Rezé ( répàladev )

Voici la solution de ma dernière devinette : il fallait trouver Rezé en Loire-Atlantique, première capitale du pays de Retz, au confluent de la Loire et de la Sèvre nantaise.

Le nom de la ville est attesté chez le géographe Ptolémée, au milieu du IIè siècle sous la forme Ρατίατον, Ratiaton, et en 511 sur une monnaie mérovingienne sous la forme Raciate. On reconnait dans ces deux noms le suffixe locatif gaulois -ate qui accompagne le nom gaulois de la fougère, ratis, cité par Marcellus de Bordeaux : Herbae pteridis, id est ficiculae, quae ratis gallice dicitur… Ce terme est un proche parent du vieil irlandais raith, du gallois redhyn et du breton raden « fougère ». On est bien là en présence d’une ancienne « fougeraie ». C’est l’étymologie donnée par Dauzat&Rostaing ( DENLF* ) qui est encore la plus souvent admise aujourd’hui.

Une première hypothèse vite abandonnée faute de preuves avait fait de Rezé la civitas d’un peuple gaulois, les Ratiates, assimilé aux Pictons (A.-F. Lièvre, Les Chemins gaulois entre la Loire et la Gironde, Niort, 1893).

Une ressemblance avec les noms de Razac-de-Saussignac (Dord.), Razac-d’Eymet ( Dord.), Razac-sur-l’Isle ( Dord.) et Rezay ( Cher ) a pu faire penser à une origine selon le nom d’homme latin Rasius ou Ratius accompagné du suffixe –acum, mais les formes anciennes en –ate du nom de Rezé contredisent cette hypothèse — et les rares formes ultérieures en –acum comme Reziacum en 1150 proviennent d’une confusion entre les deux suffixes. De la même façon, le nom de personne gaulois Ratiatus proposé par Ernest Nègre ( TGF* ) semble pouvoir être exclu : il serait un exemple exceptionnel d’emploi pour un toponyme d’un nom d’homme gaulois sans suffixe.

Reste une dernière possibilité soumise par P.-H. Billy ( DNLF* ) qui propose, outre le sens de « fougère » donné à ratis, le sens de « rempart» : la petite ville romaine Ratiatum fondée sous le règne d’Auguste aurait été entourée de murailles. Il semble pourtant qu’après les raids destructeurs des Saxons et des Francs après 260, ce soit Nantes et non Rezé qui fut entourée de remparts, ce qui la favorisera dans sa course à la suprématie régionale. Il semble aussi qu’à son apogée au Ier siècle, Ratiatum n’ait connu que des « petits murs maçonnés », comme on peut le lire dans cette Histoire de Rezé — de Ratiatum à la Cité radieuse ( disponible en archive wiki, armez-vous de patience !) :

« L’ancêtre de Rezé était la deuxième agglomération de la nation pictonne dont la capitale était Poitiers (Limonum). Ratiatum s’étendait le long du Seil (un bras de la Loire qui partait de la Sèvre à Pont-Rousseau pour se jeter dans la Loire en aval de Trentemoult). Le Seil, aujourd’hui comblé, occupait à peu près l’emplacement de la route de Pornic actuelle et Ratiatum allait du Port-au-Blé jusqu’à l’ancien séminaire des Couëts (2, 5 km) sur une largeur de 300 à 500 m à partir du Seil. Ceci représente une ville de 70 hectares environ d’habitat dense, ce qui était très important pour l’époque.La cité était découpée par quartiers avec des fonctions distinctes : résidentielle, commerciale, monumentale etc. L’organisation urbaine de Ratiatum était rigoureuse. Elle était typique des plans romains où des rues nord-sud coupaient en perpendiculaire et à intervalles réguliers des rues est-ouest et délimitaient des îlots de maisons (insulae). Ratiatum fut donc fondée entre l’an 20 (avant J-C) et l’an 10 (après J-C). Ce qui est étonnant c’est qu’en deux ou trois générations, elle atteint son apogée, ce qui suppose un pouvoir d’attraction extraordinaire. Ce pouvoir s’explique sans doute par une parure monumentale très nouvelle dans la région et, surtout, par des atouts économiques exceptionnels. Au temps de sa splendeur, la ville avait fière allure. Bien sûr Ratiatum ne ressemblait pas à Rome avec ses énormes constructions en dur, ses voies superbement dallées, ses marbres et mosaïques. L’agglomération pictonne présentait un fort contraste entre les maisons modestes de la plupart de ses habitants et les riches domus ou les prestigieux monuments publics. Les premières combinaient des nouveautés romaines (petits murs maçonnés de 1,5 m de haut, toits de tuile etc.) et des techniques gauloises (élévations en bois et torchis). »

Le pays de Retz, dont le nom est attesté chez Grégoire de Tours au VIè siècle sous la forme Ratiatensis vicus, doit bien sûr son nom à Rezé. La première graphie « pays de Rais » est aujourd’hui obsolète.

Les indices

■ la sculpture :

Il s’agit de la Main ouverte de Le Corbusier qui créa aussi une Cité radieuse à Rezé.

■ la jolie fleur :

il fallait reconnaître le caryopteris, autrement appelé « barbe bleue ». Gilles de Rais ( ou de Retz ) fut assimilé à La Barbe bleue…

■ la jolie vache :

Ce portrait d’une vache de la race nantaise était censé vous indiquer la région …

L’association de la jolie fleur et de la jolie vache, chère à Brassens, n’était là que pour faire sourire.

*Les abréviations en majuscule renvoient à la Bibliographie ( accessible par le lien en haut à droite de cette page ).