Garn

Les plus attentifs de mes lecteurs se souviennent sans doute qu’en conclusion du paragraphe concernant le terme vargne dans le billet consacré au sapin, j’indiquais qu’un autre mot avait été rapproché de ce terme, à savoir garn.

Photo garn  Le Trésor du Félibrige définit garno comme une « ramée de pin ou de sapin, branche de mélèze, bois pour chauffer le four, cépée ». L’occitan actuel désigne plus généralement par garna une « ramée de conifères », d’où par exemple le mot du dialecte lyonnais guergnes désignant des branchages de pin. En Vendée, Massif Central, etc. garn a pris plus particulièrement le sens de « buisson, taillis, fourré épais ».

On rencontre des toponymes formés à partir de ce garn sur tout le territoire mais principalement en pays de langue d’oc. Ils apparaissent soit sous la forme simple garne (s) soit suffixés de différentes façons.

Forme simple garne

On trouve une vingtaine de lieux-dits La Garne, par exemple à Saint-Marcelin-de-Cray (S.-et-L.), au Langon (Vendée), à Meillant (Cher), à Saint-Jean-Roure (Ardèche), etc. ainsi qu’une Grande et une Petite Garne à Meaulne (Allier).

Le pluriel Les Garnes est plus fréquent avec une quinzaine rien qu’en Vendée, avec le sens de « buisson, taillis ». Mais ce toponyme est aussi présent à quatre exemplaires dans l’Allier ainsi que dans le Cher, en Saône-et-Loire, dans la Loire … On trouve également Les Garnes à Saint-Jacques-en-Valgodemard, dans les Hautes-Alpes où il a le sens de « fagots de branchages » (Trésor du Félibrige).

La forme occidentale La Garna se trouve à Lézigneux et le pluriel Les Garnas à Lapte et à Riotord, tous trois dans la Loire.

Notons enfin la variante Guerne(s) qui n’apparaît qu’en Saône-et-Loire et dans l’Allier à moins de vingt exemplaires, à ne pas confondre avec le guern du parler breton, dérivé du gaulois verno, qui désigne l’aulne et signale généralement un marais en Bretagne.

Formes suffixées

avec le suffixe augmentatif –assa (du latin –acea) une garnassa désigne un fourré en Haute-Loire, d’où une trentaine de (la) Garnasse dont une Garnasse Brûlée à Montclard, la Garnasse du Loup à Chanteuges et une petite dizaine de Les Garnasses dans ce département, plus trois Garnasse dans le Puy-de-Dôme et un Garnasse en Lozère (à Malzieu-Forain). (Désolé, pas trouvé d’Ali Garnasse …)

avec le même suffixe –assa complété par le suffixe –on ou –oun (du latin one), un garnasson désigne un bois de pins, principalement dans le Forez comme pour le Garnasson à Doranges et à Saint-Clément-de-Valorgue (P.-de-D.) et la Garnassoune à Villeneuve-d’Allier, Salzuit et Saint-Jeunes (H.-L.).

d’autres suffixes, plus rares, apparaissent dans des noms comme Garnassette (cinq exemples en Haute-Loire) ou Garnassaire (au Mas-de-Tence, H.-L.).

Formes proches et faux-amis

Comme souvent avec les mots monosyllabiques, les paronymes sont nombreux.

Le Garn, commune du Gard, était de Algarno en 1314 et de Garno en 1532. E. Nègre (TGF*) explique ce toponyme par le nom de personne germanique Altegernus dont la première syllabe Al- aurait été comprise al (=a lo). On peut préférer y voir, avec P. Gastal (NLEF*) une étymologie selon garn et agglutination de la préposition dans le nom de 1314.

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Garnay (E.-et-L.) était Ganniacum en 1120, sans doute du nom de personne germanique Waninus et suffixe –acum, mais les lieux-dits Garnay à Marly-sur-Arroux en Saône-et-Loire et à Bas-en-Basset en Haute-Loire pourraient être des noms issus de garn suffixés là aussi en –acum, dont on sait qu’il n’accompagnait pas que des anthroponymes.

en région parisienne, un garneau est un bloc, un galet de silice. Les noms de Guernes (Yv.) et Garnes (à Senlisse, Yv.), tous deux attestés Garnes aux XIIIè – XIVè siècles sont peut-être à rapprocher de ce nom dialectal.

le radical germanique warn (issu de wara, « protecteur », d’où le français « garer ») a donné avec hari, « armée », des noms comme Garnier et l’hypocoristique Garnon et avec wald, « gouverner », des noms comme Garnal et Garnaud. Tous ces noms de famille ont pu à leur tour fournir des toponymes qui n’ont donc rien à voir avec notre garn.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom n’a rien à voir avec le mot du jour.

L’endroit porte en effet, depuis le début du XVè siècle, un nom dérivé de celui qui en possédait et exploitait les terres. C’est ce nom qui sera conservé quand fut créée la commune plusieurs siècles plus tard. Certains ont alors plutôt voulu voir dans ce nom un rappel de l’exploitation supposée très ancienne de son sous-sol.

Avant cela, cet endroit était désigné par un nom relatif à l’exploitation qu’on y faisait des ramées de pin ou de sapin (nous y voilà !).

Les indices

■ et d’un :

indice a 15 01 2023

■ et de deux :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr