableau :

indice d 07 07 20Le Sauveur du Monde de Léonard de Vinci devait orienter les recherches vers Saint-Sauveur-du-Givre-en-Mai.

 

 

 

 

 

■ la photo :

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cette photo extraite de ce site représente une étape de la fabrication du dolo, la bière à base de mil rouge, boisson nationale du Burkina Faso. L’homophonie devait orienter les recherches vers un autre liquide, en l’occurrence le Dolo qui coule à Bressuire.

 

■ le défilé :

indice eil fallait reconnaitre les élèves de l’École Militaire Inter-Armes (EMIA) qui sont surnommés les « dolos », d’après la marque de corned beef  qui représente un bœuf (un « bœuf » étant en langage argotique militaire un soldat rustique, dur à la tâche et pas toujours très fin). Le corned-beef était la grande spécialité de la  Société de charcuterie salaison et conserves Le Dolo fondée à Bressuire en 1942 ( cf. cette revue à partir de la page 70).

Saint-Sauveur-de-Givre-en-Mai ( répàladev )

Un nouveau venu qui signe LGF ( pour « Le Gabier Fou », m’explique-t-il ) a rejoint TRS et Un Intrus sur le podium des découvreurs de ma dernière devinette. Bravo à lui !

Il fallait trouver Saint-Sauveur-de-Givre-en-Mai, commune déléguée de la sous-préfecture des Deux-Sèvres, Bressuire.

saint-sauveur-givre-en-mai

La légende ( du toponyme, pas de la photo) :

En  l’an 732, l’armée de Charles Martel taille en pièces une partie de celle du gouverneur d’Al Andalus Abd al-Rahman. Vaincus, les Sarrazins s’enfuient par les chemins creux et les bois, et certains échouent à Saint-Sauveur. L’église de ce petit village du bocage représentant un suprême abri, ils s’y précipitent et s’y enferment. Les murs sont solides, leur position leur semble donc facile à défendre. Il ne s’agit pas de celle de la photo, qui n’a été bâtie qu’au XIIè s. On ne dispose pas de photos de celle de la légende.
Les villageois, dès qu’ils voient leur église envahie, accourent, les uns armés de fourches, les autres de piques ou de pioches, il y en a même un ou deux avec un fléau, mais aucun avec un martel.
Les Sarrazins comprennent que leurs espoirs seront rapidement déçus et qu’ils vont perdre la bataille. Ils imaginent alors une ruse : dans leur fuite, ils ont remarqué que les arbres se couvrent de feuilles, que des pâquerettes apparaissent par gros bouquets dans les prairies ;  on est au mois de mai et le printemps est là. Ils promettent de se rendre, mais à une condition.
« Quelle est cette condition ? » leur demande-t-on.
« Nous nous rendrons demain s’il y a du givre !» répondent-ils.
La nuit se passe sans combat. Et quand l’aube se lève … il a gelé si fort que le givre recouvre la terre. Les chênes, les ormes, les frênes, les pommiers fleuris, les haies d’aubépine portent de longs pendants de givre.
À leur propre défi, les Sarrazins sont vaincus et, fidèles à leur promesse, ils se rendent.
Généreux , les habitants de Saint-Sauveur leur laissent la liberté d’aller où bon leur semble. Certains rejoignent leur armée en route vers Tours, où Abd al-Rahman voulait piller le sanctuaire de Saint-Martin ; ils seront arrêtés à Poitiers comme on sait. D’autres restent à Saint-Sauveur et se mélangent à la population locale — mais toutes les versions de la légende ne sont pas d’accord sur ce dernier point, on se demande bien pourquoi.
De cette nuit miraculeuse, vient le nom de Saint-Sauveur-de-Givre-en-Mai.

La vérité :

On lit dans le Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres ( 1902) les premières attestations du toponyme en 1300 : Ecclesia de Guiversay ou Sanctis Salvatoris de Giversayo juxta Berchorium.

Le suffixe -ay de Guiversay nous oriente vers un nom d’homme latin suivi du suffixe -acum  tandis que le passage du gui- au gi- indique une latinisation d’un nom germanique. Il s’agit sans doute de Giverius — qui en conservant son gui- initial en prononciation picarde a donné son nom à Guivry ( Aisne).

Dès 1387, on trouve écrit St-Sauveur-de-Givre-en-May.

Saint-Sauveur est une référence au Christ.

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Les indices :

  • « La plus grande commune avec laquelle, comme d’autres, elle s’est associée a fait une très courte apparition dans un de mes billets paru cet été où je signalais un micro-toponyme ».

Il s’agissait du Camp Sarrazin de Bressuire, dont je parlais dans ce billet.

  • une image :

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Charles Martel pour la bataille de Poitiers. On notera que la plupart des historiens donnent le mois d’octobre 732 ou 733 pour cette bataille : celle, supposée, de Saint-Sauveur n’aurait donc concerné qu’une avant-garde de l’armée omeyyade — qui n’aurait alors pas pu se heurter à l’armée franque puisque Charles Martel n’était pas encore là! Ah! ces légendes ! tout à reprendre!

  • une chanson :

«Tombe la neige » de Salvatore Adamo  pour le froid et le Sauveur ( Salvatore ).

  • une boîte :

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Cette boîte de corned-beef est fabriquée à Bressuire où coule le Dolo qui a  donné son nom à une usine agroalimentaire (Société de conserves « Le Dolo ») produisant le corned-beef.

  • les deux rivières du département sont bien sûr la Sèvre nantaise et la Sèvre niortaise.
  • la couverture :

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parle d’elle-même, non ?

  • la façade parisienne :

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Il s’agit du Mur des vents, réalisé par Pierre Comte (artiste plasticien français, né en 1927) et installé en 1974 à l’angle des rues Dussoubs et Saint-Sauveur, à Paris.

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Bressuire : un ancien Berzorium ( 1073 ) puis Berceorium (1099) du nom d’homme gaulois Briccius et du gaulois durum, « forteresse » (Dauzat & Rostaing) ou, plus vraisemblablement, du gaulois briva, « pont » et Segora, ancien nom du Dolo. (P.-H. Billy).

Sèvre nantaise et niortaise : de l’hydronyme pré-celtique *sab, « liquide, jus, suc, sève ».

Dolo : de l’hydronyme gaulois *dol, « vallée, creux, méandre », cf. le gallois dol, « vallée ».