La Ricamarie, ancienne Tiregarne (répàladev)

LGF est le seul (ça devient une habitude) à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver La Ricamarie, une commune du département de la Loire, anciennement appelée Tiregarne.

local-La-Ricamarie

Nous disposons, grâce au Dictionnaire topographique du Forez et des paroisses du Lyonnais et du Beaujolais formant le département de la Loire de Jean-Édouard Dufour publié à Mâcon en 1946, des formes anciennes du nom suivantes :

Apud Tiragarne et Solore (1388) ; Iter tendens de Sancto Stephano apud Tiragarne… Versus domum Andree Raquamer (1388) ; Terra Andree Raquamer (1408) ; Apud Tiregarne (1408) ; Johannes Fabri de Tiregarna (1408) ; Andreas Fabri de Tireguerna alias Recamier… La Recamari parrochie. Sancti Stephani de Furano… La Raq… (1454) ; Apud la Racamary (1454) ; Johannes Recamery habitator loci de la Reramary (lire Recamary) alias de Tirigama (lire Tirigarna)… (1454) ; La Recamari (1455) ; La Recamari (1516) ; Le lieu de la Riquemarie paroisse de Saint Estienne (1638) ; Laricamarie (XVIIIe siècle, chez Cassini).

CASS RICAMARIE

Carte de Cassini  (feuillet 88 – Saint-Marcellin –1767) : Laricamarie en un seul mot

Le lieu-dit à l’origine de la commune a donc d’abord porté le nom de Tiragarne puis Tiregarne formé sur l’occitan tira, « tire », et garno, « ramée de pin ou de sapin, branche de mélèze, bois pour chauffer le four, cépée » : il s’agissait donc d’une forêt de conifères exploitée pour son bois. On tirait ici le bois de la sapinière comme on tirait ailleurs le vin de la vigne.

Dès la fin  du XVe siècle, la terre deviendra – au moins dans les textes, mais peut-être l’était-elle déjà avant – la propriété d’un nommé Andree Raquamer et en portera le nom, La Recamari.

Le nom moderne La Ricamarie est donc la Récamière, propriété d’un nommé Récamier, avec le suffixe franco-provençal –eri (français –ière) conservé à tort dans le nom français.

Le lieu-dit ayant vu sa démographie et son importance fortement augmenter du fait de l’exploitation de plusieurs mines de charbon fut élevé au rang de commune en 1843. Un document de la Compagnie des Mines de 1848 portera le nom de La Rycamarie. Quelques érudits locaux imaginèrent une étymologie de ce nom selon le latin rica mina ou riacminera, « riche mine », sans fondement vu les formes anciennes.

CPA Ricamarie cheval mine

Bienheureusement, Rubis n’a pas connu ça !

Le patronyme Récamier est quant à lui formé sur le verbe de l’ancien français récamer, « broder », et désignait celui qui faisait profession de broder, le brodeur.

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Les indices

■ les habitués de mes devinettes ont peut-être remarqué l’utilisation d’une police verte pour introduire les indices à la place de la couleur bleue habituelle. Il s’agissait d’une allusion à la couleur verte indissociable du maillot des footballeurs de Saint-Étienne, dont La Ricamarie est limitrophe.

indice a 15 01 2023 ■ ce portrait de Juliette Récamier (François Gérard, 1805) donnait, par le patronyme du modèle, quasiment la réponse.

■ le premier tube des Bee Gees (1967) intitulé New York mining disaster était censé orienter les recherches vers les bassins houillers et les mines de charbon. Le avril 1857, un accident au puits Saint-Mathieu (ou des Littes) de La Ricamarie fit sept morts par asphyxie. Le charbon, la couleur verte, Récamier … tout était dit ! (Je laisse les curieux lire la page wiki en anglais consacrée à cette remarquable chanson des Bee Gees, beaucoup plus complète que la page française).

logo mineur ■ le cul de lampe qui annonçait les indices du mardi (là aussi en vert) rappelait qu’on cherchait une commune minière.

■ l’épisode sanglant reste dans les mémoires sous le nom de fusillade du Brûlé et eut lieu le 16 juin 1869 quand l’armée ouvrit le feu sur les civils protestant contre l’arrestation de mineurs grévistes et fit quatorze morts. Victor Hugo ne manqua pas de rappeler l’épisode dans un poème intitulé Misère :

Partout la force au lieu du droit. L’écrasement

Du problème, c’est là l’unique dénouement.

Partout la faim. Roubaix, Aubin, Ricamarie.

La France est d’indigence et de honte maigrie.

On prétend également qu’Émile Zola se serait inspiré de cet épisode pour son Germinal.

Enfin, le chansonnier Rémy Doutre (1845-1885) écrivit à ce sujet la chanson La Ricamarie

Soldats, quand vous frappez l’ennemi de la France
Dans un loyal combat, vous êtes des héros ;
Mais quand vous massacrez vos frères sans défense,
Vous n’êtes plus soldats, vous êtes des bourreaux.

(je renonce à vous proposer les interprétations qu’on trouve de cette chanson sur la toile. En revanche, je vous propose de jeter un œil à cette page).

Les indices du mardi 17/01/2023

Ma dernière devinette n’a pas eu de succès. Sans doute l’énoncé en était-il un peu trop succinct. Je le rappelle ici, sachant que le mot du jour était garn :

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom n’a rien à voir avec le mot du jour.

L’endroit porte en effet, depuis le début du XVè siècle, un nom dérivé de celui qui en possédait et exploitait les terres. C’est ce nom qui sera conservé quand fut créée la commune plusieurs siècles plus tard. Certains ont alors plutôt voulu voir dans ce nom un rappel de l’exploitation supposée très ancienne de son sous-sol.

Avant cela, cet endroit était désigné par un nom relatif à l’exploitation qu’on y faisait des ramées de pin ou de sapin (nous y voilà !).

Les indices

et d’un :

indice a 15 01 2023

et de deux : https://youtu.be/48j8UdBwDS8

Dit autrement :

Un endroit portait avant le XVè siècle un nom rappelant sa richesse en bois de pin ou de sapin (c’est là qu’intervient le mot du jour !) et l’exploitation qui en était faite. Il a pris ensuite le nom de son propriétaire. Plusieurs siècles plus tard, devenu commune, il a gardé ce dernier nom, légèrement modifié quant à son orthographe et son suffixe, sous lequel nous le connaissons encore aujourd’hui. Une fausse étymologie explique ce nom par l’exploitation, supposée ancienne, de son sous-sol.

logo mineur

Les indices du mardi

♦ dans le premier nom de la commune, le mot du jour est précédé d’un verbe.;

♦ la commune est connue pour un épisode sanglant de la lutte des classes évoqué par un poète et dont se serait inspiré un romancier. On en a même fait une chanson.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Garn

Les plus attentifs de mes lecteurs se souviennent sans doute qu’en conclusion du paragraphe concernant le terme vargne dans le billet consacré au sapin, j’indiquais qu’un autre mot avait été rapproché de ce terme, à savoir garn.

Photo garn  Le Trésor du Félibrige définit garno comme une « ramée de pin ou de sapin, branche de mélèze, bois pour chauffer le four, cépée ». L’occitan actuel désigne plus généralement par garna une « ramée de conifères », d’où par exemple le mot du dialecte lyonnais guergnes désignant des branchages de pin. En Vendée, Massif Central, etc. garn a pris plus particulièrement le sens de « buisson, taillis, fourré épais ».

On rencontre des toponymes formés à partir de ce garn sur tout le territoire mais principalement en pays de langue d’oc. Ils apparaissent soit sous la forme simple garne (s) soit suffixés de différentes façons.

Forme simple garne

On trouve une vingtaine de lieux-dits La Garne, par exemple à Saint-Marcelin-de-Cray (S.-et-L.), au Langon (Vendée), à Meillant (Cher), à Saint-Jean-Roure (Ardèche), etc. ainsi qu’une Grande et une Petite Garne à Meaulne (Allier).

Le pluriel Les Garnes est plus fréquent avec une quinzaine rien qu’en Vendée, avec le sens de « buisson, taillis ». Mais ce toponyme est aussi présent à quatre exemplaires dans l’Allier ainsi que dans le Cher, en Saône-et-Loire, dans la Loire … On trouve également Les Garnes à Saint-Jacques-en-Valgodemard, dans les Hautes-Alpes où il a le sens de « fagots de branchages » (Trésor du Félibrige).

La forme occidentale La Garna se trouve à Lézigneux et le pluriel Les Garnas à Lapte et à Riotord, tous trois dans la Loire.

Notons enfin la variante Guerne(s) qui n’apparaît qu’en Saône-et-Loire et dans l’Allier à moins de vingt exemplaires, à ne pas confondre avec le guern du parler breton, dérivé du gaulois verno, qui désigne l’aulne et signale généralement un marais en Bretagne.

Formes suffixées

avec le suffixe augmentatif –assa (du latin –acea) une garnassa désigne un fourré en Haute-Loire, d’où une trentaine de (la) Garnasse dont une Garnasse Brûlée à Montclard, la Garnasse du Loup à Chanteuges et une petite dizaine de Les Garnasses dans ce département, plus trois Garnasse dans le Puy-de-Dôme et un Garnasse en Lozère (à Malzieu-Forain). (Désolé, pas trouvé d’Ali Garnasse …)

avec le même suffixe –assa complété par le suffixe –on ou –oun (du latin one), un garnasson désigne un bois de pins, principalement dans le Forez comme pour le Garnasson à Doranges et à Saint-Clément-de-Valorgue (P.-de-D.) et la Garnassoune à Villeneuve-d’Allier, Salzuit et Saint-Jeunes (H.-L.).

d’autres suffixes, plus rares, apparaissent dans des noms comme Garnassette (cinq exemples en Haute-Loire) ou Garnassaire (au Mas-de-Tence, H.-L.).

Formes proches et faux-amis

Comme souvent avec les mots monosyllabiques, les paronymes sont nombreux.

Le Garn, commune du Gard, était de Algarno en 1314 et de Garno en 1532. E. Nègre (TGF*) explique ce toponyme par le nom de personne germanique Altegernus dont la première syllabe Al- aurait été comprise al (=a lo). On peut préférer y voir, avec P. Gastal (NLEF*) une étymologie selon garn et agglutination de la préposition dans le nom de 1314.

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Garnay (E.-et-L.) était Ganniacum en 1120, sans doute du nom de personne germanique Waninus et suffixe –acum, mais les lieux-dits Garnay à Marly-sur-Arroux en Saône-et-Loire et à Bas-en-Basset en Haute-Loire pourraient être des noms issus de garn suffixés là aussi en –acum, dont on sait qu’il n’accompagnait pas que des anthroponymes.

en région parisienne, un garneau est un bloc, un galet de silice. Les noms de Guernes (Yv.) et Garnes (à Senlisse, Yv.), tous deux attestés Garnes aux XIIIè – XIVè siècles sont peut-être à rapprocher de ce nom dialectal.

le radical germanique warn (issu de wara, « protecteur », d’où le français « garer ») a donné avec hari, « armée », des noms comme Garnier et l’hypocoristique Garnon et avec wald, « gouverner », des noms comme Garnal et Garnaud. Tous ces noms de famille ont pu à leur tour fournir des toponymes qui n’ont donc rien à voir avec notre garn.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom n’a rien à voir avec le mot du jour.

L’endroit porte en effet, depuis le début du XVè siècle, un nom dérivé de celui qui en possédait et exploitait les terres. C’est ce nom qui sera conservé quand fut créée la commune plusieurs siècles plus tard. Certains ont alors plutôt voulu voir dans ce nom un rappel de l’exploitation supposée très ancienne de son sous-sol.

Avant cela, cet endroit était désigné par un nom relatif à l’exploitation qu’on y faisait des ramées de pin ou de sapin (nous y voilà !).

Les indices

■ et d’un :

indice a 15 01 2023

■ et de deux :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr