La sardagnole ( réponse à la devinette)

Il restait une réponse à trouver à la dernière question de mon antépénultième   billet :

Quel lieu a donné son nom à un coup de couteau  ?

Personne n’y y est parvenu. Cela ne m’étonne pas outre-mesure : elle était quasiment introuvable sur internet — et ailleurs.

Sardagnole : n.f. Style de maniement du couteau : Quand on pique un client à la base du cou, verticalement, genre « sardagnole », le couteau doit rester dedans. Qu’on se le dise. (Antoine Dominique, Entre le Gorille et les Corses, Gallimard, Série Noire, n° 322, 1956 )

[ trouvé dans le Dictionnaire de l’argot de Jean-Paul Colin et Jean-Pierre Mével avec la collaboration de Christian Leclère, Larousse, 1994 ]*

La seule occurrence de ce mot dans le sens de maniement de couteau que j’ai trouvée sur la toile est issue d’un dictionnaire de l’université de Montréal.

Antoine Dominique, en écrivant « les bandits sardes sont réputés pour leur cruauté », nous donne l’étymologie de cette sardagnole : il s’agit de la Sardaigne, qui était donc le nom de lieu à trouver.

« Et l’étymologie de la  Sardaigne ? », me demanderez-vous. La réponse est simple : on ne la connaît pas.

School of Sardines
Des sardines avant

Tout ce que l’on sait, c’est que le nom français, comme l’italien Sardegna et l’espagnol Cerdaña sont issus du latin Sardinia attesté le plus anciennement au Ier siècle av. J.-C.  chez Varron et Cicéron . Les ethniques Sardinianus et Sardiniensis, qui en sont dérivés, seront supplantés par le plus simple Sardus, à l’origine de notre Sarde. Les équivalents grecs Sardō pour l’île et Sardonios pour le peuple ne nous apprennent rien de plus. Les latins sarda et sardina « petit poisson », comme le rire « sardonique » cité dans une expression énigmatique par Hérodote, nous laissent sur notre faim. On peut lire, au sujet de ce  « sardonique » d’Hérodote , ce texte.

sardines après
Des sardines après

En remontant plus loin dans le temps, au XIIIè siècle av. J.-C. , on trouve les « Peuples de la mer » qui secondèrent les envahisseurs libyens de l’Égypte. Ils étaient au nombre de trois : les Turša, les Šakalaš et … les Šardanes. Les premiers font penser aux Tyrsènes, originaires de Tyr, donc aux Étrusques, les seconds aux Sicules ou Siciliens et les troisièmes à nos  Sardes.

Le nom phénicien de l’île, Shardan, retrouvé sur une stèle punique du VIIè siècle av. J.-C. ne nous en dit pas plus sur sa signification.

Reste une interrogation : les Sardes de Sardaigne auraient-ils quelque chose à voir avec la Sardes d’Asie Mineure ? Si vous en savez quelque chose, de nombreux historiens et toponymistes vous sauraient un immense gré de leur communiquer vos informations accompagnées de vos preuves.

Pour être complet, je rajoute qu’on raconte que les Grecs ont appelé cette île Ichnos soit « pied » parce qu’elle en avait la  forme.

sardaigne a

ou encore là :

sardaigne b

Conclusion : la Sardaigne, c’est le pied !

Et puisque tout finit — presque — toujours en chanson :

* Je ne dirai jamais assez ma collectionnite aiguë de dictionnaires!

P.S. Aquinze, dans son dernier commentaire sur le précédent billet n’était pas loin de la solution. On l’élèvera au grade d’expert, avec nos félicitations, mais on attendra pour en faire un expert confirmé!  😉

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