Les villes en -ing

Les lecteurs de LSP auront reconnu dans ce titre un rappel du billet paru sur ce blog le 04 mai dernier dans les commentaire duquel le contributeur qui signe Gus m’interpellait à propos des toponymes terminés en -ing. Voilà ma réponse, certes tardive mais qui a le mérite d’exister.

Ce suffixe -ing, ou plutôt -ingen, est germanique et désignait l’ensemble des personnes vivant dans l’entourage d’un individu. Après les grandes invasions, il a remplacé le suffixe gallo-romain -iacum accolé au nom du propriétaire du domaine.

En raison des différentes prononciations des peuples germaniques qui l’importèrent et des peuples locaux qui l’adoptèrent, ce suffixe a donné en français des terminaisons diverses dont je vous livre ici les plus répandues.

Les royaumes après les invasions barbares

Dans le Nord de la France, zone des Francs saliens, -ingen a donné -ingue comme à Affringues ( P.-de-C., Hafferdinges en 1182 d’après Harifrid), Peuplingues ( P.-de-C., d’après Popilo ) ou, après transformation, Wulverdinghe (Nord, Wulverthinga en 1175 d’après Wulfhard ) ou encore Gravelines ( Nord, Graveninga en 1040, d’après Grawin) etc.

En Lorraine, Luxembourg et dans l’Est de la Belgique, zone des francs Ripuaires, -ingen a évolué le plus souvent en -ange comme à Bertrange ( Luxembourg, Bertingen d’après Berthari ), Morhange ( Moselle, d’après Moricho ), Mondelange ( Mos., Medelinga au XIè siècle d’après Mundilo ), Éblange ( Mos., Ebling en 1606 d’après Ebilo ), etc. Mais on trouve aussi là des formes « pures » comme Dehlingen (Bas-Rhin, Delinguen en 1361 d’après Tailo ) ou Etting ( Mos., Aettingem en 1571 d’après Atto) et les noms cités par Gus sur LSP : Hunting ( d’après Hunto ), Cutting ( Kutto ), Epping ( Eppo ), Alsting ( Adalsidis ), Bébing ( Bobo), Remelfing (Romulf), etc. Notons le cas beaucoup plus récent de Carling, toujours en Moselle, bâti en 1716 sur des terrains concédés par Charles-Louis, comte de Nassau-Sarrebruck, et nommé Karlingen en son honneur.

En Bourgogne, Franche-Comté, Savoie et Dauphiné, -ingen a le plus souvent fourni des toponymes en -ans ou -ens comme Louhans ( S.et-L, ancien Lovingen noté Lauvingum en 915, de Lauba), Mervans ( S.-et-L., de Méroveus), Accolans ( Doubs, de Ascold), Vadans ( Jura, de Waldo ), Ornans ( Doubs, d’après Orno), etc. Mais on trouve aussi quelques toponymes en -ange comme Berthelange ( Doubs, de Bartholf), Bantanges ( S.-et-L, de Bando), Bousselange ( C.-d’Or, de Bucco), etc.

Un enterrement à Ornans – G.Courbet

Enfin, importé dans le Sud-Ouest par les Wisigoths, ce suffixe -ingen a rayonné autour de leur capitale Toulouse, de Carcassonne jusqu’à Agen en passant par l’ouest de l’Albigeois, où il a évolué en -ens/-eins et parfois en -enx/-encs. C’est ainsi que l’on trouve Badens ( Aude, de Bado ), Boussens (H.-G., de Bosso), Maurens (Dord., de Moro ), Giscardenx (Tarn, de Guiscard), Grimaudenx (Tarn, de Grimoald) et bien d’autres parmi lesquels Rabastens (Tarn, de Hratgast) sans lequel la toponymie ne serait pas ce qu’elle est.

Pour finir en beauté et en douceur :

Faute de meilleure inspiration, la devinette de ce dimanche sera facile et devrait permettre à tout le monde de jouer : le nom d’une région française aurait toute sa place dans ce billet. Quel est-il ?

Réponses, que j’espère nombreuses, attendues chez leveto@sfr.fr