Complètement rond … ou presque.

Je m’intéresse aujourd’hui aux rondeurs. Non ! pas celles auxquelles vous avez immédiatement pensé, mais celles des reliefs, des surfaces ou des constructions de forme ronde qui ont laissé leur trace en toponymie. Constructions humaines mises à part, il semble que le dénominateur commun des toponymes en « rond », s’il faut en trouver un, soit celui d’un espace dégagé, circulaire ou non, assez important pour l’établissement d’une exploitation rurale (sommet tabulaire de montagne, replat de versant, espace circulaire en plaine, etc.)

Le latin populaire *retundus, issu, par dissimilation de la première syllabe, du classique rotundus, « qui a la forme d’une roue, rond », est à l’origine de l’occitan redond, a, de même sens, et du français « rond, -e » par amuïssement du d intervocalique.

Sur ces termes ont aussi été formés des noms de famille (Rond, Rondel, Redon, Redonnet …) évoquant la rondeur de l’individu, son embonpoint, la grosseur de son ventre. Certains des micro-toponymes que nous verrons peuvent être directement issus de ces noms de famille, comme des Prés ou des Fermes Redond.

Rond, ronde

Je ne m’attarderai pas sur tous les toponymes comportant l’adjectif « rond » ou « ronde » : ils sont beaucoup trop nombreux et de peu d’intérêt. On trouve ainsi quantité de Bois, de Champs, de Fermes, de Chênaies, de Landes, de Noues, de Touches Rond(e)s, etc. répartis sur tout le territoire.

On connait une seule commune nommée La Ronde (Ch.-M., du nom de l’île originelle) ainsi que l’ancienne La Ronde-Haye (Manche, aujourd’hui dans Saint-Sauveur-Villages).

En composition avec « mont », signalant une hauteur arrondie, cet adjectif apparait dans le nom des communes Montrond (H.-A., Jura), Montrond-le-Château (Doubs), M.-les-Bains (Loire), Monts-Ronds (Doubs, qui résulte de la fusion au 1er janvier 2022 de Mérey-sous-M. et Villiers-sous-M.), Montriond (H.-Sav.), Saint-Amand-Montrond (Cher) et Albiez-Montrond (Sav.). Formés sur le même modèle, les oronymes sont bien entendu nombreux avec le mont Rond ou Montrond du Jura à Mijoux dans l’Ain, le Montrond à Givors dans le Rhône, le Montrond à Limony en Ardèche et bien d’autres.

D’autres noms de communes sont composés avec « rond » : Ronchamp (H.-Saône) et Rondefontaine (Doubs), auxquelles on peut ajouter l’ancienne Ronfeugeraie, « lieu rond où poussent les fougères », aujourd’hui dans Athis-Val-de-Rouvre (Orne).

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Le château sur son mont rond

Redon, redonde

C’est dans le domaine occitan, qui a conservé l’adjectif le plus proche du latin originel, qu’on trouve les toponymes formés sur le masculin redon ou le féminin redonde.

Les micro-toponymes sont là aussi très nombreux avec quantité de Bois, Bos ou Bosc Redon, de Camp ou Champ Redon, de Combe Redonde, de Lande Redonde, de Pré ou Prat Redon et bien d’autres.

Les oronymes sont particulièrement nombreux : on compte ainsi une soixantaine de Mont Redon comme à Minerve (Hér.), à Aydat (P.-de-D.), à Lanuéjols (Gard), etc., ainsi qu’une trentaine de Puech Redon comme à Claret (Hér.), autant de Puy Redon comme à Sornac (Corrèze) et de Pech Redon comme à Mirepoix (Ariège), quelques Piéredon comme à Tourves (Var) et un Puig Redon au Tech (P.-O.), tous formés avec des dérivés de podium. Notons encore plusieurs Monte Rotondu ou Monte Rotondo en Corse.

Comme en zone septentrionale, on trouve de nombreux toponymes où redon entre en composition. C’est le cas, avec « mont », de Montredon (Lot), de Montredon-des-Corbières (Aude) et de Montredon-Labessonié (Tarn) ; c’est aussi le cas, avec puech, de Puechredon (Gard) et, avec « château », de Châteauredon (A.-de-H.-P., francisation de Castèl Redon du XVIè siècle). Citons encore quelques noms de lieux-dits comme le Collet Redoun à Montauroux (Var, « col de faible altitude de forme arrondie ») avec une orthographe conforme à la prononciation occitane, ou les diminutifs Redounet à Uzès (Gard) et Redonnel à Mandagout (Gard). N’oublions pas le pont du Redondel à Colombiers (Hér.) qui évoque la forme circulaire de l’étang asséché de Montady (vvlt) ni le quartier de Montredon à Marseille.

Le féminin est tout aussi présent avec de très nombreux La ou Les Redonde(s), des Sagne Redonde, des Combe Redonde, quelques Mate ou Matte Redonde (avec mate), etc.

De même étymologie, le nom « rotonde » a servi à nommer quelques lieux-dits, le plus souvent en lien avec une construction. Il sert aussi depuis 1954 de déterminant au nom de Simiane-la-Rotonde (A.-de-H.-P.) en rappelant la forme octogonale du donjon de son château.

CPA Madrague de Montredon

Les faux amis

La ville de Redon (I.-et-V.), attestée in loco nuncupante Roton en 834 et Rodono en 838, doit son nom au gaulois *rotu, variante de ritu, « gué » (cf. le breton rodo, rodouz de même sens), accompagné du suffixe –one. La persistance du d intervocalique s’explique par le fait que la ville se situe dans la zone linguistique romano-bretonne. Les étymologies proposées par Dauzat & Rostaing (DENLF*), du latin rotundus, et par Nègre (TGF*), du gaulois *roto, « roue », sont à rejeter.

Le nom de Rethondes (Oise), attesté Rotundas et Rethondae au VIIè siècle, de Rotundis en 841, de Rothondis en 873, Retondes en 1177, fait difficulté. Le latin rotundus, dont le t serait tombé dans cette zone de langue d’oïl, semble exclu. E. Nègre (TGF*) propose un latin ructabundus, « qui rote », devenu nom de personne roman *Ructaundus, avec suffixe –as, sous -entendu terras, qui aurait subi l’attraction de rotundus. Dauzat & Rostaing (DENLF*) penchent pour un dérivé du germanique riuti, « défrichement », croisé avec rotundus.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver un nom de lieu de France métropolitaine lié au mot du jour.

Dans la langue régionale, ce lieu porte le même nom issu d’un anthroponyme germanique que  sur la carte de Cassini, mais qui n’a rien à voir avec le nom français actuel qu’il faut trouver.

Deux personnalités étrangères décédées au XXè siècle sont liées à ce lieu, mais vous donner ne serait-ce que des indices pour vous aider à les identifier, serait vous donner la solution, aussi m’abstiendrai-je.

Le nom du pays lui aurait été donné, pour certains, en raison de sa ressemblance avec un toit fait de planchettes et, pour d’autres, parce qu’on y cultivait une certaine variété d’orge.

Le nom du chef-lieu de canton rappelle la qualité de son sol.

Un seul indice :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr