Les indices du mardi 24/11/2020

TRS le premier et TRA le second ont déjà trouvé la chanson mystère cachée derrière cet énoncé :

Il vous faudra me donner le titre d’une chanson écrite et interprétée par un couple marié après un évènement survenu sur les bords du Mississippi et reprise par un groupe de rock qui en fit, grâce notamment au jeu d’un de ses membres, un de ses « tubes » qui sera repris à son tour par de nombreux artistes.

Non, pas d’indice ce soir, c’est déjà l’heure d’aller se coucher.

Des indices supplémentaires ? OK. Cadeau !

■ un peu de bédé :

■ et un portrait :

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En descendant le Mississippi

En ces temps confinés, l’envie m’a pris de réécouter ce dimanche après-midi quelques uns de mes vieux disques, sautant d’une plage à l’autre au gré de mon humeur. J’ai ainsi posé sur la platine un vieux Johnny Cash ( qui a dit qu’on s’en serait douté ?) et me suis repassé trois fois Big river pour y être attentif aux paroles. Elles racontent la tristesse d’un homme qui poursuit sa belle qui lui échappe du Minnesota à la Louisiane, tout au long du Mississippi, la big river du titre.

Et pourquoi ne pas faire un billet à propos de ce fleuve ? Ce serait aussi l’occasion de réécouter certaines chansons, c’est toujours ça de gagné !

Après l’aventurier espagnol Hernando de Soto qui en visita le cours inférieur et qui mourut sur ses bords en 1542, il faudra attendre plus d’un siècle pour que les Français Jacques Marquette, un missionnaire jésuite, et Louis Jolliet, un spécialiste en hydrographie, partis du Canada en descendent et en décrivent le cours entier en 1673. Côté nord, ils avaient été précédés par un autre jésuite en mission chez les Sioux de 1665 à 1667, le père Claude Allouez. C’est lui qui mentionne le premier le nom du fleuve sous la graphie Messipi. Côté sud, les Français avaient baptisé fleuve de Colbert son cours inférieur. Ce sont Joliet et Marquette qui confirmèrent que c’était bien le même fleuve qui se jetait dans le golfe du Mexique et que tout son cours pouvait être désigné sous le même nom de Mississippi, qui, dans une langue dakota des Sioux, signifie  « le grand (missi) fleuve (sipi) ». Le géographe, géologue et ethnologue américain Henry Rowe Schoolcraft  découvrit en 1832 un lac que les Ojibwés appelaient  Omashkoozo-zaaga’igan, « le Lac de l’Élan » . Il avait pour habitude de nommer les contrées et les lacs qu’il découvrait en forgeant de toutes pièces leur nom à partir de syllabes ojibwés, latines, grecques voire arabes. Pour ce lac à la source du Mississipi, ce sera donc Itasca, fabriqué à partir du latin veritas caput, « la vraie tête » (du lac), dont la sonorité lui paraissait suffisamment amérindienne. (cf. ce billet).

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Allez! Une pause avec une jolie voix de la country américaine (dans une reprise d’un titre du groupe hollandais Pussycat ) :

 

Du nord au sud, le Mississippi traverse ou longe :

■ le Minnesota : ce nom est lui aussi d’origine siouanne et signifie « l’eau (minne) couleur du ciel (sota) ». Ce même mot minne, accompagné du grec polis, « ville », a donné son nom à Minneapolis, fondée en 1839 près de pittoresques chutes du Mississippi.

■ le Wisconsin : Jolliet et Marquette mentionnent en 1674 le Miskonsing comme affluent du Mississippi. L’écriture Ouisconsin, et donc la prononciation actuelle, serait due à René-Robert Cavelier de la Salle qui aurait mal recopié le M majuscule en écriture cursive utilisé par Jolliet sur une carte, le prenant pour Ou. Il n’est pas douteux que le nom soit d’origine algonquine mais les hypothèses sont très nombreuses quant à sa signification exacte. La plus couramment admise aujourd’hui fait appel à la langue ojibwe où on reconnaitrait « rouge (misko) pierre (ashin) endroit (sin) » : le Wisconsin serait la « rivière des pierres rouges » ( source en anglais).

■ l’Iowa : du nom d’une tribu amérindienne qui y était établie, dont le nom était noté Ayavois ou Ayauois par le jésuite français François-Xavier de Charlevoix en 1744 qui reprenait le nom Ayuhwa que les Sioux donnaient à leurs voisins et dont on dit qu’il signifiait « les endormis ». Ces Amérindiens s’appelaient eux-mêmes Báxoje ou Bah-Koh-Je, « (couleur de) neige grise ».

■ l’llinois : du nom de la tribu des Miami-Illinois qui occupaient le pays au temps de l’exploration par les Français. Ils s’appelaient eux-mêmes irenwe·wa, « ceux qui parlent la bonne langue », nom qui a été repris en ojibwe, peut-être par les Ottawas, sous la forme illinwe  et transcrit Illinois en français, avec oi  prononcé oué (tandis que les anglophones prononcent aujourd’hui oïs). Ce nom est un des rares vestiges de cette tribu, exterminée par les Ottawas vers 1769.

■ le Missouri : du nom d’une tribu que les Illinois appelaient Wimihsoorita, « ceux qui ont des canots », relevé par Jolliet et Marquette, tandis qu’ils s’appelaient eux-mêmes les Niúachi  ou Niutachi, « ceux de la rivière ».

■ le Kentucky : la région ayant été parcourue par une série de tribus amérindiennes qui s’y sont combattues, on hésite à donner l’avantage à un de leurs parlers pour proposer une explication à son nom. L’hypothèse la plus consensuelle est celle d’un nom iroquois, kentakhe, signifiant tout simplement « prairie ». L’hypothèse de la langue shawnee, où le nom signifierait « terre de nos ancêtres », ressemble plus à une étymologie populaire.

Une pause ? Allez! Avec Doc Watson interprétant une chanson de Bill Haley (mais j’aurais pu choisir Arlo Guthrie)

■ le Tennessee : ce nom, probablement emprunté à la langue des Cherokees, a d’abord été donné à une ville construite entre 1770 et 1880, puis a été étendu à un comté en 1788 et est finalement devenu en 1796 celui du 16è État de l’Union. C’est l’explorateur espagnol Juan Pardo qui parle le premier en 1567 d’un village que les Amérindiens appellent Tanasqui. Au XVIIIè siècle, des négociants anglais mentionnent sur une carte en 1725 le village cherokee Tanasi , sans qu’on soit sûr qu’il s’agisse du même. Le nom moderne, Tennessee, apparait pour la première sous la plume du gouverneur de la Caroline du Sud en 1750. De nombreuses significations en ont été proposées (« lieu de rencontre », « rivière venteuse », etc. ) mais il est sans doute préférable de se ranger à l’avis de l’ethnographe James Mooney qui dit que ce nom ne peut être analysé et que son sens s’est perdu.

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 De Memphis (Tennessee) au nord à Vicksburg (Mississippi) au sud, bordé à l’ouest par le Mississipi et par la Yazoo River à l’est, s’étend une région qu’on appelle le Delta ( à ne pas cofondre avec l’embouchure du fleuve dans le golfe du Mexique). Elle est le berceau du Delta Blues dont on attribue la paternité à Charley Patton

 

■ l’Arkansas : ce nom désignait à l’origine, en algonquin, une tribu rencontrée par Jolliet et Marquette qui l’ont transcrit Akamsea en 1673. Plus tard, on trouvera Alkansas (La Harpe, 1720), Arcansas (Dumont, 1753) et enfin Arkansas (Le Page du Pratz, 1757). Dans ces dernières formes, le -s est la marque du pluriel et ne se prononce pas. Néanmoins, il l’a été par les anglophones quand ils ont adopté l’appellation Arkansas pour désigner le nouvel État en 1836 avant de décréter finalement comme seule authentique en 1881 la prononciation à la française sans faire entendre le -s final. La tribu en question, celle des Quapaws, était appelée Akansa par les Algonquins, d’un préfixe a- signalant un ethnonyme et de káze, « ceux du vent du sud ». C’est de cette même racine qu’est issu le nom du peuple Kansa, qui a donné son nom au Kansas, avec le -s  anglais qui se fait entendre.

■ la Louisiane : c’est René-Robert Cavelier de la Salle qui, descendant le Mississippi en 1681-82, prit possession, au nom du roi Louis XIV, d’un vaste territoire arrosé par le fleuve et le dénomma, par un acte du 22 août 1681, la Louisiane. En 1762, une partie, cédée à l’Espagne, devint la Louisiana. À peine revenue à la France, elle fut vendue en 1803 par Napoléon à la nouvelle république des États-Unis et garda en anglais le nom de Louisiana, qui ne désigne plus aujourd’hui qu’une petite partie de la Louisiane du XVIIè siècle.

Et, puisque nous sommes arrivés en Louisiane, je rappelle quatre billets écrits il y a deux lustres quand ses côtes furent repeintes au pétrole ( et d’un, featuring Hank Williams Sr, de deux, de trois et de quatre).

Une autre pause ? d’accord ! Avec cet extrait de Show boat que vous attendiez tous, sans doute, et qui nous rappelle que le fleuve a plusieurs surnoms populaires : Old Man River, the Father of Waters, Muddy River, Old Blue, etc.

mais on peut aussi écouter la version des Temptations.

Et la playlist  n’est pas terminée ! Elle continue, dans le désordre le plus complet, avec le Mississipi Delta de Bobbie Gentry (face B de l’Ode à Billie Joe reprise par Joe Dassin), la Creole Belle de Mississippi John Hurt, le Funky Mississippi de Rufus Thomas, les Chers beaux yeux de la Louisiane de Moïse Robin et bien d’autres que je vous laisse chercher et, pourquoi pas?, nous faire découvrir.

Que les amateurs ne m’en veuillent pas : je n’ai oublié ni la musique cajun ni le zydeco ! Mais ces musiques-là mériteraient un billet à elles seules  …

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Au risque d’en décevoir certains, ma devinette ne sera pas toponymique aujourd’hui (rien trouvé d’original en si peu de temps à me mettre sous la dent) mais musicale.

Il vous faudra me donner le titre d’une chanson écrite et interprétée par un couple marié après un évènement survenu sur les bords du Mississippi et reprise par un groupe de rock qui en fit, grâce notamment au jeu d’un de ses membres, un de ses « tubes » qui sera repris à son tour par de nombreux artistes.

Non, pas d’indice ce soir, c’est déjà l’heure d’aller se coucher.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

 

 

Le Val (répàladev)

Un Intrus, qui le fait savoir par son commentaire au précédent billet, et LGF, juste à temps par courriel, rejoignent TRA dans la découverte de la solution de ma dernière devinette. Ah oui! Et TRS aussi. Félicitations à tous!

Il fallait trouver Le Val, une commune du Var, qu’on appelait déjà del Val vers 1200, de l’occitan val, « vallée », ici au masculin, contrairement au latin vallis, qui a plus souvent donné des toponymes en La Val ou Laval. Le Trésor du Félibrige de Frédéric Mistral donne vau, bau ou bal indifféremment féminin ou masculin et le Petit dictionnaire provençal-français d’Emil Levy (1909) signale aussi ce masculin pour val.

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Le premier blason de la commune, attesté dans l’Armorial général de France (1696), était d’azur au valet de menuisier d’argent.

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On comprend que le valet était ici employé par homophonie avec « vallée », pendant féminin du « val », ce qui faisait « parler » ce blason.

Le conseil municipal du 16 août 1947 décida d’adopter un nouveau blason d’azur aux deux montagnes cousues de sable mouvant des flancs, formant un val planté d’un cep de même feuillé et fruité d’or accolé à un échalas d’argent, surmonté d’un croissant du même.

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On y reconnait l’élément topographique qui a donné son nom au bourg, le val, ainsi que le cep de vigne, dont les fruits sont vinifiés à la cave coopérative des Vignerons de Correns. Pourquoi abandonner le valet de menuisier ? Trop peu connu ou trop roturier ?

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NB : les dessins des blasons sont issus du site Vexillologie provençale de Dominique Cureau.

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Les indices

■ un étal de saucisses :

indice b 15 11 20 Une célèbre foire à la saucisse se tient au Val depuis 1628, avec quelques intermittences. Je vous laisse en découvrir l’origine en suivant ce lien.

 

■ un établi de menuisier :

indice a 17 11 20  Il fallait surtout accorder son attention au valet posé sur l’établi.

 

L’indice du mardi 17/11/2020

   podium seul       

 

  Et un podium pour lui tout seul, un!

TRA est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

Une fois n’est pas coutume, je redonne cette même devinette en tournant son énoncé d’une façon différente.

Il s’agit de trouver une commune de France métropolitaine qui a connu deux blasons successifs :

Le premier, qui montrait un outil servant au travail du bois dont le nom est homophone de celui du bourg au féminin, était donc « parlant ».

Le second, né après la Seconde Guerre mondiale, qui montre l’élément topographique qui donne son nom masculin au bourg, accompagné d’une plante qu’on y cultive, est purement descriptif.

J’accompagnais le premier énoncé de l’indice suivant :

indice b 15 11 20

Je précise que le nom à trouver est en deux mots dont un article et je rajoute ce deuxième indice :

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Blasons parlants (suite)

Une fois de plus en manque d’inspiration, je poursuis mon exploration des blasons parlants avec quatre nouveaux exemples … et une devinette, bien sûr.

 

Claviers (Var)

D’azur aux deux clefs affrontées d’or, pendant en chevron d’un annelet d’argent en chef : le blason de cette commune varoise « parle » mieux  par le latin claves (singulier clavis) que par le français, sans oublier qu’un des premiers sens de clavier est bien celui de « chaisne, ou cercle d’acier, ou d’argent servant à tenir des clefs ensemble » (Acad., 1694).

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Les formes anciennes de Clavero (XIè siècle) et Claviers (dès 1179) montrent une étymologie selon l’ancien occitan clavièr, au sens de « clôture, enclos », qui pouvait être devenu un anthroponyme.

 

La Cadière-d’Azur (Var)

Le blason moderne de cette autre commune varoise est d’azur au tabouret d’or ; au chef cousu de gueules chargé d’un sautoir d’or selon Louis de Bresc (Armotial des communes de Provence, 2002) :

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tandis que D’Hozier (Armorial général de France, 1696) donnait d’azur à la chaire de prédicateur d’or ; au chef cousu de gueules chargé d’un flanchis d’or :

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Quoi qu’il en soit, ces armes ne sont parlantes qu’à travers l’occitan en référence aux formes anciennes du toponyme. Le nom le plus ancien connu date de 993 sous la forme Cathedra et est suivie de Cadera en 1047. E. Nègre (TGF*) voit dans ces noms l’occitan *cap d’ièra, « aire à battre le blé », restitué d’après capsòl, « aire à battre » (sòl ayant tendance à remplacer ièra) avec attraction de cadièra, « chaire » (du latin cathedra). J.Astor (DNFLM*) propose un dérivé de l’occitan cadenèda, « lieu riche en genévriers » (du latin catanus) avec, là aussi, attraction de cadièra.

La substitution d’un tabouret à une chaire de prédicateur reste, pour moi, mystérieuse, sauf à y voir la volonté de préserver une laïcité sans faille…

 

Éguilles (Bouches-du-Rhône)

Commune des Bouches-du-Rhône, Éguilles est blasonnée d’azur à trois aiguilles d’argent rangées en fasce, les deux des flancs le chas en chef, celle du milieu le chas en pointe, chacune surmontée d’une étoile du même.

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Ce sont évidemment les trois aiguilles qui sont parlantes. Les formes anciennes sont : Aculia (1004), Agulia (1056), de castro Agullie (1092) et de Aguilla (1200). E. Nègre (TGF*) y voit un dérivé du nom d’homme latin Aquilius avec le suffixe féminin -a (sous-entendu villa ou terra) tandis que J.Astor (DNFLM*) préfère y voir un dérivé du latin aculeus, « piquant, mordant », ce qui ferait des aiguilles des armes parlantes étymologiques.

 

Gonesse (Val-d’Oise)

De gueules à la tour couverte en dôme d’argent, ouverte, ajourée et maçonnée de sable, accostée à dextre d’une gerbe de blé d’or et à senestre d’un gond enlacé de la lettre capitale S du même ; au chef cousu d’azur semé de fleurs de lis d’or : c’est ainsi qu’est décrit le blason de cette ville du Val-d’Oise.

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Ces armes sont parlantes par le rébus gond + S (esse). La gerbe de blé et la tour, qui symbolise sans doute un four à pain, évoquent le fameux pain de Gonesse.

Les formes anciennes Gaunissa (862)  puis granchia de Gonessa (1198) s’expliquent par le latin gallinacea (villa), « (ferme) aux poules » (TGF*), granche désignant en ancien français la carcasse du poulet.

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les dessins de blasons sont issus du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de leur auteur, Daniel Juric.

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La devinette

Je vous propose de chercher et d’éventuellement trouver le nom d’une commune de France métropolitaine. Comme La Cadière-d’Azur vue plus haut, cette commune possède un blason moderne différent du blason primitif.

Le blason d’aujourd’hui, purement descriptif, montre l’élément topographique qui a donné le nom masculin du bourg accompagné d’un végétal qu’on y cultive.

Le blason primitif était, lui, « parlant » : on n’y voyait qu’un outil de travailleur du bois dont le nom est homophone de celui du bourg au féminin.

Un indice ? Bon.

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Tuffalun (répàladev)

Ma dernière devinette concernait les noms de communes liés à ceux de roches. Elle a été résolue par TRS, LGF et TRA. Bravo à tous les trois!

Il fallait trouver Tuffalun, une commune de Maine-et-Loire, dans l’arrondissement de Saumur.

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L’attestation la plus ancienne que nous ayons du nom de cette commune, déjà sous la forme Tuffalun, date du 17 décembre 2015, jour de la publication de l’arrêté préfectoral qui en officialise la création par le regroupement d’Ambillou-Château, Louerre et Noyant-la-Plaine.

Pour tout savoir sur l’origine de ce nom, nous lisons le premier bulletin municipal annuel, daté de 2016, qui nous apprend que « Fabien Graveleau, maître de conférences en géologie animera une soirée sur l’histoire de nos sous-sols : Tuffeau et Falun. Ses propos expliqueront pourquoi nos villages, nos champs, notre forêt se sont implantés ainsi et que tout naturellement la Commune Nouvelle s’est fait baptiser TUFFALUN ». On passera sur l’inflation des majuscules pour retenir que Tuffalun est un mot valise composé des noms du tuffeau et du falun : il s’agit donc d’un « toponyme fabriqué » (cf. la Pakis-tan-zanie, le Pays du soleil couchant, Wauzhushk Onigum, Flin Flon, et quelques autres).

Ambillou-Château : Ambiloo en 1077, du nom d’homme latin Ambilius et suffixe gaulois -avum.

Louerre : Landrum villa (à lire Laudrum?) en 848 puis Loerra, Loirra en 1050 et Loria en 1076-77. Du gaulois lautro-, « bain, bassin, canal, auge ». Louerre est à la source même de l’Aubance.

Noyant-la-Plaine : Novientus en 644, du gaulois novios, « nouveau », et suffixe gaulois -entum.

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Les indices

■ le monument aux morts :

indice 2 08 11 20 comme beaucoup d’autres, le monument aux morts de La Fère-en-Tardenois (Aisne) a été sculpté par Alfred Benon, né en 1887 à Saumur et mort en 1965 à Limeil-Brévannes. « Sous le pseudonyme de Pierre des Tuffeaux, il se fera également critique d’art pour le quotidien La Nouvelle République

 

■ le petit oiseau :

topelement.jpgce troglodyte rappelait qu’à Louerre, « les hameaux d’Avort, du Vau, de la Haute et Basse Coudre, de la Chaslerie, de la Trésorerie et de la Dronière ponctuent la campagne où de nombreux sites troglodytiques sont à découvrir ».

De manière plus générale, ces sites troglodytiques pouvaient au moins renvoyer vers l’Anjou, le Saumurois.

 

L’indice du mardi 10/11/2020

TRS occupe seul le podium des découvreurs de la solution de ma dernière devinette. Félicitations!

J’ajoute, sur un strapontin, LGF qui émet des doutes en me donnant pourtant la bonne réponse .

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom en un seul mot est fait de ceux de deux roches différentes.

Je précise qu’il s’agit bien de deux noms de roches et pas d’une simple homophonie.

Un  indice   :

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Il faut croire que cette seule indication a suffi à TRS pour faire le taf.

Pour les autres, en voici une nouvelle :

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De quelques roches

Nous avons vu dans le précédent billet le nom d’une commune déterminé par celui de la roche qui y était exploitée, Bécon-les-Granits (M.-et-L.). C’est l’occasion d’explorer les toponymes issus de noms de roches — et non l’inverse : les noms de roches issus de toponymes sont beaucoup trop nombreux et, pour la plupart, bien connus. Je rassure les lithophobes : le billet sera court!

Les argiles et marnes ont déjà été vues à l’occasion de ce billet, le sable, la glaise et le limon dans celui-ci et le sel dans celui-là.

Le gypse et le plâtre

Les besoins en plâtre et en chaux ont suscité des gypsières et des plâtrières. Venu d’Orient par le grec γ υ ́ ψ ο ς puis le latin gypsum, le mot gypse a été introduit au XIVè siècle. On le retrouve, sous sa forme simple, principalement dans le Doubs ( Le Gyps à Nans-sous-Sainte-Anne ) et le Jura (Le Gyp à Plénise, le Col du Gyps à Entre-Deux-Monts, Les Gyps à Syam, Sous le Gyps à Saint-Claude, etc.) et sous des formes suffixées dans ces mêmes départements : la Gypserie à Foncines-le-Bas (Jura), et à Orchamps-Vennes (Doubs) et la Gypsière à Verne (Doubs). D’autres micro-toponymes sont issus de ce même mot mais avec des orthographes différentes comme les Gissières (à Guébling, Mos.), la Gipsière à Persac (Vienne), la Gipière à Sospel (A.-Mar.) ou encore Gypson à Vy-lès-Rupt (H.-Saône). Le nom de Gypseuil à Monts (Oise), anciennement Gipseuil, Gypsueil, Gypsué, montre que, si la première partie est bien issue du gypse, le suffixe -ialo donnant –euil, n’était plus perçu au XIVè siècle.comme désignant la clairière gauloise mais n’était qu’un simple suffixe mentionnant une localité quelconque.

Les Plâtrières existent quant à elles en toute région et sous les formes Plastre ou Plastra dans le Midi. Il serait bien fastidieux et inutile d’en donner la liste, aussi me contentè-je de La Plâtrière de Ménucourt (Val-d’Oise) :

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Le marbre

L’extraction de marbre a donné des noms comme Marbrière, à Cuisia et Rye (Jura), à Faugères (Hér.), à Ardin (D.-Sèvres), à Grasse (A.-Mar.), etc. ou Les Marbrières à La Celle (Var), les Marbrières du Jaur à Saint-Pons-de-Thomières (Hér.), etc. On trouve quelques Marbrerie comme à Eppe-Sauvage (Nord), à Rubécourt-Lamécourt (Ardennes), etc. ainsi que des noms purement descriptifs attachés à des oronymes comme la Pierre de Marbre à Gruyères (Ardennes), la Table de Marbre aux Baux-Sainte-Croix (Eure) ou le Rocher de Marbre Rouge à Ferrère (H.-Pyr.). En occitan, le marbre se dit marme, d’où Les Marmières à Mornas (Vauc.) et à Laran (H.-Pyr.).

Le falun

Utilisé comme amendement calcaire et phosphaté, ce grès coquillier était extrait dans des falunières comme  la Falunière du Moulin Rochas à Amberre (Vienne), La Falunière à Thiverval-Grignon (Yv.) ou Les Falunières à Sainte-Maure-de-Touraine (I.-et-L.).

 

L’ardoise et la lauze

On trouve de nombreux micro-toponymes comme L’Ardoise ou L’Ardoisière sur tout le territoire, mais peu de L’Ardoiserie (  à Sceaux-du-Gâtinais, Loiret, et à La Chapelle-Basse-Mer, Loire-Atlantique). Signalons aussi les Roches Bleues à Mareuil-sur-Lay (Vendée) qui rappelle une ancienne ardoisière. En gascon, l’ardoise est la labassa, d’où le nom de Labassère (H.-Pyr.) et le Pic de Labasse (même dépt.). Ce dernier mot est à rapprocher de l’occitan lausa, « plaque de pierre, dalle, ardoise, schiste », que l’on retrouve dans de très nombreux noms de lieux-dits dans tout le Midi comme La Lauze Nègre à Saint-Julien (Hér.), Les Lausasses à Aigne (id.), Le Lauzet à Saint-Pons (id.), Lauzier à La Salvetat (id.), La Lauzière à Sainte-Croix (Corr.), La Lauzène à Alès (Gard), etc. On aura compris que les toponymes en –ière ou -ier représentent le sens de carrière de lause, les autres étant purement descriptifs.

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Le sistre

Du latin schistus, « roche qui se délite », lui-même issu du grec skhistos, « que l’on peut fendre, séparer», le sistre désigne en occitan aussi bien le schiste que le poudingue, un agglomérat de cailloux réunis par un ciment naturel. C’est ainsi qu’on trouve le nom de Sistre à La Salle-Prunet (Loz.) et aussi des Sistrière(s) dont certaines peuvent être  dérivées du latin médiéval sexteria, « mesure agraire qu’on ensemençait avec un setier de grains », qui a donné en ancien occitan la sestreria (avec épenthèse du r). À Pralognan-la-Vanoise (Sav.), le Col des Schistes culmine à 2845 m.

Le tuf

Issu du latin tufus, « pierre poreuse et friable », « tuf » est à l’origine de noms comme Tuf, Tuffeau, Tuffière. On trouve par exemple une vingtaine de lieux-dits Tuffeau en Touraine, Maine, Anjou et Poitou comme Le Tuffeau à Nouzilly (I.-et-L.), Les Tuffeaux à Martizay (Indre), autant de Tuffière comme La Tuffière à Vaas, Sacré, Yvré-le-Pôlin, Asnières-sur-Vègre, etc. (Sarthe), Les Tuffières à Savigny-sur-Braye (L.-et-C.), etc. Le nom du tuf peut se retrouver seul comme pour Le Tuf à Gastins (S.-et-M.), à Blaisy-Haut (C.-d’Or), etc. ou au Bief du Tuf à Montaigu (Jura), la Font du Tuf à Levroux (Indre), le Roc en Tuf à Ternay (L.-et-C.) et bien d’autres.

La craie

Plusieurs dizaines de micro-toponymes du type La Crayère ou Les Crayères sont recensés en Champagne, notamment dans la Marne et l’Aube. Le nom de La Craie seul se retrouve en nombreux exemplaires sur tout le territoire sans qu’on puisse être sûr qu’il se rattache à l’exploitation de carrières  plutôt qu’à la simple couleur blanche du sol.

Il se trouve sans nul doute d’autres toponymes liés aux noms de roches, certains peu connus ou usités, notamment dans des langues régionales que je n’ai pas eu le temps d’explorer ; toutes les suggestions sont les bienvenues!

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La devinette

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom en un seul mot est fait de ceux de deux roches différentes.

Je précise qu’il s’agit bien de deux noms de roches et pas d’une simple homophonie.

Un  indice   :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Bécon-les-Granits (répàladev)

TRS a rejoint TRA et LGF sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo !

Il fallait trouver Bécon-les-Granits, un village du Maine-et-Loire.

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Le blason du village est de sinople au mont de granit d’argent, sur lequel rampent à dextre une chèvre et à senestre un porc, tous deux de sable et affrontés ; au chef cousu d’azur chargé de deux fleurs de lis d’or, ce qui se traduit par ce joli dessin :

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avec, par ordre d’apparition :

  • un mont de granit : il s’agit d’une référence « parlante » aux carrières de granit qui ont longtemps fait la fortune du pays, certaines étant encore en activité dans les années soixante-dix du siècle dernier. Le gisement de granit s’étend de Bécon à Beaucouzé, sur une longueur d’une douzaine de kilomètres et une largeur de cinq cents mètres. De couleur gris bleu, ce granit était appelé grison et  son tailleur, grisonnier. Il était notamment utilisé pour les pierres tombales, mais on en faisait aussi des auges et des pavés. Le souvenir de cette activité est conservé dans un musée du granit, ouvert au début des années quatre-vingt-dix. Visite guidée des anciennes carrières et du musée en suivant ce lien.

Becon-49

  • à dextre, une chèvre : « en 1607, Henri IV accorda au seigneur de Bécon la fameuse « Foire aux Biques » qui, jusqu’aux années 1950, animait notre bourgade de façon inhabituelle. Beaucoup d’entre nous se souviennent de cette foire avec son folklore amusant, notamment les châtaignes grillées que l’on dégustait en buvant la « bernache » », nous explique le site officiel de la mairie. Rappelons qu’en héraldique, la dextre est à droite de celui qui porte l’écu comme un bouclier à son bras, donc à gauche pour celui qui lui fait face.
  • à senestre, un cochon : c’est ce cochon qui est l’autre élément parlant du blason. On sait que le bacon désignait en ancien français « la chair du porc, le jambon, le porc tué et salé ». Le même site de la mairie explique à propos du toponyme Bécon que « cette appellation vient du mot anglais « bacon », sans doute parce que, à cette époque, les immenses forêts abritaient des sangliers à « foison » », mais la première partie de cette explication ne vaut bien sûr pas tripette, comme nous allons le voir.
  • les deux fleurs de lys indiquent que Bécon était une « bonne ville » ayant acquis le droit de se faire représenter par son maire au sacre du roi de France.

Les formes les plus anciennes connues du toponyme concernent deux personnages : on mentionne  Isaac de Besconum en 1060 et Joannes de Bescun en 1090. Viennent ensuite Bisconnium (1125-1148) puis Bescon et Bécon, et, enfin, Bécon-les-Granits à partir de 1922. Seul Ernest Nègre (TGF*) se risque à émettre une hypothèse étymologique, faisant dériver ce nom de l’oïl *bescomt, « mécompte, erreur », équivalent de l’occitan bescompte, tandis que Dauzat&Rostaing  se contentent d’imaginer un « nom gaulois obscur » (DENLF*).

L’hypothèse qui voit dans ce nom un dérivé de l’anglais bacon ne tient pas la route quand on sait que bacon n’est attesté en anglais qu’au XIVè siècle, importé du …français.

Attesté d’abord en judéo-français (av. 1100), bacon est emprunté au francique *bakko. (…) Le mot se serait répandu pour désigner les flèches de lard servant de redevances en nature. Par métonymie, il a servi à désigner le jambon, du XIIè siècle au début du XVIIè siècle. L’emploi récent, avec une prononciation flottante (1899) est un emprunt à l’anglais bacon (vers 1330) qui avait lui-même été repris au moyen français avec le sens de « viande de porc » avant de se spécialiser pour désigner le lard maigre et fumé.

(Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1992)

On voit bien que l’étymologie de Bécon  d’après le «  bacon » prononcé [ bekɔ̃ ] est une étymologie populaire tardive à l’origine des armes parlantes de la ville, confortée sans doute par la présence de sangliers dans les forêts voisines ou par l’élevage de porcs en semi-liberté autour du village.

Quant à l’étymologie donnée par wikipedia, qui ne cite pas ses sources, elle semble ne s’appuyer que sur une ressemblance avec le nom de Béconne (aujourd’hui dans Roche-Saint-Secret-Béconne, Drôme) noté Becona en 1284, qui est issu du nom de personne gaulois Becco avec un suffixe féminin -a (sous entendu terra ou villa, « terre » ou « domaine de ») (TGF*), mais ni les formes anciennes ni les suffixes différents n’étayent cette hypothèse.

Quelques lieux-dits portent ce même nom de Becon comme aux Riceys et à Mussy-sur-Seine (Aube) et, bien entendu à Courbevoie (Hauts-de-Seine) où se trouve la gare de Bécon-les-Bruyères.

-Becon-les-Bruyeres-cafe-Paris


NB : une partie des informations concernant Bécon-les-Granits est extraite de Les secrets des noms de communes et lieux-dits du Maine-et-Loire de Pierre-Louis Augereau, éd . Cheminements, 2004.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

cdl 1

indice a 03 11 20L’indice du mardi présentait des rillauds, une spécialité culinaire d’Anjou à base de poitrine de porc, l’équivalent régional des rillons.

L’Anjou pour … l’Anjou, et le porc pour le bacon.

(Et un Sancerre blanc ou un Savennières pour les rillauds.)

Les indices du mardi 03/11/2020

 

 

Ni TRA ni LGF n’ont eu besoin d’indice pour trouver la solution de ma dernière devinette. Bravo à eux!

J’en recopie ici l’énoncé :

Je vous propose de chercher le nom d’un village de France métropolitaine en trois mots reliés par un article défini.

Deux animaux sont représentés sur son blason, sur les flancs opposés d’un relief pierreux.

Le premier rappelle un élevage et un commerce qui furent là longtemps florissants.

Le second, dit-on, abondait dans les forêts alentours et c’est lui qui, par un mot qui en désigne une partie, est l’élément parlant du blason, par homophonie avec la première partie du nom.

Le relief rappelle l’exploitation qui a été faite de son sol, qui fait aujourd’hui l’objet d’un musée et qui est à l’origine de la deuxième partie du toponyme.

Et je vous propose cet indice :

indice a 03 11 20

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr