Ragueneau (la répàladev)

TRS a rejoint in extremis Jacques C. dans la découverte de la bonne solution à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Ragueneau, un canton et une municipalité du Québec, Canada. (wiki)

Capture d’écran ragueneauC’est le missionnaire jésuite Paul Ragueneau (1608-1680) qui a donné son nom à ce canton et à cette municipalité de la Côte-Nord respectivement proclamé en 1920 et créée en 1951.

père ragueneau Le père Ragueneau (source)

Le père Ragueneau arrive à Québec en 1636. Après y avoir œuvré de 1637 à 1645,  il est nommé supérieur de la mission huronne en 1645, poste qu’il détient jusqu’en 1650. Il sera par la suite supérieur des Jésuites de la Nouvelle-France (1650-1653) et membre du Conseil de la Nouvelle-France. De retour en France en 1662, il assume la tâche de procureur des missions de la Nouvelle-France. L’histoire officielle québécoise a retenu qu’en 1650, le père Ragueneau a ramené à Québec les derniers survivants de la nation huronne à la suite du massacre de celle-ci par les Iroquois (la vérité historique est un peu plus complexe et mériterait des compétences que je n’ai pas pour être expliquée — mais Jacques C. , que je remercie par avance, m’a promis de s’y coller : attendons son commentaire).

Les premiers habitants s’établissent sur la rive ouest de la rivière aux Vases, vers 1870. En 1876, dans un rapport à l’évêque de Rimouski, le père Babel confirme la présence de 28 personnes à cet endroit. Il n’existe aucun vestige apparent de cette période. Une deuxième vague de pionniers arrive en 1920, dans le but de cultiver les terres, et un bureau de poste voit finalement le jour, en 1926, sous l’appellation Ragueneau.

Les Innus, quant à eux, désignent ce lieu Ka pitsshus, « là où la mer monte » (cf. page 66).

Érigés en 1994 et conçus par monsieur Rénald Girard,  deux brachiosaures de grandeur nature s’élèvent au bord de l’eau.

NB : Ragueneau ( variantes en  –aud, –ault, –eaud)  est un patronyme, diminutif de Raguin (de la racine germanique ragin, « conseil »), porté notamment en Vendée, Indre-et-loire et Nièvre. On ne sera donc pas surpris de le trouver comme toponyme pour Ragueneau  à Bléré (I.-et-L.), Villedoux (Ch.-Mar.), Tuffé (Sarthe) ou encore Chez Raguenaud à Sainte-Ramée (Ch.-Mar.), La Raguenaudière  à Marans (id.) et d’autres.

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Les indices :

■ le dessin :

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tout le monde aura reconnu Cyrano de Bergerac, le héros éponyme de la pièce d’Edmond Rostand, dans laquelle  on se souvient que le rôtisseur-pâtissier Ragueneau  joue un rôle de quelque importance. L’acte II se déroule entièrement dans sa rôtisserie-pâtisserie et son arrivée, à l’acte IV,  au siège d’Arras, chargé de victuailles, met du baume aux cœurs des cadets.

■ l’extrait de film (Jurassic Parc) montrait des brachiosaures.

■ le titre de la chanson, Quand la mer monte, renvoyait au toponyme amérindien, Ka pitsshus.

mer monte ragueneau

Quand la mer monte à Ragueneau

■ la bédé :

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elle montrait (c’est écrit dessus!) un « Indian Huron » selon Hugo Pratt.

Cyrano

Je me suis demandé, après un titre pareil, s’il était bien nécessaire de poursuivre mais, tout bien réfléchi, je n’ai pas voulu faire trop court

Illustration de Claude Delaunay pour le Cyrano des éditions G.P. , Paris, s1957

Illustration de Claude Delaunay pour le Cyrano de Bergerac

publié aux éditions G.P. à Paris en 1957

Une interpellation de TRS sur le billet précédent, qui faisait référence à mon goût revendiqué de longue date pour le Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, m’a incité à faire ce que je remettais toujours à demain : étudier les patronymes des personnages, tant ils me semblaient tous avoir à faire avec la toponymie.

Mais d’abord, un petit rappel nostalgique et historique : de retour précipité du Brésil en 1964 pour cause d’un sale coup d’État, j’ai passé, avant de redescendre dans mon Midi chéri, quelques années à Paris où mes parents m’ont fait connaître les avantages de la capitale. Parmi ces derniers figurent les représentations de la Comédie française, auxquelles nous étions abonnés. C’est là que j’ai fait connaissance avec Cyrano sous les traits de Jean Piat :

jean-piat-cyrano

On n’a jamais fait mieux, selon moi.  La mise en scène en était si somptueuse que le prix des places avait été augmenté et que les abonnés durent s’acquitter d’un supplément : je pense que la guichetière doit encore se souvenir de la colère paternelle. J’ai découvert plus tard, grâce au VHS ( débrouillez-vous, les jeunes!), la version  antérieure de Daniel Sorano enregistrée pour la RTF ( débrouillez-vous, les jeunes !) que mon père portait aux nues mais que je trouve bien trop académique — ce qui est un comble pour ce drame, vous en conviendrez ! Néanmoins l’INA ( c’est bon pour tout le monde, là ?)  a fait son boulot (Ah! Galabru en Ragueneau!) en conservant cet enregistrement, mais rien ne remplacera pourtant dans ma mémoire — puisqu’il n’y a pas d’autre lieu d’archivage ! — ni mon Jean Piat ni l’architecture branlante de la scène du balcon, ni le carrosse de Ragueneau avec un vrai cheval qui crotta sur scène, ni les reniflements émus du public écoutant le galoubet etc. Et qu’on ne me parle surtout pas de Depardieu ou d’autres comédiens! Cyrano, c’est Jean Piat et qu’on ne revienne pas là-dessus.

Cela étant acquis, voici ce qu’il en est des patronymes ( pour faire simple, je me suis servi de la liste des personnages donnée par l’encyclopédie wiki. ) qui, mon intuition était bonne, ont à voir avec la toponymie :

Bergerac est une localité de Dordogne dont l’attestation la plus ancienne du nom,   Brageyrack en 1100, est due à la chancellerie anglaise, ce qui explique le -k- final. Comme pour  Bragayrac (H.-Gar.) il s’agit d’un dérivé du nom d’homme gallo-romain Bracarius accompagné  du suffixe classique -acum. Bracarius,est lui-même dérivé du gaulois braca, « braie »: il s’agissait probablement d’un fabricant de braies dont le sobriquet a servi à nommer d’abord l’atelier puis la localité elle-même. La métathèse interne à la première syllabe qui fait passer de Brageyrack à Bergerac est attestée depuis 1329, mais les deux formes cohabiteront encore quelques siècles puisqu’on trouvera encore Bregerat en 1608. Sachant que  le nom de la ville est toujours prononcé aujourd’hui bradzèyra en dialecte, on en déduit que  la métathèse n’est pas autochtone, mais due à … la chancellerie française.

Neuvillette : deux communes portent ce nom dont l’étymologie est transparente. La première, sarthoise, s’est appelée Nova vilula en 1125 ; la seconde, dans l’Aisne, était connue comme Nœufvillette en 1390. On peut ajouter La Neuvillette marnaise, Nova villa en 1182, qui se distingue dès 1682 par son article officiel sous la forme La Neufvillette.

 Guiche (La)  :  il s’agit d’un canton de Saône-et-Loire dont le nom  a une étymologie incertaine. Il pourrait s’agir, selon E.Nègre ( cf.Bibliographie), de l’oïl guige ou guiche au sens de «  courroie, ruban » pour rappeler la forme allongée du village ou bien, selon A.Dauzat & C. Rostaing (id.), d’un guichet  au sens de recoin, passage étroit.

Carbon de Castel-Jaloux : en un seul mot, Casteljaloux (Lot-et-G.) est un des plus jolis noms de lieux que je connaisse. Il faut bien sûr comprendre « jaloux » comme une épithète décrivant l’aspect supposé protégé, imprenable, jalousement conservé  du château. Connu  comme «  le château des Vandales » après les  Grandes invasions, il s’est appelé Castedgelos au moins dès 1242. Carbon n’existe pas tel quel mais on peut le rapprocher de Carbonne (H.-Gar.) qui doit son nom au latin carbo, « charbon » : il s’agissait d’un endroit où l’on faisait du charbon de bois.

Carte postale ancienne- Château de Jeanne d'Albret à Casteljaloux

Le Bret : aucune commune ne porte ce nom que l’on retrouve malgré tout dans certains micro-toponymes. L’anthroponyme est, lui, fréquent au sud de Lyon où il désignait celui qui venait de Bretagne : Bret était au Moyen Âge le cas-sujet de « Breton ».  En pays occitan, bret et breton ont aussi désigné le bègue, le baragouineur, etc.(cf. le Barbare ainsi nommé par les Grecs pour cause de mésentente) .

Cuigy : à rapprocher de Cuigy-en- Bray, Cogiacum en 1015, du nom propre romain Codius et suffixe -acum.

Lignière : plusieurs communes portent ce nom-là dans l’Aube, le Cher, l’Indre-et-Loir, le Loir-et-Cher, la Meuse et la Somme et bien d’autres portent un nom similaire avec une orthographe différente ou un déterminant distinctif. Il s’agit dans tous les cas d’un ancien  linarium, linaria, un « lieu où on cultive le lin ». Voilà, s’il en fallait encore, un exemple où la toponymie est utile à l’historien, au sociologue, à l’ethnologue … ou au simple curieux.

Valvert (De) : Edmond Rostand a pris des libertés avec l’orthographe officielle de Vauvert, une commune gardoise nommée Vallis viridis en 1308, la« vallée verte ».

Carte postale ancienne. Vauvert. Le café du Théâtre.
À quelle heure donne-t-on Cyrano ?

Montfleury : plusieurs lieux-dits portent ce nom mais aucune commune. Il est composé du latin mons, « montagne, colline ou simple élévation de terrain » et de Floriacum du nom d’homme latin Florus et suffixe -acum.

Ragueneau : Comme pour le précédent, aucune commune ne porte ce nom mais quelques lieux-dits portent un nom formé sur la racine germanique ragin, « conseil », dont Ragueneau est un diminutif surtout connu en Vendée, dans l’Indre-et-Loire et dans la Nièvre.

Est-il nécessaire de parler de Roxane ? Il ne s’agit pas d’un toponyme… voyez wiki pour de plus amples informations.

Clap de fin :

Fin.