De quelques blasons ailés

Une fois de plus (et j’en demande pardon par avance à ceux que cela défrise), le manque d’inspiration me pousse à sortir de mes vieux cartons quelques nouveaux blasons parlants.

 

AIGLEMONT (Ardennes)

Les historiens et érudits locaux qui se sont penchés sur ce nom ont eu tôt fait d’y voir un Mont de l’Aigle, allant jusqu’à officialiser cette étymologie dans les armes de la ville, les rendant parlantes en y faisant figurer trois alérions, représentation héraldique d’une « petite aigle sans bec ni patte » :

De sinople à deux alérions d’argent, rangés en pointe ; mantelé de gueules à une crosse et une clef à double panneton d’or, passées en sautoir et surmontées d’un alérion d’argent.

AIGLEMONT-Blason

Il ne restait plus qu’à expliquer la présence de l’aigle, ce que certains latinistes locaux s’empressèrent de faire en inventant une forme ancienne Aquilae mons à laquelle d’autres préférèrent Alae mons, « le mont de l’aile », cette dernière pouvant être d’oiseau ou de cavalerie, c’est-à-dire les aigles des légions romaines – que chaque village aimerait voir figurer dans son histoire. Albert Meyrac (Villes et villages des Ardennes, Lib. Guénégaud, 1966 – 1re éd. 1898) déclare quant à lui que le « vrai » nom est Es-le-mont, qui fait référence à la situation du village sur une colline. Il ajoute : « une prononciation incorrecte, ou mieux, plus simple, nous a, seule, valu Aiglemont. » Il note également qu’au pied de la colline se trouve un gué des Romains (déjà connu sous ce nom en 1521 lors du repli des Impériaux levant le siège de Mézières et traversant la Meuse à cet endroit). La découverte de tombes anciennes renfermant de nombreuses épées a sans doute contribué à ancrer l’interprétation par « l’aigle » dans l’esprit des populations locales.

Ajoutons que les soldats allemands, installés à Jallois entre 1915 et 1918, ont mis à contribution cette étymologie populaire en inscrivant sur une borne de la localité Adlersberg, c’est-à-dire « mont de l’aigle » où, de romain, l’aigle était devenu, dans leur esprit, impérial germanique.

Qu’en est-il de la véritable étymologie ? E. Nègre (TGF*), s’appuyant sur la forme ancienne Ayllemont (1271) penche pour un anthroponyme germanique Agilo, attesté sous la forme romanisée Agilius,  et le latin Montem, soit le « mont d’Aigle » ou pour le seul anthroponyme germanique Aglemundus. Dauzat&Rostaing (DENLF*) citent aussi, sans date, le nom germanique Agilmund. Les choses semblent pourtant plus complexes si on consulte le site internet officiel de la commune. On y apprend que la trace la plus ancienne connue de son nom apparaît en avril 1256 sous la forme Eslemont. Ce nom évoluera ensuite au fil des années : elemont, alemont, elmont, ellemont, ailmont, ailemont avec ou sans t final, avec ou sans majuscule, et ce jusqu’au XVIIIè siècle. La forme la plus souvent employée, en tout cas dans les écrits officiels est eslemont, celle du XIIIè siècle, tandis qu’apparaît la forme Aguilo Monte dès 1291. En 1582, sur l’acte de fondation du village, celui-ci est nommé Ayglemont aussi écrit Ailemont. Si l’on s’en tient aux formes les plus anciennes, il semble qu’elles tournent toutes autour d’un point commun : l’eau. En celtique, le radical ev, « eau », s’est transformé à l’époque romaine en es, ez et même parfois al, aa. Le latin aqua a donné aigue en ancien français. Que ce soit Es-le-mont ou Aigue-le-Mont, « mont de l’eau », le toponyme décrit bien la réalité topographique du village, haut perché au sommet d’une colline, véritable réservoir d’eau.

Source principale : Ce dernier paragraphe s’appuie sur l’ouvrage de Marcel DORIGNY, Quatre villages à travers les siècles, paru en 1951, réédité par ALICIA (renseignements : 03-24-57-38-17)

AIGLUN (Alpes-Maritimes et Alpes-de-Haute-Provence)

Le blason de la  commune des Alpes-Maritimes est d’azur à l’aigle d’argent empiétant un poisson du même.

AIGLUN-Blason

Le blason de la commune des Alpes-de-Haute-Provence est dazur à la fasce d’or chargée de trois aigles de sable.

AIGLUN-04 Blason

Il s’agit dans les deux cas d’armes parlantes étymologiques puisque Aiglun (A.-de-H.-P.) a pour formes anciennes : de Aiglezino (1193) et Aygladuno (1319), du latin aquila, « aigle », accompagné du gaulois dunum, « forteresse », à comparer à ce qu’on appelle un « nid d’aigle ». Le d intervocalique d’*aquiladunum passe à z puis disparait (la forme de 1319 est une réfection latine due à un scribe érudit). Aiglun (A.-M.) est attesté de Ayglesuni vers 1200, de même étymologie.

Quant au poisson du blason de la commune des Alpes-Maritimes, il s’agit d’un des attributs de saint Raphaël, patron de la paroisse dès le XVIè siècle.

AIGLE (canton de Vaud, Suisse)

Cette commune arbore : coupé de sable et d’or à deux aigles, de l’un dans l’autre (c’est-à-dire deux aigles superposées, l’une jaune sur fond noir, l’autre noire sur fond jaune).

AIGLE-Blason

Il s’agit d’armes parlantes basées sur une étymologie populaire. Point d’aigle en effet dans les formes anciennes qui sont : de Aleo (1152-53), capellam sancti Petri de Ali (1177), ecclesiam de Alio (1179 etc. mais un patronyme germanique Agil(o) – donné par Nègre pour Aiglemont.

SALLAGRIFFON (Alpes-Maritimes)

Comme de nombreuses communes qui n’ont pas fourni à temps leur propre blason, celle-ci s’est vu imposer le sien : écartelé aux 1er et 4e de gueules au griffon d’or, aux 2e et 3e d’or au lion couronné de sable, parlant bien entendu par les griffons.

SALLAGRIFFON-Blason

Rappelons, qu’en mythologie comme en héraldique, un griffon est un animal fabuleux au corps de lion et à la tête d’aigle. Pourtant, les formes anciennes du toponyme, Salafon (ca. 1200) et Sala Griffone (1337) montrent qu’en réalité le nom est issu de l’occitan sala, « demeure seigneuriale » (germanique seli, allemand Saal), accompagné de l’occitan font, « source », remplacé par l’occitan grifon, « fontaine jaillissante » (F.Mistral, Trésor du Félibrige, repris par E. Nègre, TGF*) ou « fontaine aménagée » (Astor, DNFLMF* qui s’appuie sur une autre définition donnée par F.Mistral : « robinet qui rappelle par sa forme la tête d’un griffon »).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les dessins de blasons sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric — à l’exception du dessin du blason d’Aigle (Suisse) qui provient de wikipedia.

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La devinette

Il vous faudra trouver une localité dont les armes parlantes montrent un animal ailé.

Deux hypothèses ont été émises concernant la façon dont « parlent » ces armes : soit de façon parfaitement étymologique soit selon une mauvaise interprétation. C’est cette dernière explication qui est aujourd’hui la plus partagée, puisqu’il semble que le toponyme fasse en réalité référence à une activité des premiers seigneurs du lieu.

Le chef-lieu du canton où se situe cette localité porte un nom indiquant qu’il bénéficiait jadis de certains privilèges.

Un indice :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Les indices du mardi 11/08/2020

Un Intrus le premier, bientôt suivi par TRA, LGF et TRS, forment le petit troupeau des « solutionneurs » de ma dernière devinette dont je recopie ici l’énoncé, pour les retardataires :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine lié à ce novale.

Comme souvent quand le nom, déformé par l’usage, n’est plus compris, la tradition locale invente une étymologie populaire.

L’histoire qu’on raconte ici est celle d’une personne qui, ayant perdu sa fermette et tous ses biens dans un incendie, s’en fut sur les routes de la région suivie de quelques animaux rescapés. Frappant à toutes les portes pour mendier de quoi vivre et de quoi nourrir ses bêtes, elle gagnait la pitié de tous et chacun lui donnait un peu. Elle revint à son point de départ après dix ans, les poches suffisamment garnies pour s’acheter un petit lopin de terre et y bâtir une ferme qu’elle baptisa du nom des bêtes qui lui étaient restées fidèles. Le village qui se développa autour de cette ferme porta à son tour ce même nom dans le patois local d’où est issu le nom francisé actuel.

Nous sautons plusieurs siècles pour rencontrer une des filles de la famille seigneuriale locale qui a joué un rôle particulier à la cour versaillaise avant de mourir en exil après la Révolution.

Quelle est cette commune ?

Un seul indice ce soir :

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Bon, si vous insistez … D’habitude, je vous propose le saint patron de l’église, mais aujourd’hui ça ne vous servirait pas à grand chose tant il est banal, alors ce sera ça :

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Et je rajoute un seul indice, qui devrait bien suffire pour aider les brebis égarées à rejoindre le troupeau :

 

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Sannois (répàladev )

Un Intrus, TRS et LGF occupent les trois premières places du podium des découvreurs de ma dernière devinette.

Il fallait trouver Sannois, une commune d’Île-de-France, dans le Val-d’Oise.

moulin sannois

Le moulin de Sannois

L’article wiki à propos de la toponymie est plutôt bien fait ( pour une fois !) notamment dans le paragraphe qui réfute point à point les étymologies fantaisistes.

« Le nom de la localité est attesté sous les formes Centinodium au XIIe siècle, Centum Nuces en 1205, Cennoiz en 1208, Cent noys, Cent-Noix en 1304, Sanois en 1403, Sampnoix en 1564, Sanoy en 1711 » auxquels j’ajoute Sanois en 1793 et enfin Sannois en 1801.

L’étymologie en est incertaine mais la plus probable la fait dériver du nom masculinisé centinodium de la centinodia, nom latin de la renouée du jardin, une plante du genre polygonum .

Le nom polygonum, du grec poly (plusieurs) et gonu (genoux, d’où gônia, angle), désigne les nombreuses articulations qui figurent sur les plantes de ce genre, notamment sur les tiges au niveau des nœuds renflés. Le nom vernaculaire de la renouée vient de cette dernière particularité.

La forme Centum nuces de 1205 est soit une mauvaise interprétation du nom Cennoiz tel qu’il se prononçait alors soit une facétie d’un scribe. Il a traduit en latin ce qu’il entendait « cent noix » en centum nuces.

L’évolution phonétique de centinodium en cennoix est parfaitement régulière si on se souvient que les consonnes intervocaliques ont, par la loi du moindre effort, disparu ( cf. Rhodanus devenu Rhône ou podium devenu puy ) et que la plupart des suffixes latin ont, toujours en vertu de la même loi,  subi une simplification ( cf. acum devenu -ac, -ay ou même simplement -y ). Cen( ti) o(d) ium a donc fini en « cennoix ».

On peut ajouter que le nom de la commune devait alors être prononcé San-nois avec le son an de la première syllabe.

J’ajoute pour être complet que l’étymologie donnée dans wiki à Santenoge ( Haute-Marne), attesté Centeneges en 1194 puis Santenoiges en 1218, n’est peut-être pas la bonne. Il ne s’agirait pas d’un dérivé de centinodium ( Dauzat-Rostaing ) mais d’une variante de l’oïl centenage, « tenure suivant laquelle le tenancier devait au seigneur deux gerbes par cent »  qui aurait subi l’attraction de l’oïl nadje, noige, noge, équivalents dans l’Est de « neige » ( E. Nègre).

Ces Cent Noix ont eu malgré tout beaucoup de succès puisqu’on trouve deux siècles plus tard encore un chevalier de Cent Noiz dans le cartulaire de l’Hotel-Dieu de Pontoise

Amortissement du champart de Mézières par les sires de Chars , de Sannois et de Montmorency ( Mai 1265 ) . touz ceus qui ces presentes lettres verront et orront . Je MAHIU sire de MoNT MoRENCI et je HoITE DE CENT NoIz chevalier .

ainsi qu’un Jehan de Cent Noiz, drapier, dans les Archives hospitalières de Paris

( cf. Google )

Je ne pouvais pas vous parler de Cyrano de Bergerac, décédé à Sannois, ni d’Utrillo qui y a peint environ 150 toiles, c’eût été trop facile !

La légende toponymique n’est pas près de mourir puisque la ville a orné en pointe son blason d’un noyer :

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Les indices :

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  • le menu du restaurant :

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L’intitulé de cet indice précisait qu’il y en avait « plusieurs »… il fallait comprendre « poly » et « gone » : la renouée, on l’a vu, est une Polygonacée.

  • le symbole typographique :

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Il s’agit du symbole du cent.

  • la planche botanique :

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Elle concernait les différents types de noix ( de coco ). Si vous avez pris la peine de les compter, vous savez qu’il y en a exactement quarante, ce qui constituait une fausse piste, bien sûr.

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P.S. il vous faudra patienter un peu pour un autre billet et une autre devinette, désolé.

Scatoponymie

De nombreuses légendes attribuent au géant Gargantua la création de montagnes, rivières, paysages particuliers et même de certaines villes ou villages.

La plupart du temps on fait appel à une supposée empreinte laissée par le géant — son pied pour un lac, son doigt pour un pic rocheux, ses fesses pour une cuvette, etc. On ne compte plus les rivières issues de sa vessie ou les rochers issus de ses entrailles.

FautilVousLenvelopper_19062004-235x300Plus rares sont les toponymes dont on raconte qu’ils seraient dus aux étrons gargantuesques.

Bouzillé (Maine-et-Loire, aujourd’hui fusionnée dans Orée-d’Anjou) est de ceux-là. Situé sur l’ancienne frontière entre l’Anjou et la Bretagne, ce village se trouve sur une butte de quatre-vingt mètres de haut.

La légende locale explique son nom de la manière suivante :

Une mauvaise querelle de clochers opposait le village de Liré à celui de Saint-Florent-le-Vieil, chacun s’arrogeant l’honneur d’être situé à égale distance des cathédrales de Nantes et d’Angers, ce qui l’en ferait le centre de la région, voire du monde. On fit appel à Gargantua pour régler le litige.

Après avoir soigneusement écouté les plaideurs, le géant posa un pied sur la cathédrale Saint-Pierre de Nantes, l’autre sur Saint-Maurice d’Angers et, après avoir rabattu son haut-de-chausses, déposa, juste au milieu, un gigantesque étron de quatre-vingt mètres de haut. Un village fut construit sur cette butte où bouse y est. Bouzillé s’enorgueillit encore aujourd’hui d’être le « centre du monde » régional et ses vignerons se sont longtemps satisfaits de leur terre si grasse qu’elle les dispensait de la fumer ( « épandre et enfouir du fumier ou un autre engrais dans un champ pour l’amender ») .

Près de Saint-Senoux ( Ille-et-Vilaine) le hameau de Crotteignées est lui aussi réputé avoir été crée par défécation gargantuesque. Le jeu de mot à l’origine de cette étymologie fantaisiste s’est perdu mais on suppose que la première partie du nom de ce lieu-dit, Crotte– en est à l’origine.

Enfin, puisque rien ne nous est épargné des excrétions du géant, on apprend qu’il fut pris un jour de violents maux de ventre après avoir abusé de cidre vert et qu’il aurait alors « chié du clair » en un lieu qui porte aujourd’hui le nom de Duclair (Seine-Maritime).

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Bouzillé : noté Bouzilliacum en 1080 d’après l’anthroponyme gaulois Bucilius ou le romain Bucculius et suffixe -acum.

Notons qu’il existe un château de Bouzillé sur la commune de Melay toujours dans le Maine-et-Loire. On raconte que le premier château-fort fut construit là sur une butte de terre entourée de marais et qu’il en était ainsi imprenable car la « boue z’y est ». À rapprocher du patois angevin « bouzil » qui désigne « une terre grasse détrempée avec du foin, autrement dit du torchis ».

Duclair : d’après le nom en 811 de l’ancienne paroisse Duroclarus, du gaulois duros, « forteresse » et du  latin clarus «clair ». On sait que les Gaulois blanchissaient à la chaux leurs remparts de bois.

Crotteignées : en l’absence de formes anciennes attestées, je ne peux que supposer une origine d’après la forme populaire du latin crypta ( emprunté au grec, où le y était prononcé ou voire o ) « grotte, souterrain, cave » accompagné du suffixe -acum dans son sens topographique, sur le modèle de Crotenay (Jura, Crotonacus en 850 soit crypt-onacum).

Et, puisque tout doit finir en chanson, je vous propose l’inévitable :

Armes chantantes

En ces temps mali-taires, l’envie me prend de faire chanter les armes, j’entends: les armoiries.

Les blasons sur lesquels figurent des instruments de musique ne sont pas si nombreux en France et vous en trouverez  cinq  dans ce billet du blog Herald Dick Magazine et un sixième dans celui-ci — blog que je ne manque désormais pas de consulter avant d’écrire mes billets héraldiques! Parmi eux, trois ont résisté à mes recherches d’explication : le violon à Lamelouze (Gard), le triangle à Kurtzenhouse ( Bas-Rhin. Je ne suis même pas sûr qu’il s’agisse bien là de l’ instrument de musique, le triangle étant un meuble assez courant mais de signification mystérieuse la plupart du temps en héraldique) et enfin les deux trompettes d’Esclangon ( commune des Alpes de Haute-Provence aujourd’hui disparue). Les trois autres ont une explication :

Chantilly (Oise) :   D’azur à un cor de chasse d’or, au chef cousu de gueules semé d’arbres d’argent.

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Le cor de chasse sur le blason de Chantilly rappelle bien sûr la vénerie qui a fait la réputation de la ville tandis que les arbres en chef sont censés rappeler les tilleuls qui auraient donné leur nom à la ville compris comme « champ de tilleuls » : c’est ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui une étymologie populaire, plutôt que fantaisiste.

■ Chantilly doit son nom à un domaine gallo-romain ayant appartenu à un certain Cantilius ( et suffixe -acum).

La Couture-Boussey (Eure) : taillé : au 1) de gueules aux deux léopards d’or armés et lampassés d’azur l’un sur l’autre, au 2) d’azur à la lyre d’or ; à la barre d’or chargée d’une clarinette de sable aux clés d’argent brochant sur la partition.

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 La clarinette rappelle l’activité artisanale dont s’enorgueillit la ville : la fabrication d’instruments à vent grâce au bois de buis très abondant dans la région. Un musée en raconte l’histoire depuis 1888.

■ La Couture-Boussey : du latin cultura, « champ cultivé » et du nom d’homme latin Buccius  et suffixe -acum.

Mornant(Rhône) : De sinople à deux fifres d’or en sautoir, liés de gueules

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Le 6 avril 1362, en pleine guerre de Cent Ans, les troupes royales sont confrontées, à Brignais,  aux mercenaires des Grandes Compagnies qui, n’étant plus payés, ravagent et pillent le pays. Les Mornantais, venus aider Jacques de Bourbon, arrivèrent fifres en tête en signe de courage. De là  vient leur surnom de « Fifres », leur devise « fifres nous sommes, fifres nous resterons » et les deux fifres de leurs armoiries. ( spoiler: Jacques de Bourbon ne fut pas sauvé. Il est mort ce jour-là. Fifre flûte !)

■ Mornant : peut-être du participe présent du verbe franco-provençal mòréné, « barrer d’un mur de pierres » une propriété, un champ, etc.

Et je suis content de pouvoir rajouter à cette liste trois blasons intéressants non seulement par les instruments qui s’y trouvent mais aussi pour la raison pour laquelle ils s’y trouvent.

Envoyez la musique!

La famille d’Arpajon  possédait une seigneurie  comptant sur son territoire un château du nom d’Arpajon, dans le Cantal. Louis de Severac, marquis  d’Arpajon,  acheta en 1720 une partie de la ville de Chastres  ainsi que le privilège d’y donner son nom pour en faire l’Arpajon que nous connaissons aujourd’hui dans l’Essonne. Après le nom, le blason de la ville fut alors modifié pour y incorporer celui de la famille d’Arpajon ainsi décrit spécialement pour Louis VI: écartelé, au premier et au quatrième d’azur aux trois fleurs de lys d’or et à la bordure du même, au deuxième et au troisième de gueules à la harpe d’or.

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C’est bien sûr à la harpe entendue dans Arp-ajon que l’on doit ces armes musicales. Les armoiries de la ville ont conservé cette harpe, signature du marquisat d’Arpajon.

Blason de la ville d'Arpajon

Il s’agit là d’un exemple — pas unique! — de changement de nom d’une ville par le seul fait du prince. Des villes nouvelles ont été créées et baptisées, d’autres conquises et renommées, mais des villes qui changent de nom en temps de paix par le seul caprice des nouveaux « propriétaires », le fait est rare.

 ■ Arpajon-sur-Cère ( Cantal, le véritable Arpajon, donc) est un ancien vicaria Arpajonensis (923)  devenu Arpaio en 1269:  on y reconnaît le nom de personne latin Harpagius suivi du suffixe -onem. La Cère doit son nom à un pré-celtique ser « couler, se mouvoir rapidement et violemment ».

■ Chastres, l’ancien nom d’Arpajon, est issu du latin castrum désignant une place fortifiée.

Abandonnant  la délicate harpe je vous emmène écouter sonner les cloches à Breuvannes-en-Bassigny en Haute-Marne, dont les armes incluent celles de Bar et de Champagne ce qui complique le blasonnement : parti, au 1er d’azur semé de croisettes recroisetées au pied fiché d’or, au bar du même brochant en pal sur le tout; au 2e d’azur à la bande d’argent côtoyée de deux doubles cotices potencées et contre potencées d’or ; le tout sommé d’un chef de sinople chargé d’une vache arrêtée d’argent colletée et clarinée du même, accostée de deux cloches d’or.

Un dessin valant mieux qu’un long discours, voilà la chose:

200px-Blason_Breuvannes-en-Bassigny.svg

En bas à gauche, le bar — rien à voir avec le poisson de l’Atlantique puisqu’il s’agit en fait du nom héraldique d’un saumon de petite envergure —   représente bien sûr la commune de Bar ; en bas à droite, ce sont les armes de Champagne qui deviendront celles de la région tout entière. En haut, la vache rappelle l’ancien nom de la commune Boverin, compris comme une référence à un bovin, à une bouverie. La clarine est commune sur ce type d’animal pour bien en marquer le côté domestique. Restent les cloches qui sont là pour rappeler les fonderies  qui faisaient la réputation du Bassigny.

■ La véritable étymologie de Beuvrannes fait appel à Boverounes ( 1122) et Bevrenna ( 1197), d’après le gaulois beber, « castor » et suffixe -onna. Ce dernier étant généralement attribué à une rivière divinisée, Bevrenna a dû d’abord désigner la rivière, aujourd’hui le Flambart, avant de passer au village riverain.

■ Bar : du gaulois barro, « sommet ».

■ Champagne :du latin campania, «  les champs, la plaine ».

■ Bassigny: in comitatu Basiniacensi en 860 du nom propre germanique latinisé Basinus et suffixe locatif –iacum. Ce Basinus a dû être nommé par un roi franc à la tête du pays appelé comté.

Je termine avec le blason de Correns (Var) que l’on décrit  d’argent aux trois huchets d’azur et que l’on représente ainsi

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On y reconnait donc ces fameux huchets qui sont une des trois formes de cors  figurées dans les armoiries. Il y a d’abord le cor de chasse  proprement dit (ou cornet )  qui se reconnait à son attache, son lien, comme celui de  Chantilly vu plus haut, puis le grêlier, sans attache et qui fait un tour sur lui-même et enfin le huchet, un simple cor comme une corne de bœuf. La présence de ces huchets sur le blason de Correns vient d’une paronymie entre cor et Coren, nom provençal de la ville.

■ La forme la plus ancienne connue du nom de la commune est Correno en 920. L’étymologie la plus vraisemblable fait appel à la racine oronymique pré-indo-européenne kor une des variantes connues de kar « pierre, rocher » peut-être  accompagnée ici du suffixe ligure -inc. Le village est dans un défilé aux parois abruptes.

P.S : d’autres blasons en tapant « blason » dans le champ de recherche en haut de la colonne de droite. Les billets concernant les  blasons parlants font l’objet d’une « catégorie » spécifique visible dans la colonne de droite.

La dernière marche du podium

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Une colline au sommet plat : un podium ( Puy de Crouël – Allier )

J’en termine aujourd’hui avec le podium aperçu ici et en m’arrêtant sur quelques noms cocasses.

La rue du Pot-en-Cul à Nevers doit son nom à la forte pente qu’il faut gravir pour en atteindre le sommet. On disait au Moyen-Âge que cela faisait se tendre les muscles fessiers, d’où le nom de Poy de tend cul qu’on a donné à la colline. Poy est bien sûr un dérivé de podium qui, mal compris, est devenu « pot ».

rue pied cocu                La rue du Pied-Cocu, à Digne, était dite du  Ped Cougou en provençal, « la colline du coucou». Là aussi, la mauvaise interprétation du provençal est responsable de l’altération du nom. Mention spéciale à la ville de Digne qui, entourée de nombreuses collines, montagnes et autres reliefs a — je n’ose croire au  manque d’imagination mais  plutôt à l’humour —  appelé l’un d’eux le Pied Rien.

56e144600aba2034968f60a834b638a5--saint-emilion-chateausLes amateurs de vin de Bordeaux auront sans doute entendu parler du Château Puyfromage, non loin de Castillon-la-Bataille, où se tint en 1453 la dernière bataille de la guerre de Cent Ans. Le château actuel a été construit en 1574 à l’emplacement d’un donjon et d’un colombier édifiés là dès le XIè siècle. C’est de ce donjon qu’étaient émis des signaux de fumée à destination des troupes anglaises cantonnées dans la plaine *. Ces dernières avaient alors pris l’habitude de dire qu’elles recevaient leurs ordres from the edge, c’est-à-dire  « du bord » (du plateau où se trouvait le donjon). Mal compris par les autochtones, qui entendaient quelque chose comme « fromaidge », ce nom est tout bonnement devenu « fromage ». Ce joli petit conte à visée toponymique est celui qu’on peut lire encore aujourd’hui sur les étiquettes des vins du domaine mais il  a toutes les chances de n’être qu’une fable inventée a posteriori pour justifier le nom.

Si l’on compare ce nom à celui de Château-Fromage, ancienne commune aujourd’hui fusionnée avec La-Roche-Sur-Yon  ( toujours en Vendée), on peut trouver une explication plus rigoureuse. Les formes anciennes, du XIIIè siècle, sont Castrum Casei puis Castrum Fromage. La forme casei est du type Castrum casae, où casae  a le sens de « domaine ». Castrum casae, où casae a abouti à Chaize, est par exemple le nom au  XIè siècle , de Chaize-le-Vicomte (Vendée). Mais à Château-Fromage, l’attraction phonétique voire graphique  avec casei « fromage » a été plus forte et est à l’origine de la confusion et de la mauvaise interprétation de casae en casei puis en « fromage ».

On peut aussi imaginer — mais là, ce n’est qu’une hypothèse! — que les Anglais, nouveaux seigneurs des lieux, entendant la prononciation locale de casa devenu en langue d’oc chese ou même chièse en aient fait un castle cheese qui aurait été traduit à son tour par « château  fromage », une fois les Anglais boutés.

Pour être complet: on trouve un autre Château-Fromage dans la Vienne (commune de Brignoux) pour lequel, sans autre information, je suppose une origine similaire.

* Oui, je sais, d’habitude  on dit : « les Gaulois sont dans la plaine » … eh bien, là, ce sont les Anglois, mais pour la dernière fois, du moins en tant que seigneurs, puisque maintenant ils viennent en touristes ou en retraités. Qui a dit en saigneurs?

Pour l’anecdote, le refrain « les Gaulois sont dans la plaine », dont différentes confréries d’étudiants se disputent  la paternité — débat dans lequel je n’entrerai pas, même si les chorales vétérinaires sont réputées pour leur inventivité et leur talent — est un détournement de la célèbre Marche lorraine, de laquelle le premier vers du refrain « Fiers enfants de la Lorraine » a été transformé en « les Gaulois sont dans la plaine », répété ad libitum. Et je ne pensais pas que mon podium m’amènerait aussi loin !

Blasons parlants – épisode pilote

Faisant suite à mes  précédents billets qui concernaient les étymologies populaires, j’entame aujourd’hui une nouvelle catégorie qui concerne les blasons parlants. De quoi s’agit-il ? De blasons dont les dessins rappellent le nom de famille ( un écureuil pour

180px-Blason_famille_Fouquet.svgFouquet : un « foucquet » est en effet, en gallo, un écureuil ; un jusqu-ou ne montera-t-il pasfaucon sur un mont  pour les De Montfaucon, etc). Nombreuses sont les villes qui ont utilisé cette façon de faire pour illustrer leurs armoiries et qui se sont appuyées pour cela sur des étymologies plus ou moins exactes, voire fantaisistes, des jeux de mots ou des calembours comme nous allons le voir.

Les exemples sont très nombreux : je me suis promené un peu au hasard, notant les exemples découverts au fil de lectures et de recherches sur d’autres sujets, et je vous livrerai  le résultat dans un certain désordre. Afin de ne pas surcharger le texte, l’étymologie exacte des toponymes notés en gras est reportée en note de bas de page.

Besançon qui dans l’Antiquité s’appelait Vesontio a vu son nom évoluer, au IVè siècle, en Besontio. On explique ce passage du V au B par une hésitation articulatoire  entre ces  consonnes dont il y a d’autres exemples (et qui est  encore existante en castillan par exemple). Le nom de Besantio, puis de Besançon, s’est finalement imposé sans doute par  attraction paronymique avec le nom de Byzantium et  d’un jeu de mots qui faisait de Besontio la « ville des besants », pièces de monnaie en or byzantines dont le succès fut tel au XIIIè qu’on disait « valoir son besant d’or », expression devenue aujourd’hui « valoir son pesant d’or». Il convient de se souvenir que Besançon s’était considérablement enrichie grâce à la quatrième croisade et au pillage de Constantinople en 1204. Dans le butin des Bisontins se trouvait notamment le saint suaire qui y fut longtemps conservé avant d’être transmis  à Turin. Cette richesse a valu aux Bisontins d’être surnommés, dans des textes latins médiévaux, les Crisopolitanus, ce qui suppose une * Crisopolis, « ville de l’or ». Toujours est-il qu’on  a fini par dire Bisentio pour la ville et Bisontii pour les habitants. Ce dernier mot a frappé les esprits au Moyen-Âge par sa ressemblance avec bison, nom ( attesté chez Pline) que les latins donnaient au bœuf sauvage. Il n’en fallait pas plus pour que cet animal figurât dans les armoiries de la ville.  Rectificatif de dernière minute :c’est du moins ce que j’ai trouvé dans plusieurs des ouvrages que j’ai consultés (Dauzat-Rostaing, Deroy-Mulon, É. Vial, etc.), mais au moment de chercher une illustration, je m’aperçois qu’il n’est nulle part question sur la toile d’un tel blason, sauf pour l’équipe locale de football américain qui s’appelle les Bisons de Besançon … Je suis pris d’un doute et vais devoir poursuivre mes recherches…à moins qu’un Bisontin ne vienne à ma rescousse. Réponse du 12 février: le bison est bien présent mais sur des pièces de monnaie et des médailles, semble-t-il déjà du temps des Gaulois!

ussel 2Le nom d’Ussel en Corrèze a été interprété comme une déformation de l’ancien français huis scel, porte fermée. C’est de là que viennent les armoiries de la ville qui représentent une « porte d’or clouée et ferrée de sable accompagnée de trois étoiles en champ d’azur». ( En héraldique, si l’or est jaune et l’azur bleu, le sable est noir ; c’est comme ça, je n’y peux rien; mais là je suis sûr de la réalité du blason!)

Besançon: Vesentionem ( Ier s. av. J.-C., César) , Visontione (IVè s chez Ausone) et Besantionem (IVè s. chez Ammien Marcellin). Du pré-indo-européen ves-, « montagne » ( cf. Vesoul, Vésuve, Mont Viso ) et suffixe pré-celtique -unt latinisé en -untionem, selon A.Dauzat;  soit du gaulois visu « digne, apte » et suffixe gaulois -ontione, selon E. Nègre.

Ussel :Usselum en 1315, Ucel en 1398. Du gaulois uxello, «élevé»

Étymologies populaires

Les noms de lieux qui datent le plus souvent de si longtemps que leur sens originel a pu être oublié, donnent parfois lieu à des interprétations erronées que l’on qualifie d’étymologies populaires.

Il s’agit bien souvent de simples jeux de mots comme pour Bonneuil-sur-Marne ( du gaulois  bono-ialo , « grande clairière ») qui a été traduit par « bon œil» ; les exemples de cet ordre sont très nombreux.

Certains toponymes ont donné quant à eux naissance à de véritables légendes censées expliquer leur nom. En voici deux exemples — d’autres viendront:

Translation_des_reliques_de_saint_Benoît_(portail_nord_de_l'abbaye_de_Saint-Benoît-sur-Loire)

Translation des reliques de saint Benoit

On raconte que les restes de saint Benoît furent transportés d’Orléans à une abbaye proche dans une barque sans rame ni voile qui navigua sur la Loire. Nous étions en décembre de l’an 655 , le fleuve était par endroit gelé mais la nef brisait la glace. Sitôt arrivés à l’abbaye, les moines déposèrent à terre les reliques du saint et un miracle se produisit. Écoutons Pierre le Vénérable, abbé de Cluny  mort en 1156 nous raconter la suite:

«Dès qu’au sortir des flots la terre l’a reçu, Oubliant la saison, les frimas, la gelée, Elle s’orne de fleurs nouvelles, Changeant le vêtement du sol ».

Cette floraison magique valut à l’abbaye d’être qualifiée de « fleurie », ce qui serait à l’origine de son nom  : Fleury (aujourd’hui à Saint-Benoît-sur-Loire, Loiret). En réalité ce nom provient du latin Floriacum donné à un domaine appartenant à un certain Florius accompagné du suffixe -acum.

CPA-49-LES-PONTS-DE-CÉ-Pont-etToujours sur la Loire, mais près d’Angers, une autre légende raconte que César, désireux d’établir là une colonie, fit construire un pont enjambant le fleuve. Au moment de faire graver son nom sur une pierre, il apprit que le chef gaulois Dumnacus engageait le combat et dut laisser l’inscription inachevée sous la forme Pont de Cé. On remarquera au passage la vision futuriste géniale de César qui lui fit écrire il y a plus de deux millénaires en français d’aujourd’hui. Une autre version raconte que César trancha lui-même la tête au graveur qui s’était permis d’écrire son nom sans y avoir été autorisé. En fait, le plus ancien nom connu de la ville est Castro Seio en 899. On a cru y reconnaître  le celtique sea, « étendue d’eau » ( cf. l’anglais sea, le néerlandais zee, le flamnd zeije, etc.), mais dans une charte de Charles le Chauve le nom de la ville apparaît sous la forme savante Sabiacus ce qui la rattacherait à une ancienne villa romaine de Sabius, suffixe –acus . Le nom Seio de la forteresse (Castro) édifiée par le roi serait alors  un dérivé normal, par disparition du b intervocalique, de Sabius. Finalement on appellera la ville Pon Sigei dès 1009, Pons Saeii en 1291, Le Pont de Sae en 1293 et, lorsque trois ponts auront été construits, on utilisera le pluriel Les Ponts-de-Sée  en 1529 qui donnera notre actuel Les Ponts-de-Cé. On aura remarqué que la transformation du S initial en C est récente. On est bien loin de César qui, s’il parle bien d’un établissement près d’Angers, ne parle d’aucune construction de pont dans la région: il en existait déjà un à Angers. Mentionnons pour l’anecdote que certains ont cru pouvoir s’appuyer sur le fait qu’ il existe à Lusignan dans la Vienne une Font-de-Cé ( « la fontaine de Cé» ), qui serait la « fontaine de la Soif», du latin sitis,  pour proposer cette étymologie aux Ponts-de Cé, d’autant que le  mot est également attesté en Anjou: dans son Dictionnaire angevin et françois de 1746, Gabriel-Joseph du Pineau écrit: « Sé, soif ( sitis). J’ai grand sé».