N’en jetez plus !

Ma journée d’hier ayant un peu débordé de mon emploi du temps habituel, je me suis trouvé fort dépourvu lorsque l’heure fut venue d’écrire un billet de blog et sa devinette associée. Las! Je n’eus d’autre solution que de fouiller dans la chemise cartonnée où je serre quelques feuillets dépareillés sur lesquels je note, quand elles viennent, des idées dont je me dis que peut être un jour je leur trouverai quelque utilité. J’en ai trouvé qui me semblaient constituer une triplette convenable pour faire patienter mes lecteurs. Tout en me félicitant de ce sens de l’anticipation dont je fais preuve en toutes circonstances qui me fait conserver ce que d’aucuns jetteraient sans réfléchir en m’accompagnant souvent de cette exclamation que mon entourage me reproche en général à mauvais escient : « On ne sait jamais, ça peut toujours servir ! », tout en me félicitant, donc, je me mis à les recopier sans me poser plus de questions. Enfin, l’esprit tranquille, avec cette même savoureuse satisfaction du devoir accompli que celle qui saisit le berger ayant rassemblé son troupeau à la nuit tombante, je pus alors me mettre au lit où je dormis du sommeil du juste.

Jusqu’à ce matin.

Ce matin où un de mes lecteurs qui fait rien qu’à m’embêter, TRS, m’a donné une réponse inattendue à la première de ces trois questions. Je fus alors bien obligé de constater que mes questions avaient sans doute été rédigées un peu trop vite : il pourrait y avoir plusieurs bonnes réponses à chacune des questions. J’espérais me tromper, la suite me prouva que non. Complétée par TRS lui-même, enrichie par TRA et Un Intrus puis par LGF, la liste des bonnes réponses s’est allongée au fil de la journée, au point où je me vois obligé de siffler maintenant la fin de la récréation.

Voici donc ces solutions :

■ une cible pour des tireurs :

  • Papegai: autrement orthographié papegaut, papegault, etc. « Oiseau de carton ou de bois peint placé au bout d’une perche pour servir de cible au tir à l’arc ou à l’arbalète.» ( Acad.). Il existe une rue du Papegault à Rennes. ( TRS, Un Intrus, LGF ).
  • Bersaut : autrement orthographié beursaut, beursault, etc. « Cible pour le tir de l’arc ou de l’arbalète » ( dmf ). Il existe une rue des Bersaults à Bousbecque (Nord) et une rue Bersault à Vailly-sur-Aisne ( Aisne) ( TRS, LGF).
  • Cible : avenue de la Cible à Aix-en-Provence, rue de la Cible à Ille-sur-Têt (P.O.) et à Angoulême (Char.) (TRA).
  • Blason : en archerie, une cible s’appelle aussi « blason » mais rien ne dit que les nombreuses rue du Blason lui doivent leur nom. ( TRA ).
  • Tir au Pigeon : de très nombreuses rues portent ce nom comme à Berck (P.-de-C.), Aix-les-Bains ( Sav.), Neuvecelle (H.-Sav.), etc. ( TRA ).
  • Quintaine : « poteau fiché en terre et auquel était suspendu un écu, contre lequel on s’exerçait au maniement de la lance ». Il ne s’agissait pas, à proprement parler d’une cible pour tireurs, mais, bon, tant qu’on y est … Il existe une rue de la Quintaine à Rennes ( I.et-V.), à Montargis (Loiret),  une rue des Quintaines à Romorantin ( L.et-C.), etc … ( TRA ).

■ un dragon en osier :

  • Graoully : parfois écrit Graouli, Graouilly, Graouilli ou Graully  « C’était une effigie monstrueuse, ridicule, hideuse et terrible aux petits enfants, ayant les yeux plus grands que le ventre, et la tête plus grosse que tout le reste du corps, avec amples, larges et horrifiques mâchoires bien endentelées, tant au-dessus comme au-dessous, lesquelles, avec l’engin d’une petite corde cachée dedans le bâton doré, l’on faisait l’une contre l’autre terrifiquement cliqueter, comme à Metz l’on fait du dragon de saint Clément.»  ( Rabelais, Quart-Livre). Il a sa rue à Metz et à Woopy ( Mos.) ( TRA, LGF )
  • Bailla ou Grand Bailla : Le Grand Bailla est un dragon qui fait l’objet de processions. La tradition datant du Moyen Age est aujourd’hui ressuscitée dans la ville de Reims ( Marne ) et au Châtelet-sur-Retourne ( Ardennes) où il a sa rue. ( TRS, Un Intrus ).
  • la Tarasque de Tarascon comme la Gargouille de Rouen, même si elles ont pu être représentées par des mannequins en osier, ont peu à voir avec des dragons ( TRA ).

une porte pour les vaches :

  • Vacheresse : Godefroy fait de « vacheresse » un adjectif et donne la porte vacheresse comme exemple. on trouve une rue de la Vacheresse à Gometz-la-Ville ( Essonne), une rue Vacheresse à Lagny-sur-Marne (S.et-M.) et une rue de Vacheresse à Mittainville ( Yv.) ( TRA ).
  • Bachère : « Dans la Marche limousine, on trouve d’autres termes : entre les poutrelles, un espace d’environ 0,30 m pour le passage de la tête des animaux se nomme Bachèrë ou Coluère » ( à lire ici ). Il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une « porte ». On trouve une rue des Bachères à Sambreville … en Belgique, mais pas en Limousin. ( TRS ).
  • Barbacane : « Ouvrage extérieur de fortification en maçonnerie ou en bois, percé de meurtrières, protégeant un point important, tel qu’un pont, une route, un passage, une porte.» Étymologie : de l’arabe vulgaire b-al-baqára, altération du classique bāb-al-báquara, proprement « porte pour les vaches » (parce que la barbacane protégeait une enceinte intermédiaire entre cette fortification et la muraille principale où les assiégés gardaient le bétail). On trouve une rue Barbacane à Carcassonne (Aude) et, avec une altération de l’orthographe, une rue Barbecane à Périgueux ( Dord.) et d’autres. ( Un Intrus )

■ mes solutions :

j’avais noté sur mes petits papiers la rue Bailla de Reims et la rue Barbecane de Carcassonne. Mes lecteurs en ont trouvé d’autres, bravo ! Mais de toutes façons, je m’en fous : j’ai passé une bonne nuit !

« Ah! Mais attendez! », m’interpelez-vous de derrière votre écran ( ne mentez pas, je le sais !), « et votre cible pour tireurs ? ». Ah ! Vous avez mille fois raison, personne n’a trouvé celle-là. Tout était perdu, donc, fors l’honneur !

Il va vous falloir chercher encore, sachant que :

  • datant du Moyen Âge, le nom, en trois mots à l’origine, a été incompris et mis en un seul mot à peu près compréhensible ;
  • une recette royale n’est sans doute pas étrangère à la nouvelle appellation ;
  • la rue et le quartier qui portent ce nom étaient devenus si célèbres qu’une famille de la ville en prit le nom, patronyme toujours vivant de nos jours.

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Vasgovie ou Wasgau ( répàladev)

TRS a rejoint TRA sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Les autres s’en sont approchés et Un Intrus est allé jusqu’à tutoyer le dieu sans aller plus loin à l’heure où j’écris ces lignes.

Il fallait trouver la Vasgovie une petite région à cheval sur la frontière franco-allemande dans les Vosges du Nord — départements de la Moselle et du Bas-Rhin — et dans le sud du Palatinat en Allemagne où elle est appelée Wasgau, comme sur cette carte :

L’hypothèse la plus souvent retenue pour expliquer l’origine du nom Wasgau est celle qui fait référence au dieu tutélaire celte des Vosges, le dieu de la chasse en forêt que les Romains ont incorporé à leur panthéon sous le nom de Vosegus. Ils parlaient ainsi des Vosegus mons ( les montagnes de Vosegus ) et de la Vosegus silva ( la forêt de Vosegus ) dont sont issues les formes latines Wasacus, Vosagum, Vosegus ou Vosagus et, de là, le moyen haut allemand Wasigen puis Wasgen.

C’est de cette dernière forme qu’on peut déduire celles plus tardives Wasgenwald, ( avec wald, « forêt», pour désigner du XIIè au XVIIIè siècle l’ensemble des forêts régaliennes ou impériales des Vosges ) et Wasgengau simplifié en Wasgau ( avec gau désignant un petit pays mis en valeur et bien administré).

La latinisation du nom Wasgau a donné Vasgovia devenu le français Vasgovie, comme Aargau a donné Argovia devenu Argovie ( pays de l’Aar ) ou Thurgau a donné Thurgovia devenu Thurgovie ( pays de la Thur, qui m’a été proposé comme solution par TRS en imaginant un lien avec le dieu Thor tandis que le nom de la Thur provient de l’indo-européen *Dhu, « rapide »).

D’autres hypothèses ont été avancées pour expliquer ce nom. On a pensé à un petit pays forestier ( wald et gau ) opposé à l’Imgau, petit pays découvert à vocation agricole et on a cru aussi y voir un petit pays occidental ( west et gau ). Les hypothèses selon un établissement de Vascons ( les futurs Basques ) ou un rapprochement avec des Berbères sont … rigolotes. Ces hypothèses sont aujourd’hui toutes abandonnées.

La Vasgovie ressemble à ça ( cf ce blog )

Dans un de ses courriels, TRS, un fidèle lecteur de Carpentras Picardie, me donne comme possible réponse le nom d’un petit pays jurassien nommé Ajoie en français et Elsgau en allemand. Le nom de ce pays vient de celui de la rivière qui le traverse, l’Allaine, qui tient le sien d’un hydronyme pré-celtique *al, cf. son nom allemand originel Hall. La rivière a aussi donné son nom à Allenjoie. Les très curieux peuvent se munir de patience et suivre ce lien aimablement fourni par TRS.

Cette possible transformation du gau allemand en français joie m’avait complètement échappé et n’est de toute façon pas exactement expliquée par les spécialistes. L’hypothèse la plus vraisemblable passe par une transcription à l’époque mérovingienne du germanique gau(-wia) en latin gaudia, lequel est par ailleurs à l’origine de « joie ». D’anciens mons gaudii sont ainsi devenus des Montjoi ou Montjoie ( cf. wiki ) parmi lesquels la ville allemande Montjoie ou la doubienne Montjoie-le-Château sont peut-être d’anciens mund-gawi, au sens de « protection du pays », mal compris et donc mal traduit par le latin mons gaudii.

On notera en outre qu’Ajoie, Argovie et Thurgovie sont, comme ceux déjà cités dans le billet Allez! Gau!, des pays nommés d’après le cours d’eau qui les arrose, ce qui confirme la première impression : il s’agissait de nommer l’endroit où s’établissaient ces tribus germaniques d’après le cours d’eau auprès duquel ils s’installaient. D’où le renforcement de l’hypothèse qui fait venir gau ( -wia) de * ga-agwja, « terre face à l’eau », avec le germanique *awjō, « eau ».

Les indices

■ La statue :

Il s’agit de la Diane chasseresse de Houdon exposée au Louvre. Elle était censée vous faire chercher un dieu équivalent, comme Vosegus.

■ la ligne :

quoi de mieux qu’une ligne bleue pour évoquer les Vosges ?

la ligne bleue des Vosges dans le paysage de Belfort, vue depuis la Miotte.

■ le thermomètre :

Il nous montre des températures glaciales qui ont valu à la Vasgovie son surnom de « Petite Sibérie ».

Allez ! Gau !

Équivalent germanique du pagus romain, le gau désignait une division géographique et politique d’une nation, correspondant au pays de la France féodale, plus particulièrement le comté carolingien des IXè et Xè siècles.

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour l’étymologie proto-germanique de ce mot :

  • de *gaw-ja, « région, paysage », lié à l’arménien gawaṝ, « région, ville natale, village », par une racine indo-européenne *ghəu, comme le grec chṓra , « région, contrée » ;
  • de *ga-au-ja, « ensemble de villages » ;
  • de * ga-agwja, « terre face à l’eau », avec le germanique *awjō, « eau ».

On retrouve ce mot en tant que suffixe dans des appellations topographiques en pays de langue germanique bien sûr comme en Allemagne, en Belgique ou en Suisse mais, les frontières ayant fluctué au cours du temps, quelques vestiges de ces anciens pays carolingiens germaniques sont aujourd’hui sur le territoire français. J’en ai relevé un peu moins d’une dizaine :

Albgau ou Pays d’Albe : à cheval sur la Moselle et le Bas-Rhin, ce petit pays correspond au bassin supérieur de la Sarre et tire son nom de celui d’un de ses affluents, l’Albe, dont la confluence se fait à Sarralbe. Le nom de l’Albe est issu du francique *alvi, « petite rivière, lit de rivière ».

Bliessgau : autour de Blisbruck en Moselle, ce pays, anciennement Bliesahgouwe, tient son nom de celui de la Blies, un cours d’eau de quinze kilomètres à peine. Le nom de ce dernier pourrait être issu du celtique *blet, « loup » muni du suffixe roman -ia ( aqua ) : la *Bletia serait la « rivière aux loups ».

Methingau ou Mathois : en Meurthe-et-Moselle, autour de Longwy et baigné par la Chiers, ce pays doit son nom à celui d’un homme germanique Matto muni du suffixe –ingos ( vu dans ce billet ) et complété par –gau. Ce fut une place forte qui résista « héroïquement » aux Alliés en 1815 , mais aussi l’un des points par lesquels l’armée du Kronprinz pénétra en France lors de la première guerre mondiale …

Niedgau ou Nide : en Moselle, autour de Saint-Avold, ce pays est arrosé par la Nied, un affluent de la Sarre. Une inscription romaine mentionne un pagus Nitensis qui deviendra le Nitagowa à l’époque carolingienne, le « pays de la Nied ». Cette dernière porte un nom issu du celtique *nid, « couler » qu’on a pu confondre avec le germanique nieder, « qui est en bas ».

Saargau ou Pays de la Sarre : en Moselle, autour de Bouzonville, arrosé par la Sarre et la Nied, ce pays complète la série des pays de la vallée de la Sarre. Appelé en latin pagus Saroensis, il deviendra le Sarrachowe carolingien. La Sarre est un hydronyme issu de l’indo-européen ser, « couler ».

Les bords de la Sarre à Bouzonville
Alfred Renaudin ( 1866 – 1944)

Spiergau : dans le Bas-Rhin, autour de Lauterbourg et Wissembourg, ce pays doit son nom à Spira, une des quatre cités de la première Germanie, anciennement Noviomagus ( le « nouveau marché » ) puis Nemetes ( « temple celtique » à l’époque gallo-romaine).

Nordgau : autour de Saverne et Strasbourg, ce pays alsacien correspond, à peu de choses près, au département du Bas-Rhin, soit au nord de l’Alsace. Il doit son nom à l’ancien anglais norp, « nord ».

Sundgau : dans le Haut-Rhin, autour d’Altkirh et Mulhouse, ce pays était noté Sundgowe à l’époque carolingienne. Il doit son nom à celui d’un homme germanique Sundo. S’il s’était agi du « pays du sud » ( comme on le trouve sur wikipedia ), on aurait eu Südgowe plutôt que Sundgowe.

Rizzigau ou Pays de Sierck : en Moselle, autour d’Apach, Manderen, Ritzing et Sierck. On trouve pour Sierck les noms de Sirke castellum en 1036 et Circum castrum en 1067, soit du latin circum, « cercle, édifice rond » ou du nom de personne Circius. Rizzigau doit son nom au village Ritzing ( aujourd’hui inclus dans Manderen-Ritzing ), lequel doit le sien à un personnage germanique nommé Ritzo accompagné du suffixe -ingos.

On aura remarqué ( si on m’a lu attentivement ) que quatre de ces pays doivent leur nom au cours d’eau qui les parcourt. Ce chiffre augmente nettement si on regarde en Suisse, Allemagne ou Belgique : le canton suisse Aargau doit son nom à l’Aar, le Chiemgau allemand doit le sien au Chiemsee, « la mer bavaroise » et le Rheingau au Rhin inférieur, le Sennegau belge doit le sien à la Senne et le Hainaut, en allemand Hennegau, doit le sien à la Haine, etc. Cela correspond sans doute à une vieille habitude germanique qui rattache les hommes au point d’eau qui leur a permis de se fixer et qui pourrait expliquer l’étymologie selon * ga-agwja, « terre face à l’eau ».

Il convient de se méfier d’une paronymie avec le germanique wald, « bois, forêt », qui a donné l’oïl gaut, de même sens, comme à Le Gault ( L.-et-C. ), Le Gault-la-Forêt ( Marne, un toponyme pléonastique), Le Gault-Saint-Denis (E.-et-L.), etc. Le Boisgault à Donnery ( Loiret) est un autre bel exemple de pléonasme.

La devinette

Saurez-vous me dire quelle autre petite région tire son nom de celui d’un dieu accompagné de ce gau ?

Ça, c’est un indice

La blairie ( répàladev )

Personne n’a rejoint Un Intrus et TRS dans la résolution de ma dernière devinette.

Il fallait trouver la blairie dont le Littré nous donne la définition suivante :

Terme de droit féodal. Redevance seigneuriale à raison de la vaine pâture.

Un des sites consacrés aux Templiers, dans son dictionnaire, précise :

Dans la France du Moyen Age et de l’Ancien Régime la blairie est un impôt seigneurial sur le pacage des animaux.
Le seigneur perçoit une redevance en avoine pour rétribution du pacage des animaux des paysans, sur les terres cultivées (après la récolte) ou non cultivées. Ce droit existe en Auvergne, Berry, Bourgogne et Nivernais.

Domaine de la Blairie à Saint-Martin-de-la-Place (M.et-L.)
La blairie ? Ç’ a eu payé …

Le dictionnaire de l’ancien français de Godefroy connaît la blaierie avec ses autres orthographes blayerie, blaerie, bleeyrie, blairie, blayerie, blerie et blefrie et en donne une définition élargie : « production de blé, récolte de blé, blé ». Il rajoute toutefois que le mot a pu désigner une « terre à blé, terre cultivée de blé, pièce de blé, terre emblavée » ainsi que le « droit seigneurial sur le blé ».

On comprend que le mot est un dérivé de « blé », au sens général de « céréale dont le grain sert à l’alimentation » ( cf. étymologie ). Le mot gallo-roman bladum est parvenu au sens de « céréales, blé » au xes. C’est de ce mot que sera issu bladaria, « aire à blé », qui donnera blairie après disparition du -d- intervocalique.

En toponymie, on retrouve plusieurs La Blairie dans l’ouest de la France ( I.-et-V., L.-Atl., May., Sarthe, Vienne, M.-et-L.) et un seul Les Blairies ( à Retiers, I.-et-V.). On trouve aussi deux La Petite Blairie ( May. et M.et-L.) et deux La Grande Blairie ( May. et M.-et-L.) ainsi qu’une Haute Blairie ( à Reffuveille, Manche).

Avec une autre orthographe, on trouve La Blérie à quatre exemplaires ( trois en I.-et-V. et un dans la Manche).

Les indices

■ Picsou :

… plonge dans son tas d’or, de fric, de pognon … de blé!

■ le tableau :

Jules Dupré, Pacages du Limousin (1837)
Huile sur toile, 31×51 cm.
The Metropolitan Museum of Art, Robert Lehman Collection, 1975 (1975.1.169).

La blairie était une « rétribution du pacage des animaux des paysans, sur les terres cultivées (après la récolte) ou non cultivées ».

■ le 10 Downing street ( que tout le monde aura reconnu, je pense )

L’indice était dit « vieux d’au moins douze ans » ce qui nous ramenait donc à … Tony Blair. Oui, je sais… j’ai un tout petit peu honte ( mais je suis là aussi pour m’amuser !).

Ceci dit, étymologiquement, l’anglais blair est issu du gaélique écossais blàr , « champ, plaine », ce qui nous rapproche un peu du champ de blé, non ?

Ces mots sont tous issus d’une même racine indo-européenne *bʰleh dont on peut lire les évolutions sur cette page issue de ce site remarquable.

Un week-end particulièrement propice au farniente m’a tenu loin de mon clavier et empêché d’écrire un nouveau billet accompagné de son habituelle devinette. Vous devrez attendre jusqu’à demain soir ou peut-être même mardi et j’en suis désolé.

Londres

À la demande générale de Jacques C., je me suis mis à étudier les noms des villes dans les différentes langues afin d’essayer de déterminer comment et quand ces noms ont divergé. Ma première analyse a concerné Londres, capitale du Royaume Uni d’Angleterre et d’Irlande du Nord ( il y en aura peut être d’autres, mais je ne promets rien !).

Claude Monet -Le parlement de Londres – 1904

Londres fut créée par les Romains au Ier siècle de notre ère ( les premières traces archéologiques sont datées de l’an 43 ) et c’est vers 115 dans les Annales de l’historien romain Tacite que l’on trouve la première attestation du nom sous la forme Londinium qui sera transposée en Londinion vers 150 par le géographe Ptolémée. On trouvera encore la forme Lundinium chez Ammien Marcellin au IVè siècle.

Au milieu du Vè siècle, quand sont arrivés les envahisseurs anglo-saxons, ils ont simplement adopté l’appellation antérieure avec des variantes secondaires. C’est ainsi que du Vè au XIè siècle, en vieil anglais, on trouve de très nombreuses formes, les unes simples, les autres composées : Lundene, Lundune, Lunden, Lundon, Lundenburg, Lundenwic, Lundentum.

C’est à partir du vieil anglais que sont alors formées les formes néolatines Lundenia et Lundonia, cette dernière en 730 chez Bède le Vénérable, qui aboutiront au nom actuel de la ville, London.

Au IXè siècle, le géographe anonyme de Ravenne emploie l’ablatif de lieu Londinis. L’accentuation sur la première syllabe provoquera la syncope de la voyelle brève interne pour aboutir à une forme * Londnis/Londne qui évoluera par différenciation euphonique en *Londris/Londre. C’est de cette dernière forme que procèdent le français Londres, l’espagnol Londres, l’italien Londra.

À défaut d’une étymologie latine ou germanique, on suppose que la première origine du nom de Londres a été brittonique ( celtique ). Mais aucune des étymologies celtiques avancées n’est péremptoire.

Une des plus citées fait venir Londinium d’un anthroponyme *Londinos, lui-même dérivé d’un adjectif *londo, « sauvage ».

Une autre hypothèse fait de ce nom un dérivé du celtique Llyn-din, qui signifie « ville ou fort au bord de l’eau », *lyn étant un mot celtique signifiant « étendue d’eau » et dun désignant une « colline fortifiée, une forteresse ».

D’autres hypothèses ont été proposées mais sans qu’on puisse leur accorder quelque crédit : London serait Lud-ton la « ville » ( vieil anglais tūn, d’où town ) du roi Lud » ou luna-dun, la « colline ( celtique dun ) de la Lune ( latin luna ) » ou d’autres encore.

Mes lecteurs les plus ludophiles me pardonneront l’absence de devinette. Un manque d’inspiration associé au manque de temps en sont la cause. Peut-être mardi ?

Ou alors une charade ( fabriquée du temps où j’initiais mes fils aux charades à tiroirs, c’est vous dire si elle est tordue! ) ?

Mon premier me trompe.
Mon deuxième te trompe.
Mon troisième fait comme mon deuxième.
Mon quatrième fait comme mon troisième et mon deuxième.
Mon tout est un des États unis d’Amérique.

La Lorraine ( répàladev )

Ma dernière devinette a été résolue par la majorité de mes contributeurs habituels. Félicitations à tous!

Il fallait trouver le nom de la Lorraine.

Cette région du Nord-Est, qui comprend la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, la Moselle et les Vosges, était une région administrative à part entière avant de fusionner en 2016 avec l’Alsace et la Champagne-Ardenne pour former la région Grand Est. Elle reprend une très grande partie de l’ancien duché de Lorraine.

Lors du partage de l’Empire carolingien par le traité de Verdun en 843, Lothaire II hérita d’un vaste territoire comprenant approximativement les actuels Pays-Bas, la Belgique, la Rhénanie, le Luxembourg, l’Alsace et la Lorraine ainsi qu’une partie de la Bourgogne, la Provence et la Lombardie, l’ensemble formant la media Francia.

L’habitude fut prise, tant par les rédacteurs des Annales que par les scribes des chancelleries royales, d’appeler chacun des nouveaux royaumes par le nom de son premier souverain. La partie échue à Lothaire Ier ( Lotharius ) va être appelée Lotharii regnum, « royaume de Lothaire » ( la plus ancienne attestation date de 884 quand on lit in regno quondam Hlotarii *), que certains écriront Lohier regne d’où est issu le nom gallo-roman de Loheregne ( 1230 ), écrit Lorreine par le chroniqueur Joinville puis Lorraine dès 1302.

Cependant, les populations germanophones vont utiliser un autre moyen de se nommer, en adjoignant au nom de leur souverain, alors Lothaire II, le suffixe -ingen, « les gens de », d’où Lotharingen, dont le pays sera appelé en francique Lotharinga qui prendra le suffixe latin -ia pour donner Lotharingia vers 980. Ce dernier nom deviendra Lotharingie en français semi-savant et Lothringen en Allemand.

Entre le milieu et la fin du IXè siècle, l’appellation s’est réduite au territoire situé au nord des Vosges méridionales, à l’est du Rhin, à l’ouest de l’Escaut. La division en deux duchés, dès le milieu du Xè siècle, conduisit à appeler Lorraine le seul duché de Haute Lorraine dite mosellane, le duché de basse Lorraine étant dès lors appelé Lotharium, d’où le wallon Lothier.

*Le nom Lothaire vient du germanique Hlodar, de hlod, « gloire » et hari, « armée ».

Les villes en -ing

Les lecteurs de LSP auront reconnu dans ce titre un rappel du billet paru sur ce blog le 04 mai dernier dans les commentaire duquel le contributeur qui signe Gus m’interpellait à propos des toponymes terminés en -ing. Voilà ma réponse, certes tardive mais qui a le mérite d’exister.

Ce suffixe -ing, ou plutôt -ingen, est germanique et désignait l’ensemble des personnes vivant dans l’entourage d’un individu. Après les grandes invasions, il a remplacé le suffixe gallo-romain -iacum accolé au nom du propriétaire du domaine.

En raison des différentes prononciations des peuples germaniques qui l’importèrent et des peuples locaux qui l’adoptèrent, ce suffixe a donné en français des terminaisons diverses dont je vous livre ici les plus répandues.

Les royaumes après les invasions barbares

Dans le Nord de la France, zone des Francs saliens, -ingen a donné -ingue comme à Affringues ( P.-de-C., Hafferdinges en 1182 d’après Harifrid), Peuplingues ( P.-de-C., d’après Popilo ) ou, après transformation, Wulverdinghe (Nord, Wulverthinga en 1175 d’après Wulfhard ) ou encore Gravelines ( Nord, Graveninga en 1040, d’après Grawin) etc.

En Lorraine, Luxembourg et dans l’Est de la Belgique, zone des francs Ripuaires, -ingen a évolué le plus souvent en -ange comme à Bertrange ( Luxembourg, Bertingen d’après Berthari ), Morhange ( Moselle, d’après Moricho ), Mondelange ( Mos., Medelinga au XIè siècle d’après Mundilo ), Éblange ( Mos., Ebling en 1606 d’après Ebilo ), etc. Mais on trouve aussi là des formes « pures » comme Dehlingen (Bas-Rhin, Delinguen en 1361 d’après Tailo ) ou Etting ( Mos., Aettingem en 1571 d’après Atto) et les noms cités par Gus sur LSP : Hunting ( d’après Hunto ), Cutting ( Kutto ), Epping ( Eppo ), Alsting ( Adalsidis ), Bébing ( Bobo), Remelfing (Romulf), etc. Notons le cas beaucoup plus récent de Carling, toujours en Moselle, bâti en 1716 sur des terrains concédés par Charles-Louis, comte de Nassau-Sarrebruck, et nommé Karlingen en son honneur.

En Bourgogne, Franche-Comté, Savoie et Dauphiné, -ingen a le plus souvent fourni des toponymes en -ans ou -ens comme Louhans ( S.et-L, ancien Lovingen noté Lauvingum en 915, de Lauba), Mervans ( S.-et-L., de Méroveus), Accolans ( Doubs, de Ascold), Vadans ( Jura, de Waldo ), Ornans ( Doubs, d’après Orno), etc. Mais on trouve aussi quelques toponymes en -ange comme Berthelange ( Doubs, de Bartholf), Bantanges ( S.-et-L, de Bando), Bousselange ( C.-d’Or, de Bucco), etc.

Un enterrement à Ornans – G.Courbet

Enfin, importé dans le Sud-Ouest par les Wisigoths, ce suffixe -ingen a rayonné autour de leur capitale Toulouse, de Carcassonne jusqu’à Agen en passant par l’ouest de l’Albigeois, où il a évolué en -ens/-eins et parfois en -enx/-encs. C’est ainsi que l’on trouve Badens ( Aude, de Bado ), Boussens (H.-G., de Bosso), Maurens (Dord., de Moro ), Giscardenx (Tarn, de Guiscard), Grimaudenx (Tarn, de Grimoald) et bien d’autres parmi lesquels Rabastens (Tarn, de Hratgast) sans lequel la toponymie ne serait pas ce qu’elle est.

Pour finir en beauté et en douceur :

Faute de meilleure inspiration, la devinette de ce dimanche sera facile et devrait permettre à tout le monde de jouer : le nom d’une région française aurait toute sa place dans ce billet. Quel est-il ?

Réponses, que j’espère nombreuses, attendues chez leveto@sfr.fr