Rugby pacifique

Il n’aura échappé à personne que se joue actuellement la coupe du Monde de rugby ( pour ceux qui vivent sur une autre planète, je rappelle que le rugby est un sport qui se joue à quinze contre quinze avec un ballon ovale et qu’à la fin ce sont les Néo-Zélandais qui gagnent).

Un débat animé dans la queue de ma boulangerie ce matin, avant le match qui devait opposer les Français aux Tongiens*, m’a fait comprendre que la plupart des chalands n’avaient qu’une très vague idée de là où il fallait placer ces adversaires sur la mappemonde. Et le score ne s’améliorait guère avec les Fidjiens ou les Samoans. Seuls les Néo-Zélandais étaient à peu près bien situés, à droite de l’Australie, comme la Nouvelle-Calédonie.

En avant, donc.

Nouvelle-Zélande :

Cet ensemble d’îles est en effet situé en bas à droite ( au sud-est ) de l’Australie, en plein océan Pacifique :

Il fut découvert en 1642 par le navigateur hollandais Abel Tasman. Quatre de ses hommes ayant été tués par des indigènes maoris, il s’éloigna prudemment en mentionnant sur sa carte, en néerlandais, Moordenaars Baai, la « baie des Meurtriers ». Pensant que cette terre pouvait être une partie du mythique continent austral, il laissa aux autorités des États généraux des Provinces unies le soin d’en décider et, en attendant, appela ce pays Staatenlandt, « le pays des États ». N’ayant pas les moyens de trancher, les autorités adoptèrent l’appellation de Nieuwe Zeeland, « Nouvelle Zélande », en référence à la Zélande riveraine de l’embouchure de l’Escaut. C’est James Cook qui, ayant entrepris en 1769 d’explorer l’ensemble des côtes, démontra l’insularité de cette terre. Quand celle-ci fut annexée par la Grande-Bretagne en 1840, le nom néerlandais entré dans l’usage fut conservé mais anglicisé en New Zeeland, New Zeland puis New Zealand avec une curieuse hybridation.

Le nom indigène de l’île du nord Aotearoa, souvent traduit comme « pays du long nuage blanc », est aujourd’hui donné à tout le pays.

Tonga :

cet archipel se trouve au nord-est de la Nouvelle-Zélande :

Les premières des 150 îles de cet archipel furent découvertes par les navigateurs hollandais Schouten en 1616 et Tasman en 1643. Mais l’exploration et les relations avec les indigènes ne furent entreprises que lors des voyages de James Cook en 1773 et 1177. Agréablement surpris par l’accueil aimable et courtois qu’il reçut de la part des indigènes, il proposa le nom de Friendly Islands, « îles amicales ». Ce nom fut traduit en français archipel de l’Amitié ou îles des Amis et en allemand Freundschaftsinsein. On a pourtant continué à appeler l’île principale par son nom indigène Tongatabu, « île ( tonga ) sacrée (tabu ) », souvent réduit à Tonga dans l’usage courant. Ce nom commode et respectueux des traditions indigènes s’est finalement imposé pour désigner l’ensemble de l’archipel et du royaume.

Fidji :

cet ensemble d’îles se trouve à l’est de l’Australie, au nord de la nouvelle-Zélande, au nord-ouest des Tonga:

C’est toujours Abel Tasman qui passa le premier rapidement en 1643 dans cet archipel qu’il proposa d’appeler Prins Willem’s Eilanden, en hommage à Guillaume Ier d’Orange-Nassau. Il ne fut réellement colonisé qu’en 1773 par James Cook qui, reprenant le nom indigène, le nomma en anglais Fiji ( aussi écrit Feejee ), devenu en allemand Fidschi et en français Fidji. En réalité, Fiji est le nom de ces îles dans le dialecte de Tonga, où James Cook a semble-t-il pris d’abord les informations utiles. Dans le parler fidjien, le même nom a la forme Viti : la grande île de l’ouest s’appelle Viti Levu, « la grande Viti ». On ne connait pas le sens du mot viti.

Samoa :

Toujours à l’est de l’Australie, à l’est des Fidji :

C’est en 1722 que le navigateur hollandais Jacob Roggeveen découvrit ces îles ou du moins une partie d’entre elles. Il les nomma Boumans Eilander, du nom du capitaine Cornelis Bouman, commandant un des bateaux de l’expédition, qui les aperçut le premier. Ce nom fut étendu à tout l’archipel notamment par Charles de Brosses quand il écrivit son Histoire des navigations aux terres australes en 1756. Cependant, en 1788, Louis Antoine de Bougainville préféra les baptiser Isles des Navigateurs parce qu’à son arrivée il fut accueilli et escorté par une volée de petits bateaux menés de façon experte par les indigènes. C’est pourtant le nom local de Samoa qui l’a finalement emporté. L’hypothèse de l’origine de ce nom d’après celui d’un légendaire grand chef d’envahisseurs ( venus de Tonga ?) ne repose sur rien. Un rapprochement avec le nom maori du moa, un grand oiseau incapable de voler, a été fait en s’appuyant sur l’existence de toponymes néo-zélandais hybrides anglo-maoris comme Moa Flat, Moa Creek, Moa Point, etc. correspondant à des endroits où on a trouvé des ossements de ces oiseaux aujourd’hui disparus. Mais on ne voit pas alors quelle serait la signification de la première partie du composé Samoa.

*la France l’a difficilement emporté 23 à 21. Ouf.

P.S. vue l’heure tardive à laquelle je me suis mis à la rédaction de ce billet, le temps me manque pour vous proposer une devinette digne de ce nom. Il vous faudra patienter …

Thomson’s Barnyard ( répàladev)

Ma dernière devinette n’a été résolue que par TRS, après la publication des indices.

Il fallait trouver le Thomson’s Barnyard ( « la basse-cour de Thomson » ) autrement appelé  Farmyard Patch (« la cour de ferme »). Il s’agit d’une région du sud de la Nouvelle-Zélande dont on avait confié l’exploration et l’aménagement à un ingénieur, par ailleurs artiste, qui avait fait ses preuves à Singapour, nommé John Turnbull Thomson ( né le 10 Août 1821 à Glororum, Northumberland, Angleterre – mort le 16 Octobre 1884 à Invercargill, Nouvelle-Zélande).

John-Turnbull-Thomson

Géographiquement, cette région correspond au Central-Otago et au Maniototo, au sud de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande.

Otago

Tandis qu’il proposait des noms maoris pour nommer les rivières qu’il croisait, l’autorité administrative coloniale les refusait les uns après les autres.

En réponse (du moins si on fait foi à une explication généralement admise mais sans preuve formelle), il décida de baptiser ces rivières à partir de noms d’animaux ordinaires dans le dialecte du Northumberland dont il était originaire, suivis du mot burn dans le sens de « cours d’eau ». On croise ainsi entre autres :

  • Kyeburn : bétail, troupeau de vaches ;
  • Hoggetburn : verrat ;
  • Sowburn : truie ;
  • Wedderburn : mouton ;
  • Eweburn : brebis ;
  • Gimmerburn : jeune brebis.

Certains de ces noms sont restés pour désigner les cours d’eau ou la vallée qu’ils baignent, d’autres ont été remplacés, comme Eweburn qui a pris le nom de Ranfurly en hommage au cinquième comte de Ranfurly, gouverneur de Nouvelle-Zélande de 1897 à 1904.

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Les indices

  • La Ferme des animaux  se comprend aisément … quand on connaît la solution.
  • la région d’origine de l’explorateur :

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Il fallait reconnaître le transfert de Napoléon du Bellerophon, qui l’emmenait d’Angleterre, au Northumberland qui le conduira à Sainte-Hélène  ( voir en fin de cette page).

  • pour le pays exploré :

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Collection personnelle de Leveto
Il fallait reconnaître un œuf de jade vert, une pierre appelée aussi « néphrite », car censée être bénéfique pour les maladies rénales. Celui-ci a été rapporté du Brésil par votre serviteur, mais la néphrite est une pierre quasi sacrée pour les Maoris, nommée Pounamu, dont ils font des bijoux, des amulettes et dont ils faisaient, faute de travailler le fer, des herminettes ou des pointes de lance. Le nom maori de l’Île du Sud est Te Wai Pounamu, « le pays de l’eau des pierres vertes ».

  • pour le nom de la mère de l’explorateur :

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Il fallait reconnaître une variante de bleu de Prusse traditionnellement dite bleu de Turnbull, du nom d’un médecin anglais à propos duquel je n’ai pas trouvé d’informations bien précises.

Turnbull, le nom de la mère de John Turnbull Thomson, est celui d’un des plus anciens clans écossais, connu au moins depuis 1315.