Jaune d’or

Faisant suite au billet consacré à la couleur jaune, je me penche aujourd’hui sur une de ses nuances, le jaune d’or. Il ne sera pas question ici de l’or en tant que métal, qui mériterait un billet à lui seul ( mines d’or, orpaillage, orfèvrerie, etc.) mais bien de sa couleur.

loriotLe nom du loriot ( auriòl en occitan) est issu du latin aureolus, « d’or, de couleur d’or ». Ce nom est bien entendu dû à la couleur du plumage du mâle, qu’on appelle aussi « merle d’or ». Ce nom est devenu patronyme ( Auriol, Lauriol, …). Dauzat explique ce passage du nom de l’oiseau à l’homme par les infortunes conjugales de l’individu ainsi surnommé ; on sait que le jaune est la couleur des cocus.

Mais la symbolique du jaune au Moyen Âge ne se limite pas à cet aspect.

La couleur jaune était attribuée aux juifs depuis qu’après les premières croisades l’antisémitisme fit porter aux juifs le chapeau pointu et un rond d’étoffe jaune cousu sur les vêtements, la rouelle. L’étoile jaune imposée aux juifs par le IIIè Reich est donc une survivance de cette rouelle. Li Bounet jaune, par allusion au bonnet porté par les juifs, fut un sobriquet donné aux Toulonnais par les marins qui débarquaient sur le port.

D’autre part ( et peut-être par association d’idées ), cette couleur fut celle des traîtres au pays. Après sa trahison du roi de France en faveur de Charles Quint, les portes et fenêtres de la demeure du connétable de Bourbon furent peintes en jaune par le bourreau. Il en fut de même pour l’amiral de Coligny, un des chefs du parti protestant, une des premières victimes de la Saint-Barthélémy. Dans le langage courant, le terme s’est étendu aux tricheurs, escrocs, etc. Jaune était ainsi une manière insultante de parler du boucher, à Saint-Étienne. On peut rattacher à ce sens l’appellation de « syndicats jaunes » donnée à ceux qui étaient opposés à une action revendicatrice, à une grève et au qualificatif de « jaune » donné au briseur de grève.

Enfin, en occitan, on a donné à cet oiseau une réputation de niaiserie, dans le même ordre d’idée qui a donné en français le sens figuré de « buse ». Si on comprend que, dans ce dernier cas, une qualité ( la patience de la buse qui attend sa proie) est devenue un défaut ( l’immobilité du niais) dans l’esprit populaire, on ne sait dire quel trait du caractère du loriot lui a valu cette réputation de niais. Cf. ce billet.

Ce long préliminaire a été écrit pour montrer la difficulté qu’il y a à interpréter les noms de lieux ( et les anthroponymes ) issus du latin aureolus et du nom du loriot.

Lorsque ce mot est employé en composition avec un autre, il faut vraisemblablement le  dans prendre au sens de « doré », « d’or » dans  un emploi laudatif évoquant aussi bien la fertilité du terroir que la richesse du seigneur des lieux, plutôt qu’un emploi purement descriptif. On trouve ainsi :

  • avec mont : Montauriol (Aude, L.-et-G., P.-O., Tarn, H.-Gar.), Montaury ( Gard, Cantal, Hérault ), Aurimont ( Gers ) ;
  • avec puèch : Puech-Auriol ( à Castres dans le Tarn ) etc. ;
  • avec val : Valaurie ( Drôme ), Valaury ( Var ), Vallauris (A.-Mar.) ainsi qu’Auribat ( un pays des Landes ), Auribeau ( A.-de-H-P, A.-Mar., Vauc.), Auribail ( H.-Gar.) ;
  • avec combe : Auriacombe ( à Marmanhac dans le Gard ) etc. ;
  • avec côte : Auricoste ( à St-Cirgues dans le Lot) etc.
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Loriol-sur-Drôme

Lorsque ce mot est employé seul ou avec l’article agglutiné, l’interprétation est plus difficile.

  • Loriol-sur-Drôme ( castrum aureoli en 1157, Drôme ), Oriol-en-Royans ( même dépt.), Loriol-du-Comtat ( Vauc.), Auriol ( B.-du-R.), Oriol ( à Ardoix, Ardèche), Auriolles ( Ardèche, Gir., Aude ).
  • Lauriol ( ruisseaux à Mauressargues et St-Chaptes dans le Gard ) et L’Auriol ( deux autres ruisseaux à Deaux-Vézénobres et Valleraugue, toujours dans le Gard), Les Auriolles ( anciennes salines à Narbonne, Aude).

Pour ces derniers, il est possible de se référer à l’ancien français oriol, « bord, seuil » ; plutôt que de rouler des paillettes d’or, ces ruisseaux sont des limites naturelles qui ont pu servir de limites, de frontières. L’occitan a, dans ce même sens, aurièra, « bord, limite d’un champ, orée d’un bois » qu’on retrouve à Aurières ( P.-de-D.) et Cime Aurière près de Lucéram ( A.-Mar.), où aurière peut avoir le sens de ligne d’horizon. Il convient aussi de se rappelerqu’en occitan, aure signifie vent : certains micro-toponymes, notamment en montagne, peuvent en être issus comme la montagne de Toutes-Aures à Manosque, le col de Toutes-Aures ( Isère), etc.

Les latins aurus et aureolus ont donné des anthroponymes qui sont à l’origine de quelques toponymes dont voici une liste non exhaustive:

  • Aurius : Oris-en-Ratier ( Isère) ainsi qu’Aurec ( H.-Loire), Auriac ( Aude, Aveyr., Cant., Dord., H.-Gar., L.-et-G., Pyr.-Or.) et Auriat ( Gers), tous avec le  suffixe -acum ;
  • Aurelius  : Aureil ( H.-Vienne), Aureille ( B.-du-R. ) ; Aureilhan ( Landes, H.-Pyr.) avec suffixe –anum et Lieuran-Cabrières (Hér.) avec agglutination de l’article ; Auriac (Corr.) et Aurillac (Cant) avec suffixe –acum ;
  • Aurelius encore : Oreilla ( Pyr-Or.), Orléans ( Loiret) avec –anum ; Orléat (P.-de-D.), Orliac (Dord.), Orlu (E.-et-L.), Orly (Val-de-M., S.-et-M.) avec –acum ; diminutif Orliaguet ( Dord.) et féminin Aurelia à Orelle (Sav.).
  • Aurelianus : Orliénas ( Rhône) ;
  • Aurentius : Aurensan ( Gers, H.-Pyr.) et Aurent (Alpes-de-Hte-Prov.) ;
  • Auricius : Aurice ( Landes ) et Auris ( Isère) ;
  • Aurinus : Aurin (H.-Gar.).

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La devinette

Une commune française porte un nom de saint complété par celui du ( tout petit ) pays environnant. Elle doit sa notoriété, acquise au début du XIXè siècle et qui connut des hauts et des bas, à un vaste ensemble destiné aux curistes qu’elle partage avec la commune voisine et qui porte le nom dudit pays accompagné d’un déterminant à vocation touristique.

C’est le nom du pays qui a un rapport avec l’or si on en croit ses formes les plus anciennes. Ce nom a évolué jusqu’à devenir presque méconnaissable, ce qui a poussé certains érudits locaux à trouver des étymologies pseudo-savantes censées donner plus de crédit aux vertus curatives du lieu.

Quel est ce nom ?

Un indice :

Grenoble au temps des Gaulois
Grenoble au temps des Gaulois

et un autre :

indice a 09 12 18indice b 09 12 18

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