Les indices du mardi 14/09/2021

Ma dernière devinette n’a pas trouvé preneur …

J’en rappelle l’énoncé :

 

Comme pour la devinette précédente, il vous faudra trouver un micro-toponyme de France métropolitaine, méridionale cette fois, lié à la noix et qui n’existe qu’ à un seul exemplaire (et cette fois, j’en suis sûr !).

Il n’y a rien de remarquable à dire sur ce lieu-dit, sauf peut-être que son église a été entièrement rasée pendant les rebellions huguenotes.

Dauzat & Rostaing (DENLF*) comme E. Nègre (TGF*) expliquent le nom de la commune qui abrite ce lieu-dit par un nom d’homme, gaulois pour les premiers, latin pour le second, mais de manière inhabituelle sans suffixation. Des auteurs plus récents préfèrent voir dans ce nom un rappel des marais pour la plupart aujourd’hui asséchés qui caractérisaient la région, soit par une racine hydronymique pré-latine soit par un dérivé bas-latin (non attesté) d’un mot latin lié lui aussi à l’eau. Ce même radical se lit, à peu de choses près, dans d’autres toponymes et hydronymes du même département, dont le nom d’un ruisseau qui coule dans la commune qui nous intéresse.

Cette commune s’est développée à quelques kilomètres d’un premier village qu’elle a fini par supplanter au Moyen Âge et dont elle a pris le nom. L’ancien village existe encore avec un nom un peu modifié et les deux communes sont aujourd’hui limitrophes.

Deux indices :

■ une gravure :

indice b 12 09 2021

■ une illustration :

indice d 12 09 2021

les indices du mardi

■ une case de bédé (on ne se refait pas !) :

indice c 12 09 2021

■ une photo :

indice b 13 09 2021

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Les noyers II : la noix du Sud

Le noyer, Juglans regia L., est un arbre très commun, cultivé pour son bois et ses fruits, les noix. Présent dans toute la France, il a fourni de très nombreux toponymes. Je m’intéresse aujourd’hui à la partie méridionale de notre pays (c’est quand même celle que je connais le mieux) après avoir vu les noyers du Nord dans un précédent billet.

noyer

Dans le Midi de la France, la présence de noyers était une caractéristique quasi obligée de la propriété, d’où la présence de noyers ou noiseraies dans la toponymie méridionale.

Le latin nux, nucis, « noix, noyer », a donné nucaria, « noiseraie ». En occitan méridional, le c entre voyelles s’affaiblit en g, d’où noga pour « noix » que l’on retrouve en occitan dans noguièr, « noyer », et noguèira, « noiseraie ». Un autre dérivé collectif de noguièr, avec le suffixe latin –etum, a donné, toujours en occitan, le masculin nogaret et le féminin nogareda.

Ces différents noms  se retrouvent en toponymie soit tels quels, soit au diminutif, soit encore avec des variantes dues par exemple à la palatalisation du g en z, habituelle au sud du Massif Central, ou même à sa chute complète.

Nouguier, Nouguière, Nozière

 

Nouguier (nom masculin) se retrouve dans le nom de Nouguier (Bollène, Vauc.), Nouguier d’Esquier (Tardeau, Var, avec esquier, « gauche ») et des Mas Nouguier (Saint-Cézaire-de-Gauzignan, Gard ; Valmascle, Hér. etc.). Dans ces deux derniers cas, Nouguier représente un nom de famille. Le pluriel se lit dans le nom de Nouguiès (à Camboulazet, Av.).

Nougier (nm) : cette forme nord-occitane se voit en Ardèche à Saint-Joseph-des-Bancs et à Vesseaux et la variante nugier apparait dans Le Nogier (Malarce-sur-la-Thines, Ardèche, Nogerio en 1464) et Le Nugier à Laval (H.-Loire). La forme francisée, noyer, se retrouve au singulier dans Le Noyer (Saint-Bonnet-de-Champsaur, H.-Alpes, Naugerium en 1152),  et au pluriel à Noyers-sur-Jabron (Alpes-de-H.-P.) et bien d’autres répartis sur toute la France. Enfin, avec perte du g intervocalique, citons la mention de l’arbre isolé par Noé (H.-Gar., de Noerio en 1267).

Nouguière (nom féminin) apparait dans La Basse Nouguière (Vérignon, Var), la Grande Nouguière (Aiguines, id.), etc. On rencontre aussi une variante La Noguière (Le Muy, Var ; Vesseaux, Ardèche, où on a déjà rencontré le masculin nougier). Le féminin se lit dans le nom du Puy de La Nugère à Volvic (P.-de-D.) et le pluriel dans celui de Noguères (P.-Atl.). Avec l’agglutination de l’article apparaissent les noms de Lanouguère (Ozenx, P.-A. ; Garravet, Gers) et, avec un augmentatif péjoratif, de Lanougarasse (Allières, Ariège).

Nozières (nf) : le produit normal du latin nux, nucem est notz, nose en occitan, quand le c devant e s’est palatalisé en ts. Le collectif en –ièra, nosièra, « noiseraie », a donné les formes en nozière. C’est ainsi qu’on trouve le nom de Nozières (Ardèche et Cher) et de Boucoiran-et-Nozières (Gard) ainsi que de nombreux lieux-dits Nozières dans l’Aveyron (à Broquiès, Druilhe, Saint-Sever),  dans le Cantal (à Dienne), dans le Lot (à Gramat), en Lozère (à Ispagnac et Aumont-Aubrac), etc. Notons Les Nouzières, une montagne à Bréau-et-Salagosse (Gard). Le double suffixe en –aret a donné la forme Nouzaret (Rocles, Ardèche).

 

Camille-Pissarro-Noyer

 

Camille Pissaro – 1894

Nogaret, Nougarède

Nogaret, du bas latin *nucaretum, se retrouve à Nogaret (H.-Gar., Nogaretum en 1266), à Gontaud-de-Nogaret (Lot-et-Gar., avec Gontaud du nom d’homme germanique Guntwald). à Saint-Pierre-de-Nogaret (Loz.) et dans de nombreux lieux-dits Nogaret  en Lozère (Saint-Julien-des-Points, Saint-Germain-de-Calberte, Saint-Martin-de-Lansuscle), dans l’Hérault (Roqueronde), etc.  La variante Nougaret est présente par exemple en Haute-Garonne à Peyssies, dans le Tarn à Puylaurens et Le Nougaret dans le Gers à l’Isle-Jourdain, etc. Signalons Le Noiret à Saint-André d’Embrun (H.-Alpes) attesté Noaretum en1320 issu de *nocaretum après la chute du c intervocalique et attraction de l’adjectif « noir ».

■ la palatalisation du g en j est à l’origine de noms comme Nojaret (Grand-Brassac, Dord. ; Bonnevaux-et-Hiverne, Gard ; Badaroux, Loz. ; Vialas, Loz.)

■ La palatalisation du g en z a fourni des noms comme Nouzaret (Rocles, Thueyts, Sablières, etc. Ardèche) et Le Nouzaret (Saint-Joseph-des-Bancs, Vals-les-Bains, id.) ainsi que Noseret à Laruns (P.-A.).

■ La chute du g intervocalique est à l’origine du nom de Noharet (Accons et Arlebosc, Ardèche) et de Le Noharet (Bourg-Argental et Saint-Joseph-des-Bancs, Loire). Le suffixe collectif etu/eta (pluriel) est représenté par Nohèdes à Prades (P.-O.), du bas-latin nuceta qui a sans doute été influencé par nogareda, est devenu nogueda puis a perdu son g intervocalique, tandis qu’on attendrait Nuzet ou Nouzet (voir plus bas).

■ une autre forme apparait dans les noms de Noyarey (Isère, Nogareto en 1080), Noyeray (à Faverges, Sav.) et Le Noyarey (à Saint-Agnès, Isère).

■ La forme féminine occitane nogareda et ses variantes nord-occitanes nojareda (Lozère) et nozarèda (Vivarais) se retrouvent dans des noms comme La Nougarède (Le Fleix, Dord. ; Soudorgues, Gard ; Casseneuil, L.-et-G.), La Nogarède (Servas, Gard), La Nojarède (Aujac, Gard ; Chanac, Loz.), La Noujarède (Saint-Pardoux-la-Rivière, Dord. ; Collet-de-Dèze, Loz.), La Nouzarède (Joyeuse, Ardèche), etc. Notons le ruisseau de la Nougarède à Mourèze (Hér.).

■ le produit corse *nux-eta apparait dans le nom de Noceta (H.-C.).

 

Les autres collectifs

En occitan, le double suffixe -airòla/-eiròla est la marque du collectif dans les noms de Nouzerolles (Creuse, Noezirolas en 1209),  Nozeyrolles (à Auvers, H.-Loire), Nozerolles (à Saint-Mary-le-Plain, Cantal et à Chaulhac, Loz.) et Nuzerolles (à Anglards, id.). 

Le même suffixe apparait dans les noms de Nougayrol (Trévien, Tarn), de Le Nougayrol (La Cavalerie, Aveyron, mas del Nogairol en 1185), de Nogairols (Nîmes, Gard) et, au féminin, dans le nom de Nougayroles (à Lunac et à Saint-Affrique, Aveyron). Sa variante nord-occitane, avec palatalisation du g en j, se retrouve à La Nugerolle à Saint-Donat (P.-de-D.) et à Nogeirols à Ponteil-et-Bressis (Gard)

La forme nogaròl/nogaròu, avec l final vocalisé en u, a donné Nogaro (Gers, burgenses Nugarolenses en 1253) et son diminutif Nougarolet (id.).

Le collectif –at (du latin –atum, pluriel –ata) se lit dans les noms de Nougarate à Villelongue (H.-Pyr.) et à L’Herm (Ariège) ainsi que dans celui de La Noyera à Miribel (Drôme).

Le nom de Nouzerines (Creuse) est composé de nucarium (donnant nouzier, cf. plus haut) accompagné du duffixe –ina, sous-entendu terra, avec le sens de « terre propice au noyer ».

 

La noix toute seule

Certains toponymes parlent de noix, notz, noz, nose, comme d’autres parlent de blé (cf. Le Blat, La Blatte …) pour désigner le lieu où les noyers et donc les noix, source d’huile, sont abondants. C’est ainsi qu’on trouve les lieux-dits Nux à Barran (Gers), Nuces à Moyravès et Valady (Av.) et Nouix à Saint-Saturnin (Cantal, Noetz en 1543, Noex en 1595 et Noix en 1676).

Avec le suffixe collectif –etum/eta, pour « ensemble de noix » plutôt qu’« ensemble de noyers », on obtient les noms de Nouzet à Saint-Rome-de-Cernon (Av.,  avec le nom de la rivière issu d’un hydronyme préceltique *ser), à Eyzerac (Dord., Nozetum en 1461) ou encore à Aizac (Ardèche). Ce nom, comme d’autres liés au noyer, est devenu patronyme, attesté comme tel dès le XVIè siècle, et a ainsi migré jusqu’au Cher où on trouve à Chezal-Benoit un hameau Le Nouzet, dit le terrouer de Nouzet en 1536, dont le nom est passé au ruisseau du Nouzet dit plus simplement le Nouzet.

Quant à la petite noix, occitan nosilha, elle est représentée par La Nouzille à Saint-Laurent-sur-Gore, dans la Haute-Vienne.

Le basque

Pour être tout à fait complet à propos des parlers du Sud, notons que le basque emploie intzaur ou eltzaur selon les dialectes pour désigner le noyer. Il donne le lieu-dit Insharga à Saint-Pée-sur-Nivelle (P.-A.), c’est-à-dire intzauraga, « lieu de noyers, noiseraie », et de nombreux noms de maisons Inchauspe, « sous le noyer » ou encore Inzaurgazteta, « lieu des jeunes noyers », à Anhaux (P.-A.).

♦♦♦

Comme personne ne le fait et que charité bien ordonnée commence par soi-même, je me félicite chaleureusement pour le choix des titres de ces deux billets : la vnoix du Nord et la crnoix du Sud.

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Comme pour la devinette précédente, il vous faudra trouver un micro-toponyme de France métropolitaine, méridionale cette fois, lié à la noix et qui n’existe qu’ à un seul exemplaire (et cette fois, j’en suis sûr !).

Il n’y a rien de remarquable à dire sur ce lieu-dit, sauf peut-être que son église a été entièrement rasée pendant les rebellions huguenotes.

Dauzat & Rostaing (DENLF*) comme E. Nègre (TGF*) expliquent le nom de la commune qui abrite ce lieu-dit par un nom d’homme, gaulois pour les premiers, latin pour le second, mais de manière inhabituelle sans suffixation. Des auteurs plus récents préfèrent voir dans ce nom un rappel des marais pour la plupart aujourd’hui asséchés qui caractérisaient la région, soit par une racine hydronymique pré-latine soit par un dérivé bas-latin (non attesté) d’un mot latin lié lui aussi à l’eau. Ce même radical se lit, à peu de choses près, dans d’autres toponymes et hydronymes du même département, dont le nom d’un ruisseau qui coule dans la commune qui nous intéresse.

Cette commune s’est développée à quelques kilomètres d’un premier village qu’elle a fini par supplanter au Moyen Âge et dont elle a pris le nom. L’ancien village existe encore avec un nom un peu modifié et les deux communes sont aujourd’hui limitrophes.

Deux indices :

■ une gravure :

indice b 12 09 2021

■ une illustration :

indice d 12 09 2021

 

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Le noyer I : la noix du Nord

Je me suis déjà intéressé sur ce blog à beaucoup d’arbres comme au chêne il y a déjà dix ans, au hêtre il y a cinq ans, au tilleul et à d’autres que je vous laisse chercher. J’avais délibérément laissé de côté le noyer qui est si représenté dans notre toponymie (pensez : plus de cinq cents lieux portent le nom tout simple de Noyer(s) !) que la tâche me semblait quasi impossible. Je me lance aujourd’hui en divisant grosso modo le travail entre langue d’oïl et langue d’oc.

France dialectale

Aujourd’hui, c’est le Nord.

 

Le latin nux, nucis désignait à l’origine tout fruit à écale et à amande dont la « noix ». Pour la différencier des autres, on appela cette dernière, portée au pinacle, nux juglans, « gland de Jupiter ». Noblesse oblige, nux finit par ne plus désigner que la noix du noyer. C’est Linné qui choisit d’appeler l’arbre Juglans regia.

C’est le collectif latin masculin nucarius qui est à l’origine de notre « noyer », de la même façon que filix a donné le féminin filicaria puis  « fougère ».

 

 

 

 

 

 

Les habitués de ce blog connaissent mon goût pour le classement (« Je ne suis pas à proprement parler ce qu’on appelle un maniaque. Simplement j’aime que tout brille et que tout soit bien rangé.» ) … mais, bon, ici ça part tellement dans tous les sens que le classement risque de laisser à désirer … Qu’on veuille bien m’en excuser. Bon, oui, d’accord : c’est un classement à la noix. Voilà, celle-là, c’est fait.

 

Noyer simple

Plusieurs communes portent ce nom, le plus souvent au pluriel : Noyers (Eure, Loiret, Haute-Marne, Yonne), Noyers-Pont-Maugis (Ardennes), N.-Auzécourt (Meuse), N.-Bocage (Calv.), N.-Saint-Martin (Oise) et N.-sur-Cher (L.-et-C.). Le singulier se lit dans les noms de Le Noyer (Cher) et de Le Noyer-en-Ouche (Eure).

Le nom de l’arbre peut aussi servir de déterminant comme à Saint-Aignan-des-Noyers (Cher), à Saint-Martin-des Noyers et Sainte-Radégonde-des-Noyers (Vendée) et à La Chapelle-du-Noyer (E.-et-L.).

Where is the Saint ?

L’oïl noier, nouiier se retrouve au pluriel dans le nom de Noards (Eure, Nouiers et Nuces au XIVè siècle puis Nouars en 1484 qui est une réfection sur le latin nucarius)  et au singulier dans le nom de Noé-les-Mallets (Aube, Nucerium vers 1095). Le franco-provençal noyé a abouti de la même façon à Les Noés (Loire, Noyer en 1642).

Les noms de Nods (Doubs, Nox en 1271, aujourd’hui dans Premiers-Sapins) et de Nod-sur-Seine (Nou en 1158) semblent être eux aussi issus du latin nux, « noix », mais une confusion est possible avec le gaulois nauda, « lieu marécageux » qui a donné de nombreux noms comme Les Noés (Aube), Noeux-les-Mines (P.-de-C.), La Noue (Marne), etc.

Les noms de lieux-dits sont beaucoup plus nombreux, plus de cinq cents comme je l’ai déjà dit, avec toutes sortes de déterminants (Grands, Petits, Trois, Quatre, etc.) ou servant de déterminant (Clos du Noyer, Champ, etc.).

Notons que ce nom simple de Noyer(s) est aussi présent en zone méridionale par exemple à Noyers-sur-Jabron (Alpes-de-H.-P.) comme nous le verrons dans l’article suivant.

Noyer suffixé

Avec le suffixe péjoratif latin -aster, on aboutit à Nourard-le-Franc (Oise, Nouerastum en 1124) et à Nouâtre (I.-et-L., Nogastrum en 925), de « vilains noyers ».

Avec le diminutif masculin -eolum on trouve Noreuil (P.-de-C., Nugerol en 1115) et Viry-Noureuil (Aisne) tandis que le féminin -eola a donné Norolles (Calv.).

 

Collectif en –etum

La forme collective du type *nucaretum est à l’origine, après chute du –t– intervocalique, des noms de Nauroy (Aisne, Nogaredum en 1104) et de Beine-Nauroy (Marne, avec Beine du gaulois baua, « boue ») ainsi que de Noroy (Oise), Noroy-le-Bourg (H.-Saône), Noroy-lès-Jussey (H.-Saône, aujourd’hui dans Jussey) et Noroy-sur-Ourcq (Aisne). Neurey-en-Vaux (H.-Saône, Nureto en 1144) et Neurey-lès-la-Demie (H.-Saône) sont aussi d’anciennes *noerei, *noeray, *noeroi, « ensemble de noyers ».

Le doublement non étymologique du –r– a donné Norrey-en-Auge (Calv.), Saint-Manvieu-Norrey (Calv., ex Norrey-en-Bessin), Norrois (Marne), Norroy(-sur-Vair) (Vosges), Norroy-le-Veneur (Mos.), Norroy-le-Sec (M.-et-M.) et Nourray (L.-et-C.).

Where is the Gay ?

Formés sur le même suffixe collectif –etum , on trouve des noms comme celui de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis, Nucitus Superior en 862) ou de Noisiel (S.-et-M., Nucido en 841 ) et Noiseau (Val-de-Marne) qui sont des formes diminutives intervenues après l’an mil. S’appuyant sur l’étymologie assurée de Noisy-le-Sec, la plupart des toponymistes s’accordent pour attribuer la même à Noisy-sur-École (S.-et-M., Noisaco en 1222), Noisy-le-Grand (Seine-S.-D., Nociacum en 1089), Noisy-sur-Oise (Val-d’Oise), Noisy-le-Roi (Yv., Nusiacum au XIIIè s.) et Noisy-Rudignon (S.-et-M., Nosiacum en 1164) en expliquant que les finales pourtant attestées –iaco seraient de mauvaises latinisations, –ce(tum) passant à ci (TGF*). C’est cette même explication qui est donnée pour le nom de Nozay ( L.-Atl., Noziacum en 1076) et aussi, par analogie, pour celui de Nozay (Aube, Essonne). Une discussion est toutefois possible avec ces derniers noms si on les compare avec le nom de Noizé (D.-Sèvres, aujourd’hui dans Plaine-et-Vallées) qui était Nausiacus en 955 où apparait le nom d’homme latin Nautius accompagné du suffixe acum.

Où est Charlie ?

 

… et quelques autres

Noyelles-en-Chaussée (Somme), qui était Noguenariam en 1035 (à lire *Nogueriam), Noguerias en 1053 puis Noyelles en 1121, Noerotes en 1159 et Noerotarum en 1175, est sans aucun doute une ancienne noyeraie en langue d’oïl, « lieu planté de noyers », qui a subi l’attraction du nom de Noyelles-sur-Mer du même département qui est une ancienne Nigella du germanique nige, « nouveau », et latin villa, « domaine ».

Noiremont (Oise) : Noiresmont en 1150, Noeroimont en 1157, Nooroismont en 1174 et Noiremont en 1203 est issu de l’oïl noeroi, « ensemble de noyers » et mont : il s’agissait du « mont de la noiseraie » ou de la « noiseraie du mont ».

Nozeroy (Jura) : Noiseroi en 1262 est la variante masculine de l’oïl noiseraie.

… dans des parlers locaux

On trouve dans des ouvrages spécialisés (notamment le GTD* , dit « le Pégorier ») différents termes dialectaux pour désigner la noix, le noyer ou la noiseraie. Quelques uns d’entre eux ont fourni des toponymes, souvent des lieux-dits, hameaux ou écarts habités mais plus souvent encore des lieux non habités (bois, forêts, champs, etc.). En voici quelques exemples :

  • On parle, notamment en Saintonge, de nougeraie (avec des variantes nougerasse, nougerat, nougère) comme La Nougeraie à Marigny (Deux-Sèvres), La Nougère à Thevel-Saint-Julien (Indre) ou le Nougerat à Melleran (Deux-Sèvres) et bien d’autres.
  • On parle aussi, particulièrement dans le Centre, de noraie ou nôraie comme pour La Noraie à Paulmy (I.-et-L.), Les Noraies à Souzay-Champigny (M.-et-L.), etc.
  • Nouis se dit pour la noix en Normandie comme pour les Grandes et les Petites Nouis à Héloup (Orne) et dans les Pays de la Loire comme pour les Nouis à Beaumont-sur-Sarthe (Sarthe), etc.

Le breton kraonneg, « noiseraie », ne semble apparaitre dans aucun toponyme (mais je me trompe peut-être : s’il y a des Bretons dans la salle…).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver un micro-toponyme, bien entendu lié au noyer, qui n’apparait (que je sache) qu’à cinq exemplaires, tous dans le même département de France métropolitaine et de langue d’oïl : deux fois pour des lieux-dits habités (et leur voie d’accès que je ne compte pas), deux fois pour des lieux-dits non habités et une fois au féminin pour un autre lieu-dit inhabité — qu’on numérotera par commodité de T1 à T5. (j’ai l’impression de faire du TRS !).

■ géographie :

Les communes C1 et C2, abritant T1 et T2, sont séparées par une vingtaine de kilomètres et situées dans le même arrondissement dont le chef-lieu sera dit A1.

La commune C3 qui abrite T3 est à une centaine de kilomètres de C1 et de C2 et dans un arrondissement dont le chef-lieu sera dit A2.

Les communes C4 et C5, abritant T4 et T5, sont séparées par une vingtaine kilomètres et situées dans le même arrondissement dont le chef-lieu A3 est aussi la préfecture du département.

La commune C3 est à une cinquantaine de kilomètres de C4 et à soixante-quinze kilomètres de C5.

■ toponymie :

C1 et A1 sont des toponymes formés chacun d’un nom d’homme germanique différent accompagné d’un suffixe lui aussi germanique.

C2 est un hagiotoponyme déterminé par le nom de la région (dont l’étymologie est si discutée que je ne me risque pas à vous donner d’indices à ce sujet …).

Le nom d’A2 a quelque chose à voir avec une figure géométrique — mais ça, c’est plutôt vache !

Le nom de C3 signifie « terrain clôturé ».

Le nom de C4 est issu de celui d’un homme gaulois.

Le nom de C5 est lié au travail du fer.

■ un tableau :

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Et hop.

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