Gour etc.

Gour et ses nombreuses variantes sont des termes méridionaux et alpins qui ont d’abord servi à désigner un gouffre, un abîme rempli d’eau, parfois des grottes, voire des cascades ou des étangs. Le mot s’est aussi appliqué à une cavité étroite creusée sous le sol par les eaux d’infiltration, à un trou d’eau dans une rivière, et, plus tardivement, au bassin profond d’un cours d’eau, une vallée encaissée, une gorge.

Étymologiquement, l’ancien français gorc comme l’occitan gorg ou gorga (prononcez gour/gourga) sont dérivés du latin gurgesgurgitis (d’abord « tourbillon d’eau » puis « gouffre, abîme »), lui-même probablement issu d’une racine indo-européenne onomatopéique.

On retrouve ce nom sous différentes formes dans des parlers régionaux, parfois avec des sens plus ou moins spécialisés. C’est ainsi le cas du vieux français du Nord gorgue, « trou dans lequel l’eau tombe après avoir fait tourner un moulin » ; des franco-provençaux gour, « gouffre rempli d’eau, trou d’eau, mare » et, dans le Vercors, « petit bassin peu profond à l’intérieur d’une grotte calcaire », et gourgue, francisation de gorga, « réserve d’eau aménagée, par exemple pour les bêtes » ; du savoyard goura, cf. l’italien gòra, « canal de dérivation, bief » d’où « ruisseau » ; des dialectaux gour du Forez, gou de la Bresse, gourinat (trou d’eau peu profond, terrain marécageux) de l’Allier. Signalons enfin, pour être complet, la forme gourp, où p se substitue à c sous une influence qui reste à déterminer.

On comprend, au vu des différentes formes et des différents sens pris par cet étymon, que les toponymes qui en sont issus sont aussi variés que nombreux (et vice versa, oui). Il ne reste plus qu’à les classer (mes lecteurs les plus assidus savent que je suis un fervent adepte des classements, non pas hiérarchiques, bien sûr, mais thématiques, parce que sinon, après, on ne sait plus où sont rangées les choses — avec les trucs ? ou avec les machins ? — ni  même de quoi on parle et c’est alors très vite le bordel, et encore, là, je suis aimable ).

Les gouffres et les grottes

On connait le Gour Martel, au-dessus d’Autrans-Méaudre (Isère), le Gour des Oules à Montbrun-les-Bains (Drôme), le Gour des Anelles à Céret dans les Albères (Pyr.-O.) ou encore le Gour de Tazenat, un lac de cratère profond de 68 mètres à Charbonnières-les-Vieilles (P.-de-D.) qui sont tous des gouffres. Le Gour de l’Oule, en aval de Meyruels (Loz.), est une des cavités par lesquelles la Jonte poursuit son cours souterrain et le Gour de Conque, à Serviers-et-Labaume (Gard) est une vasque d’eau au débouché d’un défilé de la rivière des Seynes. Saint-Julien-du-Gourg (à Florac, Lozère) doit son déterminant à un grand gourg (un « trou d’eau ») dans le Tarn, d’une grande profondeur mais d’une eau transparente, et surmonté d’un rocher en falaise d’où plongent les plus hardis.

La Grotte du Gourp des Boeufs se trouve à Saint-Jean-Minervois (Hér.) et le Gourp de la Sau à Saint-Geniès-des-Mourgues (id.).

St Julien du Gourg

Les hydronymes

Dans les Hautes-Pyrénées, quelques-uns des nombreux lacs de montagne sont évoqués par le Pic des Gourgs Blancs, à Loudenvielle, dominant une vallée glaciaire parsemée de lacs à la frontière d’Espagne,  à rapprocher du Gour de Tazenat, un lac de cratère à Charbonnières-les-Vieilles (P.-de-D.).

Le sens d’étang ou de mare (qui montre bien la variété de sens qu’a prise ce gour) se retrouve par exemple dans le Gourg de Maffre et le Gourg de Pairollet, des étangs de la côte languedocienne à Marseillan, (Hérault). Et c’est bien le moment de citer ici le Gourg de Maldormir, une petite annexe de l’étang de Thau et Gorgue, un lieu-dit sur le lido du même étang, ô combien cher à votre serviteur !,  puisque c’est là, sur le sable, que … qu’il … enfin, bref, qu’il a eu le réflexe de se coucher sur le ventre pour la première fois pour masquer son émoi à sa cousine (et j’ai bien écrit lido pas libido).

On a vu plus haut que gour a pu désigner un simple ruisseau : c’est le cas du Nant des Gourettes, affluent de l’Isère en Savoie, de la Gurraz du Bois, affluent du Doron de Bozel en Tarentaise (Sav.) — tandis que l’Italie toute proche connait le Canale della Gorra (à Massa, Toscan) et la Stura della Gurra, un torrent des Alpes Grées (Piémont) — et aussi de la Gourgue, un petit fleuve côtier des Landes.

Citons encore le Vallat des Gours à Meyrannes (Gard), le ravin du Gour (à Foussignargues, id.) et le Valat des Gourgues à Saint-Chaptes (id.). À l’ouest du Rhône, et notamment dans les Cévennes, gorga a pu avoir le sens de retenue d’eau pour l’alimentation d’un moulin ou pour l’irrigation : c’est sans doute à ce sens qu’on doit le nom du ruisseau des Gourgues à Vialas (Loz.), où l’on ne voit aucun gouffre ni aucune gorge (au sens topographique du terme, bien entendu).

Un cas particulier : le gour noir

L’appellatif gour a souvent été associé à la couleur noire (occitan nièr, français nègre), pour donner le sens général de « trou d’eau noire », où l’épithète évoquant la couleur sombre de l’eau renforce l’idée de profondeur du trou. C’est ainsi qu’on trouve les Gourps Nègres à Sussargues (Hér.), la grotte de Gournier, une résurgence du cirque de Choranche au nord du Vercors (Isère), le lac de Gournier à Montélimar (Drôme), la grotte de Gourniès à Ferrières-les-Verreries (Hér.), le lieu-dit Gourniès à Causses-et-Veyran (id.), le ruisseau de Gournier à Cessenon (id.). On trouve de nombreux autres exemples du composé gorg nièr en Ardèche, Haute-Loire, Gard, Drôme et quelques autres en Ariège, Aude et Hautes-Alpes. Et on trouve aussi le ruisseau de Gourmaurel ( « gour sombre »), affluent de la Garnière en Ardèche.

Rappelons aussi (« rappelons », vraiment ?, mais à qui ?) le loco nominato Gurgonigro, un nom attesté en 1029, suivi de Gurgite nigro en 1030, pour désigner l’actuelle commune héraultaise Saint-Jean-de-Fos, à l’entrée des gorges de l’Hérault.

On peut aussi classer ici Gorniès, une commune de l’Hérault qui aurait eu sa place dans la rubrique suivante des lieux habités.

Les lieux habités

« Ouah, l’autre ! Comme si on pouvait habiter dans un gouffre ! », vous entends-je vous gausser. Euh, non, pas « habiter dans un gouffre » mais à côté ! c’est-à-dire dans un lieu ainsi nommé parce qu’il se situe près d’un gour (un gouffre, une grotte, un lac, un ruisseau, etc.). Allez ! Un classement ? bon, d’accord :

  • Gour : Gours (Gir.) et Les Gours (Char., Gurgitibus en 1280) sont des communes. Les lieux-dits, très nombreux, sont représentés par Les Gours à Grane (Drôme), les Gures à Passy (Haute-Savoie), le Gour Faraud à Marguerittes (Gard, avec l’occitan faròt, « impertinent »), le Mas des Gours à Rousson (id.) et bien d’autres. Avec un qualificatif dérivé de nièr, « noir », on peut aussi classer ici Gorniès, une commune de l’Hérault qui aurait eu sa place dans la rubrique précédente (Ah? C’est déjà fait ? Bon. Ben bis repetita etc.) ;
  • Gourgue (forme féminine) : Gorgue (Nord), au confluent de la Lys et de la Lawe, est une forme picarde ayant ici le sens de « trou dans lequel l’eau tombe après avoir fait tourner un moulin ». Gourgue, sur l’Arros, (H.-Pyr.) correspond sans doute au sens d’« abîme d’eau (dans un cours d’eau) », de « creux profond, mare, bourbier profond et dangereux », que l’on retrouve sans doute aussi dans les noms de La Gourgue à Pézenas (Hér.), La Gourgue de Maroule à Argences-en-Aubrac (Aveyron), la Gourgue du Moulin à Saint-Gély-d’Apcher (Lozère — ce qui semble montrer que ce sens de « trou dans lequel l’eau tombe après avoir fait tourner un moulin » n’est pas restreint aux parlers du Nord), La Gourgue d’Asque à Asque (H.-Pyr.) et bien d’autres. C’est ici qu’il faut ranger Gorges en Loire-Atlantique, entre la Sèvre Niortaise et son affluent la Margerie, Gorges dans la Manche, sur le ruisseau Bricquebosc, en amont du Marais de Gorges (de Gorgie marisco en 1082) et Gorges dans la Somme à l’origine d’une vallée sèche qui rejoint la rive droite de la Somme, trois communes auxquelles on peut ajouter Valgorge (Ardèche, Valligorgia en 950) et aussi Cognin-les-Gorges (Isère, le déterminant a été ajouté en 1937 en référence aux gorges du Nan) ;

Cognin les Gorges

  • dérivés : Le suffixe d’origine latine –osus, servant à former des adjectifs indiquant la qualité ou l’abondance, a donné Gourgoux à Augerolles (P.-de-D.).  L’augmentatif occitan -às sert à former le déterminant de Saint-Étienne-de-Gourgas (Hér.) qui est à l’origine du ruisseau de Gourgas. Le redoublement du radical a donné son nom, au diminutif,  à Gourgouret (à Montvendre, Drôme) et, à l’augmentatif-péjoratif, à Gourgouras (à Saint-Julien-d’Intres, Ardèche) ;
  • Gurraz : cette variante savoyarde, reconnaissable à sa terminaison -az, a le sens local de « fossé pour l’écoulement des eaux », qu’il soit naturel ou creusé de mains d’homme. On la retrouve dans les noms de  La Gurraz à Villaroger et à Peisey-Nancroix (Sav.),  de La Gurraz du Bois, un ruisseau de la Tarentaise (déjà classé dans les hydronymes, oui, je sais) , etc.
  • Gourgeon (H.-Saône), est situé à la source de la Gourgeonne, un affluent droit de la Saône en aval de Recologne (même département) ; son nom est issu de l’oïl gourgeon, « cours d’eau, canal, creux de terrain », qui désignait sans doute d’abord la source ;
  • la variante Courgoul, sur la Couze (P.-de-D.), dans les Gorges de Courgoul (Courgouilh en 1401 et Corgolium au XVIè siècle)  correspond à l’occitan gorgolh, « gargouillis, bouillonnement », pour décrire les « rapides » de la Couze (où je retombe sur mes pieds avec l’origine onomatopéique de gour, qu’est-ce que je suis fort ! ).

herge-.-carte-double-tintin-point-d-interrogation_2069395

La devinette

Il vous faudra trouver le nom, en un seul mot composé de deux éléments sans trait d’union, d’une commune de France métropolitaine lié au mot du jour.

Pour compliquer la chose, l’élément lié au mot du jour a été si déformé qu’il est méconnaissable au point qu’on le confond avec un adjectif qualifiant l’autre élément du nom.

La commune se distingue par la résurgence d’un cours d’eau qui forme une piscine naturelle profonde d’une dizaine de mètres à laquelle elle doit son nom.

Elle est riche de plusieurs châteaux dont au moins deux s’enorgueillisssent de leur production viticole.

J’aurais pu vous donner en indice une chanson d’un auteur-compositeur-interprète canadien, mais ça aurait été beaucoup trop facile …

Je préfère vous proposer ce portrait qui devrait vous montrer le chemin :

indice b 13 06 21

MAJ du 14/06/2021 Précision importante sur l’indice en photo :

Si le personnage représenté en photo peut aider à trouver la région dans laquelle se situe la commune à trouver, il faut toutefois savoir sortir du chemin pour trouver la commune.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr