Amazonie, Amazonia ( partie V )

S’arrêtera-t-elle un jour de brûler ? Faute de bois, un jour peut-être …

Oui, l’Homme a brûlé certaines régions de l’Amazonie pendant des milliers d’années mais les analyses de ces incendies indiquent pour le moment que la forêt n’a jamais été aussi perturbée qu’au 21e siècle.

( National Geographic )

Voici aujourd’hui le dernier volet ( après un premier, un second, un troisième et enfin un quatrième ) du survol des régions amazoniennes.

L’Amazonie surinamienne

Le nom du Suriname est attesté pour la première fois chez Walter Raleigh en 1595 à propos du fleuve qu’il appelle Surinam. Il y a par la suite plus de trente orthographes différentes du nom de la rivière dans les cartes et la littérature. Le nom est probablement dérivé de celui de l’ancienne tribu indienne Surinen qui habitait le pays avant d’en être chassée par les Caraïbes. Le Suriname est divisé en dix districts.

Sipaliwini : ceux qui se souviennent de mon précédent billet, auront remarqué le suffixe wini qui signifie « eau » en langue caribe : il s’agit donc là du nom d’une rivière. Le radical sipali désigne la raie ( sans doute la raie d’eau douce réticulée ). Il s’agit donc de la « rivière des raies ». La capitale … n’existe pas, la région étant administrée directement par la capitale du pays, Paramaribo ( voir plus loin ).

Brokopondo : ce nom, qui est aussi celui de la capitale, apparait pour la première fois sur une carte maritime de 1887 sous la forme Broko Pondo. Certains y ont vu un toponyme fabriqué, un semblant d’acrostiche de Broken Pontoon or Boat, soit le « ponton ou le bateau brisé ». Aucune trace ne subsiste d’un tel événement, mais rien ne permet d’exclure un éventuel naufrage contre un ancien ponton ( construit en bois à cette époque ) ou des rochers submergés toujours présents. En l’absence d’une étymologie amérindienne crédible, c’est donc l’origine anglaise qui est généralement admise aujourd’hui.

Para : ce nom signifie « eau, cours d’eau, fleuve, mer » en langue tupi-guarani. Le nom de la capitale Onverwacht signifie, en néerlandais, « inattendu », en référence à la plantation de tabac qui se développa là au XVIIè siècle. Au siècle suivant, on l’appela Bose, du nom du propriétaire Frederik Coenraad Bossé. Après l’abolition de l’esclavage en 1863, huit anciens esclaves achetèrent le terrain en 1881 pour y établir une plantation de bois.

Nickerie : contrairement aux apparences, le nom de cette rivière est d’origine amérindienne : noté Nikeza sur une carte de 1770, il signifie « généreuse », sans que l’on sache s’il s’agissait de décrire les eaux particulièrement poissonneuses ou le débit parfois important ; le nom a sans aucun doute subi l’influence de nickel, lors de l’occupation anglaise. La capitale Nieuw-Nickerie a remplacé l’ancienne Nieuw-Rotterdam, plus en aval, victime de trop nombreuses inondations.

Coronie : le nom amérindien de la rivière est Coroni, dans lequel on reconnait le suffixe uni/oni pour « eau ». La capitale Totness est située à l’emplacement de la première colonie anglaise au Surinam, où elle a repris le nom, avec un -s- supplémentaire, de la ville du Devon Totnes d’où les colons étaient majoritairement originaires.

Saramacca : c’est un Anglais appelé Lawrence Keymis qui a découvert le fleuve en 1596 et qui a repris le nom amérindien Shurama pour le baptiser ; on trouvera ensuite les noms Surrmacca, Saramo, Saramaca et Sarameca. Le nom arawak de la rivière est en réalité Surama, sans étymologie clairement identifiée, auquel les Arawaks ajoutent un suffixe -ka pour en faire un ethnonyme. La capitale est Groningen, qui porte un nom importé des Pays-Bas ( Groningue ).

Wanica : le nom était aussi écrit Wonica. On y reconnait une variante caribe woni, « eau », accompagnée du suffixe -ka qui en fait un ethnonyme : il s’agit du « peuple de l’eau ». La capitale Lelydorp ( « le village de Lely » en néerlandais) a été baptisée en hommage à Cornelis Lely, gouverneur de la Guyane néerlandaise entre 1902 et 1905. Son nom précédent Kofi Djompo faisait référence à un leader des nègres marrons appelé Kofi, qui fut capturé par les hollandais puis décapité. Les Hollandais mirent sa tête sur une perche fichée dans un bateau comme avertissement aux esclaves qui s’étaient enfuis et erraient dans la forêt. Il est dit que, lorsque l’embarcation arriva au milieu de la rivière, la tête de Kofi « sauta » en dehors du bateau et disparut.  Kofi  signifie « né un vendredi » et djombo  veut dire « saut ».

Paramaribo : ce nom est issu du tupi-guarani para, « eau, cours d’eau, fleuve, mer » et maribo, « habitants ». Le rapprochement qui a été fait avec l’amérindien paramoeroe, « arc-en-ciel », reste fort douteux. Paramaribo est aussi le nom de la capitale.

Commewijne : ce nom de rivière est la transcription néerlandaise en 1678 du nom caribe Commewini où l’on reconnait là encore le suffixe caribe wini, « eau ». La capitale Nieuw- Amsterdam porte un nom importé des Pays-Bas en 1774.

Marrowijne : de même origine que le précédent, il s’agit de la transcription néerlandaise du nom du fleuve Maroni. En langue kali’na, mara-uni signifie « rivière sans fin ». La capitale Albina a été fondée en décembre 1846 par le colon allemand August Kappler, qui la baptisa du prénom de sa future épouse Albina Josefine Liezenmaier, de Stuttgart, qui le rejoignit en 1853.

L’Amazonie guyanaise

Le département français de la Guyane est divisé en deux arrondissements :

Cayenne : l’étymologie de ce nom a fait l’objet d’un récent billet dont on lira aussi à profit les commentaires.

Saint-Laurent-du-Maroni : l’étymologie de Maroni a été donnée dans le paragraphe concernant le Marrowijne surinamien. Lors de l’établissement du pénitencier agricole par le commandant Eugène Mélinon ( 1818 – 1904 ), le 21 février 1858, le contre-amiral Auguste-Laurent Baudin, alors gouverneur de la Guyane, décide de placer le village sous le vocable de saint Laurent, à la mémoire de son père et de son grand-père, qui se prénommaient Laurent comme lui.

Plusieurs communes françaises gardent dans leur nom des traces d’anciens incendies, comme on l’a vu pour Cendras, par exemple. Pour d’autres, c’est un déterminant qui garde la mémoire d’un tel événement.

C’est le cas d’Azay-le-Brûlé dans les Deux-Sèvres, même si l’origine du qualificatif semble s’être perdue dans les couloirs du temps. La commune d’Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire ), dont le fort fut brûlé en 1418 par Charles VII, a été appelée Azay-le-Brûlé jusqu’au XVIIIè siècle. Azay-sur-Indre, incendié par le gouverneur de Touraine pour en déloger les Anglais en 1395, fut aussi quelque temps surnommé Azay-le-Brûlé. On pourra tirer deux enseignements : les Azay attirent les flammes et seul celui dont on ignore l’histoire en garde la trace dans son nom …

En Eure-et-Loir, Marville-Moutiers-Brûlé ( Marville du gaulois Marto et villa, et Moutiers de monasterium, « monastère » ) garde le souvenir d’un incendie allumé par les Huguenots en 1562.

La voici, la voilà :

Une autre petite commune française porte un nom formé sur le même modèle. Il s’agit du nom d’un bâtiment accompagné d’un déterminant indiquant qu’il fut jadis victime des flammes, mais sans qu’on ne sache ni quand ni dans quelles circonstances.

Je vous propose donc de partir à la recherche du nom de cette commune sachant que :

  • le déterminant, issu d’un verbe sorti des dictionnaires actuels, a pris une forme qui le rend aujourd’hui incompréhensible pour la plupart des gens ;
  • il existe un parfait homonyme dudit déterminant dans le domaine physiologique.

Et, voyez ma générosité, un indice :